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Coronavirus: changement de ton de Washington vis-à-vis de Pékin?

Au moment où la République populaire de Chine ait réussi à stopper la propagation du coronavirus (Covid-19) sur son sol, et soit même passée à s’occuper désormais du soutien dans la lutte contre ce fléau à l’international, les Etats-Unis au contraire se retrouvent dans une situation plus que préoccupante. Par ailleurs, le ton initial et presque moqueur washingtonien vis-à-vis de Pékin semble désormais dépassé.

En effet, si aux dernières statistiques la Chine a non seulement perdu la «tête» des pays comptant le plus grand nombre de personnes contaminées par le coronavirus, de même que de décès, avec une situation intérieure qui ne cesse de s’améliorer, côté US l’heure est tout sauf à l’optimisme. Désormais la Chine est classée troisième mondiale pour le nombre de personnes ayant été contaminées depuis l’apparition du Covid-19, avec un total de 81 439 personnes. En termes du nombre de décès, l’Empire du Milieu compte à ce jour 3300 personnes disparues suite à la contamination (derrière l’Italie qui compte déjà plus de 10 000 décès et l’Espagne avec plus de 6500 décès). Mais ce dont la Chine peut être effectivement fière, c’est le fait que la très grande majorité de ses patients aient guéri – 75 448 personnes, soit près de 93% des personnes ayant été contaminées. Un chiffre impressionnant, dont pour le moment aucun pays ne peut malheureusement se vanter.

Côté USA, le processus actuel va quant à lui dans le sens inverse. Le pays compte désormais plus de 130 000 personnes contaminées par le Covid-19 – faisant de lui l’Etat comptabilisant le plus grand nombre de contaminations à l’heure actuelle. En termes de décès, plus de 2300 personnes y ont perdu la vie et le chiffre continue d’augmenter. Quant aux guérisons, pour le moment les chiffres officiels parlent d’un peu plus de 2600 personnes, soit environ 2% du nombre total de contaminés. Les élites washingtoniennes ont donc énormément de travail devant elles. Surtout lorsqu’on connait le système libéral du chacun pour soi, y compris dans le secteur médical, qui y prévaut, notamment dans la prise en charge des patients et des soins accordés.

Ce qui est intéressant de noter dans cette situation actualisée, c’est le changement de rhétorique de l’establishment étasunien vis-à-vis de la Chine. En effet et si pratiquement dès le départ de la propagation du virus en terre chinoise, Washington a adopté un ton ouvertement irrespectueux et même provocateur en direction de Pékin, poussant les officiels chinois à réagir et même à déclarer leurs soupçons quant au fait si le virus ait été l’œuvre des USA, désormais et au vu de la situation sur le sol américain, le président US se déclare prêt à «collaborer» avec la Chine.

Vraisemblablement, il s’agit bel et bien d’une gifle chinoise à destination des anglo-saxons. Reste à voir maintenant si le leadership étasunien saura montrer une efficacité ne serait-ce que comparable dans la gestion de cette crise, comme celle démontrée par les responsables et le peuple chinois. Mais ce n’est pas la seule gifle. Du côté du Mexique (848 contaminations et 16 décès à ce jour) nombre de voix s’élèvent pour réclamer la fermeture de la frontière avec son voisin du nord. D’autres vont plus loin encore et demandent la construction pure et simple d’un mur (cette fois-ci mexicain) pour éviter la propagation du virus sur le sol national.

Pendant ce temps, la Chine ne se limite pas à se remettre du coup subi – humainement comme économiquement. Au contraire, elle envoie, à l’instar de la Russie et de Cuba notamment, des spécialistes et de l’équipement médical à destination des pays touchés, parmi lesquels l’Italie dont le bilan n’a cessé de s’alourdir. Un soutien que les élites occidentales ont été tout simplement incapables de réaliser – ne serait-ce qu’entre eux, sans parler même d’un soutien pratique à destination de pays non-occidentaux.

Le but ultime aujourd’hui, pour l’humanité toute entière, c’est évidemment de vaincre la pandémie du coronavirus. C’est un défi pour tous, sans exception. Ce qui est néanmoins certain, c’est qu’il y aura très vraisemblablement un monde différent à la fin de cette crise. Et ce monde ne sera pas celui de la domination atlantiste.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Pressions sur les médias chinois aux USA: Pékin riposte

Au moment d’une confrontation politico-idéologique majeure entre les partisans du libéralisme occidental et ceux du monde multipolaire, le ton continue de monter entre Pékin et Washington. Au-delà de la concurrence des visions, sans oublier la géoéconomie, la sphère médiatique ne reste pas épargnée.

La Chine a annoncé des contre-mesures aux mesures restrictives imposées sur les agences médiatiques chinoises aux Etats-Unis. C’est ce que rapporte l’agence de presse Xinhua  Selon un communiqué officiel repris par l’organe de presse chinois, la riposte a été motivée par le fait que «les actions des Etats-Unis ciblant exclusivement les organisations médiatiques chinoises ont été motivées par une mentalité de guerre froide et des préjugés idéologiques. La décision a exposé l’hypocrisie du soi-disant défenseur de la liberté de la presse».

Le communiqué indique également qu’au cours des dernières années, le gouvernement US a imposé des restrictions injustifiées sur les agences médiatiques chinoises et leur personnel aux Etats-Unis, a délibérément mis en difficulté leur travail de reportage normal, et leur a fait subir une discrimination croissante, ainsi qu’une oppression motivée par des considérations politiques.

Maintenant en ce qui concerne la réponse de la Chine à ces actions hostiles, le dudit communiqué a annoncé trois mesures qui prennent effet immédiatement:

– Premièrement, en réponse à la désignation par les Etats-Unis de cinq agences médiatiques chinoises comme «missions étrangères», la Chine exige, dans un esprit de réciprocité, que les branches basées en Chine de Voice of America, du New York Times, du Wall Street Journal, du Washington Post et du Time fassent des déclarations par écrit en faisant mention des informations sur leur personnel, leurs finances, leur fonctionnement et leur immobilier en Chine.

– Deuxièmement, en réponse à la réduction de la taille du personnel des agences médiatiques chinoises aux Etats-Unis, qui est une expulsion en fait, la Chine exige que les journalistes de nationalité américaine travaillant pour le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post, dont les cartes de presse doivent expirer avant la fin de 2020, informent le département de l’information du ministère des Affaires étrangères dans les quatre jours calendaires à partir de mercredi et remettent leurs cartes de presse dans un délai de 10 jours calendaires. Ils ne seront pas autorisés à continuer de travailler en tant que journalistes en République populaire de Chine, y compris dans ses régions administratives spéciales de Hong Kong et de Macao.

– Troisièmement, en réponse aux restrictions discriminatoires imposées par les Etats-Unis aux journalistes chinois en matière de visa, d’examen administratif et de reportage, la Chine prendra des mesures réciproques contre les journalistes américains.

Pékin indique également que des contre-mesures supplémentaires seront mises en œuvre dans le cas «où les USA décideraient à aller plus loin dans cette mauvaise voie».

Maintenant pour parler perspectives. Cette pression de l’establishment étasunien, et donc par essence occidental, visant des médias alternatifs, est tout sauf nouvelle. A ce titre, nombre de médias iraniens, latino-américains, russes, arabes, africains – en bref, tous ceux dont la ligne éditoriale ne chante pas la «gloire» des politiques US/occidentales, sont constamment visés par des attaques émanant des élites politico-médiatiques de l’ouest. La raison est simple: la popularité des dits médias au niveau international. Le réseau médiatique de la Chine est également monté en puissance à l’international. Et de l’aveu de nombreux spectateurs, un réseau de chaînes de télévision comme CCTV (China Central Television) est vivement apprécié aux quatre coins du monde. Et au vu de la bataille géopolitique et géoéconomique en cours entre Washington et Pékin, il était plus que prévisible qu’à un moment ou un autre, les médias chinois auraient été visés par des restrictions étasuniennes, et éventuellement par certains des suiveurs des prérogatives US.

Plusieurs choses sont pour autant certaines. Premièrement, les contre-mesures chinoises confirment parfaitement que Pékin ne se laissera pas faire. Et ce malgré la campagne de désinformation occidentale qui vise encore l’Empire du Milieu, notamment en lien avec la propagation du fameux coronavirus, et pas seulement. Deuxièmement, le fait qu’aujourd’hui on observe une collaboration plus étroite entre les différents médias alternatifs du monde, constitue également une réponse efficace à la mobilisation hostile des élites politico-médiatiques de l’Occident. Enfin, et cela est probablement tout aussi important, le fait que les médias alternatifs internationaux continuent de monter en puissance – tout en ayant des budgets incomparablement plus réduits que ceux du mainstream – en parallèle de la perte de confiance massive vis-à-vis de ce dernier, y compris dans les pays d’appartenance de ce mainstream, constitue la meilleure preuve qui soit que les partisans de la multipolarité prendront le dessus sur les nostalgiques d’une unipolarité et d’un libéralisme révolus.

 Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les divergences entre la Turquie et plusieurs pays de la Méditerranée s’accentuent

3-32

Alors que les «alliés» occidentaux de la Turquie, sans pour autant entreprendre d’actions concrètes, lui ont juré leur «solidarité» en lien avec les affrontements récents dans la province syrienne d’Idlib, y compris dans le but de saper le partenariat russo-turc et mettre la pression sur le gouvernement syrien, ces mêmes partenaires maintiennent néanmoins plusieurs divergences évidentes avec Ankara sur d’autres dossiers, notamment la Libye et Chypre.

Un cas intéressant est celui de la France. D’un côté, l’establishment politique français avait exprimé son soutien «moral» à la Turquie lors des affrontements avec les forces gouvernementales syriennes, tout en condamnant le chantage d’Ankara vis-à-vis de l’Union européenne sur la question migratoire. On se souvient aussi des condamnations de Paris lors de l’offensive turque contre les militants kurdes de Syrie. S’ajoutent à cela des divergences claires sur la Libye et la question des frontières maritimes en Méditerranée, notamment en lien avec l’exploitation des réserves d’hydrocarbures.

Si en Libye, la Turquie du président Erdogan soutient ouvertement le gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli – contrôlant pas plus d’1/5 du territoire libyen, la France, elle, accorde plutôt ses sympathies à l’Armée nationale libyenne (LNA) commandée par le maréchal Khalifa Haftar. Bien que le soutien français à la LNA soit moins déclaré que celui des Emirats-arabes unis, de l’Egypte ou encore de l’Arabie saoudite, il n’empêche qu’il s’agit bel et bien d’un dossier d’intérêts divergents entre Ankara et Paris.

Mais ce n’est pas tout. L’autre pierre d’achoppement entre la Turquie et nombre de pays méditerranéens concerne la démarcation des frontières maritimes, ou plutôt une vision purement différente sur ces frontières, et notamment la question de forage dans une zone potentiellement riche en gaz naturel, comme c’est actuellement le cas autour de l’île chypriote. En effet et depuis que des réserves potentielles y ont été découvertes, une opposition nette subsiste entre les représentants de Chypre, de la Grèce et d’Israël d’un côté, la Turquie et son allié libyen (ou plutôt tripolitain) de l’autre.

Dans ce dernier cas, plusieurs pays de l’UE, dont la France, ont exprimé leur solidarité avec le trio gréco-israélo-chypriote. Pour rappel, le 2 janvier dernier, Chypre a signé un accord avec Israël et la Grèce pour la construction éventuelle du gazoduc Eastmed, qui pourrait acheminer le gaz extrait à destination de l’Europe continentale. Un accord que la Turquie conteste, en mettant en avant que ledit projet ne prend pas en compte la position de la partie nord de l’île en la qualité de la république turque de Chypre du Nord (RTCN). Et pour riposter, Ankara a tout simplement pris l’initiative de lancer ses propres activités de forage au large de l’île. Pour ce faire, le leadership turc a conclu avec son allié libyen du GNA une «entente» qui devrait lui permettre d’élargir sa zone économique exclusive en Méditerranée orientale. Une action condamnée par la République de Chypre, la Grèce, l’Egypte et Israël.

Dans ces situations, il faudrait probablement se poser la question sur comment la Turquie prévoit de gérer ces tensions existantes avec plusieurs de ses voisins de la Méditerranée. Et ce au moment même des tensions existantes en Syrie – certes un peu apaisées suite à l’accord de cessez-le-feu conclu entre les présidents Poutine et Erdogan à Moscou. La Turquie, dont les ambitions internationales ne sont pas à démontrer, sera-t-elle en mesure de jouer sur plusieurs tableaux indéfiniment et surtout pouvoir gérer l’aspect relationnel avec ses alliés de l’Otan, et ce au moment même où les partenaires eurasiens d’Ankara observent avec attention ses agissements? Là est toute la question.

Une chose est pour autant certaine, la politique de la multiple chaise et les contradictions existantes au sein de son propre «camp», ne vont pas lui faciliter la tâche.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Organisation de coopération de Shanghai se prépare aux exercices antiterroristes conjoints

En août prochain se tiendront les exercices antiterroristes conjoints « Mission de paix 2020 » des pays membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Pour certains des pays participants, une telle expérience sera la première.

Les dits exercices se dérouleront dans l’oblast de Kemerovo, en Russie. Plus de dix mille militaires appartenant à huit pays prendront part aux manouvres. En l’occurrence les représentants des forces armées de la Russie, de la Chine, du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan.

«Nous visons à renforcer les liens d’amitié entre les pays participants dans la lutte contre le mal commun – le terrorisme international. C’est notre tâche principale et nous visons à acquérir de l’expérience», a notamment déclaré le colonel de la Force aérienne indienne, Samir Darkhan, commentant les préparations en cours au niveau des pays membres de l’OCS.

Au-delà des dix mille militaires qui participeront à ces exercices, un millier et demi d’unités d’équipement militaire terrestre et près d’une centaine d’unités aériennes seront de la partie.

«Les exercices seront organisés simultanément dans plusieurs localités. Dans l’une, ce seront les actions conjointes des troupes terrestres qui seront présentées, dans l’autre le franchissement de barrières d’eau, notamment…», a annoncé quant à lui le chef d’état-major adjoint du district militaire central russe Roustam Minnekaev.

La principale caractéristique de ces manouvres sera non seulement le développement d’actions conjointes afin de repousser une menace commune, mais également l’interaction entre les représentants militaires de huit pays différents.

En termes de perspectives, il s’agit effectivement d’un renforcement notable de la collaboration au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui – bien loin de se limiter à l’interaction politique et économique, renforce désormais de façon plus que notable le partenariat dans le domaine militaro-sécuritaire, et notamment antiterroriste.

De façon sérieuse, et malgré les maintes critiques d’antan des « experts » pro-atlantistes quant aux «difficultés» pour l’OCS de bâtir une alternative digne de ce nom à l’Otan, il s’avère qu’il n’en est rien. Car l’alternative est bel et bien là. Debout et avançant sans se soucier des «doutes» des prétendus spécialistes occidentaux. La grande alliance eurasienne, regroupant en son sein le pays le plus vaste du monde d’un côté et le plus peuplé de l’autre, c’est aussi avec ses huit pays membres et quatre Etats observateurs tout simplement plus de 60% du territoire de l’Eurasie et 43% de la population… mondiale. L’OCS – c’est aussi 20% des ressources mondiales pétrolières, près de 40% du gaz naturel, 30% de l’aluminium et 40% du charbon.

Sur le plan de la puissance militaire, probablement elle n’est pas à présenter. Avec le potentiel défensive russe, chinois, des pays ex-soviétiques d’Asie centrale (qui en passant n’avaient dans l’écrasante majorité jamais souhaité l’éclatement de l’URSS), ainsi qu’indien et pakistanais, la présentation serait tout simplement de trop. A noter tout de même que quatre puissances nucléaires font partie de l’alliance.

Tout cela pour dire, que les gesticulations et négations occidentales pourront se poursuivre autant que cela sera souhaitable au niveau des décideurs politiques concernés. Le monde lui, et surtout la grande partie de l’humanité, a d’ores et déjà compris où se trouve l’avenir. Et que du point de vue ne serait-ce que logique, il sera impossible pour une minorité évidente de continuer à prétendre représenter la «communauté internationale» et à s’autoproclamer porte-paroles de ladite communauté. La période post éclatement soviétique est bien terminée.

Quant à la lutte antiterroriste – l’Occident a déjà démontré toute son impuissance. Créer les chaos et déstabilisations d’un côté et lutter contre le fléau commun que représente le terrorisme – sont des choses inconcevables. Et c’est également en ce sens que l’OCS a un bel avenir devant soi.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Horizon 2050: déclin économique de l’Occident

Il y a trois ans de cela, la grande multinationale PricewaterhouseCoopers (PwC), spécialisée dans les missions d’audit, d’expertise comptable et de conseil, avait publié un rapport stipulant que dans les 30 prochaines années au sein du Top 10 des principales économies mondiales – seules 3 seront celles appartenant au monde occidental. Ces prévisions restent aujourd’hui fortement d’actualité et les événements en cours le confirment pleinement.

En effet, au-delà d’une perte d’influence géopolitique et sécuritaire grandissante de l’Occident dans la nouvelle ère multipolaire, l’aspect économique ne devrait pas être en reste. Les pays du fameux G7 ne seront plus les maitres économiques mondiaux, au contraire ce sont les pays du E7 (Emerging 7) – terme créé par PwC en 2006 pour désigner les principales puissances économiques émergentes, incluant la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, la Russie, l’Indonésie et la Turquie, qui auront la tâche de prendre pleinement la relève.

Pour rappel selon les prévisions du grand cabinet international, le classement à l’horizon 2050 devrait être comme suit: 1-Chine, 2-Inde, 3-Etats-Unis, 4-Indonésie, 5-Brésil, 6-Russie, 7-Mexique, 8-Japan, 9-Allemagne, 10-Royaume-Uni. Ainsi, au-delà du fait de perdre des places dans le Top 10 pour les USA, l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France quant à elle devrait tout simplement quitter le classement des dix principales économies mondiales.

Tout en sachant qu’il s’agit de prévisions sur une période de trois décennies, durant laquelle un certain nombre de facteurs peuvent apporter des ajustements à ce classement, et sans rentrer dans les détails des facteurs présentés par PwC dans l’établissement de ces prévisions (détails du rapport ci-haut), il serait probablement intéressant de se pencher sur un autre fait, qui caractérise justement le monde multipolaire devenu réalité.

Si à la chute de l’URSS et la prétendue «fin» de la guerre froide, l’Occident pouvait effectivement se vanter d’avoir le leadership (pour ne pas dire le diktat) dans pratiquement dans toutes les sphères à l’échelle planétaire, aujourd’hui on arrive justement à une réalité dans laquelle une minorité doit assumer son rôle de… minorité.

Pour les grandes puissances mondiales non-occidentales, il n’a jamais été question d’arriver à une discrimination vis-à-vis des nations occidentales. Ce n’est pas le but recherché. Au contraire, les nations partisanes de la réalité multipolaire préfèrent miser sur des échanges sans restrictions, sanctions, intimidations et autres instruments tellement aimés par les élites occidentales. Les puissances non-occidentales misent aussi sur une concurrence loyale, où chacun peut faire prévaloir ses propres atouts.

Le souci, c’est que cette approche, ou plus précisément cette mentalité de faire des affaires, est tout sauf celle de l’establishment occidental. Pourquoi? Car les siècles de colonialisme, suivi par le néocolonialisme, ont tellement influencé les décideurs occidentaux, qu’aujourd’hui ce complexe de «supériorité» les caractérisant est probablement à un niveau génétique. Important tout de même de préciser qu’on parle bien de l’establishment occidental. Car dans le cas d’un citoyen occidental plus ou moins lambda, cette mentalité raciste et néocoloniale n’est pas représentative. Il faut donc bien séparer les deux choses.

Et dans cette optique, la compréhension du monde multipolaire par de nombreux citoyens en Occident contribue justement elle aussi au renforcement de la réalité récente. L’Occident en lui-même ne représente pas plus que 10% de la population terrestre. Et compte tenu de cette prise de conscience en Occident même dans l’acceptation de la multipolarité, on arrive à une conclusion simple: les partisans jusqu’au-boutistes de l’unipolarité révolue représentent une infime minorité à l’échelle planétaire. Et plus les années vont passer, plus cet establishment néocolonial occidental devra accepter la nouvelle place qui lui est réservée. Et peut-être surtout laisser la voie libre aux représentants responsables de l’Occident qui auront très certainement eux aussi des idées intéressantes à apporter dans la nouvelle architecture internationale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chine-Burundi: une alliance qui perdure

2-33

Au moment où le continent africain représente dans le cadre du monde multipolaire l’un des terrains géopolitiques majeurs de ce XXIème siècle, Pékin y renforce tout son potentiel – économique, diplomatique, politique, sécuritaire. Le Burundi, partenaire de longue date de l’Empire du Milieu en Afrique en représente un exemple supplémentaire.

Le mois dernier, le conseiller d’Etat chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi avait rencontré le chef de la diplomatie burundaise Ezechiel Nibigira http://french.xinhuanet.com/afrique/2020-01/12/c_138698259.htm . Le diplomate chinois N°1 avait alors déclaré que le Burundi est «un ami de tous les temps» de la Chine en Afrique, tout en soulignant que la confiance mutuelle politique à haut niveau constitue un caractère essentiel des relations bilatérales, marquées aussi par un fort soutien mutuel.

Cette référence au soutien mutuel est effectivement très correcte. En effet, Bujumbura accorde un soutien ouvert et déclaré à la politique chinoise – en Afrique et plus généralement à l’international. Côté chinois, Pékin a plusieurs fois apporté son soutien avec son allié russe à la défense de la souveraineté burundaise, au moment où le pays se trouvait sous vive pression occidentale. Depuis cette solidarité mutuelle exprimée, l’interaction entre les deux pays ne fait que s’accentuer.

D’ailleurs c’est aussi cela qu’avait rappelé Wang Yi lors de la rencontre de janvier avec son homologue du Burundi: «La Chine remercie le pays africain pour son soutien sur les questions concernant les intérêts fondamentaux et les préoccupations majeures de la Chine, et est disposée à aider le Burundi à défendre sa souveraineté, son indépendance et ses droits légitimes».

Le Burundi, dont la superficie est inférieure à 28 000 km2 et avec une population d’environ 11 millions de personnes, se trouve dans la région stratégique des Grands Lacs, possédant un grand rivage sur le Lac Tanganyika. Le pays est entouré par la République démocratique du Congo à l’ouest, le Rwanda au nord et la Tanzanie au sud et à l’est. Etant une ancienne colonie belge, l’ex-métropole coloniale n’a cessé jusqu’à aujourd’hui à tenter de maintenir son influence sur le pays. Mais dans les pressions occidentales récentes sur Bujumbura, Bruxelles était loin d’être seul – Washington et Paris y «contribuaient» largement aussi. Et c’est justement à cette période que le soutien de l’axe sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU a été sur beaucoup de points crucial dans la préservation de la souveraineté burundaise. Sans oublier évidemment aussi l’importante mobilisation nationale à l’intérieur ayant permis de faire face efficacement aux interférences mentionnées.

Depuis, le leadership du Burundi s’est beaucoup rapproché de Pékin comme de Moscou – devenus ensemble des partenaires privilégiés de ce pays d’Afrique de l’Est. Dans le cas de la Chine, ce qui est particulièrement intéressant de noter dans ses actions récentes en direction de l’Afrique est qu’on assiste non plus seulement à la promotion des énormes intérêts économiques conjoints (y compris dans le cadre du grand projet de l’Initiative la Ceinture et la Route), mais aussi à une diplomatie efficace qui permet à Pékin et à ses alliés d’avoir des voix de soutien sur l’arène internationale, et notamment dans le cadre onusien.

L’Afrique qui compte plus d’une cinquantaine d’Etats a incontestablement son mot à dire dans le nouveau monde multipolaire. Et bien qu’un certain nombre de pays africains soient encore sous l’emprise occidentale, l’axe sino-africain s’affirme de plus en plus fortement à l’heure actuelle. Et c’est probablement la meilleure réponse possible au groupe de pays au passé colonial et présent néocolonial qui pensent toujours être en mesure de pouvoir « isoler » des Etats menant une politique indépendante et souveraine. Fort heureusement, les instruments de riposte efficaces et intelligents ne manquent pas dans la réalité d’aujourd’hui. Et ce au grand désarroi de ceux qui restent incapables, encore, de le comprendre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Entre l’atlantisme et l’Eurasie, la Turquie doit faire un choix

12-35

La Turquie du président Erdogan se trouve aujourd’hui devant un choix stratégique. Membre de l’Otan, Ankara s’est pourtant beaucoup rapprochée de Moscou et Téhéran au cours de ces dernières années, confirmant à cette occasion l’existence d’une orientation eurasienne dans sa politique.

Mais les récents événements dans la province syrienne d’Idlib ont de nouveau ravivé les tensions existantes entre ces deux orientations, confirmant la pleine nécessité de devoir, à un moment ou un autre, faire un choix.

Lorsque fin 2015 les relations turco-russes étaient tombées au plus bas, toujours en rapport avec les événements en Syrie, la Turquie avait en l’espace de seulement une demi-année ressenti les conséquences d’une telle politique. Fort heureusement cette page difficile des relations bilatérales entre Ankara et Moscou a pu être surmontée. Plus que cela, les deux pays ont réussi en peu de temps à revenir au partenariat stratégique qui régissait leurs rapports. Et d’arriver même à un partenariat «très» stratégique, au grand désarroi de ceux qui veulent maintenir à tout prix la Turquie dans la «famille» atlantiste, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Aujourd’hui, les relations géoéconomiques et hautement stratégiques entre la Russie et la Turquie peuvent être réellement caractérisées comme un partenariat gagnant-gagnant, avec un volume des échanges commerciaux constamment en hausse (plus de 20 milliards de dollars en 2019 avec un objectif fixé d’atteindre dans les prochaines années les 100 milliards). Et compte tenu des millions de touristes russes visitant la Turquie chaque année et les nombreuses entreprises turques du BTP travaillant sur le marché russe (ce dernier représentant pas moins de 20% du volume total des commandes dans le domaine de la construction auprès des structures turques à l’étranger), on arrive à une balance commerciale bien équilibrée – sachant que le flux touristique russe vers la Turquie et les marchés du BTP turc en Russie ne rentrent pas dans le calcul du volume des échanges. Sans oublier que le volume des investissements russes en Turquie et turcs en Russie, dans le cadre des projets d’investissement mis en œuvre entre les deux pays, est d’environ 10 milliards de dollars chacun. Une autre nation eurasienne – l’Iran – fait également partie des principaux partenaires économico-commerciaux de la Turquie.

S’ajoutent à cela la coopération dans la sphère énergétique avec le gazoduc Turkish Stream, dans le nucléaire civil avec la centrale d’Akkuyu, sans oublier l’acquisition du système anti-missile russe des S-400 – une première dans la relation d’un pays-membre de l’Otan avec la Russie. Mais malgré tout cet impressionnant partenariat, il est encore prématuré de parler d’une véritable alliance entre la Turquie d’une part, et la Russie avec l’Iran de l’autre. Car au-delà des divergences existantes sur certains dossiers internationaux, dont bien évidemment la Syrie, le fait d’appartenir justement à l’Otan – organisme qui continue de considérer la Russie comme son principal adversaire et ennemi, ne peut permettre de prétendre à une véritable alliance.

Quant à la République arabe syrienne, elle est bel et bien une alliée aussi bien pour Moscou que Téhéran. Dans le cas avec la Russie, cette alliance ne date ni d’aujourd’hui, ni de 2015 – année d’intervention de Moscou dans la lutte antiterroriste dans ce pays, mais bien de plusieurs dizaines d’années. Et au-delà d’une alliance géopolitique, ni la Russie, ni l’Iran ne peuvent permettre à ce qu’un autre pays-civilisation, en l’occurrence la Syrie, puisse subir la présence de hordes barbares et terroristes sur son sol. Il en va non seulement de leur propre sécurité, mais aussi de leurs valeurs.

C’est pourquoi, et malgré les récentes menaces proférées par le leadership turc à l’encontre de Damas, les deux principaux alliés de la Syrie ne permettront certainement pas à ce que la situation dégénère. Compte tenu du rapport stratégique avec la Turquie, les deux puissances eurasiennes privilégient le dialogue et font en sorte d’apporter leur pleine médiation pour éviter une plus grande détérioration de la situation.

La Syrie, quant à elle, est en plein droit à poursuivre l’opération de libération de son territoire national. Conformément à sa souveraineté. Les hordes terroristes salafistes n’ont pas de place en terre syrienne. Il s’agit là aussi d’une question primordiale pour le leadership, l’armée et la population du pays. D’autant plus que ce dernier fief terroriste en terre syrienne – principalement affilié à Al-Qaida – continue de représenter un danger majeur pour la sécurité nationale. D’où l’extrême nécessité d’en finir une bonne fois pour toute.

En ce qui concerne la Turquie, elle se retrouve effectivement devant un choix stratégique. Bien sûr, il faut savoir que la pression sur le leadership turc n’est pas seulement extérieure – surtout de la part de ses pseudo-alliés otanesques. La pression est également intérieure. C’est un secret de polichinelle qu’une partie de l’élite politique turque – aussi bien issue du parti au pouvoir que de l’opposition – reste profondément pro-occidentale et pro-atlantiste. Et donc, à l’instar de leurs mentors n’approuvent guère le rapprochement sans précédent observé entre les grandes nations eurasiennes au cours de ces dernières années. Et aussi en faisant mine d’oublier par la même occasion la tentative de putsch pro-occidental de 2016 – une tentative pour rappel condamnée aussi bien par Moscou que Téhéran. D’autre part, la politique des deux chaises ne pourra pas elle aussi durer éternellement. Et ce choix devra se faire, à un moment ou un autre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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