Archives mensuelles : novembre 2015

Les héros doivent être connus

Les miltaires des forces spéciales syriennes ayant participé à la libération du co-pilote russe qui a survécu à l’attaque menée par le F-16 turc contre notre bombardier Su-24. Merci à eux.

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Russie-Turquie: nouvelle réalité & perspectives

La tragédie qui s'en est suivi avec la mort d'un des deux pilotes de l'avion, le colonel Oleg Pechkov et la marine Alexandre Pozynitch, a choqué grand nombre de personnes

Avant-hier, la Turquie a abattu dans le ciel syrien le bombardier russe Su-24 qui devait revenir à la base militaire de Hmeimim d’une énième mission antiterroriste.

La tragédie qui s’en est suivi avec la mort d’un des deux pilotes de l’avion, le colonel Oleg Pechkov, tué après éjection de l’avion depuis le sol par les terroristes opérant en Syrie, a choqué grand nombre de personnes, aussi bien en Russie que dans beaucoup de pays du monde. 

Le second tué n’est autre que le fantassin de la marine Alexandre Pozynitch, ayant perdu la vie lors de l’opération de sauvetage qui s’en est suivi. Quant au co-pilote du Su-24, le capitaine Konstantin Mourakhtine, dont on n’avait pas de nouvelles officielles durant plusieurs heures et que certains avaient annoncé également tué, il a été finalement récupéré par les forces spéciales syriennes et russes (chapeau pour leur travail). Il est sain et sauf, prêt sous peu à reprendre le travail antiterroriste qu’il mène courageusement en Syrie. Il a été décoré par décision du président russe de l’Ordre du Courage.

Nous avons donc deux héros tombés dans la lutte contre le terrorisme. Le président russe a remis à titre posthume le titre de Héros de Russie au commandant du Su-24, le colonel Oleg Pechkov. Le fantassin de la marine russe, Alexandre Pozynitch, a été décoré de l’Ordre du Courage, également à titre posthume. Paix à leurs âmes. Le plus terrible dans cette tragédie est qu’elle a été provoquée par l’action d’un pays qui était considéré comme un membre de l’alliance antiterroriste. Plus que cela, considéré comme étant un pays ami, compte tenu des relations de bon voisinage observées depuis plusieurs années, ainsi que des relations économico-commerciales intenses développées entre les deux pays, sans oublier les nombreux projets communs en cours. 

Maintenant justement pour revenir aux relations russo-turques qui risquent de connaitre un revers sérieux, ne serait-ce que sur le court-moyen terme. La thèse avancée par Ankara comme quoi l’avion russe aurait violé l’espace aérien turc ne tient pas. D’abord, parce que tout a été enregistré et le ministère russe de la Défense est formel: il n’y a pas eu de violation de l’espace aérien de la Turquie, preuves à l’appui. D’autre part, imaginons même que si l’avion russe aurait été (certaines sources étrangères parlent de moins d’une minute) dans l’espace aérien turc, comment se fait-il alors que l’avion est tombé à 4-5 kilomètres de la frontière, sur le territoire syrien? Franchement, ne pensez-vous que les pilotes russes, de grands professionnels, sachant qu’ils ont été abattus en territoire turc, n’allaient pas s’éjecter en ce même territoire turc, pour la simple raison qu’il y aurait bien plus de chances qu’ils restent en vie, au lieu de se retrouver dans une zone en Syrie remplie de terroristes? Et troisième point.

Depuis le début de l’intervention antiterroriste russe en Syrie, un avion russe avait à un moment effectivement survolé par accident l’espace aérien turc (des raisons météorologiques ont été avancées). Le ministère russe de la Défense avait alors immédiatement confirmé les faits et présenté ses excuses à la Turquie. En ajoutant qu’afin d’éviter dans le futur de tels incidents, une ligne directe sera mise en place entre les états-majors des deux pays. Pourquoi ne pas avoir utilisé cette option si Erdogan affirme que nous avions tort? Donc une fois de plus, il faut cesser les mensonges. Surtout que, et cela est confirmé par plusieurs haut-cadres turcs, dont l’ex-chef du bureau de renseignement à l’état-major général de Turquie, Ismail Hakki Pekin, qui avait indiqué dans un entretien à l’agence Sputnik « qu’abattre un avion engagé dans une opération contre les éléments terroristes était une grossière erreur ». Et d’ajouter que « le Su-24 russe ne constituait aucune menace pour la Turquie et n’affichait pas de comportement hostile ». 

Quelles sont donc les raisons qui auraient pu pousser le leadership turc (ou en tout cas une partie) à cette folie? Certains analystes avancent le fait que depuis l’intervention antiterroriste russe en Syrie aux côtés de l’armée syrienne, les groupes armés recevant le soutien d’Ankara (Front al-Nosra d’Al-Qaida est notamment mentionné) se retrouvent de plus en plus en difficultés. Vraisemblablement donc, le projet tant voulu par Erdogan de faire tomber le président syrien Assad et le remplacer par un régime loyal à Ankara tombe à l’eau. Le but de l’attaque était donc de montrer sa vive opposition au scénario que l’on observe actuellement, à savoir la progression sur différents fronts de l’armée syrienne, avec le soutien de l’aviation militaire russe, ainsi que des Iraniens et des combattants du Hezbollah au sol. Fort possible mais est-ce la seule raison? Selon moi, il est à penser que non.

L’autre raison serait purement économique. Il est connu que la Turquie est devenue le principal marché de vente du pétrole volé en Syrie et Irak par les groupes terroristes. Un pétrole vendu par ces mêmes groupes terroristes à un prix dérisoire aux cercles impliqués dans ce trafic illicite, pour ensuite être revendu bien plus cher et faire de gros bénéfices. Un business qui permet d’une part un financement massif des groupes terroristes, dont Daech, mais qui apporte aussi d’énormes gains aux groupes criminels impliqués dans ce trafic et qui sont principalement turcs. Selon plusieurs sources, des membres de l’élite politique et économique de la Turquie, participent activement à ce sale processus. Mais depuis que l’aviation russe vise et détruit depuis le ciel syrien, en plus des cibles terroristes, un grand nombre de citernes contenant des dizaines de milliers de tonnes de pétrole transportés par ces groupes terroristes à destination de la Turquie, des profits colossaux partent en fumée, aussi bien côté Daech & autres groupes salafistes, que côté ceux qui commercent avec eux. On parle même de certains proches du président turc Erdogan qui seraient partie active dans ce commerce criminel. Donc l’attaque contre le bombardier russe peut aussi être vue dans cette optique. Le problème, c’est que vraisemblablement les instigateurs de cette tragédie n’ont pas pensé que ces intérêts « économiques » malsains peuvent avoir d’énormes répercussions pour les intérêts économiques globales de la Turquie, compte tenu des relations intenses en ce sens avec la Russie. Au vu de ce qui s’est passé, la Russie sera bien forcée de riposter.

Maintenant, parlons de la riposte. Personnellement, je suis opposé à des sanctions qui vont frapper de simples citoyens, de part et d’autre, surtout connaissant les liens intenses qui nous unissent, ainsi que les nombreux liens d’amitié. Les deux économies sont très interdépendantes. La coopération bilatérale se fait dans nombre de secteurs: énergie (60% de la demande turque assurée par la Russie), commerce, tourisme, banques,…. D’autre part, les sentiments pro-russes en Turquie sont importants, aussi bien au sein des entrepreneurs, hommes d’affaires, représentants politiques qu’au sein de simples citoyens. Il serait trop dommage de détruire cela ou en tout cas d’y porter un sérieux coup. Limiter le flux touristique à destination de la Turquie? Oui, peut-être. D’ailleurs cela commence déjà à être le cas. En ce sens, l’Agence fédérale russe du tourisme (Rostourism) a déjà recommandé aux tour-opérateurs et agences de voyages basées en Russie, de ne plus vendre de voyages à destination de la Turquie. Une proposition déjà très largement suivie. A noter que pour la seule année dernière, près de 4,5 millions de touristes russes ont visité la Turquie, faisant de la Russie le second principal marché émetteur de touristes pour la Turquie (derrière l’Allemagne). Mais de loin le plus dépensier (les touristes russes ont dépensé au total 2 fois plus que les touristes allemands, près de 1,5 fois plus que les touristes US et 1,2 fois de plus que les Britanniques. Un coup effectivement très sérieux pour cette industrie touristique, stratégique pour la Turquie et qui assure deux millions d’emplois directs et indirects. Une mesure radicale mais qui malheureusement peut frapper justement ceux qui généralement ont de la sympathie pour la Russie. Sans oublier aussi que mis à part les très nombreux touristes en provenance de Russie, il y a aussi une diaspora russe assez importante en Turquie, notamment au niveau des familles mixtes. Et les 150-200 000 citoyens turcs vivant et travaillant en Russie d’une façon permanente ou saisonnière? Je ne pense pas qu’il faut d’une quelconque façon les punir pour les crimes de ceux qui appuient les terroristes et qui sont loin de représenter toute la Turquie. Surtout après les condamnations et les critiques exprimées par plusieurs responsables politiques turcs, journalistes, experts civils et militaires, ainsi que des représentants de la société civile, qui comprennent d’autant plus le danger actuel de l’attaque contre l’avion russe pour la suite des relations bilatérales.

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151126/1019835710/russe-turquie-su-24.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Не разделяю массовую истерику по отношению к Турции. И считаю все это лицемерным.

Да, преступление против наших летчиков должно быть наказано. Так или иначе. Прощать такое нельзя. Только надо вести себя разумно и без лицемерия. И тут даже не буду перечислять все взаимные торгово-экономические интересы, список слишком длинным будет. И не буду напоминать о том, что в этих отношениях не только Турция выигрывает, а массово выигрывает и Россия. В Газпроме, Лукойле, Сбербанке, Росатоме, и многих других крупных российских предприятиях знают, о чем говорю. Молчу про малый и средний бизнес, на который чиновникам наплевать и который тоже сильно пострадает, опять же с обеих сторон. Молчу о том, что Турция будучи членом НАТО, не присоединилась к западным анти-российским санкциям. И это все в конце концов в данном случае, когда речь идет о смерти наших летчиков-героев второстепенно. Деньги деньгами, а честь честью. Одобряю.

Но то, что я не переношу, так это лицемерие и расизм. И в данном случае уверен – так оно и есть. Когда Украина истребляла народонаселение Донбасса (кстати среди которых было много и граждан России) и жертвы шли на тысячи – никаких серьезных деловых, экономических и визовых ограничений мы не предпринимали. Говорили мол – не будем наказывать украинский народ. При том, что среди миллионов украинцев, сегодня живущих в России, далеко не все приехали из Донбасса или юго-восточных регионов Украины. Полно представителей центральной и западной Украины, где массово сегодня ненавидят Россию и называют нас « оккупантами ». Среди них вполне имеются и потенциальные террористы – боевики « Правого сектора » и прочих неонацистских группировок. Но ничего страшного – это же « братья славяне ». Да и авиасообщение с Украиной мы перекрыли только тогда, когда Киев это сделал. И других ограничений не было. Кстати, а почему бизнес урода русофоба Порошенко до сих пор спокойно работает в России? Смешно. А против Турции началось. Наезды на турецкий бизнес, на турецких граждан. Особенно несерьезно то, что эти наезды касаются и коснутся тех, кто зачастую очень лояльно относятся к России.

Наказывать представителей части турецкой политической элиты однозначно надо. Нельзя прощать убийства наших героев, которые не щадя жизни боролись против терроризма. Только надо это делать умно, а не как попало. В принципе неудивительно учитывая « профессионализм » многих наших чиновников (Лавров, Чуркин, Пушков и некоторые другие не в счет, их работой я более чем доволен, но таких к сожалению, не так много). Почему бы не ввести персональные санкции против ряда лиц турецкой политики, вплоть до Эрдогана? Тем более, что многие граждане Турции сами поддержат такие действия (стоит хотя быть почитать большое количество осуждений со стороны турецких политиков, журналистов, экспертов, и простых людей по поводу нашего сбитого самолета). Так почему наказывать турецких граждан, которые уважают и ценят Россию? Вообще если провести сегодня опрос среди населения той же Турции с одной стороны и Украины с другой, придем к очевидному выводу – симпатий к России и российскому народу несравнимо больше сегодня в Турции, чем в « братской » Украине (которой мы кстати еще и трех миллиардный долг готовы разбить на несколько лет вместо того, чтобы требовать сейчас). И это после фактически геноцида Донбасса, после убийства российских журналистов, после Одессы, и после всех откровенных плевков со стороны Киева в нашу сторону. Но хотя да, это же « белые славянские братья »… А с другой стороны « чурки турки ». А это уже откровенное лицемерие и откровенный расизм. Что поддерживать я не могу и не буду.

Géostratégie africaine. Partie 2: Partenariat avec la Chine et la Russie

Jean-Paul Pougala

Jean-Paul Pougala est un spécialiste camerounais de géostratégie. Il dirige l’Institut d’Etudes Géostratégiques de Douala (Cameroun), il est également enseignant à l’Institut Supérieur de Management ISMA, toujours à Douala. Il est en outre auteur du livre «Géostratégie africaine».

Sputnik : Vous êtes par ailleurs un partisan du renforcement des relations entre les pays africains avec la Chine et la Russie, en mettant l’accent sur les domaines prioritaires à développer avec les deux nations. Quels sont ces domaines et pourquoi ce soutien à l’axe Afrique-Chine-Russie?

Jean-Paul Pougala: Il existe plusieurs points fondamentaux qui poussent vers la coopération entre l’Afrique et le duo Russie-Chine. La plus importante est la nécessité de couper le cordon ombilical de la « relation incestueuse » entre la victime et son bourreau que l’Afrique entretient avec l’Europe. L’Afrique n’a jamais choisi d’entretenir une quelconque relation avec l’Occident. Il s’agit avant tout d’un viol. Et comme tout viol, quel que soit le bébé qui en nait ne peut pas être érigé en modèle. Il laisse des cicatrices peut-être invisibles, mais indélébiles pour la victime que ni le temps, ni l’espace, encore moins de nombreuses opportunités positives ne peuvent effacer. L’Afrique est cette victime qui est à la recherche d’un compagnon de route compréhensible qui lui permettrait d’atténuer les souffrances de l’humiliation continue, subie depuis trop longtemps déjà. On ne peut pas y parvenir sans passer par une effective rupture idéologique avec ceux qui continuent de nous tenir en esclavage. L’Afrique a pour la première fois de son histoire moderne la possibilité de choisir ses partenaires.

A cause de cette relation incestueuse entre l’Afrique et l’Europe, citée plus haut, les Africains n’ont pas la capacité de prendre des initiatives audacieuses hors de la sphère sous le contrôle de l’Occident. C’est ce que la Chine a compris et agit en conséquence.

Les résultats sont visibles dans plusieurs domaines où la compétence chinoise est incontestable, notamment, les grands travaux, le système de santé publique de masse. Par exemple, en République démocratique du Congo, depuis l’indépendance, ce pays n’avait jamais réussi à trouver les financements pour construire ses routes et permettre la mobilité de ses citoyens, et par conséquent le dynamisme de l’économie du pays. Aujourd’hui, ce pays est un grand chantier routier et hospitalier. Au Cameroun, le projet du port en eau profonde de Kribi trainait depuis 70 ans. Les Européens préféraient financer le dragage du sable dans la lagune de Douala pour faire arriver des petits bateaux qui se contentaient du transbordement en haute mer. Aujourd’hui, avec une première enveloppe d’un milliard de dollars en octobre 2011, le chantier de construction de Kribi est presque terminé.

La Russie, doit faire de même. Elle doit prendre l’initiative d’aller vers les Africains pour élargir son espace de partenariat stratégique. Les dernières crises géopolitiques internationales notamment la loyauté de la Russie contre vents et marrées vis-à-vis de son allié, la Syrie, ouvre à la Russie un boulevard de réceptivité en Afrique qui n’en avait jamais connue jusqu’à aujourd’hui. Car en 5 ans, elle a démontré d’être à l’opposé des Occidentaux, qui étaient des amis jurés du colonel Kadhafi et d’une Libye prospère, et qui en quelques semaines se sont complètement métamorphosés et devenus ses assassins, ce qui a porté à la désintégration de ce pays et de là même, la déstabilisation de la région toute entière, jusqu’aux confins du Mali.Les domaines de collaboration entre la Russie et l’Afrique sont nombreux. La Russie vante un savoir-faire reconnu dans le domaine énergétique qui est une faiblesse criante pour l’Afrique. L’Afrique pour se protéger a besoin de construire ses propres industries d’armement et la Russie est un possible partenaire incontournable. Dans le domaine des pierres précieuses, comme le diamant, le platine et bien d’autres, les compétences de la Russie peuvent et doivent permettre aux pays africains à mieux se positionner pour exploiter, transformer et tirer le profit maximum de leurs différents secteurs miniers.

Dans le domaine de la conquête spatiale, l’Afrique a besoin de moderniser plusieurs secteurs clés de son économie, comme les télécommunications, la télémédecine, le télé-enseignement. La mise en orbite des satellites artificiels de communication devant permettre ces réalisations est un domaine dans lequel la Russie excelle.

Qu’est-ce que l’Afrique peut apporter à la Russie?Aujourd’hui, la Russie a des faiblesses dans certains domaines dans lesquels l’Afrique est en mesure de combler son déficit. Il s’agit notamment du domaine agricole. La Russie est aujourd’hui le premier importateur mondial de la viande de volaille. La récente crise qu’elle a eue avec l’Occident prouve que c’était une véritable erreur stratégique de dépendre pour se nourrir principalement de ses premiers adversaires qui sont les États-Unis d’Amérique et qui peuvent à tout moment couper le robinet et affamer la population. L’Afrique a de l’espace et un climat favorable de 12 mois de soleil, ce qui lui donne un avantage comparatif de 4 récoltes possibles de céréales contre une seule pour la Russie. Avec la mesure de l’embargo contre un certain nombre de produits occidentaux en réponse aux sanctions contre elle, la Russie s’est tournée surtout vers l’Amérique du Sud. Mais l’Afrique est beaucoup plus proche que ces pays. Et cette courte distance géographique entre l’Afrique et la Russie prédestine le continent africain à devenir le partenaire stratégique d’excellence pour la Russie notamment dans le domaine agricole.

En février 2015 dernier, lors de la cérémonie pour recevoir à Yaoundé le ministre russe de la Protection civile, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec l’ambassadeur de Russie au Cameroun et quelle fut ma surprise lorsque je découvris que dans l’une des plus grandes ambassades de Russie en Afrique comme celle de Yaoundé, il n’y avait pas de département économique.

La Russie doit rectifier le tir. Elle doit créer une nouvelle base de relation ciblée de qualité avec le continent africain, à l’instar de ce que fait non seulement la Chine, mais aussi le Brésil. C’est par exemple dans ce contexte que s’est tenu en septembre 2015 dernier le forum économique Brésil-Cameroun avec la présence à Yaoundé du ministre brésilien des Affaires étrangères.

Sputnik : Le développement des nations est directement lié à la défense de leurs souverainetés. Pour preuve nombreux pays d’Amérique latine. Qu’est ce qui manque à un certain nombre de pays africains pour en faire autant?

Jean-Paul Pougala: Les dirigeants africains sont presque tous issus de l’école coloniale qui fait d’eux des adolescents politiques incapables de comprendre les vrais enjeux et la complexité du monde multipolaire. Pire, pour la plupart, ils n’ont pas le courage d’affronter l’arrogance et l’agressivité de l’Occident et de dire non chaque fois que les intérêts de leur pays ne sont pas sauvegardés. Deux exemples sont à considérer: lors des élections présidentielles en Côte d’Ivoire en 2010, les observateurs de l’Union africaine avaient constaté la victoire de Laurent Gbagbo, ceux de l’Union européenne avaient donné la victoire à son adversaire Ouattara,in fine l’Union africaine s’est alignée sur la décision unanime de l’Union européenne de s’ingérer dans les affaires internes d’un pays africain qui ne leur a jamais fait une demande d’adhésion.

Aussi, le 17 mars 2011, au Conseil de sécurité des Nations Unies à New York, il y a eu un vote contre un pays africain (la Libye) dont les conséquences désastreuses sont encore jusqu’à ce jour non seulement pour la Libye, mais dans une bonne partie de l’Afrique. Cinq pays (Allemagne, Brésil, Chine, Inde et Russie) se sont abstenus. Il aurait suffi qu’un sixième pays s’abstienne pour que la résolution ne soit pas adoptée. Les trois pays africains présents (Afrique du Sud, Gabon et Nigéria), en votant pour, ont contribué à l’assassinat de Kadhafi et à la déstabilisation de son pays. Seulement, cette déstabilisation s’est poursuivie dans d’autres pays comme le Mali et le Nigéria, qui aurait ainsi voté contre lui-même.C’est un comportement qu’on ne trouve plus chez les Sud-Américains. Ils ont eu des présidents charismatiques et audacieux comme Castro à Cuba et Chavez au Venezuela qui ont eu le courage d’appeler un chat un chat. Et malgré le désir du système de les réduire à néant afin d’en faire un exemple pour les autres, ils ont tenu bon et assumé jusqu’au bout leur politique pour la défense de la souveraineté de leurs territoires. Des générations entières de Sud-Américains se sont inspirées de leur courage et aujourd’hui, le résultat est là: ils ont une plus grande estime d’eux-mêmes contrairement aux Africains, et le complexe d’infériorité qu’ils pouvaient avoir face à l’Occident n’existe plus. Ils sont plus sereins pour mettre en œuvre leurs différentes politiques en utilisant leurs forces pour s’insérer économiquement au niveau international et identifier leurs faiblesses pour résoudre eux-mêmes leurs problèmes en s’inspirant peut-être des autres nations sans perdre leur dignité. Tout se résume donc en une question de s’accepter tel qu’on est, sans avoir besoin de singer les autres.

Pour développer les nations africaines et défendre efficacement leur souveraineté, il faut avant tout des hommes et des femmes bien dans leur tête, fiers de leurs traditions et de leur identité.

Sputnik: Quel avenir voyez-vous dans les 5-10 prochaines années pour le continent africain?

Jean-Paul Pougala: Je suis très optimiste. Internet est en train de faire des exploits dans la jeunesse africaine en contribuant à leur émancipation et, par conséquent, à neutraliser la propagande qui était censée les tenir subordonnés pendant des siècles encore. À cela s’ajoute la faiblesse économique et idéologique de ceux qui ont toujours maintenu l’Afrique dans la misère et l’humiliation. Ils sont presque tous en quasi faillite. Ce qui les prive des moyens financiers pour contrôler efficacement les Africains et étouffer toute tentative d’affranchissement comme ils l’ont fait auparavant. Il y a, en plus, une très forte croissance économique sur le continent africain. La jeunesse a compris que pour qu’elle profite des fruits de cette croissance, il fallait qu’elle s’y investisse non plus comme salariée, mais comme patronne. Et le résultat ne va pas se faire attendre pendant longtemps. Préparez-vous, dans cet arc de temps, à l’explosion d’une plus grande classe de décideurs africains, tout simplement parce qu’ils sont de plus en plus nombreux aujourd’hui à comprendre les règles du jeu et savent que ces règles sont truquées. Ils sont très loin de la naïveté de leurs parents qui ont tout avalé, cru à tout, tout simplement parce que c’était un Européen qui l’avait dit et que par conséquent, cela devait forcément être vrai. Pour le continent africain, le plus beau doit encore arriver. Nous sommes sur le terrain pour pousser et accélérer ce processus afin de voir nous aussi, au moins le début des résultats positifs de cette nouvelle Afrique glorieuse.

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151125/1019806169/afrique-geostrategie-chine-russie.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

La diplomatie turque présente ses « condoléances » à la Russie

Le chef de la diplomatie turque Sinirlioğlu a téléphoné aujourd’hui au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. D’après les dires à l’instant de Lavrov, le ministre turc a transmis ses « condoléances » à la Russie, en affirmant que c’était un incident fort regrettable. Le ministre russe a exprimé ses doutes quant au fait que cette attaque n’ait pas été préparée à l’avance. Le ministre turc a déclaré que les pilotes ayant abattu l’avion russe pensaient que « ce n’était pas un avion russe, mais syrien » (cynique une fois encore, comme si les vies des militaires syriens n’avaient pas de valeur). En ajoutant qu’il « espère que les deux pays sauvegarderont des relations amicales ». Sergueï Lavrov a exprimé des doutes sur plusieurs déclarations faites par son collègue. Le ministre russe a ajouté que son homologue turc n’a pas pu donner des réponses précises à de nombreuses questions qu’il lui a posé. Lavrov a insisté : rien ne changera dans la relation d’amitié entre les peuples russe et turc mais la Russie ne pourra pas fermer les yeux sur ce qui s’est passé hier. Des mesures seront analysées et prises.