Turquie-Syrie : rhétorique & perspective

Le président turc Erdogan a apparemment déclaré aujourd’hui que son objectif reste le renversement du président syrien Bachar al-Assad.

Maintenant plusieurs remarques en ce sens :

1) Pour moi, et sur ce point je rejoins plusieurs experts russes, dont le président de la commission des Affaires étrangères de la Douma (chambre basse du Parlement russe) Alekseï Pouchkov, ce n’est rien d’autre qu’un énième jeu de mots. Des mots certes agressifs mais sans perspective technique. Car la Turquie n’aura tout simplement pas la possibilité de renverser qui que ce soit ne serait-ce que pour le fait que la Russie, tout comme l’Iran, ne le permettront pas. Car il faut savoir que bien que la Turquie soit un partenaire stratégique (principalement au niveau économico-commercial) aussi bien de la Russie que de l’Iran, la République arabe syrienne elle est un allié. Une différence de notions évidente.

2) Un processus de normalisation des relations a été engagé entre la Russie et la Turquie au niveau des leaderships des deux pays. Erdogan, tout en connaissant ses impulsions souvent émotionnelles, ne se permettra vraisemblablement pas une nouvelle dégradation des relations avec la Russie. Il a eu une seconde chance. Une troisième, il en aura pas. Et il le comprend. Donc sera-t-il capable de sacrifier les énormes intérêts qui lient la Turquie à la Russie ? Bien peu probable. D’autant plus que le Premier ministre turc est attendu à Moscou le lundi prochain avec une importante délégation et un agenda chargé.

3) Il faut aussi savoir qu’Erdogan est sous forte pression. Au moment où la deuxième ville de Syrie – Alep – est en passe d’être totalement libérée des terroristes par l’armée arabe syrienne et ses alliés, et qui vont d’ailleurs anéantir des terroristes avec lesquels Ankara a longtemps entretenu des liens, cela ne passe pas inaperçu. Il suffit d’observer les critiques à son égard de la part des pro-islamistes radicaux qui voyaient en lui l’espoir et aujourd’hui le critiquent ardemment en l’accusant d’avoir capitulé devant Poutine, et donc indirectement devant Assad. Plus que cela, ces critiques en arrivent même aux menaces, notamment pour la sécurité intérieure turque. Sans oublier la perte récente de trois soldats turcs prétendument bombardés par l’aviation syrienne sur leurs positions. Et donc à travers ce genre de rhétorique, Erdogan souhaite rappeler qu’il est toujours fermement opposé au président Assad. Sans oublier que ses pulsions néo-ottomanes sont toujours là.

Conclusion :

– Bien peu de chances qu’Erdogan se permette une confrontation directe avec le gouvernement syrien, au risque d’anéantir la normalisation engagée avec la Russie, de même que les relations avec l’Iran, autre partenaire fort important de la Turquie. Sans oublier le fait que l’armée syrienne avec ses alliés est prête à contrer toute menace en cas de nécessité.
– Par contre et ce qui est malheureux, c’est que la normalisation des relations turco-syriennes va prendre du temps. C’est un fait. Et à ce niveau là, Erdogan en porte entière responsabilité qui de par ses actions des dernières années a largement contribué au chaos en Syrie, ce qui en conséquence a créé des défis sécuritaires à l’intérieur même de la Turquie. Le meilleur pour lui serait de faire un Mea culpa, comme cela a été fait en direction de la Russie. Mais cela il n’en est pas encore capable. Et c’est dommage. Mais soyons clairs : le gouvernement légitime syrien du président Bachar al-Assad ne tombera pas.

Affaire à suivre.

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