Archives mensuelles : juin 2015

Terrorisme en Tunisie: conséquence de l’intervention de l’OTAN en Libye

Après l'attentat de Sousse

La belle Tunisie a été de nouveau frappée par la vermine terroriste. Cette fois-ci, l’attaque a visé le site touristique Marhaba Beach Hotel à Sousse, ayant fait près de 40 victimes décédées et autant de blessés, de différentes nationalités.

Une touriste russe faisait également partie des victimes n’ayant pas survécu. Le tout après l’attentat contre le musée du Bardo à Tunis, en mars de cette année, qui a fait 22 morts.

Une fois encore donc la Tunisie a été visée par les terroristes salafistes et a dû payer le prix fort. Un coup dur pour ce pays, d’abord sur le plan humain car toute perte humaine est une rude épreuve. D’autant plus que cela touche l’un des secteurs les plus importants de l’économie tunisienne, en l’occurrence celui du tourisme.

La gangrène extrémiste s’exporte donc à différents endroits du globe. Et la Tunisie, pays connu et reconnu pour son accueil chaleureux, doit aujourd’hui réagir d’une manière radicale. C’est le désir de la grande majorité des Tunisiens, sortis massivement pour exprimer leur colère et leur ferme opposition au terrorisme et à tous ceux qui ternissent leur pays.

Mais ce qu’il faut chercher aussi dans toute cette situation tragique, aussi bien pour la Tunisie que globalement l’Afrique du Nord, ce sont les raisons de l’expansion du terrorisme. Et ce depuis le soi-disant « printemps arabe » jusqu’à aujourd’hui avec la montée en puissance des différentes sectes pseudo-religieuses, y compris l’Etat islamique, le plus « coté » en ce moment parmi elles.

L’une des principales raisons du chaos créé dans la région et ailleurs, ainsi que le renforcement des mouvements terroristes, réside sans aucun doute dans l’intervention de l’OTAN contre la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi. Aujourd’hui, plus aucun « intellectuel » terroriste occidental ne devrait avoir le droit de s’exprimer publiquement après tous les mensonges qu’ils avaient lancé contre ce pays pour justifier l’intervention impérialiste. Un pays pour rappel qui avait véritablement du succès dans tellement de domaines. Rien à avoir avec ce qu’il est devenu aujourd’hui: un pays ouvertement raciste et terroriste. Et l’une des nouvelles bases de l’Etat islamique. Les Libyens rencontrés à Moscou et partageant comme feu Kadhafi les valeurs panafricaines regrettent énormément la perte de leur leader et la destruction de leur pays par les prédateurs néocolonialistes alliés avec les salafistes.

Plus encore, même certains journalistes du mainstream occidental aujourd’hui finissent par reconnaître la responsabilité de leurs gouvernements dans le chaos en Libye. Ainsi que dans l’expansion du terrorisme, aussi bien en Afrique du Nord qu’au Moyen-Orient, et au-delà. Fini donc les « cris de joie » célébrant la mort honteuse du leader libyen. Fini les belles « promesses » d’un avenir « radieux » pour la Libye et la région. Aujourd’hui, comprenant parfaitement que le terrorisme qui a déjà frappé l’Europe et notamment la France risque de monter encore plus en puissance avec toutes les conséquences qui en découlent, on commence à voir un début de bon sens, ne serait-ce que minime, chez certains. Bienvenue maintenant dans la réalité.

Pourquoi les pays occidentaux ne se pressent-ils pas d’en finir avec l’Etat islamique aussi bien en Syrie/Irak qu’en Libye? Ont-ils encore besoin de ces terroristes comme ce fut le cas en Libye contre Mouammar Kadhafi et en Syrie contre Bachar al-Assad (qui fort heureusement résiste toujours et malgré tout)? Il est à croire que la réponse est évidente. Pourtant le cynisme est une fois de plus au summum. S’étant pressé pour détruire la Jamahiriya libyenne, le tout dans des justifications habituelles d’une intervention humanitaire, pour soi-disant protéger les civils, alors qu’en réalité dans le pur objectif de prendre contrôle des ressources du pays et éliminer un leader dont les idées très révolutionnaires ne pouvaient en aucun cas être acceptées par ces élites occidentales. Aujourd’hui? Des civils sont tués et torturés quotidiennement. Et rien. Tant que les puits du pétrole restent sous contrôle, pas de raison d’intervenir.

Pendant ce temps, les vrais intéressés pour en finir avec la vermine terroriste continuent le combat. A ce titre, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, était en visite à Moscou où il a rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov, ainsi que le président Vladimir Poutine. Le thème principal lors de la discussion avec le président russe a justement concerné les efforts communs pour éliminer la secte du pseudo Etat islamique. Il est pratiquement certain que des résultats concerts, même si cela risque de prendre du temps, viendront de l’axe Moscou-Damas-Téhéran-Pékin, mais certainement pas des « exceptionnels » USA et des suiveurs bruxellois.

Quant à la Tunisie, une fois de plus, condoléances au pays et aux familles de toutes les victimes, quelles que soient les nationalités. A souhaiter également que les autorités tunisiennes fassent les efforts nécessaires pour empêcher que de telles tragédies se répètent. Et que ce beau pays qu’est la Tunisie puisse continuer à recevoir les touristes du monde entier sous son attrayant soleil. Les extrémistes eux doivent être anéantis.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150630/1016776473.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Walid Mouallem à Moscou

Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, en visite à Moscou. Il a rencontré Sergueï Lavrov et Vladimir Poutine.

Le thème principal lors de la discussion avec le président russe a concerné les efforts communs pour éliminer la secte du pseudo Etat islamique.

La franchise russe… :)

Poutine discute aujourd’hui avec Lavrov après les discussions que le second vient d’avoir à Paris. Le ministre russe des Affaires étrangères mentionne le nouveau « scandale » d’espionnage qui implique les USA, ayant ouvertement espionné leurs « alliés » (sous-traitants) français.

Le président russe demande à Lavrov : « Selon vous, comment finira cette affaire d’écoutes ? ». Lavrov répond : « Selon moi et comme en Allemagne, ils feront en sorte d’étouffer cette affaire ». Poutine avec le sourire : « C’est ce que je pense aussi… » 🙂

Le tout retransmis sur la principale chaine TV russe (Perviy Kanal).

Tentative de révolution colorée à Erevan: l’Arménie tient bon

Protestations à Erevan, Juin 22, 2015

Il fallait bien s’y attendre. L’Arménie était dans le collimateur de Washington depuis un bon bout de temps.

Le fait que l’Arménie soit visée par une révolution de couleur made in USA n’a donc effectivement rien de surprenant. Et ce pour plusieurs raisons:

1) L’Arménie est un allié de longue date de la Russie. Les peuples russe et arménien partagent une relation plus qu’étroite depuis de longs siècles.

2) Une position géographique du pays réellement stratégique: frontières communes avec la Turquie et l’Iran, ainsi qu’avec l’Azerbaïdjan et la Géorgie.

3) L’Arménie a fait le choix de l’intégration eurasiatique et est devenue membre à part entière de l’Union économique eurasiatique avec la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie. A laquelle s’est jointe également le Kirghizistan en mai dernier (le Tadjikistan en cours). Une union qui donne beaucoup de stress à l’administration étasunienne, pour qui l’UEEA représente une nouvelle URSS. Le tout en refusant de signer l’accord d’association avec l’Union européenne, tant voulu par les Occidentaux (cela ne rappelle rien à personne?…).

4) Last but not least, le leadership arménien a adopté une position diamétralement opposée aux élites occidentales sur la Crimée. Durant la tentative ukraino-étasunienne à l’Assemblée générale de l’ONU en mars de l’année dernière de faire « condamner » le retour de la Crimée à la Russie, l’Arménie n’a pas soutenu l’initiative occidentale.

Le temps est donc bien arrivé pour les Soros & Co. de s’en prendre à l’Arménie. D’une part pour punir les élites arméniennes, résolument pro-russes et de l’autre tenter de faire passer la République d’Arménie dans le giron occidental. Les méthodes n’impressionnent plus personne. Plus encore: cela devient un peu « old school » et pas très innovant. Des manifestants sortent pour manifester contre la hausse du prix de l’électricité. Jusqu’ici tout est relativement compréhensible: les citoyens expriment leur désaccord sur une question d’ordre économique et social d’actualité. Puis, quelques représentants radicaux lancent des provocations aux représentants des forces de l’ordre avec des appels n’ayant plus rien à avoir avec les réclamations initiales. En bref, rien de nouveau à l’horizon. Une tentative de révolution de couleur, tout ce qu’il y a de plus simple. D’ailleurs beaucoup de spécialistes arméniens sont unanimes: « l’œuvre » des services secrets et organismes affiliés étasuniens est évidente.

A noter que les forces de l’ordre arméniennes ont fait preuve de beaucoup de retenue. Les députés arméniens sont mêmes sortis dans les rues pour proposer aux manifestants de nommer un groupe de contact et avoir une rencontre avec le leadership du pays, y compris le président. Les USA et l’UE ont tout de même eu le culot de dire que les policiers arméniens ont utilisé la force d’une manière « excessive ». Révoltant une fois encore d’entendre cela en voyant la retenue évidente des policiers arméniens et parallèlement l’extrême violence des « forces de l’ordre » étasuniennes, ne serait-ce qu’à Ferguson et dans d’autres localités environnantes, avec d’autant plus des tendances policières ouvertement racistes.

Affaire à suivre donc. Mais à souligner quand même que beaucoup d’Arméniens et de leurs amis partagent un optimisme assez évident:

— Les instigateurs ne font aucun doute. Ils sont connus et reconnus.

— L’Arménie était visée depuis longtemps et cela était connu par les experts et organes compétents.

— Les Arméniens, en tant que peuple digne et fier, ne permettront pas le chaos dans leur pays, à l’instar de la sauce Maïdan. De la même manière qu’ils ne permettront certainement pas que de personnages outre-Atlantique, choisissent leur destin à leur place. Cela n’arrivera pas.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150624/1016693541.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Omar el-Béchir vs CPI : une victoire pour l’Afrique !

Omar el-Béchir

Le suspens n’a pas été long. La machine néocoloniale nommée Cour pénale internationale (CPI) n’a pas réussi son coup : la République d’Afrique du Sud et plus globalement tout le continent africain n’ont pas cédé !

Petit rappel. Ladite CPI, devenue la cour de jugement pour les Africains, tout comme son « frère » le fameux Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie l’est lui pour les Serbes, avait émis un mandat d’arrêt contre le président soudanais, Omar el-Béchir, accusé de crimes de guerre (mandat émis depuis mars 2009). Des accusations fortement douteuses. Connaissant parfaitement la politisation de cette cour, une politisation qui a été reconnue à maintes reprises ne serait-ce que par les experts russes et chinois. Et surtout connaissant parfaitement les pseudo-accusations ayant visé un autre leader africain, le président ivoirien Laurent Gbagbo, dont le procureur en charge de ce dossier n’a pas pu présenter jusqu’à maintenant ne serait-ce qu’un élément valable de sa culpabilité. De même qu’à l’encontre de l’ex-ministre de la Jeunesse de Côte d’Ivoire, Charles Blé Goudé. Le tout en épargnant entièrement le camp des pro-occidentaux, dont pourtant les crimes massifs (ne serait-ce qu’à Duékoué) ont été reconnus, y compris par des organismes non-gouvernementaux occidentaux.

Le Soudan ne reconnait pas la CPI et le président Omar el-Béchir a plusieurs fois lancé des défis audit organisme en voyageant librement et en participant à divers grands forums aussi bien sur le continent africain qu’ailleurs. Jusqu’ici tout allait assez bien. Mais les derniers jours, la République d’Afrique du Sud accueillait un sommet de l’Union africaine. A noter qu’en juillet 2009, après le lancement du mandat d’arrêt de la CPI à l’encontre d’el-Béchir, les Etats de l’Union africaine ont voté une résolution indiquant qu’ils n’exécuteront pas le mandat d’arrêt de la CPI émis contre le président soudanais.

Mais on connait les Occidentaux, ou plutôt leurs « élites ». Ils ne s’arrêteront devant rien. D’autant plus lorsque la mentalité coloniale est ancrée si profondément dans les têtes de ces dites élites. Ils ont lancé donc une demande à la justice sud-africaine d’arrêter Omar el-Béchir en terre sud-africaine compte tenu du fait que l’Afrique du Sud est signataire du Statut de Rome et reconnait donc (pour le moment) la CPI. Immédiatement, un juge sud-africain d’origine allemande, Hans-Joachim Fabricius, vraisemblablement un nostalgique de la sinistre période d’apartheid (dont l’un des ancêtres selon certaines sources était un haut cadre politique de l’Allemagne nazie), émet une interdiction au président soudanais de quitter le territoire sud-africain.

Le suspens peut commencer. Les Occidentaux pensaient déjà crier victoire en pensant que le gouvernement sud-africain allait appliquer à la lettre leurs exigences. Plus encore, certains représentants occidentaux et leurs valets locaux ont eu le culot de lancer des phrases du genre « je crois que la fidélité de l’Afrique du Sud à l’Union africaine ne peut pas faire le poids face à ses obligations envers la CPI ». C’est vrai, on avait oublié. Les machins néocoloniaux ça vaut « bien plus » qu’une organisation réunissant les Etats de tout un grand continent, en la qualité de l’UA.

Mais le suspens n’a pas duré. Le gouvernement sud-africain n’a pas appliqué les « prérogatives » néocoloniales de la CPI. Omar el-Béchir est rentré au Soudan où il a été accueilli par une foule en liesse. Bravo donc aux Sud-Africains, membres à part entière de l’alliance des BRICS, de ne pas avoir cédé aux tentatives d’une extrême minorité de notre planète, vivant encore dans leurs rêves unipolaires, ainsi qu’aux traitres locaux — héritiers de l’apartheid.

A ce titre, on a pu particulièrement apprécier la réaction du parti historique de Nelson Mandela, le principal parti politique du pays, le Congrès National Africain (ANC), via sa porte-parole Khusela Sangoni, ayant fustigé les tentatives de faire arrêter le leader soudanais en leur sol. « Le gouvernement sud-africain, lorsqu’il a invité son excellence Omar el-Béchir et les autres participants à venir au sommet de l’UA, a dans le même temps adopté une mesure légale pour accorder l’immunité à tous les participants. Cette notice a fait l’objet d’une publication, et personne ne l’a contesté, donc nous trouvons très étrange qu’une organisation décide maintenant de saisir la justice pour obtenir que Béchir soit arrêté en Afrique du Sud, et nous avons encouragé le gouvernement sud-africain à faire en sorte que cette démarche n’aboutisse pas ».

Il fut très intéressant également de connaître la réaction du chef du département juridique de l’Union africaine, le professeur Vincent O. Nmehielle, qui considère que l’Afrique du Sud a entièrement raison du point de vue juridique.

Voici ce qu’il a répondu à RFI : « Le sommet n’est pas une réunion organisée par le gouvernement sud-africain. Dans le règlement de l’Union africaine, et conformément à l’accord signé entre l’Afrique du Sud et l’UA, l’Afrique du Sud ne peut pas violer l’accord faisant de lui un pays hôte. Et donc el-Béchir n’est pas ici pour visiter l’Afrique du Sud, il visite un site sous contrôle de l’Union africaine, aussi longtemps que se tient le sommet. Et donc, les lois de l’Afrique du Sud ne s’appliquent pas dans ce cadre. » Selon lui « cet accord est aussi un traité international entre l’Afrique du Sud et l’Union africaine pour lui permettre de tenir ce sommet. Si l’Afrique du Sud ne peut pas garantir le libre passage de tous les participants à ce sommet, il ne peut pas être pays d’accueil. Il n’y a eu dans cette affaire aucune violation d’aucune sorte. Si l’Afrique du Sud avait écouté ce que n’importe qui avait à dire, ce serait une violation de cet accord qui lui permet d’être l’hôte de ce sommet. »

Très drôle aujourd’hui de voir tout le mainstream occidental, anglophone comme francophone, crier au scandale, tout en donnant la parole à d’anciens cadres de l’administration du régime raciste de la période apartheid, qui expriment également leur « révolte »… Sans commentaires.

Quant à l’Afrique, elle vient effectivement de remporter une mini-bataille, mais fort symbolique. Surtout à l’heure où la plupart des pays africains, membre de l’UA, aient exprimé le désir de quitter la fameuse et trop controversée CPI (merci en passant à la présidence du Zimbabwe à l’UA). La guerre, elle, est bien loin d’être gagnée et les efforts ne doivent aucunement être relâchés. Tout ne fait véritablement que commencer. Mais, cette petite victoire de l’Afrique du Sud (et donc des BRICS), ainsi que de tous les Africains en général prouve que lorsque l’Afrique veut — elle peut beaucoup de choses. En avant !

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150616/1016571936.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Turquie, membre de l’OTAN mais non-vassal des USA

Vladimir Poutine (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan

La Russie et la Turquie ont beau ne pas être d’accord sur un certain nombre de questions, notamment liées à l’actualité internationale, cela n’empêche pas les deux pays de défendre leurs intérêts nationaux et de développer d’une manière très effective leur partenariat commun.

Aujourd’hui, les deux pays sont clairement des partenaires stratégiques. Des alliés peut-être pas encore compte tenu justement d’un certain nombre de questions sur lesquelles les deux nations partagent des points de vue divergents, voire parfois diamétralement opposés. Mais le fait que nous soyons aujourd’hui des partenaires stratégiques, oui, c’est indéniable.

Les principaux points de dissension sont connus. Tout d’abord il s’agit de la Syrie. Moscou soutient le gouvernement légitime de Damas. Ankara avait au contraire adopté une position très dure contre le président syrien Bachar al-Assad. En outre, plusieurs djihadistes allant combattre en Syrie en provenance d’Europe, avaient fait de la Turquie un pays de transit. Aujourd’hui, cette approche est devenue plus modérée: la Turquie ayant commencé à lutter contre le passage des terroristes par son territoire, notamment via des arrestations. Certains diront d’une manière modeste, mais en tout cas la différence commence aujourd’hui à être un peu plus visible.

D’autre part, la Turquie a été opposée au retour de la Crimée à la Russie. On peut également un peu comprendre la logique de la chose: la péninsule ayant appartenu à une certaine époque à l’Empire ottoman avant de devenir pour de longs siècles russe. Et la présence au sein du peuple multiethnique de Crimée de représentants turcophones, en premier lieu des Tatars de Crimée, y est aussi pour quelque chose. La Turquie, en tant que puissance régionale évidente, veut jouer un rôle dans toutes les régions où les populations ont de près ou de loin des liens de parentés « turcs ». Un autre exemple assez récent: on se souvient qu’après les élections de gouverneur (« Başcan ») en Gagaouzie (région autonome en République moldave à majorité turcophone), à l’issue desquels la candidate pro-russe Irina Vlakh a été élue, Ankara a été avec Moscou la première à féliciter le vainqueur. Et pour cause, bien que connaissant parfaitement les sentiments pro-russes de la très grande majorité de la population gagaouze, Ankara entend néanmoins également jouer de son influence au sein de cette population turcophone très majoritairement chrétienne.

Puis évidemment reste la question du génocide arménien. La Turquie n’a pas apprécié les mots du président russe de la récente cérémonie commémorative de cette tragédie, qui s’est déroulée dans la capitale de l’Arménie, Erevan. La diplomatie turque l’avait commenté comme étant un acte hostile. Mais bien vite, cela a été oublié pour se concentrer sur le renforcement du partenariat stratégique avec la Russie.

Le peuple turc est un peuple fier et il a de quoi. Le pays s’est beaucoup développé et offre aujourd’hui de très grandes opportunités d’affaires. A en juger justement par ces opportunités et le niveau de vie moyen du pays, la Turquie aurait certainement bien plus de place dans l’Union européenne, que certains autres pays (baltes, Roumanie, sans même parler de l’Ukraine)… Néanmoins, de moins en moins de citoyens turcs sont aujourd’hui attirés par la perspective d’une éventuelle entrée au sein de l’UE. Au contraire, beaucoup expriment à l’heure actuelle le désir de miser sur le développement des relations avec le voisin du nord, en la qualité de la Fédération de Russie. Sans oublier les autres pays BRICS dont la Chine et les pays de l’espace eurasiatique. Ainsi que l’Afrique, où la Turquie est devenue ces dernières années également fortement active. Cela ne signifie pas que la République de Turquie entend rompre ses relations avec les pays de l’Europe bruxelloise, mais Ankara n’y attache pas non plus une priorité ultime. Surtout que l’Union européenne actuelle est devenue pratiquement synonyme de problèmes politiques et économiques. A douter fortement que la Turquie ait besoin de cela.

Justement, depuis que les pays occidentaux, le tout sous la houlette du maître étasunien, ont lancé la « guerre » des sanctions contre la Russie et son peuple, la Turquie a non seulement pas suivi ces bêtises, mais a au contraire fortement profité de cette situation, en renforçant sérieusement ses positions commerciales sur le marché russe (qui étaient déjà fortes). La pression faite par Washington et le sous-traitant de Bruxelles sur la Turquie pour que cette dernière se joigne aux sanctions, même d’une façon symbolique, n’ont pas abouti. La Turquie a dit: niet !

Plus que cela, les deux pays ont lancé un grandiose projet dans le domaine gazier: la construction du gazoduc Turkish Stream. Un projet qui permettra à la Russie de ne plus utiliser l’Ukraine comme pays de transit du gaz allant vers l’UE et qui donnera à la Turquie la possibilité de jouer un rôle encore plus important sur le plan géoéconomique et géopolitique, notamment face à Bruxelles. Le tout en remplacement du projet South Stream, dont les pays participants n’ont pas pu prouver leur fiabilité.

Immédiatement, les USA & les vassaux ont crié leur opposition audit projet. Mais rien n’y fait, Moscou et Ankara le réaliseront. Ce sera après aux « décideurs » bruxellois de savoir s’ils ont besoin de gaz pour les consommateurs européens, ou pas. C’était d’ailleurs le message qu’ont fait passer les hauts-responsables russes et turcs, notamment le ministre turc de l’Energie, Taner Yildiz, qui avait déclaré que la position de l’Occident par rapport à ce projet est tout simplement incohérente: « D’une part, l’Occident s’oppose à la réalisation du projet, d’autre part, il déclare sa volonté de recevoir le gaz par ce gazoduc. Je trouve que cette position est incohérente ». Pareil pour nous mais connaissant toute l’énorme incohérence de l’Occident politique, on est au final pas si surpris que cela.

La Turquie a donc beau être membre de l’OTAN (pour l’éternité? Pas si sûr…) et ne pas partager en intégralité un certain nombre de positions avec la Russie, elle a au moins le mérite d’être une nation souveraine et qui sait défendre ses intérêts nationaux. A ce titre, les présidents russe et turc viennent de s’entretenir tout récemment à huit clos à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, où ils se sont rendu tous deux à l’occasion de l’ouverture des premiers Jeux européens. A l’issue de cette rencontre, les deux leaders ont reconfirmé l’objectif stratégique des deux pays à porter les échanges commerciaux à hauteur de 100 milliards de dollars. Rien que cela…

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, n’a pas manqué en outre d’ironiser sur l’absence des dirigeants occidentaux lors de la cérémonie d’ouverture à Bakou des Jeux européens, auxquels participent tous les pays d’Europe, au sens large. Le leader russe n’a pas manqué d’humour lui aussi en disant que la Turquie, candidate à l’adhésion à l’UE, a représenté l’Union européenne toute entière…

Pour finir, il serait bon de dire que l’on espère un changement d’approche des dirigeants turcs vis-à-vis de la Syrie. D’autant plus, qu’une grande partie de la population de Turquie comprend les enjeux qui se jouent dans la Syrie voisine. La Russie, elle, continuera à soutenir ce pays martyrisé par le terrorisme international et l’impérialisme occidental. Et concrètement dans le cas syrien, connaissant les valeurs républicaines partagées par une grande majorité des Turcs, il serait plus que juste de s’éloigner une bonne fois pour toute des wahhabites sponsors des terroristes salafistes et des criminels otanesques. Ce qui est certain, ce que l’on continuera à développer les affaires et les relations avec la Turquie, et ce pour le bien commun.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150615/1016553443.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Rencontre entre le pape François et Vladimir Poutine : un grand symbole

Le pape François (à droite) et Vladimir Poutine

La rencontre entre le pape François et Vladimir Poutine était fort significative. C’était la seconde fois que les deux hommes faisant partie des plus influents du monde se rencontraient au Vatican.

Deux choses qu’il serait bon de noter. D’une part et encore une pression sans précédent des USA qui se sont permis de donner au Saint-Siège des « recommandations » sur le ton à avoir face au leader russe. Plus encore, la « nation exceptionnelle » via son ambassadeur au Vatican a carrément exprimé son souhait de voir le pape transmettre au président russe ses « sérieuses préoccupations » par rapport à la situation en Ukraine. Question: les USA souhaitaient donc que le pape transmette les préoccupations des USA ou ses préoccupations personnelles? Si c’est le premier cas, alors pourquoi le pape, chef de l’Eglise catholique, devrait transmettre les préoccupations d’un pays qui n’a toujours pas compris que son diktat est bien arrivé à sa fin? Si c’est le second cas, alors de quel droit les Etats-Unis se permettent de parler des préoccupations personnelles du souverain pontife?

En tout cas, le pape François a prouvé une fois encore que c’est un homme fort sage et qui comprend parfaitement les événements dans le monde actuel. Malgré les pressions exercées par Washington, Bruxelles et Kiev, le Vatican n’a pas fléchi.
Le pape François et Poutine ont discuté de tous les principaux problèmes internationaux: Syrie, situation au Moyen-Orient, guerre dans le Donbass et la situation en Ukraine. A la fin de l’entrevue, le président russe a offert au souverain pontife l’icône représentant la Cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, ainsi que plusieurs tomes de l’encyclopédie orthodoxe russe. Le pape n’a pas manqué lui aussi de remettre un cadeau à Vladimir Poutine (et quel cadeau!): une médaille réalisée par un artisan du siècle dernier représentant l’ange faiseur de paix. « Cette médaille représente l’ange qui apporte la paix, la justice, la solidarité et la protection, ainsi que ce texte, qui apporte une réflexion sur le fait que l’Evangile nous apporte la lumière dans nos vies, et la joie. On y trouve également des réflexions géopolitiques sur nous, sur nos vies »…, a dit le pape. Le pape a également demandé à Poutine de transmettre ses meilleurs vœux au patriarche de l’Eglise orthodoxe russe Kirill et a salué les journalistes présents, qui ont par ailleurs tous reçu des chapelets.

Il est difficile à savoir si le message a été compris par tous. Certains ne le verront pas, d’autres feront semblant dans leur but de propagande russophobe de ne pas le voir. Le fait est qu’il y est. Et cela ne peut que rendre heureux.

Pour rappel, le pape François a été avec Vladimir Poutine l’un des principaux opposants aux volontés des élites politiques occidentales de bombarder la Syrie pour renverser le président Bachar al-Assad. Des bombardements qui paraissaient alors déjà définitivement décidés par Obama et le sous-traitant Hollande. Cette compréhension de la situation a été grandement appréciée par les chrétiens du monde entier, y compris de Russie, et plus globalement par toutes les personnes de bonne volonté. Et aujourd’hui, cette compréhension se poursuit avec la crise ukrainienne dans laquelle le Vatican et le pape personnellement ont refusé d’accuser la Russie d’y être responsable, comme le voulaient tellement les élites politiques d’un certain nombre de pays occidentaux.

La deuxième rencontre donc entre le pape et le président russe était tout aussi symbolique que la première. Et cela nous prouve une fois encore, que le monde occidental (bien qu’il faut le rappeler le pape est argentin, donc d’Amérique latine), ne se limite surtout pas aux élites politiques et médiatiques de l’Occident anti-chrétien. Il y a un autre Occident. Et cet autre Occident est prêt, main dans la main à bâtir le monde tant désiré, où tous seront égaux et auront leur mot à dire. Le monde multipolaire libéré du diktat néocolonialiste qui s’imposera alors une bonne fois pour toute.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150614/1016541813.html

Mikhail Gamandiy-Egorov