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L’Afrique à la croisée des chemins dans un monde multipolaire

Dans une réalité en constante ébullition et à l’heure d’une confrontation géopolitique de plus en plus marquée entre les partisans de la multipolarité et les nostalgiques de l’ère unipolaire, plusieurs régions du monde observent, analysent, et entrevoient les actions à adopter dans le cadre de leurs intérêts. L’Afrique ne fait pas exception.

Selon le quotidien bulgare Douma «pendant que l’Europe coopère avec le continent africain par soi-disant clémence, des pays comme la Chine et l’Inde font preuve de relations d’égal à égal ». Et se pose par la même occasion la question: «quelle approche, occidentale ou orientale, serait plus attractive pour les Africains?».

Ledit média mentionne par ailleurs plusieurs points fortement importants. Notamment que le continent africain, malgré les défis existants et évidents, peut se vanter de perspectives fortement intéressantes, y compris dans le cadre des changements observés sur l’arène internationale. En effet, nombre d’experts estiment que les pays du continent africain sont capables d’une percée économique impressionnante semblable à celle qu’a pu réaliser l’Asie du Sud-Est. La population du continent croît rapidement et la part de la population en âge de travailler est déjà la plus importante au niveau de toutes les régions du monde. Et que dans des conditions favorables, la croissance économique de l’Afrique pourrait dépasser les attentes les plus audacieuses.

Pendant ce temps, le combat pour l’influence géoéconomique, mais également géopolitique, sur le continent si longtemps montré par des clichés au niveau du mainstream médiatique occidental, ne cesse de croître également. Plusieurs raisons peuvent être avancées à cela: les perspectives fortement intéressantes pour les pays africains sur le moyen terme, y compris celles avancées ci-haut, mais également une vision fortement, voire radicalement, différente sur l’avenir du monde entre les partisans de la multipolarité et de l’unipolarité. Les derniers souhaitant imposer via le réseau du système néocolonial préétabli, et s’il le faut par la force, leur agenda aux pays africains. Les partisans de la multipolarité privilégient quant à eux une interaction misant sur le respect de la souveraineté des Etats et des traditions respectives, sans la fameuse mentalité de donner des leçons – tout en pensant pour autant à leurs intérêts de façon logique et pragmatique.

C’est d’ailleurs le cas de la Chine, premier partenaire économico-commercial du continent africain en tant qu’Etat, qui bien souvent accusée par l’establishment politique et médiatique occidental de pratiquer une conquête agressive en Afrique afin d’imposer sa domination mondiale, en réalité correspond justement à une vision pragmatique des relations internationales. A savoir que Pékin ne force personne de vivre et de penser à sa manière, mais est prêt à se battre dans la pure concurrence dans le cadre de ses intérêts, notamment économiques. L’Inde représente également un cas intéressant. Troisième partenaire économico-commercial de l’Afrique, dont les échanges avec le continent fin 2019 représentaient 65 milliards d’équivalent de dollars.

Bien que l’approche indienne se diffère de l’approche chinoise dans nombre de secteurs et de façon générale, New Delhi met également un fort accent sur le respect de la souveraineté. Pendant ce temps, d’autres acteurs renforcent également leurs positions. La Russie a fait son plein retour en Afrique et poursuit le processus engagé. Ou encore la Turquie, qui a elle aussi connu une forte progression des échanges avec les pays africains au cours des 5-10 dernières années. Faisant le bonheur de nombreux habitants du continent africain souhaitant voir des puissances non-occidentales renforcer les liens avec leurs pays et leur continent. Tout en stimulant la concurrence et donc l’attractivité des conditions offertes par chaque acteur.

Evidemment, l’Occident ne reste pas les bras croisés. Observant le développement sans précédent des relations entre l’Afrique et les puissances non-occidentales – ayant pour la plupart lancé ouvertement le défi à l’unilatéralisme si désiré par l’élite occidentale, cet Occident tente par tous les moyens de reprendre la main. Que ce soit les Etats-Unis, pour qui l’un des objectifs majeurs officiellement déclaré sur la scène internationale est d’empêcher la poursuite de montée en puissance de la Chine et de la Russie, y compris en Afrique. La France qui bien que maintenant encore son réseau françafricain, voit son influence aller en chute libre au niveau de la société civile africaine, surtout appartenant aux pays d’Afrique francophone. Le Royaume-Uni tente de maintenir sa propre influence au niveau des pays anglophones du continent, là aussi bien souvent sans le succès recherché. L’Allemagne quant à elle essaie de se frayer son propre chemin.

Mais le plus important probablement à dire dans ce paradigme de lutte géopolitique et géoéconomique, c’est que l’Afrique doit comprendre qu’elle fait désormais partie intégrante du monde multipolaire. Et qu’elle possède, à terme, tous les moyens pour s’imposer comme un bloc majeur d’influence dans cette réalité relativement récente. C’est n’est évidemment pas ce que l’Occident souhaitait pour l’Afrique. Pas plus que pour les autres blocs du monde, qu’ils soient d’Eurasie ou d’Amérique latine. Mais l’histoire mondiale suit son cours. Les événements contemporains aussi. Et en ce sens la minorité occidentale devra l’accepter. Plus particulièrement les élites occidentales et pas tant les peuples qui pour nombre d’entre eux approuvent le concept multipolaire.

Lorsque cette réalité sera acquise pour une large part des pays africains, il sera également important à bâtir une véritable unité africaine, tellement voulue et rêvée par les grands leaders du continent: de Lumumba à Sankara, de Mandela à Kadhafi et par beaucoup d’autres grands noms. Tout en s’organisant à bâtir une capacité réelle de défense commune de la souveraineté – car si aujourd’hui nombre de pays africains ont cette capacité, ce n’est pas malheureusement pas le cas de tout le monde. Et dans le cadre de cette véritable souveraineté et d’appartenance de plein droit au monde multipolaire en qualité de bloc puissant, les nations africaines sauront choisir les partenaires stratégiques externes au continent dans l’objectif d’une coopération qui saura tenir compte des intérêts de chaque partie impliquée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/402

Washington n’obtient pas les sanctions onusiennes contre l’Iran

Malgré un intense travail de plusieurs mois en termes de lobbying et de pressions multiples, Washington n’a pas réussi à réaliser l’un de ses principaux objectifs à l’international du moment : celui de faire prolonger l’embargo sur les armes contre l’Iran et à relancer des sanctions onusiennes à son encontre.

Pour la République islamique, il s’agit évidemment d’un succès. D’ailleurs, lors de son allocution à la 75ème session de l’Assemblée générale des Nations unies par visioconférence depuis Téhéran, le président iranien Hassan Rohani n’a pas manqué de pointer du doigt la politique étasunienne. Il a notamment déclaré «que les Etats-Unis ne peuvent nous imposer ni des négociations, ni une guerre», soulignant pour que pour le monde, il est aujourd’hui temps de dire «non» aux brimades et à l’arrogance. Tout en ajoutant que «la vie est dure sous sanctions, mais encore plus difficile sans indépendance», accentuant ainsi sur la détermination iranienne à ne pas céder face aux pressions et sanctions US.

En effet, le dossier sur lequel misait tellement l’establishment washingtonien résonne comme un échec évident. D’ailleurs, nombre de médias occidentaux ont fait état de l’échec américain dans ce dossier, ainsi de que de « la fracture sans précédent entre les Etats-Unis et l’Europe à l’ONU». 

Pour le leadership iranien, il s’agit évidemment d’une victoire, tant sur le plan extérieur qu’intérieur. En conseil des ministres, le chef d’Etat iranien le confirme: «La nation iranienne a remporté un grand succès politique, juridique et diplomatique aux Nations unies. La raison de cette victoire réside uniquement dans l’adhésion et la résistance du peuple (…) La grandeur de l’Amérique s’est effondrée, tout comme l’hégémonie mondiale dont ils pensaient disposer».

En parlant maintenant de perspectives, évidemment l’obtention de ce succès politico-diplomatique pour Téhéran est à mettre à l’actif de sa capacité de résistance aux sanctions et pressions, visant notamment son économie et son secteur énergétique, sans oublier les menaces régulières d’agression militaire à son encontre. C’est un fait qu’il est aujourd’hui fort difficile de nier.

D’autre part, il est également assez évident que la puissante solidarité sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU, y compris dans le soutien à l’allié iranien sur ce dossier, a joué un rôle de poids majeur. Poussant vraisemblablement par la même occasion les alliés européens de Washington à se désolidariser de lui sur ledit dossier – évidemment non pas par un désir de justice ou par un soutien au monde multipolaire, mais probablement bien plus par calculs mesquins. Le manque de soutien de leur part aux actions étasuniennes peut être vu comme une façon de jouer, une fois n’est pas coutume, la carte de souveraineté dont les pays en question manquent cruellement dans leur suivi constant, remarqué par les observateurs, des prérogatives de Washington.

Ceci étant dit, il apparait aujourd’hui qu’au vu des déclarations émanant d’outre-Atlantique, l’establishment US, malgré l’isolement, ne prévoit pas de reculer. Et menace déjà ouvertement non seulement Téhéran, mais également ses alliés chinois et russe. Bien que cette obstination washingtonienne à prétendre rester l’hégémon mondial et à vouloir à tout prix à imposer sa volonté au reste de la planète, semble plus que jamais compromise. Et cela, même les élites occidentales, bien que nostalgiques de l’ère unipolaire révolue, semblent comprendre de plus en plus.

Deux choses sont néanmoins sûres. Pour Washington, cette défaite évidente dans sa volonté d’isoler l’Iran est dure à avaler. Quant à l’Iran, il aura encore une fois démontré être une nation qu’il est fort compliqué à faire plier. Grande civilisation oblige.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/395

La Chine prend part aux exercices militaires Caucase 2020

L’espace eurasiatique devient plus que jamais le terrain d’une interaction majeure entre les Etats appartenant audit espace, notamment sur le plan sécuritaire. Les exercices militaires Caucase 2020 auxquels prennent part les représentants de plusieurs pays, dont la Chine, ne font que le confirmer.

Les exercices en question, qui se dérouleront dans le sud du territoire russe, verront la participation de militaires de Russie, Chine, Biélorussie, Arménie, du Myanmar et du Pakistan. Les représentants des forces armées de l’Iran, du Kazakhstan, d’Indonésie, d’Azerbaïdjan, du Tadjikistan et du Sri Lanka, prendront part à l’événement en qualité d’observateurs.

Selon le communiqué du ministère russe de la Défense, près de 80 000 militaires participeront aux exercices Caucase 2020. Au sein des participants, il y aura des formations et des unités de combat, de soutien logistique et technique, de défense aérienne et des formations de forces navales. Par ailleurs, il est prévu que lors des manœuvres soient impliqués jusqu’à 250 chars, environ 450 véhicules de combat d’infanterie et de véhicules blindés de transport de troupes, ainsi que jusqu’à 200 systèmes d’artillerie et de lance-roquettes, le tout dans des actions pratiques sur le terrain.

En ce qui concerne la République populaire de Chine, il est à noter que le leadership militaire de l’une des principales puissances mondiales, participe pratiquement à tous les exercices en coordination avec ses alliés et partenaires stratégiques. Et ce aussi bien dans l’espace eurasiatique, qu’au-delà. Les nombreuses manœuvres militaires conjointes bilatérales, comme multilatérales, ne font que le confirmer.

En effet, les nombreux exercices conjoints des forces armées chinoises et russes ont été observés au cours des dernières années, confirmant par la même occasion le très haut niveau d’interaction entre Pékin et Moscou sur la scène mondiale. Plus que cela, d’autres pays se joignent à la coordination sécuritaire sino-russe. En novembre dernier, aux larges des côtes atlantiques d’Afrique du Sud, les forces navales chinoises, russes et sud-africaines avaient organisé des manœuvres conjointes. 

Un mois plus tard, en décembre 2019, des exercices navals ont eu lieu entre l’Iran, la Chine et la Russie dans l’océan Indien et golfe d’Oman, entre le Détroit d’Ormuz, Bab-el-Mandeb et le Détroit de Malacca. 

Désormais, et avec la participation chinoise aux exercices Caucase 2020, Pékin ne fait que confirmer l’importance accordée à cette interaction stratégique. Et ce malgré les peurs et inquiétudes suscitées en Occident face à la montée en puissance indéniable de l’espace eurasiatique. Un espace qui ne cesse de renforcer le concept multipolaire de la géopolitique mondiale, sa capacité à gérer les défis liés à la lutte antiterroriste, à défendre la souveraineté et à interagir dans nombre d’autres domaines, allant de l’économie à la recherche et l’enseignement.

Evidemment, le leadership chinois observe avec attention les nombreuses tentatives de déstabilisation visant aussi bien ses intérêts directs, que ceux de ses alliés et partenaires stratégiques, à divers endroits du monde. C’est également en ce sens qu’il faut entrevoir la régularité et le sérieux avec lesquels la Chine participe à ces manœuvres. Plus que jamais les nations partisanes de la multipolarité comprennent la nécessité d’être non seulement capables d’interagir au plus haut niveau sur les plans diplomatique, politique et économique, mais également d’accroitre la capacité défensive conjointe, pouvant faire face à tout défi les visant. C’est probablement le point à retenir.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/386

France vs Turquie: Macron a-t-il les moyens de ses ambitions?

Alors que le ton est récemment une nouvelle fois monté entre le leadership français et turc, la France qui essaie de continuer à se positionner comme une puissance internationale est-elle vraiment à l’heure des changements mondiaux ? Rien n’est moins sûr.

La vérité dans toute cette situation intra-otanesque, puisqu’il s’agit bel et bien de deux pays membres de l’Otan, concerne à dire vrai plusieurs volets, et non des moindres. Ambitions personnelles de ses dirigeants, notamment sur l’arène géopolitique mondiale, niveau de souveraineté, attrayance internationale, puissance militaire et économique – tous ces points constituent des orientations clés pour comprendre le conflit opposant de plus en plus ouvertement Paris et Ankara.

Tout d’abord, il serait juste de rappeler qu’en termes de niveau de souveraineté, la France est aujourd’hui certainement bien derrière la Turquie. Si cette dernière reste toujours membre de l’Otan, ce n’est pas pour autant qu’elle applique à la lettre les prérogatives voulues par la force se considérant maitre absolu à bord – en la qualité des USA. Beaucoup pensent évidemment au dossier de l’acquisition par la Turquie des S-400 russes, à la grande colère non seulement de Washington, mais également de ses satellites européens, dont la France.

Mais ce n’est pas le seul dossier dans lequel Ankara se désolidarise de ses alliés otanesques. En effet, la Turquie entretient d’assez bons rapports avec l’Iran – l’un des principaux adversaires géopolitiques des USA – et ce aussi bien sur le plan économique que politique. Ankara soutient le gouvernement vénézuélien en la personne du président Nicolas Maduro. En Biélorussie, le leadership turc fut parmi les premiers à féliciter Aleksandre Loukachenko lors de sa récente réélection à la tête du pays – là aussi en étant sur la même ligne que les pays partisans de la multipolarité. Le tout à la grande différence de Paris qui continue d’appliquer la même mentalité libérale, pro-atlantiste et donneuse de leçons vis-à-vis des nations non-occidentales.

En parlant de l’Otan, si la Turquie ne déclare pas, du moins pour le moment et trop ouvertement, sa volonté à quitter cette organisation, représentant les vestiges de la guerre froide, c’est uniquement dans le cadre des intérêts qui lui sont propres. Ankara comprend parfaitement la peur des élites étasuniennes, et plus généralement occidentales, de la voir quitter le navire otanesque. Sachant qu’elle représente non seulement le pilier sud de l’Otan, mais également et tout simplement sa deuxième force armée en termes d’effectifs. Cela sans oublier un autre point fortement important: un départ éventuel de la Turquie donnerait un coup à l’organisation atlantiste, dont il sera très difficile de se relever. Et c’est là alors que les mots du président français Macron, sur la mort cérébrale de l’Otan, seraient, il faut le reconnaitre, plus que jamais d’actualité.

C’est d’ailleurs là que se trouve tout le paradoxe relationnel entre la Turquie et les autres membres de l’Organisation de l’Atlantique nord. La plupart de ces derniers la voit désormais comme un cheval de Troie au sein de l’alliance, mais n’osent pas dépasser certaines limites – qui pousseront Ankara à riposter.

C’est en ce sens qu’il faut voir les actions et déclarations hostiles à la Turquie, et personnellement au président Recep Tayyip Erdogan, de la part d’Emmanuel Macron ayant pris une initiative dans cette direction – lui qui tente par tous les moyens de redorer le blason tricolore et faire repositionner la France comme une puissance internationale majeure. Mais en-est-il capable? Pour répondre à cette question, il serait juste de rappeler plusieurs points.

Pour qu’un pays soit reconnu comme une véritable puissance internationale, il se doit d’être réellement souverain dans ses décisions. Ce n’est pas le cas de la France depuis un bon moment. L’attachement à l’atlantisme et aux intérêts outre-Atlantique de la large partie de ses élites n’est aujourd’hui pas à démontrer. La perte de prestige au niveau international représente un autre point de première importance. En effet, si dans ses anciennes colonies africaines, Paris continue d’entretenir des relations privilégiées avec certaines élites en place via le réseau obscur de la Françafrique, ce n’est certainement plus le cas au niveau de la majorité évidente de la société civile des pays africains francophones. Plus que cela, les panafricanistes et souverainistes africains considèrent la France, du moins ses élites, comme étant les principaux responsables des problèmes de leurs pays respectifs – allant de la question de la souveraineté monétaire jusqu’aux défis sécuritaires.

Le prestige de la France dans la géopolitique internationale est donc bel et bien en chute libre. D’ailleurs et dans le bras de fer qui l’oppose à la Turquie, si certains analystes de l’Hexagone continuent de promouvoir l’idée que leur pays reste une puissance de premier plan et la Turquie de deuxième, cet avis est très loin d’être partagé par les observateurs internationaux non-occidentaux, et ce aux quatre coins du monde. Ce n’est d’ailleurs pas le président turc qui dira le contraire, pour qui Emmanuel Macron est un «ambitieux incapable». 

Last but not least – concerne l’aspect économique. Si la France est aujourd’hui classée, en tant que dixième puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), tandis que la Turquie est treizième dans le même classement, de nombreux économistes (y compris occidentaux) prévoient que dans les 5-10 prochaines années (et peut-être même avant) la France quittera le Top 10 mondial. Tandis que la Turquie l’intégrera – augmentant ainsi la part majoritaire des puissances non-occidentales au sein des dix principales puissances économiques du monde.

Tout cela pour dire que si la France de Macron avait misé sur l’éventualité de gagner des points sur l’arène internationale multipolaire en défiant la Turquie de Recep Erdogan, la mise semble vraisemblablement perdante.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/376

Le populisme des Etats-Unis dans les relations internationales

Déniant toujours, ou faisant mine à dénier, la réalité multipolaire du monde, Washington semble de plus en plus à aller dans le sens d’un populisme pur et simple dans les relations internationales. C’est certainement ainsi qu’il faut entrevoir les nouvelles déclarations du secrétaire d’Etat US Pompeo visant l’Iran et les alliés internationaux de la république islamique.

Quelques jours après l’appel du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, vis-à-vis des USA à accepter le monde multipolaire, la rhétorique du côté washingtonien semble confirmer la thèse d’un problème bel et bien réel d’appréhension de la réalité mondiale au sein des élites étasuniennes, et plus généralement atlantistes. Précisons bien – au niveau des élites de l’Occident, et non pas des peuples.

En effet, ce 15 septembre, le chef de la diplomatie US Mike Pompeo, a déclaré sur France Inter «que les Etats-Unis empêcheraient l’Iran à obtenir des armes chinoises et russes». Pour rappel, l’embargo international sur les armes visant l’Iran arrive à échéance le 18 octobre prochain. Et qu’il ne pourra pas être prolongé compte tenu du récent blocage sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU, avec en prime l’abstention des alliés européens de Washington. 

Si la rhétorique hostile émanant des USA contre Téhéran est tout sauf nouvelle, désormais les propos de Pompeo visent clairement Pékin et Moscou – les deux soutiens de poids de l’Iran sur l’arène internationale. Ceci étant dit, et c’est là que se trouve justement tout le populisme dans de telles déclarations, comment Washington prévoit-il de s’y prendre pour bloquer de très possibles nouveaux accords de Défense entre Téhéran, Pékin et Moscou?

Dans le cadre d’une intervention armée? Bien peu probable compte tenu des capacités de riposte des trois concernés – considérés officiellement par l’establishment US comme étant les principaux adversaires géopolitiques de Washington. Par de nouvelles sanctions économiques? Si tel sera le cas, les trois nations ont d’ores et déjà fermement démontré leur capacité d’adaptation à de telles pressions. Que ce soit l’Iran, qui malgré les mesures restrictives étasuniennes le visant, y compris sur le plan économique et énergétique, n’a non seulement toujours pas fléchi, mais n’a probablement jamais eu une telle influence internationale dans le cadre de son histoire contemporaine – dépassant d’ailleurs le cadre régional, que les deux autres concernés.

Effectivement, si l’influence de Téhéran au Moyen-Orient – et ce malgré nombre de forces lui étant hostiles – et plus généralement dans le grand espace eurasien – est indéniable, aujourd’hui il est probablement de plus en plus possible de parler de la république islamique comme d’une puissance internationale, et non plus seulement régionale. Preuve à l’appui: ses interactions intenses avec nombre de pays n’appartenant pas à sa région, notamment d’Amérique latine. D’ailleurs les échanges actifs avec le Venezuela – lui aussi visé par des sanctions US – le confirment pleinement. 

Dans le cas de la Russie, les sanctions occidentales la visant ont eu un mérite indéniable. Celui de rendre l’économie russe beaucoup plus autosuffisante sur le plan intérieur et compétitive sur l’extérieur. Notamment dans le cadre d’une diversification active de ses échanges économico-commerciaux à l’international, et ce allant de l’agroalimentaire jusqu’au domaine high-tech. En passant et selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI) pour l’année 2020, la Russie deviendra la cinquième puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), et ce en tenant compte des effets négatifs liés à la propagation dans le monde du Covid-19. Dépassant par la même occasion l’Allemagne – première économie de l’UE – qui passera, elle, à la sixième place du classement mondial. Et dire que l’ex-président US Obama avait promis il y a quelques années «d’anéantir l’économie russe».

Dans le cas de la Chine, la première économie du monde en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, ayant réussi à traverser nombre de conséquences néfastes liées au Covid-19 avec une efficacité indéniable, et malgré les limitations économico-commerciales émanant de Washington, l’influence internationale du pays est plus que jamais importante. Surtout compte tenu de l’implacable solidarité de Pékin et de Moscou sur l’arène internationale, y compris au niveau du CS onusien.

Tout cela pour dire que les déclarations de l’establishment US dans son ensemble semblent de plus en plus s’éloigner de la réalité. Y compris en ce qui concerne les nouvelles menaces visant Téhéran, Pékin et Moscou. Plus généralement, l’obstination des élites occidentales / atlantistes, à se prendre pour des êtres exclusifs, ayant le droit de vie et de mort sur les nations du monde, au final ne mènera qu’à un renforcement supplémentaire des partisans de la multipolarité, et fera voler en éclats toute idée d’un retour à l’unipolarité tellement voulu par ses nostalgiques-révisionnistes.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/362

La Chine appelle les USA à accepter la multipolarité

Le leadership chinois continue de hausser la voix dans son soutien résolu au concept multipolaire dans les affaires mondiales. Désormais Pékin appelle ouvertement Washington à l’acceptation de cette réalité.

Le ministre des Affaires étrangères et conseiller d’Etat de la Chine, Wang Yi, a exhorté les Etats-Unis à suivre la tendance historique vers la multipolarité dans le monde et la démocratie dans les relations internationales. C’est qu’annonce l’agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua

Ces propos du haut fonctionnaire chinois ont été tenus lors de sa participation à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN et de la Chine par visioconférence. Le chef de la diplomatie chinoise a également déclaré « que les divergences et les contradictions entre la Chine et les Etats-Unis ne résident ni dans le pouvoir ou le statut, ni dans les conflits de systèmes sociaux. La question est plutôt soit de défendre le multilatéralisme ou l’unilatéralisme, et de promouvoir une coopération gagnant-gagnant ou des jeux à somme nulle ».

En ajoutant que « toute tentative unilatérale d’intimidation visant à conserver une position de monopole, à saboter les réalisations d’autres pays en matière de développement, ou à éradiquer l’espace de développement d’autres pays est vouée à l’échec ».

Maintenant et en termes de perspectives, ce qui est intéressant à noter c’est que si les appels du leadership chinois se faisaient régulièrement entendre, et ce lors de divers sommets et rencontres, au cours des mois écoulés, cet appel de l’un des principaux représentants de la République populaire de Chine d’accepter la multipolarité est quant à lui ouvertement destiné aux USA. En tant que destinataires officiels.

D’autre part, ce qui est également important de remarquer c’est la mise en opposition présentée par Wang Yi, entre justement le concept multipolaire du monde – associé à une coopération gagnant-gagnant d’une part, et l’unipolarité révolue mais toujours promue par les élites occidentales – en qualité de « jeux à somme nulle », de l’autre. Evidemment, le fait que la Chine représentait un soutien majeur à la multipolarité depuis plusieurs années était un fait connu pour de nombreux observateurs internationaux. Et ce bien avant les récents dossiers d’hostilité mis en avant par les USA. Mais ces récentes prises de position, le tout au moment d’une guerre géoéconomique en cours avec Washington, promettent un renforcement évident de la détermination des partisans de la multipolarité à divers endroits du monde.

Effectivement et au moment même où plusieurs représentants de l’élite occidentale, notamment européenne, se rendent à l’évidence, bien que sans aucune note d’enthousiasme, de la fin – qui d’ailleurs ne date pas d’hier – de l’ère hégémonique étasunienne/occidentale, l’establishment étasunien continue de vouloir faire vivre l’idée d’une domination des USA sur les affaires mondiales. D’ailleurs les sanctions US visant ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques, ainsi que nombre d’autres pays souverains, ne sont pas une caractéristique de force, mais bel et bien plutôt de faiblesse. Etant incapables de vivre une concurrence digne de ce nom sur l’arène internationale, géopolitiquement comme géoéconomiquement parlant, que ce soit dans le secteur du high-tech, de l’armement, de l’énergie, ou tout simplement dans l’idée même d’une attirance internationale, vraisemblablement la seule option qui reste aux nostalgiques radicaux de l’ère unipolaire – ce sont justement les instruments de sanctions et diverses pressions.

Le souci, et c’est d’ailleurs ce qui conforte un peu plus l’idée que ces actions devraient être vues comme un aveu de faiblesse, plutôt que de force et d’intelligence, c’est justement le fait que les nations visées par ces actions démontrent, chaque jour un peu plus, leur capacité à vivre et à s’adapter à ces mesures restrictives unilatérales. Et aussi à pouvoir riposter efficacement. D’autant plus qu’en ce qui concerne les pays partisans de la multipolarité, nombre d’instruments restent encore dans le placard, si l’on peut dire ainsi. Après tout, à chaque chose – son temps.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/345

Les pays baltes: une sous-traitance qui risque de coûter cher

Depuis la chute de l’URSS, certains pays ayant fait partie de l’union, se sont engagés sur une voie radicalement russophobe et pro-atlantiste. Les conséquences d’une telle politique restent extrêmement mitigées.

En effet, il suffit de prendre l’exemple des trois pays baltes – qui furent pour ceux qui ne le savent pas en période soviétique parmi les plus subventionnés par Moscou, mais à la fin de l’Union soviétique le cap était clairement donné vers l’intégration au sein de l’Otan et le fait d’accepter un véritable rôle de sous-traitants vis-à-vis de Washington, en parallèle d’une montée en flèche de positions clairement russophobes.

Dans cette politique, où d’ailleurs les trois pays baltes ne font pas figure d’exception, car des pays de l’ex-bloc socialiste comme la Pologne ou la Roumanie, se sont également engagés sur la même voie, les résultats restent très fortement discutables. Si les élites de ces pays trouvent leur compte dans leurs rapports privilégiés avec Washington et Bruxelles, le développement économique tant attendu n’est toujours pas arrivé. Si ce n’est la possibilité pour un large nombre de Polonais, Roumains, Lituaniens, Lettons, Estoniens d’aller faire une vie meilleure au Royaume-Uni, Allemagne et d’autres pays économiquement plus développés.

Le souci pour les pays baltes en l’occurrence, c’est que la dépendance économique vis-à-vis des voisins dont les élites des pays en question partagent une haine non-voilée, est restée forte. Les trois membres de l’UE – 86ème, 102ème et 112ème respectivement pour Vilnius, Riga et Tallinn dans le classement mondial en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), restent fortement dépendants économiquement de pays comme la Russie et la Biélorussie. Justement et dans le cas du dernier, les récentes interférences baltes en coordination avec l’Otan et Washington dans les affaires post-électorales biélorusses, ont rappelé que Minsk dispose de bien d’instruments pouvant frapper les intérêts des pro-atlantistes radicaux. En premier lieu ceux de la Lituanie.

En effet, le président biélorusse Aleksandr Loukachenko a récemment menacé de réorienter les exportations biélorusses transitant par les ports lituaniens, notamment celui de Klaipėda, ainsi que d’interdire le transit des exportations européennes destinées à la Russie. Et dans le cas du premier point, les choses semblent déjà avoir commencé.

Pour information, les marchandises en provenance de Biélorussie représentent tout simplement près du tiers du trafic ferroviaire et portuaire de Lituanie. Un trafic qui rapporte gros au budget lituanien. Et selon le président biélorusse son pays « assure un tiers des revenus budgétaires » du voisin hostile. Certains responsables à Vilnius avaient pris au départ ces déclarations comme étant du « populisme » et avaient déclaré que ces actions frapperaient également la Biélorussie, en faisant notamment référence au fait que la réorientation pour le transit des produits biélorusses en faveur des ports russes couterait plus cher que le canal existant avec la Lituanie, tout en poursuivant les actions hostiles envers Minsk adoubées par Washington. Mais les récentes négociations entre Minsk et Moscou, composant ensemble l’Etat-Union et faisant partie de structures comme la CEI et l’Union économique eurasiatique, confirment que la Biélorussie semble déterminée à suivre la voie annoncée. D’autant plus que la Russie pourra certainement offrir des tarifs préférentiels à Minsk pour l’utilisation de ses ports, entre autres celui d’Oust-Louga, compte tenu des liens politiques et sécuritaires étroits entre les deux nations, et aussi du point de vue économique compte tenu des volumes importants de marchandises concernées par ledit transit.

Tout cela pour dire plusieurs faits. Tout d’abord que l’Union économique eurasiatique, un marché de près de 200 millions de personnes, représente un espace de grandes opportunités économiques pour ses membres et les pays ayant déjà des accords de libre-échange avec ladite union. D’autre part, les pays membres de l’Union européenne réalisant de façon radicale la sous-traitance politique et sécuritaire pour le compte de Washington, dont bien sûr les trois pays baltes, devront probablement désormais espérer l’obtention de plus de subventions venant de Washington et/ou de Bruxelles, pour compenser les pertes économiques dues aux actions hostiles qu’ils réalisent vis-à-vis des pays dont ils possèdent une dépendance économique. Notamment la Lituanie dans sa relation avec la Biélorussie. Après tout, ce n’est jamais bon de cracher dans la soupe.

Enfin, et lorsqu’on voit de quelle façon un pays comme les USA adopte des sanctions non seulement contre ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques, mais également contre tout Etat qui refuse de se mettre à genoux, il y a de quoi réfléchir. La Syrie, le Venezuela, l’Iran, ou encore Cuba (plus d’un demi-siècle d’embargo agressif étasunien pour ce dernier) en savent quelque chose. Pourquoi donc des pays possédant des instruments économiques évidents se priveraient-ils de riposter eux aussi vis-à-vis d’Etats ayant non seulement des positions hostiles vis-à-vis des premiers, mais aussi qui participent aux différentes déstabilisations et provocations visant des pays dont ces initiateurs dépendent fortement économiquement? Restera après aux concernés d’assumer les conséquences. Peut-être en envoyant encore plus de migrants vers les pays plus développés, pour le compte desquels cette sous-traitance est appliquée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Eurasie s’unit dans le volet sécuritaire

La réunion des ministres de la Défense des Etats membres de la Communauté des Etats indépendants (CEI), de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) se tiendra à Moscou le vendredi 4 septembre au parc Patriot de Koubinka, près de Moscou.

C’est ce qu’a annoncé Vladimir Zainetdinov, l’attaché de presse de l’OTSC. L’ordre du jour de cette réunion conjointe des trois importantes organisations comprend des questions de sécurité régionale et internationale, la consolidation des efforts pour prévenir la menace de déclenchement de guerres et de conflits armés, ainsi que le renforcement de la coopération militaire. De plus, les participants à ladite réunion feront une déclaration commune à l’occasion du 75ème anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 et la Seconde Guerre mondiale.

Le secrétaire général de l’OTSC Stanislav Zas prendre également part à la réunion. Le ministre indien de la Défense Rajnath Singh de son côté est déjà arrivé à Moscou pour une visite de trois jours, y compris pour prendre part à la réunion conjointe CEI-OCS-OTSC du 4 septembre. En outre, le ministre biélorusse de la Défense, Viktor Khrenine, participera également à la rencontre.

Ce dernier présentera un rapport sur la sécurité internationale et régionale, la consolidation des efforts dans le but de prévenir la menace de déclenchement de guerres et de conflits armés, et le renforcement de la coopération militaire dans les conditions modernes.

Pour rappel, la CEI comprend 10 des 15 anciennes républiques soviétiques (Russie, Biélorussie, Kazakhstan, Arménie, Azerbaïdjan, Kirghizistan, Moldavie, Ouzbékistan, Tadjikistan et le Turkménistan en tant qu’Etat associé). L’OTSC, organisation à vocation politico-militaire, est quant à elle composée de la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Enfin, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) se compose de la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan (tous membres fondateurs de l’organisation depuis 2001), ainsi que de l’Inde et du Pakistan (membres à part entière depuis 2017). L’Iran, la Biélorussie, la Mongolie et l’Afghanistan sont quant à eux membres observateurs de l’OCS.

Maintenant pour parler perspectives, il serait juste de dire que cette réunion est fortement importante, et ce pour plusieurs raisons. La première c’est qu’il s’agit d’une réunion conjointe de trois grandes organisations de l’espace eurasien. Confirmant par la même occasion nombre de questions d’intérêts conjoints au sein des trois structures, notamment dans le volet sécuritaire et de la Défense. Deuxièmement, elle confirme toute l’importance du grand espace eurasiatique à l’heure où l’Eurasie devient l’un des centres majeurs de la géopolitique et des relations internationales. Le tout dans le cadre multipolaire du monde. Troisièmement, à l’heure des nouvelles tentatives occidentales de déstabilisation, visant notamment actuellement la Biélorussie, il est fort important d’afficher l’unité et la solidarité au sein des alliés. Enfin, et en dehors du cadre ex-soviétique, il est certainement à saluer qu’au moment où les relations sino-indiennes vivent certaines tensions et désaccords, les représentants des deux pays seront en Russie pour la réunion, confirmant par la même occasion toutes leurs obligations en tant que membres de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Par la même occasion, Pékin comme New Delhi ont le mérite de comprendre parfaitement que le dialogue reste la meilleure option en vue de résoudre les différends existants. En ce sens, l’OCS reste une référence. Et ce au moment même où les tensions au sein de l’adversaire de l’OTSC et de l’OCS, en la qualité de l’Otan, ne cessent de s’exacerber. Notamment entre la Grèce, la France et plusieurs autres membres du bloc atlantiste d’un côté, et la Turquie de l’autre.

Il sera par ailleurs fortement intéressant de suivre les décisions qui seront prises lors de cette réunion conjointe de Moscou, y compris face aux événements en Biélorussie, où vraisemblablement le scénario d’une nouvelle révolution de couleur pro-occidentale semble s’essouffler. Sur les autres sujets d’actualité internationale, qu’ils soient liés au Moyen-Orient, à l’Amérique latine ou à l’Afrique, la diplomatie sino-russe continue de démontrer une implacable solidarité face aux membres occidentaux du Conseil de sécurité de l’ONU. En ajoutant à cela la coopération multiforme dans la sphère sécuritaire et de la Défense, il est aujourd’hui devenu définitivement clair que les forces pro-atlantistes doivent rapidement mettre à jour leurs visions du monde. Et surtout leur compréhension du monde – un monde dans lequel ils ne seront plus, en tant que minorité évidente, amenés à dominer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les Africains pour un rapprochement Afrique-BRICS

Alors que les Etats occidentaux observent jalousement les interactions en cours ou en préparation entre nombre de pays africains avec les grandes puissances non-occidentales, notamment celles appartenant au groupe des BRICS, en tentant par tous les moyens de saper ces processus, la société civile africaine et la communauté des experts du continent appellent à un renforcement de ces interactions.

Ces appels à une relation encore plus poussée entre l’Afrique et les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se font entendre pratiquement dans toutes les parties du continent africain. Recevant un écho positif aussi bien dans la partie sud du continent – cela sans oublier que la République sud-africaine est membre actif du groupe depuis bientôt dix ans – que dans les autres parties de l’Afrique. En ce sens l’Afrique francophone n’est pas en reste.

Ainsi, dans une récente interview à l’agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua, Souleymane Astou Diagne – économiste sénégalais et maitre de conférence à l’Université Alioune Diop de Bambey (UADB), estime «que les pays en développement doivent se rapprocher et s’inspirer du modèle de développement économique du groupe des BRICS pour résister aux enjeux de la mondialisation dans l’actuel contexte de Covid-19».

En ajoutant que les pays en question, notamment africains, «ont tout intérêt à se rapprocher de ce modèle, parce que nous sommes marginalisés, l’essentiel des décisions qui se prennent au niveau international étant faites sur la base des intérêts des Occidentaux et ne prenant pas suffisamment en compte les besoins réels des économies des pays en développement».

Sachant que cette opinion est partagée par un grand nombre de personnes en Afrique, notamment d’obédience panafricaniste, il serait effectivement bon de rappeler aussi que les forces qui s’opposent par divers moyens et méthodes justement à une pleine et véritable intégration panafricaine, sont justement les puissances occidentales. D’ailleurs l’histoire récente et moins récente nous le rappelle fortement: le sort réservé à Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Mouammar Kadhafi, pour ne citer que ces quelques grands noms, en dit long.

Pour autant, l’Occident ne cesse de travestir l’histoire et tente par tous les instruments à sa disposition de stigmatiser le rôle des puissances partisanes de la multipolarité, dans leurs relations avec les pays africains. Si le rôle des médias de l’Hexagone n’est plus à présenter, bien que fortement en perte de vitesse au sein des pays africains, il n’empêche que d’autres porte-voix de l’Occident – britanniques, allemands ou étasuniens ne sont pas en reste dans leur quête de saper les relations non seulement sino-africaines, notamment de part leur ampleur, mais également avec tout autre pays menant une politique indépendante des intérêts occidentaux.

Ainsi, un site web et magazine comme ADF (Africa Defense Forum), affilié au Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), sans grande surprise tente de convaincre le public africain du danger de l’interaction de l’Afrique avec la Chine et la Russie. Pour le moment sans grand succès puisque de bien nombreux internautes africains ne se laissent pas manipuler et posent en retour des questions – qui le plus souvent restent sans réponse de la part des instigateurs de ces campagnes médiatiques.

Autre fait assez intéressant – le fait par exemple que Twitter n’ait toujours pas homologué les sites en question comme étant affiliés à leurs Etats respectifs – occidentaux. A la différence des médias chinois, russes, iraniens ou autres. Mais c’est justement là que se trouve tout le paradoxe de la politique occidentale qui prétend défendre les «bonnes» valeurs sans être en mesure de fournir de vrais arguments de poids et ainsi convaincre les lecteurs, d’où qu’ils soient.

Ce qui est sûr, c’est que malgré ces tentatives, les populations africaines sont bien loin d’être dupes de la manipulation. Et peut-être même sont aujourd’hui pour beaucoup en avance dans la capacité analytique sur nombre de pays de l’Occident. Les efforts de ce dernier de ternir l’image des puissances non-occidentales ne fait bien souvent qu’apporter l’effet inverse – à savoir une encore plus grande motivation des Africains à voir l’augmentation de l’interaction de leurs pays et de leur continent avec les BRICS.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mali-Russie ou les peurs occidentales

Il n’a pas fallu longtemps pour que la presse mainstream ressorte toutes sortes de théories, dont bien évidemment le prétendu rôle de la Russie dans le changement de pouvoir au Mali. Pour rappel – l’establishment occidental parle de coup d’Etat inacceptable dans ce pays d’Afrique de l’Ouest après des mois de manifestations populaires, tout en applaudissant les actions antigouvernementales dans un pays comme la Biélorussie.

Il fallait certainement s’y attendre, les médias mainstream commencent désormais à voir « la main de Moscou » dans les récents événements au Mali. En effet et du moment qu’un changement de pouvoir ne soit pas orchestré depuis une / des capitale(s) occidentale(s), y compris si un tel changement vient des aspirations populaires, il sera pratiquement sans aucun doute condamné et les intéressés occidentaux vont vouloir y trouver la main d’un adversaire géopolitique. Cela a été d’ailleurs abordé dans l’émission Edition spéciale du 19 août sur la grande chaine de télévision panafricaine Afrique Média.

Comme prévu, les médias occidentaux mettent la main à la pâte. Côté étasunien, le site The Daily Beast annonce la couleur: « Les dirigeants du coup d’Etat malien ont pris le pouvoir après leur retour d’un camp d’entrainement militaire en Russie. Qui était aux commandes?» En oubliant évidemment de rappeler dans l’article que de nombreux militaires maliens, dont de hauts officiers, suivent des formations en Russie, et ce depuis un long moment.

Pour rappel, les USA étaient parmi les premiers à condamner l’écartement d’Ibrahim Boubakar Keïta du pouvoir. A ce titre, l’émissaire étasunien pour le Sahel, Peter Pham, avait déclaré «que les Etats-Unis s’opposent à tout changement extraconstitutionnel de gouvernement, que ce soit par ceux qui sont dans la rue ou par les forces de défense et de sécurité». Assez incroyable d’entendre ces déclarations venant du représentant d’un pays «champion» dans l’organisation de divers coups d’Etat, révolutions de couleur et déstabilisations en tout genre de pays souverains. Mais l’establishment US reste ce qu’il est.

Par ailleurs, les Etats-Unis ont déclaré «la suspension de leur coopération militaire avec le Mali en réponse au renversement du président Keïta». Le tout au moment où selon le propre aveu des médias mainstream, des milliers de citoyens maliens se rassemblaient dans la capitale du pays pour célébrer les actions de leurs militaires.

L’espace mainstream français n’est pas en reste. Après les condamnations de l’establishment politique, RFI publie un article avec un titre annonciateur: «Le Mali est-il séduit par la Russie?» En indiquant que l’ambassadeur de Russie au Mali fut l’un des premiers diplomates étrangers à avoir été reçu par ce qu’ils appellent la «junte». L’une des principales voix médiatiques françaises à l’international reconnait tout de même que de nombreux Maliens souhaitent le renforcement de la coopération militaire de leur nation avec Moscou.

Au final et quelle que soit la suite de l’interaction russo-malienne, ne serait-il pas grand temps pour l’establishment occidental dans son ensemble de comprendre une réalité assez simple. A savoir que les véritables aspirations populaires ne se conçoivent pas à la Maison-Blanche, ni au Département d’Etat US, pas plus qu’au sein de la CIA, des structures Soros ou à l’Elysée. Et que c’est une réalité avec laquelle il faudra compter. Et que d’autre part le fait d’adopter une posture ouvertement hypocrite et injuste – comme celle qui les caractérise, notamment lorsqu’on fait une fois de plus le parallèle de la différence radicale d’approche vis-à-vis des manifestations biélorusses et maliennes – cela ne fera qu’encore plus éloigner les peuples du monde des intérêts occidentaux. Les menaces, ultimatums, pressions et sanctions – finiront par se rouiller à un tel point, que leurs initiateurs n’en auront qu’à leurs têtes.

Enfin il serait aussi grand temps pour l’élite politico-médiatique atlantiste d’apprendre, ne serait-ce que progressivement, car il faut évidemment tenir compte des capacités d’adaptation et d’apprentissage de chacun, à respecter de façon réelle la souveraineté des peuples. Et comprendre par la même occasion que les tons condescendants vis-à-vis des populations non-occidentales seront de moins en moins tolérés.

Dernier point : la réalité multipolaire du monde permet non seulement la prise en main par les peuples de leurs affaires souveraines et l’établissement de plusieurs blocs d’influence régionaux et continentaux, mais le rappel nécessaire à faire consiste aussi dans le fait qu’il y a aujourd’hui dans la multipolarité suffisamment de puissances indépendantes capables de bloquer les tentatives de ceux qui n’arrivent toujours pas à se débarrasser de leurs complexes néocoloniaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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