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«Le pari US vis-à-vis de l’Ukraine se retourne contre l’instigateur»

02.05.2023

Washington ne semble pas pouvoir atteindre ses objectifs en Ukraine, ayant été au préalable convaincu que sa mise sera gagnante rapidement. Plus que cela, les alliances de la multipolarité et les autres événements en cours à l’échelle planétaire détruisent les projets washingtoniens de maintien de son diktat mondial.

Le pari des Etats-Unis sur l’Ukraine commence à se retourner contre eux car n’ayant pas pu atteindre les objectifs souhaités – écrit le journaliste serbo-américain Nebojsa Malic pour le quotidien chinois anglophone Global Times. Selon l’auteur, lorsque la Russie lance l’opération militaire spéciale en février 2022 – l’ambiance à Washington est presque festive. En effet et pour les Etats-Unis, alors que Moscou avait refusé durant huit ans à tomber dans le piège tendu par la révolution de couleur soutenue par les USA à Kiev – le Kremlin avait selon les convictions étasuniennes fini par mordre à l’hameçon.

L’establishment US ayant été convaincu que l’économie russe serait détruite par les sanctions occidentales et que la monnaie nationale du pays – le rouble – se transformerait en décombres. Seul problème pour les instigateurs: rien de tout cela n’est arrivé, rappelle l’auteur de l’article. Moscou ayant bien mieux résisté aux sanctions unilatérales occidentales que l’espace bruxellois – allié des USA, dont les économies se sont taries sans les importations d’énergie russe. Sur le plan militaire – le conflit n’a pas épuisé le potentiel armé de la Russie, tandis qu’au contraire les stocks d’armes et de munitions en Occident comme en Ukraine se réduisent drastiquement.

Et pendant ce temps, les dirigeants russe et chinois n’ont fait que confirmer leur engagement commun en faveur du monde multipolaire. Et bien même que les responsables washingtoniens continuent d’insister sur le fait que le conflit se déroule de manière positive, que l’Ukraine serait prétendument en train de gagner, que les sanctions contre la Russie seraient en train de fonctionner et que la production militaro-industrielle US augmentera comme par magie d’un jour à l’autre – de plus en plus d’Américains, commencent à remarquer bien que lentement que ce n’est pas le cas.

Du côté justement de l’élite politique étasunienne – Robert Francis Kennedy Junior, annonçant sa participation à la course présidentielle la semaine dernière – avait fait valoir qu’il n’est pas dans l’intérêt national américain de rapprocher la Russie de la Chine, car cela représente un véritable cataclysme. Tout en notant que les Chinois viennent de négocier un accord de paix entre l’Iran et l’Arabie saoudite, que la stratégie US au Moyen-Orient s’est complètement effondrée et que l’économie étasunienne allait également suivre une pente négative si quelque chose n’est pas fait rapidement pour stopper tous ces processus néfastes pour les USA.

Un argument similaire avait été avancé dans le magazine American Thinker plus tôt ce mois-ci, où les auteurs de l’article Patricia Adams et Lawrence Solomon qualifient les sanctions imposées par l’Occident à la Russie d’erreur de calcul la plus monumentale de l’histoire moderne.

Nebojsa Malic rappelle également qu’en 1972 – Henry Kissinger avait cherché à adoucir l’aiguillon de la défaite US au Vietnam en établissant des relations avec la Chine et en exploitant la scission de l’époque entre Pékin et Moscou. Et que durant les 50 années qui s’en ont suivi – la politique washingtonienne avait été justement d’empêcher tout ce qui pouvait ressembler à une alliance entre la Chine et la Russie.

Pourtant et à mesure que 2022 avançait – Washington a fait tout son possible pour contrarier Pékin, dont les représentants politiques n’avaient cessé de déclarer que l’île de Taïwan était une autre Ukraine, ayant besoin d’armes occidentales contre une prétendue invasion chinoise.

Pour l’auteur de l’article de Global Times l’une des explications possibles aux actions washingtoniennes est que l’establishment étasunien en matière de politique étrangère se compose désormais principalement des disciples de Zbigniew Brzezinski, et non pas de Kissinger. En 1997, Brzezinski avait écrit justement un manuel pour l’hégémonie mondiale des Etats-Unis intitulé Le Grand Echiquier (The Grand Chessboard), se concentrant sur le contrôle de l’Ukraine comme moyen d’empêcher la résurgence de la Russie.

Nebojsa Malic conclut son article par un rappel de la sagesse ancienne. Plus particulièrement celle rapportée par l’historien grec antique Hérodote lorsque le roi Crésus de Lydie avait demandé à l’Oracle de Delphes des conseils pour partir en guerre. Il a été dit au roi qu’il détruirait un grand empire. Le roi Crésus déclara alors la guerre à Cyrus le Grand de Perse – et perdit la guerre. La prophétie s’est bien réalisée, tant bien que mal: l’empire détruit par Crésus ayant été le sien.

Ce qu’il serait certainement juste de rajouter – c’est que les prévisions de Washington et de ses suiveurs européistes non seulement ne se sont pas réalisées, ayant considéré durant de longues années que l’économie était prétendument le maillon faible de la Russie – mais plus que cela tournent de plus en plus au ridicule. Ayant souhaité isoler la Russie du commerce international – les ennemis occidentaux de Moscou lui une fois de plus rendu, malgré eux, un grand service. Celui d’avoir accélérer la diversification massive des relations économiques de l’Etat russe avec le monde non-occidental, représentant l’écrasante majorité de l’humanité.

Plus que cela encore, le ridicule est d’autant plus palpable que les Occidentaux, et notamment les régimes européistes, se retrouvent obligés à répondre à leurs besoins énergétiques en achetant les produits pétroliers et d’autres en provenance de Russie via justement des nations non-occidentales. Sapant ainsi leurs propres efforts en matière de sanctions, auxquelles pour rappel l’écrasante majorité des pays du monde n’a pas adhéré.

Et là aussi ce n’est pas tout. Comme Observateur Continental l’avait récemment rappelé – la montée en puissance des BRICS à l’échelle mondiale est elle aussi en partie le résultat des mauvais calculs occidentaux. Et ce non seulement dans le cadre de l’attractivité montée en flèche pour les BRICS de la part d’autres nations non-occidentales, mais également des résultats obtenus récemment par l’alliance pro-multipolaire. Faudrait-il rappeler que selon les prévisions des principaux économistes occidentaux – le PIB combiné des cinq pays BRICS devait dépasser celui du G7 pas avant 2030. Pourtant cela est devenu réalité à l’issue de l’année 2022.

De manière générale, l’arrogance extrême de l’Occident et des quelques acteurs acquis à sa cause – n’a fait de-facto qu’accélérer des processus qui de toute manière allaient voir le jour. Mais certainement et seulement des années plus tard. Et non pas sous nos yeux aujourd’hui. Peut-être que pour cela, il serait juste de «remercier» en quelque sorte les nostalgiques de l’unipolarité, ayant été aveuglés par la conviction à pouvoir maintenir leur domination planétaire et se retrouvant désormais obligés à observer les événements actuels sans réellement savoir quoi entreprendre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Hydrocarbures russes et les nouveaux mauvais calculs de l’Occident

29.03.2023

Les dernières statistiques en matière d’exportations d’hydrocarbures par la Russie démontrent largement que les plans occidentaux à travers les sanctions unilatérales visant Moscou ne fonctionnent pas. Confirmant une fois encore que le monde dans sa globalité, c’est beaucoup plus qu’un espace représentant une évidente minorité mondiale.

« Hydrocarbures. La Russie dope ses chiffres en dehors de l’Europe », écrit le site marocain Infomédiaire, en indiquant que suite aux sanctions imposées par certains pays de l’UE, la Russie s’est tournée vers d’autres marchés pour écouler sa production d’hydrocarbures. Ainsi – le diesel et le gasoil russes ont trouvé preneurs en Afrique, Asie et au Moyen-Orient.

Selon les données de Refinitiv (entreprise américano-britannique, fournisseur de données et d’infrastructures sur les marchés financiers, ndlr), les exportations de diesel et gasoil russes à la destination de la Türkiye ont dépassé 1,2 million de tonnes en ce mois de mars. Représentant par la même occasion un record en comparaison au mois précédent (0,8 million de tonnes).

Par ailleurs et toujours selon les données pour la période concernée – près de 200 000 tonnes de diesel russe ont été expédiées vers la Libye, environ 165 000 tonnes vers l’Algérie et 100 000 tonnes vers la Tunisie. Cette dernière ayant déjà importé un volume record de gasoil russe au cours du mois de février. Les autres importateurs importants au niveau africain étant le Maroc, le Nigéria, le Ghana ou encore le Sénégal.

Du côté de l’Amérique latine – 300 000 tonnes de diesel ont transité en ce mois de mars par le Brésil depuis des ports maritimes russes (en février le volume était de 250 000 tonnes). Et du côté du Moyen-Orient : la Russie avait envoyé pas moins de 450 000 tonnes de diesel vers l’Arabie saoudite le mois dernier et environ 200 000 tonnes devraient arriver aux Emirats arabes unis ce mois-ci.

Les exportations russes sont en passe d’atteindre un record ce mois-ci (depuis 2016…), et ce malgré les sanctions de l’Union européenne privant le pays de son plus grand marché, écrit de son côté Bloomberg. Ajoutant que les expéditions d’hydrocarbures russes de mars ont atteint en moyenne environ 1,5 million de barils par jour et que des pays comme la Turquie, le Maroc, ainsi que d’autres ont effectivement intensifié leurs achats.

Le constat est une nouvelle fois relativement simple : le business international et plus généralement le monde tout simplement ne tournent pas autour de l’espace occidental, bien que ce dernier se pensait être irremplaçable. Les faits cités ne représentent que quelques exemples supplémentaires à ce qu’Observateur Continental affirmait depuis plusieurs années.

Pour autant les élites occidentales sont-elles à ce point incompétentes à ne pas avoir prévu que leurs fameuses sanctions unilatérales et illégales tomberaient rapidement ou dans certains cas progressivement à l’eau ? L’incompétence fait évidemment partie des caractéristiques qui devraient leur être attribuées. Néanmoins, l’arrogance extrême les caractérisant y est aussi pour beaucoup. Car l’Occident politique était au départ effectivement convaincu que le monde entier ou presque allait suivre ses ordres et se conformer à la ligne de l’axe russophobe otanesque stipulant l’isolation immédiate de la Russie.

Cela n’a pas marché. A dire vrai les Occidentaux ont vraisemblablement énormément sous-estimé la force de l’ère multipolaire, préférant se berner dans leurs illusions que ce n’est qu’un projet qui prendra du temps à se réaliser. Et n’ayant pas compris que l’ordre multipolaire est déjà une réalité depuis plusieurs années et qu’à travers leurs propres actes – n’ont fait qu’accélérer maintenant l’avènement d’un monde multipolaire post-occidental. Non pas que l’objectif des partisans de la multipolarité était d’exclure complètement le petit espace occidental du reste de l’humanité, mais c’est un chemin que l’establishment occidental s’est choisi soi-même.

Quant à l’échec de la politique des sanctions unilatérales et au fait que dans le commerce international contemporain – le monde ne tourne pas sur l’Occident – cela constitue les autres orientations qu’Observateur Continental avait abordé des mois auparavant.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Xi Jinping en Russie et l’ordre mondial contemporain

25.03.2023

Pendant que les élites occidentales continuent de déchanter suite aux résultats de la visite du président chinois en Russie, du côté de la seule et véritable communauté internationale – l’heure est résolument à l’optimisme. Cette évidence confirme de-facto une énième fois l’impuissance des nostalgiques de l’unipolarité.

Si le récente visite officielle du président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, en Fédération de Russie avait une importance stratégique pour l’alliance sino-russe qui prend désormais effectivement un nouvel envol, pour la majorité du reste de la communauté internationale elle était également synonyme d’un grand espoir pour la suite du monde multipolaire. Evidemment, cet enthousiasme était loin d’être partagé par les nostalgiques de l’unipolarité, mais cela est désormais complètement secondaire, pour ne pas dire plus.

En ce sens, les principaux médias chinois ont consacré plusieurs comptes-rendus en lien avec la première visite officielle à l’étranger du chef d’Etat de la RPC suite à la confirmation récente de son troisième mandat présidentiel, représentant une première dans l’histoire de la Chine par la même occasion.

Ainsi, si la télévision internationale de Chine CGTN questionné les habitants de la capitale chinoise sur l’importance de la visite de Xi Jinping en Russie, l’agence de presse Xinhua réalisé une synthèse sur la valeur stratégique de ce voyage et des pourparlers au Kremlin entre les présidents chinois et russe.

Comme le note justement Xinhua – la communauté internationale a salué la visite de Xi Jinping à Moscou, décrivant ce voyage d’amitié, de coopération et de paix comme une étape historique. Sous la direction stratégique de MM. Xi et Poutine, la Chine et la Russie ont enrichi leur partenariat de coordination stratégique global à l’ère nouvelle et approfondi leur coopération pragmatique dans divers secteurs, apportant davantage de bénéfices aux peuples des deux pays, selon les observateurs internationaux.

Ces observateurs internationaux se sont également dits convaincus que cette visite contribuerait à améliorer la gouvernance mondiale, promouvrait la construction d’une communauté de destin pour l’humanité et ferait avancer la cause du progrès humain. Parmi les experts interrogés par Xinhua, on retrouve notamment l’ancien ministre bolivien des Affaires étrangères, Fernando Huanacuni – pour qui face à la montée de l’hégémonisme et de l’unilatéralisme, la visite de M. Xi a injecté davantage d’éléments de stabilité et de certitude dans le monde actuel. Les relations sino-russes ont donné un exemple pour les relations entre les grands pays et inspiré les pays d’Amérique latine en quête de coopération, affirme Fernando Huanacuni.

Pour Serik Korzhumbaïev, rédacteur en chef du journal Delovoy Kazakhstan (Le Kazakhstan d’affaires) – ces dernières années, les chefs d’Etat des deux pays sont restés en contact étroit de diverses manières, élaborant des plans pour les relations sino-russes. Selon lui, les relations bilatérales russo-chinoises sont devenues plus globales, pragmatiques et stratégiques.

De son côté, le sociologue argentin Marcelo Rodriguez considère «que nous sommes à un tournant de l’histoire de l’humanité et les relations sino-russes génèrent un nouveau paradigme pour ce que les relations internationales doivent être».

Abdullah al Faraj, expert des relations sino-russes au Centre de recherche et de connaissances en intercommunication, un groupe de réflexion basé à Riyad, la capitale saoudienne – «les relations sino-russes sont caractérisées par l’égalité et le respect mutuel, et la vision incarnée dans leurs relations gagne de plus en plus de soutien international».

Il est évidemment très important également d’attirer l’attention sur le commentaire accordé à la presse du ministre chinois des Affaires étrangères Qin Gang (ex-ambassadeur de Chine à Washington, où il était en poste jusqu’à fin décembre dernier), qui affirme que la visite de Xi Jinping en Russie – peut être largement considérée comme un événement majeur, doté d’une grande portée géopolitique.

Comme le note l’actuel chef de la diplomatie chinoise – la Chine et la Russie doivent travailler ensemble pour orienter et faire avancer la gouvernance mondiale dans une direction capable de répondre aux attentes de la communauté internationale et pour promouvoir la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.

Pour lui – la principale contradiction du monde d’aujourd’hui n’est pas la prétendue opposition entre «démocratie et autocratie» mise en avant par un petit groupe de pays, mais une lutte entre le développement et l’endiguement du développement, entre la justice mondiale et les politiques de puissance, et face à la montée de l’unilatéralisme et de l’hégémonisme, il était plus nécessaire que jamais pour la Chine et la Russie de consolider et de renforcer leur coordination stratégique.

Qin Gang a également indiqué que les deux pays s’engageaient à promouvoir un monde multipolaire et une plus grande démocratie dans les relations internationales. Et que cela répond aux exigences de maintien de l’équité et de la justice internationales, est propice à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité, représente la bonne direction du progrès et du développement de l’histoire, et dépasse le cadre des relations bilatérales pour acquérir une importance mondiale. Le haut niveau de confiance mutuelle qui règne entre les deux chefs d’Etat permet de fournir une orientation stratégique et des garanties politiques solides au partenariat de coordination stratégique global sino-russe à l’ère nouvelle.

Pour parler maintenant des perspectives, il est aujourd’hui effectivement évident que l’ère multipolaire se renforce considérablement avec le soutien affirmé de la majorité des peuples planétaires. Pendant ce temps, le petit groupe de pays pour reprendre l’expression du ministre chinois des Affaires étrangères, s’enfonce chaque jour un peu plus. Le ridicule est tel que les instruments propagandistes de l’extrême minorité planétaire occidentale poursuivent la fameuse rhétorique des sanctions et d’isolation vis-à-vis de ses adversaires.

Fait fortement intéressant: si la première visite officielle à l’étranger de Xi Jinping après avoir été reconduit à la tête de la République populaire de Chine représente bien évidemment celle du chef d’Etat de la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, mais également démographique, il est à noter que tout récemment se trouvaient également à Moscou les délégations parlementaires de 40 pays africains pour les travaux de la deuxième Conférence parlementaire Russie-Afrique, représentant toutes les régions du grand continent africain. Pour rappel, la population de la Chine dépasse 1,4 milliards d’habitants. La population actuelle du continent africain – dépasse également 1,4 milliards d’habitants. Juste pour rappel.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Economie britannique: pas glorieuses les prévisions

07.03.2023

L’économie du Royaume-Uni devrait être la seule grande économie à se contracter en 2023. Mais au-delà de cet aspect, ce qui choque les observateurs britanniques c’est le fait que les prévisions pour le principal adversaire reconnu de Londres – la Russie – soient largement plus optimistes, et ce malgré les innombrables sanctions occidentales la visant.

Vraisemblablement, l’heure n’est pas à l’optimisme du côté occidental, économiquement parlant. Dans le cas plus particulier du Royaume-Uni, en passant l’une des principales forces de soutien aux vestiges de l’unipolarité aux côtés de Washington, il est à noter que son économie va se contracter et se comporter moins bien que d’autres économies dites avancées, y compris celle de la Russie, et ce alors que le coût de la vie continue de frapper les ménages – écrit la BBC, citant le Fonds monétaire international (FMI).

Ainsi et selon effectivement le FMI – l’économie britannique se contracterait de 0,6% en cette année 2023, plutôt que de croître légèrement comme prévu précédemment. Toujours selon lui, la revue à la baisse de ses prévisions pour le Royaume-Uni est due à ses prix élevés de l’énergie, la hausse des coûts hypothécaires, l’augmentation des impôts, ainsi que la pénurie persistante de travailleurs. La BBC rappelle amèrement également que le Royaume-Uni sera effectivement le seul pays à subir la contraction cette année, parmi toutes les économies dites avancées et émergentes. Et que même la Russie frappée par des sanctions devrait connaître une croissance cette année. Des sanctions qui se comptent par milliers de positions, il faut bien le préciser.

Toujours dans le même article, il est rappelé que si l’économie d’un pays se contracte – cela signifie généralement que les entreprises gagnent moins d’argent et que le nombre de chômeurs augmente. Un autre rappel concerne quant à lui l’inflation, à savoir le rythme auquel les prix augmentent, et dans le cas britannique cela reste proche de son plus haut niveau depuis les 40 dernières années. Rien que cela. Les prévisions du FMI pour cette année vis-à-vis de la perfide Albion reflétaient sa forte dépendance au gaz naturel liquide coûteux, ce qui fait grimper le coût de la vie.

Globalement parlant, ce sont les thèses générales de l’article, bien que la BBC tente d’être rassurante, en rappelant que les prévisions du FMI, bien qu’étant celles de l’institution de référence en la matière, restent des prévisions. Après tout – l’espoir fait vivre.

Evidemment, le porte-voix de la propagande britannique à l’international, n’insiste pas trop dans son article sur le fait que le principal adversaire pour Londres sur la scène internationale, en l’occurrence la Russie, le pays aujourd’hui le plus sanctionné à l’échelle mondiale et qui devait économiquement parlant être à genoux selon les instigateurs de l’Occident – aura en 2024 (toujours selon les prévisions du FMI) une croissance supérieure non seulement face au Royaume-Uni, mais également par rapport à toutes les principales économies occidentales, comme le montre le tableau de l’article  de la BBC.

Selon donc le Fonds monétaire international, loin pourtant d’être un ami de la Russie et plus généralement des pays BRICS, en 2024 l’Etat russe devrait connaître une croissance supérieure à celle du Royaume-Uni, de l’Allemagne, la France, l’Italie, le Canada, rajoutons-y également le Japon qui se trouve sous la coupe occidentale, et même des Etats-Unis. Parmi les pays mentionnés, seule la Chine sera devant la Russie en termes de croissance. Pour rappel, la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, alliée de la Russie et également avec elle l’une des principales promotrices de l’ordre multipolaire international.

De manière générale, la dure constatation de la réalité par les éléments occidentaux ne fait que confirmer l’analyse récente d’Observateur Continental qui citait Xu Poling, expert chinois, directeur-adjoint du Centre de recherche sur l’économie et la politique des pays en transition de l’Université de Liaoning, pour qui les succès économiques de la Russie ont dépassé toutes les attentes.

Mais au-delà de la sagesse chinoise et de l’amère réalité pour l’Occident, la principale question à se poser reste la suivante: comment des régimes prétendant au leadership mondial et adorateurs résolus de sanctions à l’encontre de leurs adversaires géopolitiques et de tout Etat réellement souverain et indépendant – se retrouvent à être dans une situation aussi embarrassante face à ceux qu’ils comptaient punir et mettre à genoux. A ce sujet, il y a presque un siècle, Robert Minor, célèbre dessinateur de presse, journaliste politique et membre important du Parti communiste américain avait réalisé un dessin qui retrouve toute son actualité à l’heure actuelle.

Robert Minor avait-il tout prévu en 1925? Quoi qu’il en soit – l’establishment atlantiste occidental devra effectivement apprendre à connaître sa véritable place dans le monde contemporain. Un monde multipolaire et qui sera inévitablement post-occidental.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Gazoducs Nord Stream & terrorisme: la Chine exige une enquête impartiale

25.02.2023

Suite aux révélations récentes d’un journaliste américain quant au sabotage prémédité par les Etats-Unis et l’Otan à l’encontre des gazoducs Nord Stream – Pékin insiste sur l’accélération et l’approfondissement de l’enquête sur ce dossier. Le tout alors que jusqu’à maintenant l’Occident a tout fait pour étouffer la vérité.

Compte tenu des récentes révélations du célèbre journaliste américain Seymour Hersh, qui accusent directement les USA et l’organisation otanesque de sabotage à l’encontre des gazoducs Nord Stream, pouvant d’ailleurs être ouvertement caractérisé par du terrorisme international pur et simple, la Chine a maintes fois réclamé une enquête objective sur ledit dossier. Et continue de le faire.

D’ailleurs, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, n’avait pas manqué de pointer du doigt le silence suite aux dites révélations au sein des principales voix occidentales – politiques comme médiatiques.

La République populaire de Chine apporte pleinement aussi son soutien à Moscou au niveau onusien. Ainsi, le représentant permanent de la Chine auprès des Nations unies, Zhang Jun, a exigé ce mardi des explications convaincantes des parties concernées sur la destruction des gazoducs Nord Stream en septembre 2022, tout en réclamant une enquête internationale. Important une fois de plus de le préciser: internationale, et non pas occidentale.

«Récemment, nous avons découvert de nombreux détails et informations pertinentes concernant l’incident de Nord Stream, qui sont alarmants», a indiqué M. Zhang. Tout en ajoutant que face à des documents aussi détaillés et à des preuves aussi complètes, une simple déclaration de « totalement faux et de fiction complète » (la rhétorique US actuelle, ndlr) ne suffit évidemment pas à répondre aux nombreuses questions et inquiétudes soulevées dans le monde entier. Trouver un moyen d’esquiver la réunion d’aujourd’hui ne signifie pas pour autant que la vérité peut être dissimulée – faisant ainsi référence à la réunion du Conseil de sécurité de mardi sur la question du Nord Stream.

«Nous attendons des explications convaincantes de la part des parties concernées. Une telle demande est tout à fait légitime et raisonnable. Il est aujourd’hui de plus en plus clair que ce qui est arrivé aux gazoducs Nord Stream n’était en aucun cas un accident, mais plutôt un acte délibéré. Du point de vue des conditions physiques, il est difficile d’imaginer qu’un acteur non-étatique soit capable de procéder seul à une telle destruction», a ajouté le représentant chinois à l’ONU.

Les points qui s’en suivent sont également très importants: «Une enquête objective, impartiale et professionnelle sur cette affaire, la publication des conclusions et la recherche des responsabilités dans les plus brefs délais sont non seulement dans l’intérêt de l’incident lui-même, mais portent également sur la sécurité des infrastructures transfrontalières mondiales. En outre, ces questions sont étroitement liées aux intérêts et aux préoccupations de chaque pays». Faisant ainsi clairement allusion au fait que le terrorisme international perpétré par Washington et ses fidèles sous-traitants peut toucher aujourd’hui n’importe quel pays. Enfin, Zhang Jun a réaffirmé le plein soutien de la Chine au projet de résolution du Conseil de sécurité déposé par la Russie, tout en estimant qu’il est très important d’autoriser une enquête internationale sur le sabotage des pipelines Nord Stream.

En termes de perspectives, s’il est une fois de plus difficile de rajouter quoi que ce soit aux dires du représentant permanent de la Chine auprès de l’ONU, il est néanmoins important de relever plusieurs aspects. Tout d’abord, que les relations sino-russes non seulement se maintiennent au plus haut niveau, mais également que tout avance vers un cadre encore supérieur. Et cela d’ailleurs correspond à nos propres prévisions, que de celles des principaux experts chinois et des autres pays BRICS.

D’autre part, la Chine rappelle fermement aux USA, et à travers ces derniers à tout l’Occident que le temps de l’impunité est effectivement terminé. Et cela est d’autant plus important que cela ne concerne pas seulement les intérêts sino-russes, mais beaucoup plus globalement la sécurité et le développement de l’écrasante majorité de l’humanité. Le terrorisme occidental devra disparaitre, et ce indépendamment des moyens qui seront nécessaires à la mise en œuvre de cet objectif. Y compris, si nécessaire, les moyens les plus radicaux, car il reste évident que le droit international ne s’applique par l’Occident que lorsque cela va à son avantage, géopolitique comme géoéconomique.

Le monde est et sera multipolaire. Et si ce mot fait tellement trembler les chancelleries occidentales, c’est qu’elles savent parfaitement que le temps de l’impunité approche irrémédiablement la fin. L’extrême minorité planétaire devra en ce sens non seulement apprendre à faire profil bas, mais devra effectivement se préparer à rendre des comptes.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les succès économiques de la Russie ont dépassé toutes les attentes (expert chinois)

22.02.2023

S’il est aujourd’hui peu intéressant de se focaliser sur les prétendus spécialistes occidentaux qui il y a encore récemment espéraient voir l’économie de la Russie à genoux et aujourd’hui se retrouvent à admettre « le miracle économique russe », il est au contraire très important d’entendre l’opinion d’experts issus de la principale économie du monde – la Chine.

Xu Poling, directeur-adjoint du Centre de recherche sur l’économie et la politique des pays en transition de l’Université de Liaoning, a publié un article d’analyse fort intéressant pour le quotidien en ligne The Paper, basé à Shanghai.

L’auteur y décrypte en détails les succès économiques de la Russie et sa résistance face aux innombrables sanctions occidentales, y compris depuis le lancement de l’opération militaire spéciale l’année dernière. Xu Poling note notamment que suite à la principale crise internationale depuis la fin officielle de la guerre froide – l’Etat russe a rapidement pris des mesures pour empêcher l’effondrement de son système financier, ajuster sa stratégie de coopération économique extérieure et élargir sa coopération avec la Chine, l’Inde et d’autres économies émergentes.

En parlant justement de l’interaction sino-russe, l’expert chinois rappelle qu’au cours de 2022 – les exportations de la Russie vers la Chine ont augmenté de 43,4% en glissement annuel, et ce aussi bien dans le secteur énergétique que dans nombre d’autres. Du côté des exportations chinoises vers la Russie – l’augmentation est également conséquente. Et que selon les données de l’Institut de la finance internationale basé à Washington – la Chine (y compris Hong Kong et Macao) et la Turquie ont dépassé l’Union européenne pour devenir les principaux partenaires économico-commerciaux de la Russie à l’échelle internationale. Avec en prime des perspectives encore plus intéressantes, notamment pour les relations sino-russes, pour l’année en cours.

L’auteur indique également que le paysage financier mondial est entré dans un tournant historique. A l’heure où les USA et l’Europe bruxelloise ont militarisé les instruments et monnaies internationaux, tels que le système Swift ou le dollar étasunien. Permettant d’éveiller la vigilance de nombreux pays et comme résultat l’obtention de la dédollarisation progressive des échanges internationaux. Parmi les exemples cités, Xu Poling rappelle l’abandon par la Russie du dollar US et de l’euro dans ses réserves de change, remplacés par l’or et le yuan chinois.

La Chine et l’Arabie saoudite commencent à utiliser la monnaie chinoise dans leurs transactions importantes au niveau bilatéral. L’Inde de son côté prévoit d’étendre ses accords énergétiques avec les pays producteurs de pétrole au Moyen-Orient aux transactions en monnaies locales. Et la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Naledi Pandor, avait rappelé qu’au sein des BRICS le travail était également mené dans la direction d’augmenter les échanges en monnaies nationales. En d’autres termes – en vue de réduire fortement la dépendance vis-à-vis des instruments financiers occidentaux. Un sujet qu’Observateur Continental avait récemment traité

Comme le note donc Xu Poling – si auparavant les règlements des transactions énergétiques, surtout pétrolières, étaient presque exclusivement effectués en dollars US – la nouvelle donne des transactions en monnaies nationales modifie le paysage financier mondial.

Pour revenir à la Russie et à sa résilience face aux sanctions occidentales que nombreux ne pouvaient pas imaginer – l’expert chinois rappelle que suite aux sanctions records décidées par l’Occident vis-à-vis de Moscou, des sanctions se comptabilisant par milliers de positions – les retombées négatives ont touché surtout les pays de l’Europe bruxelloise, pendant que la performance économique russe a dépassé toutes les attentes.

Chiffres à l’appui, l’auteur réalise le rappel qu’en avril de l’année dernière – la Banque mondiale prévoyait que la Russie connaitrait une croissance négative de 11,2% à l’issue de 2022. Certains experts occidentaux annonçaient quant à eux une décroissance encore plus importante. Pourtant, en janvier de cette année – le Fonds monétaires international (FMI) a prédit que le PIB de la Russie diminuerait de seulement 2,2% pour l’année écoulée 2022. Et retrouverait une croissance positive en 2023 et 2024. Et ce au moment, où le taux de chômage est au plus bas depuis 1991 dans le pays – à hauteur de 3,9%.

De même – sur les plans de la sécurité financière, budgétaire et celle de la balance des paiements de la Russie – rien n’a été sérieusement compromis. Xu Poling note par la même occasion que si la performance économique russe a dépassé toutes les attentes possibles, en faisant effectivement preuve d’une forte résilience – en termes de facteurs justifiant ces succès, il est évident que l’Etat russe était parfaitement préparé aux sanctions étasuniennes et européennes.

Et qu’après 2014, la stratégie russe de substitution des importations, la construction de la sécurité financière et budgétaire, la dédollarisation de l’économie, ainsi que les efforts visant à réduire la dépendance au secteur des exportations énergétiques – ont tous jeté de bonnes bases pour faire face à l’impact des sanctions les plus extrêmes. Le tout sans oublier – l’autosuffisance dans de nombreux domaines, notamment celui de l’agro-alimentaire.

Pour finir, et si tous les points cités par Xu Poling sont parfaitement logiques et objectifs – il serait très certainement temps de manière générale à s’intéresser aux analyses des principaux experts des pays qui représentent l’avenir, et non pas le passé, mondial. D’ailleurs et pour s’écarter un peu du domaine purement interétatique, il suffit aujourd’hui d’observer le monde de l’entreprenariat au sein des nations non-occidentales. Et comment les entrepreneurs russes, chinois, indiens, turcs et d’autres trouvent matière à coopérer dans de nombreux domaines d’intérêt commun. Le tout pendant que les diplômés des prétendues grandes écoles de commerce occidentales observent ces processus avec non seulement une vive jalousie, mais surtout une incompétence qui bien souvent n’est pas à démontrer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’énième impuissance occidentale face aux relations Afrique-Russie

26.01.2023

La nouvelle tournée actuelle du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov sur le continent africain confirme d’une part l’importance des liens stratégiques qui existent entre les nombreux pays d’Afrique avec la Russie. Et de l’autre, ne fait que rappeler que l’Occident ne peut opposer grand-chose pour nuire à ces relations.

Malgré l’hystérie ultra-active du côté des régimes occidentaux vis-à-vis des liens qui unissent Moscou aux nombreuses capitales africaines, et ce dans divers domaines, rien ne semble pouvoir stopper jusqu’à présent les liens en question. Ni les innombrables pressions, menaces et intimidations, ni les promesses de pouvoir prétendument «faire mieux» que Moscou et Pékin.

La première étape de cette nouvelle tournée africaine de Sergueï Lavrov a eu lieu en Afrique du Sud – l’un des principaux partenaires de la Russie sur le continent africain, par ailleurs l’une des principales puissances continentales et membre des BRICS. Et qui d’ailleurs n’a pas manqué de susciter l’amère réaction du côté des principaux instruments propagandistes occidentaux. A l’instar du journal hexagonal Le Monde qui note que la visite de Sergueï Lavrov en Afrique du Sud rappelle la proximité entre Moscou et Pretoria, tout en reconnaissant que les autorités sud-africaines ont récemment confirmé la tenue d’exercices militaires conjoints avec les marines russe et chinoise au large de Durban.

Outre l’Afrique du Sud, les autres pays concernés par la tournée du chef de la diplomatie russe étant l’Eswatini, l’Angola et le Botswana. Quant à début février, Sergueï Lavrov se rendra cette fois-ci en Afrique du Nord, avec des visites au Maroc, en Tunisie et en Mauritanie. A noter qu’avec le Maroc de nouvelles pages fortement intéressantes sont en train de s’ouvrir dans le cadre bilatéral des relations.

Dans le domaine de la coopération énergétique – le Maroc était d’ailleurs récemment cité comme l’une des principales destinations des livraisons de produits pétroliers russes à l’échelle africaine et internationale. Selon les données citées, le Royaume a importé 735.000 tonnes de diesel en provenance de Russie en 2022 (contre 66 000 en 2021), et depuis le début de 2023 – déjà près de 140.000 tonnes.

Pour revenir à la tournée africaine de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères n’a pas manqué de rappeler depuis la capitale d’Eswatini – Mbabane – que s’il y a un bien pays qui s’immisce dans les affaires intérieures des nations africaines – c’est bien la France.

Répondant ainsi aux déclarations du régime hexagonal prétendant que c’est «la Russie qui est derrière la récente décision des autorités du Burkina Faso d’exiger le départ des troupes françaises du pays». Une décision pour rappel du Burkina Faso accueillie avec beaucoup d’enthousiasme par la société civile burkinabè et panafricaine.

De manière générale, les liens unissant Moscou à ses alliés et partenaires stratégiques africains continuent de faire preuve non seulement d’un solide maintien, mais bel et bien d’un renforcement à plusieurs niveaux, y compris dans de nouveaux domaines d’interaction qui s’ouvrent aujourd’hui. Cela ne fait d’ailleurs que confirmer ce qu’Observateur Continental avait analysé dans un passé récent, à savoir l’impuissance des régimes occidentaux à nuire aux relations russo-africaines.

Et avec la complémentarité sino-russe à l’échelle internationale, y compris africaine – les diverses sorties et gesticulations des représentants de l’establishment atlantiste ne font qu’augmenter fort considérablement le rejet de la politique occidentale parmi les citoyens africains et par la même occasion accélérer les processus en cours – propres à l’ère multipolaire contemporaine.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le saut stratégique vu de Turquie

13.01.2023

Les principaux analystes turcs considèrent que tous les empires ayant tenté de faire asseoir une domination sans partage sur les affaires internationales ont au final toujours subi des échecs, faisant le parallèle direct avec le cas contemporain des Etats-Unis. Cette analyse confirme une fois de plus une vision géopolitique particulière de la Turquie, ainsi que le rôle qu’elle entrevoit pour elle-même dans les relations mondiales.

Bercan Tutar, analyste turc dans son récent article Stratejik sıçrama (Le saut stratégique) pour le quotidien Sabah (l’un des trois principaux en Turquie) décrit les bouleversements stratégiques internationaux, en mettant l’accent sur la position des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine et de la Turquie.

L’auteur de l’article rappelle que toutes les tentatives des Etats impériaux, anciens ou nouveaux, ayant cherché à devenir les seuls maîtres du monde – se sont toujours soldées par des échecs. Pour Bercan Tutar, le dernier exemple étant la défaite de la politique de «la Nouvelle Rome», que les Etats-Unis ont tenté à mettre en œuvre sous prétexte de « guerre contre le terrorisme » après les attentats du 11 septembre 2001. L’échec des USA à devenir le seul hégémon mondial a d’ailleurs selon lui paradoxalement conduit vers une fin progressive du chaos dans de nombreuses régions du monde, en particulier au Moyen-Orient, où un certain équilibre a été rétabli.

Ces processus ont ainsi permis à des pays comme la Russie, la Chine et la Turquie – à maximiser leur influence respective dans différentes parties du monde. Et après que Washington ait défini son objectif principal de stratégie de sécurité nationale dans les nouveaux processus en cours à combattre des acteurs mondiaux comme la Russie et la Chine, à la place de la guerre contre le terrorisme, le visage du Moyen-Orient a commencé rapidement à se transformer.

L’un des pays qui a le plus profité de cette nouvelle transformation et qui a élargi sa sphère d’influence a été la Turquie. L’Etat turc ayant été capable de lire le cours des processus mondiaux, a ainsi pu devenir un important acteur régional et même international. Un peu plus loin dans le même article, l’auteur décrit le rôle central de la Turquie aussi bien vis-à-vis de l’Occident, avec lequel Ankara partage l’appartenance à l’Otan, mais également avec la Russie avec laquelle la Turquie possède de nombreux projets et orientations stratégiques.

Bercan Tutar fait notamment référence au projet conjoint avec Moscou de faire de la Turquie le principal hub pour l’énergie russe, ainsi qu’aux contacts bilatéraux étroits sur les questions du Moyen-Orient et de nombreux autres sujets stratégiques. L’auteur parle également de la Chine et rappelle que son pays représente un corridor sûr aux yeux de Pékin, dans le cadre du grand projet international chinois de la Ceinture et la Route.

Maintenant et en termes de perspectives suite à cet article, il serait juste de rappeler plusieurs faits que nous avons déjà abordé dans le passé. La Turquie se positionne effectivement comme un Etat ayant la particularité d’être un membre du bloc otanesque (dont pour rappel elle représente la deuxième force en termes d’effectif armé), tout en refusant obstinément à suivre aveuglement l’hystérie anti-russe et anti-chinoise de l’establishment occidental. Tirant ainsi profit de cette capacité assez unique à défendre et promouvoir ses intérêts avec toutes les parties.

A ce titre, et étant probablement le seul pays réellement souverain du bloc atlantiste vis-à-vis de Washington, la Turquie est effectivement devenue un acteur incontournable non plus seulement dans de nombreuses affaires régionales, mais de plus en plus à l’international. Ses relations stratégiques dans de nombreux domaines avec la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres grandes puissances non-occidentales y ont d’ailleurs beaucoup contribué. En faisant la sourde oreille à la colère de ses partenaires occidentaux.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que de plus en plus de voix étasuniennes et plus généralement occidentales s’élèvent contre Ankara et appellent ouvertement à remettre en question l’appartenance turque à l’Otan, du fait justement des liens étroits de la Turquie avec les principaux adversaires des nostalgiques otanesques de l’unipolarité, dont bien évidemment les liens avec la Russie. L’Etat turc ayant été jusqu’à présent le seul membre de l’Otan à avoir fermement refusé à se joindre aux sanctions occidentales contre Moscou. Et même plus que cela – ayant au contraire fort largement élargi l’interaction économico-commerciale avec la Russie.

Dans ce paradigme, la Turquie joue parfaitement son jeu. Comprenant que l’Otan ne peut se permettre de perdre dans un avenir proche un membre aussi important, du point de vue aussi bien stratégique qu’idéologique, Ankara enfonce le clou en continuant à renforcer son orientation eurasienne et de plus en plus pro-multipolaire. D’autant plus lorsqu’on observe actuellement le processus probable de normalisation des relations avec le leadership syrien, le tout avec la médiation russe.

Et lorsque viendra le moment pour la Turquie de quitter effectivement l’Otan, au-delà du fait que ce sera une énorme défaite stratégique pour l’Occident, l’Etat turc d’ici là aura pu profiter au maximum de tout ce dont il a besoin actuellement. Avec par ailleurs à la clé – l’intégration dans le Top 10 des principales économies mondiales en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, pendant que des France et Royaume-Uni quitteront vraisemblablement ce même Top 10.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4561

L’écrasante majorité de l’humanité et l’ordre multipolaire post-occidental

10.01.2023

S’il ne fait pratiquement plus de doute que le monde ne reviendra pas à l’unipolarité, sous quelque forme que ce soit, il reste intéressant à tenter de comprendre quel rôle l’écrasante majorité de l’humanité soutenant l’ordre multipolaire international, souhaitera donner à l’infime minorité planétaire, une minorité qui se nomme l’Occident.

De l’avis de nombreux experts internationaux, y compris asiatiques, africains ou latino-américains, il est aujourd’hui évident que la réalité multipolaire prend le dessus sur les nostalgiques agressifs de l’ère unipolaire, durant laquelle l’Occident s’est érigé unilatéralement comme le décideur indiscutable dans les affaires internationales, tout en représentant une évidente minorité à l’échelle planétaire.

Les événements récents auront définitivement démontré que la majorité largement absolue de l’humanité ne souhaite guère suivre les ordres occidentaux. Le cas avec l’adhésion aux sanctions contre la Russie l’a fortement démontré. Et ce malgré tous les types «d’instruments» que l’establishment atlantiste occidental avait tenté d’applique: menaces, intimidations, pressions en tout genre, et lorsque cela n’a pas fonctionné: des promesses d’investissements, des «alternatives» à ce que propose la Chine et d’autres pays partisans résolus de la multipolarité. Le résultat n’a pas changé pour autant. Les pays ayant adhéré à la politique des sanctions contre Moscou représentent une infime minorité mondiale, sur le plan démographique, mais également et de plus en plus dans d’autres domaines – comme l’économie et le commerce international.

L’Occident, ou plus exactement ses élites, le comprennent parfaitement. Mais restent incapables à faire preuve d’adaptation aux récentes réalités planétaires, tellement l’esprit néocolonial et d’une prétendue supériorité sur les peuples non-occidentaux reste enfui au plus profond des décideurs occidentaux. Quant aux populations occidentales, il faut certainement les subdiviser aujourd’hui en plusieurs parties: les partisans de la multipolarité représentent une part non négligeable parmi les citoyens des pays de l’Ouest, mais nombreux restent dans une relative passivité, par peur ou par méconnaissance des actions à entreprendre. L’autre partie étant celle qui peut-être ne serait pas forcément contre la multipolarité en tant que telle, mais ne maitrisant tout simplement pas les processus internationaux – reste globalement parlant sous le contrôle du mainstream politico-médiatique occidental.

Enfin, il y a évidemment ceux qui parmi les citoyens occidentaux approuvent la politique de l’axe otanesque pour la simple et bonne raison qu’étant convaincus que lorsque l’unipolarité sera définitivement tombée – ils en seront directement impactés. Ces citoyens de l’Occident adorent d’ailleurs propager l’idée que le monde entier «rêve» prétendument de leur petit monde, mais en réalité sont des personnages habitués à vivre justement sur le compte des autres, à l’instar de leurs élites respectives – les autres étant les nations non-occidentales. Les dits personnages sont également fort jaloux des succès des pays non-occidentaux, notamment du point de vue économique et commercial, et ces succès pour les dites personnes restent dans leur imaginaire fortement associés aux problèmes à venir – pour eux-mêmes et leur façon de vivre.

Mais face à ces groupes – comment doit réagir justement l’écrasante majorité terrestre qui ne souhaite tout simplement pas vivre sous la coupe unilatérale occidentale? Probablement le principal étant de continuer à développer et élargir les différents schémas qui font aujourd’hui le succès des diverses interactions entre nations non-occidentales. Et ce dans les cadres aussi bien régionaux – qu’intercontinentaux et internationaux. Le tout en défendant les intérêts respectifs et sans accorder de l’importance à l’avis des régimes occidentaux.

Quant à l’avenir de l’Occident, parmi les partisans de la multipolarité les avis restent en partie partagés. Si nombreux estiment que le temps de rendre pleinement des comptes viendra pour l’espace occidental, avec tout ce que cela implique, d’autres considèrent que prendre des mesures punitives de revanche ne sera pas forcément nécessaire. S’il est encore difficile de savoir lesquels auront raison, l’essentiel étant que la collectivité nommée Occident continuera à être ignorée, puisque son extrême hypocrisie, arrogance et complexe d’une ridicule fausse supériorité lui auront valu d’être de plus en plus à l’écart de la véritable communauté internationale, qui ne se retrouve pas dans les diatribes occidentales.

Et dans cette perspective, il faut reconnaitre que l’avenir planétaire ne pourra être que post-occidental, et cela indépendamment des mesures éventuelles punitives à l’encontre de l’Occident, qui seront entrepris – ou non – par l’écrasante majorité de l’humanité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4545

Sanctions & échanges économiques: les contradictions de l’Occident

06.01.2023

Pendant que l’establishment occidental ne cesse à tenter en vain de convaincre la communauté internationale à se joindre aux sanctions contre la Russie, nombreuses sont les capitales de l’Occident qui ont vu leurs échanges considérablement augmenter en termes monétaires en 2022 avec Moscou.

«Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais» – cette phrase résume certainement au mieux ce que représente l’Occident vis-à-vis du reste du monde – le reste du monde étant l’écrasante majorité planétaire. Et pendant que les élites occidentales continuent par tous les moyens, mais sans succès, à tenter d’élargir la coalition anti-russe à l’échelle internationale, en allant d’ailleurs même jusqu’à dire que les pays ayant adopté une position neutre dans le dossier ukrainien sont également complices dans une certaine mesure de la Russie, les propres actes des instigateurs de la politique des sanctions contredisent leurs incalculables gesticulations.

Si l’extrême hypocrisie et mauvaise foi des Occidentaux n’est plus à présenter, y compris suite aux récents aveux de Frau Merkel et Sieur Hollande quant aux véritables intentions occidentales vis-à-vis des Accords de Minsk sur le Donbass, désormais nous assistons à la destruction la plus complète de tous les mythes créés à l’Ouest dans la sphère économique.  

Non, aujourd’hui il ne sera pas question de nouveau de la violation flagrante des principes de marché que les Occidentaux avaient mis en place – et ayant eux-mêmes détruit – comme l’avaient récemment rappelé des experts chinois. Pas plus que des pressions incessantes sur les nations non-occidentales à cesser ou limiter leurs échanges avec la Russie. Bien qu’un certain faucon étasunien nommé John Bolton, ex-conseiller à la sécurité nationale US sous Donald Trump, s’en est tout récemment violemment pris à la Turquie (deuxième force armée de l’Otan en termes d’effectifs), allant même à appeler à remettre en question l’appartenance à l’Otan d’Ankara, en raison de sa position sur la Russie.

Pour rappel, la Turquie fait effectivement partie des pays ayant le plus élargi leurs échanges économico-commerciaux avec Moscou au cours de l’année qui vient de se terminer. Aux côtés de l’Inde, du Brésil et de la Chine, entre autres.  

Mais qu’en est-il des «braves» Occidentaux eux-mêmes, qui ne cessent de déclarer fièrement que le soutien au régime kiévien vaut bien n’importe quelle limitation et une adhésion à l’axe anti-russe? Et c’est précisément là que cela devient intéressant.

Dans un article récent de Politico Europe, on tombe sur un tableau particulièrement intéressant (sur la base des données d’Eurostat – la direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique à l’échelle communautaire):

Dans ce beau petit tableau (appelé Les coffres de Poutine continuant d’être remplis), nous pouvons voir que sur la base des données des importations de pays de l’UE en provenance de la Russie, pour la période allant de février à août 2022, seuls 7 régimes européistes ont réduit leurs échanges avec Moscou en termes monétaires (Finlande: -7%, Lituanie: -25%, Lettonie: -8%, Danemark: -44%, Estonie: -14%, Suède: -60%, Irlande: -20%). Pour les autres: il ne s’agit ni plus, ni moins, que d’augmentation en comparaison avec 2021.

Et dans la plupart des cas, l’augmentation est plus que significative… Slovénie: +346%, Luxembourg: +262%, Grèce: +142%, Autriche: +139%, Chypre: +138%, Hongrie: +132%, Bulgarie: +116%, Italie: +100%, France: +84%, Belgique: +78%, et d’autres encore.

Evidemment, les propagandistes atlantistes stipuleront que de-facto les domaines d’interaction entre la Russie et l’Europe bruxelloise ont effectivement baissé de manière importante, et que les dites augmentations en termes monétaires sont dues à la hausse des prix des hydrocarbures ayant fait profité la Russie et son budget.

Le souci dans les dires de ces personnages, c’est que de 1) Ces données ne prennent aucunement en compte les volumes très importants d’hydrocarbures russes achetés par les mêmes régimes atlantistes européens via des pays tiers. Et de 2) Que s’ils continuent à acheter de telles quantités de produits en provenance de la Russie, notamment des ressources dont ils ont tellement besoin pour leur pure et simple survie, de quel droit osent-ils menacer et intimider des nations non-occidentales, lorsque celles-ci développent leurs relations économico-commerciales avec Moscou, ou du moins les maintiennent à un niveau qu’elles considèrent nécessaires?

Là se trouve donc cette énième et fameuse contradiction occidentale, et surtout son extrême hypocrisie. Mais cette démarche, au-delà de ridiculiser encore plus fortement les régimes otanesques, démontre surtout leur faiblesse et leur incapacité à pouvoir se passer des ressources en provenance évidemment aussi bien de la Russie que des autres nations non-occidentales. Prouvant que l’heure d’aujourd’hui est plus qu’importante à bien d’égards. Y compris en vue de rappeler une fois de plus la véritable place du bloc occidental dans le monde contemporain et l’ordre multipolaire.

Ne connaissant pas la notion de honte, ni d’un minimum de dignité, il ne faut pour autant surtout pas être surpris que les élites atlantistes, y compris européistes, continueront à répéter les mêmes inepties quant à l’extrême «importance» pour les peuples non-occidentaux d’adhérer aux sanctions contre la Russie, en vue de « sauver » un ordre qui n’existe que dans la tête des personnages en question. Car cet ordre unipolaire d’une extrême minorité mondiale ne reviendra pas.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4533