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Samy Ammar: «La Russie est une priorité de la politique extérieure égyptienne»

Samy Ammar

Le récent Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) a accordé une grande attention au partenariat avec les pays africains. Ce fut également une occasion importante de parler d’échanges entre les jeunesses de Russie et d’Afrique. Entretien avec Samy Ammar, participant égyptien au SPIEF 2018.

Samy Ammar, en tant que responsable des relations extérieures du ministère égyptien de la Jeunesse, est un expert en matière de la politique à destination des jeunes. Il est de plus journaliste spécialisé dans les affaires internationales au journal Youm7.

Sputnik: Vous avez pris part au Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Quelle a été votre impression sur cet événement?

Samy Ammar: Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg a été une plateforme fructueuse pour moi, de même que pour des chefs d’entreprises du monde entier. Ceci est une preuve des capacités économiques de la Russie à l’échelle mondiale et une opportunité pour les secteurs prometteurs de l’économie russe à présenter leurs plans et leurs mégaprojets d’investissement en Russie.

Spuntik: Durant l’édition de cette année du forum, une attention particulière a été accordée à l’Afrique, à un moment où la Russie renforce activement son interaction avec le continent. En outre, les défis de la jeunesse ont été également abordés. En tant que représentant de l’Égypte, du continent africain, mais également de la jeunesse, considérez-vous que ces questions ont été traitées équitablement?

Samy Ammar: Oui, je le pense, car la plupart des sessions de travail qui étaient dédiées à l’Afrique ont justement mis en lumière toutes les questions clés, dont les opportunités et les défis de la jeunesse africaine. Permettez-moi aussi de mentionner la Journée de la Jeunesse, qui s’est déroulée le 26 mai dernier —lors de la dernière journée du SPIEF 2018, durant laquelle un excellent groupe de panélistes a fait un discours sur la jeunesse africaine.

Par ailleurs, j’étais ravi d’avoir à mes côtés Francine Furaha Muyumba, la présidente de l’Union panafricaine de la Jeunesse, qui a prononcé un discours riche sur les potentiels de la coopération transfrontalière entre l’Afrique et le reste du monde. Quant à l’interaction de la Russie avec notre continent, le réseau des organisations de jeunesse agit en priorité pour construire les ponts nécessaires entre les deux parties et combler le fossé pour d’autres collaborations ultérieures.

Sputnik: Que pouvez-vous dire au sujet du potentiel d’autonomisation des jeunes égyptiens?

Samy Ammar: Eh bien, sans aucun doute, la jeunesse égyptienne a de nombreux défis en matière d’autonomisation économique et politique. Nous avons la pauvreté, les bidonvilles, le chômage et un taux faible de participation aux élections, à titre d’exemples. En revanche, pour pouvoir relever ces défis, les potentiels augmentent. Le réseautage avec les organisations de jeunesse russes et internationales est une clé pour autonomiser la jeunesse égyptienne en mettant à profit les échanges et les protocoles d’entente afin de renforcer les capacités des jeunes. Le ministère égyptien de la Jeunesse pour lequel je travaille depuis 2009 met déjà en œuvre de nombreux programmes de soutien aux jeunes PME, des projets de microfinance, d’entrepreneuriat et d’autres programmes d’autonomisation politique et de sensibilisation.

Sputnik: Outre en Afrique, votre pays, l’Égypte, est également un pays-clé dans la région du Proche-Orient. Nous connaissons tous les problèmes auxquels cette région est confrontée, notamment liés à l’extrémisme. Selon vous, que faut-il faire pour empêcher les jeunes de suivre des idéologies extrémistes?

Samy Ammar: Tout commence par la pauvreté. Je crois que le problème de la pauvreté est la plus large des portes pour le terrorisme. Des milliers de jeunes gens du Moyen-Orient sont recrutés et utilisés pour la violence terroriste. La pauvreté les rend vulnérables, sans oublier le manque de conscience religieuse qui joue également son rôle dans bien des cas. Pour remédier à cela, l’Égypte et ses partenaires régionaux ont désormais des protocoles et des partenariats afin de permettre à Al-Azhar (l’une des principales universités d’étude de l’islam basée au Caire, ndlr) et à d’autres institutions religieuses de lutter efficacement contre la propagation des idées extrémistes et proterroristes. Et tout cela malgré les nombreux défis économiques et situations troublées en Égypte, notamment en raison d’une forte inflation.

Sputnik: La Russie et l’Égypte ont des liens historiques forts et anciens. Comment évaluez-vous les relations actuelles entre les deux pays?

Samy Ammar: La Russie est une priorité de la politique extérieure égyptienne. En 2010, l’Égypte avait accueilli 2,8 millions de touristes russes, ce qui représentait un énorme revenu pour le Trésor égyptien et ce qui a permis de créer de nombreux emplois à Hurghada et Charm el-Cheikh.

La coopération militaire et scientifique reste également vitale. Il faudrait se souvenir que l’Union soviétique avait construit un grand nombre d’installations en Égypte, parmi elles le premier centre de recherche nucléaire d’Anshas, mis en service en 1961. Sans oublier la conception du haut barrage d’Assouan. Aujourd’hui, la Russie s’apprête à construire la première centrale nucléaire du pays —il s’agit du projet de la centrale nucléaire d’El-Dabaa. Ce que je veux dire, c’est que déjà les relations russo-égyptiennes sont réellement stratégiques. Et cela ne concerne pas seulement les liens politiques et économiques, mais également la culture, le tourisme, l’histoire, la religion et de nombreux autres domaines d’intérêt commun. Et je pense aussi que les deux pays ont un avenir encore plus prometteur en termes de partenariats.

Sputnik: Selon vos observations, comment la Russie est-elle perçue par les jeunes d’Égypte et du Proche-Orient?

Samy Ammar: La Russie est un sérieux espace d’opportunités. La jeunesse égyptienne s’intéresse beaucoup au potentiel académique et commercial de la Russie. Lors de ma participation au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Sotchi en octobre dernier, j’ai pu rencontrer plusieurs de mes compatriotes venus d’Égypte, des jeunes brillants avec plein d’idées intéressantes, plusieurs desquels avaient lancé de petites entreprises créatives, de même que des projets académiques. Je dois espérer que la jeunesse égyptienne a de grandes ambitions en Russie.

Main dans la main, épaule contre épaule, la Russie et l’Égypte peuvent avancer pour la prospérité et le développement des deux parties. Et soyons optimistes quant à l’avenir des relations russo-arabes aussi, surtout connaissant les défis liés à la grande tourmente dans laquelle se trouve la région.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806211036895282-russie-egypte-samy-ammar/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Guinée équatoriale, l’exemple d’une souveraineté bien assumée

Guinée équatoriale, l’exemple d’une souveraineté bien assumée

Leader du continent africain en termes de revenu moyen par habitant, la Guinée équatoriale fait partie de ces pays africains qui ont pris depuis longtemps leur destin en main. Un exemple qui fait des jaloux, mais qui explique surtout pourquoi ce pays est si critiqué par l’establishment occidental.

Alors que la Russie et la Chine sont de plus en plus présentes en Afrique et font pièce à l’influence occidentale sur le continent, qui mine les souverainetés des pays africains, intéressons-nous à ces États qui ont misé sur la défense de leur indépendance jusqu’au bout. La Guinée équatoriale fait incontestablement partie de ces nations.

Lorsqu’on se trouve à Malabo, la capitale équato-guinéenne, plusieurs choses impressionnent: des infrastructures et des routes de qualité, la propreté, un niveau de vie décent, le tout allié à une population fière, mais aussi accueillante. Oui, on se trouve bel et bien en Afrique et non pas dans la capitale d’un pays occidental.

Et si la Guinée équatoriale est loin d’être la seule nation africaine disposant de ressources naturelles conséquentes —dans son cas, c’est principalement le pétrole (troisième producteur en Afrique subsaharienne), il s’agit néanmoins de l’un des pays à avoir préservé sa souveraineté sur ses ressources nationales, permettant à la population d’en ressentir les retombées et les avantages.
Autre caractéristique de ce pays: une population qui n’immigre pas, si ce n’est parfois des jeunes qui vont faire des études à l’étranger, mais au contraire un pays qui peut se permettre d’accueillir des migrants d’autres pays africains, mais aussi d’Asie et d’Europe, notamment en provenance d’Espagne.

Car, faut-il le rappeler, la Guinée équatoriale fut un temps une colonie espagnole. Et ce n’est d’ailleurs certainement pas grâce à cette dernière que l’on peut aujourd’hui parler de miracle équato-guinéen. À son accession à l’indépendance, le pays manquait de toute infrastructure digne de ce nom, à commencer par les routes. Et c’est justement durant la période qui a suivi que grâce à la manne pétrolière, le pays a pu se doter d’infrastructures dont beaucoup d’États africains ne disposent pas à ce jour, construites principalement par des entreprises chinoises, actives dans le pays.

Et tout comme l’Angola, dont les citoyens n’immigrent pas ou peu et qui accueille un grand nombre de citoyens de l’ex-métropole coloniale portugaise, la Guinée équatoriale, elle, en fait de même avec des ressortissants espagnols venant chercher une vie meilleure sur le continent africain. Pour autant, croire que Madrid serait un ami honnête de Malabo serait une erreur: critiques constantes du gouvernement équato-guinéen dans les médias, financement des «opposants», plusieurs tentatives de déstabilisation. Une attitude qui est loin de se limiter à l’Espagne, puisque Paris n’est pas en reste. Plusieurs sources bien informées affirment que le cerveau de la dernière tentative de coup d’État, heureusement ratée, se trouverait justement dans l’Hexagone.

Mais pourquoi un tel déferlement contre ce pays, pourtant pacifique, ouvert aux échanges dans différents domaines? Au-delà d’avoir des ressources naturelles abondantes, le fait d’en préserver la souveraineté pose «problème». En effet, la part des revenus du pétrole qui reste dans le pays est incomparablement plus conséquente que dans les États africains sous mainmise occidentale, dont ceux qui appartiennent encore à la fameuse «Françafrique». Chez ces derniers, l’État en reçoit des miettes alors que l’establishment néocolonial continue de s’enrichir, avec toutes les conséquences qui en découlent pour les populations.

Faites un tour dans les pays de transit migratoire à destination de l’Europe, que ce soit le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie, et demandez la nationalité des candidats à l’immigration —bien souvent au risque de leur vie- issus d’Afrique subsaharienne. Nombreux sont les Sénégalais, les Maliens, les Ivoiriens, les Guinéens de Conakry, mais vous n’y rencontrerez pas d’Équato-Guinéens ou d’Angolais. Libre à chacun d’en tirer les conclusions qu’il jugera les meilleures.

À ceux qui objecteront que la comparaison avec la Guinée équatoriale n’est pas tout à fait justifiée au vu de la taille relativement réduite de la population, rappelons que la superficie de ce pays —d’à peine 28.051 km2, tout comme le volume de ses ressources naturelles, sont justement proportionnels à sa population. Et puisque l’on a également mentionné l’Angola, qui avait arraché en son temps et au prix de nombreux sacrifices sa pleine souveraineté avec l’aide cubaine et soviétique, il faudrait rappeler que sa population est quant à elle supérieure à celle des nombreux pays d’Afrique francophone sources de migrations, pourtant très riches eux aussi sur le plan des ressources naturelles. Il y a donc un sérieux problème de partenaires et de système établi. C’est d’ailleurs certainement ce qui fait si peur à la France et à d’autres, si mécontents de voir la Russie revenir sur ce beau continent africain.

Et là encore, ce n’est pas tout. La Guinée équatoriale se positionne depuis plusieurs années comme le nouveau porte-flambeau du Panafricanisme, surtout après l’assassinat barbare de Mouammar Kadhafi et la destruction de la Jamahiriya libyenne par l’Otan et ses alliés salafistes. Une raison supplémentaire de s’attirer les foudres de ceux qui continuent de plaider pour un monde unipolaire totalement révolu et de faire avancer par la même occasion les intérêts néocolonialistes —une approche à laquelle s’opposent des pays comme la Russie et la Chine.

Pour finir et puisque l’on évoque la Russie, on retrouve plusieurs similitudes assez frappantes entre elle et la Guinée équatoriale. Les années sombres des deux pays ont été applaudies et célébrées par les Occidentaux, les années de relèvement pour l’un, de développement rapide pour l’autre, ont au contraire été largement diabolisées. C’est d’ailleurs le message qui transparaît lorsqu’on se trouve à Malabo et que l’on échange avec les représentants de cette belle nation.

Une chose est pour autant certaine: ni Moscou ni Malabo ne comptent perdre du temps à écouter les bavardages de ceux qui pratiquent depuis des siècles des politiques néocoloniales et qui s’autoproclament porte-parole d’une « communauté internationale» ne représentant pas plus de 10% de la population terrestre. Quant aux tentatives de déstabilisations, le temps de la duperie est bel et bien terminé. Et l’opinion publique africaine actuelle le confirme pleinement.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806191036862738-guinee-equatoriale-souverainete/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Ordre mondial: l’avant et l’après crise syrienne

Syrie

Après des années de guerre, de pertes humaines et économiques, la Syrie commence à entrevoir le bout du tunnel. Soutenue par ses alliés et grâce aux victoires sur le terrain face aux groupes extrémistes, la Syrie aura joué un rôle crucial dans le changement des équilibres mondiaux. Le monde unipolaire s’est peut-être effondré aux portes de Damas.

Il fut un temps où les élites et les experts autoproclamés de l’Occident ne donnaient que quelques semaines, quelques mois tout au plus, à Bachar el-Assad. Pourtant, les années ont passé et au prix d’innombrables sacrifices, la République arabe syrienne a réussi à sauvegarder sa souveraineté. Évidemment, le soutien stratégique de ses alliés, au premier rang desquels la Russie, a été d’une importance cruciale dans cette équation, au grand dam des Occidentaux et de leurs acolytes.

Le constat est simple: l’armée gouvernementale syrienne a récupéré plus des 2/3 de son territoire national et ne compte aucunement s’arrêter en si bon chemin. Au fur et à mesure, les dernières poches «rebelles» sont résorbées. Et malgré toutes les tentatives étasuniennes, israéliennes, françaises, britanniques ou saoudiennes de faire perdurer le conflit et de tenter de repousser autant que possible la victoire finale, tout le monde se rend à l’évidence, y compris au sein du mainstream: Assad et ses alliés ont gagné.

Quant aux forces étrangères non invitées en Syrie, elle doivent également se rendre à l’évidence: leur présence ne saurait durer éternellement. Après avoir vu partir en fumée des sommes folles, la coalition occidentalo-golfiste sait dorénavant qu’elle investit à fonds perdu dans la déstabilisation en Syrie. Cette opération qui ne mènera à rien sur le moyen terme: il n’y aura pas de scénario irakien ou libyen en Syrie. Et c’est bien cela que représente la Syrie dans l’optique du monde nouveau. Un monde dans lequel des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran et plusieurs autres joueront un rôle de plus en plus décisif.

Après cela, devrait-on s’étonner que de plus en plus de pays, ayant longtemps appartenu au bloc occidental, se rapprochent progressivement des principaux acteurs de la gestion multipolaire du monde? Certes pas. C’est un processus qu’il sera désormais très difficile de stopper. L’Occident politico-économico-médiatique a, lui, montré toutes ses limites. Sous le couvercle de valeurs dites «universelles», cette partie du monde, qui ne représente pas plus de 10% de la planète, s’est autoproclamée «communauté internationale», dans la pure tradition coloniale. Elle ne cesse pourtant de perdre la confiance et le respect d’une large partie de la population planétaire non-occidentale.

Une chose est certaine. Il y a un avant et un après la crise syrienne. Le cas syrien a définitivement démontré qu’il était possible de résister à l’arrogance néocoloniale occidentale, à condition d’y être déterminé et d’avoir des alliés fiables, qui respectent votre dignité et votre souveraineté.

Il est très probable que l’Occident n’acceptera pas rapidement ce nouveau paradigme. Cela signifie que les tentatives de déstabilisations se poursuivront. Il faut y être prêt. Mais dans cette bataille, les élites occidentales n’ont plus la main. Et c’est pour cela que nous vivons une époque assez unique: celle d’un passage définitif à un ordre nouveau, plus juste et plus égalitaire.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806051036675092-syrie-crise-monde-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’irrésistible montée en puissance de l’Eurasie

escalier

L’espace eurasiatique renforce son intégration. Géopolitique, économie, Défense, liens culturels: rien ne semble pouvoir entraver ce processus, qui se nourrit du renforcement de la multipolarité. Pour la Russie, pour la région et pour le monde, quelles perspectives?

Alors que les relations internationales sont à un tournant, l’Eurasie va être de plus en plus amenée à occuper une position stratégique, pas seulement pour la région qui la concerne, mais plus généralement pour la planète tout entière. Union eurasiatique, Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), Nouvelle route de la soie, les projets dans l’espace eurasien ne manquent pas. Une chose est certaine, les peuples eurasiens se rassemblent. Et ce, aux dépens des ambitions occidentales.

Faut-il rappeler que les intellectuels russes du début du XXe siècle, et notamment à partir des années 1920, ont activement promu l’idée que la Russie était culturellement et idéologiquement plus proche des peuples turcophones et iranophones d’Asie centrale que de l’Occident? Avaient-ils tort ou raison, le débat se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Le fait est que la Russie actuelle, après avoir surmontée les années de marasme des années 1990, arrive bien plus facilement à trouver des intérêts communs au plus haut niveau avec la Chine, l’Iran et la Turquie qu’avec les pays d’Europe dite bruxelloise. C’est un fait.

Cela sans même parler des liens étroits historico-culturels entre la Russie et les pays d’Asie centrale d’ex-URSS, qui font partie aussi bien de la Communauté des États indépendants (CEI) que de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et pour certains également de l’Union économique eurasiatique. Tout cela sont des choses qui ne s’effacent pas.

Les libéraux russes des années 1990 avaient beau faire miroiter l’intégration européenne et pro-occidentale à la Russie, au final, on revient aux sources. Et qu’on se le dise très clairement: l’avenir de la Russie se trouve bel et bien en Eurasie. La vraie. Évidemment, on peut toujours penser aux idées gaullistes d’une «Grande Europe» allant de Lisbonne à Vladivostok, le fait est que cela représente une utopie pure et simple sur le moyen et même le long terme. L’Europe dans sa version bruxelloise reste tellement assujettie aux intérêts de Washington que les «belles» déclarations des Merkel, Macron & Co. n’y changeront rien.

L’Eurasie, elle, continuera naturellement son chemin, comme l’avaient voulu et souhaité les intellectuels Troubetskoï, Savitsky, Alexeïev et d’autres qui les soutenaient. Elle collaborera avec les autres grands ensembles du monde multipolaire que sont l’Afrique, l’Amérique latine et le monde arabe, entre autres. L’Occident n’impressionne plus grand monde. D’ailleurs ce fut vraiment amusant que d’observer les délégations occidentales venues récemment en masse au Forum économique international de Saint-Pétersbourg pour parler de collaboration économico-commerciale avec la Russie, tout en maintenant des sanctions contre cette même Russie.

Évidemment, la vaste diversification de ses relations extérieures entreprise par la Russie fait peur. Les Occidentaux craignent réellement de perdre leurs parts de marché, tout en devant désormais faire face à l’offensive russe dans les régions que les élites occidentales considéraient jusqu’à maintenant comme étant leur «pré carré». Eh bien oui, la vieille approche, c’est fini. Le grand marché russe est ouvert à tous. Aux exportateurs asiatiques, africains, latino-américains —et pas moins qu’aux Européens.

D’autre part si les Occidentaux pensaient qu’en venant soutenir un coup d’État armé et anticonstitutionnel à Kiev —la mère des villes russes- la Russie resterait les bras croisés, en continuant à croire aux illusions de relations honnêtes avec cette même Europe, c’était vraiment sous-estimer Moscou.

Tout cela, c’est désormais fini. La Russie ira partout où elle sera la bienvenue —et ces endroits ne manquent pas aux quatre coins du monde, dans le cadre des intérêts mutuels qu’elle entretient avec ses partenaires. Quant à l’Eurasie, elle représente indéniablement l’une des principales priorités de Moscou. Et dans cette prolongation du concept eurasien, il n’y a pas de place pour les retardataires européens.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805301036590408-puissance-eurasie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Zone industrielle russe en Egypte: percée économique en vue

Caire

La Russie et l’Égypte renforcent leurs relations privilégiées, aussi bien sur le plan économique que militaire ou diplomatique. Le prochain lancement d’une zone industrielle russe en Égypte n’est que la dernière manifestation de ce partenariat stratégique. Diplomatie, tourisme, Défense, commerce… revue de détail d’une relation d’envergure globale.

L’Égypte est le premier partenaire économico-commercial de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Une relation privilégiée qui ne cesse de se renforcer, comme le démontre le lancement annoncé d’une zone industrielle russe en terre égyptienne.

Ce projet de grande envergure sera discuté à partir de ce 23 mai, lors de la 11e réunion de la Commission mixte russo-égyptienne pour la coopération commerciale, économique et scientifico-technique. Outre cet événement central, cette commission intergouvernementale discutera de plusieurs grands projets qui devraient voir le jour prochainement: la construction de la première centrale nucléaire en Égypte par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom), la livraison de 1300 wagons destinés au transport de passagers aux chemins de fer égyptiens, la modernisation de l’usine métallurgique de Helwan, sans oublier la reconstruction et la modernisation des installations destinées au stockage et au traitement du blé. Car faut-il le rappeler, la Russie est désormais le premier exportateur mondial de blé, devant les USA, tandis que l’Égypte représente le deuxième marché pour les exportateurs russes, derrière la Turquie.

Selon les prévisions du ministère russe de l’Industrie et du Commerce, d’ici 2026, les entreprises russes résidentes dans la zone industrielle spécialement créée en Égypte devraient produire des marchandises et services pour l’équivalent de 3,6 milliards de dollars annuels. La zone industrielle se trouvera sur un site de deux mille hectares à l’est de la zone économique spéciale de Port-Saïd. La totalité des investissements dans ce projet devra s’élever à 7 milliards de dollars et 35.000 nouveaux emplois devraient y être créés.

Autre sujet de satisfaction pour les relations russo-égyptienne: le tourisme russe au pays des pharaons. La Russie a en effet récemment réautorisé les vols directs russes à destination d’Égypte, qui avait été gelés après l’attentat contre l’avion transportant des touristes russes au-dessus du Sinaï, le 31 octobre 2015. Depuis, et sous stricte supervision des spécialistes russes, l’Égypte a considérablement amélioré ses mesures de sécurité, notamment dans ses aéroports, permettant aux deux pays d’ouvrir une nouvelle page dans le secteur touristique. Pour mémoire, avant la tragédie en question, les touristes russes étaient de loin les plus nombreux et les plus dépensiers en Égypte, bien devant les Britanniques, les Allemands ou encore les ressortissants du Golfe.

Mais là aussi, ce n’est pas tout. Sous l’impulsion des Présidents Poutine et al-Sissi, les deux nations augmentent considérablement leur coopération dans la sphère militaro-technique, sécuritaire et dans la lutte antiterroriste: les contrats sur la livraison d’armements russes signés en 2014-2015, dont le montant total dépasse les 3,5 milliards de dollars, le confirment pleinement. Ces livraisons comprennent notamment le système antimissile S-300VM («Antey-2500»), 50 chasseurs MiG-29M/M2, 46 hélicoptères d’attaque Ka-52K, vedette du projet 1242.1 équipée d’un système de missile antinavire «Moskit», entre autres.

Sur le plan politico-diplomatique, l’Égypte, le pays le plus peuplé du monde arabe, première puissance militaire arabe et africaine, majoritairement musulman sunnite, n’a pas caché son soutien à l’opération antiterroriste russe en Syrie. Elle a ainsi résisté aux pressions saoudiennes, un autre fort important partenaire économico-commercial de l’Égypte, afin de tenter d’infléchir l’approche égyptienne sur le conflit syrien en sa faveur.
Cette approche responsable du gouvernement égyptien a également largement contribué au renforcement des relations entre la Russie et l’Égypte, y compris au niveau des ministères de la Défense et des Services de sécurité. Une chose est certaine: Moscou et Le Caire continueront à interagir dans le cadre de leurs intérêts respectifs, aussi bien géopolitiques, géoéconomiques que sécuritaires.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805231036496267-zone-industrielle-russie-egypte/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Afrique en force au Forum économique de Saint-Pétersbourg

Forum économique de Saint-Pétersbourg

La présence importante de pays africains au forum de Saint-Pétersbourg souligne la vitalité croissante des relations russo-africaines. En effet, au-delà des relations politico-diplomatiques, l’heure est de plus en plus au renforcement des liens économico-commerciaux entre les pays africains et la Russie.

S’il est vrai que les relations russo-africaines se ravivent avec les pays qui étaient déjà des alliés et des partenaires stratégiques du temps de l’URSS, on pense notamment à l’Angola, l’Algérie, le Mozambique ou encore l’Éthiopie, on assiste néanmoins à un véritable élargissement des relations Afrique-Russie. Cet élargissement est d’autant plus important que si encore récemment la Russie était surtout active dans la partie nord et sud du continent, on assiste désormais à un véritable renforcement avec toutes les autres régions du continent africain.

Cela est d’autant plus positif que l’Afrique sera fortement représentée au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), qui aura lieu du 24 au 26 mai prochain. Comme en 2017, plusieurs hauts représentants africains seront présents, notamment d’Angola, du Burundi, du Mozambique, de Guinée, d’Afrique du Sud, de Namibie, du Gabon, entre autres. À noter que l’invité spécial de l’édition de 2018 sera Faustin-Archange Touadéra, Président de la République centrafricaine, à l’heure d’un rapprochement sans précédent entre Bangui et Moscou qui déplaît beaucoup à plusieurs capitales occidentales, en premier lieu Paris.

En fait et plus généralement, les gouvernements occidentaux, y compris européens, doivent se rendre à l’évidence: le temps où l’Europe bruxelloise était vue par beaucoup à Moscou comme un partenaire privilégié, est révolu. Aujourd’hui, la réalité est très différente, la Russie ayant misé sur une diversification massive de ses relations extérieures.

La récente déclaration d’Emmanuel Macron à ce sujet, affirmant qu’il «faille ne pas permettre à la Russie de se replier sur elle-même» fait assez sérieusement sourire. La réalité est au contraire que depuis le lancement des sanctions occidentales à l’encontre Moscou et des contre-sanctions qui s’en sont suivies, non seulement la Russie ne s’est pas repliée sur elle-même, mais au contraire, elle s’est largement ouverte au reste du monde, un monde dans lequel 90% de la population n’est pas occidentale.

Effectivement, c’est peut-être aujourd’hui un choc pour beaucoup de représentants de l’establishment occidental de devoir à faire face, dans la libre concurrence, à la Russie dans ce qu’ils considéraient jusqu’à ce jour comme leur «pré carré», mais il faudra bien s’y faire: chaque peuple, chaque nation, est libre de choisir les partenaires qui lui conviennent le mieux.

Une chose est pour autant certaine: les entreprises européennes travaillant en Russie ne souhaitent certainement pas perdre leur place sur le marché russe. Soit. La Russie elle-même n’a aucun intérêt à leur créer des obstacles inutiles.

Mais l’Occident devra aussi comprendre deux choses importantes. Le marché russe est ouvert à tous. Et de la même façon que des pays comme la Turquie, le Maroc, l’Égypte, le Brésil et plusieurs d’autres ont profité des positions perdues en Russie par nombre d’entreprises occidentales —principalement européennes, il faut savoir que la liste de pays qui pourront tirer profit de cette réalité ne fera à terme que s’élargir.

Deuxièmement, la Russie, en qualité de puissance exportatrice, aussi bien de matières premières, que de technologies et de services, continuera elle aussi à élargir sa participation dans des projets économico-commerciaux à divers endroits du monde, dont évidemment en Afrique.

Et toutes les raisons sont réunies pour cela. Cette interaction est voulue et saluée par un grand nombre d’Africains, sans oublier que la Russie ne vient pas en puissance-colonisatrice, mais en tant que partenaire qui souhaite traiter d’égal à égal. La Russie n’a pas de leçons à donner aux Africains, cela n’a d’ailleurs jamais été son but. L’essentiel est que ces échanges soient bénéfiques pour les deux parties et qu’ils puissent apporter un nouveau souffle sur le continent —un continent riche, convoité, mais dont la souveraineté continue d’être violée par un certain nombre de pays pensant qu’ils sont au-dessus des autres. Enfin, les moyens sont là aussi.

Pour le reste, Russes et Africains discuteront des détails à Saint-Pétersbourg.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805151036384706-afrique-forum-economique-saint-petersbourg/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand la présence russe en Centrafrique agace la France

 

Bangui

Le rapprochement Bangui-Moscou, suscite inquiétude et agitation dans les milieux politiques, diplomatiques et médiatiques occidentaux. La Centrafrique, longtemps considérée comme partie intégrante du «pré-carré» de l’Élysée, semble de plus en plus en route pour prendre en main son destin sans demander l’avis de l’ancienne métropole coloniale.

 

Depuis déjà quelques semaines, les principaux médias mainstream, dont France 24, Le Monde, RFI et d’autres ne cessent de commenter le rapprocher russo-centrafricain au grand dam des Occidentaux, notamment de Paris:

Cette inquiétude est d’autant plus justifiée que l’opinion publique centrafricaine donne largement raison aux instructeurs militaires russes, venus former les Forces armées centrafricaines (FACA) au maniement des armes livrées par la Russie. Dans un Vox Pop réalisé par la chaîne TV panafricaine Afrique Média TV dans la capitale de la RCA, les langues des citoyens centrafricains se délient:

Cerise sur la gâteau, cette opinion clairement anti-française et largement favorable à la Russie est loin de se limiter à la Centrafrique. Il suffit de poser ces mêmes questions n’importe où en Afrique, notamment francophone, pour s’en rendre compte. De Bamako à Abidjan, de Douala à Conakry, de Brazzaville à Niamey — partout, cette opinion est partagée.
Faut-il en être surpris? Aucunement. Violation constante de la souveraineté des pays africains, pillage des ressources naturelles, soupçons de viols sur mineurs — notamment en Centrafrique par les soldats français de l’opération Sangaris et la liste est loin, bien loin, d’être exhaustive.

Et la Russie? Son absence d’histoire coloniale en Afrique, son ferme soutien durant la Guerre froide aux mouvements africains de libération nationale, la formation de milliers de cadres africains dans le cadre de l’assistance et les succès récents de la politique extérieure russe — tout cela facilite largement le renforcement des relations russo-africaines, à l’heure du plein retour de la Russie postsoviétique en terre africaine.

Maintenant, parlons perspectives. Face à cette «révolte» politico-diplomatico-médiatique française face à «l’insolence» russe de venir mettre à mal la politique néocoloniale française et plus généralement occidentale, que va entreprendre la France? Il est assez clair que les forces spéciales françaises, tellement «efficaces» lorsqu’il est question de violer la souveraineté d’un pays africain, comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, n’oseront certainement pas attaquer directement des forces plus professionnelles qu’elles. Peut-on pour autant dire que leur capacité de nuisance est entièrement mise à zéro? Certainement pas. Les élites françaises, à l’instar des autres élites occidentales, vont certainement miser sur le financement de rébellions — existantes et nouvelles pour maintenir le chaos et entraver tout développement durable.

Comment réagir face à ces provocations? Le plus important selon moi, c’est de ne pas reculer. La Syrie, aujourd’hui un cas d’école, en représente certainement la preuve éclatante. Pour vaincre les forces néocolonialistes nuisibles, il faut rester debout, même lorsque l’ennemi pense qu’il est arrivé à son but. Évidemment, des alliés, et plus encore des alliés fiables, sont aussi un élément très important. Aujourd’hui, la République centrafricaine s’en rend compte chaque jour un peu plus. Les néocolonialistes, eux, peuvent continuer à fomenter de sales coups en prenant des calmants pour réduire leur stress, le fait est que face à des gens déterminés et surtout qui comprennent désormais les défis auxquels leurs nations font face, ils ne sauront vaincre. Le cadre multipolaire du respect de la souveraineté et de la dignité de chaque peuple s’impose. Et avec lui les nouvelles réalités. Dernier point: la rue africaine est aujourd’hui géopolitiquement clairement plus instruite que la rue européenne. Et cela aussi, c’est une garantie de la victoire à venir.

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Mikhail Gamandiy-Egorov