Pendant qu’Astana s’impose, l’Occident regarde passer le train

Astana

Si à la chute de l’URSS et à l’apparition du système unipolaire, il paraissait impossible de résoudre une crise internationale majeure sans l’intervention… ou l’interférence , des élites occidentales, en premier lieu étasuniennes, cette approche est révolue. C’est ce que nous enseigne le succès d’Astana.

Beaucoup de regards étaient une fois de plus fixés sur la nouvelle rencontre d’Astana. Et si la presse mainstream, y compris francophone, s’est fait un malin plaisir à prédire un échec avant même le début du nouveau round des pourparlers, il a été extrêmement intéressant d’observer l’accalmie, pour ne dire le silence total de la plupart d’entre eux à l’annonce de la signature dans la capitale kazakhe de l’accord sur les zones de désescalade. Un projet voulu par la Russie et qui a été soutenu par les deux autres pays-garants des accords d’Astana, à savoir la Turquie et l’Iran.

La délégation gouvernementale syrienne a elle aussi soutenu l’initiative. Du côté des groupes armés soutenus par la Turquie, l’accueil fut plus mitigé. Selon les témoins sur place, certains « opposants » ont même exprimé leur désaccord par des cris au moment de la cérémonie de signature dudit accord. Mais ils étaient clairement en infériorité et les trois pays-garants ont bel et bien apposé leurs signatures.

Le côté occidental, au niveau politique et diplomatique, souffle le chaud et le froid. Certains saluent l’accord avec réserve, d’autres disent « attendre plus d’informations », d’autres jouent les « méfiants », d’autres encore préfèrent simplement se taire, à l’instar de leurs collègues du mainstream médiatique. Ce qui sans doute les gêne, c’est qu’il s’agit d’une nouvelle victoire de la multipolarité.

Astana a confirmé une fois de plus qu’elle demeure à ce jour la seule plateforme crédible pour résoudre, certes progressivement, la crise syrienne. On mesure le chemin parcouru quand on se rappelle qu’elle n’a été lancée que fin décembre 2016 pour établir un cessez-le-feu — globalement respecté — sur le territoire syrien, hors zones contrôlées par Daech, Al-Qaida et affiliés. Pour rappel, le lancement d’Astana 1 était au départ une initiative personnelle de Poutine. Une initiative qui sera soutenue par les présidents kazakh et turc, ainsi que par les gouvernements syrien et iranien.

Pour autant, ce n’est pas les bâtons dans les roues qui ont manqué aux différentes étapes d’Astana, au cours de tous ces derniers mois. Du mécontentement mal voilé côté français, saoudien, qatari au mécontentement déclaré de la diplomatie allemande affirmant qu’il est dommage que les pays occidentaux ne soient pas invités à Astana en tant que participants à part entière.
Pour rappel, seuls les États-Unis et la Jordanie ont été conviés en tant qu’observateurs et il est peu probable que leur statut soit réévalué. Quant aux représentants français, britanniques, saoudiens, qataris ou allemands, les succès obtenus sans eux laissent à penser que leur présence n’est pas souhaitable à ce stade.

Quoiqu’il en soit, Astana avance et s’impose. Et ce n’est pas un analyste de Sputnik qui le dit, mais les résultats sur le terrain. En quelques mois de travail intensif, la plateforme d’Astana a prouvé son efficacité concrète et opérationnelle. Les terroristes continuent de perdre du terrain en Syrie. Les autres territoires retrouvent peu à peu une stabilité relative. N’est-ce pas l’objectif que tous auraient dû rechercher? Quand on connaît les motivations de tout un groupe de pays vis-à-vis de la Syrie, il est permis d’en douter. Mais aujourd’hui, alors que tous, y compris les instigateurs du conflit en Syrie, qui ont perdu la partie, parlent de la « nécessité » de la paix en Syrie, il faut cesser alors de jouer les hypocrites.

Pour finir, il serait bon de rappeler que d’autres plateformes internationales, à l’instar de l’eurasienne Astana, pourraient voir le jour à différents endroits du monde pour résoudre des crises régionales: en Afrique, en Amérique latine notamment. C’est l’idée même du concept multipolaire. Le principal étant de vouloir régler les problèmes existants et de laisser les forces instigatrices de conflits de côté, même si ces dernières persistent à dire que leur présence est indispensable. C’est la leçon qu’il faut tirer d’Astana.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705111031333924-astana-crise-internationale/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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