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Daech anéanti par l’armée syrienne et ses alliés. À qui le tour?

La ville d'Abou Kamal

Fin septembre 2015, la Russie intervient dans la lutte antiterroriste en Syrie à la demande du gouvernement légitime de ce pays, sous le feu des critiques occidentales. Alors que l’opération touche à sa fin, ses résultats parlent d’eux-mêmes.

C’est fait. La Syrie et ses alliés ont vaincu Daech et ses soutiens. La ville d’Abou Kamal, ville syrienne frontalière avec l’Irak, dans la province de Deir ez-Zor, a été reprise par les forces gouvernementales syriennes, avec le soutien de ses alliés.

Au-delà d’une grande victoire stratégique et de l’anéantissement de Daech en tant que «califat» qui s’était imposé en terre syrienne, rappelons plusieurs points importants:

Premièrement, le gouvernement syrien sort bel et bien vainqueur de cette terrible guerre, qui a été imposée à la Syrie par une large coalition, qui souhaitait réaliser des projets malsains aussi bien pour ce pays millénaire, que pour une région déjà tellement martyrisée. La secte rétrograde de Daech est vaincue. La population se trouvant en territoire sous contrôle gouvernemental dépasse les 90%.

S’ajoute à cela le retour de plus en plus visible des réfugiés syriens qui ont fui leur pays à cause du terrorisme et non pas «à cause d’Assad», comme le prétendaient les grands titres de la presse mainstream ces dernières années. Plus d’un demi-million de personnes sont déjà rentrées chez elle, a confirmé l’ONU.

Deuxièmement, le monde entier a été témoin des paroles et des actes des protagonistes de cette tragédie. Étant Russe, appartenant à la dernière génération née en URSS, ayant grandi à l’étranger et entendu tellement de fois que mon pays n’allait jamais se relever, je ne cache pas le malin plaisir de voir les russophobes de service se faire tout petits. Car il n’y a en effet pas grand-chose à dire: en deux années d’intervention en Syrie, dans un cadre strictement légal et respectueux de la souveraineté syrienne, la Russie a fait ce qu’une large «coalition» de pays, États-Unis à leur tête, n’ont pas fait en plus de trois ans, même en petite partie.

Deux questions en ressortent logiquement. Les USA et leurs alliés ne seraient-ils donc pas si forts et invincibles —comme le prétendaient leurs médias depuis la fin de l’URSS- que cela? Ou est-il simplement devenu flagrant que lesdites forces sont prêtes à utiliser des extrémistes de la pire espèce, massacrant des milliers d’êtres humains, dans le seul but d’arriver à réaliser leurs objectifs géopolitiques, en tentant d’éliminer une nation assumant pleinement sa souveraineté et refusant l’asservissement, d’où leur manque évident de volonté de combattre le terrorisme? Personnellement, j’opte pour les deux réponses. À chacun de tirer ses propres conclusions.

Une chose est néanmoins certaine: le monde entier a été témoin de l’efficacité des armes russes, ainsi que de la détermination de Moscou à briser la colonne vertébrale du terrorisme international, selon les termes employés par l’ex-chef des Forces aérospatiales de Russie Viktor Bondarev, désormais sénateur.

De plus, l’intervention russe a donné aux yeux de tous la vraie signification du terme «allié». Être un allié n’a absolument rien à voir avec les «valeurs» néocoloniales de certains, en vue d’imposer leur volonté sous le noble prétexte «d’intervention humanitaire». À bon entendeur… La conséquence à moyen terme de cette démonstration est que le nombre de pays de la région —et même bien au-delà- désireux de bâtir des relations fortes avec la Russie ne fera qu’augmenter.

Et si certains ont besoin de cours particuliers sur la façon d’anéantir une secte rétrograde et terroriste, armée jusqu’aux dents et ayant occupé plus de 70% du territoire d’un pays, ils peuvent s’adresser à la Syrie et ses alliés.

Et maintenant, à qui donc le tour? En Syrie, ce sont les derniers éléments d’Al-Qaida, eux aussi largement épargnés par la coalition occidentale, qui sont désormais dans le collimateur.

Car le néocolonialisme occidental, qui a vu l’un de ses bras armés en Syrie amputé, continue d’exister. Et c’est pourquoi la confrontation est loin d’être finie.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711101033821581-daech-syrie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Quand l’Iran et la Russie mènent la danse du monde multipolaire

Vladimir Poutine et Ali Khamenei

Énergie, commerce, mais aussi diplomatie internationale, autant de thèmes abordés au Sommet Iran-Russie-Azerbaïdjan qui vient de se clore. Un sommet qui a renforcé sur tous ces sujets le basculement vers un monde multipolaire, et dans lequel les rapports russo-iraniens jouent un rôle clé.

«Nous sommes en mesure de parer les sanctions américaines et d’isoler l’Amérique en renonçant au dollar pour le remplacer par nos devises nationales aussi bien lors de transactions bilatérales que multilatérales». Par ces mots prononcés après sa rencontre avec Vladimir Poutine l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d’Iran, donne la mesure des ambitions du Sommet Iran-Russie-Azerbaïdjan. La promotion d’un monde multipolaire —multilatéral, dit Ali Khamenei-, qui ne ferait plus des États-Unis et du dollar le pivot du monde et de son économie, était en effet le fil conducteur de ce sommet qui s’est clos à Téhéran le premier novembre.

Un défi qui requiert de solides qualités, selon Ali Khamenei: «Poutine est une personnalité forte, c’est justement pour cela qu’il est possible de coopérer avec la Russie sur les questions d’envergure qui demandent de la détermination et de la persévérance en tant que superpuissance. Et on peut coopérer avec elle d’une manière logique».

Cette plateforme, qui s’est tenue pour la première fois en 2016 à Bakou, capitale azérie, a abordé de nombreux thèmes d’intérêt pour L’Iran, La Russie et l’Azerbaïdjan. Citons notamment le projet de corridor de transport international «Nord-Sud», qui est parmi les canaux de transport les plus importants au monde du point de vue économique. Énergie, électricité, coopération pétrolière et gazière étaient eux aussi à la une des discussions.

En effet, ces trois nations sont des puissances déclarées en ressources pétrolières et gazières. Mais ce n’est pas leur seul point commun. Ainsi, l’Azerbaïdjan est un pays musulman laïque, ayant fait partie de l’Empire russe et de l’URSS (liens étroits avec Moscou), turcophone (liens étroits avec Ankara) et dont les 85% des plus de 94% de musulmans du pays sont chiites (similitude évidente avec l’Iran voisin). Ajoutez à cela des liens économico-commerciaux étroits aussi bien avec la Russie, l’Iran et la Turquie et vous commencerez à comprendre le puzzle qui se forme.

Pour en revenir aux relations entre la Russie et l’Iran, soulignons que Moscou et Téhéran ont signé un mémorandum portant sur les livraisons de gaz iranien à destination de l’Inde, projet dans lequel le géant gazier russe Gazprom compte s’engager. À ce titre, Aleksandr Novak, ministre russe de l’Énergie, a affirmé que Gazprom prévoyait de participer à l’extraction du gaz iranien et de construire un gazoduc en Inde d’une longueur de 1.200 kilomètres. Les gisements spécifiques sur le territoire iranien seront déterminés dans le cadre d’étude de faisabilité du projet. L’autre géant russe, le pétrolier Rosneft, prévoit lui aussi d’élargir considérablement sa participation dans des projets en territoire iranien.

L’énergie n’a toutefois pas été le seul point de convergence entre Moscou et Téhéran. Le président iranien Hassan Rohani, qui a discuté en détail avec Vladimir Poutine de la Syrie, a déclaré que «la coopération entre l’Iran et la Russie se poursuivra jusqu’à la victoire complète sur le terrorisme». Il a ajouté «qu’il est très agréable qu’outre leurs relations bilatérales, nos deux pays jouent un rôle important dans la garantie de la paix et de la stabilité dans la région». Hassan Rohani soulignait ainsi que la Russie et l’Iran sont les acteurs clés dans la lutte contre le terrorisme salafiste et dans la résolution du conflit syrien.

Cela s’est traduit par les victoires sur le terrain, où la secte de Daech vit ses dernières heures. Un groupe qui contrôlait plus de 70% du territoire national syrien il y a deux ans de cela, avant que les Forces aérospatiales russes n’interviennent. Le rôle positif de la Russie et de l’Iran dans la région se traduit aussi au niveau diplomatique avec les pourparlers d’Astan, bien plus efficaces, y compris en ce qui concerne l’aspect humanitaire, que ceux de Genève. Des pourparlers auxquels s’est également jointe la Turquie, l’autre puissance eurasienne qui s’éloigne progressivement de son «entourage» atlantiste.

Une situation sur laquelle peu de monde aurait parié en 1992 et même au début des années 2000, tant l’Occident politico-économico-médiatico-militaire paraissait invincible. Tout a changé aujourd’hui. Et les gesticulations des élites atlantistes ne changeront pas grand-chose au processus déjà lancé, dans lequel des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie, la Turquie, l’Inde, plusieurs pays ex-soviétiques d’Asie centrale et tous ceux qui souhaiteront se joindre à eux décideront de la marche à suivre, sans pour autant l’imposer aux autres, y compris à ceux qui préféreront encore jouer les suiveurs de Washington.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711031033731410-iran-russie-azerbaidjan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’interaction militaire russo-indienne a le vent en poupe

Indra 2016. File photo

Dans un monde en plein changements et face à de nombreux défis, il y a aussi de la constante. A ce titre, les liens unissant Moscou et New-Delhi ont non seulement réussi à rester stables, mais ne cessent aussi d’aller de l’avant. Le tout dans un cadre multipolaire du monde.

L’interaction des deux pays dans plusieurs secteurs date de plusieurs dizaines d’années, l’URSS et la République indienne libérée du colonialisme britannique partageant des relations fortement amicales. Il y a quelques années étant de passage dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba, lors d’un échange avec un diplomate indien ce dernier m’avait confirmé cet aspect des relations bilatérales en allant même jusqu’à rappeler à titre d’anecdote que pour beaucoup d’Indiens et de Russes, l’Inde était presque considérée comme une république soviétique tellement l’interaction était importante.

A l’heure actuelle, rien ne semble pouvoir modifier ce rapport, bien que les tentatives émanant d’intérêts purement extérieurs à l’Inde ou à la Russie aient loin d’avoir manqué. En effet, les échanges dans les domaines politique, économique et culturel se développent à un rythme plus qu’encourageant. Les leaders des deux pays ont d’ailleurs annoncé l’objectif d’atteindre l’équivalent de 30 milliards de dollars d’échanges annuels vers 2025. Quant au secteur stratégique de la Défense, les deux pays partagent une coopération de premier choix. Faut-il rappeler que l’Inde au cours des dernières années occupait la première place au niveau mondial en termes d’import d’armement et que dans ce rapport la Russie reste le fournisseur principal des forces armées indiennes?

En effet et pour la seule année dernière, l’Inde a acheté à la Russie pour 1,2 milliards de dollars et continue traditionnellement de rester le principal acheteur d’armements russes au niveau planétaire (devant la Chine et l’Algérie pour l’année 2016). Autres chiffres importants à savoir: plus de 70% des chars, automoteurs d’artillerie, avions de chasse, bombardiers, lance-roquettes multiples, hélicoptères, frégates, sous-marins, systèmes de défense côtière, etc… exploités au sein des forces terrestres, aériennes et navales de l’Inde sont de production russe ou soviétique. Et à ce jour, 40% des équipements de l’armée indienne ont soit été fabriqués en Russie, soit sous licence russe dans les usines locales. Dans l’aviation cette part est de 80%, dans la flotte 75%.

Par ailleurs, les deux pays ne se limitent pas aux transactions purement commerciales dans ledit domaine mais mènent régulièrement des exercices interarmées. Les touts récents, Indra 2017, viennent de se clôturer à Vladivostok: dans l’Extrême-Orient russe.

Pour rappel, la Russie avait également mené récemment des manœuvres conjointes avec les forces armées chinoises en mer Baltique, aux larges de ses frontières occidentales, à la grande colère de l’Otan qui pourtant ne se gêne pas à accroitre ses effectifs armés aux frontières russes. Tout cela pour dire, que l’Inde, comme la Chine et la Russie, est résolument tournée au soutien à la multipolarité que certains s’obstinent encore à ne pas vouloir reconnaitre. Et toutes les histoires sur les prétendus « tensions » entre New-Delhi et Pékin ne changent rien au fait que leur interaction reste au beau fixe, y compris dans des organismes tels que les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), avec l’appui effectif de la Russie.

Une chose est certaine: les rapports russo-indiens, comme russo-chinois, gardent leur dynamique positive. Et cela est plus que jamais important aujourd’hui, face au danger du terrorisme international, complice avec ceux qui pensent toujours pouvoir le contrôler dans le but d’atteindre leurs objectifs géopolitiques. Le monde, ou du moins sa part majoritaire, n’acceptera plus le diktat unipolaire arrogant d’une extrême minorité. Et qui d’autant plus ne cesse de perdre la confiance de ses propres citoyens dans l’espace géographico-civilisationnel concerné.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710301033666961-russie-inde-indra/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La carte kurde ne fonctionnera pas

Drapeau des YPG à Raqqa. Archive photo

L’intervention antiterroriste russe en Syrie a anéanti les plans de nombreux lobbies opposés au gouvernement syrien. À tel point qu’aujourd’hui les dites «élites» ne se font plus d’illusions quant à la chute voulue d’Assad. Restent les USA, qui tentent de jouer leur dernière carte avec leurs mercenaires kurdes…

Avant le 30 septembre 2015, date à laquelle la Russie débute son opération antiterroriste en terre syrienne à la demande officielle du gouvernement de ce pays, les représentants des élites politico-médiatiques occidentales donnaient quelques semaines, tout au plus quelques mois avant que la chute du Président Assad, qu’ils espéraient tellement, ne devienne réalité. Et ce malgré la persévérance des soldats de l’armée syrienne, qui résistaient courageusement aux assauts des terroristes de plusieurs dizaines de pays, armés de façon la plus sophistiquée qui soit (pour des pseudos «rebelles») et financés généreusement par une large coalition de pays: occidentaux et du Golfe.

Aujourd’hui, tout est différent. Très différent. Assad a tenu mais c’est loin d’être tout: l’armée nationale contrôle désormais non seulement la Syrie dite «utile» (les cinq plus grandes villes du pays et la zone côtière), mais étend son contrôle jusqu’à l’est désertique, en passe d’éliminer une bonne fois pour toute les derniers éléments de la secte de Daech présents en terre syrienne, avec le soutien de ses alliés. Tout va pour le mieux donc en ce sens même s’il a fallu faire des sacrifices certains pour anéantir cette présence terroriste, se comptant par dizaines de milliers.

La suite? Reconstruction prévue du pays, avec le soutien là aussi des pays-alliés, et retour progressif à une vie pacifique avec la contribution indéniable des pourparlers d’Astana. Le souci principal est que les États-Unis souhaitent faire retarder à tout prix ce processus, sachant que leur projet de départ est tout simplement tombé à l’eau. Le gouvernement syrien est au meilleur, Daech va perdre, Al-Qaïda aussi. Les autres éléments extrémistes d’obédience salafiste ont eux aussi été éliminés, soit ont décidé de déposer les armes et bénéficié de l’amnistie offerte par les autorités du pays. Enfin, les éléments armés sous influence turque se sont joints au processus de paix dans le cadre d’Astana. La tentative américaine d’occuper, avec ses mercenaires islamistes, de larges zones au sud de la Syrie à partir de la Jordanie est elle aussi tombée à l’eau. La Jordanie se voit même dialoguer désormais de plus en plus avec Damas et les relations commerciales reprennent peu à peu entre les deux pays.

Que reste-t-il donc à l’establishment américain? À l’instar de l’Irak: la carte kurde. Les pseudos Forces démocratiques syriennes (FDS), composés majoritairement de combattants kurdes, contrôlent une partie du nord syrien et tentent de se tailler une part du «gâteau» dans la province de Deir ez-Zor, pourtant peuplée très majoritairement d’habitants arabes. Si jusqu’ici les affrontements entre l’armée gouvernementale syrienne et les FDS étaient assez sporadiques, la priorité de Damas étant l’anéantissement de Daech, ce dernier a déjà fait savoir qu’en cas de nécessité l’armée nationale n’hésiterait pas à affronter les troupes kurdes pro-US.

Le problème kurde est complexe. Peuple ancien, reparti entre des territoires de plusieurs pays, et surtout désuni, d’où la manipulation dont il continue d’être lui-même la victime. Et vraisemblablement cette dernière carte kurde dont tente de profiter Washington sera elle aussi perdante.

Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il suffit d’observer les événements récents en Irak voisin lorsque les troupes de Bagdad avec le soutien de hauts conseillers iraniens, ont tout simplement forcé les Peshmergas kurdes à se retirer (et très rapidement) de la province de Kirkouk, riche région pétrolière irakienne. Il ne fait aucun doute que la région syrienne de Deir ez-Zor, à large prédominance arabe, connaîtra (si nécessaire) le même scénario, étant donné la détermination du gouvernement syrien et de ses alliés.

Que pourraient faire alors les USA? Eh bien pas grand-chose. Si on analyse les événements dans le sud syrien, à la frontière avec la Jordanie, on se rappellera bien que les forces US, qui se trouvent pour rappel illégalement en terre syrienne car non invitées, ont tenté à un certain moment de stopper par les armes l’avancée des troupes pro-gouvernementales. En vain. Résultat: les mercenaires islamistes pro-américains se sont faits encerclés par les forces de Damas dans ladite zone sans pratiquement aucune possibilité de mouvement. Et que d’autre part, les États-Unis seront forcés, à un moment ou à un autre, de quitter le territoire syrien, Daech étant pratiquement éliminé (la raison avancée par Washington de sa présence) et la diplomatie russe étant déterminée à obtenir ce départ.

Dernier point tout aussi important: la solidarité observée de la part de plusieurs pays de la région face à ce problème. En effet, non seulement Damas, Bagdad et Téhéran sont unis face à ce projet «kurde» de Washington et Tel Aviv, mais Ankara aussi affiche tous les instruments nécessaires en vue d’anéantir toute tentative en ce sens: aussi bien par la voie militaire que via les leviers économiques qui ne manquent pas.

Solution? Les Kurdes de Syrie, comme d’Irak, doivent s’asseoir rapidement à la table des négociations avec Damas et Bagdad, et trouver le consensus qui arrangerait tout le monde. La Russie est d’ailleurs prête à y contribuer. Au vu des déclarations récentes de plusieurs responsables kurdes (syriens comme irakiens), cette option commence à être de plus en plus privilégiée. Quant aux éléments armés les plus radicaux, pensant que Washington les soutiendra jusqu’au bout, ils devraient se préparer au combat duquel ils sortiront perdants, ou à faire leurs valises.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710231033574242-syrie-carte-kurde-assad-russie-usa/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Turquie bascule à l’Est, l’Ouest s’alarme

La Turquie bascule à l’Est, l’Ouest s’alarme

Jamais les tensions n’ont été aussi vives entre la Turquie et ses alliés de l’Otan. Tant l’Europe que les États-Unis s’inquiètent du tournant qu’opère Ankara en direction de la Russie. Une stratégie qui renforce le camp de la multipolarité et qui déplace les équilibres géostratégiques vers l’Est, ce que l’Ouest ne peut tolérer.

Les tensions entre alliés de l’Otan semblent passer au stade supérieur. En effet, après la vive opposition entre Ankara et plusieurs capitales de l’UE, le ton se dégrade aussi entre la Turquie et Washington, au point que certains politiciens et experts étasuniens appellent ouvertement à sanctionner la République turque.

En effet, si les derniers mois ont été caractérisés par une rhétorique ouvertement hostile entre Ankara et Bruxelles, Washington avait préféré garder un ton plus ou moins «neutre», qui n’est plus de mise. L’hostilité de Washington envers son «allié» turc est patente et comme par hasard la Russie y est encore pour quelque chose, mais pas seulement.

À lire et entendre les représentants de l’élite politico-médiatique occidentale, la Turquie s’engagerait dans une très «mauvaise voie». «Autoritarisme, islamisme, trahison des valeurs otaniennes, cap à l’Est», etc. telles sont les nombreuses accusations qui fusent depuis quelque temps à l’encontre de la Turquie. Essayons d’y voir plus clair.

Il est exact que les idées du néo-ottomanisme sont de plus en plus populaires depuis que le parti de Recep Tayyip Erdogan, l’AKP, est arrivé au pouvoir en Turquie. La religion joue également un rôle plus important pour une partie de la société turque, bien que la Turquie reste officiellement un État laïc. Une partie du leadership turc s’était à un moment radicalisé, au point de vouloir transformer ses rêves en actes. Cela s’est notamment traduit par une action fortement néfaste dans les premières années de conflit en Syrie et une détérioration évidente des relations stratégiques turco-russes, surtout au moment de la crise entre les deux pays en novembre-décembre 2015, gelant par la même occasion ces relations pour près de six mois.

Mais ces actions étaient alors vivement saluées par les alliés otaniens de la Turquie, à partir du moment où cela pouvait servir à faire tomber le président Bachar al-Assad en Syrie (un échec) ou à frapper les intérêts russes. Objectivement, à partir de quand les relations Turquie/Occident ont-elles commencé à se détériorer? Réponse: précisément à partir du début de la normalisation des relations turco-russes, lorsque le président Erdogan s’est décidé à présenter des excuses officielles à la Russie pour l’avion abattu dans le ciel syrien fin novembre 2015. Pour les élites occidentales, il est alors devenu clair que cette normalisation allait complètement à l’encontre de leurs intérêts et de leur politique du chaos, aussi bien en Syrie qu’ailleurs dans la région.

Que se passe-t-il par la suite? La tentative de coup d’État en Turquie. Le timing est important: Ankara présente ses excuses à Moscou fin juin 2016, la tentative de putsch est déclenchée les 15 et 16 juillet 2016. Vraisemblablement, les élites occidentales et leurs agents sur place ont préféré ne pas perdre de temps et reprendre rapidement l’initiative. Le souci pour leurs projets, c’est que les citoyens turcs dans leur majorité ne se sont pas laissés faire. Partisans d’Erdogan ou non, ils sont descendus en masse dans les rues de plusieurs villes en vue de défendre la démocratie et la souveraineté de leur pays. La suite est connue: une nette détérioration des relations avec l’Occident, le retour au partenariat stratégique avec la Russie et plus généralement avec le grand espace eurasiatique, dont la Turquie fait partie intégrante.

Bien sûr, les très importants intérêts économico-commerciaux qui lient la Turquie à la Russie ne sont pas étrangers au désir de reprendre ledit partenariat stratégique, mais ce n’est pas tout. Le soutien officiel accordé par Moscou à la Turquie au moment de la tentative de putsch a montré définitivement aux dirigeants et à beaucoup de citoyens turcs sur qui ils pouvaient compter dans les moments difficiles, et qui n’était pas fiable, même si ces derniers sont encore considérés comme des «alliés» officiels.

Cette séquence a eu plusieurs conséquences directes, à commencer par une nette diminution de la rhétorique anti-Assad du côté du gouvernement turc et une participation active aux côtés de la Russie et de l’Iran au processus d’Astana. Celui-ci a permis, depuis fin décembre, de lancer les premières bases d’une solution pacifique dans la crise syrienne et d’intensifier la lutte contre le terrorisme, qui est actuellement en phase finale. Nous avons même assisté à des frappes conjointes russo-turques contre Daech dans le nord syrien, une première dans les relations entre la Russie et un pays membre de l’Otan.

Cerise sur le gâteau, Ankara a confirmé l’achat du système antimissile russe S-400, provoquant la colère aussi bien de Washington que de Bruxelles, qui depuis ne cessent d’exiger des comptes sur les motivations de la Turquie, notamment sur son avenir au sein de l’alliance nord-atlantique.

Ajoutez à cela les projets à grande valeur ajoutée que sont le gazoduc Turkish Stream et la centrale nucléaire d’Akkuyu ou les innombrables rencontres Poutine/Erdogan depuis la confirmation de la normalisation et vous comprendrez l’inquiétude des élites occidentales, alors que la Russie déjà a forgé une alliance stratégique avec la Chine, un autre concurrent affirmé des partisans de l’unipolarité.

Tout récemment, l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder a estimé qu’il était «vital pour l’UE d’empêcher la Russie et la Turquie de se détourner de l’Europe au profit de l’Asie», et notamment en direction de la Chine. Bien que Schröder soit certainement l’une des rares voix sages de l’Europe bruxelloise, il semble que son conseil arrive bien tard. Les trois pays ont leur avenir dans l’espace eurasiatique, dans lequel l’UE n’a aucune place tant qu’elle n’aura pas retrouvé une souveraineté digne de ce nom.

Pour le reste, les relations Chine-Russie ou Russie-Turquie correspondent parfaitement aux intérêts nationaux de chacune de ces nations, et les tensions géopolitiques avec l’Occident n’ont fait que leur donner qu’un coup de pouce supplémentaire. Concernant l’avenir de la Turquie, la Russie, comme d’ailleurs la Chine, considère que c’est uniquement aux citoyens turcs de décider de leur avenir et c’est là toute la différence avec l’Occident politico-médiatique. C’est pourquoi les Turcs, à l’instar de beaucoup d’autres peuples du monde, continueront à regarder de moins en moins à l’Ouest et à opter pour le Nord-Est.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710191033527137-turquie-otan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

À terme une base russe au Venezuela?

Le président vénézuélien Nicolas Maduro est arrivé en visite officielle en Russie

Alors que les États-Unis et son bras droit l’Otan possèdent des dizaines de bases militaires à l’étranger, le temps approche vraisemblablement pour mettre un peu d’ordre dans le secteur.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro est arrivé en visite officielle en Russie. D’une part pour rencontrer de nouveau le leader russe et de l’autre pour prendre part à la Semaine énergétique de Russie 2017. Si l’accent de la rencontre a été mis sur l’amitié qui unit les deux pays et les nombreux domaines d’intérêts réciproques, notamment dans le secteur énergétique, il n’en demeure pas moins que la sphère de la Défense reste elle aussi une orientation prioritaire dans les relations russo-vénézuéliennes, de même qu’avec d’autres pays latino-américains.

Juste avant son départ pour Moscou, le leader du Venezuela avait déclaré: «Je vais avoir une réunion de travail très importante avec le président Vladimir Poutine. Très importante pour l’avenir de la coopération financière, technologique, agricole et militaire entre la Russie et le Venezuela». À noter que la visite de Maduro à Moscou est la première étape d’une tournée dans trois pays: Russie, Biélorussie, Turquie. Les médias occidentaux n’ont évidemment pas pu manquer l’occasion de dire que c’était une «tentative du Venezuela de sortir de l’isolement imposé par la communauté internationale»… À ce niveau rien de nouveau côté mainstream occidental. De la même manière depuis 3 ans ces mêmes médias s’acharnaient à parler de la prétendue «isolation» de la Russie et restent maintenant bouche bée en observant les leaders des quatre coins du monde faire pratiquement la queue pour atterrir dans la capitale russe, y compris les alliés encore déclarés du camp atlantiste. À ce titre le tout récent reportage de BFM TV sur la venue du roi saoudien en Russie (la première visite officielle d’un monarque saoudien en terre russe), qui a suivi l’arrivée du président Maduro, avec une délégation de près de 1000 personnes a fait bien sourire, surtout les mots de la fin:

http://bfmbusiness.bfmtv.com/mediaplayer/video/benaouda-abdeddaim-moscou-va-accueillir-le-roi-slamane-d-arabie-saoudite-0310-987509.html

Dans le cas du Venezuela, il est aussi ridicule de parler d’un quelconque isolement, sachant que plusieurs pays d’Amérique latine n’ont pas manqué d’afficher leur soutien à Caracas face aux pressions occidentales. Ajoutez à cela le soutien officiel de Moscou, Pékin et Téhéran et il devient réellement absurde qu’une communauté représentant moins de 10% de la population terrestre puisse encore s’autoproclamer «communauté internationale»… Passons.

Au-delà de la rencontre très constructive Poutine-Maduro et du renforcement de l’alliance qui caractérise les deux pays, l’heure est effectivement à l’intensification du partenaire bilatéral. Ainsi, Rosneft et Gazprom se voient offrir de nouvelles opportunités d’affaires sur le sol de la République bolivarienne (le premier y étant déjà très actif). Pour rappel aussi: la Russie et le Venezuela font partie du comité chargé par l’OPEP d’assurer le suivi de l’accord passé entre les pays membres du cartel pétrolier pour réduire l’offre et stabiliser les prix du brut.

Mais en supplément des accords économiques et énergétiques qui caractérisent les relations entre les deux nations, l’interaction dans le secteur de la Défense est effectivement appelée elle aussi à croître, surtout au moment où la rhétorique agressive émanant de Washington en direction de Caracas et d’autres capitales de cette région du monde ne fait que s’intensifier.

Pour rappel, plusieurs hauts cadres du ministère russe de la Défense, y compris le ministre Choïgou, avaient déclaré à maintes reprises que la Russie avait entamé une série de négociations en vue de retrouver des bases militaires à l’étranger, utilisées dans le passé par l’URSS, voire en créer de nouvelles. En Asie, c’est le Vietnam qui a été mentionné. En Amérique latine: Cuba, le Nicaragua et le Venezuela, notamment.

À noter qu’actuellement la présence militaire russe en dehors des frontières nationales se trouve principalement chez les alliés de l’étranger dit «proche» d’ex-URSS: Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Abkhazie, Ossétie du Sud, République moldave du Dniestr. La Syrie, bien qu’alliée de longue date mais considérée comme faisait partie de l’étranger «lointain» est un peu l’exception à la règle. Mais soyons honnêtes: même si cette présence devait s’élargir aux pays d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine mentionnés (voire à d’autres), elle resterait inférieure en terme de nombre par rapport aux bases militaires américaines et plus généralement occidentales de par le monde. C’est un fait. Et c’est pourquoi la rhétorique d’une Russie «agressive», venant de la part de ceux qui ne négocient même pas mais imposent leur présence à différents endroits de la planète, fait sourire.

En ce qui concerne le cas particulier du Venezuela, il faut savoir qu’il est plus que probable que l’opposition locale (libéraux + extrême-droite) soutenue depuis Washington et plusieurs capitales occidentales fera de son mieux pour bloquer tout accord russo-vénézuélien en la matière. Mais plus les atteintes à la souveraineté vénézuélienne se poursuivront de la part de ceux qui se sont un peu trop habitués à dicter leur volonté, plus Caracas aura la détermination de la protéger par un renforcement des alliances existantes. Et probablement, il ne sera pas le seul. Le reste à suivre.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710061033353868-venezuela-russie-maduro-poutine/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Syrie: la fin de ce «califat» en stade terminal

Syrie: la fin de ce «califat» en stade terminal

Un virus dangereux devrait généralement demander des mesures efficaces et coordonnées. Mais lorsque certains manquent cruellement à l’appel, voire contribuaient à développer ledit virus dans le but d’atteindre des résultats purement égoïstes et très mal intentionnés, il est évident que quelqu’un devait y mettre un point.

Et ce point sera mis sous peu. La ville-martyre syrienne de Deir ez-Zor, sous le joug des terroristes de Daech depuis maintenant trois ans, retrouvera sous peu la pleine liberté. En effet, l’encerclement imposé par les terroristes takfiristes aux civils et aux troupes d’élite de l’armée syrienne, qui résistaient dans une partie de la ville depuis toutes ces années, est désormais rompu. Les choses se sont accélérées plus rapidement que prévu. L’Armée arabe syrienne et ses alliés vont donc non seulement poursuivre le nettoyage anti-terroriste aux abords et à l’intérieur de la ville (capitale de l’Est syrien), mais plus généralement dans toute la province éponyme (riche en hydrocarbures).

Question: où sont-ils, tous ces «braves» experts qui prétendaient depuis le début de l’opération antiterroriste russe en Syrie que la Russie et le gouvernement syrien ne combattaient pas Daech, mais «l’opposition» prétendument «modérée»? Où sont-ils aujourd’hui? Heureusement (ou dommage?) que la honte ne tue pas. Une chose est néanmoins certaine: ces personnes ont perdu toute légitimité à commenter les questions d’actualité internationale. Toute leur propagande du mainstream accusatoire visant aussi bien le leadership syrien que ses alliés, dont évidemment la Russie, en traitant par la même occasion toutes les informations alternatives de «vulgaire propagande» s’est écroulée comme un château de cartes face à la réalité sur le terrain. Dans un précédent article, nous avions posé la question de savoir comment se faisait-il que la prétendue coalition des USA & consorts, qui agissait illégitimement en Syrie sous prétexte de combattre Daech et en ayant à sa disposition bien plus d’armements que la Russie (qui n’a commencé à agir que fin septembre 2015, suite à la demande officielle du gouvernement syrien), n’ait obtenu aucun résultat notable dans cette prétendue guerre que ladite coalition aurait soi-disant déclaré au terrorisme. Évidemment, nous n’aurons probablement jamais de réponse digne de ce nom de la part des instigateurs de tout ce chaos, qui adorent s’autoproclamer «communauté internationale», n’étant par la même occasion que la communauté occidentale (moins de 10% de la planète), et de certains suiveurs qui souvent malgré eux sont forcés de se conformer aux prérogatives néocoloniales de ce cercle vicieux.

Mais, au final, a-t-on réellement besoin de leur réponse? Il est probablement à penser que non. L’essentiel étant que le prétendu califat de Daech vit ses derniers jours en terre syrienne. Bien sûr et malheureusement le terrorisme ne disparaîtra pas avec l’élimination de Daech en Syrie. Mais le virus en question a perdu une vigueur plus que notable dans cette guerre face aux forces qui ont pris leurs responsabilités non seulement pour protéger leurs propres foyers, mais aussi ceux de l’écrasante majorité de l’humanité. C’est ce que retiendra l’histoire et c’est l’essentiel.

Quant aux forces «jouant» avec les terroristes et instigatrices de chaos à divers endroits de la planète, il faudrait probablement qu’elles retiennent deux points. La nouvelle réalité mondiale n’est plus un rêve ou un mythe, c’est une réalité indiscutable. Et d’autre part, le temps de l’impunité arrive à son terme. Ce qui signifie la chose suivante: le mal que certains avaient voulu (de loin pas la première fois) utiliser pour atteindre leurs objectifs géopolitiques et géoéconomiques se retourne déjà activement contre ses créateurs, avec les conséquences qui en découlent. Et les responsables de ces injustices et du chaos au niveau planétaire risquent bien de finir par rendre des comptes, aussi bien à leurs propres citoyens, qu’au reste de l’humanité qu’ils ont si longtemps méprisé. Game over, «partners».

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709051032926411-syrie-daech-deir-ez-zor/

Mikhail Gamandiy-Egorov