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La multipolarité, c’est aussi en économie!

La multipolarité, c’est aussi en économie!

L’Occident, par ses sanctions, a finalement accéléré un processus qui a bénéficié à Moscou: l’économie russe a gagné en attractivité, en diversité et en dynamisme. Raison pour laquelle de nombreux pays se tournent désormais vers la Russie, sonnant le glas de certaines positions hégémoniques des USA.

Nous vivons dans un monde de concurrence. Et plus la multipolarité du système régissant les relations internationales continuera de se renforcer, plus la concurrence augmentera entre les différents acteurs du monde. Dans ce contexte, ceux qui s’étaient habitués à avoir des positions quasi-hégémoniques dans certains secteurs et certaines zones géographiques vont devoir assez rapidement revoir leur enthousiasme à la baisse.

Une chose est néanmoins assez sûre: les relations entre la Russie et l’Occident ne seront probablement plus jamais les mêmes. Cela est d’ailleurs de plus en plus admis par le gouvernement russe, même de la part de ceux qui ont toujours cherché à développer ces relations. Au-delà d’avoir boosté (malgré eux) l’économie russe dans plusieurs secteurs d’activités, il y a d’autres points importants qu’il faut noter en ce qui concerne l’avenir des relations avec nos «partenaires» de l’Occident.

Tout d’abord, même ceux qui aujourd’hui en Russie ont longtemps regardé en direction de l’Ouest, regardent désormais, ne serait-ce que par pragmatisme, vers l’Est et vers le Sud. Quant aux parts de marché perdues par un certain nombre de sociétés occidentales en Russie du fait des contre-sanctions russes, elles ne seront probablement jamais retrouvées.

Mais c’est loin d’être tout. Les pays occidentaux ont poussé la Russie à l’autosuffisance dans plusieurs domaines avec le régime de sanctions adoptées à son encontre. C’est, notamment le cas dans le secteur agricole, qui a connu un développement sans précédent, de l’aveu même des médias mainstream. Ensuite, l’Occident a aussi permis, à son corps défendant, à des pays non-occidentaux d’occuper rapidement la niche fermée aux produits en provenance des pays ayant lancé les sanctions antirusses et d’élargir en conséquence leur présence sur ce grand marché.

Enfin, ces pays vont avoir la Russie comme sérieux concurrent dans des domaines et des zones géographiques où les élites occidentales pensaient s’être imposées à jamais, surtout depuis l’éclatement de l’URSS.

À tort, car le plus intéressant ne fait que commencer.

En effet, la Russie ne se limitera pas à continuer sur la voie de l’autosuffisance et de la diminution de sa dépendance aux technologies occidentales pour sa production intérieure. Elle compte bien devenir un concurrent de premier plan pour les intérêts occidentaux dans des domaines où l’Occident avait l’habitude de dominer. Une démarche qui ne concerne pas que l’industrie de l’armement, qui depuis sa modernisation sous l’ère Poutine et la démonstration de ses capacités en Syrie a le vent en poupe aux quatre coins du monde.

Le président russe a récemment déclaré deux choses importantes. La première est qu’il faut mettre l’accent sur le développement des nouvelles technologies en utilisant au maximum le potentiel des cerveaux russes, qui ne manquent heureusement pas. Et que d’autre part, le temps était venu de diminuer largement la part des technologies produites à l’étranger pour les remplacer par celles créées justement par ces cerveaux, de plus en plus jeunes d’ailleurs.

Cela signifie qu’il ne faudrait pas s’étonner de voir, dans un avenir proche, la Russie exceller non seulement dans les exportations d’armements sophistiqués, mais aussi par exemple de produits IT, comme d’ailleurs le fait déjà avec grand succès une entreprise de portée mondiale comme Kaspersky Lab.

La Russie s’éloigne donc résolument de son précédent modèle économique, basé sur l’exportation de pétrole et de gaz et l’importation de pratiquement tout le reste, pour adopter une diversification de sa production et de ses exportations. Une diversification qui est aussi géographique. Si dans les premières années de la Russie post-soviétique et jusqu’au début des années 2000, les relations extérieures «prioritaires» étaient très principalement axées sur l’étranger dit «proche», à savoir les voisins de l’ex-URSS et le développement des relations avec l’Occident, on assiste depuis à une véritable révolution en ce sens.

Certains d’ailleurs y voient le retour aux meilleures années de la Guerre froide. Mais la question n’est même pas là. La réalité est simplement qu’un grand nombre de pays asiatiques, latino-américains ou africains souhaitent renforcer largement leurs relations avec Moscou. C’est un fait aujourd’hui qu’il serait absurde de nier. Un souhait partagé par Moscou et qui ne se limite plus à une zone particulière, bien que l’espace eurasiatique représente évidemment un axe prioritaire.

La Russie adopte une approche véritablement globale sur les affaires du monde, qu’ils soient d’ordre politique ou économique.

En ce sens, certains pays vont devoir rapidement oublier qu’il existe des «pré-carrés». Car les nations du monde, surtout celles longtemps exploitées et non-respectées par les Occidentaux, iront indéniablement dans le sens de la prise en main de leur destin, vers le renforcement de leur souveraineté et le soutien au monde multipolaire. Et pour cela, ils sauront choisir les partenaires qu’ils leur conviendront le mieux. Nous avons déjà notre petite idée.

Après tout, cela est d’ailleurs logique et juste: un espace représentant moins de 10% de la population mondiale ne pourra tout simplement plus dicter au reste de l’humanité la façon dont celui-ci doit vivre et penser, surtout compte tenu des nouvelles réalités. Une page de plusieurs siècles sera alors définitivement tournée. Le processus, lui, a déjà été lancé et suit son cours naturel.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709211033151621-economie-multipolarite/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Edouard Bizimana: «Je salue la Russie qui s’est dressée contre ce comportement voyou occidental»

le Dr Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi et Vladimir Poutine

Dans la suite de notre entretien avec Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi en Russie évoque la situation de son pays, et plus largement des pays africains, sur l’échiquier mondial. Pour Edouard Bizimana, le constat est clair: le développement de l’Afrique passe par la multipolarité.

 

Sputnik: On a l’impression que depuis l’échec de la tentative de faire tomber le gouvernement légitime de Syrie, les gouvernements de plusieurs pays occidentaux souhaitent malgré tout poursuivre dans la voie de la déstabilisation d’autres nations. Le Venezuela a été récemment visé. Mais vraisemblablement le Burundi l’est également. Qu’en pensez-vous?

Edouard Bizimana: J’ai l’impression qu’il y a des pays occidentaux qui veulent se (re) construire sur les décombres des autres. Il est devenu clair que tous les prétextes sont bons pour ces pays pour faire tomber tel ou tel régime afin de mettre la main sur les richesses du pays. Les conséquences des guerres provoquées ne les émeuvent pas, car ce qui importe pour eux ce sont ces richesses.

Quand on voit actuellement les milliers d’Africains mourir en Méditerranée, des milliers et des milliers de Syriens, d’Irakiens et d’Afghans prendre le chemin de l’exil et l’hypocrisie de certains pays occidentaux prétendant vouloir aider ces réfugiés, alors que ce sont ces mêmes pays qui sont à l’origine du chaos dans les pays d’origine des réfugiés, je me demande pourquoi le monde ne se lève pas pour dire non.

Je salue ici le courage de la Fédération de Russie qui a eu le courage de se dresser contre ce comportement voyou de certains pays occidentaux, qui créent de l’instabilité et du chaos dans le monde. N’eût été l’intervention de la Russie, la Syrie serait déjà tombée aux mains des terroristes. C’est cette agressivité et l’ingérence illimitée dans les affaires intérieures des États qui poussent certains d’entre eux à se lancer dans une course aux armements pour se protéger contre cet impérialisme d’un autre âge. Le cas de la Corée du Nord est là pour rappeler la triste réalité.

Ce qui se passe au Venezuela est loin d’être une affaire interne, comme certains aiment le répéter pour distraire l’opinion. La volonté de certaines puissances occidentales de changer le régime en place au Venezuela n’est qu’un secret de Polichinelle caché dans un tiroir. Le Burundi en a fait l’expérience et ce sont toujours les pyromanes qui se transforment en sapeurs-pompiers sous la casquette de bienfaiteurs, de défenseurs des droits de l’homme et de donneurs de leçons.

Sputnik: Depuis votre nomination au poste d’ambassadeur en Russie (après avoir occupé ce poste en Allemagne), on observe une dynamisation des relations russo-burundaises, et ce dans différents domaines: commerce, investissements, formation des cadres, Défense, entre autres. On a suivi la participation de plusieurs hauts cadres burundais à différents grands événements tenus en Russie. Peut-on aujourd’hui parler d’une alliance de votre pays avec la Russie? Ou est-ce encore en cours d’élaboration?

Edouard Bizimana: Depuis un certain temps, les relations entre le Burundi et la Fédération de Russie connaissent un élan extraordinaire, même si elles ont été toujours très bonnes. Depuis mon arrivée à Moscou, j’ai bénéficié d’un soutien accru des autorités russes et cela m’a permis d’entamer de nouveaux chantiers. Des efforts particuliers sont en train d’être faits pour rendre plus dynamiques les relations économiques entre le Burundi et la Fédération de Russie. La coopération avec les régions est un autre aspect qui bénéficie de beaucoup d’attention. En outre, la promotion des relations culturelles entre nos deux pays reste l’une de mes priorités.

Le nombre d’accords de partenariat ou de coopération déjà signés en l’espace d’une année, les visites de haut niveau qui ont eu lieu et à venir, le nombre de sociétés et d’investisseurs russes qui ont déjà commencé leurs activités au Burundi montrent bien qu’il y a un nouveau chapitre des relations russo-burundaises qui s’ouvre. Il faut noter que tout cela est rendu possible par une convergence d’intérêts, de valeurs et de vision du monde entre le Burundi et la Fédération de Russie sur pas mal de questions de portée internationale. Il y a donc une relation stratégique gagnant-gagnant qui se construit entre les deux pays et qui ne serait possible que grâce à cette convergence.

Sputnik: Le Burundi, bien qu’étant un petit pays, a vraisemblablement misé sur la défense de sa souveraineté jusqu’au bout et le soutien au système multipolaire du monde. Aujourd’hui, d’autres pays africains se trouvent face à un choix: garder le système existant de domination par des puissances étrangères (occidentales) ou prendre une autre voie. On voit aussi qu’au niveau de la société civile de plusieurs pays africains, la mobilisation pour justement choisir cette autre voie se renforce de jour en jour. On a notamment suivi récemment les manifestations au Mali contre la présence militaire française et pour une alliance avec la Russie. Que vous inspirent ces processus et quel est votre pronostic pour la suite?

Edouard Bizimana: Eu égard au principe de l’égalité juridique des États, il n’y a pas de petits ou de grands États. On pourrait néanmoins dire qu’il y a des États de dimensions géographiques réduites, le Burundi en fait partie. C’est, à mon avis, cette nuance que beaucoup ne parviennent pas encore à comprendre et la conséquence de cela est l’unilatéralisme observé dans la conduite des affaires du monde. Le Burundi a déjà compris cela et fait valoir le statut que lui confère le fait d’être membre à part entière de la communauté internationale en tant qu’État souverain. Il n’y a donc personne, aucun État aussi puissant soit-il, ne peut et ne doit imposer aux autres la marche du monde. Certains États tentent de le faire en bafouant le droit international qui doit régir les relations entre acteurs de la scène internationale et le résultat, on le voit: le chaos partout, Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Yémen, terrorisme, guerres, déplacements forcés des populations, catastrophes humanitaires, etc.

Constatons que certains pays, africains surtout, se trouvent face à un dilemme: suivre la marche du monde, qui tend plus vers la multipolarité, ou garder le statu quo sous peine de se voir détruits par les puissances occidentales qui les exploitent sans scrupule et les gardent dans un état de dépendance permanent. Évidemment, toute tentative d’émancipation est punie de la peine capitale: le cas de Gbagbo, de Kadhafi, de Sankara, etc. sont plus qu’éloquents.

L’Afrique de l’Ouest et centrale, confrontées à une exploitation de la France avec le franc CFA donnent à réfléchir. Toute tentative d’émancipation monétaire de ces pays donne lieu à des représailles sans merci, car la France ne pourrait pas vivre sans les ressources que lui versent ces pays. La plupart de ces pays sont devenus incapables de défendre leur territoire national et c’est la France qui doit assurer leur protection.
La plupart de ces pays sont exposés aux attentats terroristes et à des mouvements d’humeurs pouvant balayer un régime en quelques jours: Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Niger, Cameroun, etc. La prolifération, sous forme de génération spontanée, de groupes terroristes et de groupes rebelles dans certains pays africains ne serait pas étrangère à la volonté de certaines puissances occidentales de maintenir des pays sous leur domination pour alimenter leurs économies. L’accès aux ressources stratégiques comme l’uranium (Niger et Mali) et l’or (Mali) serait à l’origine de la situation délétère qui s’observe en Afrique occidentale et centrale. Pour arriver à une telle situation, il a fallu détruire la Libye de Kadhafi et lâcher dans la nature des milliers et des milliers d’armes.

Il est donc temps pour ces pays de briser les chaînes du colonialisme, peu importe le prix à payer. Cela demandera des sacrifices et un engagement sans faille comme au temps des luttes pour l’indépendance. Le Burundi a déjà compris cela et sa lutte s’inscrit dans cette logique d’émancipation de l’exploitation occidentale pour jouir pleinement de ses ressources, de décider seul de ses choix politiques, économiques et sociaux, qui tiennent compte des besoins de la population burundais.

Il est intéressant de voir comment la société civile dans certains pays, comme le Mali, le Sénégal, commence à se rendre à l’évidence de cette nouvelle forme de colonialisme pour exiger des changements profonds. On a vu de jeunes Maliens et Sénégalais se lever pour dire non au franc CFA, pour manifester contre la présence des troupes françaises, etc. ce qui constitue un signe de ras-le-bol. Il est probable que les Maliens ont vu les images, largement partagées par les réseaux sociaux, de soldats français en train de creuser le sol pour extraire de l’or alors qu’ils sont supposés être en train de lutter contre les terroristes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709141033045050-bizimana-ambassadeur-burundi-situation/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Nouvelles sanctions, la Russie dit… merci et garde le cap

Stop

Ceux qui ont peu ou mal étudié l’histoire s’imaginent qu’ils peuvent faire fléchir la Russie à coups de pressions extérieures. C’est gravement sous-estimer la capacité de résilience du pays, qui en profite pour se renforcer. Les sanctions antirusses, que les USA viennent encore de renforcer, en sont l’éclatante démonstration.

Le temps passe, mais l’Occident, et avant tout les États-Unis, semble déterminé à vouloir poursuivre ses attaques contre la Russie. En témoignent naturellement les nouvelles sanctions votées par les USA à l’encontre de Moscou. Ses dirigeants n’ont visiblement toujours pas compris que la Russie version 2017 ne reculera pas, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, une large majorité de citoyens russes soutient clairement la politique actuelle de la Russie. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas de problèmes à régler, comme chaque pays la Russie fait face à des défis à relever. Néanmoins, l’écrasante majorité de la population refuse catégoriquement toute idée d’un retour aux années libérales pro-occidentales 1990, tellement applaudies en Occident.

L’idée de la démocratie souveraine, développée en Russie dans les années 2000, a fait du chemin et aujourd’hui ne se limite plus à la seule Russie, mais à un nombre sans cesse croissant de nations, qui souhaitent bâtir un État de droit dans le respect des valeurs et des traditions propres à chacune et dans lesquelles la voix de la majorité décide du chemin à suivre. Parallèlement à cela, le leadership occidental privilégie quant à lui de moins en moins le vote populaire, tout en continuant à donner des leçons de vie au reste de l’humanité (représentant la majorité de la population terrestre) et à vouloir exporter des «valeurs» dont cette même majorité du globe terrestre ne veut pas.

Revenons à la Russie. Au-delà de la fierté nationale, les Russes savent aussi analyser et comparer et peut-être sur beaucoup de points mieux qu’en Occident. En effet, les citoyens russes refusent l’hypocrisie des élites occidentales qui affirment que les années de honte postsoviétiques étaient les meilleures de l’histoire russe. Ces mêmes années où une grande partie de la population vivait d’une façon indigne pour un pays comme la Russie, lorsque le marasme économique était ambiant et les règlements de comptes mafieux quotidiens. Et c’est aussi à cette période peu glorieuse de l’histoire contemporaine de la Russie, qu’une classe ultralibérale et largement pro-occidentale s’est enrichie de façon spectaculaire et le plus souvent criminelle.

Puis changement de cap, politique comme économique. Tout en restant attachée à l’économie de marché, la Russie post années 2000 a limité l’approche ultralibérale du gouvernement précédent. Le niveau de vie moyen a alors augmenté considérablement. La Russie a retrouvé non seulement le statut de grande puissance internationale du point de vue de ses capacités défensives, et notamment nucléaires, mais s’est à nouveau retrouvée dans le Top 10 des puissances économiques mondiales. Évidemment, certains «analystes» du mainstream n’ont pas manqué de dénigrer les résultats obtenus, affirmant qu’ils étaient dus presque uniquement aux prix élevés des hydrocarbures.

Vraiment? Et aujourd’hui donc? Alors que ces mêmes prix sont maintenus au plus bas et que la Russie fait face à une pression hors normes émanant des élites occidentales depuis plusieurs années, comment se fait-il alors que le pays non seulement tienne bon économiquement, mais en plus alloue des sommes très importantes, aussi bien pour des projets à l’intérieur de la Russie qu’à l’étranger?

Encore une fois, grand merci aux élites peu prévoyantes de l’Occident, qui connaissent bien mal la mentalité russe. Car au final, ils ont donné ce petit coup de pouce dont la Russie avait besoin. Lorsque je suis revenu à Moscou après mes études en France, j’ai insisté sur le fait que nous avions besoin d’une large diversification non seulement de notre économie, mais aussi de nos liens économiques. Malheureusement, il a fallu attendre un certain temps pour aller dans cette direction, mais le processus a bien été lancé.

Résultats, les pays instigateurs des sanctions perdent bien plus économiquement parlant que la Russie grâce à des contre-mesures efficaces. Mais ce n’est même pas l’essentiel. L’essentiel étant que les représentants d’un large nombre de secteurs de l’économie russe prient pour la poursuite des sanctions et contre-sanctions. En premier lieu le secteur agroalimentaire russe, qui a su tirer profit des occasions qui s’offraient à lui du fait des sanctions. Mais il est loin d’être le seul et désormais, la Russie mise à fond sur les exportations, créant même une sérieuse concurrence aux entreprises occidentales.

Et il ne s’agit pas là que d’hydrocarbures et d’armement, deux secteurs qui demeurent bien sûr stratégiques. La Russie est de plus en plus à la «mode» à tous les niveaux: automobile (notamment des 4×4), nouvelles technologies (produits IT et autres), jusqu’aux services éducationnels. Même les experts onusiens reconnaissant que le gouvernement russe a réussi à adapter efficacement son économie à la suite des sanctions engagées à son encontre.

Pendant ce temps, les entrepreneurs européens continuent à compter leurs pertes après avoir perdu le marché russe pour bien longtemps, pour certains probablement pour toujours. Leur niche a été rapidement prise par les producteurs nationaux russes et avec eux les professionnels d’un certain nombre de pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique.

Enfin, et bien qu’étant un produit du système éducatif européen, plus précisément français, je suis heureux que mes compatriotes aient dans l’ensemble cessé d’idéaliser nos voisins occidentaux. Nous avons beaucoup en commun avec les peuples d’Europe, mais tant que les gouvernements qui parlent et prennent des décisions au nom de ces peuples poursuivront leur politique hostile vis-à-vis de la Russie, nous serons obligés d’y répondre avec efficacité.

Oui, aujourd’hui nous pensons à nos propres intérêts et aux intérêts de nos alliés. Dernier point: que vous soyez désormais en Chine, au Venezuela, en Algérie, au Vietnam, en Iran ou ailleurs, ne soyez plus surpris d’entendre parler russe. La Russie est une puissance globale et le restera, n’en déplaise à certains.

La concurrence sera ferme. Certains vont devoir faire de la place.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707261032384577-sanctions-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le fossé se creuse entre Ankara et Washington

Ankara

La Turquie et les États-Unis font partie d’un bloc militaire commun, mais dans lequel les USA s’estiment être le chef absolu. Aussi, quand Ankara assume de plus en plus sa souveraineté, les divergences se concrétisent rapidement: Syrie, Qatar, sanctions antirusses, les pommes de discorde s’accumulent.

Officiellement, les États-Unis et la Turquie demeurent alliés dans le cadre de l’OTAN. Pourtant, la Turquie confirme une fois de plus qu’elle est à ce jour probablement le seul pays membre de l’alliance nord-atlantique à mener une politique globalement indépendante. Du moins certainement plus que tous les pays Ouest et Est-européens.

Quelques rappels s’imposent: tout d’abord, la Turquie a été le seul pays membre de l’OTAN à ne pas s’être joint aux sanctions contre la Russie voulues par Washington et largement suivies par les capitales de l’Europe bruxelloise. Un manque de «solidarité» clairement mal vu par le bloc occidental. Et malgré une crise majeure dans ses relations avec Moscou, qui a duré de novembre 2015 à juin 2016, Ankara a fait le premier pas vers la réconciliation et un retour à son partenariat stratégique avec la Russie. Mais ce n’est pas tout. Parallèlement au renforcement de ses liens avec la Russie, la Turquie a connu une vive détérioration de ses relations avec plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne.

Mieux encore, la Russie et la Turquie, en coordination avec l’Iran, ont joué un rôle clé dans le cessez-le-feu observé en Syrie depuis fin décembre 2016 et qui reste globalement respecté à ce jour. D’ailleurs, plusieurs groupes armés soutenus par la Turquie continuent à se joindre audit cessez-le-feu, ce qui permet à l’armée gouvernementale syrienne de poursuivre son offensive dans le désert de Syrie en vue d’anéantir une bonne fois pour toutes la secte Daech sur le sol syrien.

Par ailleurs et selon les informations toutes récentes émanant de hauts responsables syriens, plusieurs groupes dits de «l’opposition» syrienne, soutenue par la Turquie, se disent prêts à combattre l’autre secte takfiriste —Al-Qaida- en coordination avec Damas et Moscou. En d’autres termes, ils ont compris qu’ils ne pourront pas réaliser leur projet initial, à savoir faire tomber Bachar al-Assad et que la meilleure solution pour eux est donc d’initier un réel dialogue avec le pouvoir légitime syrien afin de pouvoir prétendre à son amnistie.

Revenons aux tensions de plus en plus évidentes de la Turquie avec les pays occidentaux. Elles ne se limitent désormais plus aux seuls pays ouest-européens et aux échanges de critiques virulentes, entorses aux droits de l’homme contre ingérence dans la politique intérieure turque. C’est désormais avec Washington que les relations se dégradent franchement. En effet, et depuis l’important soutien annoncé par les États-Unis aux groupes kurdes notamment les FDS opérant en Syrie, Ankara ne cache pas son inquiétude, voire son énervement. En effet et tout récemment, l’agence Anadolu —l’une des deux principales agences de presses turques- a publié les informations sur la localisation des forces spéciales américaines et françaises en Syrie. Washington s’est dit inquiet sur ces fuites qui selon lui «peuvent menacer les forces américaines». Fait qui confirme les désaccords de plus en plus évidents entre les deux pays, membres-clés de l’OTAN.

Sur le Qatar aussi, les positions semblent diverger. Si Washington semble privilégier son allié saoudien, Ankara (et Téhéran…) a pris fait et cause pour Doha dans la crise qui oppose cette dernière à plusieurs pays arabes, principalement l’Arabie Saoudite. Au point d’augmenter considérablement le contingent militaire turc présent au Qatar, le faisant passer de 150 à près de 3.000 soldats aux toutes dernières nouvelles.

Cela ne signifie pas pour autant que la Turquie quittera le navire de l’OTAN du jour au lendemain. Le pouvoir turc joue sur les contradictions entre ses partenaires pour servir ses intérêts nationaux. Une chose est sûre: vu le nombre de projets en cours et à venir avec la Russie, dans le domaine économico-commercial et même militaire, Ankara ne semble plus vouloir de tensions avec Moscou. Si au départ de la crise syrienne, la Turquie voulait absolument la chute du gouvernement syrien, depuis la normalisation des relations russo-turques et le retour au partenariat stratégique entre les deux pays, Ankara a beaucoup modéré sa position envers Damas, tout en coordonnant de plus en plus ses intérêts avec la Russie et l’Iran. Fait d’ailleurs reconnu avec inquiétude par plusieurs médias centraux.

Par ailleurs, la Turquie ne se fait pratiquement plus d’illusions quant à un éventuel avenir au sein de l’Union européenne, dans lequel d’ailleurs elle aurait certainement plus à perdre qu’à gagner. Enfin, ses relations avec «l’allié» étasunien deviennent de plus en plus compliquées. Reste évidemment la carte eurasiatique, de plus en plus soutenue par les citoyens de Turquie. Au pouvoir turc de bien l’utiliser. Pour quel résultat? Seul le temps nous le dira.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707211032312993-usa-turquie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Macron digne héritier de la Françafrique

Emmanuel Macron

Les déclarations de Macron ne laissent guère de place au doute: pour lui, en Afrique, le changement, ce n’est pas maintenant. Il a revêtu avec aisance les habits de la Françafrique qui ont tant profité à ses prédécesseurs et une réelle souveraineté économique et diplomatique des peuples africains n’est pas à l’ordre du jour.

Deux questions importantes animent les débats à l’heure actuelle en Afrique au sein des cercles souverainistes et panafricanistes. Tout d’abord celle du franc CFA, considéré par de nombreuses personnes comme une monnaie néocoloniale qui permet à l’ex-métropole de maintenir ses «anciennes» colonies dans un état d’asservissement. La deuxième question concerne la souveraineté pure et simple des États africains, en premier lieu d’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre, notamment sur la possibilité de mener une politique internationale indépendante et de créer des partenariats forts avec un certain nombre de pays du monde, notamment non-occidentaux.

Si sur la première question, Emmanuel Macron avait déclaré dans un entretien à Jeune Afrique (une semaine avant le premier tour des élections présidentielles françaises) que «c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes», tout en laissant entendre que selon lui le franc CFA avait de l’avenir, puisqu’«il contribue à la stabilité économique et à l’intégration régionale». À ce niveau, tout laisserait entendre qu’il ne voyait rien de mal à ce que les peuples africains puissent prendre des décisions, dans le respect de leur prétendue souveraineté.

Mais le souci pour de nombreux observateurs africains, c’est que dès qu’un dirigeant a le courage de contester le système existant entre la France et certains pays d’Afrique, le risque pour lui de mal finir augmente en conséquence. Tout le monde garde en mémoire le triste sort réservé au président ivoirien Laurent Gbagbo, qui avait justement «osé» remettre en cause plusieurs aspects des rapports franco-ivoiriens. Il est aujourd’hui emprisonné par la CPI, alors que les accusations émises à son encontre sont plus que douteuses. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois.

Une déclaration plus récente de Macron, toujours en rapport avec l’Afrique, ravive encore les tensions. En effet, juste après le sommet du G20 à Hambourg, répondant à une question d’un journaliste africain, le président français déclara: «Dans des pays qui font encore sept enfants par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien…». Au-delà du débat sur la justesse ou non d’avoir sept enfants par femme et du mépris que traduit cette déclaration choquante, les questions véritables sont ailleurs.

Tout d’abord, chaque nation est en principe souveraine. Si dans telle ou telle société, la démographie reste élevée, c’est une question intérieure qui ne concerne que ladite nation. En même temps (pour reprendre une des antiennes favorites de Macron), il est vrai que faire beaucoup d’enfants alors que l’on est déjà dans une situation économique difficile n’est probablement pas la meilleure solution.

Mais alors posons-nous la question suivante: comment se fait-il que plusieurs pays africains possédant des ressources naturelles impressionnantes se retrouvent dans une telle situation? Certains diront qu’il s’agit de la mauvaise gestion et dans plusieurs cas c’est vrai. Mais comme par hasard, cette mauvaise gestion se retrouve principalement dans des pays encore sous influence occidentale et notamment française, en d’autres termes sous domination néocoloniale. Comment se fait-il que la Guinée équatoriale (très stigmatisée par les médias occidentaux) ait un niveau de vie de plusieurs fois supérieur à celui du Gabon voisin, considéré par certains experts comme «la réserve pétrolière de la France» et qui fait justement partie plus qu’intégrante de ce fameux système de la Françafrique? Relevons au passage que les deux pays ont une démographie et des ressources comparables. Comment se fait-il que la France puisse prendre jusqu’à 95% du revenu sur l’exploitation de telle ou telle ressource africaine et affirmer que cela est normal?

Examinons aussi le cas de l’Angola. Ce pays lusophone, avec un taux de fécondité de 5,3 enfants par femme a traversé de très longues années de guerre, d’abord pour son indépendance contre le Portugal, puis une guerre civile de 27 ans, provoquée par la CIA et le régime d’apartheid sud-africain de l’époque. Il se permet pourtant d’accueillir des dizaines de milliers de migrants portugais (plus de 200.000 aux dernières nouvelles) et même d’en expulser plusieurs milliers par an pour violation des délais de séjour, tandis que d’autres Africains au péril de leur vie sont prêts à tout pour se retrouver en Europe? Beaucoup d’ailleurs périssent en mer Méditerranée, parmi eux beaucoup de représentants d’Afrique francophone. La réponse est relativement simple: l’Angola, au prix de nombreux sacrifices et du soutien accordé par l’URSS et Cuba, a pu arracher sa souveraineté tellement convoitée par les forces néocoloniales. Les pays francophones de l’Ouest et du Centre africain en sont encore loin.

Reconnaissons que la critique va dans les deux sens. D’un côté, la France, ou plutôt les élites de l’Élysée, font tout pour garder leur mainmise sur leurs «ex» colonies, au besoin par la force armée si un dirigeant africain dérange lesdits intérêts. Ce fut le cas en Côte d’Ivoire, pays riche en termes de ressources naturelles, mais dont les citoyens, surtout les jeunes, continuent à émigrer en masse.

D’un autre côté, certains Africains gagneraient à comprendre que le combat pour la souveraineté est une lutte de longue haleine. Si les Angolais, tout comme plusieurs peuples d’Amérique latine, ne s’étaient pas battus jusqu’au bout contre les forces néocoloniales, ils feraient certainement encore partie de l’arrière-cour néocoloniale. De même, ils doivent réaliser que ce ne sont certainement pas des forces extérieures qui viendront libérer l’Afrique à la place des Africains eux-mêmes. Ce n’est qu’une fois que l’on dispose de sa souveraineté qu’il est possible de forger des alliances et des partenariats qui assureront au mieux les intérêts des peuples concernés. Ce qu’on appelle aussi le partenariat gagnant-gagnant.

Quant au fait d’avoir une démographie élevée, mis à part l’exemple africain de l’Angola, il suffit de prendre l’exemple de l’Inde. Avec ses 1,3 milliard d’habitants, elle est une grande puissance régionale et internationale, dont le développement ne cesse d’impressionner. Mais différence de taille: l’Inde comme l’Angola sont des nations souveraines. D’ailleurs, ce sont loin d’être les seuls exemples. Pour se défendre, les élites occidentales, y compris françaises, aiment agiter «la menace chinoise» dans les médias mainstream, à savoir que la Chine les pousseraient définitivement hors d’Afrique s’ils laissaient faire les choses. Mais un partenariat honnête s’impose non pas par les armes et la menace, mais bien par une concurrence loyale, en présentant au mieux ses atouts. Et la France n’en manque pas. Pourtant, sa politique ouvertement néocoloniale et agressive en Afrique d’un côté et de soumission aux intérêts atlantistes US de l’autre, peuvent anéantir ses chances. Quant à la Chine, son respect de la souveraineté de l’Afrique et son principe de non-ingérence dans les affaires intérieures africaines, tout en pensant évidemment à ses propres intérêts, font qu’elle est de plus en plus appréciée sur le continent africain, malgré les campagnes médiatiques contre elle.

Les sondages d’opinion organisés dans plusieurs pays africains montrent d’ailleurs bien qui à, la cote et qui l’a de moins en moins.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707101032177408-macron-francafrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand la Russie et la Chine se lancent dans la bataille médiatique

Xi Jinping et Vladimir Poutine

Économie, diplomatie, coopération militaire, les liens entre Moscou et Pékin ne cessent de se renforcer. À l’occasion du dernier sommet sino-russe, Poutine et Xi ont ouvert un nouveau chantier, celui de la coopération médiatique. Car promouvoir la multipolarité passe aussi par la lutte contre les fake news diffusés par les médias mainstream.

La visite du Président chinois en Russie était attendue. Il est vrai que Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont rencontrés 22 fois depuis l’accession du premier à la tête de l’État chinois, mais c’est à chaque fois un événement important pour les deux nations: il suffit pour cela d’observer le nombre de sujets d’intérêt réciproque traité à chaque fois.

Cette énième rencontre Poutine-Jinping devrait confirmer les observations recueillies lors des précédentes rencontres: ils ne viennent pas inaugurer les chrysanthèmes et des résultats concrets, aussi bien au niveau des interactions économiques que de la coordination géopolitique, devraient sortir de ces échanges.

Avant même d’arriver pour sa visite officielle de deux jours en Russie, Xi avait déjà annoncé la couleur en parlant de la crise syrienne: «La partie russe joue un rôle important et positif dans le règlement syrien, nous l’apprécions».

Connaissant généralement la modération —sur n’importe quel sujet d’ailleurs- de l’élite chinoise, cette déclaration éclaire la position de Pékin vis-à-vis de la crise en Syrie, et notamment les nombreux vétos chinois au Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie, en soutien de la position russe face aux résolutions du trio occidental USA-Grande-Bretagne-France.

Convergence d’approche également sur un autre dossier d’actualité internationale, celui de la Corée du Nord. Tout en appelant Pyongyang à la retenue, «les deux parties se prononcent contre la présence militaire de forces extérieures en Asie du Nord-est et contre son renforcement sous prétexte de la nécessité de contrer les programmes balistiques et nucléaires nord-coréens». Un message clairement adressé au pays qui s’invite de lui-même dans la région, dans une pure logique néocoloniale et unipolaire, à savoir les États-Unis.

À ce propos, rappelons qu’il y a quelques jours, des chasseurs et navires chinois ont été obligés d’avertir le destroyer étasunien USS Stethem, qui avait croisé en mer de Chine méridionale, dans les eaux des îles Paracels, que la Chine considère comme siennes. En outre de la réaction militaire, la diplomatie chinoise a qualifié le passage dudit destroyer de provocation militaire et de violation du droit international et de sa souveraineté. En outre, n’oublions pas la mise en garde chinoise à l’adresse des USA quant au désir de ce dernier de livrer des armes à Taiwan, que Pékin considère comme une province rebelle de la Chine unifiée.

Lors de cette nouvelle rencontre au sommet russo-chinoise, le volet économique ne fut évidemment pas en reste non plus. De nombreux accords ont été signés (une quarantaine au total) pour une valeur avoisinant l’équivalent de 10 milliards de dollars. Rappelons que le volume des échanges bilatéraux en 2016 a augmenté de 4% pour dépasser 66 milliards de dollars, tandis que pour les seuls quatre premiers mois de 2017, on observe une augmentation de 37% (24,5 milliards de dollars). Par ailleurs, le gouvernement russe a confirmé une fois de plus son plein soutien à l’initiative chinoise de la Nouvelle route de la soie. Ce grand projet logistique, «Une Ceinture, une Route», a été initié par Xi Jinping et prévoit de connecter les pays de l’Eurasie via une liaison ferroviaire et maritime de grande envergure.

Aussi, le Fonds russe d’investissements directs et la Banque de développement de Chine ont-ils convenu de mettre en place un fonds commun de placement à hauteur de 65 milliards de yuans (l’équivalent de près de 10 milliards de dollars). Les deux pays se sont également mis d’accord sur la poursuite de l’élargissement de l’utilisation des monnaies nationales dans leurs projets et échanges bilatéraux.

Moscou et Pékin prévoient également de développer leurs liens au travers d’organisations telles que les BRICS et l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Mais un «nouveau» domaine est venu s’inviter dans les discussions, et très d’actualité, celui de la coopération au niveau médiatique. Les deux pays faisant constamment face aux attaques informationnelles émanant principalement des médias mainstream occidentaux, le temps est donc venu d’une plus large interaction dans cette sphère. Ainsi, Margarita Simonyan, rédactrice en chef de Sputnik et RT a-t-elle appelé «à lutter ensemble contre le terrorisme médiatique et les fake news du mainstream».

La Russie et la Chine ont donc signé l’» Accord sur l’interaction dans la sphère médiatique», confirmant ainsi une fois plus la vision multipolaire qui caractérise les deux puissances. Une chaîne TV russe (Katioucha) verra sous peu le jour en Chine. Et ce ne sera probablement que le début d’un large partenariat dans ce domaine.

Last but not least, le président chinois a reçu de Poutine la plus haute récompense de l’État russe, l’Ordre de Saint-André, pour son infaillible soutien au développement des relations sino-russes. Xi Jinping, clairement ému, déclarera: «En mars 2013, juste après mon élection au poste de Président de la République populaire de Chine, la Russie a été le premier pays étranger que j’ai visité (…). Depuis lors, nous nous sommes rencontrés 22 fois, selon mes calculs. Ainsi, la Russie est-elle devenue le pays que j’ai visité le plus souvent. Et parmi les dirigeants étrangers, c’est avec vous, M. Poutine, que je maintiens les contacts et les relations les plus étroits».

Que les jaloux et les «sceptiques» de cette alliance russo-chinoise en prennent note. La Russie et la Chine renforcent leur alliance stratégique. Mais ce n’est que le début. Le meilleur est à venir. N’en doutez pas!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707051032118163-russie-chine-media/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Organisation de coopération de Shanghai: élargissement confirmé

Le Sommet des chefs d'États de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS)

La multipolarité est un processus complexe. Complexe, ne serait-ce que pour la raison d’une vive opposition à la nouvelle réalité de la part des nostalgiques du système unipolaire des relations internationales, ayant suivi la chute de l’URSS. Néanmoins, rien ne semble pouvoir arrêter ce train multipolaire.

Astana, qui reçoit déjà les négociations sur la Syrie, accueille en ce moment le Sommet des chefs d’États de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Fait majeur de ce sommet de deux jours: l’entrée officielle de deux nouveaux membres, à savoir l’Inde et le Pakistan en tant que membres désormais à part entière de l’organisation. Pour rappel, l’OCS a été lancée en 2001 par six pays: la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l’Ouzbékistan (cinq pays d’ex-URSS et l’Empire du Milieu).

En outre, l’organisation compte quatre membres-observateurs: l’Iran, la Biélorussie, l’Afghanistan et la Mongolie. Et six États partenaires de discussion: l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Turquie, le Cambodge, le Népal et le Sri Lanka.

Et depuis que deux nouveaux poids lourds que sont l’Inde et le Pakistan se sont joints aux six pays-fondateurs, l’OCS représentera désormais une union de plus de trois milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale. Par ailleurs, les États-membres de l’OCS s’étendent sur près de 23% des terres immergées et produisent environ un quart du PIB mondial.

Un accent important est mis sur la sécurité collective et la lutte antiterroriste dans l’agenda de travail des pays-membres. En ce sens, un autre fait majeur devrait avoir lieu dans un avenir proche: l’Iran devrait passer du statut d’observateur à membre de plein droit. Une initiative largement soutenue par la Russie. En effet et depuis les récents attentats terroristes ayant visé la capitale iranienne Téhéran, il va de soi qu’une interaction encore plus importante dans le domaine sécuritaire doit avoir lieu. D’autant plus que certains pays ne cachent pas leur haine ouverte envers l’État iranien, notamment les États-Unis, l’Arabie saoudite et bien sûr Israël.

Autre fait intéressant et dont il faut tenir compte: l’OCS, à l’instar de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, formée par la Russie, l’Arménie, le Kazakhstan, la Biélorussie, le Kirghizistan et le Tadjikistan) est clairement vu comme un adversaire de l’Otan du point de vue des capacités militaires et des visions stratégiques. En effet et au-delà de l’aspect militaire, il y a aussi autre chose qui les sépare. L’OCS est partisan d’un système multipolaire du monde, tandis que l’Otan continue de défendre corps et âme l’unipolarité bâtie à la chute de l’URSS, aujourd’hui révolue.

Et si dans l’Otan les États-Unis jouent clairement le rôle du premier violon (et du chef d’orchestre par la même occasion), au niveau de l’OCS on observe une structure beaucoup plus égalitaire, même si la Russie et la Chine se démarquent par leurs puissances par rapport aux autres membres. Last but not least, si dans l’Otan les divergences des pays membres s’accentuent clairement à l’heure actuelle, notamment entre la Turquie et les pays occidentaux, l’OCS peut au contraire être vue comme une plateforme à succès des consensus. Les divergences existantes entre l’Inde et le Pakistan ne les ont pas empêchés de rejoindre simultanément l’organisation et avant cela dans une moindre mesure les quelques désaccords sino-indiens n’ont aucunement stoppé l’intégration de l’Inde. C’est d’ailleurs aussi ce qui caractérise cette idée même du concept multipolaire: chercher et trouver des consensus. À condition évidemment de le souhaiter vraiment. Dans le cas de l’Otan, lorsque le schéma était dès le départ bâti sur d’autres « valeurs », c’est logiquement beaucoup plus compliqué. Et donc, à un moment ou à un autre, il faut s’attendre à ce qu’un pays désireux de prendre en main sa souveraineté et ses intérêts nationaux finisse par claquer la porte.

Une chose est sûre. L’OCS a de beaux jours devant elle. Et maintenant que l’Inde et le Pakistan font eux aussi partie intégrante de l’organisation, le travail peut commencer pour une intégration de plein droit de l’Iran. L’OCS n’en sortira que renforcée et avec elle tous les partisans de la multipolarité.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706091031767341-ocs-elargissement/

Mikhail Gamandiy-Egorov