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L’Algérie conforte sa place de puissance militaire

La République algérienne mise sur la constance. La puissance militaire indéniable du pays s’appuie sur un partenariat historique, notamment avec la Russie et la Chine, et aucun des adversaires des cités ne peut jusqu’à maintenant pouvoir faire basculer la donne dans le domaine de l’interaction militaro-technique d’Alger.

L’Algérie maintient sa place indiscutable de la deuxième puissance militaire du continent africain, selon le classement du portail américain Global Fire Power pour l’année 2021.Au niveau mondial, le pays est monté d’une place – passant en une année de la 28ème à la 27ème place du classement.

La constance de l’Etat algérien est également dans le choix de ses principaux partenaires militaro-techniques: la Russie (représentant 69% des livraisons) et la Chine (près de 10%). Le pays fait également partie du Top 10 des principaux importateurs d’armements au niveau mondial.

Si l’interaction russo-algérienne dans le partenariat militaro-technique est effectivement restée au plus haut niveau stratégique, ce n’est pas faute pour nombre de pays occidentaux, dont la France, à avoir tenté de modifier la donne. Ou encore les Etats-Unis, ayant menacé de nombreux pays de sanctions économiques pour des contrats d’armement avec la Russie (la fameuse loi CAATSA qui vise «à contrer les ennemis des USA par le biais des sanctions»). Des USA qui n’ont également pas réussi à pouvoir bouleverser d’une quelconque façon la donne dans le partenariat stratégique entre l’Algérie et la Russie dans la sphère militaro-technique.

En d’autres termes – les campagnes de lobbying à l’élyséenne ou les menaces et intimidations à la washingtonienne – n’ont pas été des éléments jusqu’à maintenant convaincants dans les choix stratégiques de l’Algérie. Confirmant par la même occasion une approche pleinement indépendante et souveraine.

Si de nombreuses forces hostiles à Alger critiquent cette interaction avec la Russie, qu’il ne leur déplaise que c’est justement grâce à cette capacité défensive indéniable, que l’Algérie peut se tenir prête à toute tentative de déstabilisation ou d’agression extérieure, à l’instar de ce qui s’est passé en Libye. Un tel scénario est aujourd’hui inconcevable sur le sol algérien.

La puissance et la capacité défensive de l’armée algérienne est d’autant plus importante que suite à l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, le chaos et la menace terroriste se sont propagés à de nombreux endroits de la région, notamment au Sahel. Un Sahel en proie à l’instabilité et dans lequel la présence militaire de troupes françaises et étasuniennes n’a apporté aucune amélioration de la situation. Au contraire, de nombreux observateurs parlent d’une détérioration évidente, qui risque d’autant plus de s’amplifier.

D’où l’importance d’une armée régionale forte, efficace, pouvant faire faire aux défis sécuritaires, tout en maintenant une politique constante, y compris dans le choix de ses partenaires historico-stratégiques. L’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le domaine militaro-technique au niveau mondial, et représente pour Moscou son deuxième partenaire économico-commercial au niveau continental africain. Le pays fait également partie des principaux partenaires de la Chine en Afrique. Cette constance dans les choix stratégiques est également une arme qu’il ne faut pas négliger.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les USA: les faux apôtres de la démocratie

Au cours de plusieurs décennies, allant de la seconde moitié du vingtième siècle et jusqu’à aujourd’hui, Washington a été directement ou indirectement impliqué dans des agressions contre un large nombre d’Etats souverains. Les crimes commis, y compris de masse, n’ont pour autant jamais poussé l’establishment étasunien à de quelconques remords dignes de ce nom.

Depuis 1945, les Etats-Unis ont été impliqués dans une série d’interventions typiques pour ce que l’on appelle le néocolonialisme, et ce à divers endroits de la planète. La particularité de ces agressions, à la différence par exemple du régime nazi allemand, c’était de se positionner comme le porteur des idéaux de «liberté et de démocratie». Pourtant, les peuples ayant eu à subir ces attaques et ces violations de leurs souverainetés, n’ont obtenu que destructions et chaos.

Depuis cette période, la liste fut très large. Si les exemples de la Corée, du Laos, Vietnam, Cambodge, Angola, Grenade et Panama faisaient partie de la période liée à la guerre froide, ceux, plus récents, de la Yougoslavie, de l’Afghanistan, de l’Irak ou encore de la Libye – peuvent être considérés comme appartenant à la période sombre du concept unipolaire – apparu à la chute de l’URSS. Un concept fort heureusement désormais révolu.

Cela évidemment sans oublier les innombrables tentatives de renversement du gouvernement cubain et d’assassinat de son leader Fidel Castro (qui finiront tous comme des échecs pour les instigateurs), la participation au meurtre barbare et lâche du grand leader congolais Patrice Lumumba, le coup d’Etat contre le président chilien Salvador Allende, ou encore le soutien semi-voilé au régime raciste d’apartheid sud-africain de l’époque. En d’autres termes – des faits et gestes en faveur de tout – sauf de la liberté et de la démocratie.

Si chacune de ces agressions mériterait d’être détaillée en de longues pages, il serait certainement juste d’accorder une attention particulière au Vietnam, sachant qu’il y a 57 ans de cela, en août 1964, que débutait l’escalade de l’intervention criminelle étasunienne contre ce pays. Selon les propres aveux des responsables US, confirmés par les documents étasuniens déclassifiés, les objectifs des Etats-Unis dans leur intervention dans la partie sud du Vietnam étaient à 70% – dans le but d’éviter une défaite humiliante (pour la réputation internationale US). Et seulement à 20% – dans le but d’y empêcher «une prise en main chinoise, et enfin à 10% dans l’objectif déclaré – de permettre aux habitants du Vietnam du Sud de profiter d’un « mode de vie meilleur et plus libre».  

En d’autres termes, les belles paroles de soutien à la liberté et à la démocratie – n’ont été que de la poudre aux yeux pour tenter à voiler les véritables raisons de cette agression macabre. Au plus fort de cette guerre d’agression contre le Vietnam et son peuple, plus d’un demi-million de militaires étasuniens se trouvaient dans ce pays. Cette guerre sale dans le plus direct du sens de ce terme, ne visera pas seulement les forces armées de la République démocratique du Vietnam, ou le Front national de libération du Sud Vietnam, mais également et massivement la population civile vietnamienne – qui pour une large part d’entre elle, notamment dans la partie sud du pays qui n’était pas encore réunifiée avec la partie nord – sympathisait effectivement aux forces qui résistaient à l’agression étasunienne.

Le tribut payé par le Vietnam, aussi bien en termes de pertes civiles comme militaires, fut tout simplement énorme: plus d’un million de tués sur le plan militaire, et entre un et deux millions de civils massacrés. Mais les souffrances du peuple vietnamien ne s’arrêteront pas aux énormes nombres de personnes tuées. L’utilisation massive d’armes chimiques par les agresseurs US, notamment de «l’agent orange», a provoqué des conséquences catastrophiques non seulement pour l’environnement et la santé des personnes ayant été touchées, mais également pour les enfants vietnamiens qui verront le jour après cette guerre néocoloniale.

Selon Tran To Nga, l’une des victimes de cet herbicide utilisé massivement par les militaires US contre la population vietnamienne, et qui se bat depuis des années pour que ledit préjudice soit reconnu, les effets de l’intoxication se font aujourd’hui ressentir jusqu’à la quatrième génération après la guerre. Et qu’au moins 100 000 enfants vietnamiens à ce jour sont atteints d’anomalies congénitales sérieuses.

Evidemment et au-delà de la honte des pratiques US à l’encontre de la population vietnamienne, l’humiliation sera aussi à la hauteur des crimes commis. Car les plus d’un demi-million de militaires US ne viendront jamais à bout de la résistance du Vietnam – un Vietnam qui vaincra ses ennemis et obtiendra également la réunification de tout le pays, avec le soutien de ses alliés – dont la Chine, l’URSS ou encore Cuba, forçant les USA à une défaite totalement humiliante. Cette résistance victorieuse continue à ce jour d’être étudiée par les principaux spécialistes du domaine militaire.

Et c’est peut-être d’ailleurs aujourd’hui la raison, au-delà de la capacité de nombre d’Etats à résister efficacement, tout en promouvant activement l’ordre multipolaire mondial – du rejet de la politique occidentale par une large part des populations du monde. Y compris même à l’intérieur de l’Occident. Après tout, les faux apôtres ne pourront jamais porter le mensonge indéfiniment. Même s’ils continuent à se positionner en de gentils agneaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Ethiopie s’éloigne de plus en plus de l’Occident

Choix stratégiques des autorités éthiopiennes, accords avec la Chine et la Russie et une opinion publique du pays de plus en plus hostile vis-à-vis de l’establishment occidental constituent des éléments qui laissent entrevoir une nouvelle défaite géopolitique de l’Occident dans un pays africain stratégique.

De nombreux partisans du gouvernement éthiopien se sont rassemblés pour dénoncer une ingérence occidentale dans les affaires de leur pays. Les messages hostiles, notamment à l’encontre de Washington, sont loin d’être d’ailleurs les premiers de la part de la société civile éthiopienne. Cela sans oublier – les tournants stratégiques pris par Addis-Abeba, en direction de Pékin et de Moscou, pouvant être considérés comme une source supplémentaire de vive inquiétude pour l’establishment washingtonien et ses acolytes.

En effet et à l’heure où les Etats-Unis et certains de leurs fidèles alliés, dont le régime français, observent avec un mécontentement non-voilé l’interaction montant en puissance entre les Etats africains avec la Chine et de plus en plus de nouveau avec la Russie, l’Ethiopie représente justement un nouveau casse-tête pour les Occidentaux.

L’Etat éthiopien est stratégique en Afrique pour bien de raisons. Deuxième plus large population du continent avec près de 110 millions d’habitants, la seule nation africaine à n’avoir jamais été colonisée, ayant été un allié africain stratégique de l’URSS durant la période de guerre froide, et que l’Occident pensait avoir mis dans son orbite d’influence à la chute de l’Union soviétique. Vraisemblablement à tort. Sans oublier que le siège de l’Union africaine (UA) se trouve justement à Addis-Abeba.

Le leader actuel de l’Ethiopie, en la personne d’Abiy Ahmed, mérite également une mention spéciale. Lauréat du prix Nobel de la paix 2019, notamment pour ses actions ayant conduit à la résolution du conflit avec l’Erythrée voisine, il a été pendant un certain moment plutôt adulé dans une partie de la presse occidentale, du moment que les relations entre Addis-Abeba et les capitales occidentales restaient relativement au beau fixe. Mais les choix stratégiques sélectionnés de plus en plus en faveur de la Chine – très présente en Ethiopie sur le plan économique et dans le secteur des infrastructures – ainsi qu’en direction de l’ancien allié russe – notamment sur le plan sécuritaire – sont des éléments ayant rapidement transformé le chef d’Etat éthiopien en une cible d’attaques émanant de l’Occident. Aussi bien politiques, que médiatiques.

Mais le grand souci, une fois encore, pour l’establishment occidental – c’est qu’Abiy Ahmed continue de jouir d’une popularité réellement importante auprès de la population de son pays – un pays pour rappel qui n’a pas connu la colonisation occidentale et dont la population voit très mal toute tentative d’interférence dans ses affaires intérieures. Comme c’est actuellement le cas avec l’opération sécuritaire menée par l’armée gouvernementale dans la région de Tigré.

Et les récentes mobilisations massives des citoyens éthiopiens en faveur du gouvernement, avec en prime des messages hostiles visant la politique occidentale et plus particulièrement washingtonienne, ainsi que des appels à renforcer l’alliance avec Pékin et Moscou, ne font que rajouter un peu plus d’intensité à l’hystérie occidentale.

Le mois dernier, l’Ethiopie avait d’ailleurs annoncé la signature de plusieurs accords avec la Russie en vue de renforcer la coopération militaire entre les deux pays. La ministre éthiopienne de la Défense, Martha Lewig, avait souligné que ledit accord «renforcera l’amitié de longue date établie entre l’Ethiopie et la Russie et leur permettra de poursuivre le travail en commun qu’ils mènent de manière plus étroite encore».

Avant cela, en mars dernier, la Chine et la Russie avaient bloqué une déclaration promue par le bloc occidental au sein de Conseil de sécurité de l’ONU visant l’opération éthiopienne dans sa région de Tigré. Accordant ainsi un soutien diplomatique de poids à Addis-Abeba.

Quant à l’Ethiopie elle-même et au-delà du soutien sino-russe et de plusieurs pays africains, la mobilisation populaire représente vraisemblablement encore une fois la meilleure réponse aux tentatives d’ingérence étasunienne et plus généralement occidentale dans ses affaires souveraines. Et face à cette mobilisation – les instruments de déstabilisation habituels allant des campagnes médiatiques du mainstream jusqu’aux cellules Soros – ne semblent pas être en mesure de pouvoir bouleverser la donne en faveur des intérêts néocolonialistes de l’establishment occidental, se référant encore à un ordre révolu et dépassé par les événements.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Macron au Rwanda pour tenter à tourner la page des tensions

Le président français a reconnu la responsabilité de Paris dans le génocide rwandais, sans toutefois reconnaitre les accusations de complicité. Cette reconnaissance permettra-t-elle d’ouvrir une nouvelle page relationnelle entre les deux pays ? Retour sur la question.

Vingt-sept ans après le génocide rwandais, le président français Emmanuel Macron, a prononcé une allocution solennelle dans la capitale rwandaise Kigali. Dans ce discours très attendu au Mémorial du génocide rwandais, il a lancé «Je viens reconnaitre nos responsabilités».

Selon lui, «c’est aux hommes qu’il appartient de briser le silence. Et c’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaitre». En ajoutant «que la France a un rôle, une histoire, une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir: celui de regarder l’Histoire en face et de reconnaitre la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité».

Cette démarche pourrait officialiser la normalisation des relations entre Kigali et Paris, surtout après un renforcement de la coopération économique entre les deux pays depuis les deux dernières années. En effet, le volet économique ne serait pas étranger dans la démarche de l’Elysée, comme le confirme d’ailleurs l’un des principaux porte-voix médiatiques des intérêts français le journal Le Monde.

A noter qu’Emmanuel Macron est accompagné à Kigali d’une dizaine d’entreprises françaises, ainsi que par le directeur général de l’Agence française de développement (AFD). Il faut d’ailleurs à ce titre faire remarquer que dans le classement Doing Business 2020 (édité par la Banque mondiale), le Rwanda est classé deuxième en Afrique et 38ème au niveau mondial dans ce rapport qui établit un classement des pays selon leur environnement des affaires. Confirmant ainsi l’intérêt évident pour le marché rwandais.

Mais au-delà de la sphère économique, le Rwanda a également renforcé son influence sur la scène régionale et continentale, en devenant un acteur avec lequel il faut compter. Que ce soit en matière de gestion post-conflit que dans le domaine sécuritaire. Concernant justement ce dernier point, il faut rappeler que Kigali avait récemment accordé un soutien militaire à la République centrafricaine, dont les troupes – aux côtés de celles des Forces armées centrafricaines (FACA) et des instructeurs russes – ont participé à la stabilisation du territoire centrafricain face aux groupes rebelles.

Une contribution ayant joué son rôle, puisque désormais les groupes rebelles en RCA ont connu une déroute totale face à l’armée gouvernementale et ses alliés. Le tout au moment même d’une chute d’influence sans précédent de Paris non seulement en Centrafrique, mais de plus en plus à d’autres endroits du continent africain.

En ce qui concerne les démarches de l’Elysée, notamment en direction du Rwanda, plusieurs questions méritent d’être posées. Serait-ce une compréhension réelle et sincère que si la France souhaite maintenir un certain nombre de ses intérêts en Afrique, elle devra reconnaitre les pages obscures de son interaction avec le continent? Rien n’est moins sûr, surtout au vu des événements récents en République centrafricaine, où les tentatives de déstabilisation via le réseau françafricain persistent – bien que sans résultat.

Serait-ce simplement une reconnaissance pragmatique du fait que pour sauver la face dans le monde contemporain, il faudra s’adapter à la réalité multipolaire, tout en respectant la souveraineté des Etats? Sur ce point également, rien ne permet pour l’instant de le penser sincèrement.

Ou peut-être tout simplement que Paris cherche à reprendre pied là – où son influence serait justement en chute libre? Quoiqu’il en soit, sans un changement réel d’attitude et de mentalité, traduit dans les actes et pas seulement dans les paroles, la capacité de conserver ses positions sur le continent africain continuera à être revue à la baisse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le néo-ottomanisme jusqu’au-boutiste d’Erdogan

La Turquie élargit ses fronts d’action à de plus en plus de régions du monde. Cette politique du président Erdogan, qui n’hésite pas à se brouiller avec même ses alliés de l’Otan, est indissociablement liée à ses ambitions personnelles et au rôle auquel il veut être associé dans l’histoire contemporaine turque. Mais ces actions sont bien souvent à double tranchant.

Il est aujourd’hui admis que la Turquie de Recep Tayyip Erdogan a considérablement augmenté son influence au-delà de ses frontières. 13ème puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), importante puissance régionale eurasienne, avec des ambitions qui dépassent de plus en plus le cadre strictement régional. Les avancées réalisées par la Turquie contemporaine sont dues à plusieurs facteurs. Au-delà de l’aspect erdoganiste, c’est un peuple travailleur et ambitieux qui a beaucoup contribué aux succès du pays, notamment sur le plan économico-commercial.

Mais il faut reconnaitre aussi que la personnalité d’Erdogan est fermement liée à la page historique de cette Turquie contemporaine. Tacticien et stratège brillant, avec une capacité d’adaptation plutôt unique. Menant une politique souveraine, avec une dépendance qui se réduit à vue d’œil de l’Otan – dont la Turquie fut longtemps considérée comme le pilier sud. Provoquant des tensions internes sans fin au sein de la famille otanesque. Et à chaque fois que les relations allaient dans le sens de la détérioration avec l’Occident, Ankara ne manquait pas l’occasion d’un rapprochement avec les grandes puissances non-occidentales, dont la Russie, l’Iran et parfois la Chine.

Mais cette volonté d’indépendance reste aussi fortement liée à la vision néo-ottomane du président turc – s’étant fixé un objectif de devenir une sorte de nouveau calife du monde musulman. Oubliant par la même occasion que nombre de peuples concernés sont loin de partager cette vision. La Syrie en est un exemple. Justement, l’échec sur le front syrien – à savoir la volonté de faire tomber le président Bachar al-Assad et de prendre la main sur ce grand pays du monde arabe, semble jusqu’à aujourd’hui tourmenter Erdogan, notamment dans ses relations avec la Russie et l’Iran. Deux pays dont la Turquie dépend fortement économiquement, mais qui enragent le leadership turc pour ne pas lui avoir laissé réaliser son rêve sur le sol syrien.

Il faut être clair – sans la réalisation des visées néo-ottomanes en Syrie, mais également en Libye, ce fameux rêve restera qu’un concept sans sa finalité. D’où aujourd’hui les tentatives agressives d’Erdogan de tenter à prendre une sorte de revanche dans le Haut-Karabakh. Et ce au moment même où l’espace eurasien – auquel faudrait le rappeler la Turquie appartient aussi – connait nombre de tentatives de déstabilisations extérieures. Comme notamment en Biélorussie.

Et c’est justement là que l’on arrive au double, voire au triple tranchant, de la chose. Au-delà du fait qu’il sera compliqué à la Turquie d’arriver pleinement à ses fins dans le Haut-Karabakh, et ce pour plusieurs raisons, politiques comme militaires, avec comme finalité des négociations dont Ankara ne sortira pas grande gagnante. Plus que cela, l’agressivité de la politique extérieure turque en Transcaucasie poussera les alliés de la Syrie à activer la phase finale de la libération du reste de la province d’Idlib – qui abrite encore nombre d’éléments terroristes, y compris affiliés à Ankara, avec comme résultat leur anéantissement. Sans oublier la Libye, où Ankara a certes sauvé ses alliés tripolitains de la défaite totale, sans pour autant pouvoir leur assurer une victoire digne de ce nom, alors qu’ils continuent de contrôler moins de la moitié du territoire national. Et ce sans perspectives proches à pouvoir espérer plus.

Et plus que cela encore, le risque principal que court la Turquie d’Erdogan, c’est tout simplement de perdre les liens stratégiques avec ses partenaires russes comme iraniens, pour se retrouver en pleine face du mécontentement de ses alliés otanesques, dont la colère de la politique erdoganiste ne cesse d’augmenter. Et si cela arrivera, il lui sera alors beaucoup plus compliqué à pouvoir continuer à mener cette politique d’indépendance tellement souhaitée par Ankara.

D’autant plus qu’une autre grande puissance internationale comme la Chine n’apprécie guère elle aussi les tentatives turques à jouer de façon fort malhonnête sur le prétendu problème ouighour. Restera évidemment toujours la possibilité pour Ankara de compter sur les finances et l’appui qatari – bien qu’il faille se rendre à l’évidence – ce soutien ne permettra jamais à la Turquie de pouvoir jouer un rôle majeur et responsable dans le monde multipolaire. Au leadership turc d’en méditer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Eurasie s’unit dans le volet sécuritaire

La réunion des ministres de la Défense des Etats membres de la Communauté des Etats indépendants (CEI), de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) se tiendra à Moscou le vendredi 4 septembre au parc Patriot de Koubinka, près de Moscou.

C’est ce qu’a annoncé Vladimir Zainetdinov, l’attaché de presse de l’OTSC. L’ordre du jour de cette réunion conjointe des trois importantes organisations comprend des questions de sécurité régionale et internationale, la consolidation des efforts pour prévenir la menace de déclenchement de guerres et de conflits armés, ainsi que le renforcement de la coopération militaire. De plus, les participants à ladite réunion feront une déclaration commune à l’occasion du 75ème anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 et la Seconde Guerre mondiale.

Le secrétaire général de l’OTSC Stanislav Zas prendre également part à la réunion. Le ministre indien de la Défense Rajnath Singh de son côté est déjà arrivé à Moscou pour une visite de trois jours, y compris pour prendre part à la réunion conjointe CEI-OCS-OTSC du 4 septembre. En outre, le ministre biélorusse de la Défense, Viktor Khrenine, participera également à la rencontre.

Ce dernier présentera un rapport sur la sécurité internationale et régionale, la consolidation des efforts dans le but de prévenir la menace de déclenchement de guerres et de conflits armés, et le renforcement de la coopération militaire dans les conditions modernes.

Pour rappel, la CEI comprend 10 des 15 anciennes républiques soviétiques (Russie, Biélorussie, Kazakhstan, Arménie, Azerbaïdjan, Kirghizistan, Moldavie, Ouzbékistan, Tadjikistan et le Turkménistan en tant qu’Etat associé). L’OTSC, organisation à vocation politico-militaire, est quant à elle composée de la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Enfin, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) se compose de la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan (tous membres fondateurs de l’organisation depuis 2001), ainsi que de l’Inde et du Pakistan (membres à part entière depuis 2017). L’Iran, la Biélorussie, la Mongolie et l’Afghanistan sont quant à eux membres observateurs de l’OCS.

Maintenant pour parler perspectives, il serait juste de dire que cette réunion est fortement importante, et ce pour plusieurs raisons. La première c’est qu’il s’agit d’une réunion conjointe de trois grandes organisations de l’espace eurasien. Confirmant par la même occasion nombre de questions d’intérêts conjoints au sein des trois structures, notamment dans le volet sécuritaire et de la Défense. Deuxièmement, elle confirme toute l’importance du grand espace eurasiatique à l’heure où l’Eurasie devient l’un des centres majeurs de la géopolitique et des relations internationales. Le tout dans le cadre multipolaire du monde. Troisièmement, à l’heure des nouvelles tentatives occidentales de déstabilisation, visant notamment actuellement la Biélorussie, il est fort important d’afficher l’unité et la solidarité au sein des alliés. Enfin, et en dehors du cadre ex-soviétique, il est certainement à saluer qu’au moment où les relations sino-indiennes vivent certaines tensions et désaccords, les représentants des deux pays seront en Russie pour la réunion, confirmant par la même occasion toutes leurs obligations en tant que membres de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Par la même occasion, Pékin comme New Delhi ont le mérite de comprendre parfaitement que le dialogue reste la meilleure option en vue de résoudre les différends existants. En ce sens, l’OCS reste une référence. Et ce au moment même où les tensions au sein de l’adversaire de l’OTSC et de l’OCS, en la qualité de l’Otan, ne cessent de s’exacerber. Notamment entre la Grèce, la France et plusieurs autres membres du bloc atlantiste d’un côté, et la Turquie de l’autre.

Il sera par ailleurs fortement intéressant de suivre les décisions qui seront prises lors de cette réunion conjointe de Moscou, y compris face aux événements en Biélorussie, où vraisemblablement le scénario d’une nouvelle révolution de couleur pro-occidentale semble s’essouffler. Sur les autres sujets d’actualité internationale, qu’ils soient liés au Moyen-Orient, à l’Amérique latine ou à l’Afrique, la diplomatie sino-russe continue de démontrer une implacable solidarité face aux membres occidentaux du Conseil de sécurité de l’ONU. En ajoutant à cela la coopération multiforme dans la sphère sécuritaire et de la Défense, il est aujourd’hui devenu définitivement clair que les forces pro-atlantistes doivent rapidement mettre à jour leurs visions du monde. Et surtout leur compréhension du monde – un monde dans lequel ils ne seront plus, en tant que minorité évidente, amenés à dominer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La jeunesse comme fer de lance de l’intégration eurasienne

Histoire commune, échanges économico-commerciaux, politiques, éducatifs et culturels intenses, flux humains, l’intégration au sein de l’espace eurasiatique n’a probablement jamais été aussi forte depuis la fin de l’URSS. Le rôle attribué à la jeunesse des pays concernés en est pour beaucoup.

Il apparait aujourd’hui de façon évidente que si l’intégration eurasienne ait pu, principalement à partir des années 2000 et à ce jour, se développer à un rythme intense et toucher non seulement l’orientation économico-commerciale, cela est dû justement à la compréhension des populations concernées quant à l’intérêt majeur d’un tel projet. Et sans le soutien des jeunesses des pays appartenant à l’espace eurasiatique, notamment ex-soviétiques, il aurait probablement été difficile d’obtenir les résultats souhaités, y compris même avec le soutien à ladite intégration de la part des élites politiques des pays en question.

A cet effet, plusieurs raisons peuvent être avancées. Un bagage culturel, linguistique et historique commun certain, les liens familiaux, les échanges dans la sphère économique et commerciale, et bien évidemment le secteur de l’éducation et de l’enseignement. Ce dernier est d’autant plus important qu’il concerne aussi bien l’éducation familiale, notamment l’attachement aux valeurs et traditions communes. Car en effet, ce qui rassemble un Russe, Kazakh, Biélorusse, Arménien ou un Kirghize, durant ne serait-ce que la célébration chaque année de la Fête de la Victoire sur le nazisme, est quelque chose qui probablement ne peut être compris par ceux qui n’appartiennent pas à cette histoire commune, notamment en ce qui concerne la question sacrée des sacrifices endurés par le peuple multiethnique soviétique. Mis à part évidemment pour les étrangers qui habitent dans l’espace eurasien ou qui en possèdent une connaissance réelle, approfondie et sans clichés.

Au-delà de l’éducation familiale, s’en suit évidemment celle de l’école primaire, du secondaire et de l’enseignement supérieur. Et là aussi et malgré les innombrables bourses offertes aussi bien par Washington (principalement) que Bruxelles, donc atlantistes, en vue de casser les liens des peuples eurasiens, il s’est avéré que les fonds alloués ne suffisent pas à détruire ces liens en Eurasie.

D’autre part, le système éducatif de l’espace eurasien s’adapte lui aussi à la réalité multipolaire et commence à répondre aux attaques extérieures. Dans le calme et sans hystérie. Ainsi et à titre d’exemple, à la veille de la nouvelle année universitaire vient de paraitre le manuel appelé Intégration eurasienne: idées, objectifs, processus et perspectives. Parmi les auteurs dudit manuel on retrouve plusieurs chercheurs et professeurs renommés de Russie et d’Arménie.

Comme l’annonce Armenpress, la principale et plus ancienne agence de presse arménienne, le manuel en question – offert aux étudiants, doctorants et aux enseignants d’Arménie et des autres pays de l’Union économique eurasiatique est un produit unique, n’ayant pas d’analogues dans la littérature scientifique russe et arménienne. Et représente par la même occasion un guide d’étude pour tous ceux qui souhaitent découvrir ce qu’est l’Union économique eurasiatique (UEEA), comprendre l’essence d’un phénomène comme l’eurasisme et l’intégration eurasienne, ainsi que de découvrir le contenu de ces processus, en premier lieu économiques, se produisant aujourd’hui dans l’espace post-soviétique.

L’inquiétude et la vive opposition de l’establishment atlantiste vis-à-vis de l’UEEA est, les connaissant, d’une certaine façon compréhensible. Notamment leur peur permanente de renaissance d’une URSS sous une autre forme. Et cette inquiétude est justement expliquée par le fait qu’au-delà d’une large part de la génération plus âgée des pays eurasiens qui approuve les processus en cours, le soutien de la majorité des jeunes d’Eurasie pousse les élites atlantistes à des gesticulations supplémentaires.

En effet et pour rappel, lors d’un récent sondage en République d’Ouzbékistan, pays d’Asie centrale de plus de 30 millions d’habitants, ¾ des répondants ont déclaré soutenir l’intégration de leur pays au sein de l’Union économique eurasiatique. Fait fortement révélateur: l’essentiel des partisans de l’adhésion se trouvait au sein des plus de 40 ans ayant connu l’URSS et des jeunes de moins de 20 ans – nés après la fin de l’Union soviétique.

Les fondations washingtoniennes comme bruxelloises, continueront certainement et par tous les moyens à tenter de ralentir ces processus. Mais ce que l’establishment occidental ne comprend pas – c’est qu’il y a des choses qui ne s’achètent pas. Les valeurs de la jeunesse eurasienne dans sa large majorité y compris.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Union économique eurasiatique: l’Ouzbékistan en tant que nouveau pays membre?

Selon un sondage récent, effectué par le Centre de recherches et de réformes économiques, basé à Tachkent – la capitale de la République d’Ouzbékistan, ¾ des citoyens ouzbèques soutiennent l’intégration de leur pays au sein de l’Union économique eurasiatique (UEEA).

En effet, les processus d’intégration au sein de l’ex-URSS se poursuivent, notamment dans le cadre eurasien. La principale union économique au sein de l’espace des anciennes républiques soviétiques, qui regroupe actuellement la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizistan en tant que membres à part entière, ainsi que la Moldavie en qualité de membre-observateur, pourrait être élargie à la nation d’Asie centrale ex-soviétique ouzbèque.

Les résultats dudit sondage affichent un soutien de 74% des répondants à l’intégration de leur pays au sein de l’UEEA, 16% y sont opposés, 4% ont répondu par la neutralité et 6% n’ont pas donné de réponse. A noter que le soutien en faveur de l’intégration est plus important chez les femmes interrogées que chez les hommes (82% contre 73%). L’essentiel des partisans de l’adhésion est au sein des groupes d’âges suivants : les jeunes de moins de 20 ans et les plus de 40 ans.

L’analyse des résultats a également révélé que parmi les partisans de l’intégration de l’Ouzbékistan au sein de l’Union économique eurasiatique, le plus grand nombre était parmi les enseignants, les étudiants, ainsi que les représentants du secteur privé (76%).

Parmi les avantages cités par les répondants du sondage, 51% estiment que l’adhésion à l’UEEA aura comme résultat une baisse significative des prix des biens et services, ainsi qu’une augmentation de la qualité des produits due à une amélioration de l’environnement concurrentiel. Le deuxième avantage cité, par 24% des citoyens ouzbèques, étant l’élargissement du marché d’exportation des produits nationaux, avec le potentiel supplémentaire de créer de nouveaux emplois. Enfin 15% des répondants sont convaincus que ladite adhésion améliorera les conditions pour les travailleurs-migrants (pour information sur les près de 2,5 millions de citoyens ouzbèques travaillant en dehors de leur pays, environ 2 millions vivent et travaillent en Russie).

A noter qu’en juin 2019, le président du pays Shavkat Mirziyoyev avait déclaré qu’en vue de prendre une décision sur l’adhésion de l’Ouzbékistan à l’Union économique eurasiatique, le pays devait analyser tous les défis. En janvier 2020, le chef de l’Etat avait annoncé que la question de la participation du pays à l’union devait être étudiée de manière approfondie par le parlement national. Début mars, le Cabinet des ministres a décidé de soumettre à l’examen des deux chambres du Parlement la proposition concernant la participation de l’Ouzbékistan à l’UEEA en qualité d’observateur. Fin avril, la Chambre législative du Parlement a approuvé la participation du pays en qualité d’observateur au sein de l’union.

Maintenant et pour parler perspectives, il serait juste d’aborder plusieurs points. Tout d’abord, un petit rappel historique s’impose. Celui qu’au moment de la chute de l’URSS, l’écrasante majorité des habitants des républiques soviétiques d’Asie centrale, dont l’Ouzbékistan, étaient radicalement opposés à la dislocation de l’Union soviétique. Deuxième point, et cela est tout aussi important : le fait que parmi les partisans de l’adhésion de l’Ouzbékistan à l’Union économique eurasiatique on retrouve une bien large part de jeunes, notamment de moins de 20 ans – la génération qui de facto n’a pas connu l’URSS, confirme pleinement que le processus d’intégration dépasse largement, comme certains pourraient le penser, le cadre des nostalgiques de l’URSS. Si bien que certainement on peut retrouver de nombreuses personnes ayant cette nostalgie au sein des habitants plus âgés, dans le cas des jeunes il s’agit avant tout d’une compréhension logique de l’importance de l’intégration dans l’espace eurasien, y compris évidemment dans le cadre historico-civilisationnel, mais aussi tout simplement une réalité pragmatique des opportunités économiques, commerciales et d’emploi.

Enfin, et malgré la ferme volonté de l’establishment atlantiste de stopper cette intégration dans l’espace post-soviétique eurasien, la réalité est telle que malgré les énormes programmes économiques mis en place par les USA et certains de leurs alliés afin de détourner la jeunesse d’Asie centrale, y compris d’Ouzbékistan, d’un quelconque soutien vis-à-vis d’une intégration eurasiatique, vraisemblablement les résultats de ces tentatives occidentales restent pour le moins… médiocres. Au final, les réalités économiques, alliées à une lecture commune sur de nombreux points de l’histoire, y compris commune, le facteur humain, mental et civilisationnel, restent les atouts qu’il est très difficile d’anéantir, y compris à coups de millions, voire de milliards de billets verts.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1609

Russie-Afrique du Sud: d’une pierre, deux coups

Pretoria

Le partenariat entre Moscou et Pretoria a le vent en poupe. Déjà très fort dans les domaines politique, économique, culturel, sans oublier l’agroalimentaire, il est amené à se développer dans un domaine inattendu: Moscou propose en effet une solution à l’épineux problème des fermiers blancs qui doivent laisser leurs terres aux noirs.

Depuis la chute du régime raciste d’apartheid, les relations entre la République sud-africaine et la Fédération de Russie ont toujours été cordiales. Rien d’étonnant, sachant que l’ANC, le parti au pouvoir depuis la fin de la dictature néocoloniale, a été activement soutenu en son temps par l’Union soviétique. D’ailleurs, plusieurs des représentants de l’élite sud-africaine post-apartheid ont été formés dans des universités russes.

Le nouveau président sud-africain, Cyril Ramaphosa, est en ce sens dans la lignée de ses prédécesseurs, à savoir un partisan d’une relation forte avec Moscou, d’autant plus que les deux nations sont toutes deux membres de l’alliance BRICS. Illustration de ce partenariat privilégié, les deux pays ont lancé l’année dernière un régime sans visas pour leurs citoyens respectifs, pour des séjours jusqu’à 90 jours, donnant une impulsion supplémentaire à la promotion des investissements et du tourisme.

Par ailleurs, l’agence fédérale russe de l’énergie atomique (Rosatom) devrait construire une centrale nucléaire en terre sud-africaine, même si cela déplaît énormément aux concurrents occidentaux du projet et à leurs amis héritiers de l’apartheid, se trouvant aujourd’hui dans l’opposition. Secteur des mines, bourses d’études, manifestations culturelles conjointes,… Russie et RSA ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin: récemment, un nouveau volet est venu s’ajouter à cette longue liste de domaines de coopération… Assez inattendu.

Le leader sud-africain a en effet récemment annoncé qu’il comptait revenir à la question sensible qui tracasse depuis de longues années la société du pays: celle de la transmission des terres agricoles aux mains des représentants de la majorité noire. Car faut-il le rappeler, les meilleures terres agricoles de la nation arc-en-ciel restent détenues par des représentants de la minorité blanche. À la différence du Zimbabwe, de Nelson Mandela à Jacob Zumba, en passant par Thabo Mbeki, le leadership sud-africain a été vraiment très —certains diront trop- patient à ce sujet.

Si cela devait arriver, il serait bon de dire que cette décision serait amplement justifiée, sachant que nombre d’agronomes qualifiés noirs ont été formés depuis la chute de l’apartheid. Que d’autre part, il est effectivement illogique qu’une minorité issue du colonialisme puisse continuer à profiter d’un système né durant une époque d’injustice et de discrimination. Et qu’enfin, la République sud-africaine est un pays souverain, ayant droit d’adopter les mesures jugées nécessaires par ses représentants élus démocratiquement.

Mais que faire de ces fermiers blancs, pour la plupart descendant des Afrikaners néerlandophones, et hautement qualifiés dans le domaine qui les concerne? Eh bien, la Russie, qui offre depuis déjà plusieurs années des conditions inespérées dans le domaine agroalimentaire, notamment après l’établissement des sanctions occidentales à son endroit et les contre-mesures russes visant grand nombre de produits occidentaux, a ouvert la porte aux nombreux fermiers afrikaners afin de leur permettre de venir s’installer en terre russe. Un message vraisemblablement bien accueilli, puisque déjà 15.000 fermiers sud-africains sont arrivés dans le sud de la Russie et comptent se lancer dans un business qu’ils maîtrisent si bien. La terre russe, surtout celle du sud, leur offre d’une part un climat et des conditions de travail propices, sans oublier d’autres avantages fournis par le gouvernement local. Côté sud-africain, ces fermiers se disent prêts à investir chacun pas moins de 100.000 euros pour pouvoir lancer leur production. Faites le compte: 15.000 fermiers x 100.000 euros, cela fait déjà 1,5 milliard d’euros que le budget russe pourra recevoir, ajouté à cela l’énorme savoir-faire des fermiers en question.

Moscou fait d’une pierre, deux coups: d’une part, elle maintient de très bons rapports avec le gouvernement sud-africain, élargit au maximum le portefeuille de projets conjoints, tout en contribuant d’une certaine façon au règlement d’un problème né durant une phase sombre de l’histoire d’Afrique du Sud.

D’autre part, sachant que la Russie est devenue un nouvel eldorado pour les projets dans le secteur agroalimentaire, avec l’arrivée de ces milliers de spécialistes sud-africains hautement qualifiés, elle porte un coup supplémentaire aux intérêts occidentaux. C’est désormais certain: tout retour éventuel des produits agroalimentaires européens sur le marché russe sera extrêmement difficile.

Certains sceptiques nous annonçaient de grandes difficultés pour la Russie. Une fois encore, le pays ne fait qu’en sortir renforcé.
Il y a toujours des alternatives. L’essentiel est de les saisir.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201807171037246580-russie-afrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Samy Ammar: «La Russie est une priorité de la politique extérieure égyptienne»

Samy Ammar

Le récent Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) a accordé une grande attention au partenariat avec les pays africains. Ce fut également une occasion importante de parler d’échanges entre les jeunesses de Russie et d’Afrique. Entretien avec Samy Ammar, participant égyptien au SPIEF 2018.

Samy Ammar, en tant que responsable des relations extérieures du ministère égyptien de la Jeunesse, est un expert en matière de la politique à destination des jeunes. Il est de plus journaliste spécialisé dans les affaires internationales au journal Youm7.

Sputnik: Vous avez pris part au Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Quelle a été votre impression sur cet événement?

Samy Ammar: Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg a été une plateforme fructueuse pour moi, de même que pour des chefs d’entreprises du monde entier. Ceci est une preuve des capacités économiques de la Russie à l’échelle mondiale et une opportunité pour les secteurs prometteurs de l’économie russe à présenter leurs plans et leurs mégaprojets d’investissement en Russie.

Spuntik: Durant l’édition de cette année du forum, une attention particulière a été accordée à l’Afrique, à un moment où la Russie renforce activement son interaction avec le continent. En outre, les défis de la jeunesse ont été également abordés. En tant que représentant de l’Égypte, du continent africain, mais également de la jeunesse, considérez-vous que ces questions ont été traitées équitablement?

Samy Ammar: Oui, je le pense, car la plupart des sessions de travail qui étaient dédiées à l’Afrique ont justement mis en lumière toutes les questions clés, dont les opportunités et les défis de la jeunesse africaine. Permettez-moi aussi de mentionner la Journée de la Jeunesse, qui s’est déroulée le 26 mai dernier —lors de la dernière journée du SPIEF 2018, durant laquelle un excellent groupe de panélistes a fait un discours sur la jeunesse africaine.

Par ailleurs, j’étais ravi d’avoir à mes côtés Francine Furaha Muyumba, la présidente de l’Union panafricaine de la Jeunesse, qui a prononcé un discours riche sur les potentiels de la coopération transfrontalière entre l’Afrique et le reste du monde. Quant à l’interaction de la Russie avec notre continent, le réseau des organisations de jeunesse agit en priorité pour construire les ponts nécessaires entre les deux parties et combler le fossé pour d’autres collaborations ultérieures.

Sputnik: Que pouvez-vous dire au sujet du potentiel d’autonomisation des jeunes égyptiens?

Samy Ammar: Eh bien, sans aucun doute, la jeunesse égyptienne a de nombreux défis en matière d’autonomisation économique et politique. Nous avons la pauvreté, les bidonvilles, le chômage et un taux faible de participation aux élections, à titre d’exemples. En revanche, pour pouvoir relever ces défis, les potentiels augmentent. Le réseautage avec les organisations de jeunesse russes et internationales est une clé pour autonomiser la jeunesse égyptienne en mettant à profit les échanges et les protocoles d’entente afin de renforcer les capacités des jeunes. Le ministère égyptien de la Jeunesse pour lequel je travaille depuis 2009 met déjà en œuvre de nombreux programmes de soutien aux jeunes PME, des projets de microfinance, d’entrepreneuriat et d’autres programmes d’autonomisation politique et de sensibilisation.

Sputnik: Outre en Afrique, votre pays, l’Égypte, est également un pays-clé dans la région du Proche-Orient. Nous connaissons tous les problèmes auxquels cette région est confrontée, notamment liés à l’extrémisme. Selon vous, que faut-il faire pour empêcher les jeunes de suivre des idéologies extrémistes?

Samy Ammar: Tout commence par la pauvreté. Je crois que le problème de la pauvreté est la plus large des portes pour le terrorisme. Des milliers de jeunes gens du Moyen-Orient sont recrutés et utilisés pour la violence terroriste. La pauvreté les rend vulnérables, sans oublier le manque de conscience religieuse qui joue également son rôle dans bien des cas. Pour remédier à cela, l’Égypte et ses partenaires régionaux ont désormais des protocoles et des partenariats afin de permettre à Al-Azhar (l’une des principales universités d’étude de l’islam basée au Caire, ndlr) et à d’autres institutions religieuses de lutter efficacement contre la propagation des idées extrémistes et proterroristes. Et tout cela malgré les nombreux défis économiques et situations troublées en Égypte, notamment en raison d’une forte inflation.

Sputnik: La Russie et l’Égypte ont des liens historiques forts et anciens. Comment évaluez-vous les relations actuelles entre les deux pays?

Samy Ammar: La Russie est une priorité de la politique extérieure égyptienne. En 2010, l’Égypte avait accueilli 2,8 millions de touristes russes, ce qui représentait un énorme revenu pour le Trésor égyptien et ce qui a permis de créer de nombreux emplois à Hurghada et Charm el-Cheikh.

La coopération militaire et scientifique reste également vitale. Il faudrait se souvenir que l’Union soviétique avait construit un grand nombre d’installations en Égypte, parmi elles le premier centre de recherche nucléaire d’Anshas, mis en service en 1961. Sans oublier la conception du haut barrage d’Assouan. Aujourd’hui, la Russie s’apprête à construire la première centrale nucléaire du pays —il s’agit du projet de la centrale nucléaire d’El-Dabaa. Ce que je veux dire, c’est que déjà les relations russo-égyptiennes sont réellement stratégiques. Et cela ne concerne pas seulement les liens politiques et économiques, mais également la culture, le tourisme, l’histoire, la religion et de nombreux autres domaines d’intérêt commun. Et je pense aussi que les deux pays ont un avenir encore plus prometteur en termes de partenariats.

Sputnik: Selon vos observations, comment la Russie est-elle perçue par les jeunes d’Égypte et du Proche-Orient?

Samy Ammar: La Russie est un sérieux espace d’opportunités. La jeunesse égyptienne s’intéresse beaucoup au potentiel académique et commercial de la Russie. Lors de ma participation au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Sotchi en octobre dernier, j’ai pu rencontrer plusieurs de mes compatriotes venus d’Égypte, des jeunes brillants avec plein d’idées intéressantes, plusieurs desquels avaient lancé de petites entreprises créatives, de même que des projets académiques. Je dois espérer que la jeunesse égyptienne a de grandes ambitions en Russie.

Main dans la main, épaule contre épaule, la Russie et l’Égypte peuvent avancer pour la prospérité et le développement des deux parties. Et soyons optimistes quant à l’avenir des relations russo-arabes aussi, surtout connaissant les défis liés à la grande tourmente dans laquelle se trouve la région.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806211036895282-russie-egypte-samy-ammar/

Mikhail Gamandiy-Egorov