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De BRICS à BRICS+ ?

BRICS

L’alliance des BRICS ne se contente pas de tenir, en dépit des oiseaux de mauvais augure, elle se renforce. En plus de la coopération économique, les cinq pays émergents collaborent en effet de plus en plus sur le plan politique. De plus, un élargissement de l’alliance se dessine, au profit des partisans de la multipolarité.

Malgré toutes les « réserves » émises par nombre d’experts, principalement occidentaux, sur la capacité de l’alliance des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) à subsister sur le long terme, ladite union continue à se renforcer et même peut-être bientôt à s’élargir. En effet, il suffit de lire ou de relire différentes analyses écrites au cours des dernières années pour se rendre compte à quel point leurs auteurs s’étaient trompés. Beaucoup d’entre eux considéraient l’alliance des BRICS comme une union de quelques années, qui allait se dissoudre d’elle-même tant « les pays membres sont différents sur le plan culturel et des réalités politiques ». Pourtant et justement, les pays membres ont fait de cette différence l’un de leurs principaux atouts, en donnant au passage une valorisation supplémentaire à l’idée même de la multipolarité.

Aujourd’hui et vu que les BRICS n’ont toujours pas pu être brisés par leurs adversaires, l’alliance est désormais accusée par certains économistes occidentaux d’être devenue une organisation non seulement économique de puissances émergentes, mais aussi une structure politique qui conteste activement la domination de l’Occident. Question: pourquoi ces prétendus experts ont-ils pensé que les pays des BRICS se limiteraient au volet économique de leur relation, au moment où le monde multipolaire a plus que jamais besoin d’en finir avec les vestiges de l’unipolarité?
Il suffit d’ailleurs de relire nos analyses passées en ce sens pour se rendre compte que les BRICS étaient justement destinés à devenir plus qu’une union économique, à l’instar d’autres structures comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Le lancement de la banque des BRICS, la Nouvelle banque de développement (NDB BRICS), avec son siège principal à Shanghai et son siège régional à Johannesburg, a confirmé l’ambition, déjà annoncée de devenir une véritable alternative au G7, au FMI et à la Banque mondiale. Son objectif, entre autres, sera de financer des projets dans les pays en voie de développement. Une réalité qui est loin de plaire à nombre de partisans de l’unipolarité, mais qu’il sera aujourd’hui difficile de stopper.

L’autre fait qui déplaît beaucoup aux élites occidentales (et qui confirment nos prévisions), c’est que justement au-delà de la collaboration économique, on observe la solidarité politique et géopolitique de l’alliance. En effet, et sur plusieurs dossiers, les cinq pays de l’alliance ont montré leur solidarité et leur approche commune. Ce fut le cas lors du soutien affiché à la Russie par les quatre autres pays BRICS sur le dossier syrien. Un soutien qui s’est également traduit dans l’opposition aux sanctions occidentales contre la Russie. De son côté, la Chine, a également pu bénéficier du soutien déclaré de ses partenaires, en premier lieu de la Russie, sur des dossiers comme la situation en mer de Chine méridionale, zone dans laquelle elle fait face aux tensions avec les E.U.

Parlons maintenant de l’élargissement. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, dont le pays présidera l’alliance des BRICS à partir du mois de septembre, a déclaré « plaider pour que d’autres pays rejoignent cette union, et que celle-ci satisfasse les besoins de tous les pays-membres ». À ce titre, on parle déjà de l’acronyme BRICS+, avec la possibilité de participation d’une dizaine d’autres pays aux travaux des cinq pays fondateurs. L’Iran, la Turquie, le Mexique, l’Indonésie, le Vietnam, les Philippines, le Pakistan, le Nigeria, le Bangladesh ou encore la Corée sont mentionnés. Si la possibilité de rejoindre l’union pour certains de ces pays prendrait encore du temps, dans le cas de l’Iran, de la Turquie ou de l’Indonésie, les perspectives sont tout à fait réelles.

Les BRICS, dans l’état actuel de l’alliance, représentent déjà à eux seuls près de la moitié de la population mondiale, 26 % de la surface terrestre et environ 35 % du PIB mondial, un pourcentage qui ne cesse en passant de monter. L’alliance pèse déjà de son poids au sein du G20, de l’aveu même des observateurs occidentaux. Qu’ils s’y habituent, car les BRICS représentent en effet l’une des principales voix du monde multipolaire. Une chose est également certaine: plus les BRICS, tout comme l’OCS, continueront de s’affirmer, plus certains comprendront une bonne fois pour toutes ce que représente véritablement la notion de communauté internationale.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201703151030477670-brics-cooperation-economique-politique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les perspectives de l’Union économique eurasiatique

Les drapeaux des états membres de l’Union économique eurasiatique

Au moment où le futur de l’Union européenne se trouble de plus en plus, à l’Est un autre ensemble se renforce chaque jour. Malgré l’opposition de certains responsables occidentaux à l’Union économique eurasiatique, celle-ci se renforce et va dans le sens de l’élargissement.

Non, l’Union économique eurasiatique (UEEA) n’est pas le jouet de la Russie, quoi qu’en pensent certains. Si Moscou a effectivement soutenu l’idée de l’intégration eurasienne à la naissance du projet, rappelons-nous que c’est bien le Kazakhstan, en la personne de son président Noursoultan Nazarbaïev, qui en fut l’initiateur.

Cinq pays (tous d’ex-URSS) composent aujourd’hui l’Union: la Russie, le Kazakhstan, l’Arménie, la Biélorussie et le Kirghizistan. Le Tadjikistan, autre république ex-soviétique d’Asie centrale ne devrait pas tarder à rejoindre l’organisation. Deux autres pays de la région, en l’occurrence l’Ouzbékistan et le Turkménistan, entrevoient eux aussi de suivre cette voie, surtout au vu des derniers développements régionaux et internationaux.

Cette intégration post-soviétique fait par ailleurs extrêmement peur à plusieurs représentants de l’élite occidentale, dont l’ex-secrétaire d’État et malheureuse perdante aux dernières élections américaines, Hillary Clinton. Pour elle, il s’agit ni plus ni moins d’une nouvelle URSS, qu’il faille absolument « stopper » ou du moins « retarder le processus ». Son avis est partagé par grand nombre de forces pro-atlantistes. Mais ces « braves » gens n’auraient-ils pas simplement oublié de poser la question aux peuples concernés? Car eux seuls ont le droit de créer (ou de récréer) ce qu’ils considèrent être le meilleur choix pour leur avenir commun, même si cela devait être une URSS 2.0. Mais ce n’est clairement pas de cela qu’il s’agit dans le cas de l’Union eurasiatique, une réalité qui s’impose à tous.

L’interaction eurasienne ne se limite d’ailleurs pas uniquement à l’ex-URSS. Un accord de libre-échange a été conclu entre l’UEEA et le Vietnam fin mai 2015. Des pourparlers sont également en cours avec l’Égypte, la Syrie, la Thaïlande, la Mongolie, la Serbie et l’Iran. Il ne serait d’ailleurs pas à exclure que l’Iran puisse à terme rejoindre pleinement l’organisation, au même titre que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La Turquie s’intéresse elle aussi de plus en plus à l’Union économique eurasiatique, de l’aveu même de dirigeants turcs. Une hypothèse lointaine, Ankara restant encore officiellement candidate à une adhésion à l’UE, et demeure un des piliers de l’OTAN. Néanmoins, rien n’est également à exclure sur le moyen à long terme.

Quoi qu’il en soit, le développement de l’UEEA connaît une dynamique impressionnante. C’est aussi cela qui déplaît fortement aux partisans de l’unipolarité. Le fait de voir l’UEEA, l’OCS ou les BRICS prendre des responsabilités de plus en plus importantes, aussi bien dans un cadre régional que mondial, confirme que la multipolarité est la seule réalité désormais acceptable pour l’humanité. Une option qui réfute l’idée d’une gestion mondiale par une minorité évidente, ce qui conforte l’hystérie des opposants à ces projets.

Certains pensent aussi, qu’au moment où les divisions dans l’Europe bruxelloise deviennent de plus en plus évidentes et que l’espace eurasiatique opte pour le renforcement de son intégration aussi bien économique que politique, qu’il s’agit d’une revanche de la Russie. Qu’ils se rassurent: la Russie pense simplement à ses intérêts nationaux, tout comme les autres pays-membres de l’Union eurasienne. Des intérêts souverains et qui regardent avant tout les peuples concernés. Quant au fait de vouloir vivre ensemble, c’est aussi une réalité à laquelle certains observateurs extérieurs devraient se réhabituer. Beaucoup de peuples, notamment d’Asie centrale, étaient radicalement opposés à l’éclatement de l’URSS. On ne les a pas écoutés. Aujourd’hui, la logique des intérêts communs reprend le dessus. Et cette logique a un nom: l’Eurasisme.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201702201030169027-ueea-perspectives/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Quand les relations russo-turques déjouent les pronostics

Certains avaient annoncé que les relations russo-turques auraient du mal à se remettre de la crise de novembre-décembre 2015, prédisant même, un gel des relations entre les deux pays de plusieurs années. Pourtant, six mois plus tard, leurs relations économiques et diplomatiques sont à nouveau excellentes.

Déception pour certains, joie pour d’autres, les relations turco-russes reviennent au beau fixe après une crise de près de six mois. La normalisation annoncée par les présidents Poutine et Erdogan lors de leur rencontre à Saint-Pétersbourg en août dernier, après que la Turquie a présenté officiellement ses excuses pour avoir abattu un chasseur russe Su-24, semble désormais repasser au stade supérieur, celui du partenariat stratégique.

La Russie n’a pas encore levé toutes les mesures d’embargo vis-à-vis de la Turquie, mais la plupart des responsables et experts, russes comme turcs, s’accordent à dire que ce n’est qu’une question de temps. Pour rappel, la Russie a déjà levé depuis plusieurs mois les restrictions sur les vols charters touristiques à destination de la Turquie, ce qui a immédiatement redonné le sourire aux hôteliers turcs, qui faisaient face à une grave crise depuis la détérioration des relations entre les deux pays. Désormais, la Turquie refait partie des destinations favorites des touristes russes et les Turcs viennent d’annoncer qu’ils étaient prêts à recevoir près de 5 millions de touristes en provenance de Russie en 2017, tout en leur proposant des conditions très attractives.

Pour rappel, ils étaient plus de quatre millions de Russes à avoir visité la Turquie, aussi bien en 2014 qu’en 2015, plaçant les russes à la deuxième place en termes de nombre de touristes juste derrière les Allemands, mais à la première place pour les dépenses: les Russes sont en effet trois fois plus prodigues que les touristes allemands. Aux dernières nouvelles, le taux de réservation actuel de voyages à destination de la Turquie par les touristes russes est 4 à 5 fois supérieur qu’à la même période de l’année dernière (au pic de la crise des relations bilatérales). La Turquie, sixième destination touristique mondiale, redeviendra donc vraisemblablement la destination étrangère principale pour les vacanciers russes, avec en prime le meilleur rapport qualité/prix.

L’autre secteur fort important pour les turcs est celui du BTP. Les entreprises turques, dont plusieurs font partie des meilleures au niveau mondial, attendent la levée totale des restrictions pour relancer de nouveaux projets sur le sol russe. Il faut se souvenir que la Russie était de loin le principal débouché des entreprises turques, qui en étaient de plus les leaders absolus avec près de 20 % de parts de marché. Les principaux acteurs du secteur avaient conservé leurs contrats signés avant la crise, mais ne pouvaient prétendre à obtenir de nouveaux marchés à cause des sanctions prises par le gouvernement russe. Des restrictions qui vraisemblablement ne devraient plus durer très longtemps.

L’agroalimentaire, autre source importante de revenus pour la balance commerciale turque, attend lui aussi une envolée. Depuis quelques mois, la Russie a levé l’embargo sur un certain nombre de fruits et légumes turcs, mais plusieurs autres, dont les tomates, restent toujours interdits d’entrée. Là aussi, on s’attend à une amélioration, tout en sachant que le gouvernement russe a annoncé devoir tenir compte des intérêts des producteurs nationaux, qui ont profité de la crise pour accroître leur présence sur ce marché. Néanmoins, tout porte à croire que l’embellie entre les deux pays permettra à la Turquie de reprendre des parts de marché dans des secteurs où elle était précédemment bien placée. Une situation qui contraste avec celle des exportateurs de l’UE qui, vraisemblablement, ont perdu leurs positions pour longtemps.

D’un autre côté, la Russie prévoit également de renforcer ses positions sur le marché turc, qui est majeur pour elle dans plusieurs domaines. En effet, la Turquie est le second marché étranger pour le gaz russe. Lukoil, le géant pétrolier russe, y possède aussi d’importants intérêts, notamment plusieurs centaines de stations essence. En outre, Sberbank, la principale banque russe, détient DenizBank, qui fait partie du Top 5 des principales institutions bancaires turques.

Enfin, les deux pays ont relancé deux autres projets stratégiques: il s’agit bien évidemment du projet de gazoduc TurkStream, qui va acheminer le gaz russe en Turquie à travers la mer Noire, ainsi que de la centrale nucléaire d’Akkuyu, sur les bords de la mer Méditerranée, dans la province de Mersin. Dans le cas du gazoduc TurkStream, les travaux devraient débuter cette année, avec entre autres pour objectif de cesser le transit gazier via l’Ukraine d’ici 2019. Quant à la centrale nucléaire d’Akkuyu, le premier bloc devrait être opérationnel d’ici 2020, pour une centrale pleinement opérationnelle en 2023. Le projet sera réalisé par l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom).

Il convient aussi de souligner qu’en plus de la réactivation du partenariat stratégique dans la sphère économico-commerciale, avec pour objectif annoncé des deux côtés d’arriver à 100 milliards de dollars d’échanges annuels à l’horizon 2020-2023, on assiste en ce moment même à un dialogue politique sans précédent. En effet, jamais la Russie et la Turquie n’ont autant coordonné leurs positions pour tenter de résoudre les problèmes régionaux, comme c’est actuellement le cas dans le dossier syrien. Peu de gens auraient cru que la Russie et la Turquie, qui ont depuis plusieurs années adopté des approches très différentes vis-à-vis du conflit syrien, auraient pu mettre ensemble en place une trêve, qui est globalement respectée dans le pays. Une trêve qui ne concerne pas les groupes terroristes de Daech, d’Al-Qaida et tous ceux qui ont refusé de se joindre audit cessez-le-feu.

Mieux encore, un mécanisme tripartite de contrôle du cessez-le-feu doit désormais être mis en place sous la houlette des trois pays garants de cet accord: la Russie, la Turquie et l’Iran. Enfin, qui aurait aussi pu imaginer que la Russie et la Turquie (qui est encore membre de l’Otan) iraient jusqu’à mener des opérations militaires conjointes? C’est pourtant le cas des aviations russes et turques qui mènent actuellement des raids contre les positions de Daech dans le nord de la Syrie. Le meilleur est probablement à venir, et ce malgré l’opposition d’acteurs extérieurs hostiles au rapprochement russo-turc.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701311029870203-russie-turquie-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Astana, nouveau centre mondial de résolution des crises?

Moscou, Téhéran, Ankara s’engagent à faire un distinguo entre opposition et terroristes

Fin septembre 2015, en marge de l’Assemblée générale de l’Onu, le président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev prend la parole.

Il y mentionne trois points importants: 1) Les sanctions contre des pays n’ont pas lieu d’être à notre époque. 2) Le monde a énormément changé depuis la création de l’Onu et surtout depuis les dernières années et enfin 3) Compte tenu de tous ces changements, il a proposé de transférer le siège de l’Onu depuis New York en Asie.

Certains analystes avaient pris ces paroles avec ironie, pourtant en janvier 2017 l’attention internationale était bel et bien axée sur Astana, la capitale kazakhe. Pour la première fois depuis bien longtemps, dans la même salle et non pas à différents étages s’étaient réunis les représentants du gouvernement syrien avec les représentants des groupes armés, dits de l’opposition. Avec eux dans cette salle les représentants des pays-garants de la trêve entrée en vigueur le 30 décembre dernier, à savoir le trio Russie-Turquie-Iran. Le Kazakhstan, en tant que pays hôte des discussions, était bien évidemment aussi représenté de par son ministère des Affaires étrangères. L’envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie Staffan de Mistura a lui aussi fait le déplacement. Enfin l’ambassadeur américain en poste au Kazakhstan était présent en tant qu’observateur.

Ce fut loin d’être facile et il fallait s’y attendre. Pas évident de s’asseoir à la même table (même très large) après plus de six années d’affrontements. Néanmoins, le chef de la délégation gouvernementale syrienne, l’ambassadeur permanent de la Syrie à l’OnuBachar Jaafari a réussi à garder son sang-froid jusqu’au bout. Difficile d’en dire autant des représentants des groupes armés qui ont bien moins l’habitude des rencontres diplomatiques, et qui n’ont pas manqué d’envoyer des accusations, notamment en direction de l’Iran. Quoiqu’il en soit, la diplomatie a prévalu sur les tensions. Un grand rôle à ce niveau fut joué par la délégation russe, de l’aveu même du représentant de l’Onu.

Que faut-il donc retenir de ces discussions de deux jours dans la capitale kazakhe? Tout d’abord que la trêve est prolongée. Et c’est l’essentiel. Au moment où la priorité est de lutter contre les groupes terroristes Daech et Front Fatah al-Cham (ex al-Nosra), ce résultat ne peut être qu’à saluer. En même temps, il confirme la compréhension des chefs de plusieurs groupes armés anti-Assad qu’il est aujourd’hui temps de négocier avec le gouvernement syrien. Bien que les groupes armés présents à Astana représentent encore plusieurs dizaines de milliers de combattants (près de 60 000 selon les données du ministère russe de la Défense), leur contrôle sur le territoire syrien est désormais fort réduit, surtout après la libération d’Alep. Autre point clé: l’influence de plus en plus positive de la Turquie. Qu’on le veuille ou non, les faits parlent d’eux-mêmes: toutes les précédentes trêves négociées avec la participation américaine n’ont pas pu durer plus de quelques jours, les États-Unis de l’administration Obama ne souhaitant pas remplir leurs engagements. Mais depuis celle du 30 décembre, négociée sous la coordination russo-irano-turque, elle reste globalement respectée. Et c’est positif.

Par ailleurs et c’est tout aussi important, le communiqué final d’Astana insiste sur le respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’unité de la République arabe syrienne. De même que sur le fait qu’elle est un État multiethnique, démocratique et non confessionnel. Ce dernier point posait problème aux représentants des groupes armés, dont nombreux sont islamistes, mais vraisemblablement ils vont devoir se faire à la chose.

En outre, un mécanisme tripartite de contrôle du cessez-le-feu sera mis en place par les pays-garants, la même troïka: Russie, Turquie, Iran. Le communiqué souligne également la nécessité urgente de multiplier les efforts pour relancer les pourparlers conformément à la résolution 2254 du CS de l’Onu. Enfin, les trois pays déjà cités se sont mis d’accord pour combattre ensemble (!) les réseaux terroristes de Daech et d’Al-Qaïda. Si dans le cas russo-iranien, c’est déjà le cas, le fait de voir la Turquie se joindre à ces efforts est tout aussi positif. Preuve à l’appui: durant les derniers jours, les forces aérospatiales russes et aériennes turques ont bombardé ensemble les positions de Daech, près de la ville d’Al-Bab, non loin de la frontière turco-syrienne.

Les participants n’ont pas manqué de remercier la présidence du Kazakhstan pour avoir assuré toutes les conditions nécessaires au bon déroulement des discussions.

Bref, le résultat d’Astana est assez impressionnant et facilite sérieusement la voie à de nouvelles plateformes, dont celle de Genève, censée se tenir le 8 février prochain. Avant cela, il est prévu que des représentants de l’opposition syrienne se rendent à Moscou.
Beaucoup de défis encore à surmonter, notamment dans la lutte antiterroriste, mais l’heure est effectivement à l’optimisme. Quant à Astana, elle aura prouvé que la multipolarité est bien une réalité qu’il est aujourd’hui simplement ridicule de nier. Elle aura prouvé aussi que nous pouvons faire beaucoup dans le cadre eurasiatique, sans faire appel aux élites occidentales, tout en ne fermant pas la porte aux autres intéressés potentiels. Au-delà des questions régionales, l’Eurasie deviendra-t-elle une plateforme efficace pour résoudre d’autres conflits dans divers endroits du monde? Rien n’est à exclure.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701251029780478-astana-centre-mondial-resolution-crises/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Direction Moscou, le revirement confirmé de la Moldavie

Igor Dodon

C’est un virage à 180 ° pour la Moldavie. Dirigé pendant sept ans par une équipe résolument pro-européenne et pro-Otan, le pays se tourne désormais vers la Russie. La visite d’Igor Dodon, le président moldave à Moscou, concrétise ce changement stratégique.

La première visite officielle à l’étranger d’Igor Dodon, le président moldave récemment élu, vient de se clore. Son agenda fut assez chargé. Durant sa visite, le chef d’État moldave a rencontré plusieurs responsables russes de haut niveau, dont Valentina Matvienko — l’actuelle présidente du conseil de la Fédération ( la chambre haute du Parlement russe ) puis Sergei Lavrov, le chef de la diplomatie. Enfin, en soirée Igor Dodon a rencontré Vladimir Poutine. Les deux chefs D’État ont abordé plusieurs sujets.

Dans le domaine énergétique, ils ont ainsi confirmé leur désir d’avancer sur plusieurs dossiers sensibles, notamment ceux en rapport avec la dette de l’État moldave pour le gaz russe, y compris celui livré en Transnistrie (PMR), qui avait fait sécession avec la Moldavie en 1990. Pour rappel, ce pays dépend à 100 % des livraisons de gaz russe.

L’autre point important concernait l’élargissement des entreprises moldaves pouvant exporter en Russie leur production, notamment agroalimentaire. En effet et depuis les sept dernières années du pouvoir de la coalition pro-occidentale, puis de la signature de l’accord d’association avec l’UE, la Moldavie n’a cessé de perdre ses parts sur le marché russe. Un marché qui n’a jamais pu être remplacé ailleurs, au vu de ses capacités.

Les deux hommes ont également abordé la question des migrants moldaves travaillant en Russie, autre source importante de revenus pour le budget du pays. C’est un point que la presse mainstream oublie souvent de mentionner lorsqu’elle aborde le sujet, puisqu’à en croire certains médias, la grande majorité des Moldaves travailleraient dans l’UE, principalement en Italie, où ils sont effectivement environ 150 000. Mais ce sont plus d’un demi-million de Moldaves qui vivent et travaillent en Russie, sur une population totale du pays de 3,5 millions d’habitants.

La discussion s’est aussi axée sur le dialogue lancé par Igor Dodon avec Tiraspol, la capitale de la PMR. Un éventuel accord de fédéralisation ne serait pas à exclure, bien que l’on en soit encore loin. Néanmoins, le dialogue positif engagé entre Chisinau et Tiraspol est un signe positif. Enfin, le président moldave a réitéré son engagement d’annuler l’accord d’association avec l’Union européenne, signé en juin 2014, et dans lequel la Moldavie n’a, selon Dodon, rien gagné, tout au contraire. Mieux que cela, le leader moldave a demandé à ce que son pays puisse rejoindre l’Union économique eurasiatique, ne serait-ce qu’à titre d’État observateur dans un premier temps.

Une approche qui a suscité la réaction des milieux pro-occidentaux à Chisinau, alors que Dodon se trouvait encore à Moscou. Selon leur déclaration officielle, ils ont affirmé « être prêts à tout pour bloquer toute éventuelle annulation de l’accord d’association avec l’UE et tout processus d’intégration en direction de l’Union économique eurasiatique ».

En effet, le combat s’annonce sérieux puisque le président moldave aura besoin du soutien de son parlement pour mettre en œuvre ses ambitieux projets. Néanmoins, et au vu des sentiments régnant au sein d’une large part de la société moldave, ses chances sont assez importantes. Il convient de rappeler que depuis quelques années, les sentiments pro-UE ont baissé d’une façon aussi drastique qu’augmentaient les sympathies prorusses au sein de la population. Une situation qui a d’ailleurs permis de mettre fin à sept années de pouvoir de la coalition pro-occidentale et de voir arriver la victoire d’Igor Dodon, le chef du Parti des socialistes de Moldavie, en novembre dernier.

Dernier point, au moment où l’Otan cherche de nouveau à attiser les tensions aux frontières de la Russie, le président moldave n’a pas caché son intention de s’éloigner du dialogue engagé par la précédente administration avec l’organisation nord-atlantique. D’ailleurs, le choix même de Moscou comme première visite officielle à l’étranger conserve toute sa symbolique : ce fut Bruxelles qui était la priorité tout au long des années précédentes de Chisinau. Une page vraisemblablement tournée, du moins pour le moment.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701191029674983-igor-dodon-direction-moscou/

Mikhail Gamandiy-Egorov

«L’année écoulée s’inscrit dans une phase de transition, entre deux états du monde»

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Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est un analyste politique français, enseignant en relations internationales à l’Université de La Réunion et chroniqueur en politique internationale.

Sputnik : L’année 2016 est terminée. Pour beaucoup, elle a été associée aux tensions montantes entre la Russie et les États-Unis, et plus globalement entre la Russie et l’Occident politique. Quelles sont les principales analyses que vous feriez de l’année passée?

Bruno Guigue : L’année écoulée s’inscrit dans une phase de transition, extrêmement critique, entre deux états du monde. La roue tourne, et le neuf chasse l’ancien. Les USA sont encore la première puissance économique mondiale, mais la Chine est en passe de les détrôner. La situation sociale aux États-Unis est désastreuse. La violence y est omniprésente. Les USA sont un pays riche, mais ses habitants sont pauvres. 15 % des Américains dépendent de l’aide alimentaire, et le taux d’endettement des ménages est vertigineux.

L’élection de Donald Trump, en réalité, est le symptôme d’un profond malaise. À l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, les États-Unis ressemblent à un colosse aux pieds d’argile. En encerclant la Russie, en la diabolisant, les dirigeants américains renouent avec les pratiques de la guerre froide, mais cette agitation belliciste est un aveu de faiblesse. Si Washington provoque Moscou en mobilisant son armada, c’est pour tenter de conjurer, de manière pathétique, un déclin irréversible. Les USA sont une superpuissance chancelante qui joue au matamore parce qu’elle sait que ses jours sont comptés.

Sputnik : Cette opposition russo-étasunienne s’est traduite par une différence d’approche évidente en Syrie, qui restait largement à la Une de l’actualité. Quelles leçons en tirez-vous?

Bruno Guigue : Sur le théâtre syrien, il y a une énorme différence entre Moscou et Washington. Les Russes font ce qu’ils disent et ils disent ce qu’ils font. Les Américains ne font pas ce qu’ils disent et ils ne disent pas ce qu’ils font. La Russie intervient en Syrie à la demande expresse d’un État souverain qui est son allié historique dans la région. Elle combat la pègre mercenaire qui tente d’abattre cet État sur mandat des puissances occidentales et des pétromonarchies du Golfe. Avec 5 000 soldats et 70 avions, elle a aidé le gouvernement syrien à libérer la deuxième ville du pays et à restaurer sa souveraineté, peu à peu, sur une part croissante du territoire national.

De leur côté, les USA prétendent livrer bataille aux organisations terroristes, mais en réalité ils les utilisent contre Damas. Ils accréditent une distinction entre des rebelles « extrémistes » et « modérés » qui n’existe que sur le papier, et ils en fournissent eux-mêmes la preuve en les soutenant sans distinction! Chaque fois que Daech attaque les forces gouvernementales syriennes, par exemple, les avions de la coalition restent cloués au sol. Contrairement à l’intervention russe, l’intervention américaine est illégale en droit international et elle favorise les terroristes en prétendant les combattre.

Sputnik : La récente coordination des approches entre la Russie et l’Iran, principaux soutiens du gouvernement syrien, avec la Turquie — qui a longtemps gardé une approche ouvertement anti-Assad — le tout en vue de contribuer ensemble à la résolution du conflit syrien, a montré qu’il était possible d’atteindre des résultats prometteurs, sans pour autant y inclure les représentants US et plus généralement les élites occidentales. Partagez-vous cet avis? Est-ce, selon vous, un signe que cette région du Proche et du Moyen-Orient devrait élargir ce genre d’initiative à l’instar de celle entre la Russie, l’Iran et la Turquie?

Bruno Guigue : La coopération diplomatique entre la Russie, l’Iran et la Turquie en vue de mettre fin au conflit syrien est une gifle monumentale pour Washington et ses satellites. Les États-Unis sont éjectés comme des malpropres d’une scène syrienne où ils ont additionné les « false flags » et les coups tordus. Pour la première fois, une négociation sur un conflit majeur est engagée sans Washington, qui doit se résoudre à faire tapisserie pendant que Moscou mène la danse. L’avenir dira si les négociations inter-syriennes sous ce triple parrainage aboutiront à une solution négociée. Mais en attendant, les Occidentaux sont condamnés à approuver en public un processus qui les destitue de leur prééminence sur la scène internationale.

Les pourparlers qui auront lieu à Astana, capitale du Kazakhstan, symbolisent le basculement du monde vers de nouveaux pôles de puissance. Toutes proportions gardées, c’est un événement comparable à la conférence de Bandoeng, qui marqua en 1955 l’émergence d’un « tiers-monde » assoiffé d’indépendance et résolument non-aligné. Les puissances occidentales ayant démontré leur capacité de nuisance au Moyen-Orient, toute initiative consistant à se passer de leurs services est un exemple à suivre si l’on veut tuer dans l’œuf l’ingérence néo-coloniale et permettre aux puissances régionales de régler elles-mêmes leurs propres affaires.

Sputnik : Une nouvelle administration, celle du président élu Donald Trump, prendra officiellement sous très peu le pouvoir aux États-Unis. Certains partagent un optimisme important au vu de certaines déclarations de M. Trump qui laissaient supposer une éventuelle normalisation des relations avec la Russie. D’un autre côté, sa rhétorique anti-chinoise, anti-iranienne et notamment anti-cubaine, des pays ayant des relations fortes avec la Russie, laissent supposer la poursuite de la confrontation. D’autant plus qu’au vu des déclarations récentes de certains représentants de son équipe, les risques d’une poursuite des tensions avec la Russie restent également d’actualité. Quel est votre avis sur la question?

Bruno Guigue : Personne ne sachant lire dans le marc de café, il est impossible de dire ce que sera la politique étrangère de Donald Trump. La composition de son équipe envoie des signaux contradictoires. Le conseiller à la sécurité nationale est Michael Flynn, chef du renseignement militaire limogé par Barack Obama pour avoir critiqué la politique du président en Syrie. Le secrétaire d’État est Rex Tillerson, l’un des dirigeants du groupe pétrolier ExxonMobil qui s’opposa aux sanctions contre Moscou en 2014. Au secrétariat à la Défense, c’est le général James Mattis, ancien commandant des forces US au Moyen-Orient et partisan notoire de la fermeté à l’égard de l’Iran.

Difficile de s’y repérer, mais M. Trump se déclare prêt au dialogue avec Moscou et affirme que les USA n’interviendront plus pour « changer le régime politique » chez les autres. C’est un désaveu explicite des politiques néo-conservatrices! En même temps, il adhère aux thèses israéliennes sur Jérusalem et envisage d’y déplacer l’ambassade US en violation du droit international. Il veut remettre en question l’accord péniblement négocié par son prédécesseur sur le nucléaire iranien. Enfin, il bombe le torse face à la République populaire de Chine.

Sputnik : Que pensez-vous, précisément, de ces déclarations peu diplomatiques à l’égard de la Chine?

Bruno Guigue : Ces déclarations, en fait, rejoignent la critique constante du libre-échangisme économique formulée par Donald Trump durant sa campagne. Elles annoncent un bras de fer de Washington avec les puissances montantes dont la croissance constitue une menace pour l’hégémonie US. La mondialisation des échanges appauvrit l’économie américaine, elle la vide de sa substance en accélérant la désindustrialisation. Invention occidentale, cette globalisation exigée par l’oligarchie se retourne contre les pays qui en ont fait l’alpha et l’oméga de la vie internationale. En 2010, la part des USA dans le PIB mondial était de 25%. Elle sera de 16% en 2025. En 2050, elle sera de 9% contre 33% pour la Chine et 8% pour l’Inde. Pour le nouveau président, le véritable défi sera de freiner, dans une tentative désespérée, le déclin annoncé de l’Empire américain. Et il sait bien que couvrir les océans de porte-avions déployant fièrement la bannière étoilée n’y changera rien.

Sputnik : On observe une montée importante des sentiments anti-atlantistes dans les pays européens. Entrevoyez-vous des changements importants en 2017 à ce niveau? Notamment en ce qui concerne le niveau de dépendance de certains pays européens vis-à-vis des USA?

Bruno Guigue : En fait, l’allégeance des pays européens à Washington n’a jamais été aussi caricaturale. Champions incontestés de la catégorie, la France et le Royaume-Uni font constamment de la surenchère. Comme si la gesticulation de l’appareil militaire atlantique aux frontières de la Russie ne suffisait pas, ces deux pays multiplient les accusations contre Moscou et prolongent des sanctions absurdes. Il est affligeant de voir le gouvernement français, par exemple, sacrifier ses propres agriculteurs sur l’autel de l’atlantisme en interdisant les exportations vers la Russie. Cette soumission volontaire des gouvernements européens est une honte, et elle finira par provoquer une exaspération légitime. La souveraineté a été bafouée par l’européisme et l’atlantisme, mais heureusement elle est de retour. L’aspiration à l’indépendance nationale — sans laquelle la souveraineté populaire est un leurre — est une constante historique. Chassez-la par la porte, elle reviendra par la fenêtre!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701161029618662-bruno-guigue-usa-chine-russie/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

 

Russie, Turquie, Iran, échec à la déstabilisation !

Sergei Lavrov et Mevlut Cavusoglu

Non, la guerre russo-turque n’aura pas lieu, malgré l’assassinat d’Andreï Karlov, qui visait clairement à nuire une fois de plus aux relations entre la Russie et la Turquie. Mieux que cela, la Russie, l’Iran et la Turquie ont décidé d’accroître leur collaboration en Syrie.

Nous avons tous appris avec consternation l’assassinat de l’ambassadeur russe en poste à Ankara, Andreï Karlov. Un acte lâche, qui s’inscrit sur fond de revers des terroristes en Syrie. Une attaque destinée vraisemblablement à casser le rapprochement russo-turc. À ce niveau, l’opération est un échec: Moscou et Ankara comptent au contraire accroître leur niveau de coopération.

En témoignent les déclarations des dirigeants russe et turc, ainsi que par le maintien de la réunion tripartite qui a eu lieu le jour suivant à Moscou, entre les chefs des diplomaties russe, iranienne et turque. Elle s’est doublée d’une rencontre entre les ministres de la Défense des trois États. Ankara, Moscou et Téhéran affirment à l’issue de ces entrevues qu’elles vont lutter conjointement contre le terrorisme et soutiendront une solution politique à la crise en Syrie.

Sur ce dernier volet, les trois capitales affirment être attachées au « respect de la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie en la qualité d’un État multiethnique, multiconfessionnel, démocratique et laïc ». Un message très fort lorsqu’on sait que Moscou-Téhéran d’un côté et Ankara de l’autre avaient des approches fort différentes jusqu’ici vis-à-vis de la guerre en Syrie — la Russie et l’Iran soutenant le gouvernement légitime syrien, la Turquie ayant ardemment demandé son départ.

La question de la préservation de la Syrie en tant qu’État multiconfessionnel, multiethnique et laïc, est cruciale, surtout à la lumière des projets des soi-disant « rebelles modérés ». À une écrasante majorité, ceux-ci souhaitent précisément en finir avec la laïcité et installer à la place un « État » salafiste régi par les lois de la charia… Le tout dans un pays multiethnique et multiconfessionnel! Mais cela évidemment est le dernier des soucis des gouvernements occidentaux (comme en Libye), qui souhaitent à tout prix destituer Bachar al-Assad.

En outre, les trois ministres ont également appuyé la tenue prochaine de pourparlers inter-syriens à Astana, la capitale du Kazakhstan. Bref, beaucoup de choses intéressantes en perspective, surtout au vu du format de la réunion. En effet, aucun représentant des États-Unis, d’Europe occidentale ou des régimes du Golfe n’a été invité pour le moment. Pour autant, les organisateurs de cette rencontre ont bien indiqué que la porte restait ouverte, à condition bien sûr de vouloir sincèrement la fin du chaos en Syrie. Et il est permis de douter que ce soit le cas des acteurs engagés dans la crise syrienne qui n’ont pas été conviés à Moscou.

Pour autant, la volonté affichée par la Russie, l’Iran et la Turquie de renforcer la lutte contre le terrorisme et les rencontres à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des trois pays laissent effectivement entrevoir l’espoir d’une sortie de crise en Syrie. Malheureusement, le terrorisme, qui sert les adversaires de la multipolarité, n’a pas dit son dernier mot. Il est à craindre que ces efforts de stabilisation de la région ne soient mis à mal, justifiant au passage la volonté des trois pays de renforcer leur coordination au niveau sécuritaire et antiterroriste.

Ils voient en effet d’un très mauvais œil le fait qu’il est possible de se passer d’eux pour résoudre les principales crises du moment. Plus vite ils reconnaîtront la réalité multipolaire, plus vite ils pourront prétendre à y jouer un rôle que l’on espère positif. Ce qui est certain, c’est que cette rencontre Russo-Irano-Turque est la meilleure réponse aux terroristes et à ceux qui pensent encore pouvoir utiliser ces derniers afin d’atteindre leurs objectifs géopolitiques.

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https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/