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Centrafrique: stabilisation russe contre chaos français

Centrafrique

Les relations qu’entretiennent Moscou avec la Centrafrique ne sont pas du goût de tout le monde. Alors que les échanges diplomatiques, politiques économiques, ou militaires s’approfondissent entre Moscou et Bangui, Paris enrage. La France estime en effet que la Centrafrique fait partie de son «pré carré» et fait tout pour le conserver.

Après sa défaite en Syrie, l’Occident politique —et notamment l’Élysée- digère très mal le retour de la Russie sur le continent africain. Un continent que la Russie n’a non seulement jamais colonisé, mais a plus qu’activement soutenu dans ses mouvements de décolonisation et de libération nationale.

En effet, Paris est furieux d’observer la formation d’une alliance Moscou-Bangui, alors que l’Élysée considérait jusqu’à encore très récemment la République centrafricaine comme partie intégrante de son prétendu «pré-carré». Les choses ont évidemment radicalement changé après l’arrivée de la Russie pour équiper, mais surtout former les Forces armées centrafricaines (FACA), permettant aux deux pays de passer à une nouvelle étape de leurs relations bilatérales. Des relations fondées sur une base légitime, la Russie ayant été invitée par les autorités légales du pays… Si certains dressent une parallèle avec l’approche russe en Syrie, ils ont probablement raison.

Mais la Russie ne se limite pas et plus à la livraison d’équipements militaires à Bangui, ni à la formation des forces armées nationales. Les deux nations développent également leur coopération économique, notamment après l’impulsion donnée par le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF 2018) de mai dernier, auquel avait d’ailleurs assisté le chef d’État centrafricain en qualité d’invité spécial du président Poutine. Par ailleurs, Moscou apporte un soutien humanitaire à Bangui avec la livraison aux populations centrafricaines de plusieurs lots de médicaments et d’hôpitaux mobiles, y compris dans les zones qui jusqu’à encore récemment étaient sous contrôle de groupes armés.

Enfin, la Russie fait un énorme travail de médiation pour permettre une réconciliation nationale et un retour à l’ordre constitutionnel sur toute l’étendue du territoire centrafricain. Chose que la France n’a jamais faite. Et ne fera pas.

Par contre, la France, à l’instar des élites occidentales en général, tente par tous les moyens de mettre des bâtons dans les roues de cette coopération russo-centrafricaine. Et ce, sur plusieurs fronts: en livrant des armes aux groupes armés les plus radicaux, en mettant la pression sur ces mêmes groupes pour qu’ils ne se joignent pas au dialogue proposé par le président Faustin-Archange Touadéra. Et plus généralement comme ce fut le cas depuis les siècles de sa politique coloniale, en tentant de diviser par tous les moyens, pour toujours mieux régner et… piller.
À ce titre, la France coordonne à l’heure actuelle une rencontre à N’Djamena, la capitale tchadienne, entre plusieurs représentants des groupes armés illégaux, pour faire pression sur le gouvernement centrafricain et le forcer à redevenir docile, notamment en imposant un départ à la Russie de la RCA tout en souhaitant limiter le mandat du Président. D’ailleurs, des menaces ouvertes sont proférées par lesdits groupes armés quant à une éventuelle opération armée contre les autorités du pays. Le tout bien évidemment avec la «bénédiction» et la participation active de Paris.

Sauf que le contexte a changé. Au-delà du fait, désormais bien connu, que la Russie ne lâche pas ses alliés, les Centrafricains, à l’instar de millions d’habitants d’autres pays d’Afrique, connaissent désormais parfaitement le jeu mené par l’ex-puissance coloniale: on écoutera à titre d’illustration le micro-trottoir réalisé dans les rues de Bangui par Afrique Média, la grande chaîne panafricaine:

Les Centrafricains interrogés n’y mâchent pas leurs mots et expriment très clairement leur préférence pour la Russie face à la France. Et l’hystérie élyséenne est tout à fait compréhensible, sachant que ces opinions sont loin, très loin, que de se limiter à la Centrafrique. Chaque chose a une fin. La politique néocoloniale française, et occidentale en général, en Afrique aura une fin elle aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808071037549940-centrafrique-russie-france-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Afrique: la solution russe?

Afrique

Les échanges russo-africains dépassent désormais le cadre diplomatique. Leurs interactions augmentent à tous les niveaux: politique, économie, défense et sécurité, éducation et culture. Au-delà de ces relations, la Russie peut-elle apporter des solutions aux problèmes courants du continent africain? Éléments de réponse.

Au moment du plein retour de la Russie en Afrique, des questions demeurent en suspens. Plusieurs observateurs se posent, à juste titre, la question de savoir ce que pourra apporter de nouveau et de positif la relation russo-africaine, surtout en comparaison de celles qui lient le continent à d’autres acteurs déjà activement, notamment l’Occident et la Chine. Pour répondre à cette question, comparons l’approche de chacun vis-à-vis de l’Afrique, et voyons en quoi diffère l’approche russe.

Commençons par les «partenaires traditionnels», en d’autres termes les anciennes métropoles coloniales d’Europe de l’Ouest, France et Royaume-Uni principalement, plus les États-Unis. Alors qu’une partie significative de l’opinion publique africaine désavoue la politique occidentale en Afrique, il est pertinent de se demander pourquoi. Car au-delà des crimes de masse commis à l’époque de la colonisation et de la traite esclavagiste, notamment par les acteurs occidentaux précités, le fait est que globalement peu de choses ont changé dans la mentalité des élites occidentales, pour ne pas dire rien. La seule différence est qu’au lieu de parler du fameux «fardeau de l’homme blanc» —comprenez l’homme occidental- aujourd’hui, l’Occident tente d’imposer ses intérêts en les maquillant, certes avec de moins en moins de succès, par de belles paroles liées à la «démocratie, aux droits de l’homme et aux valeurs universelles». Prétendument universelles.

Pire, l’Occident n’apprend rien de ses erreurs, bien souvent catastrophiques pour les populations concernées. Car si cet Occident politico-diplomatico-médiatique a souvent réussi à déstabiliser des États souverains, il s’est très généralement, pour ne pas dire toujours, mis aux abonnés absents quand il s’est agi de réparer le chaos créé. Deux scénarios ressortent habituellement des interférences occidentales. Le premier voit un pays autrefois prospère devenir une zone de non-droit, d’instabilité et d’extrémisme: on pense évidemment à la Libye. Dans le second, on essaie de donner l’impression d’une relative stabilité, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, tout en fermant les yeux sur les problèmes évidents de ce pays: une société divisée, beaucoup de prisonniers politiques et d’exilés, un développement globalement inexistant, dont la meilleure preuve n’est autre que l’immigration massive des Ivoiriens vers d’autres cieux.

L’autre fait très caractéristique de l’Occident sur le sujet: c’est l’hypocrisie pratiquement non voilée de ces élites occidentales politiques et médiatiques, lorsque celles-ci abordent la question des «régimes autoritaires» en Afrique. Par ce terme, comprenez ceci: si un Président est docile aux intérêts occidentaux, alors il sera traité de «démocrate». Même s’il n’a pas été élu dans le cadre d’élections démocratiques, même s’il est arrivé au pouvoir par les armes occidentales, allant jusqu’à une interférence directe dans les affaires souveraines dudit État, et même si sa légitimité est largement contestée. Par contre, si un leader africain prend en main la souveraineté de sa nation, mais aussi de ses ressources naturelles, permettant à sa population de rester chez soi et de ne pas penser à l’immigration, très probablement ce chef d’État sera traité «d’autoritaire» par le mainstream médiatique occidental, car il ne permet pas aux multinationales de l’Ouest de profiter des ressources dudit pays dans un cadre gagnant/perdant.

Passons à la Chine. L’Empire du Milieu a fait un long chemin depuis le début des années 2000 —période d’une entrée impressionnante dans les affaires africaines. Aujourd’hui, la République populaire chinoise est tout simplement le premier partenaire économico-commercial de l’Afrique, et ce malgré toutes les campagnes hostiles menées en Occident contre la présence de Pékin en terre africaine. La Chine, elle, n’interfère pas dans les affaires intérieures des pays du continent et se base sur le respect de la souveraineté.

En effet, la Chine exporte massivement ses produits de consommation, mais surtout pas sa vision de la gestion des affaires internes, en se basant sur le fait que chaque nation a ses propres traditions et valeurs. Il ne serait d’ailleurs guère surprenant que si vous réalisiez aujourd’hui un sondage dans la cinquantaine d’États africains, demandant aux habitants de savoir s’ils préfèrent des partenaires occidentaux ou chinois, ils seraient entre 70 et 80% à préférer les seconds.

Cette approche chinoise vis-à-vis de l’Afrique ressemble beaucoup à celle de la Russie, à une différence près. Si jusqu’ici la Chine n’a pas accordé une très grande attention à l’aspect sécuritaire des pays africains, préférant principalement miser sur l’économie, Moscou y porte au contraire une grande attention. Pourquoi? Pas seulement parce que l’État russe est un important exportateur d’armements, mais bien parce que la Russie comprend que seul un État sûr et stable permet de faire des affaires au bénéfice des deux parties. Là est toute la différence.

Alors que l’Occident préfère tirer profit soit en maintenant un pays dans le chaos, soit en l’occupant par des troupes néocoloniales, la Russie souhaite au contraire permettre aux Africains d’être maîtres chez eux —aussi bien dans le cadre de la sécurité de ses frontières que du contrôle de ses ressources. Et ce serait justement la plus-value de la Russie en qualité de partenaire de l’Afrique.

Cette opinion est d’ailleurs largement partagée par les experts africains. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les panélistes de la chaîne panafricaine Afrique Média y ont récemment consacré une émission spéciale en mentionnant deux points essentiels: «nous avons vu les résultats de la Russie en Syrie. Nous voyons maintenant les changements positifs qui s’opèrent en République centrafricaine, là aussi grâce aux efforts de Moscou. C’est cela, un partenariat gagnant-gagnant». En d’ajouter: «dans un partenariat gagnant-gagnant, la question n’est pas forcément de savoir que chacun touchera toujours du 50/50. Cela peut-être, dans certains cas, du 60/40 et vice-versa. L’essentiel étant, c’est que cela ne soit plus jamais un système de type 95/5. Et enfin que la souveraineté africaine soit respectée et défendue.»

C’est certainement la raison de l’hystérie de l’Élysée, comme de Washington et de Londres, en voyant la Russie revenir sur un continent qu’elle n’a jamais colonisé et dont elle a formé des milliers de cadres. Des cadres par ailleurs réellement heureux de revoir le pays de leur formation de retour. Et ils sont loin d’être les seuls.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806251036939849-afrique-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Samy Ammar: «La Russie est une priorité de la politique extérieure égyptienne»

Samy Ammar

Le récent Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) a accordé une grande attention au partenariat avec les pays africains. Ce fut également une occasion importante de parler d’échanges entre les jeunesses de Russie et d’Afrique. Entretien avec Samy Ammar, participant égyptien au SPIEF 2018.

Samy Ammar, en tant que responsable des relations extérieures du ministère égyptien de la Jeunesse, est un expert en matière de la politique à destination des jeunes. Il est de plus journaliste spécialisé dans les affaires internationales au journal Youm7.

Sputnik: Vous avez pris part au Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Quelle a été votre impression sur cet événement?

Samy Ammar: Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg a été une plateforme fructueuse pour moi, de même que pour des chefs d’entreprises du monde entier. Ceci est une preuve des capacités économiques de la Russie à l’échelle mondiale et une opportunité pour les secteurs prometteurs de l’économie russe à présenter leurs plans et leurs mégaprojets d’investissement en Russie.

Spuntik: Durant l’édition de cette année du forum, une attention particulière a été accordée à l’Afrique, à un moment où la Russie renforce activement son interaction avec le continent. En outre, les défis de la jeunesse ont été également abordés. En tant que représentant de l’Égypte, du continent africain, mais également de la jeunesse, considérez-vous que ces questions ont été traitées équitablement?

Samy Ammar: Oui, je le pense, car la plupart des sessions de travail qui étaient dédiées à l’Afrique ont justement mis en lumière toutes les questions clés, dont les opportunités et les défis de la jeunesse africaine. Permettez-moi aussi de mentionner la Journée de la Jeunesse, qui s’est déroulée le 26 mai dernier —lors de la dernière journée du SPIEF 2018, durant laquelle un excellent groupe de panélistes a fait un discours sur la jeunesse africaine.

Par ailleurs, j’étais ravi d’avoir à mes côtés Francine Furaha Muyumba, la présidente de l’Union panafricaine de la Jeunesse, qui a prononcé un discours riche sur les potentiels de la coopération transfrontalière entre l’Afrique et le reste du monde. Quant à l’interaction de la Russie avec notre continent, le réseau des organisations de jeunesse agit en priorité pour construire les ponts nécessaires entre les deux parties et combler le fossé pour d’autres collaborations ultérieures.

Sputnik: Que pouvez-vous dire au sujet du potentiel d’autonomisation des jeunes égyptiens?

Samy Ammar: Eh bien, sans aucun doute, la jeunesse égyptienne a de nombreux défis en matière d’autonomisation économique et politique. Nous avons la pauvreté, les bidonvilles, le chômage et un taux faible de participation aux élections, à titre d’exemples. En revanche, pour pouvoir relever ces défis, les potentiels augmentent. Le réseautage avec les organisations de jeunesse russes et internationales est une clé pour autonomiser la jeunesse égyptienne en mettant à profit les échanges et les protocoles d’entente afin de renforcer les capacités des jeunes. Le ministère égyptien de la Jeunesse pour lequel je travaille depuis 2009 met déjà en œuvre de nombreux programmes de soutien aux jeunes PME, des projets de microfinance, d’entrepreneuriat et d’autres programmes d’autonomisation politique et de sensibilisation.

Sputnik: Outre en Afrique, votre pays, l’Égypte, est également un pays-clé dans la région du Proche-Orient. Nous connaissons tous les problèmes auxquels cette région est confrontée, notamment liés à l’extrémisme. Selon vous, que faut-il faire pour empêcher les jeunes de suivre des idéologies extrémistes?

Samy Ammar: Tout commence par la pauvreté. Je crois que le problème de la pauvreté est la plus large des portes pour le terrorisme. Des milliers de jeunes gens du Moyen-Orient sont recrutés et utilisés pour la violence terroriste. La pauvreté les rend vulnérables, sans oublier le manque de conscience religieuse qui joue également son rôle dans bien des cas. Pour remédier à cela, l’Égypte et ses partenaires régionaux ont désormais des protocoles et des partenariats afin de permettre à Al-Azhar (l’une des principales universités d’étude de l’islam basée au Caire, ndlr) et à d’autres institutions religieuses de lutter efficacement contre la propagation des idées extrémistes et proterroristes. Et tout cela malgré les nombreux défis économiques et situations troublées en Égypte, notamment en raison d’une forte inflation.

Sputnik: La Russie et l’Égypte ont des liens historiques forts et anciens. Comment évaluez-vous les relations actuelles entre les deux pays?

Samy Ammar: La Russie est une priorité de la politique extérieure égyptienne. En 2010, l’Égypte avait accueilli 2,8 millions de touristes russes, ce qui représentait un énorme revenu pour le Trésor égyptien et ce qui a permis de créer de nombreux emplois à Hurghada et Charm el-Cheikh.

La coopération militaire et scientifique reste également vitale. Il faudrait se souvenir que l’Union soviétique avait construit un grand nombre d’installations en Égypte, parmi elles le premier centre de recherche nucléaire d’Anshas, mis en service en 1961. Sans oublier la conception du haut barrage d’Assouan. Aujourd’hui, la Russie s’apprête à construire la première centrale nucléaire du pays —il s’agit du projet de la centrale nucléaire d’El-Dabaa. Ce que je veux dire, c’est que déjà les relations russo-égyptiennes sont réellement stratégiques. Et cela ne concerne pas seulement les liens politiques et économiques, mais également la culture, le tourisme, l’histoire, la religion et de nombreux autres domaines d’intérêt commun. Et je pense aussi que les deux pays ont un avenir encore plus prometteur en termes de partenariats.

Sputnik: Selon vos observations, comment la Russie est-elle perçue par les jeunes d’Égypte et du Proche-Orient?

Samy Ammar: La Russie est un sérieux espace d’opportunités. La jeunesse égyptienne s’intéresse beaucoup au potentiel académique et commercial de la Russie. Lors de ma participation au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Sotchi en octobre dernier, j’ai pu rencontrer plusieurs de mes compatriotes venus d’Égypte, des jeunes brillants avec plein d’idées intéressantes, plusieurs desquels avaient lancé de petites entreprises créatives, de même que des projets académiques. Je dois espérer que la jeunesse égyptienne a de grandes ambitions en Russie.

Main dans la main, épaule contre épaule, la Russie et l’Égypte peuvent avancer pour la prospérité et le développement des deux parties. Et soyons optimistes quant à l’avenir des relations russo-arabes aussi, surtout connaissant les défis liés à la grande tourmente dans laquelle se trouve la région.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806211036895282-russie-egypte-samy-ammar/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Ordre mondial: l’avant et l’après crise syrienne

Syrie

Après des années de guerre, de pertes humaines et économiques, la Syrie commence à entrevoir le bout du tunnel. Soutenue par ses alliés et grâce aux victoires sur le terrain face aux groupes extrémistes, la Syrie aura joué un rôle crucial dans le changement des équilibres mondiaux. Le monde unipolaire s’est peut-être effondré aux portes de Damas.

Il fut un temps où les élites et les experts autoproclamés de l’Occident ne donnaient que quelques semaines, quelques mois tout au plus, à Bachar el-Assad. Pourtant, les années ont passé et au prix d’innombrables sacrifices, la République arabe syrienne a réussi à sauvegarder sa souveraineté. Évidemment, le soutien stratégique de ses alliés, au premier rang desquels la Russie, a été d’une importance cruciale dans cette équation, au grand dam des Occidentaux et de leurs acolytes.

Le constat est simple: l’armée gouvernementale syrienne a récupéré plus des 2/3 de son territoire national et ne compte aucunement s’arrêter en si bon chemin. Au fur et à mesure, les dernières poches «rebelles» sont résorbées. Et malgré toutes les tentatives étasuniennes, israéliennes, françaises, britanniques ou saoudiennes de faire perdurer le conflit et de tenter de repousser autant que possible la victoire finale, tout le monde se rend à l’évidence, y compris au sein du mainstream: Assad et ses alliés ont gagné.

Quant aux forces étrangères non invitées en Syrie, elle doivent également se rendre à l’évidence: leur présence ne saurait durer éternellement. Après avoir vu partir en fumée des sommes folles, la coalition occidentalo-golfiste sait dorénavant qu’elle investit à fonds perdu dans la déstabilisation en Syrie. Cette opération qui ne mènera à rien sur le moyen terme: il n’y aura pas de scénario irakien ou libyen en Syrie. Et c’est bien cela que représente la Syrie dans l’optique du monde nouveau. Un monde dans lequel des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran et plusieurs autres joueront un rôle de plus en plus décisif.

Après cela, devrait-on s’étonner que de plus en plus de pays, ayant longtemps appartenu au bloc occidental, se rapprochent progressivement des principaux acteurs de la gestion multipolaire du monde? Certes pas. C’est un processus qu’il sera désormais très difficile de stopper. L’Occident politico-économico-médiatique a, lui, montré toutes ses limites. Sous le couvercle de valeurs dites «universelles», cette partie du monde, qui ne représente pas plus de 10% de la planète, s’est autoproclamée «communauté internationale», dans la pure tradition coloniale. Elle ne cesse pourtant de perdre la confiance et le respect d’une large partie de la population planétaire non-occidentale.

Une chose est certaine. Il y a un avant et un après la crise syrienne. Le cas syrien a définitivement démontré qu’il était possible de résister à l’arrogance néocoloniale occidentale, à condition d’y être déterminé et d’avoir des alliés fiables, qui respectent votre dignité et votre souveraineté.

Il est très probable que l’Occident n’acceptera pas rapidement ce nouveau paradigme. Cela signifie que les tentatives de déstabilisations se poursuivront. Il faut y être prêt. Mais dans cette bataille, les élites occidentales n’ont plus la main. Et c’est pour cela que nous vivons une époque assez unique: celle d’un passage définitif à un ordre nouveau, plus juste et plus égalitaire.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806051036675092-syrie-crise-monde-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’irrésistible montée en puissance de l’Eurasie

escalier

L’espace eurasiatique renforce son intégration. Géopolitique, économie, Défense, liens culturels: rien ne semble pouvoir entraver ce processus, qui se nourrit du renforcement de la multipolarité. Pour la Russie, pour la région et pour le monde, quelles perspectives?

Alors que les relations internationales sont à un tournant, l’Eurasie va être de plus en plus amenée à occuper une position stratégique, pas seulement pour la région qui la concerne, mais plus généralement pour la planète tout entière. Union eurasiatique, Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), Nouvelle route de la soie, les projets dans l’espace eurasien ne manquent pas. Une chose est certaine, les peuples eurasiens se rassemblent. Et ce, aux dépens des ambitions occidentales.

Faut-il rappeler que les intellectuels russes du début du XXe siècle, et notamment à partir des années 1920, ont activement promu l’idée que la Russie était culturellement et idéologiquement plus proche des peuples turcophones et iranophones d’Asie centrale que de l’Occident? Avaient-ils tort ou raison, le débat se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Le fait est que la Russie actuelle, après avoir surmontée les années de marasme des années 1990, arrive bien plus facilement à trouver des intérêts communs au plus haut niveau avec la Chine, l’Iran et la Turquie qu’avec les pays d’Europe dite bruxelloise. C’est un fait.

Cela sans même parler des liens étroits historico-culturels entre la Russie et les pays d’Asie centrale d’ex-URSS, qui font partie aussi bien de la Communauté des États indépendants (CEI) que de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et pour certains également de l’Union économique eurasiatique. Tout cela sont des choses qui ne s’effacent pas.

Les libéraux russes des années 1990 avaient beau faire miroiter l’intégration européenne et pro-occidentale à la Russie, au final, on revient aux sources. Et qu’on se le dise très clairement: l’avenir de la Russie se trouve bel et bien en Eurasie. La vraie. Évidemment, on peut toujours penser aux idées gaullistes d’une «Grande Europe» allant de Lisbonne à Vladivostok, le fait est que cela représente une utopie pure et simple sur le moyen et même le long terme. L’Europe dans sa version bruxelloise reste tellement assujettie aux intérêts de Washington que les «belles» déclarations des Merkel, Macron & Co. n’y changeront rien.

L’Eurasie, elle, continuera naturellement son chemin, comme l’avaient voulu et souhaité les intellectuels Troubetskoï, Savitsky, Alexeïev et d’autres qui les soutenaient. Elle collaborera avec les autres grands ensembles du monde multipolaire que sont l’Afrique, l’Amérique latine et le monde arabe, entre autres. L’Occident n’impressionne plus grand monde. D’ailleurs ce fut vraiment amusant que d’observer les délégations occidentales venues récemment en masse au Forum économique international de Saint-Pétersbourg pour parler de collaboration économico-commerciale avec la Russie, tout en maintenant des sanctions contre cette même Russie.

Évidemment, la vaste diversification de ses relations extérieures entreprise par la Russie fait peur. Les Occidentaux craignent réellement de perdre leurs parts de marché, tout en devant désormais faire face à l’offensive russe dans les régions que les élites occidentales considéraient jusqu’à maintenant comme étant leur «pré carré». Eh bien oui, la vieille approche, c’est fini. Le grand marché russe est ouvert à tous. Aux exportateurs asiatiques, africains, latino-américains —et pas moins qu’aux Européens.

D’autre part si les Occidentaux pensaient qu’en venant soutenir un coup d’État armé et anticonstitutionnel à Kiev —la mère des villes russes- la Russie resterait les bras croisés, en continuant à croire aux illusions de relations honnêtes avec cette même Europe, c’était vraiment sous-estimer Moscou.

Tout cela, c’est désormais fini. La Russie ira partout où elle sera la bienvenue —et ces endroits ne manquent pas aux quatre coins du monde, dans le cadre des intérêts mutuels qu’elle entretient avec ses partenaires. Quant à l’Eurasie, elle représente indéniablement l’une des principales priorités de Moscou. Et dans cette prolongation du concept eurasien, il n’y a pas de place pour les retardataires européens.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805301036590408-puissance-eurasie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Zone industrielle russe en Egypte: percée économique en vue

Caire

La Russie et l’Égypte renforcent leurs relations privilégiées, aussi bien sur le plan économique que militaire ou diplomatique. Le prochain lancement d’une zone industrielle russe en Égypte n’est que la dernière manifestation de ce partenariat stratégique. Diplomatie, tourisme, Défense, commerce… revue de détail d’une relation d’envergure globale.

L’Égypte est le premier partenaire économico-commercial de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Une relation privilégiée qui ne cesse de se renforcer, comme le démontre le lancement annoncé d’une zone industrielle russe en terre égyptienne.

Ce projet de grande envergure sera discuté à partir de ce 23 mai, lors de la 11e réunion de la Commission mixte russo-égyptienne pour la coopération commerciale, économique et scientifico-technique. Outre cet événement central, cette commission intergouvernementale discutera de plusieurs grands projets qui devraient voir le jour prochainement: la construction de la première centrale nucléaire en Égypte par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom), la livraison de 1300 wagons destinés au transport de passagers aux chemins de fer égyptiens, la modernisation de l’usine métallurgique de Helwan, sans oublier la reconstruction et la modernisation des installations destinées au stockage et au traitement du blé. Car faut-il le rappeler, la Russie est désormais le premier exportateur mondial de blé, devant les USA, tandis que l’Égypte représente le deuxième marché pour les exportateurs russes, derrière la Turquie.

Selon les prévisions du ministère russe de l’Industrie et du Commerce, d’ici 2026, les entreprises russes résidentes dans la zone industrielle spécialement créée en Égypte devraient produire des marchandises et services pour l’équivalent de 3,6 milliards de dollars annuels. La zone industrielle se trouvera sur un site de deux mille hectares à l’est de la zone économique spéciale de Port-Saïd. La totalité des investissements dans ce projet devra s’élever à 7 milliards de dollars et 35.000 nouveaux emplois devraient y être créés.

Autre sujet de satisfaction pour les relations russo-égyptienne: le tourisme russe au pays des pharaons. La Russie a en effet récemment réautorisé les vols directs russes à destination d’Égypte, qui avait été gelés après l’attentat contre l’avion transportant des touristes russes au-dessus du Sinaï, le 31 octobre 2015. Depuis, et sous stricte supervision des spécialistes russes, l’Égypte a considérablement amélioré ses mesures de sécurité, notamment dans ses aéroports, permettant aux deux pays d’ouvrir une nouvelle page dans le secteur touristique. Pour mémoire, avant la tragédie en question, les touristes russes étaient de loin les plus nombreux et les plus dépensiers en Égypte, bien devant les Britanniques, les Allemands ou encore les ressortissants du Golfe.

Mais là aussi, ce n’est pas tout. Sous l’impulsion des Présidents Poutine et al-Sissi, les deux nations augmentent considérablement leur coopération dans la sphère militaro-technique, sécuritaire et dans la lutte antiterroriste: les contrats sur la livraison d’armements russes signés en 2014-2015, dont le montant total dépasse les 3,5 milliards de dollars, le confirment pleinement. Ces livraisons comprennent notamment le système antimissile S-300VM («Antey-2500»), 50 chasseurs MiG-29M/M2, 46 hélicoptères d’attaque Ka-52K, vedette du projet 1242.1 équipée d’un système de missile antinavire «Moskit», entre autres.

Sur le plan politico-diplomatique, l’Égypte, le pays le plus peuplé du monde arabe, première puissance militaire arabe et africaine, majoritairement musulman sunnite, n’a pas caché son soutien à l’opération antiterroriste russe en Syrie. Elle a ainsi résisté aux pressions saoudiennes, un autre fort important partenaire économico-commercial de l’Égypte, afin de tenter d’infléchir l’approche égyptienne sur le conflit syrien en sa faveur.
Cette approche responsable du gouvernement égyptien a également largement contribué au renforcement des relations entre la Russie et l’Égypte, y compris au niveau des ministères de la Défense et des Services de sécurité. Une chose est certaine: Moscou et Le Caire continueront à interagir dans le cadre de leurs intérêts respectifs, aussi bien géopolitiques, géoéconomiques que sécuritaires.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805231036496267-zone-industrielle-russie-egypte/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand la présence russe en Centrafrique agace la France

 

Bangui

Le rapprochement Bangui-Moscou, suscite inquiétude et agitation dans les milieux politiques, diplomatiques et médiatiques occidentaux. La Centrafrique, longtemps considérée comme partie intégrante du «pré-carré» de l’Élysée, semble de plus en plus en route pour prendre en main son destin sans demander l’avis de l’ancienne métropole coloniale.

 

Depuis déjà quelques semaines, les principaux médias mainstream, dont France 24, Le Monde, RFI et d’autres ne cessent de commenter le rapprocher russo-centrafricain au grand dam des Occidentaux, notamment de Paris:

Cette inquiétude est d’autant plus justifiée que l’opinion publique centrafricaine donne largement raison aux instructeurs militaires russes, venus former les Forces armées centrafricaines (FACA) au maniement des armes livrées par la Russie. Dans un Vox Pop réalisé par la chaîne TV panafricaine Afrique Média TV dans la capitale de la RCA, les langues des citoyens centrafricains se délient:

Cerise sur la gâteau, cette opinion clairement anti-française et largement favorable à la Russie est loin de se limiter à la Centrafrique. Il suffit de poser ces mêmes questions n’importe où en Afrique, notamment francophone, pour s’en rendre compte. De Bamako à Abidjan, de Douala à Conakry, de Brazzaville à Niamey — partout, cette opinion est partagée.
Faut-il en être surpris? Aucunement. Violation constante de la souveraineté des pays africains, pillage des ressources naturelles, soupçons de viols sur mineurs — notamment en Centrafrique par les soldats français de l’opération Sangaris et la liste est loin, bien loin, d’être exhaustive.

Et la Russie? Son absence d’histoire coloniale en Afrique, son ferme soutien durant la Guerre froide aux mouvements africains de libération nationale, la formation de milliers de cadres africains dans le cadre de l’assistance et les succès récents de la politique extérieure russe — tout cela facilite largement le renforcement des relations russo-africaines, à l’heure du plein retour de la Russie postsoviétique en terre africaine.

Maintenant, parlons perspectives. Face à cette «révolte» politico-diplomatico-médiatique française face à «l’insolence» russe de venir mettre à mal la politique néocoloniale française et plus généralement occidentale, que va entreprendre la France? Il est assez clair que les forces spéciales françaises, tellement «efficaces» lorsqu’il est question de violer la souveraineté d’un pays africain, comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, n’oseront certainement pas attaquer directement des forces plus professionnelles qu’elles. Peut-on pour autant dire que leur capacité de nuisance est entièrement mise à zéro? Certainement pas. Les élites françaises, à l’instar des autres élites occidentales, vont certainement miser sur le financement de rébellions — existantes et nouvelles pour maintenir le chaos et entraver tout développement durable.

Comment réagir face à ces provocations? Le plus important selon moi, c’est de ne pas reculer. La Syrie, aujourd’hui un cas d’école, en représente certainement la preuve éclatante. Pour vaincre les forces néocolonialistes nuisibles, il faut rester debout, même lorsque l’ennemi pense qu’il est arrivé à son but. Évidemment, des alliés, et plus encore des alliés fiables, sont aussi un élément très important. Aujourd’hui, la République centrafricaine s’en rend compte chaque jour un peu plus. Les néocolonialistes, eux, peuvent continuer à fomenter de sales coups en prenant des calmants pour réduire leur stress, le fait est que face à des gens déterminés et surtout qui comprennent désormais les défis auxquels leurs nations font face, ils ne sauront vaincre. Le cadre multipolaire du respect de la souveraineté et de la dignité de chaque peuple s’impose. Et avec lui les nouvelles réalités. Dernier point: la rue africaine est aujourd’hui géopolitiquement clairement plus instruite que la rue européenne. Et cela aussi, c’est une garantie de la victoire à venir.

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Mikhail Gamandiy-Egorov