Archives mensuelles : février 2020

Grandes pages historiques contemporaines de la Russie, suite 2.

A l’instar des Jeux olympiques d’été 2008 de Pékin, les JO d’hiver de Sotchi 2014 étaient bien avant le commencement sous les attaques de l’establishment occidental – politique comme médiatique.

Il n’empêche que la Russie a pleinement relevé le défi. De l’aveu de tous les spécialistes, ce furent les meilleurs Jeux olympiques hivernaux de l’histoire.

Les autres pages très importantes de l’histoire moderne russe à suivre sous peu.

Chine-Burundi: une alliance qui perdure

2-33

Au moment où le continent africain représente dans le cadre du monde multipolaire l’un des terrains géopolitiques majeurs de ce XXIème siècle, Pékin y renforce tout son potentiel – économique, diplomatique, politique, sécuritaire. Le Burundi, partenaire de longue date de l’Empire du Milieu en Afrique en représente un exemple supplémentaire.

Le mois dernier, le conseiller d’Etat chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi avait rencontré le chef de la diplomatie burundaise Ezechiel Nibigira http://french.xinhuanet.com/afrique/2020-01/12/c_138698259.htm . Le diplomate chinois N°1 avait alors déclaré que le Burundi est «un ami de tous les temps» de la Chine en Afrique, tout en soulignant que la confiance mutuelle politique à haut niveau constitue un caractère essentiel des relations bilatérales, marquées aussi par un fort soutien mutuel.

Cette référence au soutien mutuel est effectivement très correcte. En effet, Bujumbura accorde un soutien ouvert et déclaré à la politique chinoise – en Afrique et plus généralement à l’international. Côté chinois, Pékin a plusieurs fois apporté son soutien avec son allié russe à la défense de la souveraineté burundaise, au moment où le pays se trouvait sous vive pression occidentale. Depuis cette solidarité mutuelle exprimée, l’interaction entre les deux pays ne fait que s’accentuer.

D’ailleurs c’est aussi cela qu’avait rappelé Wang Yi lors de la rencontre de janvier avec son homologue du Burundi: «La Chine remercie le pays africain pour son soutien sur les questions concernant les intérêts fondamentaux et les préoccupations majeures de la Chine, et est disposée à aider le Burundi à défendre sa souveraineté, son indépendance et ses droits légitimes».

Le Burundi, dont la superficie est inférieure à 28 000 km2 et avec une population d’environ 11 millions de personnes, se trouve dans la région stratégique des Grands Lacs, possédant un grand rivage sur le Lac Tanganyika. Le pays est entouré par la République démocratique du Congo à l’ouest, le Rwanda au nord et la Tanzanie au sud et à l’est. Etant une ancienne colonie belge, l’ex-métropole coloniale n’a cessé jusqu’à aujourd’hui à tenter de maintenir son influence sur le pays. Mais dans les pressions occidentales récentes sur Bujumbura, Bruxelles était loin d’être seul – Washington et Paris y «contribuaient» largement aussi. Et c’est justement à cette période que le soutien de l’axe sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU a été sur beaucoup de points crucial dans la préservation de la souveraineté burundaise. Sans oublier évidemment aussi l’importante mobilisation nationale à l’intérieur ayant permis de faire face efficacement aux interférences mentionnées.

Depuis, le leadership du Burundi s’est beaucoup rapproché de Pékin comme de Moscou – devenus ensemble des partenaires privilégiés de ce pays d’Afrique de l’Est. Dans le cas de la Chine, ce qui est particulièrement intéressant de noter dans ses actions récentes en direction de l’Afrique est qu’on assiste non plus seulement à la promotion des énormes intérêts économiques conjoints (y compris dans le cadre du grand projet de l’Initiative la Ceinture et la Route), mais aussi à une diplomatie efficace qui permet à Pékin et à ses alliés d’avoir des voix de soutien sur l’arène internationale, et notamment dans le cadre onusien.

L’Afrique qui compte plus d’une cinquantaine d’Etats a incontestablement son mot à dire dans le nouveau monde multipolaire. Et bien qu’un certain nombre de pays africains soient encore sous l’emprise occidentale, l’axe sino-africain s’affirme de plus en plus fortement à l’heure actuelle. Et c’est probablement la meilleure réponse possible au groupe de pays au passé colonial et présent néocolonial qui pensent toujours être en mesure de pouvoir « isoler » des Etats menant une politique indépendante et souveraine. Fort heureusement, les instruments de riposte efficaces et intelligents ne manquent pas dans la réalité d’aujourd’hui. Et ce au grand désarroi de ceux qui restent incapables, encore, de le comprendre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1385

Pages importantes de l’histoire contemporaine russe, suite.

2008. L’année où l’Occident arrache à la Serbie son berceau historique, civilisationnel, spirituel – le Kosovo, il outrepasse une autre ligne rouge. En août, le régime pro-occidental géorgien de Saakachvili, avec le soutien des instructeurs de l’Otan, notamment étasuniens, attaque l’Ossétie du Sud, en tuant civils ossètes et représentants des forces du maintien de la paix russes.

La Russie accepte le défi. En 9 jours les Forces armées russes forcent le régime géorgien à reculer et capituler. L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud reprennent le contrôle de la totalité de leurs territoires. Moscou et d’autres capitales par la suite reconnaitront l’indépendance de ces deux républiques – de facto indépendantes à la chute de l’URSS car refusant de faire partie de la Géorgie post-soviétique.

Ce conflit aura démontré les lacunes encore existantes côté russe. Mais c’est à partir de cette période que la Russie a fait comprendre à l’Occident que l’époque de la domination unilatérale approchait sa fin. Le chemin vers la multipolarité avait commencé en août 2008.

https://web.facebook.com/mikhail.egorov.5/posts/10219938203858780

 

Entre l’atlantisme et l’Eurasie, la Turquie doit faire un choix

12-35

La Turquie du président Erdogan se trouve aujourd’hui devant un choix stratégique. Membre de l’Otan, Ankara s’est pourtant beaucoup rapprochée de Moscou et Téhéran au cours de ces dernières années, confirmant à cette occasion l’existence d’une orientation eurasienne dans sa politique.

Mais les récents événements dans la province syrienne d’Idlib ont de nouveau ravivé les tensions existantes entre ces deux orientations, confirmant la pleine nécessité de devoir, à un moment ou un autre, faire un choix.

Lorsque fin 2015 les relations turco-russes étaient tombées au plus bas, toujours en rapport avec les événements en Syrie, la Turquie avait en l’espace de seulement une demi-année ressenti les conséquences d’une telle politique. Fort heureusement cette page difficile des relations bilatérales entre Ankara et Moscou a pu être surmontée. Plus que cela, les deux pays ont réussi en peu de temps à revenir au partenariat stratégique qui régissait leurs rapports. Et d’arriver même à un partenariat «très» stratégique, au grand désarroi de ceux qui veulent maintenir à tout prix la Turquie dans la «famille» atlantiste, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Aujourd’hui, les relations géoéconomiques et hautement stratégiques entre la Russie et la Turquie peuvent être réellement caractérisées comme un partenariat gagnant-gagnant, avec un volume des échanges commerciaux constamment en hausse (plus de 20 milliards de dollars en 2019 avec un objectif fixé d’atteindre dans les prochaines années les 100 milliards). Et compte tenu des millions de touristes russes visitant la Turquie chaque année et les nombreuses entreprises turques du BTP travaillant sur le marché russe (ce dernier représentant pas moins de 20% du volume total des commandes dans le domaine de la construction auprès des structures turques à l’étranger), on arrive à une balance commerciale bien équilibrée – sachant que le flux touristique russe vers la Turquie et les marchés du BTP turc en Russie ne rentrent pas dans le calcul du volume des échanges. Sans oublier que le volume des investissements russes en Turquie et turcs en Russie, dans le cadre des projets d’investissement mis en œuvre entre les deux pays, est d’environ 10 milliards de dollars chacun. Une autre nation eurasienne – l’Iran – fait également partie des principaux partenaires économico-commerciaux de la Turquie.

S’ajoutent à cela la coopération dans la sphère énergétique avec le gazoduc Turkish Stream, dans le nucléaire civil avec la centrale d’Akkuyu, sans oublier l’acquisition du système anti-missile russe des S-400 – une première dans la relation d’un pays-membre de l’Otan avec la Russie. Mais malgré tout cet impressionnant partenariat, il est encore prématuré de parler d’une véritable alliance entre la Turquie d’une part, et la Russie avec l’Iran de l’autre. Car au-delà des divergences existantes sur certains dossiers internationaux, dont bien évidemment la Syrie, le fait d’appartenir justement à l’Otan – organisme qui continue de considérer la Russie comme son principal adversaire et ennemi, ne peut permettre de prétendre à une véritable alliance.

Quant à la République arabe syrienne, elle est bel et bien une alliée aussi bien pour Moscou que Téhéran. Dans le cas avec la Russie, cette alliance ne date ni d’aujourd’hui, ni de 2015 – année d’intervention de Moscou dans la lutte antiterroriste dans ce pays, mais bien de plusieurs dizaines d’années. Et au-delà d’une alliance géopolitique, ni la Russie, ni l’Iran ne peuvent permettre à ce qu’un autre pays-civilisation, en l’occurrence la Syrie, puisse subir la présence de hordes barbares et terroristes sur son sol. Il en va non seulement de leur propre sécurité, mais aussi de leurs valeurs.

C’est pourquoi, et malgré les récentes menaces proférées par le leadership turc à l’encontre de Damas, les deux principaux alliés de la Syrie ne permettront certainement pas à ce que la situation dégénère. Compte tenu du rapport stratégique avec la Turquie, les deux puissances eurasiennes privilégient le dialogue et font en sorte d’apporter leur pleine médiation pour éviter une plus grande détérioration de la situation.

La Syrie, quant à elle, est en plein droit à poursuivre l’opération de libération de son territoire national. Conformément à sa souveraineté. Les hordes terroristes salafistes n’ont pas de place en terre syrienne. Il s’agit là aussi d’une question primordiale pour le leadership, l’armée et la population du pays. D’autant plus que ce dernier fief terroriste en terre syrienne – principalement affilié à Al-Qaida – continue de représenter un danger majeur pour la sécurité nationale. D’où l’extrême nécessité d’en finir une bonne fois pour toute.

En ce qui concerne la Turquie, elle se retrouve effectivement devant un choix stratégique. Bien sûr, il faut savoir que la pression sur le leadership turc n’est pas seulement extérieure – surtout de la part de ses pseudo-alliés otanesques. La pression est également intérieure. C’est un secret de polichinelle qu’une partie de l’élite politique turque – aussi bien issue du parti au pouvoir que de l’opposition – reste profondément pro-occidentale et pro-atlantiste. Et donc, à l’instar de leurs mentors n’approuvent guère le rapprochement sans précédent observé entre les grandes nations eurasiennes au cours de ces dernières années. Et aussi en faisant mine d’oublier par la même occasion la tentative de putsch pro-occidental de 2016 – une tentative pour rappel condamnée aussi bien par Moscou que Téhéran. D’autre part, la politique des deux chaises ne pourra pas elle aussi durer éternellement. Et ce choix devra se faire, à un moment ou un autre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1380

Président d’Afrique du Sud: aux problèmes africains – des solutions africaines

La voix du leadership sud-africain prend de l’ampleur. La grande puissance africaine adopte clairement une position en faveur des pays partisans de l’ordre multipolaire. Au grand désarroi des élites occidentales.

L’une des principales puissances économiques du continent africain, par ailleurs membre des BRICS, la République d’Afrique du Sud active son potentiel politico-diplomatique – une approche démontrant clairement un soutien au monde multipolaire. Cela sans oublier le fait que le pays de Nelson Mandela est actuellement membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU et compte bien faire entendre sa voix. D’ailleurs, cela a déjà commencé.

Tout d’abord et après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, tué dans une frappe étasunienne, le Congrès National Africain (ANC) – le parti historique de Nelson Mandela et parti au pouvoir en Afrique du Sud, avait vivement condamné l’attaque étasunienne et le meurtre du commandant de la Force Al-Qods du corps des Gardiens de la révolution islamique. Plus récemment au niveau du Conseil de sécurité onusien, Pretoria n’a pas soutenu une résolution britannique portant sur la Libye et a au contraire accordé son soutien à la proposition russe du texte.

Et là aussi ce n’est pas tout. Lors de la récente visite d’Angela Merkel en Afrique du Sud, la chancelière allemande avait déclaré que «le problème libyen n’est pas seulement un problème africain». A quoi le président sud-africain Cyril Ramaphosa – par ailleurs qui vient d’être élu président de l’Union africaine – a répondu: «Nous voulons aux problèmes africains des solutions africaines». Une phrase qui en passant a souvent été utilisée dans le passé par le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov lorsqu’il s’agissait de répondre aux divers problématiques en lien avec le continent africain.

S’ajoutent à cela les récentes manœuvres militaires navales tripartites entre l’Afrique du Sud, la Chine et la Russie aux larges des côtes sud-africaines. Une chose est sûre: l’arrivée de l’Afrique du Sud au Conseil de sécurité de l’ONU renforce incontestablement l’alliance russo-chinoise. Surtout connaissant la solidarité entre Pékin et Moscou lors des votes, bien souvent en opposition nette au trio occidental Washington-Londres-Paris.

L’Afrique du Sud fut pour rappel aussi l’un des quelques pays ayant offert l’asile à l’ex-leader libyen Mouammar Kadhafi, avant qu’il ne soit tué par la complicité de l’Otan et de ses alliés salafistes locaux. Tous ces faits confirment la pleine capacité de la République sud-africaine à mener une politique indépendante et souveraine, indépendamment des souhaits occidentaux.

Cette réalité évidemment ne peut que créer le désarroi dans le groupe des puissances occidentales et de leurs acolytes, déjà furieux de l’opposition constante de l’axe Pékin-Moscou, et désormais devant faire face à la voix sud-africaine, une voix d’un leader continental. D’ailleurs, le président Ramaphosa lors de sa prise de fonction à la tête de l’Union africaine (UA) n’a pas manqué de tacler les agissements de certains pays qui se reconnaitront sans problème: «Nous devons faire face à l’action des pays extérieurs sur notre continent qui mènent des guerres par procuration et alimentent les conflits en cours sur notre continent».

Une phrase qui en dit long et qui traduit à elle seule toute la fatigue que représente pour l’Afrique la politique irresponsable de l’establishment occidental – aussi bien sur le continent africain, qu’à d’autres endroits du globe terrestre. D’où l’importance plus que jamais pour les forces partisanes du monde multipolaire de faire bloc uni face aux nostalgiques de l’unipolarité désormais révolue. Et à ce titre, l’Afrique du Sud a sans aucun doute un rôle important à jouer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1366