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La visite d’adieu de Merkel à Kiev

La chancelière allemande Angela Merkel se rendra en Ukraine, sa fort probable dernière visite dans ce pays avant la fin de son mandat. Plusieurs sujets seront vraisemblablement à la table des discussions: de la situation dans le Donbass jusqu’au gazoduc Nord Stream 2.

Que pouvoir espérer de cette visite d’adieu d’Angela Merkel sur le sol kiévien? Sachant d’autant plus qu’elle aura lieu juste après le voyage à Moscou et la rencontre avec le président russe Vladimir Poutine. Probablement pas grand-chose. Pour l’Allemagne, il s’agira surtout de montrer son poids dans les affaires en lien avec l’Ukraine, et pour le régime de Kiev – certainement de tenter au maximum à faire joindre Berlin plus activement aux diverses actions contre la Russie.

Le tout à l’heure où l’Allemagne – bien que participant activement aux campagnes russophobes pro-atlantistes, ne souhaite malgré tout pas, de manière assez pragmatique, perdre ses intérêts économiques et énergétiques dans son interaction avec Moscou. Au grand désarroi des représentants du régime kiévien.

Autre point méritant l’attention le lancement par l’Ukraine et ses soutiens anglo-saxons de la soi-disant «plateforme de Crimée», destinée selon ses initiateurs à créer les mécanismes en vue de «désoccuper» la péninsule criméenne. Une initiative considérée déjà comme perdante pour de nombreux experts – n’ayant pu réunir que des représentants occidentaux ou affiliés aux intérêts atlantistes. En bref – très, très, loin de pouvoir donner ne serait-ce qu’un semblant de communauté internationale.

D’autre part, si certains leaders d’Europe de l’Est comptent assister personnellement à cette première rencontre de la plateforme citée, de nombreux pays occidentaux n’y enverront que des ministres ou représentants spéciaux. Dont l’Allemagne, qui devrait être officiellement représentée par le chef de sa diplomatie Heiko Maas. La participation de Merkel, sous quelque forme que ce soit, n’a pour le moment reçu aucune confirmation.

L’autre sujet au menu de la rencontre entre Merkel et Zelensky à Kiev va très certainement concerner la situation dans le Donbass. En ce sens, la chancelière allemande sortante souhaite vraisemblablement insister sur ses apports personnels dans les différentes discussions liées à ce territoire n’ayant pas reconnu les résultats du coup d’Etat ukrainien de 2014 et ayant poussé la population du Donbass (comme de la Crimée) à quitter la juridiction kiévienne.

Des apports que Merkel souhaite probablement laisser comme un «acquis» pour son futur successeur et maintenir le cap choisi pour la future administration allemande. Pour rappel en juillet dernier, lors de sa rencontre avec Zelensky, Merkel avait rappelé à son homologue kiévien la nécessité de mettre en œuvre «la formule Steinmeier» dans la législation ukrainienne.

Enfin, le sujet lié au lancement du gazoduc Nord Stream 2 – un projet stratégique pour Berlin dont il défend la réalisation, et qui a provoqué la vive colère de Kiev, d’autant plus que Washington au vu de la détermination allemande à finaliser ledit projet a dû atténuer ses pressions sur les acteurs, notamment européens, impliqués dans la réalisation de Nord Stream 2, sera certainement abordé.

Et bien que Berlin ait insisté de concert avec Washington sur la «nécessité» de poursuivre parallèlement le transit via le territoire ukrainien du gaz russe exporté vers l’UE, Kiev comprend parfaitement qu’il n’est plus en mesure de pouvoir dicter quoi que ce soit dans ce dossier, ni à faire du chantage comme cela était souvent le cas dans le passé lorsqu’il s’agissait de négocier les questions gazières. Et par la même occasion – de ne plus pouvoir avoir la garantie d’obtenir des milliards de dollars annuels dans le budget ukrainien via «l’agresseur» russe, avec lequel Kiev, tout en déclarant vouloir couper tous les ponts, comptait maintenir son économie à flot.

Dans tout ce package donc, le régime ukrainien doit se rendre à l’évidence qu’il ne représente effectivement pas le centre d’intérêt majeur de la politique internationale – et qu’il restera avant tout une sorte de pierre d’achoppement supplémentaire dans les relations entre l’establishment occidental et la Russie. Avec en prime un rôle de plus en plus réduit – étant forcé de prendre note des décisions occidentales sans en pouvoir faire quoi que ce soit pour en modifier le fond. Si ce n’est qu’émettre des déclarations demandant de penser un peu plus aux intérêts de cette pauvre Ukraine faisant face à «l’agression de l’ours russe».

Quant à Merkel, bien que se préparant à quitter son poste de chancelière, il demeure important de maintenir pour elle au sein de l’opinion publique allemande et européenne – l’image de celle qui voulait porter sur ses épaules la politique européiste. Se positionnant clairement en faveur des intérêts atlantistes à tous les niveaux, mais devant admettre face à la réalité multipolaire mondiale, la nécessité de maintenir un minimum de pragmatisme allemand.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nicaragua ou le rêve US de faire tomber le président Ortega

Washington serait en train de préparer une tentative de renversement d’un autre leader latino-américain, en l’occurrence celui du Nicaragua – en la personne de Daniel Ortega. Au-delà des intérêts géopolitiques étasuniens, l’objectif serait également fortement économique, au moment où la Chine, la Russie et l’Iran continuent de renforcer leurs positions en Amérique latine. Une stratégie US dans la pure tradition néocoloniale, de plus en plus vouée à l’échec pour ses instigateurs.

En novembre prochain, les élections générales auront lieu en République du Nicaragua, et les autorités du pays croient fermement que Washington cherchera à provoquer des manifestations antigouvernementales, à l’instar de la tentative récente qui a eu lieu à Cuba et qui s’est avérée être un échec évident face à la mobilisation populaire pro-gouvernementale. Néanmoins, il est évident que l’establishment étasunien, y compris face à ces échecs, ne compte nullement changer de mentalité. Cela est une évidence.

Mais pourquoi particulièrement le Nicaragua? Il faudrait déjà commencer par rappeler un fait historique: c’est justement l’actuel président nicaraguayen, leader de la révolution sandiniste de 1979 qui avait mis fin au règne du dictateur pro-étasunien Anastasio Somoza Debayle. Au total, l’actuel leader du Nicaragua a été élu président du pays à quatre reprises (1984, 2006, 2011, 2016). Jouissant toujours d’une popularité fort importante auprès de la population nicaraguayenne, mais également au-delà des frontières nationales, Washington craint fortement que son équipe soit de nouveau plébiscitée lors des élections de novembre prochain.

Mais la conjoncture historique est évidemment loin de représenter l’unique raison de la vive hostilité washingtonienne. En effet, les raisons sont réellement multiples. Tout d’abord, Managua fait partie de l’axe souverainiste et progressiste latino-américain, menant une politique économique et étrangère indépendante, et qui condamne la politique néocoloniale des USA et de l’Otan. Le Nicaragua entretient par ailleurs des relations d’alliance aussi bien avec Cuba, le Venezuela, la Bolivie, mais également – avec la Chine, la Russie et l’Iran. Considérés tous comme étant des adversaires à la politique pro-unipolaire washingtonienne et de ses sous-traitants.

Au-delà de l’appartenance à l’axe multipolaire et étant dans l’opposition à l’atlantisme occidental, l’autre raison de la vive inquiétude concerne tout simplement le projet de canal interocéanique du Nicaragua, visant à relier l’océan Atlantique (mer des Caraïbes) à l’océan Pacifique en utilisant le lac Nicaragua qui se trouve à 34 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un projet qui pourra devenir une alternative de premier plan au fameux canal de Panama, sur lequel l’influence des USA n’est pas à présenter. C’est peut-être d’ailleurs pour l’establishment étasunien le «péché» principal de Daniel Ortega, au-delà de l’opposition idéologique.

Ce grand projet, auquel participe la Chine, et dont parmi les soutiens se trouvent également le Venezuela et la Russie, n’est pas encore réalisé mais en cas de finalisation, chose tout à fait plausible au vue de la montée en puissance de Pékin dans les affaires latino-américaines, ledit canal aurait une capacité de trafic de 5100 navires par an. Ce serait pour le moment moins que celui du Panama (14 000 navires) mais cela assouplira considérablement le transport de marchandises et diminuerait fortement l’hégémonie des Etats-Unis dans cette question. Le tout à l’heure où la Chine insiste beaucoup sur son projet de grandes routes logistiques eurasiennes et mondiales.

Cela aurait également un impact sur la sphère énergétique internationale. A ce titre, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prédit une augmentation de 50% de la consommation en gaz naturel liquéfié (GNL) d’ici 2035. Parmi les plus grands importateurs de ce carburant on trouve des pays comme le Japon et l’Inde – des marchés consommateurs que les USA ne souhaitent absolument pas voir augmenter leur partenariat énergétique avec la Russie et l’Iran.

Il faut savoir que 8% des approvisionnements mondiaux en GNL passent actuellement par le canal de Panama. Et avec l’apparition d’une route alternative, les prix du gaz naturel liquéfié pourraient baisser de 10 à 15%. Ce qui pourra certainement ralentir la coopération énergétique des grands marchés de consommation du GNL, dont le Japon et l’Inde, avec les Etats-Unis. Portant par la même occasion un coup sérieux à la volonté d’hégémonie washingtonienne sur le marché énergétique international, de plus en plus vouée à l’échec, y compris en Europe.

Managua est prête à accorder aux investisseurs chinois le contrôle du futur canal nicaraguayen pour une durée de 50 à 100 ans, sachant que Pékin mise souvent sur des projets basés sur du long terme, conformément à sa civilisation, en opposition avec le jeu de poker étasunien. Il ne faut pas par ailleurs exclure une apparition d’une présence militaire permanente russe et chinoise dans la région, dans le but de contribuer à la sécurité non seulement dudit projet, mais également à la sécurité et à la stabilité régionale de façon générale. En ce sens, il est assez évident qu’au-delà du Nicaragua, d’autres nations latino-américaines comme Cuba, le Venezuela ou encore la Bolivie le verront d’un œil extrêmement positif. Le tout à l’heure où Téhéran renforce considérablement aussi son interaction avec les Etats concernés.

Il faut noter qu’au sein même de l’axe bolivarien (Eje bolivariano) – alliance politique, idéologique, économique et informationnelle de Cuba, du Venezuela de la Bolivie, du Nicaragua et de certains autres Etats de la région, on retrouve l’Iran et la Syrie en qualité d’observateurs de l’organisation. Des schémas donc qui déplaisent énormément à Washington et à ses forces sous-traitants régionales, comme extrarégionales.

Tout cela pour dire que la résistance latino-américaine régionale et continentale, l’interaction stratégique au sein de l’Amérique latine souverainiste et progressiste, l’alliance avec les principales puissances pro-multipolaires du monde que sont la Chine, la Russie et l’Iran, de même que la construction de mécanismes économiques et logistiques qui réduiront non seulement l’influence géopolitique, mais également géoéconomique, de Washington, poussera inévitablement ce dernier à une nouvelle tentative de faire tomber un gouvernement légitime latino-américain. Y compris s’il fallait pour cela plonger le pays dans le chaos le plus total.

Le souci, une fois de plus, c’est qu’au-delà d’une capacité de riposte évidente à l’ère contemporaine des principaux pays partisans de la multipolarité, les méthodes sales qui émanent des structures US, qu’elles soient affiliés à la CIA, l’USAID ou les fondations Soros – ont de plus en plus de mal à atteindre les mêmes « succès » que dans le passé plus ou moins récent, en raison d’une résistance sans précédent des peuples visés par ces agressions occidentales.

Plus particulièrement en Amérique latine, les exemples de la Bolivie, du Venezuela, du Pérou, ou encore tout récemment de Cuba – ne font que le confirmer. La mobilisation populaire et celle de la véritable société civile – représentent pour le moment des casse-têtes irrésolus pour l’establishment atlantiste. Et à force de répéter des schémas inefficaces, Washington ne fera qu’accélérer son passage du statut de grande puissance internationale à celui d’une puissance régionale, semblable à la période de la guerre de Sécession. Après tout, chaque chose en son temps.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La complémentarité sino-russe en Afrique

La Chine et la Russie renforcent leur interaction avec les pays du continent africain. A la différence de ce que certains experts occidentaux auraient pu présager, Pékin comme Moscou, au vu de leur savoir-faire respectif, peuvent beaucoup plus travailler dans un cadre de complémentarité, plutôt que de concurrence.

Le récent plein retour de la Russie sur le continent africain a représenté un véritable casse-tête pour l’establishment occidental – qui déjà mécontent de la puissante présence chinoise sur le continent – se retrouve à devoir faire face à un autre de ses principaux concurrents géopolitiques. Et si certains des représentants de cet establishment avaient espéré voir croitre des contradictions entre la Chine et la Russie, compte tenu du fait que l’Afrique représente l’une des principales orientations de la politique extérieure chinoise et du fait que la présence russe se fait de plus en plus sentir – tout semble indiquer au contraire que les deux grandes puissances non-occidentales soient prêtes à travailler ensemble sur le continent.

L’axe sino-russe dans les affaires internationales se positionne aujourd’hui comme le centre majeur de la promotion et du renforcement du concept multipolaire mondial, ayant en face le bloc atlantiste-occidental – nostalgique de la période unipolaire dans les relations internationales. Cette interaction entre Pékin et Moscou est fortement diversifiée: une solidarité nette depuis plusieurs années au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, une relation privilégiée et de confiance entre les leaderships des deux pays, qui attachent par ailleurs une importance de premier plan à cette relation, des échanges économico-commerciaux annuels de plus de 100 milliards d’équivalent de dollars, ainsi qu’un partenariat stratégique dans la sphère militaro-technique.

Cela évidemment sans oublier l’interaction des deux pays dans des grandes structures internationales, devenues elles aussi des symboles de première importance du concept multipolaire : l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS. Concrètement en ce qui concerne la stratégie commune des deux pays en Afrique, il faut noter que le mois dernier a été publié un rapport de 66 pages, rédigé conjointement par le Conseil russe des Affaires internationales (RIAC) et l’Institut d’études internationales et stratégiques de l’Université de Pékin (ISS).

Pour en savoir plus sur les principaux éléments de cette stratégie, il est possible de se référer au site Afrique du Futur de Sébastien Périmony, auteur du livre Voir l’Afrique avec les yeux du futur, et par ailleurs membre du bureau Afrique de l’Institut Schiller.

Le principal à retenir, c’est que les experts chinois comme russes convergent sur plusieurs orientations dans la relation qui caractérise leurs pays respectifs avec ceux du continent africain. A savoir le respect de la souveraineté des Etats africains, une interaction multilatérale dans l’objectif de contribuer ensemble au renforcement du concept multipolaire, ainsi que de promouvoir activement la voix de l’Afrique dans les affaires internationales.

En ce qui concerne les domaines d’interaction avec les pays africains, la complémentarité sino-russe touche à de nombreux domaines. Si économiquement et commercialement parlant, l’interaction chinoise avec le continent africain ait déjà atteint 200 milliards d’équivalent de dollars – faisant de la Chine en tant qu’Etat le premier partenaire économico-commercial de l’Afrique, dans le cas de la Russie le chiffre est actuellement autour de 20 milliards, sachant que dans le cas de Moscou la montée en puissance dans l’histoire récente post-soviétique des échanges avec les Etats africains est bien plus récente que dans le cas de Pékin.

La Chine, en qualité de première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, investit beaucoup en Afrique, notamment dans les projets industriels et d’infrastructure. Déjà en 2020, Pékin a participé à la construction dans les pays africains de plus de 6000 km de voies ferrées, 6000 km de routes, 20 ports, 80 grandes centrales électriques, 130 installations médicales et hôpitaux, 45 stades et 170 écoles, cela sans même parler des autres bâtiments publics.

La Russie de son côté apporte son savoir-faire unique dans le domaine sécuritaire et dans le partenariat militaro-technique. Le tout à l’heure où de nombreux pays africains font justement face à des défis sécuritaires importants, notamment dans la lutte antiterroriste. Un domaine dans lequel l’Occident non seulement a fait preuve d’un manque flagrant d’efficacité, mais bien souvent a contribué à faire croitre les problèmes existants, y compris à travers des interférences et des pratiques néocoloniales dans les affaires intérieures africaines.

Cette opinion est d’ailleurs partagée aussi bien par Moscou que Pékin. La Russie développe également un intérêt pour l’exportation de ses services et de ses technologies, que ce soit les solutions numériques, mais également son savoir-faire dans la construction de centrales nucléaires, hydroélectriques, sans oublier les technologies liées au secteur pétrolier et gazier, ainsi que le domaine spatial – notamment dans le cadre de lancement des satellites pour le compte des Etats d’Afrique. Par ailleurs, le marché russe s’ouvre de plus en plus pour les exportations en provenance de pratiquement tout le continent.

Les deux pays contribuent également à la formation des cadres africains. En ce sens, l’Etat chinois accueille annuellement environ 50 000 étudiants en provenance du continent, la plaçant parmi les principales destinations pour les étudiants africains. Côté russe et rien que pour l’année 2020 – plus de 10 000 étudiants du continent se sont inscrits dans les établissements russes de l’enseignement supérieur. Un nombre appelé à croitre dans les prochaines années.

L’essentiel à retenir dans la relation de l’Afrique avec la Chine et la Russie, c’est qu’effectivement les domaines de fortes compétences chinoises ne sont pas forcément ceux de la Russie, et ceux de Moscou pas forcément ceux de Pékin. Et même dans le secteur stratégique de l’enseignement, il est aujourd’hui beaucoup plus possible de parler de complémentarité, que de concurrence.

Dans une Afrique en plein développement, mais dont le potentiel véritable n’a toujours pas été atteint en raison des périodes sombres allant de la colonisation jusqu’aux méthodes néocoloniales d’interférence et de déstabilisation courantes, il est plus jamais important de pouvoir unir les efforts conjoints sino-russes afin de soutenir les visions panafricaines de la large partie des peuples de l’Afrique. Le tout dans un esprit gagnant-gagnant.

L’implication de la Chine et de la Russie auprès des partenaires africains, dans un cadre aussi bien bilatéral que multilatéral, pourra à terme apporter deux résultats majeurs: faire de l’Afrique un bloc continental puissant et renforcer plus que jamais le concept multipolaire mondial. Et au vu de la dynamique observée actuellement, y compris malgré les défis existants, ces objectifs sont aujourd’hui pleinement réalisables.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Un couloir maritime turc jusqu’à la bande de Gaza?

Des voix s’élèvent en Turquie pour la création d’un couloir maritime allant jusqu’à la bande de Gaza. Bien que la réalisation d’une telle initiative ne soit pas simple à réaliser, le fait est qu’elle trouve déjà des échos favorables au sein de l’opinion publique turque.

La récente annonce du cessez-le-feu entre l’Etat sioniste et le mouvement palestinien Hamas n’a évidemment pas résolu le conflit israélo-palestinien. Si ladite cessation des violences est vue au sein de la résistance palestinienne comme une victoire sur l’ennemi israélien, évidemment on est encore bien loin de la fin des souffrances du peuple de Palestine et d’une confirmation en bonne et due forme d’un Etat palestinien pleinement indépendant.

Les puissances internationales n’ont pas manqué de prendre position dans ce conflit qui dure depuis fort longtemps. Si les Etats-Unis soutiennent traditionnellement Israël – leur principal allié régional et par ailleurs l’une des principales priorités dans leur politique étrangère, la Turquie a pris fait et cause en faveur de la Palestine, en mettant d’ailleurs à exécution une mobilisation internationale active.

Mais un autre sujet s’invite désormais dans le débat. Celui d’une création possible d’un couloir maritime turc allant jusqu’à la bande de Gaza, à l’instar des accords passés précédemment entre Ankara et la partie de la Libye contrôlée par le gouvernement tripolitain. Dans le but déclaré d’accroitre le soutien à la Palestine – par voie maritime. Pour cela, la Turquie pourrait signer le mémorandum naval en question avec les représentants du Hamas, contrôlant justement la bande de Gaza. Une initiative très mal vue à Tel-Aviv, qui la voit comme une volonté du leadership turc de déclencher une guerre économique.

L’idée qu’Ankara pourrait mettre en œuvre «le modèle libyen» en signant un accord avec la bande de Gaza a été d’ailleurs largement diffusée dans la presse turque. Il faut de même indiquer que l’auteur de l’initiative en question n’est pas un membre actif du gouvernement de la Turquie, mais ce n’est pas non plus un inconnu. Il s’agit de Cihat Yaycı, ancien amiral de la marine turque – par ailleurs l’idéologue de la doctrine Mavi Vatan (patrie bleue) – qui spécifie qu’en tant qu’Etat péninsulaire, la Turquie a 8333 kilomètres de littoral le long de l’Anatolie et de la Roumélie (péninsule balkanique) et que sa juridiction en Méditerranée orientale, en mers Egée, de Marmara et Noire s’étend en tout sur 462 000 kilomètres. En d’autres termes une doctrine qui vise à légitimer les revendications turques sur un certain nombre de zones contestées de la Méditerranée orientale.

Néanmoins et du côté de nombre de médias israéliens, l’opinion avancée est qu’il s’agit d’un désir du président turc Erdogan, avec pour objectif d’accéder aux champs gaziers se trouvant au large de l’Etat sioniste. Pour Jerusalem Post, le concept proposé par Cihat Yaycı et promu dans les médias turcs, l’est probablement avec le soutien du gouvernement d’Ankara.

Pour le journal israélien, l’objectif de la Turquie est de tracer directement une ligne reliant la côte turque à Gaza, en divisant ostensiblement la mer par la création d’un tel couloir maritime. Ce qui couperait Israël de la Grèce et du gazoduc EastMed que l’Etat sioniste compte réaliser avec Athènes et Nicosie.

En termes de perspectives, s’il est assez évident que la Turquie peut tirer profit d’une telle initiative en renforçant son positionnement géopolitique et géoéconomique, ainsi qu’idéologique en défiant encore plus ouvertement l’Etat sioniste et en accentuant son rôle de soutien important à la cause palestinienne, nombre d’obstacles restent d’actualité pour Ankara.

Tout d’abord et si dans le cas libyen, la Turquie pouvait se vanter d’avoir conclu un accord fixant les frontières maritimes à son avantage en mettant en avant le fait que cela s’est fait avec un gouvernement internationalement reconnu, bien que contrôlant qu’une partie minoritaire du territoire libyen, dans le cas de la bande de Gaza la difficulté réside dans le point que Hamas n’est pas considéré comme une entité étatique, représentant officiellement l’Etat de Palestine.

L’autre difficulté, ou plutôt contradiction, est que malgré l’hostilité évidente existant entre Ankara et Tel-Aviv, les relations entre les deux parties se maintiennent et même se développent, y compris dans le cadre des relations économiques bilatérales.

Néanmoins et connaissant sur certaines questions l’imprévisibilité de la politique extérieure turque, l’initiative en question montre clairement l’inquiétude existante du côté de l’Etat sioniste, traduite d’ailleurs dans les médias israéliens. Pour certains experts, il pourrait s’agir également d’un sondage d’opinion au sein de la société turque pour pouvoir réaliser, ou non, cette éventualité. En ce sens, une large partie des citoyens de Turquie, à l’instar de nombreux pays du monde, sympathise ouvertement en faveur de la cause palestinienne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nord Stream 2: le bon sens l’emportera sur les pressions

Berlin s’est prononcé en faveur de la poursuite immédiate de la construction du gazoduc Nord Stream 2 sur un tronçon de deux kilomètres dans la zone économique exclusive allemande. Le pragmatisme économique l’emporterait-il sur les pressions géopolitiques d’outre-Atlantique?

L’annonce de l’autorisation quant à la poursuite des travaux a été rapportée dans le communiqué de l’Agence fédérale maritime et hydrographique de l’Allemagne (BSH). Pour rappel, la construction du gazoduc avait été auparavant suspendue jusqu’à la fin du mois de mai après l’appel des écologistes allemands.

Cette énième tentative de bloquer, ou du moins à retarder la finalisation du projet s’ajoutait alors aux innombrables pressions émanant de Washington sur ses partenaires européens en vue d’empêcher ladite finalisation.

Si jusqu’à maintenant l’establishment US continue d’insister que le gazoduc Nord Stream 2 représente un danger pour l’indépendance énergétique européenne, d’où sa vive opposition à ce projet, il a bien souvent omis de mentionner que le défi principal pour Washington dans ce dossier n’est autre que la promotion de ses intérêts géopolitiques et géoéconomiques.

Géoéconomiques – dans le sens de la vive inquiétude washingtonienne de pouvoir perdre des débouchés pour ses exportations de gaz de schiste. Surtout que le produit étasunien est déjà clairement en défaveur par rapport au concurrent russe, sur le plan du rapport prix / sécurité logistique. Géopolitiques – à savoir que l’establishment à Washington souhaite par tous les moyens à maintenir l’Europe bruxelloise sous son plein contrôle. En ce sens, toute marge de manœuvre, aussi réduite soit elle en termes de souveraineté – est automatiquement considérée comme une menace de premier plan pour les intérêts des USA.

En ce sens, Washington a toujours pu compter sur ses alliés les plus dociles dans l’espace européen: Pologne, pays baltes, Ukraine. Cette dernière, au-delà de participer à toutes les campagnes russophobes en concert avec les Etats-Unis, est également apeurée de voir perdre un revenu majeur en qualité du transit gazier russe via son territoire. Une logique d’ailleurs totalement paradoxale de la part de Kiev et de ses mentors occidentaux: la Russie est constamment traitée d’agresseur de l’Ukraine, mais lorsqu’il s’agit de maintenir à flot l’économie ukrainienne, cette même Russie doit en porter le poids financier.

Dans la vieille Europe, Paris représente également un pôle de lobbying contre Nord Stream 2. En ce sens, tous ces acteurs cités ne cessent, sous coordination US, à tenter de convaincre l’Allemagne – la première économie de l’UE – à abandonner le projet.

La position allemande est pour autant loin d’être d’une quelconque façon pro-russe. Connaissant d’ailleurs le positionnement clairement pro-atlantiste de Berlin, il serait beaucoup plus juste de dire le contraire. Les seules raisons qui poussent le pouvoir allemand à maintenir pour le moment une position allant dans le sens à soutenir la finalisation de la construction du gazoduc Nord Stream 2 – n’étant que purement les intérêts pragmatiques du pays. Sans oublier les intérêts des opérateurs économiques nationaux impliqués, pour qui la finalisation du projet doit absolument avoir lieu.

D’autant plus qu’en cas de non-réalisation d’un projet finalisé à plus de 95 %, l’Allemagne devra faire face à d’importantes compensations financières, cela sans même parler des pertes en matière de réputation en qualité de partenaire économique sur la scène internationale. Des pertes et des factures éventuelles que Washington ne réglera certainement pas à la place de Berlin.

Au final dans ce dossier, le pragmatisme économique allemand aura-i-il désormais le dessus sur le manque évident de souveraineté des pays européens vis-à-vis des Etats-Unis? Selon plusieurs sources allemandes, le projet sera finalisé. Les prochains mois seront déterminants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Accord de Vienne: l’Iran en position de force

Après plusieurs semaines de discussions, les conditions permettant à un plein retour à l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien ne sont toujours pas réunies. Si plusieurs experts occidentaux avaient pensé que Téhéran accepterait toutes les conditions étasuniennes, tout semble indiquer le contraire de la situation courante et des pronostics annoncés.

De nombreux experts et analystes occidentaux avaient émis la thèse que la République islamique d’Iran ferait preuve de beaucoup de flexibilité vis-à-vis de Washington, y compris dans le dossier du nucléaire, après le départ de la précédente administration US. Aujourd’hui il devient évident que Téhéran reste sur ses positions en défendant ses intérêts de façon ferme et efficace.

Désormais, les médias mainstream s’accordent à dire que Washington se retrouve effectivement dans une situation délicate. De façon générale, il serait juste de rappeler que les USA – en qualité de violateur des engagements pris dans le cadre de cet accord, car sortis unilatéralement il y a trois ans de cela, devraient certainement faire preuve d’une plus grande humilité dans ces discussions. Mais cette qualité est évidemment tout sauf caractéristique de l’establishment étasunien.

Quant aux positions de l’Iran, elles sont à bien d’égards logiques et légitimes. A savoir entre autres la levée totale des sanctions visant la République islamique, ainsi que plusieurs mois d’analyse du côté iranien en vue de se rendre compte que les sanctions ont bien été levées techniquement parlant. Et aussi des garanties du côté US qu’ils cesseront d’émettre des menaces visant des entreprises étrangères (le plus souvent non-étasuniennes) de travailler en ou avec l’Iran. Ce point mérite une attention particulière, connaissant la mentalité de l’establishment américain d’appliquer l’extraterritorialité de ses lois sur des parties tierces (sur les Européens notamment) en vue de contrer les intérêts de ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques.

Evidemment, la particularité de toute cette situation – est que l’administration Biden ne souhaite pas faire preuve de faiblesse vis-à-vis de l’un de ses principaux adversaires sur la scène internationale, avec la Chine et la Russie, et ce aussi bien vis-à-vis de l’opinion publique à l’intérieur des USA, que de par le monde. Tout en comprenant parfaitement ne pas être en mesure de dicter quoi que ce soit à Téhéran. D’ailleurs, la résistance iranienne aux attaques et pressions économiques et sécuritaires au cours de toutes ces dernières années ne fait que le confirmer.

La position de force est donc résolument aujourd’hui du côté de l’Iran. Le tout au moment même que tout le mythe sur la prétendue isolation de Téhéran sur la scène régionale et internationale s’est largement effondré. Au contraire, l’influence iranienne semble être aujourd’hui la plus grande de son histoire contemporaine. Au point que son rival régional l’Arabie saoudite, encore récemment – l’un des principaux initiateurs avec les Etats-Unis et Israël des tentatives visant à contenir l’Iran – semble faire des gestes en vue d’une possible amélioration des relations. Ainsi qu’avec la Syrie  – alliée de la Russie et de l’Iran.

Cette réalité, qui n’est autre que multipolaire, s’affirme donc de jour en jour et place effectivement l’establishment étasunien et plus généralement occidental dans une situation délicate : soit de se conformer aux nouvelles règles internationales, en mettant de côté l’égo surdimensionné et le prétendu exceptionnalisme, soit de poursuivre à jouer les maitres d’un jeu qu’ils ne maitrisent plus. Le monde observe.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nord Stream 2: la patience russe n’est pas éternelle

L’Allemagne encourt non seulement d’importantes pertes financières, mais également énergétiques et politiques, si le gazoduc Nord Stream 2 ne sera pas finalisé et mis en exploitation. C’est l’avis de nombre d’analystes, y compris européens.

Les pays de l’Union européenne, et surtout sa première économie en la qualité de l’Allemagne, se retrouvent de nouveau devant un choix stratégique: soit avoir accès à un approvisionnement énergétique fiable et à moindre coût, soit de nouveau céder aux pressions washingtoniennes qui cherchent à asseoir définitivement sur l’Europe bruxelloise leur mainmise non seulement géopolitique et militaire, mais également géoéconomique. La question actuelle à se poser est la suivante: est-ce que Washington prendra de nouveau le dessus sur la prétendue souveraineté européenne?

Pour le journaliste croate D. Marjanović, si Berlin allait à renoncer au gazoduc Nord Stream 2, la Russie le prendra comme un signal clair pour une réponse ferme. Toujours selon l’auteur, l’Allemagne est désormais confrontée à un choix difficile, et même impossible, à savoir comment faire en sorte de faire terminer les travaux et mettre en service Nord Stream 2 et parallèlement être en mesure de rétablir les relations avec les Etats-Unis, endommagées sous l’administration Trump.

Le journaliste croate dans son éditorial se pose également la question de savoir si l’Allemagne «n’essaie pas de s’asseoir sur deux chaises en même temps». En ajoutant que si Berlin pouvait choisir, il sera « le plus ardent des alliés des USA en public, tout en restant un partenaire loyal des Russes dans les coulisses ». Toujours selon lui, la Russie peut accepter une telle équation.

D. Marjanović ajoute également que sur l’exemple de la Turquie, l’Allemagne a compris que les Etats-Unis restaient implacables sur leurs positions, et que s’il fallait comparer le lien avec la Russie via le nouveau gazoduc dans le cas allemand avec l’acquisition de systèmes russes anti-missiles dans le cas turc, le premier étant un «péché» plus important.  

Evidemment et à ce sujet, il serait juste de rajouter ce que l’auteur croate n’a pas mentionné dans son article, à savoir que la politique de la Turquie reste incomparablement plus indépendante et souveraine, aussi bien dans ses relations avec la Russie que le reste du monde, que celle des élites européistes. Et cela se traduit aussi bien dans le dossier des S-400, que sur le plan énergétique également. Après tout, le gazoduc TurkStream, reliant la Russie à la Turquie par la mer Noire est lui bel et bien opérationnel, et ce depuis l’année dernière déjà.

D’autre part, et cela a été rappelé par le leadership russe, c’est que Washington et ses principaux alliés atlantistes veulent maintenir leur projet géopolitique réalisé en Ukraine grâce au budget russe. A savoir maintenir à tout prix le transit du gaz russe à destination de l’UE par le territoire ukrainien. En d’autres termes – maintenir la politique russophobe de Kiev depuis le coup d’Etat de 2014, en maintenant à flot l’économie ukrainienne non pas avec les fonds occidentaux, mais bel et bien avec les finances de Moscou.

Néanmoins, ce dont l’éditorialiste croate voit juste, c’est qu’en cas de non finalisation du gazoduc Nord Stream 2, la Russie ripostera, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Et si cette option devra être activée, cette riposte sera multiple. Sur le plan financier, l’Allemagne devra compenser les importants investissements du projet. Mais ce ne sera pas tout – Moscou pourra également revoir ses approvisionnements énergétiques à destination de l’Europe bruxelloise, tout en sachant que si l’UE pouvait effectivement se passer des livraisons gazières russes – elle l’aurait fait depuis un bon moment. Mais elle ne le peut pas. Ainsi est la puissance énergétique de l’Etat russe.

L’auteur D. Marjanović se pose à juste titre la question: «Et si les Russes se fâchent et ferment les vannes? Qui fournira de l’énergie à l’Allemagne? Les Etats-Unis? Oui, certainement les USA «s’occuperont» de l’Europe de la même manière qu’ils l’ont fait par la mise à disposition du vaccin contre le coronavirus (il y a des données qui indiquent que l’UE n’a pas reçu les doses commandées, car les Etats-Unis ont payé les groupes pharmaceutiques une somme plus importante, et ce malgré le fait que des accords avec l’Union européenne pour ces livraisons étaient déjà signés».

En résumé, si l’auteur croate mentionne plusieurs faits à très juste titre, il n’empêche que la décision que l’Allemagne devra prendre quant à l’avenir du gazoduc Nord Stream 2 – n’est pas si compliquée que cela. Reste à savoir si le pragmatisme économique traditionnel des Allemands aura une chance à s’en sortir face à l’absence d’une souveraineté digne de ce nom. Mais si à la différence de la Turquie, la première économie de l’UE optera pour le renoncement audit projet, elle devra effectivement faire face aux conséquences financières, énergétiques, voire même économico-commerciales, sachant que le business allemand et européiste de façon générale reste toujours fortement implanté sur le marché russe. Et rien n’empêchera Moscou en cas de nécessité d’élargir ses contre-sanctions visant les intérêts occidentaux.

Mais il y a un point tout aussi important. Si les Européens céderont de nouveaux aux prérogatives washingtoniennes, alors l’UE n’aura qu’un rôle d’extrême nain sur l’arène internationale, dans le cadre du monde multipolaire. Après tout, peut-être que les élites européistes ne soient pas opposées à un tel avenir. Quant aux peuples concernés, ils pourront alors en juger de l’efficacité de leurs prétendus représentants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Iran compte adhérer à l’Union économique eurasiatique

Le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf avait récemment annoncé que son pays prévoit de rejoindre l’Union économique eurasiatique (UEEA). Si cette annonce suscite un évident enthousiasme pour les partisans de l’intégration eurasienne, du côté des puissances occidentales et d’Israël – l’heure est résolument à l’inquiétude.

L’éventualité d’une adhésion de la République islamique d’Iran à l’Union économique eurasiatique conforte l’idée du plein renforcement de la coopération eurasienne – aussi bien dans le sens d’une région plus que stratégique pour le renforcement du concept multipolaire du monde, ainsi que dans l’idée que c’est bel et bien en Eurasie que se forme la véritable notion de communauté internationale. Et ce aussi bien du point de vue géopolitique, géoéconomique, sécuritaire et démographique.

Pour rappel, l’Iran fait partie d’une autre grande organisation internationale eurasienne, à savoir l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en qualité de membre-observateur, avec de très bonnes perspectives de devenir prochainement membre à part entière. Mais que représente concrètement du point de vue stratégique une adhésion de Téhéran au sein de l’UEEA? Il faut pour cela faire mention de plusieurs orientations.

Tout d’abord, il faut noter que désormais l’Union économique eurasiatique dépasse le cadre «promu» dans la vision des élites atlantistes, comme une simple renaissance de l’URSS. Sachant que l’Iran, à la différence des membres actuels de l’UEEA, n’a jamais fait partie de l’Union soviétique. Cela conforte donc l’idée que la notion même de l’intégration dans l’espace eurasiatique est un concept résolument tourné vers l’avenir et surtout qui attire les nations du grand espace eurasien.

D’autre part, et puisqu’on parle d’économie, il faut noter que pour l’Iran – la 21ème puissance économique mondiale en termes de PIB nominal, la 25ème en qualité de PIB à parité de pouvoir d’achat et l’une des principales économies parmi les pays du monde musulman, la perspective d’entrée dans l’UEEA ouvrira des perspectives économiques fortement intéressantes. Puissance énergétique de premier plan (avec une part de marché au niveau mondial des produits pétroliers de 5,5%), l’économie iranienne a connu une vive diversification au cours des dernières années. Cela sans oublier le potentiel scientifico-intellectuel de la nation perse qui n’est pas à démontrer. Y compris en comparaison avec certains de ses voisins régionaux. Ainsi qu’une capacité ferme à résister aux sanctions et pressions extérieures.

Quant à l’Union économique eurasiatique, il faut rappeler que l’organisation représente en soi une population de près de 200 millions de personnes, un PIB nominal de plus de 1700 milliards d’équivalent de dollars et un PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) de près de 4800 milliards d’équivalent de dollars.

Cette intégration de l’Iran dans l’espace eurasien se déroule  au moment d’un renforcement stratégique avec des pays comme la Chine et la Russie. Ceci étant dit, Pékin et Moscou ne sont pas les seuls soutiens de cette alliance avec l’Iran, aussi bien sur le plan géoéconomique que géopolitique. Des pays comme l’Arménie voient d’excellentes perspectives pour leurs projets économiques dans le cas d’une entrée de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique.

Parmi les projets qui peuvent prendre forme ou être ravivés, on peut faire mention du projet ferroviaire reliant l’Iran et l’Arménie. Le coût de ce projet avait été estimé à 3,2 milliards d’équivalent de dollars. La longueur de cette route devrait être autour de 300 kilomètres, avec une infrastructure comprenant 64 ponts d’une longueur totale de 19,4 kilomètres, ainsi que 60 tunnels de 102,3 kilomètres et 27 stations.

Mais ce n’est pas tout. Si ce projet venait à être réalisé, l’Arménie n’aurait pas seulement une importante voie d’accès à l’Iran, mais également vers la Caspienne – en renforçant ainsi les liens par voie maritime avec les autres membres de l’UEEA – comme la Russie et le Kazakhstan. Ce qui est certain, c’est que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique ouvre des opportunités pour Erevan de booster son économie, surtout pour la période post-covid et post-conflit avec l’Azerbaïdjan. D’autant plus lorsqu’on connait l’importante et influente diaspora arménienne d’Iran et qui maintient des contacts étroits avec la nation d’origine. Tout cela ne peut être donc que fort positif pour les deux pays, et plus généralement pour le front eurasien.

Evidemment, l’intégration de l’Iran dans l’UEEA ne trouve pas que des partisans. Et suscite une inquiétude peu voilée du côté étasunien, ou encore israélien. Justement, le quotidien israélien Israel Hayom note que les Etats occidentaux craignent que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique permette à Téhéran de contourner les sanctions étasuniennes et de faire progresser son programme nucléaire.

Le souci pour les opposants à ces processus de larges intégration et interaction en Eurasie, c’est qu’ils oublient que des pays-civilisations que sont la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres n’ont pas l’habitude de demander d’autorisation à qui que ce soit, en ce qui concerne leurs intérêts respectifs et ceux de leurs alliés. Et que si l’adhésion de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique se concrétisera – ce n’est certainement pas Washington, Bruxelles ou Tel-Aviv qui pourront la faire stopper.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’océan Indien pour trois: la Russie, la Chine et l’Iran mèneront des exercices navals conjoints

La Chine, la Russie et l’Iran se préparent à de nouveaux exercices conjoints – dans le Nord de l’océan Indien. Le triumvirat semble plus que jamais déterminé à montrer son unité aussi bien dans le cadre trilatéral que du grand espace eurasien dans son ensemble – devenu un fer de lance évident du concept multipolaire. Et vraisemblablement aussi de la véritable communauté internationale.

Après les exercices navals conjoints de décembre 2019 entre les trois pays, qui s’étaient déroulés dans l’océan Indien et le golfe d’Oman, les forces armées chinoises, russes et iraniennes se rencontreront désormais à nouveau dans le cadre d’un exercice naval dans le Nord de l’océan Indien.

Si les trois puissances ne cachent pas leur proximité dans la sphère géopolitique, géoéconomique et sécuritaire internationale, il n’empêche qu’à chaque nouvelle action du triumvirat, l’establishment politico-médiatique occidental s’active dans ses commentaires. Cette nouvelle fois n’a pas fait l’exception.

Pour France Info, les trois nations présentent désormais un front uni face à leurs rivaux occidentaux. En parlant justement de rivalité, il serait tout de même important de rappeler que c’est précisément Moscou, Pékin et Téhéran qui sont considérés comme étant les principaux adversaires de Washington, et ce au niveau officiel de ce dernier. Et par la même occasion du bloc occidentalo-atlantiste dans son ensemble.

Mais une fois de plus ce qu’oublient de dire les médias mainstream sur le sujet, c’est que l’alliance sino-russo-iranienne n’est pas à sa base principale une alliance destinée contre un bloc particulier. Il s’agit avant tout d’une union entre trois grandes civilisations mondiales, menant des politiques indépendantes et souveraines – conformément à leurs intérêts nationaux respectifs. Les trois nations appartiennent par ailleurs au grand espace eurasien, dans lequel leurs visions convergent sur nombre de dossiers. Des convergences que l’on retrouve également sur de nombreux dossiers internationaux, qui dépassent le cadre strictement eurasien.

Aussi, la Russie, la Chine et l’Iran sont des fervents partisans du concept multipolaire du monde – devenu réalité. Et partagent également des positions similaires ou proches sur des défis majeurs comme la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Et c’est peut-être seulement après que l’opposition à l’unilatéralisme occidental commence à prendre également forme – et ce pour des raisons tout à fait logiques et légitimes.

Après tout, l’Occident politique, qui représente une infime partie de l’humanité, mais continue de s’autoproclamer porte-parole de la communauté prétendument internationale, se doit progressivement d’apprendre que la véritable notion de communauté internationale a pris forme en Eurasie. Faudrait-il encore le rappeler qu’une grande structure eurasienne et internationale comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) représente à elle seule près de la moitié de la population mondiale, des ressources naturelles stratégiques en grande quantité (20% des ressources mondiales pétrolières et près de 40% des ressources gazières pour ne citer que cela), mais aussi et cela ne doit pas être oublié – des routes commerciales stratégiques – appelées à monter encore plus en puissance dans les années à venir.

Et au-delà de l’aspect des divergences géopolitiques évidentes entre l’Occident nostalgique de l’unipolarité et les partisans affirmés du monde multipolaire actuel, la géoéconomie effectivement n’est pas en reste. L’Occident – ayant si longtemps promu le concept d’une libre concurrence internationale – se retrouve aujourd’hui dans toutes ses propres contradictions du moment que la concurrence géoéconomique entre les nations occidentales et non-occidentales ait atteint un niveau important dans le monde contemporain. Et réfute de plus en plus activement les notions dont il a tellement fait la promotion. Une promotion faite évidemment à une époque où il était pratiquement l’unique bénéficiaire.

Et au lieu de mettre en avant ses éventuels atouts pour assumer pleinement cette concurrence internationale, l’establishment occidental préfère miser sur les pressions multiples, allant de sanctions jusqu’au non-respect de ses propres engagements. Peu de domaines y échappent – de la sphère énergétique jusqu’aux nouvelles technologies. Pratiquement tous les atouts de ses adversaires géopolitiques et géoéconomiques sont non seulement dénigrés mais se retrouvent constamment dans le viseur des élites occidentales.

Le problème de l’approche occidentale est large et multiple. Tout d’abord, l’Occident apprend désormais à faire face au principe de la réciprocité. Que ce soit dans le domaine économique où les contre-sanctions efficaces face aux sanctions occidentales ont fait leurs preuves. Ou même dans la sphère médiatique, avec comme dernier exemple en date – l’interdiction de diffusion de la BBC en Chine après que la licence de diffusion au Royaume-Uni ait été retirée à la chaine de télévision internationale chinoise CGTN. Le domaine militaro-sécuritaire n’est pas en reste. Tout comme le contrepoids politico-diplomatique, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU où le bloc sino-russe arrive à stopper des initiatives occidentales d’un autre temps.

L’autre atout qui joue en faveur des partisans de la multipolarité est le soutien de plus en plus affiché des nations non-occidentales aux grandes puissances comme la Chine, la Russie et l’Iran. Notamment en Afrique, au Moyen-Orient ou encore en Amérique latine. Sans oublier une part notable de la société civile y compris même dans les pays occidentaux. Renforçant un peu plus le bloc pro-multipolaire et les intérêts réciproques.

En ce sens l’axe Chine-Russie-Iran joue effectivement un rôle de premier plan. Les actions conjointes du triumvirat, notamment la coordination militaro-sécuritaire, politique et économique renforcent un peu plus ce concept d’une communauté internationale au sens véritable et large du terme. Quant aux nouveaux exercices militaires conjoints – ils ne font que confirmer une fois de plus la confiance existante entre Pékin, Moscou et Téhéran. Aussi bien dans le cadre trilatéral qu’international. 

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’accord de Vienne: Téhéran pointe du doigt les responsabilités de Washington

L’Iran se dit prêt à respecter l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien – à condition que les Etats-Unis réintègrent ledit accord sans condition préalable et lèvent les sanctions visant la République islamique. En cela, Téhéran peut compter sur le soutien de Moscou et de Pékin.

Après la sortie unilatérale de l’accord sur le nucléaire iranien, appelé également plan d’action conjoint, opérée par les USA sous l’administration Trump, la responsabilité incombe logiquement à ces derniers quant à la pleine réintégration, et ce sans conditions préalables. C’est la position de l’Iran.

En visite à Moscou, le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf l’a d’ailleurs rappelé sans équivoque. Lors de cette visite du haut responsable de l’Iran en Russie, dont le but annoncé était l’élévation des relations bilatérales à un niveau encore plus stratégique entre les deux pays, Mohammad Baqer Qalibaf n’a pas manqué également de pointer du doigt la responsabilité étasunienne, notamment dans le cadre du mentionné ci-haut accord de Vienne.

Il a à ce titre déclaré que la nouvelle administration US n’est pas en mesure de prendre de décisions sur les questions majeures: «Nous avons reçu des signaux différents de la part des positions officielles de l’administration Biden, quoique nous n’ayons vu aucune nouvelle stratégie de leur part. Il semble que cette administration ne soit pas capable d’adopter de grandes décisions».

En ajoutant «que la nouvelle administration américaine a évoqué une condition préalable pour tenir ses engagements, mais elle n’a pas le droit de poser de condition préalable pour remplir des obligations qui n’ont pas été remplies (de la part des Etats-Unis, ndlr) depuis plusieurs années. Ce sont les Américains qui ont quitté l’accord sur le nucléaire et ont porté atteinte à l’économie iranienne. Par conséquent, ils doivent d’abord tenir leurs engagements sans aucune condition préalable, et nous devons voir les résultats de la levée des sanctions de manière tangible, et ce sera ensuite à notre tour de tenir nos engagements».

La position de l’Iran demeure donc jusqu’à maintenant inchangée, à savoir que c’est effectivement aux USA de revenir à leurs propres engagements avant de pouvoir demander quoi que ce soit à la partie iranienne. Maintenant et pour parler des perspectives, il faut certainement faire mention de nombre de points.

Tout d’abord, Téhéran aura une fois de plus démontré appartenir aux Etats qui ne fléchissent pas face aux agressions et pressions extérieures, conformément à la défense de la souveraineté et des intérêts nationaux. On peut se rappeler à ce titre des multiples déclarations de l’élite étasunienne quant au fait que l’économie iranienne sera détruite et que les Iraniens seront «forcés» à revenir aux pourparlers avec les USA sur la base des conditions étasuniennes. Il n’en fut rien. Non seulement, l’Iran a tenu face aux sanctions économiques et aux diverses pressions politico-sécuritaires qui visaient à affaiblir et à déstabiliser le pays, mais plus que cela – a réussi à maintenir son influence sur la scène régionale intacte, tout en l’élargissant sur la scène internationale. Notamment en Amérique latine. Confirmant d’ailleurs la thèse que l’Iran n’a probablement jamais été aussi influent internationalement parlant dans son histoire contemporaine.

D’autre part, l’Iran a également fait démonstration de sa capacité non seulement de résister aux pressions et agressions multiples, mais d’être capable de passer à l’offensive – que ce soit sur le plan sécuritaire, économique ou énergétique. Notamment lors des livraisons de carburant au Venezuela ou encore dans le cadre de «l’accord du siècle» avec Pékin ouvrant la voie à de forts importants investissements chinois en Iran, le tout sur du long-terme.

Washington de son côté se retrouve dans une situation délicate. S’il revient sans condition préalable dans l’accord de Vienne – ce sera considéré pour certains comme une défaite de l’administration Biden et pourra être exploité par les opposants à l’actuel pouvoir américain, favorisant un peu plus les divisions étasuniennes internes déjà fortement visibles. Quant au fait de réclamer à l’Iran de faire le premier pas – étant effectivement une demande complètement illogique compte tenu de l’historique et des actions engagées par les USA dans le cadre de cet accord, Téhéran a une nouvelle fois réaffirmé ne pas être prêt à une telle démarche.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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