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De BRICS à BRICS+ ?

BRICS

L’alliance des BRICS ne se contente pas de tenir, en dépit des oiseaux de mauvais augure, elle se renforce. En plus de la coopération économique, les cinq pays émergents collaborent en effet de plus en plus sur le plan politique. De plus, un élargissement de l’alliance se dessine, au profit des partisans de la multipolarité.

Malgré toutes les « réserves » émises par nombre d’experts, principalement occidentaux, sur la capacité de l’alliance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à subsister sur le long terme, ladite union continue à se renforcer et même peut-être bientôt à s’élargir. En effet, il suffit de lire ou de relire différentes analyses écrites au cours des dernières années pour se rendre compte à quel point leurs auteurs s’étaient trompés. Beaucoup d’entre eux considéraient l’alliance des BRICS comme une union de quelques années, qui allait se dissoudre d’elle-même tant « les pays membres sont différents sur le plan culturel et des réalités politiques ». Pourtant et justement, les pays membres ont fait de cette différence l’un de leurs principaux atouts, en donnant au passage une valorisation supplémentaire à l’idée même de la multipolarité.

Aujourd’hui et vu que les BRICS n’ont toujours pas pu être brisés par leurs adversaires, l’alliance est désormais accusée par certains économistes occidentaux d’être devenue une organisation non seulement économique de puissances émergentes, mais aussi une structure politique qui conteste activement la domination de l’Occident. Question: pourquoi ces prétendus experts ont-ils pensé que les pays des BRICS se limiteraient au volet économique de leur relation, au moment où le monde multipolaire a plus que jamais besoin d’en finir avec les vestiges de l’unipolarité?
Il suffit d’ailleurs de relire nos analyses passées en ce sens pour se rendre compte que les BRICS étaient justement destinés à devenir plus qu’une union économique, à l’instar d’autres structures comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Le lancement de la banque des BRICS, la Nouvelle banque de développement (NDB BRICS), avec son siège principal à Shanghai et son siège régional à Johannesburg, a confirmé l’ambition, déjà annoncée de devenir une véritable alternative au G7, au FMI et à la Banque mondiale. Son objectif, entre autres, sera de financer des projets dans les pays en voie de développement. Une réalité qui est loin de plaire à nombre de partisans de l’unipolarité, mais qu’il sera aujourd’hui difficile de stopper.

L’autre fait qui déplaît beaucoup aux élites occidentales (et qui confirment nos prévisions), c’est que justement au-delà de la collaboration économique, on observe la solidarité politique et géopolitique de l’alliance. En effet, et sur plusieurs dossiers, les cinq pays de l’alliance ont montré leur solidarité et leur approche commune. Ce fut le cas lors du soutien affiché à la Russie par les quatre autres pays BRICS sur le dossier syrien. Un soutien qui s’est également traduit dans l’opposition aux sanctions occidentales contre la Russie. De son côté, la Chine, a également pu bénéficier du soutien déclaré de ses partenaires, en premier lieu de la Russie, sur des dossiers comme la situation en mer de Chine méridionale, zone dans laquelle elle fait face aux tensions avec les E.U.

Parlons maintenant de l’élargissement. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, dont le pays présidera l’alliance des BRICS à partir du mois de septembre, a déclaré « plaider pour que d’autres pays rejoignent cette union, et que celle-ci satisfasse les besoins de tous les pays-membres ». À ce titre, on parle déjà de l’acronyme BRICS+, avec la possibilité de participation d’une dizaine d’autres pays aux travaux des cinq pays fondateurs. L’Iran, la Turquie, le Mexique, l’Indonésie, le Vietnam, les Philippines, le Pakistan, le Nigeria, le Bangladesh ou encore la Corée sont mentionnés. Si la possibilité de rejoindre l’union pour certains de ces pays prendrait encore du temps, dans le cas de l’Iran, de la Turquie ou de l’Indonésie, les perspectives sont tout à fait réelles.

Les BRICS, dans l’état actuel de l’alliance, représentent déjà à eux seuls près de la moitié de la population mondiale, 26 % de la surface terrestre et environ 35 % du PIB mondial, un pourcentage qui ne cesse en passant de monter. L’alliance pèse déjà de son poids au sein du G20, de l’aveu même des observateurs occidentaux. Qu’ils s’y habituent, car les BRICS représentent en effet l’une des principales voix du monde multipolaire. Une chose est également certaine: plus les BRICS, tout comme l’OCS, continueront de s’affirmer, plus certains comprendront une bonne fois pour toutes ce que représente véritablement la notion de communauté internationale.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703151030477670-brics-cooperation-economique-politique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La normalisation turco-syrienne désormais envisageable

Drapeau de Syrie

La méfiance est encore vive entre les pouvoirs syrien et turc, qui continuent à se critiquer mutuellement. Néanmoins, les premiers petits pas vers une future normalisation des relations ont bel et bien commencé. Il y a encore incontestablement du chemin à faire, mais les jalons sont posés.

Évidemment, la normalisation entre Damas et Ankara va prendre encore du temps, mais certains signes de détente entre les deux pays ne trompent pas. À commencer par le tout récent crash de l’avion  MiG-21 de l’armée syrienne, abattu par les terroristes salafistes d’Ahrar al-Sham, dont le pilote a réussi à s’éjecter et s’est posé en territoire turc, dans la province de Hatay. Les sauveteurs turcs se sont rapidement rendus sur les lieux et ont secouru le pilote, qui a été transféré dans un hôpital turc pour être soigné. Il sera vraisemblablement remis à la Syrie dans les prochains jours.

Mais ce n’est pas tout. On sait que le gouvernement syrien critique ardemment la présence turque au nord de la Syrie dans le cadre de l’opération Bouclier de l’Euphrate. Au début de l’opération, Damas avait clairement indiqué qu’elle portait atteinte à la souveraineté syrienne. Mais depuis, la tension a diminué entre les deux capitales.

Avec l’accord de Damas, les aviations russe et turque mènent des frappes conjointes contre les terroristes de Daech dans le nord de la Syrie. Une coordination qui a beaucoup contribué à la libération récente de la ville d’Al-Bab, dernier fief de l’EI dans cette partie de la Syrie, par les troupes turques. Après avoir chassé Daech de cette ville, le président turc a indiqué que sa prochaine «  cible  » sera la ville de Manbij, à moins que les forces kurdes qui la contrôlent ne s’en retirent. Et c’est là justement que le plus intéressant commence.

Les États-Unis, qui collaborent activement avec certains représentants des forces kurdes, ont de fait ignoré les demandes turques en ce sens. Coup de théâtre, un accord vient d’être annoncé avec la médiation de Moscou, qui prévoit que cette zone, dont Manbij, jusqu’ici tenue par les forces d’autodéfense kurdes sera désormais défendue par l’armée syrienne.

La réaction d’Ankara ne laisse pas de surprendre. En effet, le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a déclaré  : «  Nous ne considérons pas le fait que les forces du régime syrien rentrent à Manbij en ce moment et que les unités d’autodéfense kurdes quittent la ville, soit une évolution négative. La terre syrienne doit appartenir aux Syriens  ». Il a en outre indiqué que Manbij représente «  la clé pour résoudre le conflit syrien  ».
Certainement la clé du point de vue d’Ankara, qui n’a jamais caché que son opération dans le nord de la Syrie vise aussi bien Daech que les forces kurdes du YPG, que le gouvernement turc considère être associé au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qualifié de terroriste en Turquie. Quoi qu’il en soit, cette déclaration confirme le consensus qui se dessine en Syrie et dans lequel la Russie semble jouer un rôle de premier plan.

En effet faut-il rappeler que dans le triangle Syrie-Russie-Turquie, Moscou partage des relations d’alliance avec Damas et de partenariat stratégique avec Ankara  ? Un partenariat stratégique qui se traduit par une collaboration de haut niveau dans la sphère économico-commerciale, mais depuis la normalisation annoncée en août dernier entre la Russie et la Turquie, également une coordination au niveau politique.

Il ne faut évidemment pas croire que la normalisation Damas-Ankara aura lieu du jour au lendemain. Mais les tout derniers développements montrent que quand les puissances multipolaires agissent avec un esprit de responsabilité, la détente, voire la réconciliation entre pays antagonistes est possible. Et dans le cas des relations Syrie-Turquie, une normalisation devient effectivement envisageable dans un futur pas si lointain. Cela ne pourra qu’être fortement positif, aussi bien pour les citoyens des deux pays que pour cette région en général.

P.S. Recep Erdogan est attendu avec une importante délégation turque le 9 et 10  mars prochain en Russie (sa deuxième visite officielle en une demi-année), dans le cadre de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau Russie-Turquie. La poursuite de la coordination dans la lutte antiterroriste en Syrie sera également discutée.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703061030349665-normalisation-turco-syrienne/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les perspectives de l’Union économique eurasiatique

Les drapeaux des états membres de l’Union économique eurasiatique

Au moment où le futur de l’Union européenne se trouble de plus en plus, à l’Est un autre ensemble se renforce chaque jour. Malgré l’opposition de certains responsables occidentaux à l’Union économique eurasiatique, celle-ci se renforce et va dans le sens de l’élargissement.

Non, l’Union économique eurasiatique (UEEA) n’est pas le jouet de la Russie, quoi qu’en pensent certains. Si Moscou a effectivement soutenu l’idée de l’intégration eurasienne à la naissance du projet, rappelons-nous que c’est bien le Kazakhstan, en la personne de son président Noursoultan Nazarbaïev, qui en fut l’initiateur.

Cinq pays (tous d’ex-URSS) composent aujourd’hui l’Union: la Russie, le Kazakhstan, l’Arménie, la Biélorussie et le Kirghizistan. Le Tadjikistan, autre république ex-soviétique d’Asie centrale ne devrait pas tarder à rejoindre l’organisation. Deux autres pays de la région, en l’occurrence l’Ouzbékistan et le Turkménistan, entrevoient eux aussi de suivre cette voie, surtout au vu des derniers développements régionaux et internationaux.

Cette intégration post-soviétique fait par ailleurs extrêmement peur à plusieurs représentants de l’élite occidentale, dont l’ex-secrétaire d’État et malheureuse perdante aux dernières élections américaines, Hillary Clinton. Pour elle, il s’agit ni plus ni moins d’une nouvelle URSS, qu’il faille absolument « stopper » ou du moins « retarder le processus ». Son avis est partagé par grand nombre de forces pro-atlantistes. Mais ces « braves » gens n’auraient-ils pas simplement oublié de poser la question aux peuples concernés? Car eux seuls ont le droit de créer (ou de récréer) ce qu’ils considèrent être le meilleur choix pour leur avenir commun, même si cela devait être une URSS 2.0. Mais ce n’est clairement pas de cela qu’il s’agit dans le cas de l’Union eurasiatique, une réalité qui s’impose à tous.

L’interaction eurasienne ne se limite d’ailleurs pas uniquement à l’ex-URSS. Un accord de libre-échange a été conclu entre l’UEEA et le Vietnam fin mai 2015. Des pourparlers sont également en cours avec l’Égypte, la Syrie, la Thaïlande, la Mongolie, la Serbie et l’Iran. Il ne serait d’ailleurs pas à exclure que l’Iran puisse à terme rejoindre pleinement l’organisation, au même titre que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La Turquie s’intéresse elle aussi de plus en plus à l’Union économique eurasiatique, de l’aveu même de dirigeants turcs. Une hypothèse lointaine, Ankara restant encore officiellement candidate à une adhésion à l’UE, et demeure un des piliers de l’OTAN. Néanmoins, rien n’est également à exclure sur le moyen à long terme.

Quoi qu’il en soit, le développement de l’UEEA connaît une dynamique impressionnante. C’est aussi cela qui déplaît fortement aux partisans de l’unipolarité. Le fait de voir l’UEEA, l’OCS ou les BRICS prendre des responsabilités de plus en plus importantes, aussi bien dans un cadre régional que mondial, confirme que la multipolarité est la seule réalité désormais acceptable pour l’humanité. Une option qui réfute l’idée d’une gestion mondiale par une minorité évidente, ce qui conforte l’hystérie des opposants à ces projets.

Certains pensent aussi, qu’au moment où les divisions dans l’Europe bruxelloise deviennent de plus en plus évidentes et que l’espace eurasiatique opte pour le renforcement de son intégration aussi bien économique que politique, qu’il s’agit d’une revanche de la Russie. Qu’ils se rassurent: la Russie pense simplement à ses intérêts nationaux, tout comme les autres pays-membres de l’Union eurasienne. Des intérêts souverains et qui regardent avant tout les peuples concernés. Quant au fait de vouloir vivre ensemble, c’est aussi une réalité à laquelle certains observateurs extérieurs devraient se réhabituer. Beaucoup de peuples, notamment d’Asie centrale, étaient radicalement opposés à l’éclatement de l’URSS. On ne les a pas écoutés. Aujourd’hui, la logique des intérêts communs reprend le dessus. Et cette logique a un nom: l’Eurasisme.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201702201030169027-ueea-perspectives/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Certains avaient annoncé que les relations russo-turques auraient du mal à se remettre de la crise de novembre-décembre 2015, prédisant même, un gel des relations entre les deux pays de plusieurs années. Pourtant, six mois plus tard, leurs relations économiques et diplomatiques sont à nouveau excellentes.

Déception pour certains, joie pour d’autres, les relations turco-russes reviennent au beau fixe après une crise de près de six mois. La normalisation annoncée par les présidents Poutine et Erdogan lors de leur rencontre à Saint-Pétersbourg en août dernier, après que la Turquie a présenté officiellement ses excuses pour avoir abattu un chasseur russe Su-24, semble désormais repasser au stade supérieur, celui du partenariat stratégique.

La Russie n’a pas encore levé toutes les mesures d’embargo vis-à-vis de la Turquie, mais la plupart des responsables et experts, russes comme turcs, s’accordent à dire que ce n’est qu’une question de temps. Pour rappel, la Russie a déjà levé depuis plusieurs mois les restrictions sur les vols charters touristiques à destination de la Turquie, ce qui a immédiatement redonné le sourire aux hôteliers turcs, qui faisaient face à une grave crise depuis la détérioration des relations entre les deux pays. Désormais, la Turquie refait partie des destinations favorites des touristes russes et les Turcs viennent d’annoncer qu’ils étaient prêts à recevoir près de 5 millions de touristes en provenance de Russie en 2017, tout en leur proposant des conditions très attractives.

Pour rappel, ils étaient plus de quatre millions de Russes à avoir visité la Turquie, aussi bien en 2014 qu’en 2015, plaçant les russes à la deuxième place en termes de nombre de touristes juste derrière les Allemands, mais à la première place pour les dépenses: les Russes sont en effet trois fois plus prodigues que les touristes allemands. Aux dernières nouvelles, le taux de réservation actuel de voyages à destination de la Turquie par les touristes russes est 4 à 5 fois supérieur qu’à la même période de l’année dernière (au pic de la crise des relations bilatérales). La Turquie, sixième destination touristique mondiale, redeviendra donc vraisemblablement la destination étrangère principale pour les vacanciers russes, avec en prime le meilleur rapport qualité/prix.

L’autre secteur fort important pour les turcs est celui du BTP. Les entreprises turques, dont plusieurs font partie des meilleures au niveau mondial, attendent la levée totale des restrictions pour relancer de nouveaux projets sur le sol russe. Il faut se souvenir que la Russie était de loin le principal débouché des entreprises turques, qui en étaient de plus les leaders absolus avec près de 20 % de parts de marché. Les principaux acteurs du secteur avaient conservé leurs contrats signés avant la crise, mais ne pouvaient prétendre à obtenir de nouveaux marchés à cause des sanctions prises par le gouvernement russe. Des restrictions qui vraisemblablement ne devraient plus durer très longtemps.

L’agroalimentaire, autre source importante de revenus pour la balance commerciale turque, attend lui aussi une envolée. Depuis quelques mois, la Russie a levé l’embargo sur un certain nombre de fruits et légumes turcs, mais plusieurs autres, dont les tomates, restent toujours interdits d’entrée. Là aussi, on s’attend à une amélioration, tout en sachant que le gouvernement russe a annoncé devoir tenir compte des intérêts des producteurs nationaux, qui ont profité de la crise pour accroître leur présence sur ce marché. Néanmoins, tout porte à croire que l’embellie entre les deux pays permettra à la Turquie de reprendre des parts de marché dans des secteurs où elle était précédemment bien placée. Une situation qui contraste avec celle des exportateurs de l’UE qui, vraisemblablement, ont perdu leurs positions pour longtemps.

D’un autre côté, la Russie prévoit également de renforcer ses positions sur le marché turc, qui est majeur pour elle dans plusieurs domaines. En effet, la Turquie est le second marché étranger pour le gaz russe. Lukoil, le géant pétrolier russe, y possède aussi d’importants intérêts, notamment plusieurs centaines de stations essence. En outre, Sberbank, la principale banque russe, détient DenizBank, qui fait partie du Top 5 des principales institutions bancaires turques.

Enfin, les deux pays ont relancé deux autres projets stratégiques: il s’agit bien évidemment du projet de gazoduc TurkStream, qui va acheminer le gaz russe en Turquie à travers la mer Noire, ainsi que de la centrale nucléaire d’Akkuyu, sur les bords de la mer Méditerranée, dans la province de Mersin. Dans le cas du gazoduc TurkStream, les travaux devraient débuter cette année, avec entre autres pour objectif de cesser le transit gazier via l’Ukraine d’ici 2019. Quant à la centrale nucléaire d’Akkuyu, le premier bloc devrait être opérationnel d’ici 2020, pour une centrale pleinement opérationnelle en 2023. Le projet sera réalisé par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom).

Il convient aussi de souligner qu’en plus de la réactivation du partenariat stratégique dans la sphère économico-commerciale, avec pour objectif annoncé des deux côtés d’arriver à 100 milliards de dollars d’échanges annuels à l’horizon 2020-2023, on assiste en ce moment même à un dialogue politique sans précédent. En effet, jamais la Russie et la Turquie n’ont autant coordonné leurs positions pour tenter de résoudre les problèmes régionaux, comme c’est actuellement le cas dans le dossier syrien. Peu de gens auraient cru que la Russie et la Turquie, qui ont depuis plusieurs années adopté des approches très différentes vis-à-vis du conflit syrien, auraient pu mettre ensemble en place une trêve, qui est globalement respectée dans le pays. Une trêve qui ne concerne pas les groupes terroristes de Daech, d’Al-Qaida et tous ceux qui ont refusé de se joindre audit cessez-le-feu.

Mieux encore, un mécanisme tripartite de contrôle du cessez-le-feu doit désormais être mis en place sous la houlette des trois pays garants de cet accord: la Russie, la Turquie et l’Iran. Enfin, qui aurait aussi pu imaginer que la Russie et la Turquie (qui est encore membre de l’Otan) iraient jusqu’à mener des opérations militaires conjointes? C’est pourtant le cas des aviations russes et turques qui mènent actuellement des raids contre les positions de Daech dans le nord de la Syrie. Le meilleur est probablement à venir, et ce malgré l’opposition d’acteurs extérieurs hostiles au rapprochement russo-turc.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701311029870203-russie-turquie-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

8ème Sommet des BRICS : l’unité inébranlable

8ème Sommet des BRICS : l’unité inébranlable

L’Alliance BRICS poursuit toujours son renforcement dans le cadre du monde multipolaire. Cela a été une fois de plus confirmé lors du 8ème Sommet des BRICS qui cette année s’est déroulé dans l’Etat de Goa, en Inde.

Plusieurs questions étaient à l’ordre du jour lors de ce sommet. Questions économiques, crise en Syrie et lutte antiterroriste, coopération militaire, échanges dans le domaine de l’enseignement et de la culture. Une fois encore et à l’instar de ce qui s’était passé lors du récent Congrès mondial de l’Energie à Istanbul, en Turquie, le président russe Vladimir Poutine était au centre de l’attention, dans une atmosphère fortement positive. Oui, l’Occident politique malgré toute sa rhétorique antirusse, y compris via les médias du mainstream, a obtenu l’effet totalement à l’inverse du désiré.

Tout d’abord les BRICS ne toléreront aucune pression extérieure. Et restent fermement opposés à la violation de la souveraineté des Etats du monde. Un message qui a été annoncé avant même le début du sommet. En parlant de la crise syrienne, les pays BRICS ont réitéré leur soutien à une issue politique de la crise en Syrie tout en insistant sur la nécessité de poursuivre la lutte antiterroriste dans ce pays contre les extrémistes, aussi bien liés à Daech qu’à Fatah al-Cham (précédemment Front al-Nosra, filiale d’Al-Qaïda en Syrie). Une position que réitère la Russie sur l’arène internationale et que refuse à tout prix les élites occidentales en épargnant largement les groupes terroristes faisant partie ou étant directement liés aux extrémistes de Fatah al-Cham, de leurs propres aveux.

En plus des pourparlers collectifs, plusieurs rencontres tête à tête ont eu lieu au cours du sommet. A ce titre, Vladimir Poutine a eu des entretiens avec le Premier-ministre indien Narendra Modi, le président chinois Xi Jinping, et le président sud-africain Jacob Zuma. Dans le cadre des relations avec l’Inde, pays hôte du sommet 2016, plusieurs importants accords ont été signés: dans le domaine de la Défense, la Russie fournira à l’Inde (en passant le plus grand marché étranger de l’armement russe) le système sophistiqué de missiles antiaériens S-400, ainsi que d’autres appareils de pointe, confirmant par la même occasion le leadership des technologies militaires russes au sein des forces armées indiennes.

Sur le plan énergétique la Russie via la compagnie Rosneft prévoit de livrer à l’Inde 100 millions de tonnes de pétrole sur les dix prochaines années. Le géant gazier russe Gazprom entend lui assurer à la République indienne sur le long terme la livraison de 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an. Les deux pays poursuivent également leur large coopération dans le domaine de l’industrie nucléaire.

Dans le cas des relations sino-russes et au vu du renforcement de l’alliance russo-chinoise, y compris dans le domaine de la Défense, comme l’ont d’ailleurs démontré les récentes importantes manœuvres militaires conjointes en mer de Chine méridionale, et de la coordination diplomatique sur les principaux sujets de l’actualité internationale, les leaders des deux pays ont réitéré des « positions similaires » sur la situation en Syrie et en Afghanistan, y compris sur la question de la lutte antiterroriste. Par ailleurs, Poutine et Jinping ont mis l’accent sur le caractère inadmissible de l’ingérence d’acteurs externes dans les affaires de l’Asie centrale. On comprend à ce titre qui est visé. Plus que cela, le leadership chinois a proposé d’augmenter encore plus la coordination déjà fortement importante entre la Russie et la Chine au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Une proposition qui veut tout dire.

Sur le plan économique et là aussi peu importe ce qu’en diront les jaloux, la coordination bat son plein. La Nouvelle banque de développement créée par l’alliance BRICS en juillet 2014 avec son siège à Shanghai passe à l’action. Ainsi, plusieurs grands projets, y compris dans le domaine de l’infrastructure, seront financés par ladite banque aussi bien dans les pays BRICS qu’ailleurs, notamment dans les pays du continent africain. De plus, les BRICS ont annoncé leur ferme volonté de s’occuper de la reconstruction en Syrie, principal défi du pays après la victoire tant nécessaire sur le terrorisme. Tout comme un autre fait qui devrait fortement déplaire à Washington: celui de favoriser les échanges au sein des BRICS en devises des pays membres de l’alliance.

Last but not least, un tournoi des équipes de football des nations BRICS (des moins de 17 ans) a été organisé en marge du sommet, sous la supervision de l’organisation brésilienne Brazsat. En effet quoi de mieux qu’un tournoi sportif pour raffermir les liens entre les jeunes représentants des pays de l’alliance ?

Bref, les BRICS ne faiblissent pas. Et même les mauvaises langues qui espéraient voir l’affaiblissement de notre alliance, notamment après la destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff, peuvent désormais se taire un moment : le Brésil reste au sein de l’alliance. Les BRICS continueront donc de se renforcer aussi bien grâce à la coordination interne qu’avec les alliés non-membres de l’union qui ne manquent pas. Ajoutez ces pays à ceux des BRICS qui représentent désormais à eux seuls 53 % de la population mondiale et vous comprendrez ce que représente la véritable communauté internationale. Une communauté qui en plus de se renforcer sur le plan démographique, le fait aussi et très activement au niveau économique, politique, diplomatique et militaire. Que les faux apôtres autoproclamés à parler au nom de la communauté internationale le comprennent bien une bonne fois pour toute.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201610171028234265-brics-sommet-unite/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

 

Rencontre Poutine-Erdogan en Russie : normalisation confirmée

Rencontre Poutine-Erdogan en Russie

La rencontre entre les présidents russe et turc a bien eu lieu à Saint-Pétersbourg. Les deux leaders ont confirmé la volonté commune de restaurer les relations ayant pris un sérieux coup en novembre dernier.

Il s’agissait de la première rencontre entre les deux hommes depuis que le bombardier russe Su-24 ait été abattu dans le ciel syrien par un avion de chasse turc. Plus que cela, l’arrivée en Russie était la première visite officielle à l’étranger du chef d’Etat turc après la tentative de putsch l’ayant visé récemment. Un symbole qu’un certain nombre d’analystes ont interprété comme significatif. En outre, l’utilisation de la terminologie « cher ami » par Erdogan à l’encontre de Poutine était elle aussi révélatrice.

En tout cas le lancement officiel de la normalisation des relations turco-russes a bien eu lieu. On le prédisait dans nos précédents articles. Sans oublier le fait qu’avant même l’arrivée d’Erdogan à Saint-Pétersbourg pour rencontrer le président Poutine, nombre de hauts placés turcs avaient réalisé plusieurs venues en Russie, notamment le ministre turc de l’Economie, pour préparer le terrain propice.

Quels sont donc les points les plus importants de cette normalisation confirmée par les deux hommes? Ils sont plusieurs:

— Les vols charters au départ de la Russie et à destination de la Turquie reprendront sous peu. Le secteur touristique turc ayant été plus que sérieusement affecté par la baisse en masse du nombre de touristes russes sur son territoire (avant la crise: deuxièmes en termes annuel de nombre, de loin premiers en termes de dépenses). Désormais l’espoir du côté turc est évidemment de pouvoir au fur et à mesure récupérer les milliards de recettes perdues dans ce secteur.

— Vladimir Poutine a laissé entendre que le régime sans visas pour les citoyens turcs allant en Russie serait certainement de retour. Pour rappel après novembre 2015, la Russie avait annulé le régime sans visas pour les citoyens de Turquie (qui n’avaient pas besoin de visa pour venir sur le territoire russe pour une période de 30 jours). De son côté, la Turquie avait gardé un régime sans visas pour les citoyens russes pour une période de 60 jours, en vigueur jusqu’à maintenant.

— Points très importants. Le projet du gazoduc « Turk Stream », gelé lui aussi depuis l’événement de novembre, sera relancé. Plus que cela, Vladimir Poutine a confirmé l’information que la partie turque avait pu beaucoup avancer sur tous les points permettant un lancement rapide du projet. Un travail qui a été donc poursuivi par la partie turque y compris après le gel des négociations par la Russie, toujours dans le cadre de la crise de novembre dernier. Tout porte donc à croire que le projet sera réalisé, l’enthousiasme était en tout cas réel au niveau des deux parties sur le sujet. Le projet de construction de la première centrale nucléaire turque par la Russie sera lui aussi vraisemblablement relancé.

— Les limitations sur les exportations agro-alimentaires turques à destination de la Russie seront rapidement levées. Les entreprises turques du bâtiment (très actives en Russie) pourront reprendre certainement leurs activités. Il en sera certainement de même en ce qui concerne l’accès au marché du travail russe pour les travailleurs turcs (dont nombreux travaillant justement dans le secteur du BTP).

Tout va bien donc pour la reprise des relations économico-commerciales au plus haut niveau. Des relations qui arrivaient déjà au niveau de 35 milliards d’échanges avant novembre 2015 et dont l’objectif était d’atteindre 100 milliards à l’horizon 2020. Une volonté désormais reconfirmée par les deux leaders. Autre point très important concerne bien évidemment la Syrie et la possibilité d’en finir une bonne fois pour toute avec cette crise. Cette question intéressait bien évidemment beaucoup de monde connaissant l’implication jusqu’à maintenant de la Turquie dans le conflit syrien, son soutien aux différents groupes terroristes et la volonté de faire tomber le président Bachar al-Assad. Mais tout évolue. Répondant à cette question, les deux hommes ont confirmé qu’ils allaient discuter « en détails » de la problématique syrienne avec la participation des ministres des Affaires étrangères et des représentants des services spéciaux des deux pays.

Dans une interview aux médias russes, le président turc est allé même à reconnaitre le rôle crucial de la Russie dans le règlement du conflit en Syrie et que ce problème doit être réglé à l’aide des mesures russo-turques communes. De grandes chances donc de croire que la Turquie changera sa position vis-à-vis de la Syrie et du leadership syrien, et ce même au grand dam des Occidentaux, Saoudiens, Qataris et des groupes terroristes avec lesquels Ankara entretenait jusqu’à encore récemment des relations fortement complices. Si tel sera le cas, le peuple syrien pourra certainement respirer mieux, sa souveraineté restera préservée, même si les appétits occidentalo-golfistes n’ont pas beaucoup évolué. Toujours est-il que les victoires de l’armée gouvernementale syrienne avec les alliés sur les groupes terroristes font bien comprendre aux forces néocoloniales que leur scénario pour la Syrie s’éloigne chaque jour qui passe. Plus que cela, le retournement éventuel de la Turquie sur la Syrie pourra certainement renforcer encore d’avantage les relations russo-turques et qui relèvent d’une importance capitale pour les deux nations, comme l’a reconfirmé la rencontre de Saint-Pétersbourg.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201608101027238538-poutine-erdogan-russie-rencontre/

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

Entretien exclusif avec Dr. Joseph Butore, Deuxième Vice-Président du Burundi

Entretien avec Dr. Joseph Butore, Deuxième Vice-Président du Burundi

Nous avons aujourd’hui le plaisir de nous entretenir en exclusivité avec Dr. Joseph Butore, Deuxième Vice-Président de la République du Burundi.

Russophone et russophile, il a été formé en Russie, plus précisément à Moscou et Kazan où il a respectivement décroché les diplômes de Baccalauréat en Sciences Agricoles et Docteur-Vétérinaire, et le diplôme de Doctorat en Sciences Vétérinaires (PhD). Avant sa nomination au poste de Deuxième Vice-Président, il a siégé à l’Assemblée Nationale du Burundi comme député élu et a été ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique du Burundi. Depuis juillet 2004, il fait partie du corps enseignant de l’Université du Burundi (Faculté d’Agronomie et de Bio-Ingénierie) et a dirigé l’Institut Supérieur d’Agriculture (ISA) en qualité de doyen entre 2006 et 2010, avant d’être élu comme député.

Sputnik : Vous venez d’assister au Forum Economique International de Saint-Pétersbourg. Vos impressions?

Dr. Joseph Butore: Nos impressions? Très positives sur tous les aspects. D’abord, nous remercions le Comité d’organisation du forum et le gouvernement russe pour l’invitation, l’accueil chaleureux et l’hospitalité qu’ils ont réservés à notre délégation et à nous-mêmes. Le professionnalisme dont ils ont fait preuve pendant l’organisation et le déroulement de cet événement a prouvé leur expérience dans la gestion de grands événements à l’échelle mondiale.
Et puis, à voir les milliers de décideurs, de chefs d’entreprises et d’opérateurs économiques venus de tous les horizons, qui étaient à St. Petersburg, l’engouement avec lequel ils participaient aux débats, c’était une grande réussite! On a constaté que le monde a finalement compris qu’il est contre-productif d’imposer injustement des sanctions « à des pays et des travailleurs qui veulent réellement travailler ».

Sputnik: La Russie et le Burundi connaissent un rapprochement important à l’heure actuelle et ce dans différents domaines de partenariat. Avez-vous eu l’occasion de renforcer ces liens durant le forum de Saint-Pétersbourg?

 

Dr. Joseph Butore : Bien sûr que oui! En marge de l’agenda du Forum, notre délégation a été très active dans plusieurs autres contacts bilatéraux. Personnellement nous avons eu des rencontres fructueuses avec le Vice-Ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie et Conseiller Spécial du Président Poutine pour l’Afrique, le Président de la République du Crimée et le Vice-Premier Ministre de la République de Mordovie en charge des questions industrielles. Toutes ces rencontres n’avaient d’autres visées que de renforcer les relations d’amitié et de coopération entre le Burundi et la Fédération de Russie en général, et plus particulièrement la coopération économique entre le Burundi et les régions/républiques de la Fédération de Russie.

Quelques résultats concrets ont même été obtenus. Le Gouverneur de la Banque de la République du Burundi (BRB) et le Vice-Président de Gazprom Bank ont signé un Mémorandum d’Entente pour l’ouverture d’un compte de la BRB dans cette banque, en vue de faciliter les investissements directs étrangers de la Fédération de Russie au Burundi. Les Directeurs Généraux de l’Office du Thé du Burundi (OTB) et de l’Agence de Régulation de la Filière Café (ARFIC) ont eu un contact très important avec un milliardaire russe qui s’est volontairement engagé à créer un espace de promotion du café et du thé burundais à Moscou, et contribuer à la promotion de la culture et du tourisme au Burundi.

Dans toutes ces rencontres, on a eu l’occasion de présenter la vraie image de notre pays, balayant ainsi l’intoxication et la confusion créées par la campagne de désinformation conduite par les détracteurs de la paix et de la démocratie, qui ne rêvent qu’à un Burundi agonisant pour pouvoir satisfaire leurs intérêts égoïstes.

Voilà brièvement le bilan de la participation du Burundi au 20ème SPIEF.

Sputnik: Lorsque la Russie avait, avec la Chine, soutenu au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU le Burundi dans la défense de sa souveraineté face aux visées occidentales, était-ce une surprise pour vous? Connaissant le fait que jusqu’à maintenant nos relations bilatérales étaient en dessous des potentialités.

Dr. Joseph Butore: Surprise? Pas du tout! D’abord, nos deux pays entretiennent de très bonnes relations diplomatiques depuis un demi-siècle. En plus, les autorités russes l’ont dit et ne cessent de le répéter, et on y croit fort, la Russie n’a jamais été engagée dans des relations hypocrites pour exploiter économiquement les autres pays du monde, en l’occurrence, les pays africains, comme le font les Occidentaux. Il n’était pas donc surprenant de voir un pays ami, dont la voix porte loin, se refuser de soutenir le piétinement de la souveraineté d’un autre pays membre des Nations Unies. Sinon, c’est vrai que l’on a tous besoin d’élargir les domaines de coopération, et on y est déjà; et d’ailleurs la participation à ce forum en est une illustration.

Sputnik: Quelles sont aujourd’hui les attentes du peuple burundais vis-à-vis de la Russie? Comment est perçu notre pays et sa politique depuis Bujumbura?

Dr. Joseph Butore: La position de votre pays sur la question du Burundi au Conseil de Sécurité des Nations Unies a prouvé à suffisance au peuple burundais que la Russie comprend et défend les valeurs démocratiques sans autres formes d’intérêts et sans agenda caché. Aujourd’hui, le peuple burundais salue la bravoure des hommes et femmes courageux, qui n’ont pas cédé aux pressions et harcèlement des puissances impérialistes, et ont dit non à la violation fragrante de sa souveraineté qui ne visait que le changement d’un régime issu de la volonté légitime du peuple.

Alors, maintenant que le Burundi vient d’écrire une nouvelle page de son histoire et redorer son image diplomatique sur la scène internationale, l’heure du succès socioéconomique est arrivée. Encore une fois, le peuple burundais compte beaucoup sur l’appui de ses vrais partenaires dont la Russie. Le Burundi présente plusieurs potentialités, plusieurs domaines qui peuvent intéresser les investisseurs et les investissements russes. Et d’ailleurs, les secteurs comme les TIC, l’Energie, l’Industrie, la Biotechnologie ont été évoqués à St. Petersburg et sont presque vierges dans notre pays.

Sputnik : Ne pensez-vous pas que le temps est venu pour créer un système de coordination russo-africain pour différents domaines d’actions, ne serait-ce qu’avec les pays désireux de renforcer leurs liens avec la Russie? Les autorités burundaises soutiendraient-elles une telle initiative?

Dr. Joseph Butore: Effectivement, le rapprochement économique entre la Russie et l’Afrique qui est entrain de connaitre un autre rythme d’accélération nécessite un mécanisme conjoint qui permettrait de bien coordonner les différentes actions. Souvenons-nous d’ailleurs que les Représentants des pays africains présents au 20ème SPIEF ont déjà émis cette proposition, faisant référence aux fora Chine-Afrique, Inde-Afrique, Turquie-Afrique, etc. Mais en attendant que ce souhait devienne une réalité, le Burundi est déjà déterminé à mettre en place un cadre approprié pour accompagner, mieux suivre et évaluer les projets de coopération économique, secteur public comme secteur privé, entre le Burundi et la Fédération de Russie.

Sputnik: Selon vous le monde multipolaire s’imposera-t-il au final? Et quelle serait alors la place de l’Afrique dans ce monde multipolaire?

Dr. Joseph Butore: Absolument, la géopolitique du moment l’impose ainsi. Aujourd’hui, on a des blocs comme les Etats-Unis d’Amérique et l’Union Européenne qui se font beaucoup parler d’eux-mêmes, il y a des pays comme la Chine, le Japon, la Russie, etc, qui sont écoutés avec attention, mais il y a également d’autres pays comme l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Iran, le Mexique, etc qui émergent et qui commencent à imposer leurs voix dans le concert des nations. Cela prouve à suffisance qu’effectivement, on se dirige vers un monde où une ou deux voix ne comptent plus pour dicter l’humanité entière. Et c’est peut-être le résultat de la mondialisation!
Concernant l’Afrique, c’est un continent avec une croissance économique très encourageante pour ceux qui la considèrent comme une étoile montante, et inquiétante pour ceux qui aimeraient la maintenir dans la mendicité. Hier, on parlait de l’Afrique du Sud, du Nigéria, etc.; aujourd’hui, allez voir comment d’autres pays comme l’Angola, le Kenya, la Tanzanie, etc. décollent; pourquoi pas le Burundi demain?! Bref, c’est pour vous dire que la place de l’Afrique dans ce monde multipolaire est prometteuse. Bien sûr, à condition qu’on soit unis et qu’on travaille beaucoup sur ses propres projets intégrateurs.

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Mikhail Gamandiy-Egorov