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Amérique latine vs USA: tout ne fait que commencer

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Les Etats-Unis d’Amérique n’ont jamais abandonné l’idée d’un maintien de l’Amérique latine en tant que leur arrière-cour. Cela est connu des experts, et reconnu au plus haut de l’Etat étasunien. Il n’empêche que les événements en cours dans cette partie du monde confirment que l’affrontement entre la principale puissance néocoloniale et les forces progressistes est à peine à son début.

Si pour certains spécialistes de la question depuis les événements assez récents au Venezuela, le changement de politique du leadership post-Correa en Equateur, sans oublier le départ forcé de Dilma Rousseff du pouvoir au Brésil (avec l’emprisonnement de son allié l’ex-président Lula), le temps de l’axe latino-américain anti-US serait prétendument révolu, il se trouve que lesdits experts se trompent car le véritable combat ne fait réellement que commencer.

Certes, les agents US utilisent aujourd’hui de grands moyens pour atteindre leurs objectifs vis-à-vis des Etats latino-américains hostiles à la politique de Washington. Généreux financement de l’opposition pro-US, infiltration dans les services de défense et de sécurité des pays concernés, larges sanctions économiques et autres embargos, menaces d’une intervention armée…. Les moyens ne manquent effectivement pas chez le régime US.

Et désormais avec le départ forcé d’un autre leader progressiste, en l’occurrence le Bolivien Evo Morales, parti en exil au Mexique, certains sont en train d’applaudir les événements en cours. Mais pas si vite. La réalité est tout de même beaucoup plus têtue que cela. Faisons à cet effet un tour d’horizon de la situation actuelle en Amérique latine.

Si dans le cas de la Bolivie, l’heure est effectivement à l’incertitude, qu’en Equateur le successeur de Correa en la personne de Lenin Moreno semble clairement chavirer dans l’autre camp, et un Brésil ayant à sa tête un président idéologiquement proche du leadership étasunien, il n’empêche que l’axe progressiste ne compte pas reculer davantage. Cuba tient bon, le Nicaragua sandiniste de Daniel Ortega aussi. Le Venezuela, malgré les innombrables pressions de l’extérieur comme de l’intérieur (ce dernier collaborant activement avec le premier), tient lui aussi. D’une part grâce aux partisans chavistes qui restent encore très nombreux dans le pays, mais également à ses forces armées – refusant dans leur grande majorité de céder aux menaces et intimidations washingtoniennes. Sans oublier l’assistance de ses principaux alliés : Cuba, Chine, Russie, Iran – aussi bien sur le plan diplomatique, qu’économique et sécuritaire.

Un autre événement est passé presque inaperçu dans les médias occidentaux: c’est le retour au pouvoir, suite aux toutes récentes élections présidentielles, des partisans assumés du péronisme en Argentine. En l’occurrence il s’agit de l’élection d’Alberto Fernandez qui sera investi le 10 décembre prochain en qualité de président du pays, et de Cristina Fernandez de Kirchner (ayant été présidente du pays de 2007 à 2015) en qualité de Vice-présidente. Cette dernière on s’en souvient bien était une alliée assumée de l’axe progressiste latino-américain et ferme opposante à la politique étasunienne.

Autre événement important: c’est la sortie de prison justement de l’ex-président brésilien Lula, à la grande joie de ses partisans brésiliens et de ses alliés régionaux. Dans le cas de la Bolivie, rien n’est encore perdu aussi. Evo Morales, bien qu’ayant pris la direction d’un exil temporaire au Mexique, ne s’avoue pas vaincu et promet de revenir «avec plus de force et d’énergie».

En passant, les positions du gouvernement mexicain sont également à saluer. Cette importante puissance émergente latino-américaine, se joint de plus en plus à l’alliance progressiste et souverainiste. En effet, le Mexique – à l’instar de plusieurs Etats latino-américains, ainsi que de la Chine, de la Russie, de l’Iran, de la Turquie, de la Syrie ou encore de l’Afrique du Sud – a apporté son soutien au gouvernement légitime vénézuélien en la personne du président Nicolas Maduro. Désormais, Mexico, après avoir proposé, accorde l’exil au leader bolivien Morales.

Et au-delà d’être une puissance montante, ce pays partage une large frontière commune avec son voisin étasunien, sans compter même la très importante diaspora d’origine mexicaine en «terre» anglo-saxonne. Les choses sérieuses ne font que commencer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Chine appelle les pays BRICS à s’unir en faveur du multilatéralisme

Alors que le 11ème Sommet des BRICS qui aura lieu dans les prochains jours dans la capitale brésilienne approche, la République populaire de Chine fait une fois de plus mention de l’importance de la promotion d’un cadre multipolaire du développement international.

La ville de Brasilia accueillera donc, les 13 et 14 novembre prochains, la nouvelle rencontre des grandes puissances dites «émergentes» (émergentes du moins selon les termes des médias occidentaux). En effet, les chefs d’Etats des pays concernés (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), accompagnés d’importantes délégations nationales, se pencheront sur nombre de questions d’importance stratégique. Au moment où le Brésil assure la présidence tournante du bloc cette année, l’heure est plus que jamais au renforcement des relations aussi bien bilatérales des pays de l’alliance, que dans le cadre des actions communes.

A ce titre, les hauts représentants chinois n’ont pas manqué de faire plusieurs importantes déclarations, confirmant ainsi un agenda de travail très loin de la banalité. Ainsi, Yang Jiechi, directeur du Bureau de la Commission des affaires étrangères du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a déclaré à l’approche du sommet que «les cinq pays du groupe des BRICS doivent renforcer leur unité et leur coopération afin de soutenir le multilatéralisme et de promouvoir un développement de l’ordre international allant dans une direction plus juste et rationnelle» http://french.xinhuanet.com/2019-10/19/c_138485940.htm

Il a également ajouté que les pays des BRICS «devraient concrétiser pleinement les consensus auxquels sont parvenus leurs dirigeants lors des précédentes réunions et consolider leur coopération en matière de sécurité politique, d’économie, de commerce, de finances et d’échanges entre les peuples. Les pays membres de ce bloc devraient se soutenir, renforcer leurs capacités à résister aux risques, à répondre aux situations complexes et s’opposer conjointement à toute ingérence extérieure». Toujours d’après lui, «les cinq pays se doivent d’adhérer au concept de coopération ouverte et inclusive, de promouvoir le modèle de coopération «BRICS Plus» et de tisser un réseau de partenariats ouvert et diversifié».

Du côté de l’ambassadeur de Chine au Brésil, Yang Wanming, il a été remarqué que «les BRICS ont servi de mécanisme clé de coopération, en rassemblant les dirigeants pour forger un consensus sur des questions importantes. En particulier sur certaines affaires internationales majeures, les pays des BRICS sont en mesure de présenter une position commune et de discuter collectivement avec la communauté internationale tout en préservant les intérêts communs des pays en développement, en particulier les marchés émergents. Les BRICS ont unanimement montré au monde leur position commune en faveur du multilatéralisme et de l’autorité de l’ONU, facilitant le libre-échange ainsi que l’investissement, et stimulant la construction d’une économie mondiale ouverte, innovante et partagée». L’ambassadeur chinois a enfin estimé que le prochain sommet des BRICS marquerait le début d’une nouvelle «décennie dorée» de coopération, et que les pays membres parleraient d’une même voix en appelant au multilatéralisme et à une économie mondiale ouverte». Fin de citation.

Maintenant parlons perspectives. Si dans les déclarations officielles des hauts responsables chinois on retrouve effectivement un soutien ouvert et assumé au multilatéralisme (à la multipolarité en d’autres termes), on y voit aussi un clin d’œil non-voilé à certains Etats qui d’un côté réalisent la propagande à tous les niveaux du libéralisme économique, mais d’un autre ont extrêmement peur d’une concurrence digne de ce nom face aux puissances non-occidentales. Bien sûr, les Etats-Unis en premier lieu – cela est évident. Mais de façon plus globale, c’est un diagnostic général des élites occidentales – adorant pavaner avec les belles paroles habituelles de «libre-marché» et de «libre-concurrence», mais étant souvent incapables d’assumer dans les faits les paroles prononcées et largement diffusées.

Comme exemple, il suffit à cet effet de prendre l’Afrique, où du moment que les puissances émergentes, dont les BRICS (sans oublier qu’un Etat africain en fait partie), s’imposent dans de nombreux secteurs sur ce continent, pour que les élites occidentales, en perte d’influence économique et politique, passent dans un état de quasi-hystérie. Et ce aussi bien au niveau politico-diplomatique que médiatique.

L’autre point très important soulevé par les représentants chinois fait justement référence à une approche conjointe, ou en tout cas très proche, dans la gestion des principales questions internationales. Evidemment et en premier lieu cela concerne l’interaction russo-chinoise au Conseil de sécurité de l’ONU – dont les deux pays sont membres permanents. Qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Iran, du Venezuela, du Burundi ou d’un certain nombre d’autres pays sous pression occidentale, Pékin comme Moscou n’ont pas manqué d’afficher leur unité, y compris lorsque cela était nécessaire par des vétos, face au bloc occidental Washington-Londres-Paris.

Et ce n’est pas tout. En parlant justement de communauté internationale, dont les élites occidentales adorent s’autoproclamer être des porte-paroles, il est à rappeler que des structures telles que les BRICS, représentant à eux cinq près de la moitié de la population mondiale, un quart de la surface terrestre ou encore environ 35% du PIB mondial (appelé à croitre). Ajoutez à cela l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ou encore l’Union économique eurasiatique, et il serait juste de se demander qui aurait plus de légitimité à parler au nom de la communauté internationale. Ceci étant dit, les pays partisans de la multipolarité se gardent bien de tomber dans le piège d’une vision suprémaciste et néocoloniale de certains, et préfèrent une coopération réellement inclusive. Bien que, ceci étant dit aussi, et dans une optique purement de statistiques, il serait juste de rappeler que l’Occident en tant que tel ne représente pas plus que 10% de la population terrestre (d’ailleurs une population occidentale qui remet massivement en question elle-même l’unilatéralisme de ses élites). Et que dans un classement comme celui des pays par PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA) – données du FMI pour l’année 2018 – sur les dix premiers pays du classement quatre sont occidentaux (Etats-Unis – 2ème, Allemagne – 5ème, Royaume-Uni – 9ème, France – 10ème), les six autres étant des pays non occidentaux : Chine – 1ère, Inde – 3ème, Japon – 4ème, Russie – 6ème, Indonésie – 7ème, Brésil – 8ème). A noter par ailleurs que quatre des cinq pays membres des BRICS font partie de ce classement.

Last but not least, le scénario des forces hostiles aux BRICS ne s’est malheureusement pas (pour eux) concrétisé. Notamment après le départ forcé du pouvoir au Brésil de son ex-présidente Dilma Rousseff et de l’emprisonnement de Luiz Inacio Lula da Silva – tous les deux de grands partisans des BRICS. Malgré cela, le Brésil a continué depuis à remplir son rôle constructif au sein du groupe. A bon entendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1220

Après l’échec syrien, les USA souhaitent-ils allumer la mèche dans le Caucase du Sud?

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Alors que l’establishment étasunien perd nettement en notoriété dans la région stratégique du Moyen-Orient, il semblerait que Washington porte un regard de plus en plus intéressé sur l’espace transcaucasien. Connaissant le «champion» de propagation du chaos mondial, cet intérêt est à prendre avec grande attention.

Selon l’analyste d’Heritage Foundation (l’un des plus importants think-tanks néo-conservateurs basé à Washington) Luke Coffey, par ailleurs un vétéran de l’armée US, les Etats-Unis doivent élargir leur présence dans cette partie du monde et ce pour plusieurs «raisons»:

– Intensification des tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en raison du territoire disputé du Haut-Karabakh («occupé» par l’Arménie selon les termes de l’analyste étasunien)

– Un possible référendum sur l’éventuelle «annexion» du territoire «séparatiste» de l’Ossétie du Sud par la Russie (reconnu comme Etat indépendant par la Russie et plusieurs autres pays)

– La montée de «l’ingérence» iranienne dans la région

– Ainsi qu’une présence militaire croissante de la Russie en Arménie

Cette position dudit analyste date de 2016. Sauf qu’il revient à la charge avec les récents développements moyen-orientaux, notamment en Syrie, en proposant par exemple d’envoyer la partie du contingent américain ayant quitté le territoire syrien dans la région administrative du sud de la Géorgie, majoritairement peuplée d’Arméniens, la Samtskhé-Djavakhétie, se trouvant d’une part à la frontière avec l’Arménie, de l’autre avec la Turquie. Evidemment, on peut se limiter au fait de dire qu’il s’agit simplement d’une opinion d’un expert US sur la question, plutôt que d’une confirmation d’agir ou d’un avertissement, il n’empêche que l’Heritage Foundation est connue pour avoir souvent influencé les preneurs de décisions étasuniens dans leurs actions à divers endroits du monde.

Maintenant essayons de parler perspectives. Si le choix de la Géorgie parait en effet peu surprenant, sachant que depuis le temps de la «révolution des Roses» de 2003, faisant partie de la série des révolutions de couleur dans l’ex-URSS orchestrée par les USA en vue de mettre en place des régimes pro-étasuniens et pro-occidentaux, le pays est sous la coupe de Washington. Mais pourquoi choisir plus particulièrement une région avec une population majoritairement arménienne, d’autant plus aux frontières avec l’Arménie et la Turquie ?

Eh bien, la réponse est déjà donnée en partie ci-haut. A savoir «la présence militaire croissante de la Russie en Arménie». Cette dernière étant effectivement un des alliés stratégiques de Moscou dans l’ex-URSS et plus généralement parlant dans l’espace eurasien. Plus que cela, l’Arménie abrite une base militaire russe sur son sol – la base de Gyumri – et fait partie intégrante de l’Union économique eurasiatique (UEEA), ainsi que de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) – des organisations à vocation géoéconomique, géopolitique et politico-militaire dont l’Occident politique, Washington en premier lieu, ne cache pas le désamour.

Et malgré le fait que depuis déjà plusieurs années l’establishment étasunien a activé les réseaux pro-occidentaux en Arménie, jusqu’à maintenant le pays est resté fidèle dans ses relations avec Moscou.

Cette idée donc de créer une présence militaire américaine supplémentaire et non-négligeable dans un pays sous contrôle des élites étasuniennes, en l’occurrence la Géorgie, permettant de mettre la pression sur l’Arménie qui reste encore un allié de la Russie, en basant cette présence dans une zone à forte population arménienne, n’est donc aucunement anodine. Mais ce n’est pas tout. Sachant que ladite région est à la frontière aussi avec la Turquie – la pression se fera donc également sur cet «allié» et membre de l’Otan, dont l’Occident politique ne peut plus tolérer la politique indépendante.

En effet, Ankara ne laisse plus dormir tranquilles ses supposés alliés otanesques, et ce depuis déjà plusieurs années. Que ce soit par rapport à ses relations stratégiques avec la Russie et l’Iran, notamment dans le volet géoéconomique influant de plus en plus sur le géopolitique, que dans la manière d’agir sans devoir rendre des comptes ni à Washington, ni Bruxelles.

Et là aussi ce n’est pas tout. Il s’agit évidemment aussi d’une nette volonté étasunienne de frapper les intérêts russes, comme iraniens, à un moment où l’Eurasie devient tout simplement une réalité géopolitique majeure dans un monde multipolaire, et dont le rôle de premier plan dans la résolution des principales affaires internationales est appelé à croitre. Au grand dam de Washington et de ses suiveurs.

Que cela reste une simple opinion d’un expert proche du pouvoir US, d’un avertissement ou d’une réalité prochaine, le fait est que l’espace eurasien est de toute façon appelé à être prêt à relever de nouveaux défis. Dans son ensemble. Car si effectivement certains pays ont accepté, à l’instar de nombre de pays de l’Europe bruxelloise, à être de simples instruments dans la politique étasunienne, les pays refusant cette réalité devront joindre leurs efforts en vue de contrer de nouveau le chaos et l’insécurité – caractéristiques de premier plan du pouvoir étasunien, et plus généralement des élites occidentales nostalgiques de l’unipolarité révolue.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Vol du pétrole syrien par les USA: un voleur reste un voleur

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Se sachant vaincus et ne pouvant plus influer d’une quelconque façon sur le départ tellement souhaité du président Bachar al-Assad, les Etats-Unis continuent néanmoins de faire ce qu’ils savent le mieux: voler les ressources des autres nations.

Bien que l’annonce du départ des troupes US de Syrie faite par Donald Trump ait été non pas un geste de «bonne» volonté étasunienne, mais surtout due à la compréhension de ne plus pouvoir y rester éternellement, sachant que le terrorisme que les Occidentaux ont eux-mêmes fait prospéré en terre syrienne dans le but de faire tomber le gouvernement légitime a été vaincu par la Syrie et ses alliés, il fallait néanmoins s’y attendre: même en partant les Américains poursuivent leur rôle néfaste.

Les administrations étasuniennes changent, la réalité elle reste la même. Celle d’un pays néocolonialiste à l’extrême, pilleur des ressources naturelles de pays à divers endroits du monde. Pétrole en Irak, facilitation de production et exportation de drogue à partir d’Afghanistan, diamants, coltan, cobalt et autres ressources stratégiques en République démocratique du Congo, les exemples ne manquent guère. Bien que le cas syrien soit tout de même différent.

En effet, le scénario voulu au départ par Washington n’a pu être mené à bien. Le leader syrien, stigmatisé en Occident par ses élites politico-médiatiques, est toujours debout. Plus que cela, il a repris la grande partie de son territoire, sur lequel vivent les ¾ de citoyens syriens, en éliminant avec l’aide des pays alliés la menace terroriste qui paraissait invincible il y a encore quelques années, au vu du nombre de terroristes étrangers ayant fait le déplacement dans ce pays et des moyens qu’ils se procuraient aussi bien de la part de leurs mentors extérieurs, que des ressources qu’ils s’accaparaient sur place.

Désormais les Etasuniens partent. Car vaincus et incapables de faire chavirer radicalement la situation. Avec eux, leurs autres «amis  occidentaux, notamment français. Et en laissant tomber par la même occasion leurs «alliés» kurdes des FDS qui se sont retrouvés face à la puissance de guerre turque, déterminée à en finir avec des éléments hostiles à ses frontières, obligeant ces derniers à reprendre le dialogue avec Damas et accepter les conditions du pouvoir légitime. Ceci étant dit, Trump est évidemment sous pression aussi. En premier lieu par l’Etat-profond étasunien. Sans oublier de toute manière que ce même Trump et son administration font eux-mêmes, qu’on le veuille ou non, partie du système mafieux US. Avec les méthodes connues et reconnues.

Et à ce titre, l’annonce faite par l’administration washingtonienne quant au fait de garder une certaine présence sur les champs pétroliers syriens de l’est, confirme plusieurs choses. Les USA, savent parfaitement que leur rôle au Moyen-Orient a sérieusement diminué – on est loin des années 2001-2006. L’Irak, voisin de la Syrie et jadis occupé par les troupes américaines, affirme ne plus vouloir ces troupes chez lui. Au moment même où l’influence de l’Iran en Irak comme dans d’autres pays est clairement à la hausse. Les alliés arabes traditionnels de Washington commencent de plus en plus à porter leur regard en direction d’autres partenaires, notamment Pékin et Moscou. Certes, sans mouvement brusque. Mais le processus est bien là. Quant au principal allié des USA dans la région, en l’occurrence Israël, il ne cache pas sa déception sur le fait que le garant de sa sécurité, perd sérieusement en puissance et en notoriété. Surtout que Tel-Aviv comprend parfaitement aussi que malgré les années de guerre, de souffrances et de destructions, la République arabe syrienne récupère peu à peu son statut de puissance régionale, avec là aussi le soutien de ses alliés. Notamment sur le plan militaire. Sans oublier la puissance iranienne qui lui donne toujours un peu plus d’insomnie. Tous ces éléments ne peuvent être ignorés par l’administration de Washington.

D’autre part et il ne faut pas l’oublier aussi: un voleur reste un voleur. Au vu des informations relayées par diverses sources bien informées, les services secrets et les sociétés militaires privées US «gagnent» plus de 30 millions de dollars par mois via le vol des ressources pétrolières syriennes. Soyons franc : qu’attendre d’un Etat dont l’histoire de base se résume par le vol de territoires et de ressources aux autochtones par des migrants européens majoritairement anglo-saxons, bien souvent au passé criminel et marginal ? Aussi, ce «business» permet en quelque sorte de se laver des accusations d’avoir lâché ses alliés kurdes dans le nord syrien, sachant que lesdites zones pétrolières sont contrôlées par les Etasuniens en compagnie des FDS.

Maintenant parlons justement des FDS. Si les éléments kurdes en question n’ont pas attendu longtemps et ont fait appel à Damas en vue de venir les protéger contre la puissance militaire turque, ces éléments doivent comprendre une bonne fois pour toute aussi que la poursuite d’un double-jeu de traitres, ne leur apportera au final rien de positif. Evidemment, se sentir protégés d’une part par les unités régulières de l’armée gouvernementale syrienne dans les zones frontalières avec la Turquie, et de l’autre la poursuite du sale jeu qui les caractérise en coordination avec Washington, Paris et Tel-Aviv, ne sera tolérée.

En attendant, le travail continue. Damas a repris sous son contrôle des territoires supplémentaires du nord syrien, ainsi qu’une large zone frontalière avec la Turquie. Et vraisemblablement, rien ne saura stopper la détermination de la République arabe dans la reprise de la totalité de ses territoires. Pour cela, il peut compter sur le soutien de ses principaux alliés, russe et iranien en l’occurrence. La Turquie, elle, a déjà vraisemblablement accepté l’idée d’un maintien d’Assad à la tête du pays. Quant à la présence étasunienne et de ses proxys kurdes dans une zone majoritairement arabe, cela ne saurait durer trop longtemps. D’ailleurs, plusieurs manifestations de la population syrienne contre l’occupation illégale des USA/FDS ont déjà été observées dans la zone concernée. Un peu de patience donc encore. Les Etasuniens seront forcés de partir. Quant aux pseudo-FDS, soit ils auront compris la leçon récente, soit devront assumer les conséquences méritées.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Bataille médiatique sino-étasunienne en Afrique: lorsque le nombre ne signifie pas résultat

MEDIA

Si les Etats-Unis en particulier, et l’Occident politique de façon générale, s’inquiètent ardemment de la puissance géoéconomique et géopolitique de Pékin sur le continent africain, un autre domaine auquel l’Empire du Milieu attache aujourd’hui de l’importance fait lui aussi trembler les élites occidentales.

Si le paysage médiatique africain était jusqu’à encore récemment dominé par les médias mainstream occidentaux et leurs partenaires locaux, quel que soit le type de médias d’ailleurs: télévision, radio, presse écrite, aujourd’hui on assiste réellement à une révolution dans ce secteur. En effet, les Africains, jeunes et moins jeunes, s’intéressent avec grande attention aux informations des médias dits alternatifs, étrangers comme africains, dont la ligne éditoriale inquiète fortement les intérêts de l’Occident.

Pourtant les moyens financiers sont incomparables. Face aux principaux médias étasuniens, britanniques, français, allemands et autres, les projets médiatiques des pays BRICS et des médias panafricains ont nettement un poids financier inférieur. Mais malgré cette évidence, l’Occident politico-médiatique continue de perdre des points. Pour quelle raison?

Eh bien la réponse est assez surprenante. A l’instar d’une perte de confiance massive des populations des pays occidentaux vis-à-vis des médias les plus puissants appartenant à leur «monde», au sein des sociétés africaines le rejet parait encore plus important. Et vraisemblablement, cela est loin d’être dû au simple fait du passé colonial et néocolonial des pays d’origine des médias mainstream, mais surtout à la façon que ces structures médiatiques avaient pris l’habitude de traiter l’information.

Pour exemple, les nombreuses campagnes médiatiques hostiles aux projets chinois sur le continent africain n’ont non seulement pas apporter le résultat souhaité par les commanditaires des dites campagnes, mais ont au contraire renforcé les sympathies de nombreux citoyens africains vis-à-vis de Pékin. Et ce, pas tellement par «amour» envers l’Empire du Milieu, mais plutôt en raison d’une part d’un rejet des méthodes occidentales sur le continent, de l’autre une volonté d’avoir une alternative digne de ce nom parmi les partenaires extracontinentaux, enfin et cela est tout aussi important il s’agit vraisemblablement d’une ferme volonté de l’écrasante majorité d’Africains de pouvoir faire le choix, sans interférence extérieure, de leurs partenaires.

Au fil des années écoulées, Pékin n’a pas adopté un simple rôle d’observateur. Si dans un premier temps, la Chine se contentait de réaliser ses innombrables projets de partenariat avec les pays africains, lui ayant permis de devenir aujourd’hui tout simplement le principal partenaire économico-commercial de l’Afrique avec un volume d’échange de 200 milliards de dollars, depuis un temps plus récent elle a décidé d’imposer sa présence médiatique, tout en restant fidèle à sa philosophie.

Mis à part le lancement en 2012 du bureau africain de la chaine internationale chinoise CGTN dans la capitale kenyane Nairobi, et d’un travail de plus en plus orienté sur l’Afrique de ses agences de presse, notamment Xinhua, Pékin a aussi beaucoup misé sur l’enseignement destiné aux jeunes africains. Ainsi, chaque année près d’un millier de journalistes originaires de divers pays d’Afrique suivent des programmes de formation en terre chinoise http://www.slate.fr/story/180855/afrique-chine-renforcement-presence-mediatique-numerique

Ce n’est évidemment pas tout car Pékin investit aussi dans nombre de médias locaux, principalement dans les pays où la présence de ses intérêts économico-commerciaux est la plus importante. De façon plus générale, la Chine a pleinement accepté le défi de ceux qui dès le départ souhaitaient lui mettre des bâtons dans les roues dans son expansion géoéconomique. Le tout à un moment où l’opposition nette et évidente entre les partisans d’un monde multipolaire devenu réalité et ceux qui désirent un retour à l’ordre unipolaire post-guerre froide rentre chaque jour un peu plus dans sa phase active. Et à ce titre, le domaine des médias n’y échappe pas. Bien qu’il faille garder à l’esprit que face aux CNN, Bloomberg, CNBC ou encore Voice of America, pour ne citer que ceux-là, sans oublier les instruments médiatiques des autres pays occidentaux, les projets médiatiques chinois en Afrique restent en nombres nettement inférieurs. Tout comme du point de vue des budgets alloués.

Mais ce que les USA et plus globalement parlant l’Occident politique n’arrivent (toujours) pas à réaliser, c’est que dans le monde contemporain les grands moyens, notamment financiers, ne suffisent plus pour imposer sa donne. A l’heure d’une information pouvant être obtenue à grande vitesse, et via différents instruments, les peuples du monde deviennent eux-mêmes des analystes potentiels. Et c’est justement dans ce cadre analytique que tout se joue. En ce sens, les sociétés africaines ont non seulement aucun retard quant aux prétendus pays «développés», mais sur nombre de points sont même en avance. Cela est dû peut-être au fait qu’à force d’être la visée d’un grand nombre d’intérêts, les Africains comprennent aujourd’hui toutes les potentialités et les atouts que possède leur continent. Et qu’à partir de cette réalité, vient ensuite la partie analytique et comparative des partenaires – certains jurant d’apporter «liberté, justice et démocratie» sous le couvercle de prétendues valeurs «universelles», le tout avec un agenda qui diffère fortement des intentions annoncées. De l’autre ceux qui évitent de donner des leçons et tout en pensant évidemment à leurs propres intérêts, apportent des projets qui donnent un certain sens au mot «développement».

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’avoir le plus grand budget militaire pour avoir les armes les plus sophistiquées. Et dans la nouvelle réalité mondiale, le domaine médiatique le confirme pleinement aussi. Les capacités budgétaires allouées aux campagnes médiatiques ne sont plus vraiment en mesure de voiler des pratiques allant à l’encontre des belles paroles prononcées. Et à ce titre, Pékin a une nette longueur d’avance sur Washington et consorts.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1202

Les tentatives de percée wahhabite en Afrique

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Alors que l’Afrique représente désormais un terrain majeur de concurrence géopolitique et géoéconomique pour les principales puissances internationales, en premier lieu les pays occidentaux et la Chine, sans oublier le retour désormais confirmé de la Russie, il n’empêche que plusieurs autres Etats, principalement des puissances régionales, confirment leur grand intérêt pour ce continent. Y compris dans la propagation d’une idéologie radicale.

Au-delà des acteurs cités ci-haut, le continent représente un terrain propice pour plusieurs autres pays : Inde, Brésil, Turquie, Japon, Corée du Sud, Emirats arabes unis, Iran ou encore l’Arabie saoudite. Cette dernière, bien que ne faisant pas partie des principaux partenaires économico-commerciaux d’Afrique, ne frémit pas dans ses tentatives d’étendre maximalement son influence, principalement au sein des pays d’Afrique subsaharienne possédant des populations majoritairement musulmanes, ou d’importantes minorités.

A la base le concept est tout à fait normal, sachant que la tradition de collaborer entre pays musulmans, y compris appartenant à des régions et continents différents, reste une pratique répandue, et ce pour de nombreux pays. Plusieurs d’entre eux exercent d’ailleurs aujourd’hui une influence au-delà de leurs frontières : que ce soit la Turquie, le Maroc, l’Egypte, l’Iran, ou encore le Qatar et les Emirats arabes unis – ces deux derniers devenus très actifs depuis les dernières années grâce aux énormes capacités d’investissement, et souvent dans une optique de confrontation idéologico-politique qui les oppose. Le cas saoudien, lui, reste tout de même un cas particulier. Et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il serait juste de rappeler que les tentatives de répandre son influence, notamment via son idéologie wahhabite, remonte déjà aux années 1960, et ce dans le but de contrer aussi bien l’idéologie panarabe nationaliste, que des courants modérés ou encore dits « réformistes ». Cette offensive va en outre dépasser les frontières du monde arabe, pour s’étendre jusqu’à l’Afghanistan, où durant la guerre de 1979-1989 l’idéologie wahhabite s’est radicalement confrontée à l’URSS et à ses alliés progressistes afghans, le tout en alliance avec Washington.

« L’exportation » wahhabite ne s’est d’ailleurs pas limitée à la seule période de guerre froide. La Russie post-soviétique en sait quelque chose. A ce titre, les prédicateurs wahhabites furent très actifs durant les deux guerres en Tchétchénie, durant lesquelles leur objectif était clair et radical : imposer aux populations musulmanes russes une vision de l’islam qui ne correspondait aucunement aux valeurs et traditions de celles-ci. Dans le cas russe et bien vite, les antagonismes monteront entre les musulmans tchétchènes d’un côté, y compris ceux qui avaient au départ soutenu l’option séparatiste vis-à-vis de la Russie, et les « prédicateurs » golfistes non invités avec leurs adeptes de l’autre.

Au final, les extrémistes wahhabites ne réussiront pas à mettre à bien leurs projets en terre russe et seront anéantis dans le cadre de la lutte antiterroriste, conduite aussi bien par les forces spéciales fédérales, que les unités tchétchènes, sans oublier la mobilisation populaire, comme celle de la République fédérée russe du Daguestan en 1999.

Pour autant, les tentatives de poursuivre l’exportation wahhabite n’ont jamais vraiment cessé de la part de l’Arabie saoudite. Si dans la crise syrienne et à l’instar des autres forces ayant souhaité détruire la République arabe, le projet est tombé à l’eau, et que dans les pays d’Afrique du Nord ces projets ont peu de chance, malgré les tentatives, d’aboutir connaissant un fort attachement de la plupart des pays concernés à un islam traditionnel, conforme aux traditions des nations concernées et possédant une capacité souveraine de défense (hors la Libye version actuelle), le cas de l’Afrique subsaharienne diffère.

En effet, les nombreux pays du sud du Sahara confrontés à des problèmes d’instabilité et d’insécurité, restent des terrains propices à la propagation d’idéologies extrémistes, parmi lesquelles le wahhabisme et le salafisme occupent une place de « choix ». Dans la zone de mire : les pays du Sahel, qui sont confrontés à de nombreuses cellules terroristes, ces dernières idéologiquement proches de la vision wahhabite. Et le danger ne cesse de croitre.

Le danger est d’autant plus visible que les pays africains s’appuient eux-aussi sur un islam traditionnel, pour beaucoup d’ailleurs sur la tradition soufie, et en conformité avec les traditions ancestrales des peuples concernés. En ce sens la situation rappelle fortement celle du Caucase russe des années 1990, où une vision extrémiste et étrangère ait tenté d’imposer aux populations locales une idéologie radicale et qui ne pouvaient être acceptée par la très grande majorité des musulmans de Russie.

Si en Russie comme en Syrie, ces projets ont échoué, l’Afrique subsaharienne doit faire face à de nombreux autres défis qui l’empêchent de contrer efficacement une idéologie extrémiste et étrangère aux traditions africaines. Et parmi ces défis, on retrouve la question de la souveraineté nationale, sans laquelle il sera toujours très compliqué, voire impossible, de pouvoir assurer une défense efficace face aux menaces extrémistes et terroristes. A ce titre, la situation au Mali en est d’ailleurs très révélatrice. Du moment que la pleine souveraineté est obtenue, il est alors possible de choisir les partenaires pouvant proposer une collaboration efficace, notamment sur le plan sécuritaire, tout en respectant la souveraineté du pays concerné. Et tant que cette étape ne sera pas franchie, les pays concernés resteront vraisemblablement sous la menace extrémiste, mettant en danger non seulement la vie des populations, mais aussi leurs traditions et valeurs ancestrales.

Quant à l’implication de l’Etat saoudien dans la propagation de l’idéologie wahhabite, bien que les autorités de Riyad aiment rappeler à chaque occasion leur opposition au terrorisme et à l’extrémisme, le fait est que de nombreuses structures d’obédience wahhabite et liées à des prédicateurs saoudiens, poursuivent leurs activités à l’international, avec vraisemblablement l’accord tacite du leadership de ce pays. Le tout sans oublier, que de nombreux partisans de cette idéologie se trouvent également au-delà des frontières saoudiennes, notamment chez le voisin devenu concurrent – le Qatar, lui aussi ayant de grandes ambitions sur l’arène internationale. Des ambitions dans lesquelles l’Afrique ne fait pas exception.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Afrique au centre du monde multipolaire

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Le premier Sommet Russie-Afrique dans la ville de Sotchi a déjà beaucoup fait parler de lui. Avant même le commencement, les médias mainstream n’ont pas manqué de lui attacher une grande importance. Evidemment avec une note traditionnelle de critiques et de « doutes », voilant tant bien que mal l’inquiétude des élites occidentales quant au plein retour de la Russie sur le continent africain.

Bien que les relations économiques russo-africaines restent encore en dessous en termes de chiffres, si l’on compare avec ceux de la Chine et de l’Union européenne, il n’empêche que la dynamique affichée et surtout les résultats en cours dans la nouvelle page qui s’ouvre entre la Russie et l’Afrique, font clairement inquiéter les capitales occidentales. Bien que le volume des échanges Russie-Afrique en 2018 ait atteint 20,4 milliards de dollars (en hausse de 17,2 % par rapport à 2017), il reste clairement plus réduit que ceux de l’Afrique avec Pékin (200 milliards, devenu le premier partenaire économico-commercial du continent en tant que pays) et l’Union européenne (275 milliards), il n’empêche que c’est un chiffre en net progression comparé aux années libérales post-soviétiques (760 millions de dollars seulement en 1993). Le président russe Vladimir Poutine entrevoit en outre la possibilité de doubler le volume actuel des échanges dans les 4-5 prochaines années.

Et si beaucoup accentuent le partenariat russo-africain uniquement au volet militaro-technique – l’Afrique représentant 15% des ventes d’armes russes au niveau mondial – l’heure est désormais à une large diversification des secteurs de partenariat. A ce titre, les accords déjà signés en marge du sommet de Sotchi le confirment pleinement.

Pour ce faire, la Russie et l’Ethiopie ont signé un accord de partenariat dans le domaine du nucléaire civil. Au Mozambique, la compagnie russe Uralchem prévoit de produire des engrais, ainsi que de travailler dans la prospection des diamants. Par ailleurs, la deuxième banque de Russie VTB prévoit de s’implanter dans ce pays. Dans le domaine agroalimentaire la Russie renforce également ses positions, le tout au moment où le pays est devenu le premier exportateur mondial de blé (devant les USA). Les principaux clients africains de la Russie étant l’Egypte, le Soudan, le Nigéria, l’Algérie et le Maroc. Et Moscou voit un réel potentiel d’augmenter les volumes exportés. Dans le cas de la Namibie, la Russie propose d’établir un partenariat dans la production du combustible nucléaire, ainsi que dans l’extraction des diamants et la livraison de produits agricoles.

L’autre domaine à fort potentiel concerne le secteur pharmaceutique. A titre d’exemple, la Russie exporte en Afrique près de 60% des vaccins contre la fièvre jaune. La production de vaccins et médicaments dans des pays africains se trouve également à l’étude. Sans oublier que la Russie a conçu un vaccin « sec » contre le virus de l’Ebola, pouvant être gardé dans un simple réfrigérateur.

Une grande attention dans le cadre du sommet a été accordée à l’interaction entre la Russie et l’Egypte. En effet et au-delà du fait que les touristes russes sont parmi les plus nombreux et dépensiers en terre égyptienne, et que l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) y construit la centrale nucléaire d’El-Dabaa (coût du projet : 30 milliards de dollars), et qu’une zone industrielle russe y a été implantée, les deux pays ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. D’où la raison de la signature d’un protocole d’accord entre les Chemins de fer russes et les Chemins de fer nationaux égyptiens sur la collaboration dans des projets liés à l’infrastructure, y compris la construction de nouvelles lignes ferroviaires. Les deux structures ont également convenu de travailler ensemble sur des projets de modernisation des lignes ferroviaires au pays des Pharaons, ainsi que dans le domaine de la formation des spécialistes égyptiens dans les établissements russes spécialisés de l’enseignement supérieur. L’Egypte a également fait savoir que la production issue des entreprises de la zone industrielle russe se trouvant sur son territoire pourra profiter des avantages de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec), dont l’Egypte fait partie intégrante.

Des mémorandums sur le partenariat dans le secteur minier ont été également signés avec le Soudan du Sud et le Rwanda. L’Ouganda a manifesté un vif intérêt quant au partenariat avec la Russie dans le domaine gazier et du nucléaire civil. La Guinée équatoriale et le géant pétrolier russe Lukoil ont quant eux signé un mémorandum d’entente quant à une possible participation du dernier dans des projets d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans ce pays. D’importants projets avec une participation russe se développent dans le secteur aurifère au Soudan. En Centrafrique, les entreprises énergétiques russes se disent prêtes à construire de nouvelles installations de production d’énergie, selon le ministre russe de l’Energie Aleksandr Novak. L’Angola, partenaire de longue de la Russie, souhaite élargir le partenariat conjoint, notamment dans le secteur minier. Quant au Maroc, d’importants projets sont en cours de préparation : du côté russe, plus précisément la Banque de développement de la Fédération de Russie (VEB) s’est déclarée prête à financer à hauteur de 425 millions d’euros la construction d’une raffinerie pétrolière au Royaume. Côté marocain, le ministre de l’Energie du Maroc Aziz Rabbah, a confirmé la volonté de son pays de devenir un hub logistique pour les compagnies énergétiques russes désireuses de travailler avec les pays africains. A savoir que les deux pays partagent un partenariat stratégique, et qu’à titre d’exemple dans un secteur aussi important pour le Maroc comme celui de l’agriculture, près de 50% des agrumes destinés à l’export partent à destination du marché russe (bien devant les marchés de l’UE ou de l’Amérique du Nord).

Sur le plan du partenariat militaro-technique russo-africain, qui a déjà le vent en poupe, de nouveaux contrats ont été confirmés lors du sommet. Il a été annoncé que la Russie fournira de l’armement à une vingtaine de pays africains pour un montant total de quatre milliards de dollars. Parmi les pays mentionnés, on retrouve l’Ouganda, le Rwanda, le Mozambique et l’Angola (les deux derniers étant des partenaires de longue date). Par ailleurs, le Niger a confirmé l’acquisition de 12 hélicoptères russes d’attaque Mi-35. Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, à un moment où les deux pays se sont beaucoup rapprochés au point de pouvoir parler d’une véritable alliance, a dit espérer la poursuite du soutien de la Russie dans la formation des Forces armées centrafricaines (FACA), ainsi que dans le cadre des livraisons d’armements nécessaires à la défense du pays. Enfin, le président de la Namibie Hage Geingob lors de son entretien avec Vladimir Poutine a déclaré la volonté des militaires namibiens de travailler avec les conseillers militaires russes. Fait important, un pays africain fait partie du Top 3 des principaux clients de la Russie dans le domaine de l’armement au niveau mondial, en l’occurrence l’Algérie, avec laquelle le partenariat militaro-technique reste au plus haut niveau. A noter également que l’Algérie à elle seule absorbe près de 80% des livraisons d’armes russes en Afrique.

Autre secteur très important dont il a été question est celui de l’enseignement. La Russie ayant confirmé la volonté d’augmenter encore plus le nombre d’étudiants africains dans ses universités, mais aussi d’ouvrir l’accès à des formations de niveau secondaire professionnel.

Pour rappel, la Russie a annulé également 20 milliards de dollars de dettes des pays africains. Tout cela pour dire que le partenariat russo-africain ouvre effectivement et pleinement une nouvelle page dans l’histoire conjointe. Une histoire, là aussi pour rappel, dans laquelle n’est présente aucune page coloniale ou néocoloniale – la Russie ayant dès le départ activement soutenu le mouvement des indépendances et des libérations nationales africaines face au joug colonial. Au-delà de ce soutien, qui était politique, économique et militaire, Moscou a durant plusieurs décennies formé des cadres pour les pays africains dans ses universités. Beaucoup d’entre eux occupent aujourd’hui des postes clés dans leurs pays respectifs.

Certes, les époques ont changé. Le temps de la guerre froide est officiellement révolu (ou pas ?). Les intérêts ont également évolué. Mais ce qui par contre reste inchangé, que ce soit version Russie soviétique ou contemporaine, c’est le respect de la souveraineté africaine (et pas que dans les paroles, mais dans les actes), ainsi qu’une offre d’un partenariat qui pourrait être réellement gagnant-gagnant. A cet effet, les prochaines années seront sans aucun doute décisives. Et tant pis pour ceux qui s’opposent à cette interaction russo-africaine, car n’ayant toujours pas été capables de s’adapter à la nouvelle donne multipolaire. A bon entendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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