Archives pour la catégorie géostratégie

La multipolarité, c’est aussi en économie!

La multipolarité, c’est aussi en économie!

L’Occident, par ses sanctions, a finalement accéléré un processus qui a bénéficié à Moscou: l’économie russe a gagné en attractivité, en diversité et en dynamisme. Raison pour laquelle de nombreux pays se tournent désormais vers la Russie, sonnant le glas de certaines positions hégémoniques des USA.

Nous vivons dans un monde de concurrence. Et plus la multipolarité du système régissant les relations internationales continuera de se renforcer, plus la concurrence augmentera entre les différents acteurs du monde. Dans ce contexte, ceux qui s’étaient habitués à avoir des positions quasi-hégémoniques dans certains secteurs et certaines zones géographiques vont devoir assez rapidement revoir leur enthousiasme à la baisse.

Une chose est néanmoins assez sûre: les relations entre la Russie et l’Occident ne seront probablement plus jamais les mêmes. Cela est d’ailleurs de plus en plus admis par le gouvernement russe, même de la part de ceux qui ont toujours cherché à développer ces relations. Au-delà d’avoir boosté (malgré eux) l’économie russe dans plusieurs secteurs d’activités, il y a d’autres points importants qu’il faut noter en ce qui concerne l’avenir des relations avec nos «partenaires» de l’Occident.

Tout d’abord, même ceux qui aujourd’hui en Russie ont longtemps regardé en direction de l’Ouest, regardent désormais, ne serait-ce que par pragmatisme, vers l’Est et vers le Sud. Quant aux parts de marché perdues par un certain nombre de sociétés occidentales en Russie du fait des contre-sanctions russes, elles ne seront probablement jamais retrouvées.

Mais c’est loin d’être tout. Les pays occidentaux ont poussé la Russie à l’autosuffisance dans plusieurs domaines avec le régime de sanctions adoptées à son encontre. C’est, notamment le cas dans le secteur agricole, qui a connu un développement sans précédent, de l’aveu même des médias mainstream. Ensuite, l’Occident a aussi permis, à son corps défendant, à des pays non-occidentaux d’occuper rapidement la niche fermée aux produits en provenance des pays ayant lancé les sanctions antirusses et d’élargir en conséquence leur présence sur ce grand marché.

Enfin, ces pays vont avoir la Russie comme sérieux concurrent dans des domaines et des zones géographiques où les élites occidentales pensaient s’être imposées à jamais, surtout depuis l’éclatement de l’URSS.

À tort, car le plus intéressant ne fait que commencer.

En effet, la Russie ne se limitera pas à continuer sur la voie de l’autosuffisance et de la diminution de sa dépendance aux technologies occidentales pour sa production intérieure. Elle compte bien devenir un concurrent de premier plan pour les intérêts occidentaux dans des domaines où l’Occident avait l’habitude de dominer. Une démarche qui ne concerne pas que l’industrie de l’armement, qui depuis sa modernisation sous l’ère Poutine et la démonstration de ses capacités en Syrie a le vent en poupe aux quatre coins du monde.

Le président russe a récemment déclaré deux choses importantes. La première est qu’il faut mettre l’accent sur le développement des nouvelles technologies en utilisant au maximum le potentiel des cerveaux russes, qui ne manquent heureusement pas. Et que d’autre part, le temps était venu de diminuer largement la part des technologies produites à l’étranger pour les remplacer par celles créées justement par ces cerveaux, de plus en plus jeunes d’ailleurs.

Cela signifie qu’il ne faudrait pas s’étonner de voir, dans un avenir proche, la Russie exceller non seulement dans les exportations d’armements sophistiqués, mais aussi par exemple de produits IT, comme d’ailleurs le fait déjà avec grand succès une entreprise de portée mondiale comme Kaspersky Lab.

La Russie s’éloigne donc résolument de son précédent modèle économique, basé sur l’exportation de pétrole et de gaz et l’importation de pratiquement tout le reste, pour adopter une diversification de sa production et de ses exportations. Une diversification qui est aussi géographique. Si dans les premières années de la Russie post-soviétique et jusqu’au début des années 2000, les relations extérieures «prioritaires» étaient très principalement axées sur l’étranger dit «proche», à savoir les voisins de l’ex-URSS et le développement des relations avec l’Occident, on assiste depuis à une véritable révolution en ce sens.

Certains d’ailleurs y voient le retour aux meilleures années de la Guerre froide. Mais la question n’est même pas là. La réalité est simplement qu’un grand nombre de pays asiatiques, latino-américains ou africains souhaitent renforcer largement leurs relations avec Moscou. C’est un fait aujourd’hui qu’il serait absurde de nier. Un souhait partagé par Moscou et qui ne se limite plus à une zone particulière, bien que l’espace eurasiatique représente évidemment un axe prioritaire.

La Russie adopte une approche véritablement globale sur les affaires du monde, qu’ils soient d’ordre politique ou économique.

En ce sens, certains pays vont devoir rapidement oublier qu’il existe des «pré-carrés». Car les nations du monde, surtout celles longtemps exploitées et non-respectées par les Occidentaux, iront indéniablement dans le sens de la prise en main de leur destin, vers le renforcement de leur souveraineté et le soutien au monde multipolaire. Et pour cela, ils sauront choisir les partenaires qu’ils leur conviendront le mieux. Nous avons déjà notre petite idée.

Après tout, cela est d’ailleurs logique et juste: un espace représentant moins de 10% de la population mondiale ne pourra tout simplement plus dicter au reste de l’humanité la façon dont celui-ci doit vivre et penser, surtout compte tenu des nouvelles réalités. Une page de plusieurs siècles sera alors définitivement tournée. Le processus, lui, a déjà été lancé et suit son cours naturel.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709211033151621-economie-multipolarite/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Publicités

Edouard Bizimana: «Je salue la Russie qui s’est dressée contre ce comportement voyou occidental»

le Dr Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi et Vladimir Poutine

Dans la suite de notre entretien avec Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi en Russie évoque la situation de son pays, et plus largement des pays africains, sur l’échiquier mondial. Pour Edouard Bizimana, le constat est clair: le développement de l’Afrique passe par la multipolarité.

 

Sputnik: On a l’impression que depuis l’échec de la tentative de faire tomber le gouvernement légitime de Syrie, les gouvernements de plusieurs pays occidentaux souhaitent malgré tout poursuivre dans la voie de la déstabilisation d’autres nations. Le Venezuela a été récemment visé. Mais vraisemblablement le Burundi l’est également. Qu’en pensez-vous?

Edouard Bizimana: J’ai l’impression qu’il y a des pays occidentaux qui veulent se (re) construire sur les décombres des autres. Il est devenu clair que tous les prétextes sont bons pour ces pays pour faire tomber tel ou tel régime afin de mettre la main sur les richesses du pays. Les conséquences des guerres provoquées ne les émeuvent pas, car ce qui importe pour eux ce sont ces richesses.

Quand on voit actuellement les milliers d’Africains mourir en Méditerranée, des milliers et des milliers de Syriens, d’Irakiens et d’Afghans prendre le chemin de l’exil et l’hypocrisie de certains pays occidentaux prétendant vouloir aider ces réfugiés, alors que ce sont ces mêmes pays qui sont à l’origine du chaos dans les pays d’origine des réfugiés, je me demande pourquoi le monde ne se lève pas pour dire non.

Je salue ici le courage de la Fédération de Russie qui a eu le courage de se dresser contre ce comportement voyou de certains pays occidentaux, qui créent de l’instabilité et du chaos dans le monde. N’eût été l’intervention de la Russie, la Syrie serait déjà tombée aux mains des terroristes. C’est cette agressivité et l’ingérence illimitée dans les affaires intérieures des États qui poussent certains d’entre eux à se lancer dans une course aux armements pour se protéger contre cet impérialisme d’un autre âge. Le cas de la Corée du Nord est là pour rappeler la triste réalité.

Ce qui se passe au Venezuela est loin d’être une affaire interne, comme certains aiment le répéter pour distraire l’opinion. La volonté de certaines puissances occidentales de changer le régime en place au Venezuela n’est qu’un secret de Polichinelle caché dans un tiroir. Le Burundi en a fait l’expérience et ce sont toujours les pyromanes qui se transforment en sapeurs-pompiers sous la casquette de bienfaiteurs, de défenseurs des droits de l’homme et de donneurs de leçons.

Sputnik: Depuis votre nomination au poste d’ambassadeur en Russie (après avoir occupé ce poste en Allemagne), on observe une dynamisation des relations russo-burundaises, et ce dans différents domaines: commerce, investissements, formation des cadres, Défense, entre autres. On a suivi la participation de plusieurs hauts cadres burundais à différents grands événements tenus en Russie. Peut-on aujourd’hui parler d’une alliance de votre pays avec la Russie? Ou est-ce encore en cours d’élaboration?

Edouard Bizimana: Depuis un certain temps, les relations entre le Burundi et la Fédération de Russie connaissent un élan extraordinaire, même si elles ont été toujours très bonnes. Depuis mon arrivée à Moscou, j’ai bénéficié d’un soutien accru des autorités russes et cela m’a permis d’entamer de nouveaux chantiers. Des efforts particuliers sont en train d’être faits pour rendre plus dynamiques les relations économiques entre le Burundi et la Fédération de Russie. La coopération avec les régions est un autre aspect qui bénéficie de beaucoup d’attention. En outre, la promotion des relations culturelles entre nos deux pays reste l’une de mes priorités.

Le nombre d’accords de partenariat ou de coopération déjà signés en l’espace d’une année, les visites de haut niveau qui ont eu lieu et à venir, le nombre de sociétés et d’investisseurs russes qui ont déjà commencé leurs activités au Burundi montrent bien qu’il y a un nouveau chapitre des relations russo-burundaises qui s’ouvre. Il faut noter que tout cela est rendu possible par une convergence d’intérêts, de valeurs et de vision du monde entre le Burundi et la Fédération de Russie sur pas mal de questions de portée internationale. Il y a donc une relation stratégique gagnant-gagnant qui se construit entre les deux pays et qui ne serait possible que grâce à cette convergence.

Sputnik: Le Burundi, bien qu’étant un petit pays, a vraisemblablement misé sur la défense de sa souveraineté jusqu’au bout et le soutien au système multipolaire du monde. Aujourd’hui, d’autres pays africains se trouvent face à un choix: garder le système existant de domination par des puissances étrangères (occidentales) ou prendre une autre voie. On voit aussi qu’au niveau de la société civile de plusieurs pays africains, la mobilisation pour justement choisir cette autre voie se renforce de jour en jour. On a notamment suivi récemment les manifestations au Mali contre la présence militaire française et pour une alliance avec la Russie. Que vous inspirent ces processus et quel est votre pronostic pour la suite?

Edouard Bizimana: Eu égard au principe de l’égalité juridique des États, il n’y a pas de petits ou de grands États. On pourrait néanmoins dire qu’il y a des États de dimensions géographiques réduites, le Burundi en fait partie. C’est, à mon avis, cette nuance que beaucoup ne parviennent pas encore à comprendre et la conséquence de cela est l’unilatéralisme observé dans la conduite des affaires du monde. Le Burundi a déjà compris cela et fait valoir le statut que lui confère le fait d’être membre à part entière de la communauté internationale en tant qu’État souverain. Il n’y a donc personne, aucun État aussi puissant soit-il, ne peut et ne doit imposer aux autres la marche du monde. Certains États tentent de le faire en bafouant le droit international qui doit régir les relations entre acteurs de la scène internationale et le résultat, on le voit: le chaos partout, Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Yémen, terrorisme, guerres, déplacements forcés des populations, catastrophes humanitaires, etc.

Constatons que certains pays, africains surtout, se trouvent face à un dilemme: suivre la marche du monde, qui tend plus vers la multipolarité, ou garder le statu quo sous peine de se voir détruits par les puissances occidentales qui les exploitent sans scrupule et les gardent dans un état de dépendance permanent. Évidemment, toute tentative d’émancipation est punie de la peine capitale: le cas de Gbagbo, de Kadhafi, de Sankara, etc. sont plus qu’éloquents.

L’Afrique de l’Ouest et centrale, confrontées à une exploitation de la France avec le franc CFA donnent à réfléchir. Toute tentative d’émancipation monétaire de ces pays donne lieu à des représailles sans merci, car la France ne pourrait pas vivre sans les ressources que lui versent ces pays. La plupart de ces pays sont devenus incapables de défendre leur territoire national et c’est la France qui doit assurer leur protection.
La plupart de ces pays sont exposés aux attentats terroristes et à des mouvements d’humeurs pouvant balayer un régime en quelques jours: Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Niger, Cameroun, etc. La prolifération, sous forme de génération spontanée, de groupes terroristes et de groupes rebelles dans certains pays africains ne serait pas étrangère à la volonté de certaines puissances occidentales de maintenir des pays sous leur domination pour alimenter leurs économies. L’accès aux ressources stratégiques comme l’uranium (Niger et Mali) et l’or (Mali) serait à l’origine de la situation délétère qui s’observe en Afrique occidentale et centrale. Pour arriver à une telle situation, il a fallu détruire la Libye de Kadhafi et lâcher dans la nature des milliers et des milliers d’armes.

Il est donc temps pour ces pays de briser les chaînes du colonialisme, peu importe le prix à payer. Cela demandera des sacrifices et un engagement sans faille comme au temps des luttes pour l’indépendance. Le Burundi a déjà compris cela et sa lutte s’inscrit dans cette logique d’émancipation de l’exploitation occidentale pour jouir pleinement de ses ressources, de décider seul de ses choix politiques, économiques et sociaux, qui tiennent compte des besoins de la population burundais.

Il est intéressant de voir comment la société civile dans certains pays, comme le Mali, le Sénégal, commence à se rendre à l’évidence de cette nouvelle forme de colonialisme pour exiger des changements profonds. On a vu de jeunes Maliens et Sénégalais se lever pour dire non au franc CFA, pour manifester contre la présence des troupes françaises, etc. ce qui constitue un signe de ras-le-bol. Il est probable que les Maliens ont vu les images, largement partagées par les réseaux sociaux, de soldats français en train de creuser le sol pour extraire de l’or alors qu’ils sont supposés être en train de lutter contre les terroristes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709141033045050-bizimana-ambassadeur-burundi-situation/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Exclusif: Crimes contre l’humanité au Burundi? L’ambassadeur démonte le rapport de l’Onu

Edouard Bizimana

La Commission d’enquête des Nations unies sur le Burundi a publié un rapport qui demande à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter «sans délai» sur les «possibles crimes contre l’humanité» dans ce pays d’Afrique de l’Est. Dans un entretien exclusif accordé à Sputnik, Edouard Bizimana, ambassadeur du Burundi en Russie, réagit.

Sputnik: M. l’ambassadeur, quelle est votre réaction à la lecture du rapport de la Commission d’enquête des Nations unies sur le Burundi?

Edouard Bizimana: D’emblée, je dirais que ce n’est pas un rapport, car le document souffre de beaucoup de lacunes, tant au niveau du contenu qu’au niveau de la méthodologie utilisée. C’est un document rempli de contrevérités et de contradictions. Il est étonnant de lire des affirmations comme quoi il existe des attaques «généralisées et systématiques contre la population civile», comme pour dire que le Burundi brûlerait.

Ce n’est pas le cas actuellement, mais on comprend bien ces affirmations gratuites d’une part parce que ces «experts» n’ont pas mis les pieds sur le territoire burundais et d’autre part parce qu’ils veulent se venger contre les autorités burundaises, qui leur ont refusé l’accès au territoire. Vengeance aussi de la Cour pénale internationale et des autres puissances occidentales, qui cherchent à utiliser cette cour pour atteindre leurs objectifs. En effet, le Burundi reste le seul pays qui a confirmé son retrait du Statut de Rome et cela constitue un précédent très préjudiciable à la Cour et aux puissances occidentales qui la financent et l’utilisent.

Un document truffé de contradictions: le point 40 du rapport parle du fait que les «experts n’ont pas visité le Burundi», mais affirment qu’ils ont trouvé des détentions arbitraires. Le point 97 est contredit par le point 108: au moment où la commission semble ignorer totalement le principe de complémentarité, elle recommande aux Nations unies de fournir une assistance technique aux autorités burundaises afin de mener des enquêtes crédibles et indépendantes.

Les points 86 et 99 se contredisent: dans ces points, la commission demande aux autorités burundaises d’enquêter sur les violations des droits de l’homme et au même moment, elle demande à la Cour pénale internationale d’ouvrir une enquête dans les plus brefs délais sur les crimes commis au Burundi.

La commission affirme avoir recueilli des informations sur des attaques ciblées des groupes armés contre des postes de police et de l’armée (point 28) et sur des attaques d’envergures en juillet 2015 et décembre 2015, mais la commission n’a pas été en mesure de recueillir des informations sur des attaques contre les civils par les groupes organisés et se justifie en évoquant le fait qu’elle n’a pas été autorisée à se rendre au Burundi: il faut dire que de tels arguments prouvent à suffisance que la commission n’est pas auteur du «rapport». Elle est là pour condamner une partie et blanchir l’autre et ça, ne devrait pas être la mission d’une commission. Les groupes qui ont attaqué le Burundi n’étaient pas sans armes et ont fait des victimes. Les grenades lancées dans les bars, dans les marchés, dans les lieux publics, des personnes brûlées vives sont l’œuvre de ces groupes. Comment alors la commission a-t-elle pu avoir des informations sur une partie sans se rendre sur le terrain et ne pas en avoir sur l’autre partie?

Au moment où la commission affirme que «dans certains cas, des agents de police auraient agi à la suite d’actes de violence de manifestants ayant entraîné la mort de policiers et de membres du parti au pouvoir» (point 29), elle ne trouve pas opportun de documenter ces crimes (que la commission qualifie d’actes de violence) et se contente seulement de condamner les forces de l’ordre et de sécurité, qui apparemment n’ont même pas le droit de se défendre quand elles sont attaquées.

Les points 31 et 36 démontrent bien le côté penchant et la volonté de la commission de diviser les Burundais: au point 31, la commission attribue avec certitude l’assassinat d‘un officier supérieur aux services de l’État pour semer la division au sein des forces de défense, mais quand il s’agit des crimes qui ont visé les membres du gouvernement ou des personnes supposées être «proches du pouvoir», la commission reste dubitative (point 36).

Enfin, le «rapport» souffre d’une globalisation qui cache mal une volonté de la commission de nuire au peuple burundais (point 44). La commission parle toujours dans la globalité quand elle parle des imbonerakure, des membres du service de renseignement, de magistrats et des policiers. Elle ne parvient pas à coller des noms sur des actes alors que l’on sait que plusieurs policiers responsables d’actes répréhensibles par la loi ont été emprisonnés et même radiés de la police.

Bref, le rapport n’a aucune crédibilité et semble avoir été rédigé par l’opposition et non par des experts. La commission s’efforce de couvrir les crimes commis par l’opposition et les groupes armés tout en condamnant d’avance le gouvernement burundais et ses services, ce qui justifie son appel lancé à la CPI d’ouvrir une enquête sur le Burundi.

Sputnik: Que compte entreprendre le gouvernement de votre pays pour répondre aux accusations émises par les rapporteurs onusiens?

Edouard Bizimana: L’opinion et les Nations unies doivent savoir que la protection des droits de l’homme reste une priorité du gouvernement du Burundi. C’est pour cela que les personnes qui se sont rendues coupables d’une quelconque violation de ces droits ont été traduites devant la justice. J’ai évoqué des cas d’agents des forces de défense et de sécurité et d’autres citoyens qui sont aux mains de la justice.

Le gouvernement du Burundi reste disposé à œuvrer dans le sens de protéger davantage les droits de l’homme, de collaborer avec les Nations unies et ses agences, mais dans le strict respect de la loi et de la souveraineté du Burundi. Le Burundi n’est pas un État voyou, mais un État respectueux des droits de l’homme et du droit international. Dans ce sens, il a des droits et des obligations en tant qu’État souverain et son engagement dans la lutte contre le terrorisme s’inscrit dans cette perspective.

En termes de collaboration, le procureur Fatou Bensouda a demandé au gouvernement burundais des informations dans le cadre de l’examen préliminaire ouvert par la CPI. Le gouvernement burundais lui a transmis, le 1er juin 2017, toutes les informations demandées. Et comme l’a clairement exprimé le procureur général de la République du Burundi, l’ouverture d’une enquête sur le Burundi dans les conditions actuelles par la CPI violerait le principe de la complémentarité, un principe fondateur du Statut de Rome. Le Gouvernement du Burundi a manifesté sa volonté de documenter les crimes commis, de poursuivre leurs auteurs et de les juger.

Le 31 août 2017, l’assemblée nationale a adopté à l’unanimité la résolution portant création d’une commission spéciale de vérification du contenu du rapport de la commission d’enquête sur le Burundi mis en place par le conseil des Droits de l’homme des Nations unies. Tous ces efforts montrent bien que les institutions burundaises prennent la question des droits de l’homme très au sérieux et sont prêtes à collaborer avec les Nations unies, mais dans le strict respect de la souveraineté nationale, c’est-à-dire, sans pression, sans menace et sans intimidation de qui que ce soit. Toute action qui serait entreprise sans concertation n’aura pas d’effet, car le peuple burundais n’est pas prêt à renoncer à sa dignité et à sa souveraineté.

Sputnik: Le Burundi ne reconnaît de facto plus, depuis l’annonce faite en octobre 2016 sur le retrait de la CPI, l’autorité de cette instance. De ce fait, que peut entreprendre cet organisme à l’encontre du Burundi? Et quelles seraient les mesures de rétorsion éventuelles de votre part?

Edouard Bizimana: Le Burundi n’est plus membre de la CPI depuis octobre 2016 et toute action que la Cour engagera contre le Burundi en dehors des règles qui régissent le droit international sera sans effet.

Sous pression de certaines puissances occidentales, qui financent la Cour et qui veulent provoquer le chaos au Burundi et dans la région, comme cela a été le cas en Libye, la CPI peut se lancer dans une aventure contre le Burundi. Mais cette aventure aura des conséquences fâcheuses sur ce qui reste de sa crédibilité. Le Burundi étant le seul pays qui a confirmé son retrait du Statut de Rome, la Cour pourrait se sentir humiliée par cette décision et pourrait être poussée à se venger contre les autorités burundaises en ouvrant une enquête contre le Burundi.

La Cour pourrait aussi, en complicité avec certains leaders de la société burundaise, ceux-là mêmes qui ont poussé les gens dans la rue dans des manifestations violentes, ainsi que certains membres de l’opposition, fabriquer des rapports farfelus contre le Burundi. Mais tout cela ne ferait que décrédibiliser la Cour.

Je ne parlerais pas de mesure de rétorsion, car le Burundi ne cherche de confrontation avec personne. Le Burundi défendra sa souveraineté et sa dignité dans le strict respect du droit international et de ses engagements internationaux.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709131033024529-burundi-crimes-contre-humanite-onu-rapport/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le monde arabe se convertit à la multipolarité

Damas

Alors que la Syrie est en passe d’éradiquer la menace terroriste qui menaçait le pouvoir légal et l’intégrité territoriale du pays depuis plusieurs années, des changements évidents s’opèrent dans la région.

Les succès des alliés de la Syrie, notamment de la Russie, replacent celle-ci au centre du jeu moyen-oriental, au plus grand bénéfice de la multipolarité.

L’armée gouvernementale syrienne, appuyée par la Russie, poursuit à rythme élevé son offensive contre la secte Daech, toujours plus à l’est du territoire national, avec l’objectif clairement annoncé: libérer complètement la ville de Deir ez-Zor et la province éponyme. Conséquence de ces offensives: la Syrie retrouve progressivement la paix et la stabilité. Le travail n’est pas encore terminé, comme l’a récemment rappelé le président al-Assad, s’exprimant devant les cadres diplomatiques syriens. Même vaincu, le terrorisme compte poursuivre ses actes à travers des cellules dormantes. C’est un défi global auquel il faut être prêt et prendre les mesures nécessaires, en coordination avec les pays alliés. Une chose est néanmoins certaine: la Syrie n’est pas tombée et ne tombera pas. C’est le résultat direct de la résistance du peuple syrien aussi bien face au terrorisme qu’au néocolonialisme qui voulait abattre la souveraineté de cette ancienne nation.

Les alliés de la Syrie ont évidemment joué aussi un rôle de premier plan dans cette reconquête du territoire national face au terrorisme international. Ces alliés sont connus: Russie, Iran, Hezbollah libanais. Chose surprenante et passée sous silence par les médias mainstream: c’est seulement en deux ans d’intervention de la Russie en Syrie, à la demande du gouvernement syrien, que Daech a commencé à très sérieusement reculer, au point d’être aujourd’hui tout simplement acculé de tous côtés.

Alors comment se fait-il que durant la campagne de la large «coalition» US, qui agit depuis 2014 sans le consentement du gouvernement syrien, Daech n’ait fait qu’avancer et jamais reculer? Comment se fait-il qu’en ayant un nombre de matériels (notamment d’avions de combat) beaucoup plus important que la Russie, que la prétendue coalition ait réalisé plusieurs fois moins de frappes contre les terroristes de Daech que les forces aérospatiales russes?

Les médias occidentaux et consorts se gardent bien de poser ces questions embarrassantes, encore moins d’y répondre. Chacun a déjà ou se fera sa propre opinion. D’ailleurs, leur relatif silence en ce qui concerne les tout derniers succès de l’armée syrienne et de ses alliés face à Daech sont eux aussi fort révélateurs. Observez simplement le fil d’actualité sur la Syrie sur Google pour vous en convaincre, même si certains médias centraux préfèrent avouer malgré eux la vérité, au risque de se ridiculiser.

En tout cas, cette réalité pousse déjà plusieurs pays de la région à réévaluer leur positionnement en matière de politique internationale. Ainsi, la Russie, «isolée» selon les termes pas si lointains de l’administration Obama, accueille pratiquement toutes les semaines des représentants d’un grand nombre de pays venant chercher le soutien, ou du moins le renforcement de ses relations avec Moscou.

Après le maréchal libyen Khalifa Haftar, venu chercher le soutien militaire de la Russie, les représentants d’autres pays arabes, y compris «traditionnellement» plus proches de l’Occident, s’activent pour se rapprocher de Moscou, notamment dans le domaine de la Défense. À ce titre, le Qatar projette d’acheter des technologies russes de systèmes de DCA, les Émirats arabes unis mènent des négociations en vue d’acquérir sous peu plusieurs dizaines de chasseurs russes Su-35 dernier cri. Enfin, le ministre libanais de la Défense, en visite récente à Moscou, n’a pas mâché ses mots en affirmant que «le Liban compte sur l’aide de la Russie dans la lutte antiterroriste».

Quant aux partenaires traditionnels de la Russie, comme l’Algérie, dont le partenariat date de plusieurs dizaines d’années, le niveau des relations est non seulement maintenu, mais prend de plus en plus d’ampleur. Les relations russo-égyptiennes s’intensifient également dans différents domaines. Quant au Maroc, qui diversifie actuellement largement ses relations extérieures, il ne cache pas que la Russie figure parmi ses principales priorités. Le gouvernement palestinien, quant à lui, souhaite une participation beaucoup plus importante de la Russie dans la résolution du conflit israélo-palestinien, aux dépens du «rôle» étasunien.

On voit que la campagne militaire russe en Syrie a confirmé plusieurs choses. La Russie en ce XXIe siècle n’a absolument plus rien à avoir avec celle ayant succédé dans la dizaine d’années de la chute de l’URSS. Absolument rien.

L’armement et les spécialistes russes ont démontré toute leur efficacité, y compris dans des conditions extrêmes, ce que mettaient en doute depuis tellement d’années les «experts» occidentaux autoproclamés.

Mais la Russie a aussi prouvé que lorsqu’elle combat le terrorisme, elle le fait sans arrière-pensée, à l’inverse de certains pays qui prétendent combattre ce même terrorisme tout en le promouvant de par leurs interventions purement néocoloniales et en l’utilisant lorsque cela arrange leurs objectifs géopolitiques et géoéconomiques.

Enfin, la Russie a confirmé une fois de plus son respect de la souveraineté des États et du droit international. Et même certains pays, qui au départ jouaient le jeu des terroristes en cherchant la chute du gouvernement légitime de Syrie, sont arrivés progressivement à la conclusion qu’il était préférable de travailler avec des partenaires qui respectaient leur souveraineté, qu’avec ceux qui les feraient chuter lorsque cela serait «nécessaire» à leurs intérêts ou à leurs appétits.

Il en est ainsi du Moyen-Orient, devenu pratiquement l’arrière-cour des USA après les interventions du début des années 2000 de l’administration Bush Jr.: la révolution non seulement arrive à grands pas, mais a déjà commencé. Une grande partie du monde arabe voit en la Russie et dans le concept multipolaire la solution à de nombreux problèmes auxquels elle fait face, qu’ils soient liés aux questions sécuritaires ou au problème d’interférence d’acteurs extrarégionaux dans les affaires intérieures. Toutes ces raisons font que le monde arabe et la Russie retrouvent un niveau de relations tout aussi important qu’à l’époque soviétique, voire le dépassant sur certains aspects.

Et si en plus du monde arabe, on garde en tête que des pays comme l’Iran ou la Turquie, acteurs de premier plan du monde musulman, se trouvent eux-aussi dans un partenariat stratégique avec la Russie, on comprend à quel point la multipolarité prend de l’ampleur.
Un concept dont le succès s’opère aux dépens de ceux qui s’obstinent à promouvoir le concept unipolaire, définitivement révolu- qu’ils le veuillent ou non.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708301032846891-monde-arabe-multipolarite/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi Israël ne peut pas être un partenaire de confiance de la Russie?

Benjamín Netanyahu

Nouvelle visite de Netanyahu en Russie est une nouvelle tentative de convaincre le leadership russe de changer de cap géopolitique. Pourquoi probablement en vain ?

Avant de rentrer dans les détails des cartes contemporaines, il est essentielde rappeler brièvement l’historique des relations entre l’URSS et l’État sioniste. Le principal à retenir étant que depuis l’apparition de l’État d’Israël et dans le contexte de la Guerre froide, les relations diplomatiques entre l’État sioniste et l’URSS se remarquaient surtout par leur absence. L’opposition était nette: les USA soutenant Israël (qui est encore leur principal allié à ce jour dans la région et l’un des principaux en général), l’URSS ayant au contraire toujours soutenu la cause des pays arabes opposés à Israël.

Mais les tensions existantes ne se limitaient pas à l’absence des relations diplomatiques. Il est en effet important de rappeler que plusieurs attaques visant des représentations soviétiques à différents endroits du monde et imputées aux extrémistes radicaux sionistes ont eu lieu durant cette période. Les relations diplomatiques n’ont été officiellement rétablies qu’à l’éclatement de l’Union soviétique, avec l’arrivée dans la Russie post-soviétique d’une équipe dirigeante ouvertement libérale et orientée vers l’Occident. Depuis lors tout semblait aller bien dans ces relations bilatérales mais qu’en était-il vraiment? Et surtout qu’en est-il aujourd’hui?

Si la Russie tente de garder un maximum de contacts avec les citoyens israéliens russophones, c’est effectivement dans le cadre du concept de « Monde russe » visant à garder un maximum de liens avec les personnes parlant la langue russe où qu’ils soient, tout en assurant la promotion de la langue et de la culture russes dans divers endroits du monde. Mais politiquement parlant, les relations russo-israéliennes étaient-elles si « appaisées », notamment à partir des années 2000 — période à partir de laquelle la Russie commence, progressivement, à récupérer la place qui lui revient dans l’arène internationale? Pas vraiment. Ne serait-ce que pour la raison que la Russie continue d’insister sur la création d’un État palestinien en bonne et due forme, avec Jérusalem-Est pour capitale. Et les nombreux votes à ce sujet au niveau de l’Organisation des Nations Unies, comme les nombreux rappels de la diplomatie russe à ce sujet ne font que le confirmer. Et même les représentants du lobby pro-israélien basés à Moscou n’ont pas réussi à faire abandonner à la Russie cette position que ce soit au niveau politique ou diplomatique.

Tout s’accélère avec la crise en Syrie, la République arabe syrienne étant un allié de Moscou depuis des dizaines d’années. C’est dans le cadre de cette alliance que la Russie intervient militairement en Syrie à la demande officielle du gouvernement légitime de Damas afin de l’aider à lutter contre les groupes terroristes présents sur son territoire. Israël, de son côté, faisait partie dès le départ de ce conflit de la «coalition» de pays souhaitant faire tomber le président al-Assad (ennemi de longue date de Tel-Aviv), mais aussi faire perdurer le chaos autant que possible. Sachant d’autant plus que la République syrienne a le soutien (en plus de celui de la Russie) de l’Iran et du Hezbollah libanais — ennemis jurés de l’État sioniste.

Pour cela, Israël ne s’est pas seulement limité à une rhétorique hostile à Damas et à un soutien verbal aux terroristes: il l’a confirmé par les faits. En effet, des représentants de plusieurs groupes terroristes ont reçu des soins dans des hôpitaux israéliens, tandis que des armements et des moyens de transport de production israélienne ont été retrouvés au sein de plusieurs groupes terroristes. Enfin, et cela est le comble: l’aviation israélienne a effectué plusieurs frappes en territoire syrien, visant les forces gouvernementales sans jamais (!) s’attaquer à un quelconque groupe terroriste, Daech ou Al-Qaida compris. Évidemment, ces actions ont fait apparaitre au grand jour les tensions existantes entre Moscou et Tel-Aviv.

Et là encore ce n’est pas tout. Alors qu’Israël reste l’allié par excellence de Washington au Proche et au Moyen-Orient (dépassant par la même occasion l’Arabie Saoudite), un rapprochement évident a été observé entre Téhéran et Moscou. Aussi bien en raison d’une vision de facto similaire en ce qui concerne la lutte antiterroriste en Syrie, mais également d’une convergence de points de vue sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux. À ce titre, il ne faut pas oublier qu’au-delà de la lutte armée fructueuse contre le terrorisme en terre syrienne, les deux pays jouent (avec la Turquie) un rôle clé dans l’espace diplomatique en charge de résoudre une bonne fois pour toute la crise syrienne dans le cadre des pourparlers d’Astana. D’ailleurs, là aussi les résultats sont plus qu’encourageants.

Tout cela ne plait pas à Israël, qui ne cache pas son opposition à l’accord de cessez-le-feu en Syrie (qui ne concerne évidemment pas Daech, Al-Qaida et affiliés), ce qui revient à dire que Tel-Aviv souhaite tout simplement la poursuite du bain de sang en territoire syrien. Évidemment, sa peur est motivée par plusieurs facteurs: l’alliance russo-iranienne, le renforcement de l’État syrien qui aura lieu après la victoire totale sur les groupes terroristes et la relance de l’économie (avec le soutien des alliés de la Syrie). Mais aussi par le fait que désormais il y aura face à l’État sioniste un Hezbollah encore plus expérimenté et renforcé par l’expérience unique des combats acquise grâce à la lutte contre les terroristes en territoire syrien (d’autant que la douloureuse expérience de 2006 n’est toujours pas oubliée du côté des responsables à Tel-Aviv).

Plus récemment, un autre dossier a ravivé les tensions russo-israéliennes. L’ambassadeur israélien en Russie, Gary Koren, a été convoqué par le ministère russe des Affaires étrangères, suite à la décision de la Pologne de ne pas autoriser la Russie à participer à la construction d’un musée et d’un lieu commémoratif pour les victimes du camp d’extermination de Sobibor. Décision qu’Israël a soutenu. Voici sur ce sujet le commentaire de Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères: « À titre personnel, je refuse d’accepter la position d’Israël. La décision des autorités israéliennes est inacceptable et cynique. Cette position est à la limite d’une trahison historique ». Trahison historique en effet lorsqu’on connait les sacrifices de l’armée rouge et du peuple soviétique pour anéantir la peste brune nazie. Et lorsqu’on sait ce qui aurait pu advenir du peuple juif sans les sacrifices consentis par l’URSS.

Plusieurs choses sont certaines: Israël reste l’un des principaux alliés des États-Unis — dont la Russie reste un adversaire indiscutable et de premier plan. En outre, il est fermement opposé à l’ère multipolaire qui s’ouvre et dans laquelle il voit clairement un danger pour lui (création tant attendue de l’État de Palestine, évolution des alliances et des réalités régionales). Tout cela pour dire que Netanyahou peut faire autant de visites en Russie qu’il le souhaite, Moscou sait ce qu’il a à faire. Les changements au niveau international ne sauront être stoppés, Tel-Aviv doit en prendre bonne note.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708241032775850-israel-russie-partenaire/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi une intervention directe US au Venezuela est peu probable ?

Venezuela

Au moment où l’armée de la République arabe syrienne poursuit ses succès, toujours plus à l’Est, contre les terroristes de Daech, annonçant une victoire imminente dans cette guerre imposée à la Syrie non seulement par le terrorisme international mais aussi par la politique néocoloniale d’un certain nombre d’Etats.

Les Etats-Unis passent aux menaces vis-à-vis d’autres pays du monde.

En effet, Donald Trump a menacé le Venezuela d’une possible intervention militaire US en vue de « défendre la démocratie » dans ce pays. Au-delà du fait que cette « belle excuse » ne passe plus car de moins en moins de personnes ne se font d’illusions sur une « démocratie » à l’occidentale imposée par les bombes dans la pure violation du droit international et de la souveraineté des Etats, les Etats-Unis, se sentant clairement menacés par l’avènement de l’ère multipolaire, commencent à menacer un peu beaucoup de pays simultanément. D’abord l’Iran, grande puissance du Moyen-Orient et alliée (surtout depuis les événements syriens) avec la Russie, puis la Corée du Nord dont le leadership ne cache pas sa détermination à utiliser des moyens fortement radicaux en cas d’attaque le visant (bien qu’il n’attaquera pas en premier), et maintenant le Venezuela. L’élite US aurait certainement aimé ajouter à cette liste la Russie et la Chine, les deux grands avant-postes de la multipolarité, mais un minimum de raison les en empêche évidemment, les Etats-Unis comprenant parfaitement ne pas être en mesure d’affronter directement ni la Russie, ni la Chine, même séparément. Si ce n’est par des sanctions, qui dans le cas russe boostent plus la Russie vers une indépendance de plus en plus grandissante vis-à-vis de l’Occident qu’autre chose.

Maintenant parlons un peu des perspectives. Le principal partenaire de la Corée du Nord est bel et bien la Chine. C’est donc principalement à elle que revient la gestion de ce dossier à l’heure des tensions grandissantes entre Washington et Pyongyang. La Russie suit évidemment de près la situation, sachant que les dites tensions ont lieu tout près des frontières est du territoire russe mais laisse assez clairement l’allié chinois traiter prioritairement ce dossier. Ce qui est d’ailleurs assez logique. Dans le cas du Venezuela, cela est différent. La République bolivarienne est un allié officiel de la Fédération de Russie, tout comme l’est la République arabe syrienne. Cela se traduit notamment par une vision similaire sur les principaux dossiers internationaux, y compris au niveau de l’ONU. Mais ce n’est pas tout. Au-delà de l’aspect politico-idéologique et de soutien commun à la multipolarité, Moscou possède avec Caracas plusieurs intérêts: coopération dans le domaine militaro-technique, pétrolier (Rosneft notamment), dans le domaine des infrastructures et du transport, ainsi qu’agricole (la Russie fournit d’ailleurs actuellement d’importantes quantités de blé à ce pays). Plus généralement, il est admis que le Venezuela fait partie des principaux partenaires de la Russie en Amérique latine.

Par ailleurs, récemment le président russe a transmis son soutien au leader vénézuélien faisant face à une large pression occidentale couplée à une opposition largement libérale et pro-occidentale. Tout cela pour dire que la Russie surveille de près la situation dans cet Etat, dans le viseur de Washington depuis de longues années. Dans le viseur pour plusieurs raisons: premières réserves mondiales de pétrole, fer de lance d’une intégration latino-américaine ouvertement hostile à la politique US dans la région et dans le monde depuis Hugo Chavez, alliance avec la Russie — rival reconnu des USA. Parallèlement, la CIA tout comme le Département d’Etat US n’ont pas cessé de considérer toute l’Amérique latine comme l’arrière-cour étasunienne. C’est une raison supplémentaire de l’hystérie américaine en vue de se débarrasser de tous les leaders latino-américains, aussi progressistes soient-ils, pour avoir des représentants radicaux mais dociles aux intérêts de Washington, à la sauce Batista ou Pinochet.

Maintenant pourquoi une intervention directe des Etats-Unis au Venezuela est peu probable. Un compatriote et collègue russe d’Algérie, ancien militaire, m’avait dit il y a quelques jours la chose suivante: une agression ouverte américaine contre le Venezuela serait le meilleur cadeau que Washington pourrait faire à toute la résistance latino-américaine. Et je dois avouer que je rejoins cette position. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Connaissant les sentiments profondément anti-américains d’une large coalition de leaders de cette région du monde, sans oublier des populations concernées, une telle intervention risque d’exacerber ces sentiments à un tel niveau que les conséquences se feront sentir jusque dans les territoires étasuniens. C’est la première chose. D’autre part, si l’Amérique latine s’est déjà habituée aux déstabilisations étasuniennes via la CIA en coordination avec la cinquième colonne locale, cela n’a rien à avoir avec une intervention armée d’agression directe qui créera immédiatement une très large solidarité régionale face à une telle agression. Sachant d’ailleurs qu’une telle agression pourrait créer une résistance peut-être plus radicale encore au néocolonialisme US que c’est actuellement le cas au Moyen-Orient.

D’autant plus que le Venezuela est loin d’être seul dans sa politique d’opposition à Washington dans cette région, avec là aussi des conséquences pouvant être dramatiques aussi bien pour les intérêts américains (y compris même dans les pays où les élites restent encore pro-US) mais également pour les citoyens étasuniens. Enfin, et au-delà de l’alliance régionale évidente, le Venezuela peut compter sur un soutien diplomatique de son allié russe et très probablement chinois au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Last but not least, les technologies russes d’armement présents au Venezuela et l’expérience acquise en coordination avec les conseillers russes, y compris en tenant compte de l’expérience syrienne, font que les Etats-Unis non seulement devront mais vont réfléchir trois fois avant de s’engager dans une nouvelle aventure guerrière.

Le monde n’est plus même. Et ne sera plus jamais comme avant. En raison de cela, plusieurs forces à l’intérieur des USA seraient prêts à plonger l’humanité entière dans une guerre totalement destructive car comprenant que leur hégémonie sur le monde est arrivée à sa fin. Parallèlement, ils comprennent aussi qu’une telle guerre sera dévastatrice pour eux-mêmes et leurs intérêts. Quant à Trump, il aura montré qu’il ne diffère pratiquement en rien des autres présidents US. Le temps des illusions (de certains) est définitivement clos. Pour reprendre les paroles du ministre de la Défense du Venezuela: « Toute l’élite US est extrémiste ».

Soyons francs une fois encore, l’élite étasunienne n’acceptera pas officiellement l’ère nouvelle sous peu. C’est la raison pour laquelle le temps est probablement venu pour non seulement être aux aguets mais passer pleinement à l’offensive. D’autant plus que dans la vision des partisans de la multipolarité, ces offensives peuvent être très variées.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708141032637549-venezuela-intervention-us/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Opération antiterroriste en Syrie: la phase finale a commencé

Damas

La victoire sur le terrorisme en Syrie approche à grands pas. On peut d’ores et déjà parler du début de la phase finale de la guerre contre Daech en terre syrienne. Une opération menée avec succès dans le désert syrien par l’armée gouvernementale, soutenue par ses alliés.

L’annonce du blocage par l’armée arabe syrienne du principal bastion de Daech dans la province de Homs, et par la même le dernier rempart réel sur la voie vers Deir ez-Zor assiégé, nous le confirme: le moment est maintenant venu pour les forces gouvernementales de reprendre complètement la ville.
La secte takfiriste est donc acculée. Selon plusieurs spécialistes, la bataille pour la libération totale de Deir ez-Zor (une partie de la ville est contrôlée depuis plusieurs années par des troupes d’élite syriennes, qui sont avec les civils assiégés par Daech), pourrait commencer dans les prochaines semaines. Cette victoire tant attendue devrait mettre un terme à la présence de Daech en terre syrienne, bien que les cellules terroristes dormantes ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Il faut y être prêt.

Outre de la victoire sur Daech, la reprise du contrôle de l’Est désertique syrien signifiera plusieurs choses fort importantes. Stratégiquement, cela confirmera bien sûr la victoire du gouvernement syrien et de ses alliés sur le terrorisme et ses sponsors. Par ailleurs, l’Est syrien représente une région très riche en hydrocarbures, des ressources évidemment nécessaires pour la relance de l’économie nationale et la reconstruction du pays.

Tout être censé comprend aujourd’hui parfaitement, et la presse mainstream ne fait pas (ou plus) exception, que le gouvernement syrien est en passe de gagner la guerre. Il suffit pour cela de regarder une carte de guerre à jour et de la comparer avec celle d’il y a deux ou trois ans. Oui, aujourd’hui Damas ne contrôle plus seulement la Syrie dite «utile», à savoir les cinq plus grandes villes du pays, mais une grande partie du Centre et de l’Est désertique. Les extrémistes de Daech vont perdre. Et avec eux tous ceux qui avaient espéré réaliser un scénario à la libyenne en Syrie. Cela n’aura pas lieu. Bien sûr, les alliés de la Syrie y ont en beaucoup contribué, parfois de manière déterminante.

Quant aux autres terroristes, notamment ceux liés à Al-Qaida, leurs zones de contrôle se réduisent à vue d’œil, d’autant plus que plusieurs groupes armés «rebelles» se détachent de cette autre secte takfiriste et recherchent un dialogue de plus en plus ouvert avec Damas, notamment en coordination avec Ankara, qui de son côté se synchronise avec la Russie et l’Iran sur ces questions. En effet et dans le cadre du processus d’Astana, il est devenu clair pour la plupart des représentants de ces groupes armés que leur seule chance de revenir à une vie normale sera d’accepter, d’une façon ou d’une autre, l’amnistie offerte par le gouvernement syrien. Restera alors la question du nord kurde syrien.

Mais là aussi, les chances semblent réelles, compte tenu du fait que plusieurs représentants des forces kurdes syriennes font de moins en moins confiance aux États-Unis et commencent à privilégier le dialogue avec Damas. D’autant plus, que ni le gouvernement syrien ni la Turquie voisine ne semblent prêts à accepter une quelconque décision unilatérale en ce sens.

Tout cela pour dire que bien qu’aujourd’hui le gouvernement syrien contrôle les territoires sur lesquels se trouvent plus de 85% de la population syrienne, d’ici la fin de l’année il retrouvera très probablement le contrôle d’autant du territoire national en termes de superficie, ce qui est très révélateur. Autre fait fort révélateur, et souvent passé en silence par la presse mainstream, c’est le retour de plus en plus évident des réfugiés syriens dans leur pays. Et plus l’armée gouvernementale libère de villes et de localités, plus ce flux de retour s’accentue. Cela a été admis, y compris par des officiels de l’ONU traitant de la question des réfugiés.

Au-delà de la victoire géopolitique et géostratégique du monde multipolaire qui se profile de plus en plus clairement en terre syrienne, il ne faut pas oublier qu’il s’agit sans aucun doute aussi d’une victoire informationnelle. Car au final, et malgré toute la propagande destinée à salir l’image du gouvernement syrien et de ses alliés, les faits ont malgré tout fini par prendre le dessus.

Ce qui signifie qu’avec le conflit syrien, nous sommes bel et bien arrivés dans une nouvelle ère. Une ère que beaucoup ont encore du mal à accepter. Soyons réalistes: leur refus durera encore longtemps, mais il ne changera pas la réalité du moment ni celle à venir. Dans cette réalité, un certain nombre de pays vont jouer un rôle de premier plan.

L’hystérie de certains continuera à augmenter proportionnellement. Tant pis pour les têtus.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708071032561204-terrorisme-syrie-victoire/

Mikhail Gamandiy-Egorov