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L’accord de l’OPEP+ ou les nouvelles tourmentes pour l’Occident

06.10.2022

Malgré la pression insistante de Washington sur les pays du Moyen-Orient pour augmenter leur production pétrolière, les pays de l’OPEP+ ont pris la décision de faire baisser la production journalière d’un volume plus que conséquent. Les problèmes énergétiques non plus seulement de l’UE, mais également des Etats-Unis, se concrétisent.

Les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), composée de l’Arabie saoudite (premier exportateur mondial), des Emirats arabes unis, de l’Iran, de l’Irak, du Koweït, de l’Algérie, de l’Angola, du Gabon, de la Libye, du Nigéria, de la Guinée équatoriale, de la République du Congo et du Venezuela – en concertation et avec la participation de la Russie (deuxième exportateur mondial) – ont pris la décision à l’unanimité de réduire la production pétrolière, et ce au maximum des prévisions les plus pessimistes pour les intérêts étasuniens et occidentaux. A savoir à hauteur de deux millions de barils par jour.

Le tout alors que les USA n’ont cessé de mettre la pression, notamment sur ses alliés du Moyen-Orient, pour une augmentation de l’offre sur ce marché stratégique à l’échelle internationale. Cette décision arrange évidemment les intérêts non seulement des pays membres de l’OPEP, mais également de la Russie, vis-à-vis de laquelle l’Occident collectif cherche à tout prix à réduire la dépendance énergétique et lui faire perdre les revenus issus de ce secteur.

Si cette décision est indéniablement une mauvaise nouvelle pour l’Europe bruxelloise, déjà en proie à une crise gazière majeure, elle l’est aussi pour Washington où les prix du carburant frappent durement la capacité d’achat et le niveau de vie de nombreux ménages étasuniens. Cette unité de l’OPEP+ aura donc des répercussions évidentes pour l’Occident collectif, à une période où il cherche à limiter par tous les moyens les revenus énergétiques de la Russie. Sachant que la Russie n’a pas encore pris de contre-mesures radicales, comme le fait de baisser encore plus fortement sa production, ce qui aura pour effet une envolée spectaculaire des prix du pétrole, y compris selon les principaux analystes occidentaux.

Cela traduit également le niveau d’indépendance de plus en plus fort de certains pays du Moyen-Orient, longtemps considérés comme des alliés indéfectibles des Etats-Unis, qui partagent à l’instar de nombreux pays de la planète, leur agacement de la politique étasunienne, sur le plan régional comme international. Sans évidemment oublier le pur pragmatisme économique qui dicte, à l’inverse de l’UE, à ces pays la nécessité de penser de manière prioritaire à leurs intérêts financiers, et non pas ceux de Washington.

Une chose est d’autant plus certaine. Si les problèmes économiques du côté outre-Atlantique vont maintenant s’accentuer, du côté européiste le mot problématique serait certainement trop faible. Le suivisme aveugle des élites bruxelloises du maitre US en qualité de simples vassaux va durement impacter les industries et les consommateurs lambda des pays européens.

Ces événements confirment également et une fois de plus que l’Occident a beau continuer à prétendre être le maître absolu sur la planète, la réalité contemporaine démontre au contraire l’énorme dépendance de l’Occident (l’extrême minorité planétaire, ayant des ressources naturelles fortement limitées) vis-à-vis du monde non-occidental – représentant l’écrasante majorité de l’humanité et disposant de ressources stratégiques dont cet Occident ne peut que rêver. Bien qu’il se soit habitué à piller ces ressources sans la moindre honte durant de bien longues années.

Il faut tout de même garder à l’esprit que si vis-à-vis de la Russie, l’Occident atlantiste est déjà dans une guerre quasi-totale – sur le plan militaire, économique, comme informationnel, il est à craindre que Washington cherchera à punir les pays arabes, y compris ayant le statut d’alliés, pour leur désobéissance dans le dossier traité aujourd’hui.

Y compris vis-à-vis de l’Arabie saoudite avec laquelle l’animosité était palpable lors de la dernière visite de Biden à Riyad. Il n’empêche qu’il est certainement à croire que les pays concernés soient au courant de ces projets, dans un monde multipolaire où les choix intelligents existent. Un monde dans lequel s’il y a bien un dindon de la farce, c’est aujourd’hui incontestablement l’Europe dans sa version bruxelloise.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les raisons de la dépendance gazière de l’UE

12.09.2022

Alors que l’Europe se retrouve face à une crise énergétique majeure, les responsables européistes oublient bien souvent de rappeler à leurs citoyens les raisons de la dépendance de l’UE vis-à-vis de la Russie. Une crise désormais accentuée par une politique largement hostile à l’encontre de Moscou et des sanctions qui frappent ouvertement leurs propres instigateurs. Retour sur la question.

Les discussions bruxelloises quant à la nécessité de diminuer la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie ne datent pas d’hier, ni de fin février dernier. C’est une rhétorique au contraire qui se répète tout au long des années. Pour autant et si jusqu’à maintenant l’Union européenne n’a jamais réussi à se passer du gaz russe, ce n’est certainement pas en raison d’un quelconque manque de volonté à le faire, mais bel et bien pour des raisons parfaitement pratiques, liées aux faits et statistiques.

Si l’on regarde les volumes d’exportation de gaz naturel par pays, il devient très rapidement évident qui en est le principal acteur au niveau mondial, en l’occurrence la Russie. Les Etats-Unis qui arrivent en deuxième position restent dans une posture qui ne peut permettre le remplacement du gaz en provenance de Russie, en raison de leur propre consommation interne très élevée. Devant même importer des volumes supplémentaires depuis le Canada voisin.

Cela sans oublier que dans le cas des besoins européens, les USA ne peuvent assurer les livraisons que via les fameux méthaniers – des méthaniers qui devront être produits en énorme quantité pour pouvoir réaliser les dites livraisons, et avec un prix final de vente qui sera largement supérieur à celui du gaz russe. De son côté le Qatar, autre acteur majeur gazier international, était longtemps orienté sur les marchés asiatiques. Et s’il devait augmenter considérablement ses livraisons à l’Europe, ce serait alors aux dépens de ces marchés stratégiques, tout en demandant aux acheteurs européens de se baser sur des contrats à long-terme, chose que les bureaucrates européistes n’en sont pas partisans.

Cela sans oublier que les marchés asiatiques traditionnels que le Qatar, très théoriquement pourrait laisser ou y réduire sa présence, seront immédiatement demandeurs de livraisons alternatives, étant de grands consommateurs et dont les besoins ne cessent de monter en puissance. Enfin, il serait bon de rappeler que Saad Sherida al-Kaabi, ministre de l’Energie du Qatar – avait clairement fait comprendre fin mars dernier quant à l’impossibilité de remplacer le gaz russe. En ce qui concerne la Norvège (quatrième exportateur mondial) – elle est déjà de-facto au maximum de ses capacités.

L’Algérie, qui représente 11% des importations européennes ne peut, de manière significative, augmenter les volumes d’exportations gazières à destination de l’UE. Quant aux discussions sur les éventuels gazoducs au départ du Nigéria (qui d’ailleurs ne fait même pas partie des 10 principaux exportateurs mondiaux) et devant traverser plusieurs pays africains – les volumes concernés seront insignifiants pour les besoins européistes, d’autant plus que la réalisation éventuelle même de tels gazoducs prendra encore des années. Et peut-être même de bien longues années.

Dans tous les cas et comme le reconnaissent même les experts occidentaux – il est tout simplement impossible de remplacer les 150 milliards de mètres cubes annuels acheminés de Russie en Europe par du gaz d’autres provenances.

Cela sans oublier qu’au-delà des désagréments de l’absence du gaz russe dans l’Europe bruxelloise qui seront ressentis par les citoyens des pays de l’UE, et qui d’ailleurs commencent déjà à se faire ressentir, c’est toute l’industrie européenne qui risque de subir les conséquences des décisions de ses représentants politiques. Car oui – tout le fameux mythe de la puissance industrielle occidentale oublie bien souvent de rappeler l’extrême dépendance vis-à-vis des matières premières des nations non-occidentales et sans lesquelles elle devra soit réduire considérablement sa production (et donc les exportations, ainsi que les revenus), soit devra tout simplement se retrouver à l’arrêt. Avec tout ce que cela implique, y compris pour des pays comme l’Allemagne – première économie de l’UE.

De manière générale, le choix ouvertement pro-washingtonien de l’Europe bruxelloise concerne bien évidemment les décideurs européens en question, ainsi que ceux ayant voté pour eux. Sauf qu’il est impossible de pouvoir rêver à mettre économiquement à genoux un pays qui permet à cette même Europe arrogante et ingrate de garder les foyers chauffés et les industries en activité, et parallèlement demander à ce que ledit pays continue à en assurer les approvisionnements. Désormais, il est évident qui risque si fortement de se retrouver à genoux.

Le summum de cette hypocrisie occidentale est d’autant plus flagrant que ces mêmes régimes atlantistes menacent aujourd’hui tout pays qui ose maintenir et augmenter son interaction économico-commerciale avec la Russie, en rappelant l’existence de sanctions unilatérales visant Moscou. Mais lorsqu’il s’agit d’obtenir de l’énergie pour soi-même, les représentants politiques qui commencent de plus en plus à rappeler des acteurs comiques de cirque, font preuve d’une capacité à outrepasser leurs propres sanctions et procédures bureaucratiques.

Non, il faut effectivement s’en tenir aux décisions prises et respecter le cahier des charges – aussi bien technique que celui lié aux sanctions adoptées. La partie russe soutient cette approche. Quant à la nécessité de se défaire de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, pourquoi ne pas effectivement accélérer le processus dès cette période d’automne-hiver? Dans le monde contemporain, ce ne sont pas les acheteurs qui manquent.

Après tout ce n’est pas l’acheteur, qui annonce officiellement vouloir cesser les importations auprès du fournisseur traditionnel d’ici quelques années qui dictera la marche à suivre, mais bel et bien le fournisseur en question qui ne possède aucune clause l’obligeant à livrer exclusivement à des clients ingrats et souffrants de duplicité. Pour ne pas dire de schizophrénie. Bien qu’il soit nécessaire de souligner que les dossiers médicaux des représentants des régimes occidentaux ne représentent aucun intérêt digne de ce nom.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4230

Venezuela: l’économie repart à la croissance

30.08.2022

A l’heure des événements contemporains, les pays ayant démontré leur capacité à faire face aux sanctions unilatérales occidentales constituent des exemples fortement intéressants, y compris pour des Etats qui ont débuté ou pensent sérieusement à le faire – le processus d’éloignement vis-à-vis de l’Occident collectif. En ce sens et à l’instar d’autres nations, le Venezuela fait partie de ces exemples.

L’économie vénézuélienne a progressé de 17,04% en termes de glissement annuel au premier trimestre 2022, a déclaré récemment le président de la banque centrale du pays et repris par Reuters.Représentant à l’heure actuelle la croissance la plus élevée parmi les pays d’Amérique latine.

Le président de la banque centrale vénézuélienne, Calixto Ortega, avait également indiqué que l’économie de la République bolivarienne avait connu une hausse de 19,07% au quatrième trimestre 2021 par rapport à la même période en 2020. Pour rappel, le pays était plongé dans une grave récession depuis 2014, ainsi que faisant face à une inflation élevée, dues notamment aux sanctions US qui visaient à asphyxier l’économie du Venezuela, des sanctions se comptabilisant en plusieurs centaines de positions et visant notamment son secteur pétrolier, stratégique pour l’économie et le budget de Caracas.

S’il est vrai que le manque de diversification des secteurs de l’économie vénézuélienne avait accentué les problèmes, il n’en demeure pas moins que l’agression économique US avait joué un rôle crucial dans les défis auxquels ont dû faire face les autorités et la population. A cela s’ajoutent les multiples tentatives de coup d’Etat à l’encontre du leadership vénézuélien, et les actions néfastes des sous-traitants washingtoniens, parmi lesquels le régime britannique ou ceux issus de l’Europe bruxelloise. Le vol de plusieurs dizaines de tonnes d’or du Venezuela par la Banque d’Angleterre ne fait d’ailleurs que largement le confirmer

Il est vrai que durant cette période difficile, le Venezuela a pu compter sur le soutien de nombreux pays alliés et partenaires stratégiques avec lesquels les relations ont été renforcées dans plusieurs domaines: Cuba, Russie, Iran, Chine, Turquie, entre autres. Et au final une résistance qui a payé: mettant le principal déstabilisateur du pays en position de faiblesse

Car au-delà des nouvelles opportunités qui se sont ouvertes à Caracas dans la flambée actuelle des prix des hydrocarbures, le fait est que c’est désormais l’establishment occidental qui cherche une sortie la moins humiliante possible de sa posture vis-à-vis de la République bolivarienne, à l’heure de la crise énergétique sans précédent que l’Occident subit déjà, et qui l’attend encore à l’avenir.

Pour conclure, il serait bon de rappeler que les innombrables tentatives de Washington et de ses suiveurs de faire tomber le pouvoir bolivarien à travers l’implication d’éléments extrémistes ou encore l’asphyxie de l’économie vénézuélienne, avaient un objectif encore plus global: stopper le renforcement de l’axe progressiste latino-américain hostile à la politique atlantiste étasunienne. Les récents événements dans la région et fort certainement à venir démontrent parfaitement l’énième échec de cette politique de l’extrême minorité mondiale, qui refuse obstinément de s’adapter à la multipolarité. Et en ce sens, si même des erreurs avaient été commises dans le passé par le leadership vénézuélien, notamment dans le manque de diversification des secteurs économiques nationaux, les principaux choix stratégiques du Venezuela auront largement démontré quant à eux toute leur justesse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4187

Les mensonges étasuniens sur le programme nucléaire iranien

26.07.2022

Le directeur de la CIA a reconnu que les Etats-Unis avaient de-facto menti sur l’Iran, plus particulièrement sur l’éventuelle obtention de l’arme nucléaire par la République islamique. Des informations qui démontrent une fois de plus qui représente le seul et véritable danger dans les affaires internationales.

Les responsables US commencent à admettre les mensonges longtemps propagés par Washington à l’encontre de Téhéran, écrit Lucas Leiroz, chercheur brésilien en sciences sociales à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro.

En effet, William Burns, directeur de la CIA, a déclaré mercredi 20 juillet que l’Iran n’avait en fait jamais repris son programme de production d’armes nucléaires, et ce depuis 2004. Si cette déclaration ne fait en réalité que confirmer ce que disaient nombre d’analystes internationaux, il est effectivement assez impressionnant que cette affirmation émane du chef du renseignement étasunien.

En décembre dernier, le même Burns avait d’ailleurs déjà déclaré que les Etats-Unis ne disposaient pas de suffisamment de raisons pour croire que l’Iran prévoyait de produire des armes nucléaires. Comme l’indique également l’auteur de l’article, mis à part le directeur de la CIA, l’ex-chef du renseignement militaire israélien, Tamir Hayman, avait précédemment déclaré que Tel-Aviv n’avait trouvé aucune preuve que Téhéran envisagerait de développer des armements nucléaires, malgré le fait qu’il existait un important processus d’enrichissement d’uranium.

Pour rappel, la République islamique d’Iran avait plusieurs fois déclaré que son refus de produire des capacités militaires nucléaires n’est pas lié à la question des sanctions, mais tout simplement en raison de l’idéologie de la nation iranienne. Et comme le rappelle également Lucas Leiroz – la réalité est surtout que l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire par l’Iran pourrait également devenir «dangereuse» pour les intérêts US.

A savoir que la technologie nucléaire pacifique et propre permet, notamment, des niveaux élevés de développement industriel et scientifique, en plus de renforcer la puissance militaire, comme par exemple la fabrication de sous-marins à propulsion. Tout en ajoutant que toute forme de développement matériel de ses ennemis géopolitiques est déjà considérée par les USA comme un «problème», et c’est précisément la raison pour laquelle Washington tente à tout prix de neutraliser le programme nucléaire iranien.

Le chercheur brésilien va encore plus loin en rappelant que tout le récit washingtonien autour du programme nucléaire iranien est devenu en quelque sorte une «arme rhétorique» pour l’establishment étasunien. Car avec ce discours, il est devenu possible de tenter à mobiliser une partie de la communauté internationale contre la prétendue «nucléarisation», justifier des sanctions illégales, lancer des opérations militaires et même des actes terroristes dans le but d’assassiner des responsables et scientifiques iraniens.

Pour Lucas Leiroz, cette rhétorique anti-iranienne fonctionne de manière similaire avec le récit autour de la prétendue invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que pour l’auteur de l’article ce ne sont que des récits sans fondement, servant aux manœuvres occidentales à l’international.

A notre niveau, il faudrait certainement rajouter que ce qui fait effectivement peur à Washington comme à son principal allié régional et peut-être même international Tel-Aviv – c’est justement l’incroyable capacité scientifico-intellectuelle de la nation perse, qui malgré les innombrables sanctions occidentales prises à son encontre, a non seulement fait preuve de résistance efficace, mais également a activement poursuivi le développement, et ce dans de nombreux secteurs. Etant à ce titre l’actuelle 14ème puissance militaire mondiale (devant Israël – 18ème) et la 21ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat.

Et pour conclure sur la question du nucléaire iranien, il est aujourd’hui évident que l’Iran n’a pas besoin d’arme atomique pour pouvoir se défendre efficacement face à ses principaux ennemis et adversaires. Le renforcement sans précédent des positions iraniennes à l’échelle régionale et internationale ne font d’ailleurs que largement le confirmer. A cela s’ajoutent son alliance avec la Russie et la Chine, ainsi que l’appartenance aux principaux défenseurs de l’ordre multipolaire mondial.

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’échec de la politique US au Moyen-Orient

22.07.2022

Comme prévu, les nombreux partenaires traditionnels de Washington dans la région stratégique du Moyen-Orient se détournent de plus en plus ouvertement de leur allié. Ce qui paraissait encore récemment presque inimaginable devient réalité.

Plusieurs des principaux médias occidentaux ont clairement affirmé que le président étasunien Joe Biden repart les mains vides de sa tournée au Moyen-Orient, n’ayant rien obtenu lors du sommet arabe organisé en Arabie saoudite. Pas de résultat digne de ce nom notamment dans la sphère énergétique qui représentait l’orientation principale pour les USA dans le cadre de cette visite.

Comme l’indique l’analyse publiée par l’agence de presse gouvernementale turque Anadolu – le président américain Joe Biden a quitté l’Arabie saoudite sans avoir atteint le minimum en termes de prévisions des marchés internationaux de l’énergie qui avaient pourtant estimé avant son déplacement dans la région l’acceptation par les pays du Golfe de la hausse de la production du brut dans le but d’apaiser les marchés.

Ledit article rappelle également que des médias étasuniens, ainsi que des stratèges de banques d’investissement ont commencé à parler de l’échec de Biden à obtenir des engagements pétroliers auprès des dirigeants du Golfe au cours du sommet de Djeddah. Et que les marchés énergétiques américains sont conscients du fait que le principal objectif de la visite du président US dans la région du Moyen-Orient était de demander à ses dirigeants de continuer à alimenter le marché par de plus grandes quantités de brut, pour pouvoir amener à une baisse des prix de l’énergie aux Etats-Unis.

En effet et du côté saoudien, il a été déclaré à travers le prince héritier Mohammed ben Salmane, que le royaume sera dans l’incapacité à l’avenir d’augmenter sa production quotidienne au-delà de 13 millions de barils, sachant que la production actuelle est de 11 millions de barils quotidiens.

Si cet échec de l’administration Biden a été vu comme quelque chose d’inattendu pour de nombreux observateurs occidentaux, la réalité est que ce fut un développement parfaitement prévisible. Et qui confirme l’orientation de plus en plus en faveur de l’ordre multipolaire au sein de cette région stratégique qu’est le Moyen-Orient, comme Observateur Continental l’avait déjà souligné dans un passé récent.

Cela alors même que l’establishment occidental, atlantiste et nostalgique de l’unipolarité, observe avec vive inquiétude la montée en puissance des BRICS et d’un intérêt de plus en plus vif vis-à-vis de cette organisation ou encore de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) de la part de pays longtemps considérés comme des partenaires stratégiques de l’Occident.

Aussi et comme Observateur Continental l’avait déjà annoncé – tous les événements en cours confirment une fois de plus que la spirale des pressions, intimidations et sanctions en tout genre se retourne contre ses instigateurs. Et que l’establishment occidental a beau vouloir faire passer l’idée de son extrême puissance dans les affaires planétaires, tout en continuant à espérer un retour radical à l’ordre unipolaire – la réalité actuelle démontre que d’une part l’effet boomerang se fera ressentir de plein fouet sur la partie occidentale du monde, et de l’autre que nombre de pays de la planète, longtemps considérés comme ses alliés, s’éloignent progressivement de l’Occident.

Comme également annoncé précédemment, l’autre grand avantage des événements en cours est d’avoir démontré que la peur à sa libérer du joug occidental disparait de manière de plus en plus visible. Les masques de l’extrême arrogance et d’hypocrisie au summum sont définitivement tombés, permettant aux nombreuses nations du monde de comprendre que le monde d’aujourd’hui et à venir ne pourra être que post-occidental.

Prochain pronostic? Il est à croire que le régime étasunien va maintenant raviver la fameuse question de «respect» des droits de l’homme et les pressions multiformes vis-à-vis de tous les alliés qui ne vont dans la voie de l’obéissance la plus totale. Car s’il y a bien une chose dont ont besoin aujourd’hui les responsables atlantistes, c’est bien une application totale de leurs ordres face aux nations pro-multipolaires qui continuent de s’imposer.

En effet, l’Occident collectif n’a pas besoin d’alliés, ni de partenaires, mais bel et bien d’esclaves et de purs sous-traitants. En oubliant qu’au-delà de vivre dans un monde où l’ère multipolaire s’est imposée, peu souhaiteront faire partie d’un bateau qui coule. A moins d’être, comme c’est encore le cas pour certains régimes, d’évidents partisans du sadomasochisme.

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Inde remet les USA à leur place

19.07.2022

Bien que l’Occident collectif, et plus particulièrement Washington, avait vivement souhaité faire basculer l’Inde dans le camp occidental, New Delhi démontre que son agenda n’est pas celui de l’Occident. Une démarche indienne souveraine qui ne fait que renforcer l’axe de la multipolarité.

L’Inde a reproché aux Etats-Unis d’avoir «suggéré» directement aux autorités portuaires de la ville de Mumbai une interdiction d’entrée de navires russes. Les autorités indiennes ont rappelé avoir le droit souverain de traiter avec tous les partenaires mondiaux. L’indécence étasunienne a été vivement critiquée aussi bien au niveau du ministère indien des Affaires étrangères, qu’au niveau de l’opinion publique du pays.

Evidemment, cette nouvelle tentative d’intimidation de la part de Washington à l’encontre de New Delhi n’est pas le fruit du hasard. Après l’échec de faire éloigner la Chine de la Russie et de créer un large front international anti-russe, de même que la perte de plus en plus évidente quant à l’influence sur les alliés d’hier, l’Occident n’a plus peur du ridicule pour tenter à donner l’impression de ne pas couler. Y compris si cela ne fait que ridiculiser un peu plus sa posture.

Mais la retenue et un minimum de honte ne sont pas des caractéristiques de l’establishment occidental. Ces notions sont totalement absentes de sa manière à penser. Et si l’Inde est aujourd’hui dans le viseur atlantiste, ce n’est pas seulement en raison du fait que le pays achète beaucoup de pétrole russe, avec pour la seule demi-année en cours déjà plus de 60 millions de barils achetés à la Russie (contre 12 millions pour toute l’année 2021).

Les autres raisons étant que depuis toutes ces dernières années, l’Occident collectif avait fait des pieds et des mains pour tenter à faire intégrer l’Inde dans son camp, et de l’éloigner au maximum de la Russie comme de la Chine. Pour au final devoir faire face à un énième échec cuisant. Ce n’est pas tout. L’establishment politico-médiatique occidental tente par tous les moyens de présenter l’affrontement final actuel entre les partisans de la multipolarité et les nostalgiques de l’unipolarité comme celui de l’axe «autoritaire» face aux démocraties occidentales.

Des pseudo-démocraties occidentales qui avaient tellement besoin de la véritable et la plus grande démocratie du monde – en l’occurrence la République de l’Inde – ne serait-ce qu’au moins symboliquement à faire partie de leur bloc. Dans l’objectif à redorer le blason des fausses démocraties de l’Occident. Echec également.

Enfin, et là nous parlons de géopolitique et de géoéconomie, l’Inde faisant partie des BRICS comme de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), l’objectif occidental a toujours été de tenter d’affaiblir ces deux grandes organisations – représentant la véritable notion de communauté internationale. Non pas celle à la sauce G7. Et qui aujourd’hui inquiètent vivement les Occidentaux, ou du moins ceux résolument nostalgiques de l’ère unipolaire.

Mais les arrogants extrêmes de l’Ouest semblent oublier une fois de plus à qui ils ont affaire. Cela est d’autant plus choquant dans le cas lorsque le consulat d’un Etat de-facto sans histoire, culture, ni civilisation dignes de ce nom – s’adresse ouvertement à une administration intérieure d’un pays souverain à la civilisation millénaire, et 3ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat par la même occasion, sous prétexte que les décisions prises aux USA et en Occident sont censées avoir une portée prétendument universelle.

Si les échecs de Washington et de ses suiveurs européistes, australien ou encore canadien – sont une fois de plus fort démonstratifs de la phase très importante et intéressante de l’histoire contemporaine mondiale que nous vivons en ce moment – il n’en est pas moins que l’Inde devra fermement renforcer sa sécurité vis-à-vis des interférences occidentales – pas tellement politiques dans le cas indien, mais beaucoup plus précisément sécuritaires.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4074

L’Egypte, l’Arabie saoudite et la Turquie s’intéressent aux BRICS

15.07.2022

Les prévisions quant au fait que de nombreux pays, y compris longtemps liés à l’Occident, regardent de plus en plus en direction des grandes puissances non-occidentales et des organisations d’intégration correspondantes, avancent dans la voie de la concrétisation. Le concept des BRICS+ semble inévitablement prendre son envol.

Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) s’attendent à ce que l’Egypte, l’Arabie saoudite et la Turquie puissent rejoindre le groupe dans un avenir proche, écrit Middle East Monitor. Cette information est rapportée via Purnima Anand, présidente du Forum international des BRICS.

Cela alors même que tout récemment l’Iran et l’Argentine avaient déjà exprimé le désir d’intégrer la grande organisation internationale, représentant pratiquement la moitié de la population mondiale, plus d’un quart du PIB du monde, et 4 des 10 principales économies mondiales en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat. Le tout également au moment où l’Occident ne cache désormais plus son inquiétude quant à la montée en puissance de ladite alliance et son orientation de plus en plus anti-occidentale.

Purnima Anand a par ailleurs déclaré que la Chine, la Russie et l’Inde avaient déjà abordé la question de l’élargissement des BRICS en lien avec les pays mentionnés lors du 14ème Sommet de l’organisation, qui s’est tenu le mois dernier. «Tous ces pays ont manifesté leur intérêt à adhérer et se préparent à postuler pour l’adhésion. Je pense que c’est une bonne étape, car l’élargissement est toujours perçu positivement. Cela augmentera clairement l’influence des BRICS dans le monde».

Elle a également ajouté que l’adhésion de l’Egypte, de l’Arabie saoudite et de la Turquie pourrait ne pas avoir lieu au même temps pour les trois concernés. De son côté Li Kexin, directeur général du Département des affaires économiques internationales du ministère chinois des Affaires étrangères, avait précédemment indiqué que plusieurs pays «frappaient aux portes» de l’organisation, dont l’Indonésie, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Egypte et l’Argentine, notamment.

En parlant maintenant des perspectives de l’élargissement des BRICS et du concept BRICS+, il est à noter qu’Observateur Continental avait déjà abordé récemment cette question. En ce qui concerne plus précisément les cas de l’Egypte, de la Turquie et de l’Arabie saoudite – il serait correct de les analyser brièvement au cas par cas.

L’Egypte est actuellement la 22ème économie mondiale (juste derrière l’Iran) et la première en Afrique en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat. Sur le plan du PIB nominal, le pays des pharaons est classé 35ème à l’échelle mondiale et deuxième sur le continent africain (derrière le Nigéria). Le pays est par la même occasion la 12ème puissance militaire du monde en 2022 – première d’Afrique et du monde arabe. Le Caire peut également se vanter d’avoir des relations développées avec la Chine et la Russie, notamment, confirmant le fait d’être un membre potentiel intéressant pour les BRICS.

En ce qui concerne l’Arabie saoudite et la Turquie – ce sont des cas effectivement particuliers et également intéressants. La première étant la 17ème économie mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (18ème en termes de PIB nominal). Longtemps considérée comme l’un des deux principaux alliés de Washington au Moyen-Orient (avec Israël), Riyad a engagé néanmoins récemment une orientation stratégique intéressante et axée sur la multipolarité. A l’instar des Emirats arabes unis, autre pays de la région longtemps considéré comme un allié de l’Occident, l’Arabie saoudite a souhaité préserver la coopération avec Moscou sur les questions énergétiques et géopolitiques, malgré les pressions washingtoniennes.

Quant à ses relations avec la Chine, l’Etat saoudien, au-delà d’être l’un des deux principaux (avec la Russie) fournisseurs de pétrole à Pékin, étudiait par la même occasion la possibilité de recevoir les paiements chinois pour le brut saoudien – en yuans. Une réalité fort déplaisante pour Washington. La suite dépendra bien évidemment de la capacité de Riyad à poursuivre l’éloignement de l’axe anglo-saxon en privilégiant celui de la multipolarité. Quant aux relations avec l’Iran, ayant déjà débuté la procédure d’adhésion en qualité de membre de plein droit au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et souhaitant rejoindre également les BRICS, la plateforme internationale pro-multipolaire pourrait être d’ailleurs l’occasion de normaliser les relations. A suivre donc.

Pour ce qui est de la Turquie, 11ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat et 13ème puissance militaire du monde, seul l’avenir pourra dire si l’orientation en faveur de l’axe de la multipolarité sera privilégiée par le leadership turc. Etant membre de l’Otan, et le deuxième effectif armé du bloc atlantiste, Ankara a néanmoins explicitement refusé à se joindre aux sanctions contre la Russie, partenaire économico-commercial stratégique du pays, malgré les innombrables pressions de l’establishment washingtonien et occidental.

Et plus que cela a clairement choisi la voie d’accroitre encore plus les échanges avec Moscou. Dans l’état actuel des choses, il est encore trop tôt de dire si la Turquie pourra intégrer pleinement les BRICS. Néanmoins et dans un avenir multipolaire post-occidental – rien ne sera impossible.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=4068

L’Occident inquiet de la montée en puissance des BRICS

04.07.2022

Longtemps stigmatisée par les prétendus experts occidentaux, l’organisation des BRICS inquiète vivement désormais les divers analystes issus de l’espace occidental qui la voient comme un bloc plus que jamais ouvertement opposé à l’Occident collectif.

«Un bloc anti-occidental émerge, plus puissant que jamais», titre Die Welt, l’un des principaux quotidiens allemands. L’auteur dudit article, Stefan Aust, affirme que si beaucoup en Allemagne pensent que la plupart des pays du monde soutiennent l’Ukraine, la vérité est pourtant toute autre: l’alliance anti-occidentale devient de plus en plus puissante, politiquement et économiquement – et continue de s’étendre à travers le monde.

Pour lui, le bloc anti-occidental est en train d’émerger, plus puissant qu’à n’importe quel moment de l’histoire. A ce titre, il serait fort juste effectivement de reprendre la piqure de rappel de Lijian Zhao – porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères qui dans sa publication récente indique justement à très juste titre que si la population totale des pays composant le G7 est d’un peu plus que 770 millions de personnes, celle des BRICS représente plus de 3 milliards d’habitants de la planète.

Le haut représentant chinois ne manque d’ailleurs pas d’ajouter que «la prochaine fois qu’ils parleront de communauté internationale – vous saurez ce que cela signifie». En effet, les événements en cours, y compris la propagande occidentale largement russophobe autour de l’Ukraine, ont le mérite d’avoir remis amplement les points sur les «i». A savoir que l’Occident collectif, bien que faisant bloc commun (en qualité des nostalgiques de l’unipolarité) représente dans les faits une infime partie de l’humanité, avec tout ce que cela implique.

Les Occidentaux remarquent aussi avec stupéfaction que malgré les sanctions occidentales visant la Russie, y compris à travers les systèmes de paiement comme Visa ou MasterCard – les Russes peuvent désormais utiliser le système chinois UnionPay (accepté dans 180 pays du monde), que le nombre de voitures et d’autres produits fabriqués en Chine augmente largement sur le marché russe, et que même l’Inde – que les Occidentaux voulaient à tout prix voir dans leur bloc – non seulement n’a pas condamné l’opération militaire spéciale de la Russie, mais au contraire augmente fort considérablement ses échanges avec Moscou. Y compris dans la sphère énergétique, comme Observateur Continental l’avait déjà abordé

Aussi, les analystes occidentaux sont aujourd’hui forcés de reconnaitre, avec amertume bien évidemment, que leur suzerain en la qualité des USA – perd progressivement son influence sur les autres continents également. Y compris dans ce que Washington considérait  comme son arrière-cour, à savoir l’Amérique latine, fait qu’Observateur Continental avait également abordé.

Les Occidentaux reconnaissent également qu’aucun pays d’Amérique latine et d’Afrique n’a soutenu les sanctions occidentales contre la Russie. Tandis qu’en Asie, ils peuvent se comptent sur les doigts d’une seule main: Japon, Corée du Sud, régime séparatiste de Taïwan.

Les analystes occidentaux commencent également à reconnaitre, alors que cela était prédit depuis de longues années, que les grandes organisations internationales non-occidentales telles que les BRICS ou encore l’Organisation de coopération de Shanghai, malgré leurs diversités culturelles et politiques – sont unis dans le rejet face la prétendue supériorité occidentale et des pseudo-valeurs que tente d’exporter l’establishment de l’Occident.

Il faudrait certainement également rappeler que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS – abritent ensemble 4 des 10 principales économies mondiales en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (Chine – 1ère, Inde – 3ème, Russie – 6ème, Brésil – 9ème) et quatre puissances nucléaires par la même occasion (Russie, Chine, Inde, Pakistan). Tout en représentant à eux seuls de-facto la moitié de la population terrestre et plus d’un quart du PIB mondial.

Cela alors que la seule et véritable communauté internationale garde les portes ouvertes pour d’autres nations. A ce titre l’Iran et l’Argentine ont annoncé leurs ambitions de rejoindre les BRICS. Dans le cas de l’Iran, il faudrait rappeler que son adhésion a été déjà validée à l’OCS en qualité de membre de plein droit. Et cela en tenant compte aussi que les présidents Vladimir Poutine et Xi Jinping souhaitent augmenter l’interaction entre les BRICS, l’OCS ou encore l’Union économique eurasiatique. Sans oublier les grands ensembles régionaux et continentaux, notamment africains et latino-américains.

Pour conclure, résumons. L’Occident comprend de plus en plus que l’ère de son extrême arrogance est bel et bien terminée. Et si avant il y avait encore une porte ouverte à devenir pour cet Occident collectif un membre responsable de la véritable communauté internationale, désormais c’est vraisemblablement trop tard. Le monde ne sera plus seulement multipolaire – il l’est déjà – mais bel et bien multipolaire post-occidental.

Car au-delà d’être effectivement une évidente minorité planétaire sur le plan démographique, sur le plan économique l’Occident ne cesse également de perdre sa position de dominant (dans le Top 10 mondial, désormais moins de la moitié sont des économies occidentales et dans un avenir assez proche elles seront encore moins représentées). Les technologies occidentales deviennent de plus en plus remplaçables, et mêmes perdent de l’importance face aux alternatives chinoises et indiennes pour ne citer qu’elles. Quant aux ressources naturelles – l’Occident n’en possède comme au Moyen-Age tout simplement pas, mis à part celles qu’il pille encore à nombre d’endroits de la planète.

Et dans cette réalité résumée – oui, l’Occident devra effectivement apprendre à faire profil bas face à l’écrasante majorité de la planète et de l’humanité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pétrole: les marchés asiatiques comme priorité

23.06.2022

Le secteur pétrolier traduit une configuration mondiale qui suit parfaitement les changements majeurs observés sur la scène internationale, dans le cadre de l’ordre multipolaire. Et en ce sens, l’Occident est loin de représenter une quelconque priorité.

«Grâce à la Chine et l’Inde, le pétrole rapporte encore gros à la Russie» – annonce la chaine Euronews – l’un des principaux porte-voix des européistes bruxellois. En effet, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cité par ledit reportage – la Russie a tiré des exportations de pétrole un revenu estimé à 20 milliards de dollars pour le seul mois de mai.

Par ailleurs, les importations chinoises de pétrole en provenance de Russie ont augmenté de 28% le mois dernier, et comme résultat l’Etat russe est devenu le premier fournisseur pétrolier de la Chine, en dépassant l’Arabie saoudite. Du côté de l’Inde, autre grande puissance non-occidentale et tout comme la Chine et la Russie – membre des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – pour la seule demi-année en cours elle a acheté 60 millions de barils de pétrole russe, tandis pour toute l’année 2021 le volume de pétrole acheté à la Russie était de 12 millions de barils.

Les observateurs occidentaux aiment rappeler que Moscou vend son pétrole à Pékin et New Delhi avec un discount intéressant, ce qui est d’ailleurs vrai, mais en oubliant parfois d’indiquer que l’augmentation nette des prix pour cette matière stratégique à l’échelle internationale compense largement aujourd’hui tous les possibles discounts. D’autant plus des discounts faits à des partenaires dignes de ce nom. A l’énorme différence des régimes occidentaux. Après tout, vous avez bien droit de vendre le produit demandé au prix qui varie selon le niveau de fiabilité du client, et des relations qui vous lient à lui.

Tout cela traduit plusieurs aspects. Tout d’abord qu’il est effectivement grand temps pour la Russie de prioriser au maximum les marchés asiatiques et d’autres espaces non-occidentaux. Pas seulement pour le pétrole d’ailleurs. Dans le cas plus particulier du pétrole, les responsables et experts russes l’ont maintes fois indiqué: le pétrole russe trouvera preneur partout dans le monde, même si l’establishment atlantiste interdirait complètement son importation pour les compagnies occidentales.

De l’autre, que de manière générale et connaissant ce que représentent les marchés asiatiques, à savoir de loin les principaux consommateurs, il est également parfaitement naturel de se focaliser sur ces orientations. Et pas seulement du point de vue démographique, même si là aussi tout est dans les faits : la Chine et l’Inde à elles seules représentent près de 2,8 milliards de personnes. Cela sans même comptabiliser de nombreuses autres nations d’Eurasie, d’Afrique et d’Amérique latine. Quant aux USA et leurs fidèles sous-traitants de l’UE: pas plus que 800 millions…

Mais au-delà de l’aspect démographique qui a bien évidemment toute son importance, et peut-être aujourd’hui plus que jamais, pour rappeler aux nostalgiques de l’unipolarité où se trouve la véritable communauté internationale, la réalité économique n’est pas en reste. Faut-il justement rappeler qu’à ce titre, la Chine est la première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat et l’Inde – troisième?

Un sujet qu’Observateur Continental avait déjà abordé nombre de fois. Avec en prime le rappel que la Russie dans un avenir proche dépassera l’Allemagne (première économie de l’UE) pour devenir la 5ème puissance économique du monde, et que des pays comme le Royaume-Uni et la France quitteront, et ce également dans un avenir assez proche, le Top 10 des principales économies mondiales pour laisser place à des nations comme la Turquie ou encore le Mexique.

Bien sûr, nous savons tous que cela fait mal, et peut-être très mal, aujourd’hui pour l’Occident de devoir reconnaitre le fait d’être non seulement une extrême minorité planétaire sur le plan démographique, mais également de regarder avec énorme jalousie les portefeuilles de ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques. Qui ne sont autres que les grandes puissances non-occidentales, et partisanes de l’ordre multipolaire international par la même occasion.

Et lorsqu’on prend en compte tous ces aspects, et quelques autres, on comprend mieux pourquoi l’Occident a tellement de mal à maintenir une domination mondiale. Une domination qui non seulement s’est essoufflée, mais qui de facto est morte. Encore une fois il faut bien rappeler et préciser qu’au départ il n’était pas question d’exclure l’Occident de la communauté internationale au vrai sens du terme. Mais les élites occidentales ont de par leur extrême arrogance et une pure mentalité néocoloniale préféré s’autoexclure elles-mêmes. Et ainsi nous permettre non seulement de poursuivre le développement de l’ordre multipolaire international, mais également d’ouvrir la page de l’ère multipolaire post-occidentale. Une ère dans laquelle les ressources réelles joueront un rôle clé dans le développement des peuples, et non pas la spéculation sans aucun support derrière.

Quelles en seront les conséquences pour l’Occident? Difficile de le dire de manière exacte pour le moment. Il faudrait juste peut-être rappeler que les diverses croisades occidentales du Moyen-Age avaient peut-être des objectifs spirituels que pour certains de ses participants. Mais pour les instigateurs, n’hésitant pas à attaquer musulmans comme chrétiens orthodoxes (voir pillage de la ville de Constantinople de 1204), l’objectif était uniquement économique. A une période où cette fameuse Europe aujourd’hui si arrogante mourrait de la faim et de la peste, et n’avait pratiquement aucune notion digne de ce nom de la médecine. A la grande différence notamment du monde arabe.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Iran-Russie: le corridor Nord-Sud en tant que route commerciale internationale majeure

21.06.2022

Téhéran et Moscou vont établir des centres de commerce basés dans les deux pays, tout en établissant un corridor Nord-Sud qui pourra rivaliser avec le canal de Suez. Cela en maintenant une coordination de haut niveau sur les questions eurasiatiques et internationales.

L’Iran et la Russie ont signé un protocole d’accord en ce qui concerne la mise en place de centres de commerce mutuels, comme l’annonce le site d’information anglophone spécialisé dans les rapports et les analyses sur le Moyen-Orient – Al-Monitor.

L’un des deux centres sera basé dans la capitale iranienne Téhéran, tandis que le second se trouvera dans la deuxième plus grande ville russe Saint-Pétersbourg. Les centres en question auront pour fonction de faciliter les échanges entre les deux pays dans les secteurs de l’énergie, des transports, de l’électronique, de l’agriculture, de l’alimentation, des produits pharmaceutiques et de la construction.

Le mémorandum a également pour objectif d’aider les hommes d’affaires iraniens et russes à établir des contacts et à effectuer des transactions financières. Le projet visera également à faire accélérer le projet de corridor Nord-Sud – un corridor commercial de première importance pour les deux nations. Pour rappel, les deux pays participent à ce grand projet eurasien, reliant l’Inde à de nombreux autres pays de l’espace eurasiatique à travers un système de routes, de lignes maritimes et de chemins de fer. Ledit projet a pris encore plus d’importance suite aux problèmes qu’avait connus le canal de Suez en mars 2021, lorsqu’un porte-conteneurs s’est échoué, provoquant de sérieuses perturbations pour le commerce maritime dans cette zone stratégique au niveau international.

Evidemment et en parlant de perspectives, ces nouvelles orientations ne font que rajouter encore plus de poids aux relations stratégiques entre l’Iran et la Russie. Faudrait-il rappeler l’adhésion de la République islamique à l’Organisation de coopération de Shanghai (composée de la Russie, de la Chine, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan, de l’Inde et du Pakistan) – en qualité de membre de plein droit? Sans oublier l’interaction avec l’Union économique eurasiatique (UEEA) également considérée comme une orientation stratégique pour Téhéran ou encore la coopération dans la sphère militaro-sécuritaire, y compris dans le cadre du triumvirat Russie-Chine-Iran.

Il devient désormais évident que l’Eurasie continuera à jouer un rôle de premier poids dans l’ordre multipolaire international. Et vraisemblablement désormais non plus seulement dans un cadre multipolaire, mais bel et bien multipolaire post-occidental, à l’heure où l’Occident s’est de facto lui-même isolé de la communauté internationale, en continuant obstinément à prétendre vivre encore dans l’ère unipolaire du diktat occidental.

Evidemment et dans le cadre eurasiatique, la Russie, la Chine et l’Iran – jouent des rôles déterminants aussi bien sur le plan civilisationnel d’appartenance à l’Eurasie, mais également du point de vue des orientations géopolitiques, géoéconomiques et militaro-sécuritaires au niveau régional et international. Des orientations appelées à se renforcer, comme le confirme y compris le projet du corridor Nord-Sud, s’ajoutant parfaitement au grand projet chinois des Nouvelles routes de la soie, et créant par la même occasion des défis supplémentaires à l’axe anglo-saxon ayant longtemps pensé dans l’histoire contemporaine pouvoir dominer sans partage sur les axes commerciaux internationaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov