Archives mensuelles : décembre 2017

Joyeux Noël à tou(te)s les frères et soeurs chrétien(ne)s !

Les défis se poursuivent mais rien ne saura nous stopper. Et avec la Nativité de Jésus commence la nouvelle étape du combat pour un monde meilleur – ne pouvant qu’être désormais multipolaire.

Je vous souhaite à toutes et à tous de la joie dans vos foyers, santé, bonheur et beaucoup de victoires prochaines. Qu’il en soit ainsi !

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Александр Дугин и Кеми Себа (встреча в Москве).

Когда в рамках многополярного мира два по сути мощнейших блока – евразийский и африканский – еще больше сблизятся, со всем своим потенциалом – демографическим, экономическим, военным, не говоря уже о том, что самые большие природные богатства находятся именно в этих двух регионах – вот тогда некоторые окончательно поймут истинное значение международного сообщества.

Евразийское пространство – уже по большей части сформировавшаяся реальность. С единством Африки пока посложнее (особенно после натовского варварского убийства Каддафи). Причина проста – западные элиты никак не желают терять такой огромный сырьевой придаток. А все равно придется. Суверенитет государств – тренд 21-го века. И победа будет за сторонниками именно этой идеи.

Alexandre Douguine (l’un des principaux idéologues de l’Eurasisme) et le panafricaniste Kemi Seba lors de leur rencontre à Moscou.

Lorsque dans le cadre du monde multipolaire, deux blocs incroyablement puissants – que sont le bloc eurasien et le bloc africain – se rapprocheront encore plus, avec tout leur potentiel respectif – démographique, économique, militaire, sans même faire mention des énormes ressources naturelles respectives qui se trouvent justement dans ces deux régions – c’est seulement à ce moment là que « certains » comprendront définitivement tout le sens de la notion de communauté internationale.

L’espace eurasien est déjà de facto une réalité. Avec l’unité africaine c’est un peu plus compliqué (surtout après l’assassinat barbare de Mouammar Kadhafi par l’Otan). La raison est connue : les élites atlantistes de l’Occident ne souhaitent surtout pas perdre le contrôle sur les énormes ressources de l’Afrique. Il le faudra pourtant. La souveraineté des Etats, c’est la principale notion du 21ème siècle. Et la victoire sera incontestablement du côté des partisans de cette idée.

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Après avoir dernièrement ouvertement soutenu la Russie sur la Crimée face à la résolution américano-ukrainienne, l’ANC vote en faveur de la rétrogradation de l’ambassade israélienne à Pretoria, capitale sud-africaine. Bravo aux frères de l’ANC – parti révolutionnaire qui était, qui reste et qui restera un exemple pour beaucoup d’autres pays africains. Fier d’avoir de tels alliés. #BRICSPower #MondeMultipolaire

Le président de l'Afrique du Sud et du Congrès national africain (ANC), Jacob Zuma, à Port Elizabeth, en Afrique du Sud, le 16 avril 2016. (Crédit : Michael Sheehan/AFP)

http://fr.timesofisrael.com/afrique-du-sud-lanc-vote-en-faveur-de-la-retrogradation-de-lambassade-israelienne/

« Lettre aux ennemis de la Russie »

Peintre : Vassili Nesterenko, de retour de Syrie.

«L’armée est l’image du peuple. Sur ce tableau il y a des Daghestanais, des Ingouches, des Bouriates et je ne l’ai pas inventé – c’est venu comme cela. Nous sommes tous ensemble un grand peuple, nous sommes Russes. C’est de cela que parle cette œuvre» – Vassili Nesterenko

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Kemi Seba: souverainistes africains et Russie, «une alliance naturelle»

Kemi Seba

Activiste, écrivain et éditorialiste, Kemi Seba est une figure franco-béninoise aussi controversée que populaire. Cet ardent défenseur de la souveraineté et du monde multipolaire s’est récemment rendu en Russie. L’occasion pour Sputnik de recueillir son analyse sur les perspectives russo-africaines.

 

«La réalité récente du monde multipolaire, les changements positifs majeurs au niveau de l’actualité internationale, mais également l’injustice que continuent à subir plusieurs pays de la part des puissances occidentales, poussent les peuples enracinés du monde à se rapprocher. C’est en tout cas la démarche actuelle des souverainistes africains et russes.»

En quelques mots, Kemi Seba, activiste panafricaniste et souverainiste franco-béninois, trace les lignes de force de son action. Président de l’ONGUrgences panafricanistes, écrivain et chroniqueur politique, il est diabolisé en Occident et par une partie des élites africaines pour ses prises de position jugées radicales, mais jouit d’une forte popularité auprès des populations d’Afrique francophone et de sa diaspora. Dans cet entretien exclusif à Sputnik, au retour d’un voyage en Russie, Kemi Seba nous livre ses impressions sur le pays et analyse pour nous les relations entre les partisans de la multipolarité, en Afrique, en Russie et ailleurs.

Sputnik: Vous venez tout juste d’achever une visite à Moscou. Il s’agissait de votre première visite sur le sol russe. Pourquoi la Russie et pourquoi maintenant?

Kemi Seba: Je me suis rendu en Russie sur invitation de l’association Afrique-Russie, une structure qui se donne pour mission de rapprocher les sociétés civiles africaines et russes, dans l’optique d’une collaboration visant à défaire nos peuples respectifs de l’impérialisme occidental.
Le travail que nous menons à travers l’ONG Urgences panafricanistes est observé par beaucoup de gens d’origine et de culture différentes. Notre lutte visant à obtenir notre souveraineté est un combat qui touche quiconque est épris d’égalité et de dignité. Je suis venu à Moscou, comme je suis allé en Iran ou au Venezuela il y a quelques années, et comme j’irai en Bolivie dans quelques semaines.

Je suis un adepte du monde multipolaire. Je pense du plus profond de mon âme que le monde se portera mieux dès lors que les peuples arrêteront de subir la dictature de l’oligarchie occidentale, et qu’au contraire, différents pôles civilisationnels, enracinés dans la tradition et maîtrisant la géostratégie, se lèveront et s’uniront pour maintenir l’équilibre politique mondial. En ce sens, mon voyage en Russie était déterminant. Car dans ce monde multipolaire, la Russie tient le premier rôle pour l’instant, et se veut l’allié de celles et ceux qui luttent contre l’occidentalisation du monde. L’exemple de la Syrie et du soutien russe à Bachar El-Assad l’atteste de la plus belle des manières.

Nous menons pour notre part en Afrique et dans les Caraïbes une lutte âpre contre le néocolonialisme français et plus globalement occidental. Nous sommes à la recherche de partenaires stratégiques qui comprennent qu’une Afrique libérée de toute tutelle étrangère serait une chance pour le monde entier. Il n’y a qu’ainsi que des partenariats fiables, durables et sains pourront voir le jour.

Sputnik: Vous avez rencontré durant ce passage Alexandre Douguine, l’un des plus célèbres intellectuels russes et l’un des principaux idéologues du concept de l’Eurasisme. De quoi avez-vous discuté?

Kemi Seba et Alexandre Douguine

Kemi Seba: Douguine est l’une des plus passionnantes rencontres de mon parcours politique de ces dernières années. Passionnante, car nous avons en commun une figure dont nous nous revendiquons respectivement les disciples, en l’occurrence René Guénon. Ses recherches sur la Tradition primordiale ont changé ma vie et ma perception du monde. Et Douguine me paraît être aujourd’hui le plus brillant disciple de Guénon, qui ne se contente pas de louer son «maître idéologique», mais prolonge son œuvre, en inscrivant la démarche traditionaliste dans une dimension géostratégique. C’est sous cet angle d’ailleurs que son ouvrage «Le front des traditions» demeure pour moi un livre important. Ses chapitres tels que Les racines métaphysiques des idéologies politiques, Le facteur métaphysique dans le paganisme, La Grande Guerre des continents demeurent pour moi des sources de réflexions intarissables. La seule nuance que j’ai avec Douguine, et elle est de taille, est que là où il met le bloc eurasiatique au centre de tout (ce qui est normal, c’est de cette région dont il est issu), moi c’est l’Afrique.

Pour revenir à ce que nous avons dit, nous avons parlé de beaucoup, beaucoup de choses. La seule chose que je peux vous dire, c’est que le monde multipolaire est vu par lui comme par moi comme une nécessité. La Russie, grâce à des gens comme Douguine, est en train de bâtir un axe eurasiatique surpuissant qui participe à maintenir les différents souverainismes dans ce monde. L’alliance d’un Erdogan avec un Poutine illustre cette orientation. À nous autres souverainistes africains de faire en sorte que l’Afrique puisse devenir ce pôle puissant tant voulu par les pères fondateurs du panafricanisme.

Le seul désavantage que nous avons, et il est important, est que nous ne disposons pas de dirigeants, surtout en Afrique subsaharienne francophone, acquis à la cause de l’autodétermination africaine. Dès lors, nous devons tout faire tout seuls, à partir de la société civile. C’est un combat âpre, éreintant, difficile, mais la victoire n’en sera que plus belle.

Sputnik: Pensez-vous que l’Eurasisme et le Panafricanisme peuvent et doivent coopérer? Et si oui, pourquoi?

Kemi Seba: Oui, je le pense fondamentalement, tout comme l’axe bolivarien (l’Amérique du Sud) entre autres, est un pôle qui ne doit pas être négligé. Tous les peuples doivent être amenés à coopérer, mais en étant enraciné dans leur propre paradigme. Le nouveau millénaire est et sera plus encore dans les temps à venir, l’ère des blocs civilisationnels. L’ère des grands ensembles. De grands ensembles qui dans leur collaboration, seront des garants d’un monde équilibré, débarrassé de l’axe unipolaire de l’Otan, qui n’a créé que chaos et désolation partout où il est passé.

Cela me permet aussi de préciser que pour moi, il ne s’agit pas de voir le pôle eurasien succéder au pôle américain ou plus globalement occidental. Si nous parlons d’alliance aujourd’hui, c’est que la démarche de Poutine est claire, traçable, lisible et garantit un équilibre dans le monde aujourd’hui. Si nous sentons dans le futur que la Russie a un projet colonial comme l’Occident l’a eu en Afrique, nous nous en éloignerons. Mais de manière concrète, ce n’est pas le cas, malgré la diabolisation occidentale qui vise le président Poutine. Ce dernier veut un monde multipolaire, et est la figure mondiale du souverainisme. Ce courant est le socle idéologique de sa politique. C’est le nôtre aussi. C’est donc une alliance naturelle.

Sputnik: Au-delà de la rencontre avec M. Douguine, vous avez présidé une conférence le 16 décembre près de l’Université russe de l’Amitié des Peuples (Patrice Lumumba), avec pour thème «La nécessité de l’alliance entre les souverainistes africains et la Russie». Un événement qui a d’ailleurs suscité un vif intérêt auprès de la diaspora africaine de Russie, étudiants inclus. De quoi avez-vous traité lors de cette conférence? Et comment ces idées ont-elles été reçues par les Africains de Russie? Les étudiants africains ont-ils émis à leur tour des idées qui vous sembleraient être intéressantes pour la suite?

Kemi Seba: Nous avons traité des thèmes évoqués dans les questions précédentes de cette interview. Comprendre la multipolarité d’un point de vue géopolitique et aussi métaphysique. Comprendre le rôle que l’Afrique a à jouer dans ce monde. Comprendre le rôle de la jeunesse africaine. Et comprendre pourquoi l’alliance avec la Russie —et avec d’autres- peut être un atout actuel dans notre lutte contre le globalisme libéral promu par l’Occident.

Ce fut une rencontre extrêmement riche et émouvante. Tous les jeunes étudiants présents n’étaient pas tous de l’Université russe de l’Amitié des Peuples. Ils venaient de différentes écoles et instituts. La plupart d’entre eux étaient des génies, et je pèse mes mots. Les échanges ont été passionnants, riches, et je pense avoir humblement contribué à élargir et densifier leurs esprits sur les questions de géostratégie. Toutes les questions étaient d’un apport indéniable à la résolution des problèmes de l’Afrique, et allaient dans le sens d’une plus grande prise en charge des problèmes africains par les Africains eux-mêmes.

J’étais touché de voir que beaucoup avaient réussi à se procurer mes ouvrages et les avaient lus scrupuleusement. L’autodétermination est pour cette nouvelle génération une religion. Et leur capacité à connaître leur ennemi naturel et leurs alliés ponctuels semble innée. Raison pour laquelle de l’avis général, les alliances des mouvements de résistance des sociétés civiles avec la Russie et certains pays d’Amérique latine ont obtenu l’approbation de tous.

Sputnik: En plus de la lutte pour la souveraineté des pays africains qui constitue votre fer-de-lance, les deux sujets qui vous tiennent particulièrement à cœur sont le combat contre le franc CFA —dans lequel vous êtes activement engagé- ainsi que la dénonciation de la situation des migrants d’Afrique subsaharienne en Libye. Une situation qui s’est créée après l’intervention de l’Otan contre ce pays, qui était d’ailleurs en son temps l’un des principaux porte-flambeaux du panafricanisme. Comment entrevoyez-vous la suite sur ces deux sujets d’actualité?

Kemi Seba: Pour le franc CFA, nous avons contribué de par nos mobilisations sur le terrain, en Afrique et dans la diaspora, à faire bouger les lignes. Sujet auparavant prisonnier des élites, et ce jusqu’à l’excès, ce débat est devenu, de par nos manifestations un sujet dont s’est emparé la rue africaine, tant méprisée par l’oligarchie. C’est pourtant la rue africaine qui souffrait depuis trop longtemps de l’utilisation de cette monnaie, et non nos dirigeants, qui eux utilisaient plus le dollar ou l’euro que nos monnaies de singe pour leurs transactions.

Il y a un an jour pour jour, lorsque je déclarais que 2017 serait en Afrique l’année du franc CFA, certains représentants africains se moquaient de moi. Un an plus tard, ces derniers sont les premiers à parler du CFA et à reconnaître l’importance de la mobilisation de la jeunesse africaine que nous avons initiée via le Front Anti-CFA, une structure inclusive fondée par notre ONG Urgences panafricanistes.
Même s’ils tentent toujours de nous discréditer et de séparer l’action de leurs initiateurs, jugés peu conventionnels et radicaux, nous avons gagné le débat du peuple. Les élites africaines, trop pédantes, arrogantes, imbécilisés par leur prétendu savoir, ne savent pas parler au peuple. Contrairement à nous qui vivons les réalités de ce dernier, et donc savons nous adresser à lui.
Malgré tout, il n’en demeure pas moins que le combat n’est pas fini. Les présidents africains francophones, roitelets modernes, si serviables auprès de l’Occident, mais si méprisants auprès de leur peuple, ne semblent pas prêts à se libérer de leurs chaînes.

Pour ce qui est de l’esclavage en Libye, ceci n’est que la résultante à mes yeux de l’irresponsabilité de nos dirigeants africains en priorité. Oui, clairement, les criminels de l’Otan qui ont détruit un pays et assassiné l’un de nos plus brillants dirigeants —Kadhafi- pour obtenir du pétrole sont les grands instigateurs de ce capharnaüm, sont les premiers grands responsables de tout cela.
Mais que dire de nos chefs d’État qui détournent tellement les deniers publics qu’ils finissent par donner l’impression à la jeunesse africaine que la Terre Mère est un enfer? Ce sont les premiers responsables de ce drame migratoire. Car si nos dirigeants africains faisaient leur travail, il n’y aurait pas autant de jeunes qui voudraient fuir le pays.

Après, il y a une démarche patriotique à apprendre à nos enfants. Leur faire comprendre que l’Afrique ne leur doit rien, mais qu’ils doivent tout à l’Afrique. Leur faire comprendre que ce que les élites africaines ne font pas pour le peuple, le peuple devra le faire lui-même. On ne peut plus fuir nos pays dès lors que ça ne va pas. C’est à nous de résoudre les problèmes que nos élites irresponsables ne résolvent pas.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712221034454553-kemi-seba-souverainistes-africains/

Mikhail Gamandiy-Egorov

« Vous avez oublié les Indiens assassinés, les millions d’esclaves africains, les victimes d’Hiroshima et de Nagasaki, les millions de villages vietnamiens, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, Belgrade… ». Ramzan Kadyrov : digne fils de la Russie

L’Occident a tort, vraiment tort, de vouloir tester mes compatriotes Russes-Tchétchènes 

Ramzan Kadyrov

https://fr.sputniknews.com/international/201712201034425127-kadyrov-sanctions-magnitski-reponse/

«Chine-Russie, l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde»

«Chine-Russie, l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde»

L’année 2017 s’achève. Une année riche en bouleversements, marquée par une opposition toujours plus nette entre pays partisans de la multipolarité et fervents opposants à cette nouvelle réalité. Retour sur les principaux événements de l’année et projections pour 2018 avec Bruno Guigue, spécialiste en relations internationales.

Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est un analyste politique français, enseignant en relations internationales à l’Université de La Réunion et chroniqueur en politique internationale. Il dresse pour Sputnik un bilan géopolitique de l’année 2017 et trace des perspectives pour 2018.

Sputnik: Commençons par la Syrie, qui a été à la Une de l’actualité depuis plusieurs années. Fait certainement majeur dans la guerre qui a été imposée à ce pays: l’anéantissement de Daech par les forces gouvernementales soutenues par ses alliés, en premier lieu la Russie. Quelle leçon en tirer? À travers ces événements, quel avenir pour la République arabe syrienne, mais aussi pour cette région, peut-on entrevoir, selon vous?

Bruno Guigue: L’impérialisme voulait détruire la Syrie, et il a échoué. Il voulait dépecer le territoire national, mais ce territoire est repris, village après village. L’armée est restée fidèle au gouvernement légal, elle s’est battue avec ténacité pour restaurer la souveraineté nationale. Il faut le dire: comme le Hezbollah face à Israël, l’armée syrienne a sauvé l’honneur du monde arabe face à la coalition impérialiste. Elle a payé le prix fort, mais elle a tenu bon. La solidité de son armée est un signe rassurant pour l’avenir du pays.

Les tentatives de subversion ont été balayées, il faut maintenant couper court aux tentatives de démembrement du pays. Washington a joué à la fois la carte terroriste et la carte kurde. Avec la liquidation de Daech, les «néocons» ont perdu leur principal atout. Mais les Kurdes ne sont pas des ennemis de la Syrie, et ils trouveront un compromis avec Damas. Quant aux dernières poches «rebelles», elles finiront par céder. La Syrie va renaître sur des bases nouvelles, et elle restera un État souverain et unitaire. Le coût de la reconstruction du pays est estimé à 250 milliards de dollars, et les Chinois ont déjà annoncé leur participation à cette vaste entreprise.

Sputnik: Au vu de ces changements majeurs dont nous avons été tous témoins, quel sera le nouveau rôle de la Russie au Moyen-Orient?

Bruno Guigue: Sans la Russie, jamais les Syriens n’auraient pu entrevoir le bout du tunnel. Avec 5.000 soldats et 70 avions, Moscou a fait basculer le rapport de forces militaires. Rares sont les victoires qui conjuguent rapidité d’exécution, économie de moyens et coopération optimale avec les alliés. La Russie a accompli ce tour de force. En septembre 2015, les médias occidentaux évoquaient avec gourmandise le spectre du «bourbier afghan». Ces oiseaux de mauvais augure en sont pour leurs frais. Deux ans plus tard, l’affaire est pliée. La guerre n’est pas terminée, mais Daech a rendu l’âme et la Syrie est sauvée du désastre.

Les Russes, en outre, ont accumulé les succès sur le plan politique. Les pourparlers sur l’avenir de la Syrie ont commencé à Astana, capitale d’un pays allié de la Russie, le Kazakhstan. Ils se prolongent à Sotchi, sur le littoral russe de la mer Noire. Avec une habileté consommée, Moscou a déplacé l’axe des négociations internationales. En endossant la responsabilité de la résolution de la crise syrienne, la Russie a pris des risques. Aujourd’hui, elle s’en sort avec les honneurs. Les USA, eux, sont condamnés à faire tapisserie, et leur influence se réduit plus que jamais à leur capacité de nuisance.

Sputnik: En tenant compte de ce nouveau rôle confié de plus en plus à la Russie, au Moyen-Orient comme ailleurs, que vont entreprendre les USA? On pense notamment à la récente décision de l’administration Trump de confirmer le transfert de l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem —une décision largement condamnée par plusieurs capitales régionales, dont Damas, Téhéran ou encore Ankara.

Bruno Guigue: La Russie se bat pour un monde multipolaire, tandis que les USA ont la nostalgie d’une hégémonie perdue. Les rodomontades de Donald Trump traduisent le déclin d’une puissance condamnée à passer la main. C’est le chant du cygne d’une domination qui s’effondre comme un château de cartes. Alliée fidèle depuis un demi-siècle, la Turquie se rebiffe. Washington n’a pu empêcher la discorde entre Riyad et Doha. Les diatribes contre l’Iran font du bruit, mais elles sont sans effet. La Corée du Nord défie les États-Unis, et Washington menace dans le vide. En fait, Donald Trump aboie, mais il ne mord pas. Il confond l’emphase verbale et le rapport de forces.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël est symptomatique. Cette décision est sans intérêt pour les USA. Elle mécontente ses alliés arabes et musulmans. Elle montre que Washington, au Proche-Orient, ne fait pas partie de la solution, mais du problème. Mais peu importe. Trump en a fait la promesse à Netanyahou en septembre 2016 pour compenser son désavantage face à Hillary Clinton. En un sens, c’est plus clair. Cette allégeance à l’État-colon rappelle à ceux qui l’auraient oublié que le lobby pro-israélien détermine la politique étrangère des États-Unis.

Sputnik: L’année 2017 a été aussi celle de la poursuite de la montée en puissance de la Chine, à tous les niveaux. Puissance économique, politique, diplomatique et militaire mondiale de premier rang, Pékin a désormais son mot à dire sur pratiquement toutes les questions internationales. L’année 2018 confirmera-t-elle cette dynamique? Et en quoi les rapports privilégiés et des positions souvent similaires, ou du moins proches, entre Pékin et Moscou pourront-ils continuer à renforcer la réalité multipolaire du monde?

Bruno Guigue: Si les médias occidentaux ne s’intéressent pas à la Chine, c’est pour une raison très simple. S’ils le faisaient, il leur faudrait expliquer comment un État souverain se réclamant du marxisme, en 30 ans, a multiplié son PIB/hab. par 17 et extrait 700 millions de personnes de la pauvreté. La Chine change à un rythme déconcertant. Un pays qui assure 30% de la croissance mondiale et dont on juge que sa croissance «fléchit» lorsqu’elle est à 6,5% mérite le détour. On peut ironiser sur un communisme qui fait la part belle au capitalisme, mais les Chinois se moquent des catégories dans lesquelles l’Occident désigne leur réalité.

Les Russes, eux, ont compris depuis longtemps l’intérêt stratégique du rapprochement entre les deux pays. L’alliance russo-chinoise n’est pas seulement une affaire de gaz et de pétrole. C’est l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde. L’hinterland stratégique prend sa revanche sur les puissances maritimes. C’est comme un déplacement de plaques tectoniques, les phénomènes s’enchaînent insensiblement. Le projet chinois de «Route de la soie» transasiatique donnera corps au projet eurasien de la Russie. Dans ce vaste mouvement vers l’Est, Moscou et Pékin ont une vision commune, et ils peuvent entraîner avec eux une grande partie de l’Asie.

Sputnik: En ce XXIe siècle, on continue d’observer des rapports entre certains États que l’on peut caractériser par une relation de vassal à suzerain. Plusieurs pays africains, par exemple, n’ont toujours pas de politiques nationale et internationale indépendantes, se trouvant sous le contrôle de certaines puissances occidentales, dont européennes.

Bruno Guigue: Ce qui est frappant, en Afrique, c’est le maintien de structures héritées de la colonisation dans les pays francophones. Les pays du Sahel sont à la fois les pays les plus pauvres de la planète et ceux où la présence militaire française n’a jamais été aussi forte depuis les indépendances. On va finir par se demander s’il n’y a pas une relation de cause à effet! Quelle est la crédibilité d’un État africain qui compte sur l’ancienne puissance coloniale pour assurer sa sécurité? Que signifie cette lutte contre le terrorisme menée par la France au Sahel, alors qu’elle a offert un arsenal aux terroristes en détruisant l’État libyen en 2011?

Le système monétaire du franc CFA est tout aussi aberrant. En arrimant la monnaie des pays-membres à l’euro, il leur impose une parité qui entrave le développement. Lorsqu’il fustigeait la dette, Thomas Sankara posait la question de la souveraineté économique de l’Afrique. Il faisait le procès d’un néocolonialisme qui continue de sévir aujourd’hui. Nous venons de commémorer le 40e anniversaire de son assassinat, et son message demeure d’une brûlante actualité.

Sputnik: Aujourd’hui, la notion de souveraineté est de plus en plus présente dans les discours aux quatre coins du monde. Selon vous l’année 2018 sera-t-elle l’année où la souveraineté continuera à remporter des victoires face au néocolonialisme?

Bruno Guigue: Le combat de la souveraineté contre l’impérialisme est un combat multiséculaire. C’est le combat des peuples contre ceux qui veulent les dominer, les exploiter, voire les anéantir. Il a connu trois périodes. La première est marquée par les conquêtes coloniales. Elles ont suscité des résistances farouches, comme celle de l’émir Abd-El-Kader en Algérie. La seconde période est celle de la décolonisation de l’Asie et de l’Afrique, dont la conférence de Bandoeng (1955) est le symbole. Enfin, nous sommes entrés dans la troisième période depuis les indépendances. Il s’agit d’une lutte sur plusieurs fronts.

Pour les pays du sud, c’est le contrôle de l’accès aux ressources naturelles et aux technologies modernes qui est prioritaire. Mais pour y parvenir, il leur faudra desserrer la double étreinte des marchés mondiaux et des institutions financières internationales. Pour maîtriser leur développement, ces États devront d’abord restaurer leur souveraineté, préalable de toute politique progressiste. Contre un économisme dogmatique, il faut réaffirmer la primauté du politique. L’abandon aux mécanismes aveugles de la mondialisation libérale a fait son temps. La poigne d’un État souverain vaudra toujours mieux, pour le développement, que la main invisible du marché.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712201034413515-chine-russie-annee-2017-bilan/

Mikhail Gamandiy-Egorov