Archives pour la catégorie énergie

Pétrole: les marchés asiatiques comme priorité

23.06.2022

Le secteur pétrolier traduit une configuration mondiale qui suit parfaitement les changements majeurs observés sur la scène internationale, dans le cadre de l’ordre multipolaire. Et en ce sens, l’Occident est loin de représenter une quelconque priorité.

«Grâce à la Chine et l’Inde, le pétrole rapporte encore gros à la Russie» – annonce la chaine Euronews – l’un des principaux porte-voix des européistes bruxellois. En effet, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cité par ledit reportage – la Russie a tiré des exportations de pétrole un revenu estimé à 20 milliards de dollars pour le seul mois de mai.

Par ailleurs, les importations chinoises de pétrole en provenance de Russie ont augmenté de 28% le mois dernier, et comme résultat l’Etat russe est devenu le premier fournisseur pétrolier de la Chine, en dépassant l’Arabie saoudite. Du côté de l’Inde, autre grande puissance non-occidentale et tout comme la Chine et la Russie – membre des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – pour la seule demi-année en cours elle a acheté 60 millions de barils de pétrole russe, tandis pour toute l’année 2021 le volume de pétrole acheté à la Russie était de 12 millions de barils.

Les observateurs occidentaux aiment rappeler que Moscou vend son pétrole à Pékin et New Delhi avec un discount intéressant, ce qui est d’ailleurs vrai, mais en oubliant parfois d’indiquer que l’augmentation nette des prix pour cette matière stratégique à l’échelle internationale compense largement aujourd’hui tous les possibles discounts. D’autant plus des discounts faits à des partenaires dignes de ce nom. A l’énorme différence des régimes occidentaux. Après tout, vous avez bien droit de vendre le produit demandé au prix qui varie selon le niveau de fiabilité du client, et des relations qui vous lient à lui.

Tout cela traduit plusieurs aspects. Tout d’abord qu’il est effectivement grand temps pour la Russie de prioriser au maximum les marchés asiatiques et d’autres espaces non-occidentaux. Pas seulement pour le pétrole d’ailleurs. Dans le cas plus particulier du pétrole, les responsables et experts russes l’ont maintes fois indiqué: le pétrole russe trouvera preneur partout dans le monde, même si l’establishment atlantiste interdirait complètement son importation pour les compagnies occidentales.

De l’autre, que de manière générale et connaissant ce que représentent les marchés asiatiques, à savoir de loin les principaux consommateurs, il est également parfaitement naturel de se focaliser sur ces orientations. Et pas seulement du point de vue démographique, même si là aussi tout est dans les faits : la Chine et l’Inde à elles seules représentent près de 2,8 milliards de personnes. Cela sans même comptabiliser de nombreuses autres nations d’Eurasie, d’Afrique et d’Amérique latine. Quant aux USA et leurs fidèles sous-traitants de l’UE: pas plus que 800 millions…

Mais au-delà de l’aspect démographique qui a bien évidemment toute son importance, et peut-être aujourd’hui plus que jamais, pour rappeler aux nostalgiques de l’unipolarité où se trouve la véritable communauté internationale, la réalité économique n’est pas en reste. Faut-il justement rappeler qu’à ce titre, la Chine est la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat et l’Inde – troisième?

Un sujet qu’Observateur Continental avait déjà abordé nombre de fois. Avec en prime le rappel que la Russie dans un avenir proche dépassera l’Allemagne (première économie de l’UE) pour devenir la 5ème puissance économique du monde, et que des pays comme le Royaume-Uni et la France quitteront, et ce également dans un avenir assez proche, le Top 10 des principales économies mondiales pour laisser place à des nations comme la Turquie ou encore le Mexique.

Bien sûr, nous savons tous que cela fait mal, et peut-être très mal, aujourd’hui pour l’Occident de devoir reconnaitre le fait d’être non seulement une extrême minorité planétaire sur le plan démographique, mais également de regarder avec énorme jalousie les portefeuilles de ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques. Qui ne sont autres que les grandes puissances non-occidentales, et partisanes de l’ordre multipolaire international par la même occasion.

Et lorsqu’on prend en compte tous ces aspects, et quelques autres, on comprend mieux pourquoi l’Occident a tellement de mal à maintenir une domination mondiale. Une domination qui non seulement s’est essoufflée, mais qui de facto est morte. Encore une fois il faut bien rappeler et préciser qu’au départ il n’était pas question d’exclure l’Occident de la communauté internationale au vrai sens du terme. Mais les élites occidentales ont de par leur extrême arrogance et une pure mentalité néocoloniale préféré s’autoexclure elles-mêmes. Et ainsi nous permettre non seulement de poursuivre le développement de l’ordre multipolaire international, mais également d’ouvrir la page de l’ère multipolaire post-occidentale. Une ère dans laquelle les ressources réelles joueront un rôle clé dans le développement des peuples, et non pas la spéculation sans aucun support derrière.

Quelles en seront les conséquences pour l’Occident? Difficile de le dire de manière exacte pour le moment. Il faudrait juste peut-être rappeler que les diverses croisades occidentales du Moyen-Age avaient peut-être des objectifs spirituels que pour certains de ses participants. Mais pour les instigateurs, n’hésitant pas à attaquer musulmans comme chrétiens orthodoxes (voir pillage de la ville de Constantinople de 1204), l’objectif était uniquement économique. A une période où cette fameuse Europe aujourd’hui si arrogante mourrait de la faim et de la peste, et n’avait pratiquement aucune notion digne de ce nom de la médecine. A la grande différence notamment du monde arabe.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Iran-Russie: le corridor Nord-Sud en tant que route commerciale internationale majeure

21.06.2022

Téhéran et Moscou vont établir des centres de commerce basés dans les deux pays, tout en établissant un corridor Nord-Sud qui pourra rivaliser avec le canal de Suez. Cela en maintenant une coordination de haut niveau sur les questions eurasiatiques et internationales.

L’Iran et la Russie ont signé un protocole d’accord en ce qui concerne la mise en place de centres de commerce mutuels, comme l’annonce le site d’information anglophone spécialisé dans les rapports et les analyses sur le Moyen-Orient – Al-Monitor.

L’un des deux centres sera basé dans la capitale iranienne Téhéran, tandis que le second se trouvera dans la deuxième plus grande ville russe Saint-Pétersbourg. Les centres en question auront pour fonction de faciliter les échanges entre les deux pays dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’électronique, de l’agriculture, de l’alimentation, des produits pharmaceutiques et de la construction.

Le mémorandum a également pour objectif d’aider les hommes d’affaires iraniens et russes à établir des contacts et à effectuer des transactions financières. Le projet visera également à faire accélérer le projet de corridor Nord-Sud – un corridor commercial de première importance pour les deux nations. Pour rappel, les deux pays participent à ce grand projet eurasien, reliant l’Inde à de nombreux autres pays de l’espace eurasiatique à travers un système de routes, de lignes maritimes et de chemins de fer. Ledit projet a pris encore plus d’importance suite aux problèmes qu’avait connus le canal de Suez en mars 2021, lorsqu’un porte-conteneurs s’est échoué, provoquant de sérieuses perturbations pour le commerce maritime dans cette zone stratégique au niveau international.

Evidemment et en parlant de perspectives, ces nouvelles orientations ne font que rajouter encore plus de poids aux relations stratégiques entre l’Iran et la Russie. Faudrait-il rappeler l’adhésion de la République islamique à l’Organisation de coopération de Shanghai (composée de la Russie, de la Chine, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan) – en qualité de membre de plein droit? Sans oublier l’interaction avec l’Union économique eurasiatique (UEEA) également considérée comme une orientation stratégique pour Téhéran ou encore la coopération dans la sphère militaro-sécuritaire, y compris dans le cadre du triumvirat Russie-Chine-Iran.

Il devient désormais évident que l’Eurasie continuera à jouer un rôle de premier poids dans l’ordre multipolaire international. Et vraisemblablement désormais non plus seulement dans un cadre multipolaire, mais bel et bien multipolaire post-occidental, à l’heure où l’Occident s’est de facto lui-même isolé de la communauté internationale, en continuant obstinément à prétendre vivre encore dans l’ère unipolaire du diktat occidental.

Evidemment et dans le cadre eurasiatique, la Russie, la Chine et l’Iran – jouent des rôles déterminants aussi bien sur le plan civilisationnel d’appartenance à l’Eurasie, mais également du point de vue des orientations géopolitiques, géoéconomiques et militaro-sécuritaires au niveau régional et international. Des orientations appelées à se renforcer, comme le confirme y compris le projet du corridor Nord-Sud, s’ajoutant parfaitement au grand projet chinois des Nouvelles routes de la soie, et créant par la même occasion des défis supplémentaires à l’axe anglo-saxon ayant longtemps pensé dans l’histoire contemporaine pouvoir dominer sans partage sur les axes commerciaux internationaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le format des BRICS+ en tant qu’une des priorités des Etats membres

19.06.2022

L’organisation des BRICS semble promouvoir de plus en plus une approche multilatérale permettant une intégration maximale dans le cadre du concept BRICS+, donnant la priorité à la diversité géographique aux pays concernés par cette interaction, et renforçant la thèse d’un ordre multipolaire post-occidental.

L’un des points principaux de la présidence chinoise des BRICS (composée du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud) a été le lancement d’une réunion BRICS+ élargie au niveau des ministres des Affaires étrangères, dans laquelle au-delà des pays membres de l’organisation internationale, ont été conviés les représentants de l’Egypte, du Nigéria, du Sénégal, de l’Argentine, du Kazakhstan, d’Indonésie, d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et de Thaïlande. Une perspective déjà abordée par Observateur Continental.

Mis à part cette initiative du leadership chinois, Pékin a également présenté un format de dialogue inclusif couvrant toutes les grandes parties du Sud global, réunissant des plateformes d’intégration régionale en Eurasie, en Afrique et en Amérique latine.

Anil Sooklal, ambassadeur spécial d’Afrique du Sud pour les BRICS et les pays d’Asie, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg auquel il participe, a déclaré «que le format actuel des BRICS permet aux Etats membres de répondre aux défis géopolitiques et financiers actuels».

Toujours selon lui, l’ignorance par les pays occidentaux de l’architecture multilatérale des affaires internationales en matière de sécurité, ainsi que l’imposition des sanctions contre la Russie – entraînent des problèmes dans les domaines de l’alimentation et de l’énergie. Tout en ajoutant «que nous avons été très souvent privés d’accès aux vaccins. Nous avons également vu l’impact dévastateur des changements climatiques et nous constatons que de nombreux pays dits développés ne partagent par les technologies avec les autres pour surmonter les problèmes existants. Notre président (le président sud-africain Cyril Ramaphosa, ndlr) avait expliqué que nous étions déjà confrontés à des problèmes de sécurité alimentaire et nous nous sommes tournés vers la Russie pour résoudre ce problème».

En termes de perspectives et au-delà d’un élargissement en cours du format de partenariat avec le BRICS+, un point très important concerne effectivement non seulement le maintien des relations stratégiques entre les Etats membres, mais également un renforcement encore plus notable de ces relations.

Ainsi, malgré les multiples tentatives occidentales de saper le développement des relations sino-russes, cela non seulement n’a pas abouti, mais au contraire suit le cours absolument inverse de celui souhaité par les nostalgiques de l’ère unipolaire. La toute récente discussion téléphonique entre les présidents russe et chinois n’a fait d’ailleurs que le confirmer. 

Une discussion durant laquelle le leader chinois a réitéré que la Chine est prête à travailler avec la Russie pour continuer à se soutenir mutuellement sur leurs intérêts fondamentaux respectifs concernant la souveraineté et la sécurité, ainsi que sur leurs préoccupations majeures, en approfondissant leur coordination stratégique et en renforçant la communication et la coordination dans des organisations internationales et régionales importantes telles que l’ONU, les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Autre point très important: la Chine est également disposée à travailler avec la Russie pour promouvoir la solidarité et la coopération entre les marchés émergents et les pays en développement, et pour faire avancer l’ordre international et la gouvernance mondiale vers une direction plus juste et plus raisonnable.

La réalité est devenue parfaitement évidente. Même nombre d’experts intervenant sur les plateaux des chaines occidentales le reconnaissent: la Chine et la Russie se trouvent sur la même longueur d’onde. Une réalité qui a au moins le mérite d’être honnête et comme résultat largement plus appréciée par les téléspectateurs.

De manière générale, il devient évident que les BRICS tout en représentant une large partie de l’humanité, aussi bien du point de vue démographique, économique qu’industriel – misent désormais sur une intégration encore plus large pour définitivement tourner la page d’une fausse communauté internationale, et mettre pleinement en pratique la seule et véritable.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le fossé croissant entre l’Afrique et l’Occident

23.05.2022

Les tentatives occidentales incessantes de tenter à vouloir dicter l’avenir aux pays africains continuent de donner bien souvent l’inverse du résultat escompté. Si les divorces ont été déjà engagés, ou en voie de l’être, entre l’Occident et plusieurs leaderships africains – dans le cas de la société civile le stade supérieur de la rupture semble déjà avoir été atteint.

Alors qu’un sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) aura lieu les 25 et 26 mai prochains, qui sera consacré à la lutte contre le terrorisme et aux changements anticonstitutionnels en Afrique, et que les USA souhaitent adopter une nouvelle loi visant à surveiller et combattre la présence russe sur le continent, les perspectives occidentales continueront vraisemblablement dans le sens de la dérive et de la chute.

En ce qui concerne les prétendus changements «anticonstitutionnels», au-delà d’une interprétation très particulière du côté occidental et de ses acolytes y compris en Afrique, selon si cela se déroule sur le continent africain, ou… par exemple dans un certain pays d’Europe de l’Est, le fait est qu’il est admis que c’est aujourd’hui un sujet cher aux élites occidentales, ainsi qu’aux sous-traitants locaux. Le cas du Mali fait effectivement aujourd’hui trembler les bureaux des capitales occidentales et de certains pays africains.

Des militaires patriotes à l’écoute des aspirations populaires de masse, le tout dans une vision panafricaine et pro-multipolaire – représentent effectivement un mélange que les Occidentaux veulent absolument éviter – car le cas malien aura déjà démontré que les valeurs de la vraie dignité ne sont pas achetables. Les pressions, intimidations et sanctions en tout genre – n’auront pas aidé non plus les objectifs des gouvernements occidentaux et africains soumis à la volonté occidentale.

En parlant justement des pressions et sanctions, Washington semble désormais vouloir passer à l’étape supérieure aux côtés de ses supplétifs européens, dont la France, le tout en vue de vouloir punir les leaders et gouvernements africains qui collaboreraient avec «le mauvais partenaire». Evidemment pas très démocratique tout cela, purement dictatorial, mais si propre à ce que l’Occident – surtout à la vue des événements récents – représente réellement.

Le souci pour de telles initiatives c’est qu’en sanctionnant des leaders et gouvernements africains – largement populaires auprès des populations d’appartenance et très souvent même au-delà des frontières des pays en question – l’establishment atlantiste aura alors à faire face à des dizaines et même des centaines de millions de citoyens du continent – déjà pour de nombreux d’entre eux fort hostiles aux schémas et politiques de l’Occident.

Dans un récent sondage mené sur la page Telegram de la chaîne Afrique Média – la télévision panafricaine – à la question posée : qui représente une menace pour la sécurité de l’Afrique – 89% des personnes ont répondu que c’est l’Occident. Par ailleurs, dans un autre sondage toujours en cours, à la question «lequel des leaders africains vous inspire le plus», le colonel Assimi Goïta – président du Mali est pour le moment largement en tête avec 86% des votes… Très révélateur des sentiments régnants et observés depuis de longues années sur le grand continent africain.

Face à cette réalité, la politique arrogante et irresponsable des nostalgiques de l’unipolarité risque non seulement de faire perdre, à terme, à l’Occident l’accès aux matières premières dont on connait désormais, et plus que jamais, l’énorme besoin. Et de l’autre pousser les populations africaines, et notamment la jeunesse, à fermer définitivement la porte à tout dialogue ultérieur.

Certains observateurs en Afrique se demandent d’ailleurs s’il s’agit d’un problème de capacités intellectuelles chez les décideurs occidentaux. En partie certainement. Mais le principal étant un problème vraisemblablement génétique au niveau de ceux qui dirigent l’Occident – transmettant de génération en génération l’idée qu’ils possèdent le droit de vie et de mort sur l’écrasante majorité de la population terrestre, et qui n’est autre que la population non-occidentale.

Et si nombreux dans le camp atlantiste pensent que cette arrogance héréditaire leur permettra de limiter les dégâts et les casses, la réalité démontre plutôt qu’ils ne font, eux-mêmes, qu’accélérer leur chute. En ce sens, cela arrange parfaitement les objectifs des panafricanistes et des partisans de l’ère multipolaire actuelle.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3884

Monde post-occidental: les ressources naturelles comme clé du nouveau système international

09.04.2022

Si le monde est déjà dans un concept multipolaire depuis plusieurs années – nous avançons à pas certains vers un monde multipolaire post-occidental. Et dans cette réalité, l’Occident ne sera pas seulement représentatif d’une minorité mondiale du point de vue démographique, mais également en ce qui concerne le manque criant de ressources naturelles allié à des endettements extérieurs par habitant de loin les plus importants au niveau mondial.

Lorsqu’on analyse la crise actuelle, probablement sans précédent, entre non seulement l’Occident et la Russie, mais plus généralement entre les nostalgiques de l’unipolarité et les partisans résolus de l’ère multipolaire – on s’aperçoit d’un constat assez révélateur. Celui qu’en regardant la carte mondiale des pays ayant largement élargi les sanctions contre la Russie (dans l’écrasante majorité les nations occidentales) – il s’avère que c’est également les Etats possédant les plus importantes dettes extérieures par habitant.

En effet, si l’on prend à ce titre le Top 10 de pays par dette extérieure – 8 sont occidentaux. Et dans le Top 20 – 14 des pays, soit 70%. Evidemment, les «grands» spécialistes économiques du monde occidental vous diront que c’est normal, car l’Occident était la référence pour d’autres pays du monde (non-occidentaux) pour y placer leurs avoirs.

Le souci pour cette théorie, est que nous approchons sa fin. Le monde entier a été témoin du hold-up occidental vis-à-vis des réserves russes – en Occident. Face à cela et au-delà du fait que la Russie a su trouver les instruments nécessaires pour non seulement compenser cela, mais aussi de mettre les instigateurs des sanctions en grandes difficultés, le fait est que cette situation a le mérite d’apporter plusieurs autres éclaircissements.

Tout d’abord – que l’Occident collectif ayant définitivement montré son visage de véritable cambrioleur à ciel ouvert – s’appropriant ce qui ne lui appartient pas – observera un effet catastrophique pour le système financier occidental sur le court, moyen et long terme. Le processus de perte de confiance vis-à-vis des monnaies que sont le dollar et l’euro ne fera que s’accélérer désormais. Tout comme la multiplication des accords bilatéraux et multilatéraux de commercer en monnaies nationales non-occidentales.

De deux: que sans les principales matières premières, énergétiques et pas seulement, l’Occident ne peut pas grand-chose. Ni pour son industrie, ni pour ses consommateurs lambda. Toutes les discussions sur les énergies «renouvelables» restent des projets n’ayant aucune chance d’être réalisés dans un avenir proche, ni même certainement sur le moyen terme. Toujours sur le même volet: toute cette arrogance de l’Occident collectif a toujours été basée, entre autres, sur le fait que l’industrie occidentale exporte des produits technologiques à haute valeur ajoutée.

Sauf que cette industrie technologique ne peut pratiquement rien sans les ressources naturelles dont elle a besoin pour travailler, vendre, exporter. Toute comme il serait totalement naïf de croire que l’industrialisation de l’Occident n’était pas directement liée à la colonisation et aux pillages des ressources naturelles des peuples colonisés.

Là aussi ce n’est pas tout. Les nations non-occidentales ont d’ores et déjà démontré, et continueront indéniablement à le faire – d’avoir tout le potentiel scientifico-intellectuel nécessaire pour pouvoir compenser ou créer à terme les alternatives nécessaires aux technologies occidentales. Les cerveaux russes, chinois, indiens, iraniens, et en provenance de beaucoup d’autres endroits du monde ne font d’ailleurs que le confirmer. Et si l’Occident arrivait dans un passé relativement proche à prendre une partie de ces cerveaux, ce processus va indéniablement ralentir dès à présent. Pour quelles raisons? Pour certains par patriotisme, pour d’autres par opportunités de créer de grandes choses (et donc gagner beaucoup d’argent) chez soi, au lieu d’être salariés pour le compte de compagnies occidentales. Pour beaucoup – les deux raisons seront de la partie.

Aussi, et lorsqu’on assiste à ce système qui se met en place, et qui n’est encore une fois que très logique, l’Occident risque de se retrouver dans une situation où:

1) Il ne sera plus le pôle d’attirance par «excellence».

2) Aura de plus en plus de mal à obtenir les matières nécessaires pour son industrie technologique, à moins de suivre à la lettre les conditions des pays à qui appartiennent les dites ressources.

3) Verra l’apparition de concurrents à grande échelle, y compris dans la sphère technologique, en provenance du monde non-occidental, représentant l’écrasante majorité planétaire par la même occasion. 

On comprend maintenant beaucoup mieux certains processus qui touchent à l’Afrique. Et notamment pourquoi les pays occidentaux prenaient avec autant d’hystérie la montée en puissance de la coopération entre la Chine et la Russie avec les pays africains. La Chine – première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat et ferme partisan de la multipolarité. La Russie – l’une des deux principales puissances militaires du monde, de même que sur le plan des ressources naturelles à l’échelle planétaire, et elle aussi fer de lance clé des règles multipolaires internationales. L’Afrique – continent si riche en ressources naturelles, mais que l’Occident a si longtemps rabaissé – pour pouvoir mieux piller ces ressources dont il avait si besoin afin de maintenir l’idée d’une domination justifiée de ce même Occident.

Ce schéma vicieux approche la fin. Et le fait que même les partenaires «traditionnels» des USA et de l’Occident se détournent d’eux – ne fait que renforcer cette thèse. Oui, le monde occidental devra apprendre à vivre sur de nouvelles bases et de nouvelles règles, même si cela paraissait inimaginable pour nombre de prétendus experts de ce petit monde. L’Occident avait encore récemment une chance de prendre le tout dernier wagon du train multipolaire. Il l’a raté. Et c’est pourquoi le monde ne sera que post-occidental.

Mikhail Gamandiy-Egorov

UEEA: des échanges en hausse et perspectives à venir

29.03.2022

L’année écoulée a été celle d’une augmentation significative des échanges pour l’Union économique eurasiatique – aussi bien à l’intérieur de l’union que sur le plan du commerce avec l’extérieur. Par ailleurs, l’espace eurasiatique sera indéniablement appelé à renforcer les échanges et les mécanismes avec ses principaux partenaires d’Asie, à l’heure où l’Occident se conforte dans sa propre isolation.

Le Département des statistiques de la Commission économique eurasienne a annoncé les résultats préliminaires du commerce mutuel et extérieur de l’Union économique eurasiatique (UEEA), 4ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, pour l’année 2021.

Il en ressort que le volume du commerce extérieur des échanges entre les Etats membres de l’Union économique eurasiatique avec les pays hors UEEA est estimé à 844,2 milliards d’équivalent de dollars, représentant une augmentation de 35,1% par rapport à 2020. Par ailleurs, l’excédent du commerce extérieur en 2021 s’est élevé à 207,2 milliards d’équivalent de dollars (contre 105 milliards en 2020).

Autre point important: la croissance de la valeur des exportations des Etats membres de l’UEEA vers les pays hors union l’année écoulée était principalement due à l’augmentation des prix des biens exportés (de 46,3%), le tout alors que le volume physique des biens exportés a au contraire diminué (de 1,5%). En ce qui concerne les résultats par pays membre, les exportations ont augmenté de 47,8% pour la Biélorussie, de 47% pour la Russie, de 25,8% pour le Kazakhstan et de 16,8% pour l’Arménie.

En ce qui concerne les marchés extérieurs concernés par cette hausse significative des exportations des pays membres de l’UEEA – l’Union européenne a représenté 42,2%, les pays membres de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC): 28,3% (très principalement la Chine), les pays de la CEI non-membres de l’UEEA ont été quant à eux destinataires de 5,8% des dites exportations.

Du côté des échanges mutuels des Etats membres de l’Union économique eurasiatique en 2021, calculé comme la somme de la valeur des opérations d’exportations des membres de l’UEEA dans le commerce mutuel – cela s’est élevé à 72,6 milliards d’équivalent de dollars, soit 131,9% du niveau de 2020. A noter également que dans le commerce mutuel des pays membres de l’union – le rouble russe occupe la position de leader en qualité de monnaie des échanges.

Parlons maintenant perspectives. Evidemment et compte tenu des nouvelles réalités géopolitiques et géoéconomiques, notamment dans l’incapacité la plus totale des régimes occidentaux à pouvoir s’adapter aux règles du monde multipolaire, il est évident que l’Union économique eurasiatique devra orienter beaucoup plus ses échanges en direction du grand espace eurasien, et notamment en direction de pays comme la Chine, l’Inde, le Pakistan ou encore l’Iran (qui réfléchit d’ailleurs à intégrer l’UEEA). Le tout en privilégiant les paiements en monnaies nationales.

Ceci d’autant plus que les pays de l’Europe bruxelloise n’ont pas saisi l’occasion de comprendre que leur intérêt pragmatique était naturellement avec l’Eurasie. Cela sans même rentrer dans une quelconque alliance, sachant de toute manière que sur le plan civilisationnel l’espace eurasiatique n’a désormais que très peu à partager avec une Europe où les valeurs dignes de ce nom ont été depuis longtemps profondément inversées. Mais le pragmatisme économique aurait permis de tenir compte des intérêts de chacun, et des « particularités » de chacun.

Désormais, cela est fort probablement impossible. L’Europe dans sa version bruxelloise, n’est qu’un simple sous-traitant des ordres washingtoniens. Et dont la réputation ne vaut absolument plus rien. Les responsables à la tête de cette Europe préfèrent sacrifier leurs propres populations, du moment que le maître outre-Atlantique sera satisfait par leur obéissance.

Aujourd’hui, il devient déjà assez évident qui sera le grand perdant économiquement parlant. Mais il ne faut pas espérer que la Russie ou ses alliés eurasiatiques tendront de nouveau la main à un navire qui a décidé de ses propres vœux à couler. Peut-être que viendra le jour où de nouveaux leaders européens, sans arrogance néocoloniale ni rêves pro-unipolaires, prendront la destinée de leurs Etats respectifs. Mais soyons clairs – ce n’est pas pour un avenir très proche. Et pendant ce temps, l’Eurasie sait ce qui lui reste à faire. Le monde n’étant absolument pas l’Occident collectif.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3722

L’Occident dans la réflexion face à la crise énergétique et alimentaire

25.03.2022

Si l’establishment occidental tente de maintenir l’idée que tout reste sous contrôle dans l’espace concerné, en préférant s’intéresser aux difficultés éventuelles à d’autres endroits du monde, la réalité actuelle démontre que l’Occident ne sera définitivement pas épargné par les difficultés déjà en cours d’observation, notamment dans les sphères agroalimentaire et de l’énergie.

Pendant que les médias occidentaux comme Atlantico se posent la question si l’opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine aura des conséquences sur le marché alimentaire mondial et plus particulièrement pour les pays d’Afrique et d’Asie, la question que devrait surtout commencer à se poser les élites politico-médiatiques de l’Ouest est la suite des événements pour leurs propres pays.

En effet, si le prix des céréales a connu une forte hausse récente, avec un impact international sur la question, il ne faut pas oublier que les trois premiers producteurs mondiaux sont la Chine, ainsi que l’Inde et la Russie (étant par la même occasion le premier exportateur mondial). En d’autres termes – des puissances non-occidentales. Connaissant les risques que pourraient endurer certains pays du monde face à la hausse actuelle des prix et dans un monde où l’Occident a officialisé son refus des règles multipolaires, il n’est pas exclu que des pays en difficulté (non-occidentaux) pourront prétendre à négocier des conditions spéciales auprès des principales puissances pro-multipolaires mondiales.

Pendant ce temps, l’Occident en faux-moralisateur et faux-apôtre de la démocratie, est déjà lui-même confronté à de nombreux défis. En France, Emmanuel Macron veut la mise en place d’un chèque alimentaire, afin «d’aider les ménages les plus modestes et les classes moyennes à faire face à ces surcoûts», tout en affirmant «que la France va être confrontée à une crise alimentaire mondiale à cause de la guerre en Ukraine compte tenu du fait que l’Ukraine, mais aussi la Russie, sont des véritables greniers pour l’alimentation internationale». Surtout la Russie, faut-il bien le préciser.

En Espagne, l’envolée des prix fait flamber la colère sociale, titre TV5 Monde, faisant référence à la grève des transporteurs routiers et aux manifestations d’agriculteurs et de pêcheurs, sans oublier les simples consommateurs face à la hausse des prix, y compris de l’énergie. Tout en rappelant que près de 150 000 éleveurs et agriculteurs, touchés de plein fouet par la hausse du coût des engrais et des matières premières avaient fait le déplacement dans la capitale Madrid pour exprimer leur grand mécontentement.

D’autres pays, notamment l’Italie, ne seront évidemment pas épargnés. En passant la même Italie qui lors de la crise du Covid-19 avait accueilli en grande pompe l’aide de matériels et de spécialistes en provenance de Russie, mais qui désormais participe activement à la campagne russophobe en cours.

Dans cette réalité, l’Occident pourrait-il prétendre à de quelconques gestes de soutien de la part de Moscou? La réponse est indéniablement non. Ni dans la sphère énergétique, ni agroalimentaire. Cela sans même, pour l’instant, aborder l’éventualité d’une rupture complète relationnelle, dans le cadre des livraisons énergétiques vers l’Union européenne, ou en ce qui concerne la présence massive d’entreprises occidentales sur le sol russe.

S’il est évident que pendant que des pays comme l’Inde augmentent largement leurs importations de pétrole russe, en obtenant par la même occasion des conditions intéressantes et en privilégiant les paiements en monnaies nationales, que le Pakistan accroit sa collaboration avec Moscou dans les domaines du blé et du gaz, les pays occidentaux devront désormais s’adapter à de nouvelles réalités.

Comme le fait que l’Union européenne sera dorénavant obligée de payer ses importations de gaz russe non plus en euros ou en dollars, mais bel et bien en roubles. Une mesure qui pourrait d’ailleurs être élargie à d’autres types de produits en provenance de la Russie.

Et la question à se poser au sein des populations occidentales, et peut-être plus particulièrement européennes, qui subissent déjà les effets de cette situation, est s’il fallait en arriver là? Les accusations qui visent aujourd’hui la Russie, pour toute personne censée, ne peuvent voiler la réalité que depuis huit longues années la population du Donbass vivait la martyre sous la bénédiction des élites de l’Occident, et notamment européistes, et que le fait de suivre aveuglement les prérogatives washingtoniennes par l’Europe – sont les éléments de réponse à la situation subie, et très certainement encore à subir.

A la différence de Washington, Moscou comme Pékin n’ont pas besoin de vassaux. Mais de partenaires dignes de ce nom. L’Europe bruxelloise, en simple sous-traitant des intérêts outre-Atlantique a démontré ne pas être un partenaire digne de confiance, avec tout ce que cela implique. Quant aux difficultés observées, de l’agroalimentaire jusqu’à l’énergie, que les populations concernées demandent des comptes à leurs responsables respectifs. Peut-être qu’ils sauront leur apporter des réponses convaincantes, bien que cela soit très peu probable.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Sanctions occidentales contre la Russie: la Turquie dit non

22.03.2022

En dépit des pressions qui se poursuivent, la Turquie continue fermement de refuser à se joindre aux sanctions à l’encontre de la Russie. Malgré plusieurs divergences existantes avec Moscou, l’approche pragmatique turque démontre que l’axe atlantiste est loin d’être soudé.

«La Turquie n’a pas participé aux sanctions contre la Russie et n’a pas l’intention de s’y joindre» – c’est ce qu’avait déclaré Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse Anadolu.

Une posture saluée par son homologue russe Sergueï Lavrov, qui a de son côté affirmé «qu’Ankara suit une ligne pragmatique concernant la crise ukrainienne», avec une approche très équilibrée. Pour autant, cela ne signifie pas que les deux pays soient sur la même ligne dans ce dossier, comme dans d’autres.

En effet, le leadership turc avait condamné l’opération militaire russe en Ukraine. Et ce n’est évidemment pas le seul point de discorde existant entre la Turquie et la Russie. Faut-il rappeler qu’Ankara et Moscou possèdent des approches divergentes, voire diamétralement opposées, dans de nombreux dossiers régionaux et internationaux: Syrie, Libye, Caucase du Sud, pour ne citer que cela.

Ceci étant dit, tout ne sépare pas les deux pays à l’international, loin de là et cela s’est traduit par des approches similaires ou assez proches dans plusieurs autres dossiers: Biélorussie, Venezuela, Centrafrique, Mali. Plus que cela, les deux nations possèdent de très importants intérêts économico-commerciaux conjoints – du secteur énergétique jusqu’au nucléaire civil, en passant par le tourisme, l’agroalimentaire, le textile ou le secteur du BTP. L’aspect économique représentant certainement la partie d’intérêt stratégique pour les deux parties.

Evidemment, la meilleure caractéristique qui peut être donnée à la politique turque dans sa posture internationale est celle d’équilibriste – sachant promouvoir ses intérêts de concert avec les grandes puissances non-occidentales eurasiennes, sans pour autant fermer le chapitre de son appartenance à l’Otan. Une approche d’ailleurs qui lui a valu de nombreuses critiques de la part de plusieurs de ses alliés atlantistes.

Dans le cas ukrainien, il ne faut pas non plus oublier que la Turquie avait fourni un certain nombre d’armements au régime kiévien, y compris les fameux drones Bayraktar TB2. Ce qui pourrait d’ailleurs être considéré comme une prise de position en faveur dudit régime, bien que le plus important pour Ankara soit surtout la possibilité de continuer à promouvoir ses drones de combat à l’échelle internationale, pour des rentrées économiques supplémentaires.

Le fait est que le refus de la Turquie de se joindre aux sanctions contre la Russie, tellement promues par l’establishment occidental, confirme plusieurs aspects. Tout d’abord qu’Ankara maintient sa propre ligne politique à l’international, faisant du pays certainement le seul acteur assez indépendant au sein de l’Otan. De l’autre, la posture du leadership turc s’apparente à celle d’observer la suite des événements, comprenant parfaitement que le monde de la domination unipolaire occidentale est terminé. Et ne souhaitant donc pas se trouver, du moins complètement, dans le camp des perdants.

Il est évident que ne serait-ce que devant sa propre opinion publique intérieure, l’objectif du gouvernement turc actuel sera de dire: «vous voyez, nous n’avons pas adopté la même approche que les Occidentaux, et c’est cela qui nous permet de dire que nous n’avons pas perdu». Quant aux relations économiques avec la Russie, stratégiques pour la Turquie, cette dernière souhaite non seulement les maintenir, mais surtout de pouvoir tirer intelligemment profit de la situation actuelle, à l’heure d’une quasi-rupture relationnelle entre Moscou et l’Occident.

Selon nombre de sources informées, plusieurs opérateurs économiques turcs souhaitent justement soit élargir leur présence économique en Russie, et pour certains de prendre la place tout simplement de plusieurs acteurs occidentaux, notamment européens. A l’heure où ces derniers subissent d’énormes pressions de la part de leurs gouvernements et d’une partie de leur opinion publique pour stopper leurs activités commerciales en territoire russe.

En ce sens et connaissant parfaitement le talent des entrepreneurs turcs, il ne faut certainement pas douter qu’ils trouveront leur bonheur dans les nouvelles opportunités qui s’ouvrent à eux. Cela sans oublier, que plusieurs acteurs économiques russes voient également la Turquie comme l’une des destinations à privilégier dans le cadre de leurs activités à l’international, y compris en matière d’investissements.

Enfin et au-delà de cette capacité turque à savoir ménager ses intérêts avec incomparablement plus de souveraineté et de pragmatisme que ses homologues d’Europe bruxelloise, sa posture démontre également le manque évident d’unité au sein du bloc atlantiste. Aussi, il est certain que si un Etat comme la Roumanie ou l’Estonie, aurait tenté d’avoir une approche similaire, peu s’en soucieraient vu leur poids minime sur le plan politique et économique.

Mais dans le cas de la Turquie – deuxième effectif armé de l’Otan et onzième puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat – il est totalement évident pourquoi l’équilibrisme pragmatique d’Ankara soit si amer pour les plus radicaux des atlantistes et nostalgiques de l’unipolarité par la même occasion.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Venezuela: les USA en position de faiblesse

17.03.2022

A l’heure où l’establishment occidental et plus particulièrement étasunien cherche de nouveau tous les moyens pour tenter à faire isoler la Russie, l’échec de cette approche est d’autant plus retentissant qu’au-delà d’être irréaliste, Washington démontre assez clairement être en position de maillon faible.

Après les échecs des intimidations à l’encontre de la Chine, superpuissance économique mondiale et alliée de la Russie, faisant une fois de plus réagir explicitement les hauts responsables chinois, les représentants washingtoniens s’agitent pour tenter de trouver les moyens de réduire la crise énergétique en cours en Occident.

Direction – le Venezuela. Embargo sur le pétrole russe: le Venezuela comme alternative pour les USA – titrait le porte-voix médiatique hexagonal France 24. Pour rappel, l’establishment washingtonien et plusieurs des régimes occidentaux ne reconnaissent pas la légitimité du pouvoir de la République bolivarienne.

Pourtant, le quotidien économique britannique Financial Times fait référence de son côté à la marche arrière de l’administration US après que la visite de responsables étasuniens à Caracas a été vue par plusieurs politiciens et experts outre-Atlantique comme une position de faiblesse de Washington.

Ceci est d’autant plus évident que le Venezuela a adopté une posture de soutien ouvert à l’allié russe dans l’opération militaire de Moscou en Ukraine. Comme le note par ailleurs le média vénézuélien en langue anglaise The Orinoco Tribune: «Dans le conflit actuel de haute tension, le président Maduro n’a pas hésité à soutenir la demande de garanties de sécurité de la Russie et a dénoncé les plans d’expansion de l’Otan dirigés par les Etats-Unis, ainsi que la violation des accords qui avaient été signés par l’Ukraine et les pouvoirs parrainant le gouvernement Zelensky». Faisant sur ce dernier point référence aux Accords de Minsk sur le Donbass.

En ajoutant qu’il est évident qu’il n’est pas possible d’espérer qu’un scénario hypothétique de négociations vienne de ceux qui ont incité le conflit actuel en Eurasie. Et que par conséquent, compte tenu de la situation et des agents impliqués, le président Maduro a souligné qu’il est du devoir du Venezuela de garantir la paix et la sécurité de la Russie dans tous les forums mondiaux.

Cette prise de position du gouvernement vénézuélien met particulièrement à mal la posture étasunienne, la mettant en face d’une double humiliation: d’un côté Caracas continue de soutenir sur les fronts politico-diplomatique et stratégique l’allié russe et d’un autre, en ce qui concerne plus particulièrement la coopération dans la sphère énergétique avec des compagnies US – met Washington en face de ses propres contradictions. A savoir – collaboration pétrolière éventuellement possible, mais dans ce cas qu’en est-il de la reconnaissance officielle du gouvernement Maduro comme représentant légitime de la République bolivarienne du Venezuela par les USA et ses supplétifs?

Ces deux problématiques mettent particulièrement à mal le travail des représentants US qui donnent aujourd’hui l’impression de courir dans tous les sens. L’objectif étant de montrer, certainement non plus aux yeux de la planète, mais très principalement aux yeux de l’opinion publique occidentale – d’être en mesure de pallier les énormes défis auxquels fait face l’ensemble occidental. Y compris dans la sphère énergétique.

Le grand problème des Occidentaux, c’est qu’ils n’ont toujours pas réalisé qu’en entamant un dialogue avec leurs ennemis déclarés – ce n’est pas un honneur qu’ils font aux pays concernés, mais plutôt les pays concernés font une faveur à écouter ce qu’ont à dire les responsables washingtoniens. Et les leaderships des pays en question ne ratent pas l’occasion de montrer que c’est justement eux qui se trouvent en position de force. D’ailleurs et au-delà du Venezuela, l’autre exemple étant celui de Cuba ou encore de l’Iran. Tous ont vécu sous sanctions sévères émanant de l’establishment occidental, mais non seulement ne se sont pas mis à genoux devant le néocolonialisme atlantiste, mais de plus ont renforcé considérablement leurs positions. Y compris à travers l’interaction avec la Russie et la Chine.

L’establishment occidental a encore beaucoup de mal à pouvoir s’habituer à de telles humiliations. Le fait est qu’il n’en a simplement pas d’autre choix. Si le temps de l’arrogance propre à cette mentalité ne prévoit pas de disparaitre, leurs gesticulations récentes et moins récentes confirment bel et bien que c’est eux qui se trouvent en position évidente de faiblesse, et non pas les nations partisanes de l’ordre multipolaire international.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chine-Russie: la relation stratégique appelée à se renforcer

Malgré les nouvelles tentatives occidentales d’isoler la Russie – le résultat qui s’en suit prend une fois de plus la tournure inverse pour ses instigateurs. La relation sino-russe ne fait d’ailleurs que le confirmer.

La Chine et la Russie restent déterminées à approfondir continuellement leur partenariat global et leur interaction stratégique dans la nouvelle ère. Ces déclarations récentes fortes ne sont que celles du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.

«La relation sino-russe est considérée comme l’une des relations bilatérales les plus importantes au monde. Notre coopération apporte non seulement des avantages et de la prospérité aux peuples des deux pays, mais contribue également à la paix, à la stabilité et au développement de la planète entière. Récemment, les deux Etats ont publié une déclaration commune sur les relations internationales entrant dans une nouvelle ère et le développement durable mondial, et dans laquelle ils ont clairement dit au monde que nous refusons conjointement de revenir à la mentalité de la guerre froide».

Le chef de la diplomatie chinoise avait également déclaré que les relations sino-russes se développent selon une logique historique claire et possèdent de fortes forces motrices à l’intérieur des deux nations. Et que l’amitié entre les deux peuples est aussi solide qu’un roc, et que les perspectives de coopération bilatérale sont immenses.

Il est à noter que l’establishment occidental et plus particulièrement étasunien menace activement la Chine de sanctions si Pékin contribuera à compenser à la Russie les pertes causées par les sanctions occidentales. De son côté, la République populaire de Chine a d’ores et déjà prévenu, toujours via son ministère des Affaires étrangères, qu’elle répondra fermement avec des contre-mesures si les Etats-Unis décident d’appliquer des sanctions à des entreprises ou à des individus chinois en utilisant le prétexte du conflit militaire russo-ukrainien.

«Les États-Unis ne peuvent pas imposer leurs soi-disant sanctions et leur juridiction au bras long aux entreprises ou aux individus chinois lorsqu’il s’agit de leurs relations avec la Russie. Les États-Unis n’ont aucune raison de porter atteinte aux droits légitimes de la Chine, et dans le cas contraire la Chine se verra obligée de répondre avec fermeté et de manière résolue», a affirmé jeudi dernier le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian.

Tout cela nous rappelle que malgré les intimidations en provenance de Washington, le leadership chinois semble résolu non seulement à maintenir sa relation d’alliance stratégique avec la Russie, mais fort probablement au contraire cherchera à l’élargir et à la renforcer, y compris dans de nouveaux domaines. Il n’y a d’ailleurs pas de doute à avoir qu’au moment des tensions désormais au summum entre Moscou et le bloc atlantiste nostalgique de l’unipolarité, la relation sino-russe n’en sortira que renforcée, et ce sur les plans politique, économique, ainsi que militaro-sécuritaire.

Il faut également se rendre à l’évidence pour les Occidentaux, que si aujourd’hui leurs propres alliés traditionnels dans plusieurs régions du monde se détournent progressivement des prérogatives émises par le bloc atlantiste, et ce de manière de plus en plus affichée, ce n’est certainement pas la Chine – première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat et l’une des principales puissances internationales actuelles qui fléchira face aux gesticulations étasuniennes et occidentales.

L’autre fait majeur qu’il est nécessaire de noter – c’est que les masques sont définitivement tombés aux yeux d’une large partie de l’humanité. Et que si une partie notable des citoyens de pays occidentaux ont effectivement succombé à l’hystérie russophobe en cours – c’est largement l’effet inverse qui est observé aujourd’hui dans le monde non-occidental – représentant tout de même l’écrasante majorité de l’humanité.

Face à ces perspectives, la relation sino-russe est appelée à maintenir une approche coordonnée et puissante dans les affaires internationales. Il est évident qu’il n’y aura pas de retour à l’ère unipolaire – ce monde est définitivement mort. Et avec lui tous les rêves de ses nostalgiques qui planifiaient encore tout récemment de nous forcer à y revenir.

Mikhail Gamandiy-Egorov