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Les perspectives d’intégration du Maroc dans la CEDEAO

Maroc

La Maroc va-t-il intégrer la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest? C’est l’un des enjeux du «Forum du Sud», qui se tient à Tanger. Et la candidature de Rabat semble être en bonne voie, tant ses avantages politiques, économiques et stratégiques sont mis en avant par les participants.

Le Maroc a sa place dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). C’est ce qui ressort de l’avis de la majorité des participants au «Forum du Sud» MEDays 2018, qui a entamé ses travaux dans la ville marocaine de Tanger.

Comme chaque année, cet événement se consacre aux principales questions géostratégiques, politiques, économiques et sociales des pays du Sud, notamment africains. Il est organisé par l’Institut Amadeus, le principal think-tank marocain et l’un des principaux en Afrique. «À l’ère de la disruption: bâtir de nouveaux paradigmes», tel est l’objectif annoncé cette année.

Durant cette édition 2018, un large éventail de sujets sera discuté en marge du forum, axés aussi bien sur les relations intra-africaines que sino-africaines, au moment où Pékin est devenu le principal partenaire économico-commercial du continent. Un atelier sera ainsi consacré à l’initiative d’affaires Chine-Afrique, avec la participation de hautes personnalités aussi bien africaines que chinoises.

Mais le thème majeur de cette édition 2018 concerne l’intégration marocaine dans la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), un sujet d’importance stratégique pour le Royaume et largement discuté au sein de cette structure, chargée de coordonner les actions des pays d’Afrique de l’Ouest ainsi que de promouvoir la coopération économique et monétaire ouest-africaine.

C’était d’ailleurs le sujet auquel a été consacrée la première discussion du forum: l’initiative marocaine dans la CEDEAO. Le mot d’ouverture a été accordé à Brahim Fassi Fihri, le président de l’Institut Amadeus, qui a fermement rappelé l’appartenance du Maroc au continent africain malgré les séquelles laissées par la colonisation. Il a également insisté sur les avantages pour les deux parties qu’aurait l’intégration du Maroc dans la CEDEAO.

Ont également pris part à la discussion l’ex-Président béninois Thomas Boni Yayi, le président du parlement de la CEDEAO Moustapha Cissé Lo, le ministre des Affaires étrangères du Cap-Vert Luis Filipe Lopes Tavares, le ministre de l’Économie et des Finances du Mali Boubou Cissé, l’ex Premier-ministre malien Moussa Mara, le conseiller spécial du président sénégalais et ex-ministre des Affaires étrangères du Sénégal Mankeur Ndiaye, le vice-président de la Confédération générale des entrepreneurs marocains Faiçal Mekouar, le directeur de l’Institut royal des études stratégiques (IRES) Mohamed Tawfik Mouline et encore la directrice du département des marchés internationaux à l’Agence marocaine pour les investissements et le développement de l’export (AMDIE) Sanae Lahlou, entre autres. Le modérateur de la discussion n’était autre qu’Amine Laghidi, le vice-président du Conseil africain des mines et de l’énergie.

Bien que plusieurs intervenants aient rappelé les profonds liens politiques, religieux et culturels qui unissent le Maroc avec les pays composant la CEDEAO, un accent particulier a néanmoins été mis sur les avantages économiques réciproques qu’aurait l’entrée du Maroc dans la communauté. En effet une telle intégration, selon l’avis des experts économiques participant à la discussion, permettrait sans tarder à la communauté réunie de devenir la 15ème puissance économique mondiale. Et d’ici l’horizon 2030 de faire partie des 10 principales économies du monde.
À ce titre, les participants ont aussi souligné que le Maroc est aujourd’hui classé premier en termes d’investissements directs en Afrique de l’Ouest. Les entreprises marocains prospèrent dans la région dans divers domaine: services bancaires, assurance, industrie pharmaceutique, pour ne citer que ceux-là. Le Royaume participe également activement à la formation des étudiants en provenance d’Afrique de l’ouest. D’ailleurs, pour beaucoup de ces jeunes Africains, le Maroc a non seulement été le pays de leurs études, mais est également devenu celui de leur carrière professionnelle.

Plus généralement parlant, il est aujourd’hui clair que l’exemple de l’interaction du Maroc avec l’Afrique subsaharienne confirme le bien-fondé d’une interaction Sud-Sud, sans interventionnisme extérieur. Et vu l’ouverture de plus en plus évidente de Rabat envers les puissances non-occidentales, notamment celles des BRICS, il paraît aujourd’hui évident que le Maroc peut confirmer sa position de carrefour stratégique, aussi bien sur le plan géoéconomique que géostratégique.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201811071038806127-perspectives-integration-maroc-cedeao/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Premier Forum social russo-africain: pour un envol des relations bilatérales

Afrique

Les relations russo-africaines ont le vent en poupe. Le premier Forum social russo-africain à Moscou confirme l’étroitesse des liens entre l’Afrique et la Russie. Un succès qui en annonce d’autres, puisque cet événement prépare notamment le premier Sommet Afrique-Russie de 2019. Retour sur un colloque riche en enseignements.

C’est une innovation dans la relation entre la Russie et les pays africains: l’African Business Initiative a organisé le premier Forum social russo-africain à Moscou.

Cette rencontre, organisée dans le cadre de la promotion des relations russo-africaines, notamment au niveau économico-commercial, prépare le terrain au premier forum d’affaires, et surtout au premier Sommet Afrique-Russie, qui devrait avoir lieu en 2019.

Y ont pris part des représentants russes et africains du monde diplomatique, politique, scientifique, des affaires, des médias et de la société civile. De nombreux représentants africains étaient d’ailleurs diplômés des universités soviétiques et russes. Côté pays hôte, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, ainsi que le vice-ministre des Affaires étrangères et représentant spécial du président russe pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Mikhail Bogdanov, étaient présents.

Ce colloque comprenait plusieurs séances plénières et tables rondes, qui ont couvert presque tous les sujets d’intérêt russo-africain. Plusieurs points importants ont été soulevés, notamment l’objectif d’augmenter considérablement le nombre d’étudiants africains dans les universités russes, de faciliter aux étudiants l’accès aux stages et au marché du travail russe durant leurs études et d’assurer le suivi des succès post-études des diplômés africains. Sur le plan des affaires, l’accent a été mis sur la nécessité de collaborer dans un esprit gagnant-gagnant, de créer des projets avec une responsabilité sociale des entreprises et bien sûr la création d’emplois pour les populations africaines.

Sur le plan politico-diplomatique, M. Lavrov n’a pas manqué de rappeler plusieurs points importants, des points ayant reçu l’approbation des participants, dont deux méritent une attention particulière. Le ministre des Affaires étrangères a souligné que «la Russie n’a pas à se reprocher des crimes coloniaux. Au contraire, elle a accompagné les luttes d’indépendance en Afrique». Il a aussi martelé un slogan —«aux problèmes africains, des solutions africaines»- qui mettait l’accent sur le respect de la souveraineté de l’Afrique, tellement de fois remise en cause par certains États.

La Russie en Afrique peut déjà compter sur plusieurs atouts: absence d’histoire coloniale, soutien aux luttes d’indépendance des nations africaines, mais également durant la période post-indépendance; en outre, la Russie n’a jamais pillé les ressources du continent. À ce titre, le Dr Edimo Mongory, économiste camerounais qui est récemment intervenu en qualité d’expert dans l’une des émissions de la chaîne TV Afrique Média —la télévision panafricaine- a déclaré que «la Russie est probablement le seul pays du monde qui a plus donné à l’Afrique qu’il n’en a pris». Déclaration difficilement contestable.

L’autre atout évident de la Russie en Afrique, ce sont effectivement les milliers de cadres africains ayant été formés dans les universités soviétiques et russes et qui, dans leur grande majorité, continuent de porter le pays de leurs études dans leur cœur. Plusieurs d’entre eux occupent aujourd’hui des positions de haut rang dans leurs pays respectifs.

Mais ce qui peut paraître paradoxal, c’est qu’au-delà des amis naturels de la Russie sur le continent africain —comme ces diplômés- la Russie peut compter sur des milliers de représentants de la société civile africaine, notamment de la jeunesse, qui bien que n’ayant pas été formés sur le sol russe et ne parlant pas la langue de Pouchkine, soutiennent néanmoins activement la politique actuelle de la Russie. Et c’est probablement cette jeunesse aussi qui jouera un rôle stratégique dans la suite des relations Afrique-Russie, n’en déplaise aux détracteurs de la Russie et de sa présence en Afrique.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201810241038623076-russie-afrique-relations-forum/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi la présence russe en Afrique inquiète tellement l’Occident?

Centre de Bangui

Le plein retour de Moscou sur le continent africain provoque une véritable hystérie dans les cercles occidentaux. Si il y a quelques années encore, les paroles sur un tel retour faisaient sourire les élites occidentales, depuis que la Russie post-soviétique est passée à l’action, le sourire a subitement disparu…

Agitation diplomatique, matraquage médiatique, pressions politiques, les élites occidentales, notamment celles de l’Hexagone ne reculent désormais devant rien pour tenter à tout prix de maintenir leur prétendu « pré-carré » en Afrique, et empêcher une prise de souveraineté digne de ce nom au niveau de nombre de pays du continent. En effet et si l’on suit les titres de nombreux médias mainstream, francophones comme anglophones, l’heure est nettement à l’inquiétude. France 24, BBC, RFI, New York Times, Jeune Afrique et d’autres — tous « s’interrogent » sur les « motivations » et les capacités de Moscou en Afrique.

En réalité, cette inquiétude est assez compréhensible. Car ils savent que ce retour russe en terre africaine, frappera indéniablement le système que l’Occident a longtemps imposé au continent l’un des plus riches en termes de ressources naturelles et humaines, mais si longtemps dénigré avec des clichés promus par les mêmes médias mainstrimois. Souvenez-vous d’ailleurs des premiers pas de la Chine en Afrique: moqueries occidentales d’abord sur les capacités de Pékin, puis — lorsque la Chine commencera à s’imposer lancement de vastes campagnes anti-chinoises, notamment via les instruments médiatiques, pour enfin se rendre à l’évidence: la Chine a bel et bien réussi à s’imposer et malgré toutes les critiques dont elle peut faire face, le constat est sans appel, les Africains en majorité préfèrent Pékin à l’Occident.

Le retour russe fait d’autant plus peur aux Occidentaux pour plusieurs raisons. Tout d’abord car désormais la concurrence sino-occidentale pourrait entrevoir l’élargissement de cette opposition en deux blocs antagonistes, un peu dans le style du Conseil de sécurité de l’ONU: russo-chinois d’un côté et occidental de l’autre. Certes, les intérêts de la Russie en Afrique ne sont pas forcément ceux de la Chine, et vice-versa. Mais globalement parlant, il est aujourd’hui clair que Moscou et Pékin pourraient être en Afrique beaucoup plus partenaires que concurrents, et ce bien évidemment au détriment des intérêts occidentaux. Car faut-il le rappeler les domaines de compétence de la Chine en Afrique ne sont pas forcément ceux de la Russie, et les domaines d’expertise russe ne sont pas forcément ceux de la Chine. Ce qui signifie que les deux pays peuvent réellement se compléter, tout en respectant chacun la souveraineté des nations africaines. Cette complémentarité pourra d’ailleurs se faire aussi bien dans le cadre des projets liés à l’alliance BRICS, que dans le cadre des accords bilatéraux russo-chinois.

Autre point tout aussi important: celui de la popularité évidente de la Russie actuelle auprès d’une large partie de la population africaine. En effet et cela pourrait paraitre paradoxal: alors que la Russie avait perdu nombre de ses positions en Afrique à la chute de l’URSS, et que la jeunesse africaine actuelle n’a pas connu la période de la guerre froide, la politique extérieure russe contemporaine séduit justement un bien large nombre de représentants de cette jeunesse d’Afrique. Sans oublier évidemment la génération plus âgée — celle justement qui garde en mémoire l’apport décisif de la Russie soviétique dans la libération du continent du colonialisme, mais aussi dans le soutien qui fut accordé pour permettre à de nombreux Etats nouvellement libérés d’aller de l’avant. Et à ce niveau aussi, Moscou n’a pas de quoi rougir. Il suffit d’observer un pays comme l’Angola, qui malgré de nombreuses attaques visant sa souveraineté, notamment des régimes US et sud-africain version apartheid, ait non seulement pu résister grâce au soutien décisif de Moscou et de La Havane, mais ait pu devenir un pays prospère, dont les citoyens n’immigrent pas ou peu, à l’énorme différence des pays faisant partie du cercle vicieux nommé « Françafrique », pourtant disposant eux aussi de fort importantes ressources naturelles.

Et enfin, comme résultat des deux points précédents, les élites atlantistes comprennent parfaitement aussi que les succès des collaborations russo-africaines, comme c’est d’ailleurs actuellement le cas par exemple entre Moscou et Bangui, deviendront au final comme une vague, si ce n’est pas un tsunami, pour toute présence ultérieure occidentale sur ce continent. Et bien que les élites politico-médiatiques de l’Occident, et notamment françaises, s’obstinent à refuser de reconnaitre qu’ils doivent beaucoup à l’Afrique, le temps de rendre des comptes s’approche à un rythme élevé. Ajoutez à cela une autre réalité que l’establishment occidental aura beaucoup, mais vraiment beaucoup de mal à accepter: celui de perdre le contrôle sur les ressources naturelles africaines, à un moment de l’histoire où les notions de patriotisme et de souveraineté ont clairement le vent en poupe. En Afrique, le panafricanisme, comme lors de la guerre froide, s’impose de nouveau. Et malgré la vive opposition occidentale, la réalité sera ce qu’elle sera. Le monde, dont l’Afrique est membre à part entière, ne peut être que multipolaire.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201809141038077891-presence-russie-afrique-occident-reaction/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Centrafrique: stabilisation russe contre chaos français

Centrafrique

Les relations qu’entretiennent Moscou avec la Centrafrique ne sont pas du goût de tout le monde. Alors que les échanges diplomatiques, politiques économiques, ou militaires s’approfondissent entre Moscou et Bangui, Paris enrage. La France estime en effet que la Centrafrique fait partie de son «pré carré» et fait tout pour le conserver.

Après sa défaite en Syrie, l’Occident politique —et notamment l’Élysée- digère très mal le retour de la Russie sur le continent africain. Un continent que la Russie n’a non seulement jamais colonisé, mais a plus qu’activement soutenu dans ses mouvements de décolonisation et de libération nationale.

En effet, Paris est furieux d’observer la formation d’une alliance Moscou-Bangui, alors que l’Élysée considérait jusqu’à encore très récemment la République centrafricaine comme partie intégrante de son prétendu «pré-carré». Les choses ont évidemment radicalement changé après l’arrivée de la Russie pour équiper, mais surtout former les Forces armées centrafricaines (FACA), permettant aux deux pays de passer à une nouvelle étape de leurs relations bilatérales. Des relations fondées sur une base légitime, la Russie ayant été invitée par les autorités légales du pays… Si certains dressent une parallèle avec l’approche russe en Syrie, ils ont probablement raison.

Mais la Russie ne se limite pas et plus à la livraison d’équipements militaires à Bangui, ni à la formation des forces armées nationales. Les deux nations développent également leur coopération économique, notamment après l’impulsion donnée par le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF 2018) de mai dernier, auquel avait d’ailleurs assisté le chef d’État centrafricain en qualité d’invité spécial du président Poutine. Par ailleurs, Moscou apporte un soutien humanitaire à Bangui avec la livraison aux populations centrafricaines de plusieurs lots de médicaments et d’hôpitaux mobiles, y compris dans les zones qui jusqu’à encore récemment étaient sous contrôle de groupes armés.

Enfin, la Russie fait un énorme travail de médiation pour permettre une réconciliation nationale et un retour à l’ordre constitutionnel sur toute l’étendue du territoire centrafricain. Chose que la France n’a jamais faite. Et ne fera pas.

Par contre, la France, à l’instar des élites occidentales en général, tente par tous les moyens de mettre des bâtons dans les roues de cette coopération russo-centrafricaine. Et ce, sur plusieurs fronts: en livrant des armes aux groupes armés les plus radicaux, en mettant la pression sur ces mêmes groupes pour qu’ils ne se joignent pas au dialogue proposé par le président Faustin-Archange Touadéra. Et plus généralement comme ce fut le cas depuis les siècles de sa politique coloniale, en tentant de diviser par tous les moyens, pour toujours mieux régner et… piller.
À ce titre, la France coordonne à l’heure actuelle une rencontre à N’Djamena, la capitale tchadienne, entre plusieurs représentants des groupes armés illégaux, pour faire pression sur le gouvernement centrafricain et le forcer à redevenir docile, notamment en imposant un départ à la Russie de la RCA tout en souhaitant limiter le mandat du Président. D’ailleurs, des menaces ouvertes sont proférées par lesdits groupes armés quant à une éventuelle opération armée contre les autorités du pays. Le tout bien évidemment avec la «bénédiction» et la participation active de Paris.

Sauf que le contexte a changé. Au-delà du fait, désormais bien connu, que la Russie ne lâche pas ses alliés, les Centrafricains, à l’instar de millions d’habitants d’autres pays d’Afrique, connaissent désormais parfaitement le jeu mené par l’ex-puissance coloniale: on écoutera à titre d’illustration le micro-trottoir réalisé dans les rues de Bangui par Afrique Média, la grande chaîne panafricaine:

Les Centrafricains interrogés n’y mâchent pas leurs mots et expriment très clairement leur préférence pour la Russie face à la France. Et l’hystérie élyséenne est tout à fait compréhensible, sachant que ces opinions sont loin, très loin, que de se limiter à la Centrafrique. Chaque chose a une fin. La politique néocoloniale française, et occidentale en général, en Afrique aura une fin elle aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808071037549940-centrafrique-russie-france-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Présidentielle au Zimbabwe: le peuple a fait son choix

Emmerson Mnangagwa

Au Zimbabwe, le Président en exercice, Emmerson Mnangagwa, a remporté l’élection présidentielle. Retour sur les perspectives qui s’ouvrent au pays, tant sur le plan intérieur qu’extérieur.

Il fallait s’y attendre: le favori de la présidentielle zimbabwéenne est bel et bien le vainqueur du scrutin, et ce dès le premier tour, avec 50,8% des suffrages. La page de l’ère Mugabe, qui reste et restera une grande figure de la lutte contre le néo-colonialisme occidental, semble se tourner. Une chose demeurera quant à elle inchangée: le Zimbabwe défendra tout aussi jalousement son indépendance et sa souveraineté.

Emmerson Mnangagwa, leader de l’Union nationale africaine du Zimbabwe — Front patriotique (ZANU-PF), le parti au pouvoir depuis l’indépendance du pays, représente en effet aux yeux de nombre de ses concitoyens un espoir de renouveau, avant tout dans le domaine économique, et de création d’emplois, surtout pour les jeunes. Et si, dans la capitale Harare, l’opposant Nelson Chamisa a clairement recueilli plus de voix que le Président, alors encore sortant, il est évident que ce dernier jouit dans les régions d’une popularité bien plus importante.

De l’aveu de beaucoup observateurs, notamment étrangers, venus en nombre à ces élections, le scrutin s’est déroulé dans la transparence, le respect des normes démocratiques et dans le calme. Plusieurs d’entre eux n’ont d’ailleurs pas manqué de relever qu’un vent de liberté soufflait durant le déroulement du processus électoral. Il est pratiquement certain que l’establishment occidental aurait largement préféré une issue différente à ce scrutin, sachant que le candidat Nelson Chamisa est clairement sympathisant du camp occidental, sans oublier ses menaces vis-à-vis des intérêts chinois au Zimbabwe.

Mais l’Occident devra s’y faire: la souveraineté et la dignité de ce pays ne sont pas négociables, et ce malgré les problèmes qui restent à résoudre sur le plan intérieur. Quant à l’opposition, elle devrait respecter le choix des urnes. Et surtout éviter de prendre part aux tentatives de déstabilisation que certaines forces bien connues souhaiteraient évidemment mettre en œuvre. Une opposition qui se sachant perdante avait commis avant même la proclamation des résultats par la Commission électorale plusieurs actes de violence, avec comme conséquences des victimes à déplorer.

Il faudrait pour conclure comprendre plusieurs choses: d’abord, les scénarios à l’occidentale des révolutions de couleur auront de plus en plus de mal à fonctionner, sachant que les peuples sont de plus en plus aux aguets. Ensuite, les populations africaines sont certainement même largement plus en avance de ce point de vue que les sociétés occidentales. Enfin, l’option à toujours privilégier étant le dialogue national pour régler les différends existants, sans aucune interférence extérieure et dans le strict respect de la souveraineté du pays. Le Zimbabwe avait fait preuve de beaucoup de maturité politique au moment de la démission de Robert Mugabe, en novembre dernier. La transmission de pouvoir s’était alors faite sans coup de feu, sans violences, et dans le strict respect de la personne du Président qui reste pour beaucoup l’incarnation de la lutte nationale pour l’indépendance et contre l’impérialisme. Aujourd’hui, la nation zimbabwéenne a fait de nouveau preuve de maturité lors de ces élections. Ce qui inspire l’optimisme concernant son avenir. Il ne reste donc plus qu’à souhaiter que le pays puisse effectivement aller de l’avant pour régler les problèmes existants, tout en continuant à travailler avec ses partenaires stratégiques, aussi bien d’Afrique qu’au-delà, en premier lieu la Chine et la Russie.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808031037503115-presidentielle-zimbabwe-mnangagwa/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Coopération BRICS-Afrique et jalousie occidentale

BRICS

La coopération entre les principales puissances émergentes et non-occidentales avec le continent africain avance à un rythme fort élevé. Après la Chine, l’Inde et le Brésil, la Russie est elle aussi de nouveau active en Afrique. L’Afrique du Sud appartenant elle-même à ce continent.

Le 10e sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se déroule actuellement dans la ville sud-africaine de Johannesbourg qui marque un rappel important que l’un des membres de l’alliance est africain. Mais aussi que l’Afrique a une place particulière pour les BRICS dans leur ensemble. La Chine s’est déjà imposée pratiquement partout sur le continent, en apportant ce dont les Occidentaux n’ont jamais voulu s’occuper, tout en évitant de se mêler des affaires intérieures africaines, se référant au respect de la souveraineté des pays d’Afrique. L’Inde est également active dans plusieurs pays du continent, notamment dans la partie anglophone. Le Brésil aussi, dans la partie lusophone. Enfin, la Russie a désormais confirmé son plein retour et son interaction privilégiée avec l’Afrique — une relation historique qui devait forcément renaître, même si les époques sont différentes. C’est aujourd’hui chose faite. Au grand dam des élites occidentales, qui observent avec une jalousie non-dissimulée ce que les BRICS sont en train d’apporter aux Africains.

Et c’est surtout du renouveau qu’ils apportent. Au-delà du respect clairement affiché de la souveraineté et de la dignité africaine, les pays des BRICS veulent aussi apporter un développement réel pour un continent si riche non seulement en ressources naturelles, mais également humainement parlant. Les compétences ne manquent pas et il fallait donner à l’Afrique la possibilité de pouvoir décoller. Chose que l’Occident politico-diplomatico-médiatique n’a évidemment jamais souhaité, en coupant les ailes à tous ceux qui avaient voulu prendre leur envol.

Mais les époques sont désormais très différentes. Le néocolonialisme vit des heures très difficiles et va en vivre d’encore plus difficiles. Et bien que chacun au sein des BRICS ait ses propres intérêts légitimes, la chose qui rassure est que ces nations peuvent se compléter en Afrique, en utilisant les compétences de chacun dans des domaines variés. Et c’est vraisemblablement vers cela que l’on va. Chose impossible avec les Occidentaux, trop longtemps habitués à imposer des monopoles et à détruire les atouts que tel ou tel pays possédait, en violant si souvent sa souveraineté, en maintenant un chaos lui permettant de mieux piller des ressources ne lui appartenant pas, tout en arborant hypocritement à chaque mauvaise et encore plus mauvaise occasion la question de «démocratie et des droits de l’homme», en jouant au moralisateur, le tout uniquement lorsque cela arrange ses appétits néocoloniaux.

Au-delà de la coopération dans les domaines traditionnels et bilatéraux, entre les pays membres des BRICS et les pays africains, désormais on parle de plus en plus d’une approche concertée des BRICS à destination du continent, le tout dans un cadre gagnant-gagnant. Car qu’on se le dise clairement: les BRICS peuvent et doivent contribuer au décollage de l’Afrique, qui dispose de tout ce qui nécessaire pour réaliser cet objectif. C’est un coup de pouce qui sera alors crucial aussi bien pour les intérêts respectifs des pays membres de l’alliance, mais aussi pour les pays africains, ce qui au final porterait un coup définitif à ceux qui souhaitent faire maintenir l’Afrique sous leur joug sans offrir un quelconque développement digne de ce nom, tout en continuant évidemment de s’accaparer des ressources naturelles qui ne leur appartiennent pas. En effet, cette page se doit d’être définitivement tournée.

Pour cela, la Nouvelle banque de développement (NDB BRICS) prévoit d’augmenter considérablement ses investissements en Afrique. Et on sait déjà à l’heure actuelle que les conditions de financement de projets sur le continent via cette structure se font dans des conditions bien plus humaines, que celles imposées par le FMI ou la Banque mondiale. Mais au-delà des investissements et financements de projets, l’accent sera particulièrement mis dans le développement des nouvelles technologies en terre africaine. Une technologie indispensable pour justement permettre aux nations africaines de transformer leurs énormes ressources naturelles sur place, et ne plus avoir à entendre des inepties du genre «sans l’Occident, pas de développement». La pilule des mensonges et des manipulations ne passe plus. Les sentiments de l’opinion publique africaine le confirment d’ailleurs pleinement.

Et les BRICS, représentant à eux seuls près de la moitié de la population terrestre et près d’un tiers du PIB mondial, partisans déclarés du monde multipolaire, se doivent de permettre à l’Afrique de pouvoir profiter pleinement de ses atouts. Et lorsque cette superpuissance BRICS-Afrique se sera pleinement affirmée, personne, non personne, ne pourra la stopper.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201807271037385521-brics-afrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Russie-Afrique du Sud: d’une pierre, deux coups

Pretoria

Le partenariat entre Moscou et Pretoria a le vent en poupe. Déjà très fort dans les domaines politique, économique, culturel, sans oublier l’agroalimentaire, il est amené à se développer dans un domaine inattendu: Moscou propose en effet une solution à l’épineux problème des fermiers blancs qui doivent laisser leurs terres aux noirs.

Depuis la chute du régime raciste d’apartheid, les relations entre la République sud-africaine et la Fédération de Russie ont toujours été cordiales. Rien d’étonnant, sachant que l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de la dictature néocoloniale, a été activement soutenu en son temps par l’Union soviétique. D’ailleurs, plusieurs des représentants de l’élite sud-africaine post-apartheid ont été formés dans des universités russes.

Le nouveau président sud-africain, Cyril Ramaphosa, est en ce sens dans la lignée de ses prédécesseurs, à savoir un partisan d’une relation forte avec Moscou, d’autant plus que les deux nations sont toutes deux membres de l’alliance BRICS. Illustration de ce partenariat privilégié, les deux pays ont lancé l’année dernière un régime sans visas pour leurs citoyens respectifs, pour des séjours jusqu’à 90 jours, donnant une impulsion supplémentaire à la promotion des investissements et du tourisme.

Par ailleurs, l’agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) devrait construire une centrale nucléaire en terre sud-africaine, même si cela déplaît énormément aux concurrents occidentaux du projet et à leurs amis héritiers de l’apartheid, se trouvant aujourd’hui dans l’opposition. Secteur des mines, bourses d’études, manifestations culturelles conjointes,… Russie et RSA ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin: récemment, un nouveau volet est venu s’ajouter à cette longue liste de domaines de coopération… Assez inattendu.

Le leader sud-africain a en effet récemment annoncé qu’il comptait revenir à la question sensible qui tracasse depuis de longues années la société du pays: celle de la transmission des terres agricoles aux mains des représentants de la majorité noire. Car faut-il le rappeler, les meilleures terres agricoles de la nation arc-en-ciel restent détenues par des représentants de la minorité blanche. À la différence du Zimbabwe, de Nelson Mandela à Jacob Zumba, en passant par Thabo Mbeki, le leadership sud-africain a été vraiment très —certains diront trop- patient à ce sujet.

Si cela devait arriver, il serait bon de dire que cette décision serait amplement justifiée, sachant que nombre d’agronomes qualifiés noirs ont été formés depuis la chute de l’apartheid. Que d’autre part, il est effectivement illogique qu’une minorité issue du colonialisme puisse continuer à profiter d’un système né durant une époque d’injustice et de discrimination. Et qu’enfin, la République sud-africaine est un pays souverain, ayant droit d’adopter les mesures jugées nécessaires par ses représentants élus démocratiquement.

Mais que faire de ces fermiers blancs, pour la plupart descendant des Afrikaners néerlandophones, et hautement qualifiés dans le domaine qui les concerne? Eh bien, la Russie, qui offre depuis déjà plusieurs années des conditions inespérées dans le domaine agroalimentaire, notamment après l’établissement des sanctions occidentales à son endroit et les contre-mesures russes visant grand nombre de produits occidentaux, a ouvert la porte aux nombreux fermiers afrikaners afin de leur permettre de venir s’installer en terre russe. Un message vraisemblablement bien accueilli, puisque déjà 15.000 fermiers sud-africains sont arrivés dans le sud de la Russie et comptent se lancer dans un business qu’ils maîtrisent si bien. La terre russe, surtout celle du sud, leur offre d’une part un climat et des conditions de travail propices, sans oublier d’autres avantages fournis par le gouvernement local. Côté sud-africain, ces fermiers se disent prêts à investir chacun pas moins de 100.000 euros pour pouvoir lancer leur production. Faites le compte: 15.000 fermiers x 100.000 euros, cela fait déjà 1,5 milliard d’euros que le budget russe pourra recevoir, ajouté à cela l’énorme savoir-faire des fermiers en question.

Moscou fait d’une pierre, deux coups: d’une part, elle maintient de très bons rapports avec le gouvernement sud-africain, élargit au maximum le portefeuille de projets conjoints, tout en contribuant d’une certaine façon au règlement d’un problème né durant une phase sombre de l’histoire d’Afrique du Sud.

D’autre part, sachant que la Russie est devenue un nouvel eldorado pour les projets dans le secteur agroalimentaire, avec l’arrivée de ces milliers de spécialistes sud-africains hautement qualifiés, elle porte un coup supplémentaire aux intérêts occidentaux. C’est désormais certain: tout retour éventuel des produits agroalimentaires européens sur le marché russe sera extrêmement difficile.

Certains sceptiques nous annonçaient de grandes difficultés pour la Russie. Une fois encore, le pays ne fait qu’en sortir renforcé.
Il y a toujours des alternatives. L’essentiel est de les saisir.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201807171037246580-russie-afrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov