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Le G7 s’attaque au projet chinois de la nouvelle Route de la soie

L’influence grandissante de la Chine dans les affaires mondiales, tant sur le plan géoéconomique que géopolitique inquiète de plus en plus l’establishment occidental. Le récent sommet du G7 en Angleterre ne fait que le confirmer. L’Occident a-t-il sérieusement une quelconque chance de contrer la Chine? Rien n’est moins sûr.

Les soubresauts des élites occidentales confirment une réalité assez simple et désormais bien connue: celle d’une compréhension de leur part que le monde actuel n’est plus du tout celui ayant suivi l’éclatement de l’URSS. Et qu’au-delà du fait de la fin de l’impunité sur la scène internationale sur le plan sécuritaire et géopolitique, l’establishment de l’Occident doit également faire face à un autre défi de taille pour ses intérêts – celui qui concerne les bouleversements économiques globaux.

Faut-il pour autant rappeler que le concept multipolaire mondial – devenu réalité depuis les dernières années – reste comme un os dans la gorge pour l’élite politico-médiatique occidentale et atlantiste, et ce malgré la compréhension évidente que le renforcement de ce processus est irréversible? Probablement rentrer dans les détails sur ce fait est complètement inutile. Ce qui est néanmoins sûr, c’est que l’Occident essaie de s’accrocher autant qu’il peut – afin de réduire le plus possible le rythme de sa chute d’influence dans les affaires internationales, en mettant les bâtons dans les roues de la locomotive multipolaire.

C’est justement dans ce sens qu’il faut certainement voir la toute récente initiative du G7 visant «à proposer aux pays en développement un vaste programme en faveur de leurs infrastructures». Avec un objectif clairement affiché: contrer l’influence grandissante de la Chine, et notamment son vaste projet eurasien et international de la nouvelle Route de la soie.

Le New-York Times, l’un des porte-flambeaux médiatiques du libéralisme unipolaire occidental, note de son côté «que c’était la première fois que les nations les plus riches du monde ont discuté de l’organisation d’une alternative directe à l’initiative chinoise Ceinture et Route et à la campagne d’investissements à l’étranger du président Xi Jinping, qui s’est maintenant étendue à travers l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe même».

Le quotidien étasunien rajoute par ailleurs que «M. Biden a fait de l’opposition à une Chine montante et une Russie perturbatrice la pièce maîtresse d’une politique étrangère conçue pour édifier les démocraties dans le monde comme rempart contre la propagation de l’autoritarisme». En d’autres termes: le libéralisme occidental, nostalgique de l’ère unipolaire, opposé au bloc des souverainistes et partisans assumés de l’ordre international multipolaire actuel.

Evidemment, dans cette attaque occidentale contre la puissance chinoise, il y a un nombre évident de faiblesses, que l’establishment politico-médiatique de l’Occident n’aime pas soulever. Revenons-y. Tout d’abord, et malgré toutes les campagnes politiques et médiatiques occidentales visant à contrer le rôle grandissant de Pékin dans les affaires internationales – cela n’a pas apporté le résultat escompté pour ses initiateurs. Bien au contraire. Que ce soit du côté anglo-saxon ou hexagonal. On se rappelle tous des reportages à la sauce des de la Villardière, dont l’objectif était de perturber l’interaction chinoise avec les pays francophones du continent africain.

Pour quel résultat? Pour que le sentiment anti-occidental ne fasse que monter encore plus en intensité au sein de l’opinion publique africaine et que les sympathies aillent clairement en faveur de la Chine. Du moins pour une large part de la société civile africaine. Pour l’anecdote, ces sentiments étaient d’ailleurs apparus bien avant les accusations des prétendues campagnes de dénigrement de la présence française et plus généralement occidentale en Afrique, affirmées entre autres par Emmanuel Macron, visant la Russie, la Chine ou encore la Turquie.

Cela pour dire que l’Occident aura énormément de mal à pouvoir convaincre les peuples non-occidentaux, quant au bienfondé d’un tel projet. Au-delà de cet aspect, l’autre faiblesse évidente du camp occidental réside dans le point qu’il ne représente pas le monde dit «démocratique». Plus généralement, la démocratie n’est aucunement une propriété occidentale. Tout comme d’ailleurs la notion de communauté internationale.

Plusieurs pays appartenant à la majorité non-occidentale de la planète sont considérés comme étant des Etats aux systèmes démocratiques – l’Inde, l’Afrique du Sud, la Namibie, la Bolivie, l’Argentine, le Mexique et nombreux d’autres. La plupart de ces nations appartiennent par ailleurs aux partisans de la multipolarité.

Plus généralement et sur le plan purement économique – le club du G7 n’est certainement plus en position à parler en qualité de pays les plus riches de la planète. Et ce pour une raison simple: depuis la fin de l’époque unipolaire, le basculement des rapports de force a largement touché aussi à la sphère économique internationale. Faut-il le rappeler: sur les dix principales puissances économiques mondiales actuelles en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA) – cinq ne sont pas des pays occidentaux. Dans un classement d’ailleurs où la Chine occupe déjà la première place du classement.

Et encore – ce, en tenant compte du fait que l’on associe le Japon à l’alliance pro-occidentale, y compris dans le cadre du fameux G7 ou du fait de se trouver sous la coupe washingtonienne sur le plan sécuritaire, bien que la civilisation japonaise ne fasse pas partie de l’Occident. Et que selon nombre de prévisions, y compris d’économistes occidentaux, des pays comme la France ou le Royaume-Uni seront amenés à quitter ce Top 10 mondial dans les 5-10 prochaines années, tandis que des pays comme la Turquie ou le Mexique (actuellement respectivement 11ème et 12ème) ont toutes les chances de l’intégrer.

Tout en se rappelant que l’on assiste au cours des dernières années à la dédollarisation progressive dans les échanges internationaux – un processus dans lequel des pays comme la Chine ou la Russie jouent un rôle résolument important.

Enfin, et au sein même du club dépassé du G7 – on est bien loin de l’unanimité quant à l’initiative étasunienne visant à contrer les initiatives économiques chinoises. Selon même l’aveu occidental, l’Allemagne, l’Italie et même le Japon ne partagent pas le même enthousiasme que Washington, Londres, Paris ou Ottawa.

En conclusion: il est bien peu probable que ladite initiative puisse réellement stopper la puissance chinoise, ainsi que son interaction avec les Etats aux quatre coins du monde. Et plus généralement que le vieux jeu des nostalgiques de l’unipolarité puisse sérieusement retarder la défaite totale du bloc atlantiste et affiliés.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mali-France: en instance de divorce?

Après l’investiture du colonel Assimi Goïta en qualité de chef d’Etat de la République du Mali et de leader de la transition, plusieurs éléments indiquent l’exacerbation des relations entre Bamako et Paris. La suite des événements permettra-t-elle d’entrevoir la fin de la présence militaire française au Mali?

Lundi dernier, la France était la grande absente du discours du nouveau président malien, comme l’indique la radio France Info. Le même média rappelle d’ailleurs que depuis les dernières semaines les relations entre le Mali et la France sont «tendues».

Un autre média hexagonal, connu lui aussi pour des positions proches avec l’establishment politique français, le quotidien La Croix, avait un peu plus tôt également tiré la sonnette d’alarme quant à l’hostilité de l’opinion publique malienne vis-à-vis de la politique de Paris, et notamment de sa présence militaire sur le sol du Mali.

Cette reconnaissance des faits se fait évidemment sans le moindre plaisir côté hexagonal, qui ne fait qu’admettre des faits qui étaient déjà largement connus, et pas seulement depuis les dernières semaines ou les derniers mois, mais depuis plusieurs années déjà. Aujourd’hui, de nombreux analystes observent la situation afin d’entrevoir la suite de ce désamour évident entre le Mali et l’ancienne métropole coloniale.

Pendant ce temps, de nombreux experts – africains comme étrangers – affirment avec certitude la popularité du nouvel homme fort de l’Etat malien, le colonel Assimi Goïta, auprès d’une large part des citoyens du Mali, et notamment au sein de la jeunesse. D’ailleurs, le désormais chef d’Etat malien n’a pas manqué de s’adresser récemment à cette jeunesse du pays avec des mots forts: «Je suis jeune au même titre que vous. Et si j’échoue, c’est toute la jeunesse malienne qui a échoué».

Maintenant pour revenir aux relations du Mali avec Paris, ou plus particulièrement l’Elysée, si la suite demeure encore incertaine, il n’en demeure pas moins que plusieurs aspects sont à considérer. Tout d’abord, la présence militaire française sur le sol malien qui comptabilise près de 5500 hommes, dans le cadre de l’opération Barkhane – censée combattre les groupes djihadistes et qui dure depuis bientôt sept ans. Une opération justement largement critiquée par la société civile malienne, qui pour une large part d’entre elle ne la voit pas comme une solution mais bien comme l’une des principales sources de problèmes, y compris sécuritaires.

Et bien que le président français Macron ait récemment déclaré l’éventualité de retirer les troupes du Mali – c’est un secret de polichinelle que de savoir que ce serait la dernière des choses dont souhaiterait Paris. A l’heure d’une chute d’influence sans précédent sur le continent africain, y compris au sein de ce qu’il continue de considérer comme son «pré-carré», le départ de la présence militaire du Mali sonnerait comme une nouvelle défaite pour l’establishment hexagonal.

Surtout en cas d’une arrivée de nouveaux acteurs internationaux sur le sol malien, à condition évidemment que cela soit voulu par les autorités actuelles du Mali. Sachant que c’est ce que demande avec insistance une large part de la société civile malienne.

L’autre question qui intéresse de nombreux experts et observateurs du dossier malien, c’est l’éventualité pour Paris à tenter de jouer un coup de force dans une situation qui semble de plus en plus lui échapper. Surtout lorsqu’on se rappelle de cette force militaire de plusieurs milliers d’hommes présente sur place.

Pour répondre à cette question, il faudrait certainement dire que l’Elysée aurait déjà donné le feu vert à cela si l’époque avait été différente. Après tout, la violation des souverainetés nationales africaines – datant aussi bien de plusieurs dizaines d’années que du passé assez récent, ne fait que le confirmer. Mais le souci désormais pour les représentants des élites hexagonales, c’est justement à devoir faire face à plusieurs fronts: une mobilisation africaine sans précédent, ralliant des personnes de couches sociales diverses, des médias africains qui possèdent des lignes éditoriales indépendantes et qui ne travaillent pas sous la dictée de l’establishment élyséen, sans oublier une part non négligeable de l’opinion publique interne en France qui est opposée aux pratiques néocoloniales d’un autre temps.

Les prochaines semaines et les prochains mois peuvent avoir un rôle déterminant sur les choix stratégiques de l’Etat malien. L’essentiel étant à retenir que le Mali, à l’instar d’autres nations d’Afrique francophone, a le droit de jouir d’une pleine souveraineté indépendamment des vœux de l’establishment occidental, et de déterminer ses orientations stratégiques en étant à l’écoute de ses citoyens – et non pas des forces néocoloniales.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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OCS: le leader chinois mise sur la diplomatie populaire

Le président chinois Xi Jinping souhaite promouvoir la diplomatie non-gouvernementale au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), mettant un accent particulier sur les échanges entre les personnes appartenant aux nations composant la grande structure internationale eurasienne.

Le Forum de l’amitié non-gouvernementale de l’OCS a débuté il y a quelques jours, à Wuhan, sur le thème de la promotion de l’amitié entre les peuples et de la poursuite de l’esprit de Shanghai. A ce titre, le président chinois Xi Jinping avait transmis une lettre de félicitations aux participants dudit événement, comme le rapporte l’agence de presse Xinhua.

«J’ai proposé l’initiative d’organiser un forum de l’amitié non-gouvernementale de l’OCS en novembre dernier, laquelle a reçu une réponse enthousiaste et le soutien de tous les Etats membres de l’Organisation de coopération de Shanghai», a déclaré Xi Jinping. Il s’est dit confiant sur le fait que le forum deviendrait une plate-forme importante permettant à toutes les parties d’améliorer la compréhension mutuelle, d’approfondir l’amitié et de renforcer la coopération.

Le leader chinois a également insisté sur la nécessité de profiter des avantages de la diplomatie non-gouvernementale et d’élargir les canaux d’échanges entre les personnes afin de contribuer au développement de l’OCS.

En termes de perspectives, l’initiative du président chinois est très certainement à saluer car dans le cadre de la grande intégration eurasienne, devenue par ailleurs l’un des principaux centres du concept multipolaire mondial, l’interaction encore plus active des peuples concernés représente sans le moindre doute la condition nécessaire pour un plus grand renforcement de la multipolarité, ainsi qu’une réponse de poids aux défis existants.

En effet et en dehors du cadre purement politique, les peuples d’Eurasie restent liés par une grande similitude d’intérêts. C’est d’ailleurs ce qui traduit la facilité avec laquelle se déroule cette intégration, qui au-delà des décisions politico-économiques, reste à l’écoute des aspirations humaines du grand espace eurasien. Cette réalité est d’ailleurs propre aussi bien à l’Organisation de coopération de Shanghai qu’à l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Les exemples ne manquent pas. Observateur Continental avait à ce titre relayé le sondage réalisé l’année dernière en Ouzbékistan, où les ¾ des citoyens ouzbèks déclaraient soutenir l’intégration de leur pays au sein de l’Union économique eurasiatique. Parmi les partisans à cette intégration – aussi bien les jeunes n’ayant pas connu la période soviétique, que les moins jeunes.

Et c’est justement là que l’on arrive à la justesse de l’initiative du leader chinois. Les grands processus en Eurasie se doivent de renforcer les liens entre les peuples appartenant audit espace, mais également rester à l’écoute de leurs aspirations. Le tout au moment où l’interaction eurasienne dans les volets politique, économique, sécuritaire et culturel, entre autres, a atteint un niveau probablement le plus élevé dans l’histoire contemporaine. Et peut-être même dans toute l’histoire de l’Eurasie.

En ce sens, la diplomatie populaire eurasienne répond effectivement à de nombreuses problématiques. Mais plus que cela encore – elle contribue à ne pas répéter les erreurs du passé, à compléter les décisions inter-gouvernementales par une solidarité humaine – et vice-versa, et barrer la route aux tentatives de déstabilisation extérieure.

A titre d’exemple, au début des années 1990, la grande majorité des citoyens de l’URSS refusaient l’idée de la dislocation. Leur voix n’a pour autant pas été entendue – avec toutes les conséquences que l’on connait. Aussi bien sur le plan intérieur pour les peuples concernés, que sur le volet extérieur avec l’apparition de l’ordre unipolaire ayant apporté d’innombrables souffrances et injustices à la planète toute entière.

Depuis les dernières années – cette page est fort heureusement tournée. D’où l’importance de l’initiative chinoise d’accompagner fermement les alliances géopolitiques par l’interaction humaine des peuples.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA, Tchad, Mali: Paris dans l’embarras

L’establishment français se retrouve désormais dans une situation délicate sur le continent africain. A l’heure des bouleversements stratégiques en cours et d’une mobilisation de la société civile en Afrique pour la reprise d’une souveraineté véritable, le risque observé réside dans la volonté de l’Elysée d’utiliser des méthodes de déstabilisation pouvant être considérées comme clairement extrémistes.

Parmi ces méthodes, on peut faire mention d’une activation des cellules appartenant au réseau françafricain, pouvant commettre des attaques ciblées contre les leaders africains s’étant libérés ou en phase de le faire vis-à-vis de l’ancienne métropole coloniale, et plus généralement vis-à-vis des forces néocoloniales. L’autre schéma pouvant être promu par ledit réseau réside dans le fait de créer des tensions intra-africaines, comme la tentative actuelle qui vise la Centrafrique et le Tchad.  

En effet, après l’arrestation récente d’un mercenaire français dans la capitale centrafricaine Bangui, en possession d’un fort important arsenal d’armes et de munition, et de la reprise sous contrôle gouvernemental de pratiquement tout le territoire national de la RCA, le tout après des années d’instabilité, Paris semble vouloir jouer le tout pour le tout. Des attaques médiatiques hexagonales visant les pays ayant choisi la souveraineté nationale et le panafricanisme comme bases de leur développement, jusqu’à la création de nouveaux défis sécuritaires pour les pays concernés, comme la promotion de tensions entre pays voisins.

Les tout récents exemples sont là: tout d’abord une explosion dans le nord-ouest de la RCA qui tue deux policiers centrafricains et trois instructeurs russes, puis cette tentative de semer la discorde entre Bangui et N’Djamena.

Si effectivement le Tchad reste un allié officiel à ce jour pour Paris, un très grand nombre de citoyens tchadiens refusent catégoriquement d’être entrainés dans un conflit avec le voisin centrafricain, le tout via une pure instrumentalisation française. Le leadership de la République centrafricaine a en ce sens entrepris également toutes les démarches nécessaires afin que la situation avec le voisin tchadien reste sous contrôle, comme l’indique d’ailleurs le communiqué conjoint signé par la cheffe de la diplomatie centrafricaine Sylvie Baipo-Temon et son homologue tchadien.

La vive inquiétude et la radicalisation des actions de l’Elysée peuvent être vues non seulement dans le contexte de la perte d’influence en RCA – mais également à d’autres endroits dans ce qu’il continue de considérer comme son «pré-carré». Notamment au Mali où la société civile continue de se mobiliser pour demander, entre autres, le départ des troupes françaises.

En termes de perspectives, si la meilleure réponse aux nouvelles tentatives de déstabilisation via un réseau obscur et d’un autre temps – reste sans aucun doute la pleine conscience du leadership et de la société civile d’Afrique, il faut néanmoins prendre ces défis avec le plus grand sérieux. Faut-il le rappeler: l’establishment occidental a déjà démontré à plus d’une fois être capable d’instrumentaliser des éléments extrémistes, et mêmes ouvertement terroristes, notamment comme ce fut le cas en Syrie, dans le but d’atteindre des objectifs géopolitiques. Cette éventualité est d’autant plus plausible lorsque ce même establishment voit ses intérêts datant de dizaines d’années ouvertement menacés.

Une chose est sûre. L’éveil des consciences au sein du continent africain vit une période sans précédent. La réponse médiatique panafricaine, l’analyse personnelle et non dictée depuis l’Occident au sein des populations de l’Afrique, la mobilisation populaire – représentent des éléments indéniables pour une résistance à succès face au schéma qui vise à toujours diviser pour maintenir, ne serait-ce que pour quelque temps, un règne unipolaire totalement dépassé.

Les Africains dans leur large majorité ont soif de la souveraineté véritable pour leur continent. Et s’inspirent aujourd’hui des grands noms du panafricanisme. L’Afrique a aujourd’hui une chance unique de s’affirmer pleinement – dans l’optique de devenir à terme un bloc puissant du monde multipolaire, devenu réalité depuis ces dernières années. Même si cela déplait fortement aux nostalgiques d’un ordre international dépassé par les événements en cours.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Macron au Rwanda pour tenter à tourner la page des tensions

Le président français a reconnu la responsabilité de Paris dans le génocide rwandais, sans toutefois reconnaitre les accusations de complicité. Cette reconnaissance permettra-t-elle d’ouvrir une nouvelle page relationnelle entre les deux pays ? Retour sur la question.

Vingt-sept ans après le génocide rwandais, le président français Emmanuel Macron, a prononcé une allocution solennelle dans la capitale rwandaise Kigali. Dans ce discours très attendu au Mémorial du génocide rwandais, il a lancé «Je viens reconnaitre nos responsabilités».

Selon lui, «c’est aux hommes qu’il appartient de briser le silence. Et c’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaitre». En ajoutant «que la France a un rôle, une histoire, une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir: celui de regarder l’Histoire en face et de reconnaitre la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité».

Cette démarche pourrait officialiser la normalisation des relations entre Kigali et Paris, surtout après un renforcement de la coopération économique entre les deux pays depuis les deux dernières années. En effet, le volet économique ne serait pas étranger dans la démarche de l’Elysée, comme le confirme d’ailleurs l’un des principaux porte-voix médiatiques des intérêts français le journal Le Monde.

A noter qu’Emmanuel Macron est accompagné à Kigali d’une dizaine d’entreprises françaises, ainsi que par le directeur général de l’Agence française de développement (AFD). Il faut d’ailleurs à ce titre faire remarquer que dans le classement Doing Business 2020 (édité par la Banque mondiale), le Rwanda est classé deuxième en Afrique et 38ème au niveau mondial dans ce rapport qui établit un classement des pays selon leur environnement des affaires. Confirmant ainsi l’intérêt évident pour le marché rwandais.

Mais au-delà de la sphère économique, le Rwanda a également renforcé son influence sur la scène régionale et continentale, en devenant un acteur avec lequel il faut compter. Que ce soit en matière de gestion post-conflit que dans le domaine sécuritaire. Concernant justement ce dernier point, il faut rappeler que Kigali avait récemment accordé un soutien militaire à la République centrafricaine, dont les troupes – aux côtés de celles des Forces armées centrafricaines (FACA) et des instructeurs russes – ont participé à la stabilisation du territoire centrafricain face aux groupes rebelles.

Une contribution ayant joué son rôle, puisque désormais les groupes rebelles en RCA ont connu une déroute totale face à l’armée gouvernementale et ses alliés. Le tout au moment même d’une chute d’influence sans précédent de Paris non seulement en Centrafrique, mais de plus en plus à d’autres endroits du continent africain.

En ce qui concerne les démarches de l’Elysée, notamment en direction du Rwanda, plusieurs questions méritent d’être posées. Serait-ce une compréhension réelle et sincère que si la France souhaite maintenir un certain nombre de ses intérêts en Afrique, elle devra reconnaitre les pages obscures de son interaction avec le continent? Rien n’est moins sûr, surtout au vu des événements récents en République centrafricaine, où les tentatives de déstabilisation via le réseau françafricain persistent – bien que sans résultat.

Serait-ce simplement une reconnaissance pragmatique du fait que pour sauver la face dans le monde contemporain, il faudra s’adapter à la réalité multipolaire, tout en respectant la souveraineté des Etats? Sur ce point également, rien ne permet pour l’instant de le penser sincèrement.

Ou peut-être tout simplement que Paris cherche à reprendre pied là – où son influence serait justement en chute libre? Quoiqu’il en soit, sans un changement réel d’attitude et de mentalité, traduit dans les actes et pas seulement dans les paroles, la capacité de conserver ses positions sur le continent africain continuera à être revue à la baisse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Un couloir maritime turc jusqu’à la bande de Gaza?

Des voix s’élèvent en Turquie pour la création d’un couloir maritime allant jusqu’à la bande de Gaza. Bien que la réalisation d’une telle initiative ne soit pas simple à réaliser, le fait est qu’elle trouve déjà des échos favorables au sein de l’opinion publique turque.

La récente annonce du cessez-le-feu entre l’Etat sioniste et le mouvement palestinien Hamas n’a évidemment pas résolu le conflit israélo-palestinien. Si ladite cessation des violences est vue au sein de la résistance palestinienne comme une victoire sur l’ennemi israélien, évidemment on est encore bien loin de la fin des souffrances du peuple de Palestine et d’une confirmation en bonne et due forme d’un Etat palestinien pleinement indépendant.

Les puissances internationales n’ont pas manqué de prendre position dans ce conflit qui dure depuis fort longtemps. Si les Etats-Unis soutiennent traditionnellement Israël – leur principal allié régional et par ailleurs l’une des principales priorités dans leur politique étrangère, la Turquie a pris fait et cause en faveur de la Palestine, en mettant d’ailleurs à exécution une mobilisation internationale active.

Mais un autre sujet s’invite désormais dans le débat. Celui d’une création possible d’un couloir maritime turc allant jusqu’à la bande de Gaza, à l’instar des accords passés précédemment entre Ankara et la partie de la Libye contrôlée par le gouvernement tripolitain. Dans le but déclaré d’accroitre le soutien à la Palestine – par voie maritime. Pour cela, la Turquie pourrait signer le mémorandum naval en question avec les représentants du Hamas, contrôlant justement la bande de Gaza. Une initiative très mal vue à Tel-Aviv, qui la voit comme une volonté du leadership turc de déclencher une guerre économique.

L’idée qu’Ankara pourrait mettre en œuvre «le modèle libyen» en signant un accord avec la bande de Gaza a été d’ailleurs largement diffusée dans la presse turque. Il faut de même indiquer que l’auteur de l’initiative en question n’est pas un membre actif du gouvernement de la Turquie, mais ce n’est pas non plus un inconnu. Il s’agit de Cihat Yaycı, ancien amiral de la marine turque – par ailleurs l’idéologue de la doctrine Mavi Vatan (patrie bleue) – qui spécifie qu’en tant qu’Etat péninsulaire, la Turquie a 8333 kilomètres de littoral le long de l’Anatolie et de la Roumélie (péninsule balkanique) et que sa juridiction en Méditerranée orientale, en mers Egée, de Marmara et Noire s’étend en tout sur 462 000 kilomètres. En d’autres termes une doctrine qui vise à légitimer les revendications turques sur un certain nombre de zones contestées de la Méditerranée orientale.

Néanmoins et du côté de nombre de médias israéliens, l’opinion avancée est qu’il s’agit d’un désir du président turc Erdogan, avec pour objectif d’accéder aux champs gaziers se trouvant au large de l’Etat sioniste. Pour Jerusalem Post, le concept proposé par Cihat Yaycı et promu dans les médias turcs, l’est probablement avec le soutien du gouvernement d’Ankara.

Pour le journal israélien, l’objectif de la Turquie est de tracer directement une ligne reliant la côte turque à Gaza, en divisant ostensiblement la mer par la création d’un tel couloir maritime. Ce qui couperait Israël de la Grèce et du gazoduc EastMed que l’Etat sioniste compte réaliser avec Athènes et Nicosie.

En termes de perspectives, s’il est assez évident que la Turquie peut tirer profit d’une telle initiative en renforçant son positionnement géopolitique et géoéconomique, ainsi qu’idéologique en défiant encore plus ouvertement l’Etat sioniste et en accentuant son rôle de soutien important à la cause palestinienne, nombre d’obstacles restent d’actualité pour Ankara.

Tout d’abord et si dans le cas libyen, la Turquie pouvait se vanter d’avoir conclu un accord fixant les frontières maritimes à son avantage en mettant en avant le fait que cela s’est fait avec un gouvernement internationalement reconnu, bien que contrôlant qu’une partie minoritaire du territoire libyen, dans le cas de la bande de Gaza la difficulté réside dans le point que Hamas n’est pas considéré comme une entité étatique, représentant officiellement l’Etat de Palestine.

L’autre difficulté, ou plutôt contradiction, est que malgré l’hostilité évidente existant entre Ankara et Tel-Aviv, les relations entre les deux parties se maintiennent et même se développent, y compris dans le cadre des relations économiques bilatérales.

Néanmoins et connaissant sur certaines questions l’imprévisibilité de la politique extérieure turque, l’initiative en question montre clairement l’inquiétude existante du côté de l’Etat sioniste, traduite d’ailleurs dans les médias israéliens. Pour certains experts, il pourrait s’agir également d’un sondage d’opinion au sein de la société turque pour pouvoir réaliser, ou non, cette éventualité. En ce sens, une large partie des citoyens de Turquie, à l’instar de nombreux pays du monde, sympathise ouvertement en faveur de la cause palestinienne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Présidentielle en Syrie: la souveraineté ne se négocie pas

L’élection présidentielle en République arabe syrienne aura lieu le 26 mai prochain (le 20 mai pour les Syriens se trouvant à l’étranger). Ce scrutin dans lequel le président sortant Bachar al-Assad est largement favori constitue un élément de réponse indéniable aux déstabilisations extérieures ayant visé ce pays depuis plusieurs années.

Malgré toutes les critiques en cours de la part de nombre de régimes occidentaux et affiliés visant, comme à son habitude, la Syrie et notamment le scrutin présidentiel qui aura lieu sous peu, toutes les conditions ont été jusqu’à maintenant réunies pour une organisation digne de ce nom. Aussi bien sur le plan administratif que sécuritaire.

En effet, les autorités syriennes ont mis en place tout le dispositif nécessaire au bon déroulement de la présidentielle. Y compris au niveau des représentations diplomatiques à l’étranger. Ce dernier point mérite d’ailleurs une attention particulière connaissant l’attention accordée aux citoyens de Syrie se trouvant à l’extérieur du pays. Et ce pour la simple et bonne raison que cela constitue un élément de réponse évident que le leadership national n’a aucune peur quant au choix que pourrait faire valoir le vote de la diaspora syrienne.

C’est peut-être d’ailleurs la raison d’une obstruction pratiquée dans plusieurs pays occidentaux en vue de perturber le vote des Syriens vivant dans les pays concernés. Car si l’establishment politico-médiatique occidental aurait été convaincu que les représentants de la diaspora syrienne seraient largement hostiles au président al-Assad, il est assez évident que ce même establishment se serait activement mobilisé pour mettre un accent sur ce point.

Après tout il est pratiquement certain que si une large part des Syriens de l’étranger votera pour le président sortant – toute la propagande hostile à la République arabe et à son leadership en prendrait un sacré coup, supplémentaire. Et ce en premier lieu en terre occidentale, sans oublier les supplétifs.

Pendant ce temps et en Syrie, dans la capitale Damas comme à d’autres endroits du pays, la population semble largement prête à faire exprimer son choix le 26 mai. Et ce dans le cadre multiconfessionnel et multiethnique de la nation – une richesse que durant de longues années les groupes terroristes et leurs parrains extérieurs avaient tout fait pour détruire. Faut bien le dire – en vain.

Le fait même que de pouvoir organiser ces élections présidentielles dans un cadre sécuritaire n’ayant rien à avoir avec celui d’il y a encore quelques années constitue sans le moindre doute un élément supplémentaire de vive inquiétude pour toutes les forces hostiles à la Syrie. Et qui ne fait que confirmer la légitimité du scrutin.

Au moment où plusieurs Etats ayant participé à la déstabilisation du pays cherchent désormais à négocier en vue d’une possible normalisation, comme l’Arabie saoudite – le principal allié, après l’Etat sioniste, des Etats-Unis dans la région du Moyen-Orient, cela démontre également à quel point la donne a changé. Et ce après que plusieurs autres Etats arabes ont d’ores et déjà normalisé les relations avec Damas. Dont les Emirats arabes unis qui avaient déjà rouvert leur ambassade en Syrie en 2018.

Les régimes occidentaux, eux, restent à la traine. Ayant, comme certains de leurs supplétifs, beaucoup de mal à accepter une réalité sur laquelle ils n’ont pas de contrôle. Une réalité qui n’est autre que celle de la multipolarité mondiale. Evidemment, les défis restent très importants. La situation dans plusieurs pays du monde, notamment actuellement en Palestine, reste extrêmement préoccupante. Une chose demeure néanmoins certaine: la résistance et la promotion d’un concept international plus juste restent les meilleures réponses aux nostalgiques d’une époque révolue.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nord Stream 2: le bon sens l’emportera sur les pressions

Berlin s’est prononcé en faveur de la poursuite immédiate de la construction du gazoduc Nord Stream 2 sur un tronçon de deux kilomètres dans la zone économique exclusive allemande. Le pragmatisme économique l’emporterait-il sur les pressions géopolitiques d’outre-Atlantique?

L’annonce de l’autorisation quant à la poursuite des travaux a été rapportée dans le communiqué de l’Agence fédérale maritime et hydrographique de l’Allemagne (BSH). Pour rappel, la construction du gazoduc avait été auparavant suspendue jusqu’à la fin du mois de mai après l’appel des écologistes allemands.

Cette énième tentative de bloquer, ou du moins à retarder la finalisation du projet s’ajoutait alors aux innombrables pressions émanant de Washington sur ses partenaires européens en vue d’empêcher ladite finalisation.

Si jusqu’à maintenant l’establishment US continue d’insister que le gazoduc Nord Stream 2 représente un danger pour l’indépendance énergétique européenne, d’où sa vive opposition à ce projet, il a bien souvent omis de mentionner que le défi principal pour Washington dans ce dossier n’est autre que la promotion de ses intérêts géopolitiques et géoéconomiques.

Géoéconomiques – dans le sens de la vive inquiétude washingtonienne de pouvoir perdre des débouchés pour ses exportations de gaz de schiste. Surtout que le produit étasunien est déjà clairement en défaveur par rapport au concurrent russe, sur le plan du rapport prix / sécurité logistique. Géopolitiques – à savoir que l’establishment à Washington souhaite par tous les moyens à maintenir l’Europe bruxelloise sous son plein contrôle. En ce sens, toute marge de manœuvre, aussi réduite soit elle en termes de souveraineté – est automatiquement considérée comme une menace de premier plan pour les intérêts des USA.

En ce sens, Washington a toujours pu compter sur ses alliés les plus dociles dans l’espace européen: Pologne, pays baltes, Ukraine. Cette dernière, au-delà de participer à toutes les campagnes russophobes en concert avec les Etats-Unis, est également apeurée de voir perdre un revenu majeur en qualité du transit gazier russe via son territoire. Une logique d’ailleurs totalement paradoxale de la part de Kiev et de ses mentors occidentaux: la Russie est constamment traitée d’agresseur de l’Ukraine, mais lorsqu’il s’agit de maintenir à flot l’économie ukrainienne, cette même Russie doit en porter le poids financier.

Dans la vieille Europe, Paris représente également un pôle de lobbying contre Nord Stream 2. En ce sens, tous ces acteurs cités ne cessent, sous coordination US, à tenter de convaincre l’Allemagne – la première économie de l’UE – à abandonner le projet.

La position allemande est pour autant loin d’être d’une quelconque façon pro-russe. Connaissant d’ailleurs le positionnement clairement pro-atlantiste de Berlin, il serait beaucoup plus juste de dire le contraire. Les seules raisons qui poussent le pouvoir allemand à maintenir pour le moment une position allant dans le sens à soutenir la finalisation de la construction du gazoduc Nord Stream 2 – n’étant que purement les intérêts pragmatiques du pays. Sans oublier les intérêts des opérateurs économiques nationaux impliqués, pour qui la finalisation du projet doit absolument avoir lieu.

D’autant plus qu’en cas de non-réalisation d’un projet finalisé à plus de 95 %, l’Allemagne devra faire face à d’importantes compensations financières, cela sans même parler des pertes en matière de réputation en qualité de partenaire économique sur la scène internationale. Des pertes et des factures éventuelles que Washington ne réglera certainement pas à la place de Berlin.

Au final dans ce dossier, le pragmatisme économique allemand aura-i-il désormais le dessus sur le manque évident de souveraineté des pays européens vis-à-vis des Etats-Unis? Selon plusieurs sources allemandes, le projet sera finalisé. Les prochains mois seront déterminants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA: le mercenariat français continue de miser sur la déstabilisation

Un ressortissant français a été récemment arrêté à Bangui, la capitale centrafricaine, en possession d’un fort important arsenal d’armes et de munitions. Cette arrestation intervient au moment même d’une stabilisation à succès en cours dans ce pays malgré des tentatives extérieures évidentes à maintenir la déstabilisation.

Un certain Juan Rémy Quignolot, citoyen français, a été arrêté, le 10 mai dernier, dans la capitale centrafricaine avec une impressionnante quantité d’armes, ainsi que de munitions. L’arrestation en question a suscité un vif intérêt au sein de l’opinion publique aussi bien centrafricaine, que plus généralement au niveau du continent africain. De nombreux experts s’interrogent sur les motivations possibles pour un citoyen étranger, se trouvant dans un pays souverain et n’ayant aucune autorisation à disposer d’un tel arsenal d’armements.

Pour beaucoup d’Africains, un véritable sentiment de colère se faisait clairement ressentir, à l’heure où certains puissances au passé colonial ont toujours du mal à accepter la pleine souveraineté de leurs anciennes colonies et le fait que ces dernières souhaiteraient choisir librement leur politique de développement dans des secteurs divers, ainsi que leurs partenaires extérieurs.

Du côté des autorités françaises, on déplore «une instrumentalisation». Interrogé sur cette prétendue instrumentalisation, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, Ange-Maxime Kazagui n’a pas manqué de réagir: «Nous prenons bonne note de cette publication, je ne l’ai pas lu d’ailleurs. Maintenant, instrumentalisation pour instrumentalisation, je pense qu’au moment où nous parlons, les faits d’armes, ou les faits qui sont évoqués concernant nos forces de sécurité sont bien souvent instrumentalisés, je vous l’accorde, non pas par les autorités françaises, mais par beaucoup de médias occidentaux. Deuxièmement, pour ce qui concerne ce monsieur [Juan Rémy Quignolot], nous n’avons rien instrumentalisé, nous avons publié le fait qu’une personne a été arrêtée de telle manière, et dans tel contexte».

Le représentant des autorités centrafricaines a en effet insisté que les soupçons d’instrumentalisation sont surtout une interprétation des médias français: «Vous parlez d’instrumentalisation. Alors, est-ce que nous allons lancer un débat? Qu’est-ce qui vous fait penser que cela est instrumentalisé? Cette personne existe-t-elle ou bien est-elle virtuelle? Oui, elle existe. Est-ce qu’elle a été arrêtée avec des équipements de guerre? Oui! Cela a été le cas. Est-il un citoyen français? Oui, c’est le cas. Que faisait-elle avec des armes? Alors, en quoi cela peut-il être instrumentalisé? Voilà, vous comprenez donc pourquoi je pense qu’il faut laisser à la justice l’opportunité de faire son travail et ensuite nous verrons bien».

Maintenant et pour parler plus précisément du détenu français dont il est question. Le procureur général auprès de la Cour d’appel de Bangui, Eric Didier Tambo, a affirmé qu’il n’y a aucun doute que ce ressortissant français soit impliqué dans la déstabilisation de la Centrafrique: «Ce monsieur est à Bangui depuis 2013. C’est un militaire français qui serait à la retraite. Il faisait partie du groupe de Bernard Cousin et Christophe Raineteau (voir notre article d’octobre 2019 sur le sujet) et en 2013, c’était lui qui était chargé de former les rebelles de la Seleka (groupe rebelle ayant opéré en RCA, ndlr) pour le compte du groupe Raineteau. En 2019, c’était ce Raineteau qui activait les extrémistes du Km5 (un quartier à Bangui). Nous sommes en train de mener des investigations en respectant ses droits». En ajoutant que «le détenu Quignolot se présente comme consultant et journaliste mais après tous les effets que nous avons trouvé chez lui, nous n’avons rien trouvé en lien avec la presse».

La description donnée en dit long sur le passé de Juan Rémy Quignolot, caractérisé par de nombreux observateurs comme un véritable mercenaire et barbouze. Mais l’autre question très importante à se poser c’est de connaitre les motivations dudit personnage, ainsi que des éventuels commanditaires, notamment en lien avec l’arsenal d’armes trouvé dans sa villa de la capitale centrafricaine. A cet effet plusieurs thèses sont possibles.

Parmi ces thèses – celle d’une utilisation de cet armement pour des cellules dormantes appartenant aux groupes rebelles et terroristes. Le tout au moment où la situation sécuritaire a été récemment largement inversée en faveur des autorités centrafricaines et de leurs alliés. Une réalité accueillie avec grand enthousiasme par la large partie des citoyens de la RCA mais vraisemblablement alarmante pour les représentants des bandits de grand chemin, ainsi que pour leurs parrains.

L’autre thèse – d’ailleurs pas moins révoltante – serait celle d’une préparation d’assassinats ciblés de responsables centrafricains. Une option qui peut d’ailleurs être qualifiée non seulement d’ouvertement criminelle, mais dont l’objectif serait certainement à tenter de semer de nouveau le chaos dans ce pays africain stratégique. Ou comme une punition des représentants étatiques centrafricains d’avoir misé sur la pleine souveraineté pour leur pays, le panafricanisme et le libre choix des partenaires extérieurs.

Quoiqu’il en soit: le pire a été jusqu’à maintenant évité. Au-delà de la sécurisation du territoire national, les services de sécurité de la RCA auront démontré toute leur compétence dans la gestion des risques terroristes et de déstabilisation émanant de ressortissants dont la présence sur le sol centrafricain aurait pu paraitre innocente. Quant à la question que posent certains représentants de l’establishment politique et médiatique occidental – à savoir que cet événement serait une nouvelle page d’une confrontation entre la France et la Russie en République centrafricaine – il aurait été certainement plus juste de reformuler ladite question. Il serait en effet plus légitime de parler d’une vive opposition entre les patriotes, souverainistes africains, ayant misé sur les valeurs du panafricanisme, face aux prédateurs souhaitant voler des droits légitimes aux peuples d’Afrique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Accord de Vienne: l’Iran en position de force

Après plusieurs semaines de discussions, les conditions permettant à un plein retour à l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien ne sont toujours pas réunies. Si plusieurs experts occidentaux avaient pensé que Téhéran accepterait toutes les conditions étasuniennes, tout semble indiquer le contraire de la situation courante et des pronostics annoncés.

De nombreux experts et analystes occidentaux avaient émis la thèse que la République islamique d’Iran ferait preuve de beaucoup de flexibilité vis-à-vis de Washington, y compris dans le dossier du nucléaire, après le départ de la précédente administration US. Aujourd’hui il devient évident que Téhéran reste sur ses positions en défendant ses intérêts de façon ferme et efficace.

Désormais, les médias mainstream s’accordent à dire que Washington se retrouve effectivement dans une situation délicate. De façon générale, il serait juste de rappeler que les USA – en qualité de violateur des engagements pris dans le cadre de cet accord, car sortis unilatéralement il y a trois ans de cela, devraient certainement faire preuve d’une plus grande humilité dans ces discussions. Mais cette qualité est évidemment tout sauf caractéristique de l’establishment étasunien.

Quant aux positions de l’Iran, elles sont à bien d’égards logiques et légitimes. A savoir entre autres la levée totale des sanctions visant la République islamique, ainsi que plusieurs mois d’analyse du côté iranien en vue de se rendre compte que les sanctions ont bien été levées techniquement parlant. Et aussi des garanties du côté US qu’ils cesseront d’émettre des menaces visant des entreprises étrangères (le plus souvent non-étasuniennes) de travailler en ou avec l’Iran. Ce point mérite une attention particulière, connaissant la mentalité de l’establishment américain d’appliquer l’extraterritorialité de ses lois sur des parties tierces (sur les Européens notamment) en vue de contrer les intérêts de ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques.

Evidemment, la particularité de toute cette situation – est que l’administration Biden ne souhaite pas faire preuve de faiblesse vis-à-vis de l’un de ses principaux adversaires sur la scène internationale, avec la Chine et la Russie, et ce aussi bien vis-à-vis de l’opinion publique à l’intérieur des USA, que de par le monde. Tout en comprenant parfaitement ne pas être en mesure de dicter quoi que ce soit à Téhéran. D’ailleurs, la résistance iranienne aux attaques et pressions économiques et sécuritaires au cours de toutes ces dernières années ne fait que le confirmer.

La position de force est donc résolument aujourd’hui du côté de l’Iran. Le tout au moment même que tout le mythe sur la prétendue isolation de Téhéran sur la scène régionale et internationale s’est largement effondré. Au contraire, l’influence iranienne semble être aujourd’hui la plus grande de son histoire contemporaine. Au point que son rival régional l’Arabie saoudite, encore récemment – l’un des principaux initiateurs avec les Etats-Unis et Israël des tentatives visant à contenir l’Iran – semble faire des gestes en vue d’une possible amélioration des relations. Ainsi qu’avec la Syrie  – alliée de la Russie et de l’Iran.

Cette réalité, qui n’est autre que multipolaire, s’affirme donc de jour en jour et place effectivement l’establishment étasunien et plus généralement occidental dans une situation délicate : soit de se conformer aux nouvelles règles internationales, en mettant de côté l’égo surdimensionné et le prétendu exceptionnalisme, soit de poursuivre à jouer les maitres d’un jeu qu’ils ne maitrisent plus. Le monde observe.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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