Archives mensuelles : juillet 2014

Malabo et le modèle équato-guinéen. Entretien avec Luc Michel (Partie 2)

Malabo et le modèle équato-guinéen. Entretien avec Luc Michel (Partie 2)

LVdlR : Parlons maintenant de votre visite à Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale. Quelles impressions le pays vous a laissé ? Votre visite a-t-elle confirmé les thèses selon lesquelles la Guinée équatoriale reprendrait le flambeau du panafricanisme, après le décès tragique de Mouammar Kadhafi en Libye ?

Luc Michel : Une grande impression, un pays en pleine émergence et un gigantesque chantier ! La Guinée Equatoriale, qui propose son modèle alternatif de développement et d’émergence, est le nouveau centre du Panafricanisme et son président Obiang Nguema Mbasogo l’héritier de Mouammar Kadhafi. Je le confirme. Le pays et son président ont les capacités à reprendre le flambeau du panafricanisme, après la chute de la Jamahiriya libyenne.

On connaît mal la Guinée équatoriale, pays important dans l’Afrique de l’Ouest, « nouvel eldorado pétrolier » qui entend incarner aujourd’hui un nouveau modèle de développement pour l’Afrique. Dans une Afrique qui va mal, où les interventions et les manipulations occidentales déstabilisent le continent – Libye, Mali, Côte d’Ivoire, Centrafrique, sans oublier le « laboratoire » somalien -, la Guinée Equatoriale est un contre-exemple de stabilité. Depuis 2011, un processus de reconstruction de l’Etat et de développement de la vie démocratique de la République est en marche. Derrière toutes ces réalisations, dont a témoigné le sommet de Malabo et sa parfaite organisation, il y a une Afrique qui gagne : celle du modèle équato-guinéen. Et l’homme qui l’a construit : le président Obiang Nguema Mbasogo.

Je souligne que la Guinée Equatoriale est un Etat en reconstruction, où un processus élaboré de développement de la vie démocratique de la république est en cours. Dans un livre très dur pour le gouvernement, Samuel Denantes Teulade évoquait déjà en 2009 à propos de Malabo la possibilité d’« un nouveau modèle de développement pour l’Afrique ». Le président Obiang Nguema, qui définit son pays comme « un état social et de droit », développe aujourd’hui incontestablement une vision pour son pays. Ce qui lui vaut inévitablement la haine des régimes occidentaux. La Guinée Equatoriale et son président sont l’objet de la haine permanente de l’Occident, France en tête, car Obiang Nguema gêne les restes de la Françafrique, repliée sous la protection de l’Africom et de l’OTAN. Et l’empire néocolonial du Franc CFA. Campagnes de dénigrement, manœuvres de déstabilisation. Une haine qui rappelle celle qui entourait la Jamahiriya libyenne de feu Kadhafi !

LVdlR : Quels sont les aspects de la politique équato-guinéenne à mettre en avant ? Aussi bien sur le plan des politiques intérieure qu’extérieure, ainsi que dans le domaine économique.

Luc Michel : J’ai produit deux émissions spéciales avec EODE-TV et AFRIQUE MEDIA sur le modèle équato-guinéen. J’y ai diffusé des extraits d’un film-choc de nos excellents confrères de la TV de Guinée Equatoriale intitulé « Sur le chemin de l’émergence ». On connaît hélas trop bien cette Afrique dévalorisée, où tout va mal, des médias occidentaux … Voici l’Afrique qui gagne ! Un film décoiffant, avec des images que l’Occident dissimule totalement, de la RTVGE. Celle de la réussite du modèle guinéo-équatorien. D’un gigantesque chantier où l’argent du pétrole sert le peuple et ouvre la voie de l’émergence.

L’œuvre d’un homme au service de son peuple, le Président Obiang Nguema Mbasogo, l’alternative équato-guinéenne, qui sert de référence déjà notamment à son voisin camerounais. Mais la Guinée Equatoriale ce n’est pas uniquement Malabo, Sipopo ou Bata. Partout le pays émerge. Nous avons été sur les routes, au cœur du pays, dans les villages et la forêt équatoriale. Partout c’est aussi le spectacle de l’émergence : routes modernes, infrastructures, services, logements sociaux…

Comment ce modèle fonctionne-t-il économiquement et socialement ? Par une économie dirigée, par l’argent du pétrole mis au service du développement national, par un Etat social, appuyé notamment sur une politique de grands travaux (infrastructures, logements sociaux…). Obiang Nguema Mbasogo, c’est aussi le combat pour le panafricanisme, le refus des ingérences occidentales, la défense de Kadhafi et de son héritage panafricain …

LVdlR : Vous avez écrit que le président Obiang Nguema Mbasogo rejoignait vos préoccupations géopolitiques et votre vision d’un monde futur plus juste ?

Luc Michel : Les positions du président de Guinée Equatoriale rejoignent en effet mes préoccupations. Je vois le processus d’unification de l’Europe et de l’Afrique comme deux voies similaires, qui doivent se réaliser en symbiose. Cela signifie pas d’intervention occidentale en Afrique et un vrai respect pour les Etats africains. Cela signifie aussi que la Méditerranée doit devenir un pont entre les deux continents et non une frontière, comme la conçoivent l’UE et l’OTAN. Cette vision de la Méditerranée, que nous avons été les premiers à développer au début des Années 90, comme un pont, était précisément celle de la Jamahiriya libyenne. Dans les Années 2000-2010, cette vision était aussi largement acceptée et partagée par tous les grands acteurs des unions européenne et africaine. Et agaçait énormément la diplomatie américaine. Mais la guerre en Libye marque le grand retournement : destruction de la Jamahiriya, retour aux agressions et expéditions militaires occidentales en Afrique, étouffement des idées panafricaines.

Tout cela va à l’encontre de ma vision d’un monde multipolaire constitué de grand Blocs géopolitiques. Le rôle central joué par le dialogue des cultures est bien oublié et nous assistons au retour en Méditerranée et en Afrique des thèses belligènes du « choc des civilisations ». Le retour des thèses panafricaines à Malabo, la défense de l’héritage de Kadhafi, que j’assume moi aussi, est donc pour moi un signe positif qui va dans l’autre sens.

LVdlR : Vous avez mentionné récemment « l’Axe Moscou-Téhéran-Malabo ». De quoi s’agit-il ?

Luc Michel : Je vais essayer de vous résumer ce nouveau concept géopolitique, révolutionnaire, – « L’Axe Eurasie-Afrique » -, que j’ai inventé il y a un an maintenant et qui émerge au niveau des panafricanistes. Car il a été conçu au départ pour l’Afrique. Ce sont des positions géopolitiques novatrices. L’alternative géopolitique du futur, « l’Axe Eurasie-Afrique », est centré sur le triangle Moscou-Malabo-Téhéran et basé sur les concepts « dimension – puissance – indépendance » et des « blocs continentaux autocentrés ».

L’Axe Eurasie-Afrique doit s’appuyer sur les pivots que sont ces trois capitales : Moscou, Malabo et Téhéran. En 2050, il y aura certainement un gros bloc nord-américain qui englobera le Canada et le Mexique, peut-être plus loin encore, et à côté de ça, une grande puissance chinoise avec certainement entre 1,5 et 2 milliards d’habitants. La dimension, c’est aussi la population. Face à ça, comment rester acteurs de l’histoire ? Il faut un bloc géopolitique qui puisse faire le contrepoids. Ce n’est pas l’Afrique seule, pas même l’Eurasie, qui le fera, c’est l’axe Eurasie-Afrique. Un bloc continental ayant pour pivots trois capitales : Moscou, Malabo – Pourquoi Malabo ? Parce qu’il n’y a qu’ici qu’on essaie de renouveler la pensée panafricaniste dans la ligne du colonel Kadhafi – et Téhéran, puisque l’Iran est la grande puissance qui émerge au Moyen-Orient en ce moment. Ce doit être un bloc égalitaire, avec des relations égalitaires entre l’Afrique et l’Eurasie. Si nous ne faisons pas cela, nous ne serons plus des acteurs de l’histoire…

LVdlR : Pourriez-vous nous dire aussi quelques mots sur la genèse de ce concept ? Vous dirigez en Europe un parti, le PCN, d’orientation eurasienne. Et on vous voit aussi émerger rapidement depuis deux ans comme théoricien et activiste panafricaniste. Est-ce la synthèse géopolitique et idéologique de ces deux dimensions de votre action ?

Luc Michel : J’ai de nombreuses vies politiques. Simultanées. Et je suis un internationaliste convaincu, un transnationaliste pour être plus précis.

L’une de mes vies est ce que la presse belge (hostile) appelle la « diplomatie parallèle » avec notre Ong EODE. Qui a une grande partie de ses activités depuis 2009 en Afrique, avec sa Branche EODE-AFRICA, dont l’administrateur, le Camerounais Gilbert Nkamto, est le n°2 d’EODE.

Une autre se développe depuis plus de 40 ans en Europe et s’est structurée autour d’un parti, le PCN, et d’une idée-force « la Grande-Europe de Vladivostok à Reykjavik ». En 1986, ma revue Conscience européenne – j’animais alors avec Jean Thiriart l’Ecole « euro-soviétique » de géopolitique (devenue aujourd’hui l’Ecole géopolitique de la « Grande-Europe ») – dans son n°9 consacré aux « théories géopolitiques des grands espaces » redécouvrait et réinventait l’Eurasisme. Huit ans avant que suite au voyage de Thiriart à Moscou en 1992, Ziouganov (le leader du Parti communiste russe, avec son Eurasisme de gauche, devenu celui de Poutine) et Douguine (Néo-Eurasisme de droite) adoptent cette idée réinventée à Bruxelles. Il y a huit ans, j’annonçais la naissance d’une « Seconde Europe » géopolitique, eurasiatique, autour de Moscou. Et annonçait le choc idéologique, politique et économique de Bruxelles et Moscou. Celui dont les événements présents de Kiev sont la manifestation la plus brutale …

Mais j’ai aussi une troisième vie.

Je suis à l’origine un « paneuropéiste », j’ai été initié au panafricanisme par le colonel Kadhafi. J’ai exercé des responsabilités sous la Jamahiriya (dès 1997) au sein des Comités Révolutionnaires libyens, dont je dirigeais le réseau paneuropéen (le MEDD-MCR qui s’est maintenu après 2011 et travaille toujours). Et depuis deux à trois ans, j’essaie d’avoir un rôle moteur dans la renaissance d’un nouveau panafricanisme. Je considère que l’Afrique est un des territoires-clé géopolitique du futur. C’est ici que se déroule un des grands affrontements qui devra déterminer le sort du monde. Et je pense que, même sans être d’origine africaine, on peut défendre le panafricanisme, il y a eu de grandes figures : Che Guevara qui n’était pas Africain et qui est venu se battre au Congo en 1965, ou des gens comme Nasser et Kadhafi, qui à l’origine sont des Arabes ou des panarabistes, qui ont été attirés comme moi par le sort du Continent noir. Kadhafi pensait en terme de géopolitique des continents. Il voulait une Afrique unie, et j’ajouterais, puisque je suis sur cette même ligne, pensait que le Panafricanisme et le Paneuropéisme doivent s’unir pour se dégager de la domination étasunienne. La Méditerranée doit redevenir le point de rencontre, la mer commune, la « Mare nostrum » des Romains.

On doit comprendre quelque chose, ce qu’on appelle actuellement l’Occident, c’est le bloc américain. Et dans ce bloc l’UE est la plus grande des colonies étasuniennes depuis 1945. Qu’est-ce qui fait la puissance américaine depuis 1945 ? C’est le contrôle de la seconde économie la plus puissante au monde qui est l’économie de l’Europe occidentale. Qu’est-ce qui permet aux Américains d’être une superpuissance ? C’est non seulement la puissance nord-américaine elle-même, mais (aussi) le contrôle de la puissance de l’Union européenne. Si voulez, pour prendre (l’exemple d’) un corps humain, l’Union européenne est le deuxième poumon des Américains. Cela s’exprime depuis 1944 au travers d’un système de domination coloniale en Europe. Il faut comprendre qu’en 1945 l’Europe est passée du statut de puissance coloniale au statut de colonie, c’est une colonie américaine. Ma position est assez simple, je ne me définis pas comme Occidental, je me définis comme un Européen et comme un décolonisateur et quelqu’un qui combat le colonialisme. En Europe, en Eurasie et en Afrique !

LVdlR : Merci d’avoir répondu à nos questions !

Luc Michel : C’est toujours un plaisir. La Voix de la Russie m’est chère et je m’y exprime souvent. Nous menons le même combat. Et j’apprécie votre orientation, la compréhension de l’importance de l’Afrique dans le combat pour la liberté du monde.

http://french.ruvr.ru/2014_07_25/Malabo-et-le-modele-equato-guineen-Entretien-avec-Luc-Michel-Partie-2-1289/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Damas et la résistance de la Syrie Ba’athiste. Entretien avec Luc Michel (Partie 1)

Damas et la résistance de la Syrie Ba’athiste. Entretien avec Luc Michel (Partie 1)

Aujourd’hui, nous nous entretenons de nouveau et depuis Bruxelles avec Luc Michel, grand spécialiste de la géopolitique et notamment de la Libye, qui revient de voyages à Damas, où il a été l’organisateur d’une mission d’observation aux élections présidentielles syriennes, ainsi que de Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale, où il était l’invité vedette de quatre grandes émissions spéciales de la RTVGE(télévision d’Etat équato-guinéenne).

La Voix de la Russie : Luc Michel, bonjour de nouveau ! Vous revenez de Syrie et de Guinée équatoriale. Pourriez-vous nous parler de vos missions dans ces deux pays ?

Luc Michel : Je suis allé en Syrie et au Liban du 1er au 13 juin avec une mission d’EODE, notre Ong « Eurasian Observatory for Democracy and Elections », pour le monitoring de l’élection présidentielle en Syrie. Mais j’étais aussi là-bas avec une équipe vidéo d’EODE-TVpour réaliser en partenariat avec AFRIQUE MEDIA TV une série de reportages et d’interviews sur la situation en Syrie, telle qu’elle est réellement et pour démonter les médiamensonges des journalistes occidentaux. J’ai notamment réalisé deux entretiens avec le président (speaker) du Parlement syrien et l’Ambassadeur de Syrie au Liban.

J’ai en effet démarré un nouveau secteur d’activités – une vie de plus – dans le domaine de la Télévision. Avec nos deux structures EODE-TV et PCN-TV et en partenariat avec AFRIQUE MEDIA TV, la plus grande des télévisions panafricaines. En particulier, je produis maintenant des émissions TV.

Je suis allé aussi à Malabo, Guinée Equatoriale, du 23 au 30 juin 2014, pour le XXIIIe Sommet de l’Union Africaine, avec deux équipes de Télévision – AFRIQUE MEDIA TV et EODE-TV. Occasion aussi de contacts et de rencontres de haut niveau pour développer mes réseaux panafricains. A l’invitation de la RTVGE, la TV d’Etat équato-guinéenne. J’ai aussi réalisé une série de reportages et d’analyses exclusives.

Je défends l’héritage de la Jamahiriya et je suis aussi un leader panafricaniste de plus en plus suivi sur tout le continent noir. J’ai été par ailleurs l’invité de 4 émissions spéciales – « Especial XXIII Cumbre de la Union Africa, 2014. Luces y Sombras de la Union Africana » – de la télévision d’Etat, la RTVGE, où j’ai pu développer mes positions géopolitiques devant un public enthousiaste. Le principal mensuel guinéo-équatorien, La Semenia de Guinea Ecuatorial, a également mentionné mes thèses en éditorial.

LVdlR : Parlons d’abord de la Syrie. Quelle est la situation qui prévaut à Damas et dans le reste du pays d’après ce que vous avez pu voir ?

Luc Michel : La situation à Damas et en Syrie, alors que Bachar Al-Assad vient de gagner le pari de la présidentielle contre les manouvres des Occidentaux, est bien différente de l’image que donnent les médias occidentaux de la réalité syrienne Il y a une guerre médiatique pugnace et vicieuse contre Damas. Les occidentaux, et singulièrement les politiciens de l’Union Européenne, n’ont que les mots de « tolérance et multiculturalité » à la bouche. Mais ils veulent détruire ce même modèle de société ouverte en Syrie ba’athiste, qui en est le modèle. La Syrie ba’athiste est une société ouverte, un Etat multi-religieux, multiculturel et pluriethnique. Où est née notre civilisation …

Il y a une grande symbiose entre l’Etat syrien, le peuple syrien et l’Armée arabe syrienne. Comme l’ont révélé les images chocs de la méga-fête des partisans du président Assad à Damas le 4 juin au soir. Cette symbiose est la clé de la résistance efficace du président Assad à l’agression impérialiste

LVdlR : Le fait que les terroristes wahhabites, notamment de l’EIIL, se concentrent désormais majoritairement sur l’Irak voisin, signifie que les forces de l’Armée arabe syrienne aient libéré en grande majorité le pays ? Ou des foyers sérieux de tension subsistent ?

Luc Michel : Les élections se sont déroulées dans toutes les grandes villes syriennes, à l’exception de Raqa, ville martyre entièrement tenue par les djihadistes ultra-radicaux de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), où la population vit un long calvaire. Le scrutin a été organisé dans 50 % du territoire, où vivent 70 % de la population. Les différentes factions islamistes et celles de la pseudo ASL contrôlent, outre Raqa, les zones désertiques du nord-est vers la Jordanie et l’Irak, précisément. Homs et Alep sont en cours de nettoyage complet. Après que l’ait été le Rif de Damas et les villes de la frontière libanaise, al-Qusseir et Qalamoun.Mais la Syrie, en dehors de Damas, où la vie est normale, est un pays détruit, qui attend sa reconstruction.

LVdlR : Comment avez-vous vécu les élections présidentielles en Syrie ? Et quelles sont les perspectives du pays pour les prochaines années à venir ?

L’élection, à Damas où notre mission était déployée, s’est faite dans le calme et la bonne organisation. Mais ensuite ce furent des heures extraordinaires, avec une fête de rues de toute la population toute la soirée et la nuit des 4-5 juin.

Le président syrien Bachar al-Assad, qui a remporté la présidentielle du 3 juin, est convaincu d’avoir sauvé sa Syrie ba’athiste face à une rébellion et à des pays occidentaux comme arabes – qui ont organisé et financé cette même rébellion – exigeant son départ. Il est persuadé que malgré la houle, il est le seul chef d’Etat arabe à être resté à la barre et il a voulu montrer en organisant ce scrutin en temps et en heure (son mandat se terminait en juillet) qu’il est le garant des institutions que ses adversaires veulent détruire. Face à une révolte organisée par les Occidentaux en mars 2011 dans le sillage du scénario US dit du « Printemps arabe », celui qui était un « moderniste » a du mener une guerre épuisante sur tous les fronts. Au fil de cette révolte qui s’est complètement militarisée, et qui a aussi débouché sur un terrorisme sanglant importé de l’étranger, faisant plus 162.000 morts, son caractère fort s’est affirmé. Secrétaire-général du Ba’ath, le Parti de la renaissance arabe, il voit la révolte comme un complot ourdi par l’Occident et les pays du Golfe pour briser la « chaîne de la résistance » contre Israël, dont il est l’un des maillons essentiels.

Il est clair qu’il a consolidé sa position et que ces élections ont eu lieu pour démontrer qu’il tient bien les régions sous son contrôle. Bachar voulait prouver qu’il est l’alternative politique et qu’il est capable de rétablir l’ordre et la légalité. Et il a gagné son pari. Cette élection, théoriquement la première depuis plus d’un demi-siècle, a été qualifiée de « farce » par l’opposition et l’Occident – les mêmes qui ont avalisé la comédie des élections afghanes et libyennes, et le théâtre électoral de Kiev -, et critiquée par le secrétaire général de l’ONU, dont on connaît le tropisme occidental.

LVdlR : Il y a eu aussi un tournant au niveau des réfugiés syriens, qui ont fui la guerre, et qui se comptent par millions ?

Luc Michel : Effectivement ! Les réfugiés syriens étaient censés être des anti-Assad pour les Occidentaux. Alors qu’ils ont fui la guerre et pas le gouvernement Assad. Dans de nombreux pays, ils sont venus massivement voter Assad, sans contrainte évidemment. Devant cette gifle annoncée aux Occidentaux, la France, l’Allemagne et la Belgique, mais aussi la Tunisie, ont interdit le vote dans leur pays, paniquant devant ce qui était incontestablement un plébiscite pour Assad.

Ainsi, Beyrouth a vécu au rythme de l’élection présidentielle syrienne le mercredi 28 mai, journée consacrée au vote des Syriens installés à l’étranger. Dans un phénomène – inattendu dit la presse libanaise -, des milliers de ressortissants syriens ont afflué vers l’ambassade de leur pays, à Yarzé, au sud-est de la capitale libanaise, provoquant un embouteillage monstre, qui a totalement bloqué la circulation (selon RFI).

LVdlR : Est-ce la situation militaire où Assad semble l’emporter qui a permis ce tournant politique ?

Luc MICHEL : Ce scrutin, dénoncé par l’Occident et des pays arabes qui organisent directement la guerre en Syrie, mais appuyé par Moscou et Téhéran, alliés indéfectibles de Damas, a eu lieu effectivement dans une situation militaire plutôt favorable à Damas. Le pouvoir peut aussi se féliciter de la guerre intestine sanglante opposant dans certaines régions l’EIIL au Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, ex-alliés dans le combat auprès de la rébellion syrienne.

Sans oublier la rupture intervenue entre ASL et djihadistes (alors alliés) et les forces d’auto-défense kurdes du PYD dès avril 2013. Et celle entre ASL et djihadistes radicaux. Le président syrien a démontré que cette consultation arrivait au bon moment, en expliquant qu’il y a « un tournant dans la crise au niveau militaire ainsi qu’au niveau politique », avec notamment des accords sécuritaires ponctuels entre rebelles non-djihadistes et l’armée.

LVdlR : Derrière la victoire et la résistance d’Assad, vous avez dit qu’il y avait la solidité des “alliances géopolitiques traditionnelles” de la Syrie ba’athiste ?

Luc MICHEL : Oui, c’est la clé de la solidité de la Syrie ba’athiste. Bachar al-Assad a suivi les traces de son père. Il s’est appuyé sur les alliances nouées par le général Hafez avec la Russie (alors l’URSS) dès les années 1970, avec l’Iran dans les années 1980, et avec le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah. Aujourd’hui, il récolte les fruits de ces alliances.

 Suite dans la seconde partie de l’entretien

http://french.ruvr.ru/2014_07_24/Damas-et-la-resistance-de-la-Syrie-Ba-athiste-Entretien-avec-Luc-Michel-Partie-1-1550/

Mikhail Gamandiy-Egorov

6ème sommet des BRICS : bilan d’une nouvelle victoire géopolitique

6ème sommet des BRICS : bilan d’une nouvelle victoire géopolitique

Le 6ème sommet des principales puissances émergentes, celui des BRICS, réunissant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, qui s’est tenu dans la très belle ville balnéaire brésilienne de Fortaleza, a coïncidé avec la tournée en Amérique latine de Vladimir Poutine, qui s’est justement clôturée au Brésil.

Que dire de plus si ce n’est que ce sommet a confirmé une fois encore que les BRICS sont bien plus qu’un simple « club » de puissances économiques dites émergentes, mais bien une réalité géopolitique, ainsi que vraisemblablement la véritable grande alternative au diktat occidental de l’ère unipolaire post-guerre froide qui s’est achevée récemment.

Plusieurs rencontres et discussions ont été organisées lors de ce sommet. Aussi bien portant sur des questions globales que concernant les relations bilatérales entre les pays membres des BRICS et les pays sud-américains, invités d’honneur du sommet, d’autant plus que l’événement se déroulait sur le sol d’Amérique latine.

Sur le bilan, plusieurs choses à dire. Tout d’abord la Banque de développement des BRICS n’est plus qu’un projet, mais désormais une réalité. Le siège de ladite banque sera basé dans la capitale économique chinoise, Shanghai. Les pays des BRICS se sont également mis d’accord pour créer une réserve de change commune. Comme l’a bien souligné la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, « Il s’agit d’une contribution importante pour la reconfiguration de la gouvernance économique mondiale ».

Une reconfiguration que beaucoup attendent depuis un bon bout de temps. Et bien évidemment une vraie alternative au système du FMI et de la Banque mondiale. Par ailleurs, la Banque des BRICS compte jouer un rôle important non seulement au niveau des pays membres, mais également à travers un grand nombre de projets dans différentes régions du monde, notamment en Amérique latine et en Afrique.

Pour revenir au partenariat des BRICS avec les pays d’Amérique latine, une grande rencontre a eu lieu entre les chefs d’Etat du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud avec les leaders de 11 pays sud-américains. A ce titre, plusieurs rencontres bilatérales ont également eu lieu. Le président russe, Vladimir Poutine, a pour sa part eu des discussions aussi bien avec ses homologues des BRICS, mais également avec les présidents de l’Uruguay, de la Bolivie et du Venezuela, lors du sommet. Pour rappel et avant le sommet des BRICS, Vladimir Poutine, dans le cadre de sa tournée latino-américaine, a visité Cuba, le Nicaragua, l’Argentine et le Brésil.

Durant les rencontres et mis à part l’aspect économique, la politique était elle aussi omniprésente, ce qui est peu étonnant compte tenu de l’actualité internationale. En premier lieu les discussions ont concerné les événements au Sud-Est de l’ex-Etat ukrainien et bien évidemment la situation au Moyen-Orient, en Irak et bien sûr en Palestine, tous à feu et à sang…

Le leader russe n’a pas manqué de rappeler la nécessité d’œuvrer tous ensemble, aussi bien dans le cadre des BRICS que de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), afin de protéger les Etats qui mènent une politique indépendante et qui ne se conforment pas à la pression des USA et de leurs satellites. Probablement le mot « diktat » aurait été plus approprié mais le message a été bien compris et entièrement soutenu par les participants de ce grand sommet.

Le projet BRICS se confirme donc. Au départ, et pour reprendre les termes employés par bon nombre de spécialistes occidentaux, le « club des BRIC » serait une « union artificielle, composée de pays trop différents et que rien ne peut unir ». Et un projet qui « au fil de quelques années » viendrait à disparaître. Cela se disait par des « experts » respectables du monde occidental aussi bien 2009 qu’en 2010. Mais que s’est-il passé depuis ? Un nouveau membre est venu rejoindre en 2011 ledit projet, en l’occurrence la République d’Afrique du Sud, leader du continent africain, ajoutant ainsi la lettre « S » à l’acronyme de l’organisation. Aujourd’hui d’autres pays et nations aspirent à rejoindre les BRICS, notamment l’Argentine. Et ce qu’il convient une fois de plus de noter, car c’est bien de cela qu’il s’agit, c’est que les BRICS désormais ne représentent plus uniquement une union économique (même si l’aspect économique est tout aussi primordial). Les BRICS partagent également aujourd’hui soit une vision commune, soit très proche, sur les principaux problèmes des relations internationales, ainsi que face aux défis majeurs de notre planète. Tout cela évidemment ne ravit en rien les élites politiques, financières et médiatiques occidentales qui réalisent aujourd’hui à quel point leurs « prévisions » par rapport aux BRICS se sont avérées fausses.

En ce qui concerne les dernières « sanctions » étasuniennes, ainsi que de leurs satellites de l’UE, qui visent la Russie, le président russe a bien rappelé que toute sanction aura un effet boomerang. Une position soutenue par les partenaires aussi bien des BRICS, que par l’écrasante majorité des Etats d’Amérique latine. Les BRICS et leurs alliés ont de beaux jours devant eux !

http://french.ruvr.ru/2014_07_18/6eme-sommet-des-BRICS-bilan-d-une-nouvelle-victoire-geopolitique-0511/

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

Après l’alliance russo-chinoise, Poutine confirme l’alliance avec l’Amérique latine

Difficile à dire si ceux qui avaient parlé encore tout récemment d’isoler la Russie sur la scène internationale se sentent ridicules ou non (après tout ils sont bien habitués à l’être ces derniers temps), mais vraisemblablement ils le devraient…

La tournée de Vladimir Poutine en Amérique latine est un succès. Un grand succès. Et une nouvelle grande victoire géopolitique. De la même manière que celle qui a suivi la visite du président russe en Chine, en mai dernier. Cette dernière avait alors définitivement confirmé l’alliance entre la Russie et la Chine, en dépit des « efforts » occidentaux à saper cette alliance. Cette visite a pour rappel permis non seulement d’obtenir une nouvelle grande victoire géopolitique à la Russie mais également et sur le plan économique, a confirmé la diversification majeure de ses relations dans le domaine économique, notamment en ce qui concerne les livraisons de gaz, et qui a résulté en la signature d’un contrat gazier historique, prévoyant l’approvisionnement en gaz russe de l’Empire du Milieu pour les 30 prochaines années.

La meilleure réponse qui soit à l’Union européenne qui d’une manière infatigable (et comme toujours sous pression étasunienne) parlait de la nécessité d’une plus grande « indépendance énergétique » de l’UE vis-à-vis de la Russie (sans avoir véritablement de plan B). La Russie, elle, a préféré prendre les devants et l’initiative, et en signant ledit accord historique avec la Chine, a diversifié, et de quelle manière, son portefeuille clientèle. Après tout, les affaires sont les affaires. Mais en général, et étant quelqu’un pour qui l’entreprenariat n’est pas étranger, je peux dire qu’il est toujours préférable de faire des affaires avec quelqu’un dont on partage une vision commune et des valeurs proches. Justement, la Russie et la Chine (sans oublier les autres pays des BRICS) partagent largement une vision commune sur l’avenir du monde et les relations internationales.

Pour revenir à l’Amérique latine, cette visite du leader russe fait déjà grand bruit dans le monde entier, l’Occident ne faisant pas exception. Avant d’arriver à Cuba, première étape de cette tournée latino-américaine, Vladimir Poutine a signé le décret annulant 90% de la dette de Cuba (datant de l’époque soviétique) d’un montant total de 35 milliards de dollars. Les 10% restant vont être remboursés par Cuba sur une période de dix ans, pour ensuite être réinvestis par la Russie à Cuba, dans bon nombre de projets communs. L’un de ces projets concerne la coopération dans le domaine pétrolier, en l’occurrence la recherche et l’exploitation pétrolière dans le golfe du Mexique. L’autre aspect de la coopération bilatérale concernera la création d’une base de ravitaillement à Cuba pour les navires russes. Comme l’a souligné le président russe à l’agence de presse internationale cubaine Prensa Latina,la coopération entre la Russie et Cuba revêt un caractère stratégique et est orientée sur le long terme. Vladimir Poutine a par ailleurs rencontré le Comandante et leader charismatique de la révolution cubaine, Fidel Castro, avec lequel il a eu un long entretien privé, qui a porté sur les questions internationales et l’état de l’économie mondiale.

La prochaine escale devait être l’Argentine, autre partenaire stratégique de la Russie dans la région, mais le président russe a décidé de modifier légèrement le plan de sa tournée, afin de passer d’abord par le Nicaragua, pays ami et allié de longue date de la Russie. Le président nicaraguayen Daniel Ortega a personnellement rencontré Vladimir Poutine à l’aéroport. Les discussions ont porté sur grand nombre de projets communs, dont la livraison de matériels agricoles russes, le déploiement des stations au sol du système russe de positionnement par satellites GLONASS sur le territoire du Nicaragua, la coopération dans le domaine de la pharmacologie, ainsi que la création d’une base d’approvisionnement de navires russes.

Après donc le Nicaragua, le président russe se rendra comme prévu en Argentine où il rencontrera la présidente du pays Cristina Fernandez de Kirchner. Les relations russo-argentines actuelles sur le plan politique, économique, commercial et culturel battent leur plein et ne cessent d’aller de l’avant. Après l’Argentine, Poutine se rendra au Brésil, leader de la région, également partenaire stratégique de la Russie et membre des BRICS. Au Brésil, plusieurs rencontres sont prévues, les deux pays ayant d’importants projets économiques communs et une vision très proche sur l’actualité internationale. Par ailleurs, le président russe assistera à la finale de la Coupe du monde de football au Stade Maracana, à Rio de Janeiro. Le Brésil passera alors le relais à la Russie, qui accueillera la prochaine Coupe du monde de 2018.

Pour finir, revenons à ce que nous avons dit au début. Certains n’ont toujours pas froid aux yeux de se ridiculiser constamment. C’est leur droit. Mais franchement et après cette tournée latino-américaine du leader russe, on a vraiment de quoi à se poser des questions sur l’état mental de certains leaders occidentaux et plus globalement de l’élite politique occidentale, ainsi que de leurs marionnettes.

Quant aux amis de la Russie, ils ne manquent pas : Cuba, le Nicaragua, l’Argentine, le Brésil, sans oublier bien sûr les autres alliés de la Russie que sont le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur ou encore l’Uruguay, et le tout uniquement dans le cadre d’une région, en l’occurrence l’Amérique latine. Cela sans parler des alliés et partenaires stratégiques de la Russie au niveau de l’Union eurasienne avec les pays issus de l’Empire russe et l’ex-URSS. Sans parler des poids lourds que sont la Chine et l’Inde, ainsi que les autres pays des BRICS. Sans parler des amis de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Et quelqu’un parle encore « d’isoler » la Russie ? A ce rythme, ceux qui parlent constamment et d’une manière hystérique, d’isoler tout le monde (tout en restant une minorité) finiront très rapidement eux-mêmes isolés. Et c’est leur choix. La dure réalité, pour cette même minorité, du nouveau monde. Un nouveau monde qu’ils finiront par accepter, qu’ils le veuillent ou non…

http://french.ruvr.ru/2014_07_13/Apres-l-alliance-russo-chinoise-Poutine-confirme-l-alliance-avec-l-Amerique-latine-3445/

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

« La vérité finira par triompher ! ». Entretien avec François Mattei (Partie 2)

« La vérité finira par triompher ! ». Entretien avec François Mattei (Partie 2)

Suite de la première partie de l’entretien.

LVdlR : Dans votre livre écrit en collaboration avec M. Gbagbo, on le retrouve dire que la « vérité finira par triompher »… Comment le président Gbagbo entrevoit-il son avenir, celui de ses proches et de la Côte d’Ivoire ? Et qu’en pensez-vous ?

F.M. : Moi, je suis très inquiet pour la Côte d’Ivoire parce que je pense qu’elle est aux mains de gens peu fiables. Des gens qui sont venus au pouvoir par les armes. Qui continuent à maintenir leurs positions par les armes. M. Ouattara ne peut rien faire contre ces gens qui l’ont ramené au pouvoir et qui sont pour la plupart analphabètes. Ils sont très nombreux. On retrouve notamment un commis de cuisine devenu préfet, c’est formidable… M. Soro, président de l’Assemblée nationale, qui a été également Premier ministre, n’est autre qu’un chef de guerre. Qui a été en outre désigné par un bon nombre de rapports à une certaine époque comme responsable de crimes de guerre et qui se retrouve aujourd’hui sous immunité parlementaire. Il guette le pouvoir comme M. Bakayoko, qui est le ministre de l’Intérieur. Et à la base, ils sont tous chefs de milices armées, qu’ils continuent chacun de diriger. Et ils se guettent tous du coin de l’œil en attendant que M. Ouattara, qui est bien malade, disparaisse de la scène politique. Tout cela est assez inquiétant. Le seul qui pouvait dégager un consensus c’est Laurent Gbagbo. On n’en a pas voulu. Ce qui se passe désormais c’est qu’il va passer en procès. Et il faut pour cela situer deux choses : le 3 juin 2013, la Cour pénale internationale avait dit qu’il n’y avait aucune charge retenue contre lui. Quelques mois plus tard, il y a toutes les charges retenues. Il se trouve que pour avoir étudié le dossier, il n’y a rien de nouveau. Que tout le monde le sache, il n’y a absolument rien de nouveau. Donc on voit bien qu’il s’agit d’une décision politique. Parce qu’en 2015 il y a l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire et on ne veut pas que Gbagbo soit libre. Et que l’objectif est de le maintenir le plus longtemps possible hors du jeu politique et afin qu’il n’y ait plus de possibilité pour lui de revenir. La vérité sortira tout de même. Et je pense qu’avec elle ce sera le procès de la CPI et non pas de Laurent Gbagbo. Qu’est-ce que représente la CPI sinon une institution, je dis bien une institution et non pas une juridiction, qui sert des intérêts particuliers ? Le dossier contre M. Gbagbo a été fabriqué à Paris et à Abidjan par le pouvoir actuel. Ce dernier ayant énormément de choses à se reprocher. Les seuls actes réellement génocidaires ont été commis par le pouvoir actuel ou en tout cas par les gens qui le soutenaient. Et aucun d’entre eux ne se retrouve aujourd’hui à la CPI. Donc on s’aperçoit bien que c’est une institution qui n’est pas respectable et qu’il convient de ne pas respecter. Le problème c’est que M. Gbagbo y est. J’allais dire qu’on attend avec impatience le procès parce que M. Gbagbo aura la possibilité de parler au monde. Et j’espère que cela sera retransmis partout. Et dans ce cas-ci, la CPI s’écroulera.

Quant à M. Gbagbo lui-même, il reste optimiste. Il sait parfaitement ce qui s’est passé. Pour résumer : étant donné qu’il y avait un litige électoral, c’est-à-dire deux présidents, lui a demandé qu’on recompte les voix sous l’égide d’une commission internationale. Cela a été refusé. Pourtant lorsqu’on sait qu’on a gagné, on ne devrait pas avoir peur du recomptage des voix. D’autant plus que c’est un usage absolument courant. On l’a vu aux Etats-Unis dans le cas de Bush et Gore. On l’a vu avec l’UMP en France, où pour la présidence d’un parti politique il y a eu une comédie tragique durant des mois. Autre exemple encore : Haïti, où cela s’est très bien passé : celui qui était arrivé au départ troisième est devenu après recomptage président de la république car il y avait eu des comptes mal faits au départ. Donc au lieu de faire des morts et de faire la guerre, car en Côte d’Ivoire faut le rappeler il y a eu beaucoup de morts, il aurait fallu tout simplement recompter les voix. Pourtant c’est l’option de la guerre qui été choisie au lieu de faire un recomptage qui aurait économisé énormément de vies humaines. Laurent Gbagbo s’est maintenu au pouvoir car il a été élu. Il a donc continué d’exercer, aussi bien en ce qui concerne ses prérogatives économiques que militaires, en défendant le pays. C’est ce qu’on lui reproche aujourd’hui. On lui reproche en fait d’avoir continué à gouverner alors que ladite communauté internationale estime qu’il était battu aux élections. Et dernière chose encore : je ne sais pas où a-t-on lu et décidé que c’était la communauté internationale ou quiconque qui décidait de l’élection d’un président de la république d’un pays souverain. Logiquement, c’est le peuple du pays en question qui il me semble doit choisir son avenir. La communauté internationale a peut-être un rôle mais elle ne peut agir qu’en respectant la souveraineté d’un Etat et du libre choix de son peuple à la suite d’une élection démocratique. C’est ce que Laurent Gbagbo va défendre et là-dessus il est tout à fait tranquille. Concernant l’avenir de la Côte d’Ivoire, il est très inquiet car il pense qu’aujourd’hui il n’y a plus de démocratie en Côte d’Ivoire. Pour vous dire, un très grand nombre de marchés se font aujourd’hui de gré à gré alors qu’on dit que M. Ouattara est un grand économiste. Peut-être. En tout cas, aucune des règles normales dans ce domaine n’est respectée, ni appliquée. La Côte d’Ivoire, curieusement, va mal alors que la guerre est finie. On a reproché son bilan à Gbagbo alors qu’il se trouvait en état de guerre avec la moitié du pays occupé. Et le bilan était malgré tout cela très loin d’être mauvais. Je peux le démontrer. Quant à aujourd’hui, il y a une chute des ressources pétrolières, ainsi que des ressources du cacao. Ca va très mal. Pourquoi ? Car il y a beaucoup de détournements. Ce n’est pas qu’il y a moins de cacao et de pétrole. Simplement il y a énormément de gens qui font du « business ». Parmi eux, un grand nombre de politiciens français. Notamment M. Guéant qui était ministre de l’Intérieur, ainsi que son gendre qui s’occupe notamment de la privatisation des banques là-bas. Ils font tous de très grosses affaires. La Côte d’Ivoire est devenue aujourd’hui un comptoir. Ce n’est plus un Etat mais bien un comptoir ouvert aux quatre vents du libéralisme sauvage.

LVdlR : Croyez-vous qu’un jour les responsables de la rébellion armée en Côte d’Ivoire, ainsi que ceux ayant commis des crimes depuis 2002, puissent se retrouver devant la justice, nationale ou internationale ? Ou alors, pensez-vous que leurs mentors occidentaux ne le permettront jamais ?

F.M. : Je pense qu’ils ne le permettront jamais. Et puis c’est déjà trop tard. Il est évident que si on veut faire un procès et la mise à plat de tout ce qui s’est passé là-bas, il faut envoyer à la CPI M. Soro. Et pourquoi pas M. Ouattara ? Tous ces gens-là ont organisé une rébellion sauvage. Il y a eu des centaines de milliers de morts, des villages rasés. Des massacres massifs. L’inaction de la CPI est absolument incompréhensible. Mais la communauté internationale est piégée dans sa posture parce qu’elle a soutenu ces gens-là. La vérité, elle, sera connue. Mais en ce qui concerne la probabilité qu’il y ait des sanctions à l’encontre des responsables de ces crimes, je pense qu’il y a très peu de chances.

LVdlR : Selon vous, la CPI ne s’est-elle pas définitivement discréditée en confirmant les charges contre Laurent Gbagbo et en faisant toujours la sourde oreille quant à la responsabilité de crimes massifs commis par les rebelles soutenus par le gouvernement français ?

F.M. : A mes yeux, oui. Et aux yeux de beaucoup de Français qui heureusement commencent à se réveiller. Y compris grâce aux débats qu’il y a eu à la CPI, beaucoup de gens commencent à voir clairement que sous l’habillage juridique, on voit apparaitre des intérêts clairement politiques, militaires et économiques. Je crois que la vérité va sortir. Beaucoup de gens commencent à réagir différemment, comparé à même deux ou trois ans auparavant. Et si les gens s’aperçoivent qu’ils ont été à ce point trompés, cela risque d’être violent. C’est ainsi en France, on se réveille tous les 20 ans. J’ai confiance en les gens de mon pays. Ce secret de la Françafrique, cette sinistre comédie mais qui rapporte énormément à l’Etat français, qu’on essayait de garder si longtemps s’ouvre aujourd’hui au grand jour. Et maintenant que les citoyens commencent à comprendre sur le fond pourquoi on joue avec les chefs d’Etats en Afrique comme avec des pions sur un échiquier, je crois qu’il y aura une réaction salutaire en France. Vous savez il y a un ancien ambassadeur de France, M. Gildas Le Lidec, qui vient de publier un livre « De Phnom Penh à Abidjan », qui mentionne justement la période où il était ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, à l’époque de Laurent Gbagbo. Et il y raconte des choses formidables pour dire qu’on n’a jamais laissé une chance à Gbagbo et que la France n’en voulait tout simplement pas. Et que même le chef de guerre Soro a voulu l’étrangler. Il parle donc de toutes ces choses comme un témoin direct.

LVdlR : Merci M. Mattei d’avoir répondu à nos questions ! Bonne continuation à vous !

F.M. : Merci !

http://french.ruvr.ru/2014_07_02/La-verite-finira-par-triompher-Entretien-avec-Francois-Mattei-Partie-2-9850/

Mikhail Gamandiy-Egorov