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La CPI continuera de se vider : expert russe

La CPI

Alexandre Mezyaev est l’un des plus éminents experts russes dans le domaine du droit international. Docteur de droit, professeur des universités, chef du département de droit international de l’Université d’administration Tisbi (Kazan, Russie) et professeur associé dans plusieurs universités sud-africaines.

Ami de l’Afrique, M. Mezyaev est familier avec la « justice pénale internationale », notamment dans les versions de la Cour pénale internationale (CPI), ainsi que du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

Sputnik : Première question. Quelles sont pour vous les raisons ayant poussé la Russie à se retirer en intégralité de la CPI ?

Alexandre Mezyaev : La goutte de trop a été le rapport émis par la procureure Fatou Bensouda du 14 novembre 2016 suite aux plaintes transmises par l’Ukraine à la CPI. Il est ici totalement évident que la procureure a pris fait et cause en faveur des autorités illégitimes ukrainiennes ne serait-ce qu’en acceptant de travailler sur ces prétendues plaintes. Car la première règle d’une cour est d’abord de vérifier si elle doit oui ou non répondre à l’appel de telle ou telle demande. Et le fait que la CPI ait répondu favorablement à une demande faite par des personnes arrivées au pouvoir suite à un coup d’Etat, confirme que ladite structure est tout simplement complice de ce coup d’Etat qui a eu lieu en Ukraine. Et tout ce qui a été écrit par la suite dans ce rapport de la procureure n’est que falsification à la faveur des autorités putschistes ukrainiennes, dont le principal est la caractéristique donnée au conflit en Ukraine comme étant soi-disant « international ». Donc la Russie est nommée à titre d’agresseur, la direction choisie pour la suite est évidente. Et en ce sens la seule décision juste est celle qui a été prise par le président russe, à savoir stopper tout contact officiel avec cette institution. Même si et pour ma part je pense que la Russie aurait dû le faire plus tôt, sachant que ce n’était pas la première orientation antirusse de la CPI. Notamment il y a deux ans lorsqu’on a tous vu la ligne adoptée par la CPI envers les événements d’août 2008 (agression du régime de Saakachvili contre l’Ossétie du Sud, ndlr).

Sputnik : La Russie en tant que pays signataire du Statut de Rome qui a officialisé la création de la CPI, sans l’avoir ratifié, aujourd’hui la quitte et coupe tout lien avec cette institution. Quelles en sont les conséquences et les perspectives ?

Alexandre Mezyaev : En effet il est vrai que la Russie n’était pas membre de plein droit de la Cour pénale internationale. Pour autant on ne peut pas dire non plus qu’il n’y avait pas de rapport entre la Russie et la CPI. Il faut savoir qu’il existe la Convention de Vienne sur le droit des traités et plus particulièrement l’article 18 qui stipule des obligations légales pour les Etats ayant signé des traités internationaux, y compris sans les avoir ratifié. Notamment l’obligation de ne pas priver un traité de son objet et de son but. Une formulation donc assez large mais qui peut parfois obliger les Etats, même qui n’ont pas ratifié un accord, de réaliser certaines obligations dudit accord. Donc de fait cette situation n’était pas très normale. Et le fait que la Russie ait fait le pas pour une sortie définitive de la CPI est pour moi très juste du point de vue juridique, de même que politique. Il faut noter aussi qu’à la différence des Etats africains ayant pris la décision de quitter récemment la CPI (le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie, ndlr), cette décision rentre en vigueur dès réception du courrier officiel de retrait de la CPI transmis au Secrétaire général de l’ONU. Dans le cas des pays africains dont il est question, qui étaient des membres de plein droit de la CPI, leur retrait sera intégralement effectif d’ici un an, selon la règle en vigueur. Quant à la situation du retrait de la Russie, elle est en ce sens similaire aux USA qui avaient été signataires du Statut de Rome sans l’avoir ratifié, et ont par la suite simplement retiré leur signature du statut.

Sputnik : Donc il est vrai que des grandes puissances comme la Chine, les USA, la Russie et l’Inde ne reconnaissent tout simplement pas la compétence de la CPI ?

Alexandre Mezyaev : Oui. Et j’ajouterai d’ailleurs qu’on assiste depuis cette sortie de la Russie à une libération des BRICS vis-à-vis de cette institution. Sur les 5 pays membres de l’alliance (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), seul le Brésil reste encore membre de la CPI.

Sputnik : Parlons de l’Afrique. On sait que la grande majorité des dossiers actuels de la CPI concernent le continent africain. Et on sait également que depuis déjà plusieurs années la CPI est accusée par plusieurs experts et observateurs d’être une cour ouvertement néocoloniale, certains disent même qu’elle est raciste et destinée à juger exclusivement les Africains et surtout les leaders africains qui n’arrangent pas les intérêts des puissances occidentales. Trois pays africains ont récemment confirmé leur retrait de la CPI. D’abord le Burundi, puis l’Afrique du Sud et ensuite la Gambie. D’après vous les autres pays d’Afrique les suivront sous peu ?

Alexandre Mezyaev : Il faut savoir que certains pays africains avaient annoncé leur intention de quitter la CPI avant même les trois cités, notamment la Namibie qui avait même confirmé que la décision est déjà prise au niveau du gouvernement. Pourtant du point de vue du protocole de retrait elle a pris un peu de retard et a été dépassée en termes de timing par les trois premiers pays africains mentionnés.

Personnellement je pense que oui, le processus se poursuivra et d’autres pays africains suivront le pas. Y compris après maintenant la décision de la Russie. Si l’on regarde les résolutions qui ont été adoptées dans le cadre de l’Union africaine, on se rappelle qu’elles étaient très radicales vis-à-vis de la CPI. Et je pense donc que d’autres décisions à l’instar de celles déjà prises suivront certainement. Bien qu’il ne faut pas non plus oublier que l’Union africaine n’est pas encore réellement unie. Nous le voyons parfaitement. Certains pays du continent se trouvent dans une dépendance évidente vis-à-vis des pays occidentaux. Certains leaders mêmes sont tout simplement des protégés de l’Occident. Regardez en ce sens l’approche du Sénégal qui joue de fait le rôle du porte-parole des intérêts occidentaux. Observez aussi les actions entreprises par le Gabon. Ce dernier d’ailleurs en faisant appel à la CPI pour moi s’est fouetté soi-même, comme dans l’œuvre Le Revizor de l’écrivain russe Nicolas Gogol. Donc évidemment que ce sera un processus compliqué car nous connaissons les crédits qui ont été accordés à certains pays sous la condition d’être membres de telle ou telle institution dite internationale. Aujourd’hui la pression exercée sur les Etats africains a augmenté de plusieurs fois. Surtout depuis le retrait de l’Afrique du Sud, du Burundi et de la Gambie. Et cette pression ne va vraisemblablement pas baisser. Donc oui, le processus de retrait des nations africaines de la CPI se poursuivra mais il faut s’attendre aussi à des défis évidents.

Sputnik : Vous avez fait mention du Sénégal et du Gabon. Mais là il s’agit effectivement de l’Afrique francophone, plus que cela des pays considérés comme faisant partie du système de la Françafrique. Certains observateurs pensent en ce sens que les prochains pays qui suivront le pas du Burundi, de l’Afrique du Sud et de la Gambie seront principalement des pays anglophones, lusophones mais dans une bien moindre mesure francophones. Vous partagez cette opinion ?

Alexandre Mezyaev : En grande partie malheureusement oui. En ce sens je me souviens de ce qui a été dit par l’ex-attaché de presse du président ivoirien Laurent Gbagbo, Ahoua Don Mello, lors d’une conférence en Afrique du Sud à laquelle j’ai également participé. Il avait en effet commencé son intervention par une déclaration fortement intéressante en affirmant que son pays, la Côte d’Ivoire, a obtenu son indépendance en 1960 — pour la perdre en 1961. A cet instant beaucoup l’ont regardé avec étonnement. Mais il a bien clarifié ses dires : à savoir que tout cela n’est évidemment pas officiel mais c’est bien en 1961 que la France a obligé la Côte d’Ivoire de signer un accord secret selon lequel le gouvernement ivoirien n’a pas le droit de mener sa politique extérieure sans consultation au préalable avec l’Etat français. Et tout ce qui est arrivé avec Laurent Gbagbo n’est rien d’autre que la punition pour avoir signé un accord avec la Chine sans accord préalable avec la France. Ces dires avaient été une réelle surprise pour de nombreux participants à ce forum sud-africain. Mais il avait bien ajouté une autre chose : à savoir que ce type d’accord est loin de concerner uniquement les relations franco-ivoiriennes. Donc vous avez raison de le noter.

Mais il faut savoir que c’est un problème qui ne concerne pas seulement les pays d’Afrique francophone. Prenez par exemple le Nigeria qui joue également le rôle du défenseur de la CPI. Donc il s’agit de processus effectivement compliqués et qui dépassent parfois le clivage anglophone/francophone et autre.

Sputnik : Compte tenu des processus actuels observés à l’encontre de la CPI. De l’absence des USA, de la Chine, de l’Inde. Le retrait maintenant de la Russie. De même que les pays africains qui sont appelés à quitter massivement cet organisme, quel sera alors l’avenir de la CPI ? Pourra-t-elle alors remplir ses fonctions et pourra-t-elle tout simplement exister ?

Alexandre Mezyaev : Pour répondre à cette question il faut avoir à l’esprit que dès le départ la CPI était conçue pour être un institut du pouvoir global. Donc il continuera à exister même s’il poursuivra à se faire discréditer. Parmi ses objectifs : liquider des chefs d’Etats et leaders, et parfois même aussi les leaders potentiels. Comme ce fut le cas d’ailleurs avec Vojislav Šešelj lorsque ce système lui a barré la route pour devenir président de la Serbie. Un autre exemple est celui de Jean-Pierre Bemba en RDC. Donc il s’agit du rôle premier donné à la CPI. Le second objectif est tout aussi sérieux, c’est la création d’un nouveau droit global. Et pour pouvoir légitimer et imposer ce nouveau droit global, c’est toujours mieux de le faire sous la couverture d’une institution comme la Cour pénale internationale. Donc même si cet organe sera totalement discrédité, il restera malgré tout, notamment à des fins propagandistes. Et n’oublions pas une fois encore que beaucoup de pays, à divers endroits du monde, restent sous pression occidentale, notamment via le chantage économique. Cela est d’ailleurs le cas pour un certain nombre de pays d’Asie, comme d’Afrique. Donc dans ce combat il faut être prêt à des succès mais aussi à des défis variés.

Sputnik : Une réforme du système existant est-elle selon vous possible ?

Alexandre Mezyaev : Je ne crois pas à une quelconque possibilité de réforme. Toute réforme n’est possible que lorsqu’on a en face un système honnête, et que même s’il commet des erreurs, ce sont des erreurs ou des lacunes honnêtes. Ce n’est pas le cas de la CPI puisque il ne s’agit aucunement d’erreurs ou de manque de maturité comme aiment parfois le dire certains de nos collègues liés au droit international. Non, tout ce que fait ou entreprend la CPI rentre parfaitement dans les objectifs qui ont poussé à créer cette institution.

Sputnik : Donc en l’occurrence les intérêts néocolonialistes ?

Alexandre Mezyaev : Parfaitement. Lorsque l’objectif est d’établir son pouvoir, sa domination dans le monde et justifier les crimes commis par les autorités globales via des instruments dits juridiques, comment serait-il alors possible de réformer un tel organe ? Et j’avais dit il y a de cela plusieurs années que les pays africains doivent éviter de rentrer dans le jeu de la CPI. Car lorsqu’on joue contre des criminels professionnels et qui commettent leurs crimes depuis des siècles, on sort toujours perdants. C’est comme jouer aux cartes face à des escrocs professionnels, en pensant que vous arriverez à les battre. Donc une fois encore et pour moi toute réforme éventuelle digne de ce nom est simplement impossible car les objectifs réels sont très loin de ceux officiellement annoncés.

Sputnik : Dans le communiqué du ministère russe des Affaires étrangères il est dit que « la CPI n’a pas justifié l’espoir qui a été placé en elle ». Pensez-vous qu’à moyen-long terme on pourrait assister à la création d’une nouvelle institution de justice internationale, y compris grâce à la coordination des pays déçus par la CPI ? Un système alternatif.

Alexandre Mezyaev : Au niveau de l’Afrique un tel système est déjà en train d’être créé avec la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Nous connaissons aussi l’expérience des cours régionales, par exemple la Cour économique de la CEI ou la Cour de l’Union économique eurasiatique. Il est vrai que ces dernières sont orientées sur l’aspect économique mais elles pourraient aussi pourquoi pas avoir un caractère pénal. On peut aussi penser éventuellement à la Cour des BRICS, etc… Sachant que le plus important est de mettre les bons objectifs.

Mais d’une façon générale et au départ de l’idée même d’une justice réellement internationale, ainsi que l’espoir que cela suscitait, il était question de pouvoir avoir des personnes impartiales qui y siègeraient. Mais par définition les crimes internationaux sont très principalement d’ordre politique. Et le paradoxe avec des instances de justice dite internationale, c’est que la politisation ne fait qu’augmenter. Et divers intérêts rentrent en jeu. Des intérêts d’Etats, de groupes et d’élites. On ne peut donc pas parler d’impartialité. Donc même en se basant sur un principe idéaliste, personnellement je ne suis pas partisan d’une justice internationale pour les raisons citées. Et connaissant tous les problèmes existants au niveau des justices nationales, je pense que malgré tout c’est là qu’il faut axer le travail. C’est-à-dire garantir les principes de justice au niveau des juridictions nationales. Pour ce faire au niveau d’un système international, cela me parait plus difficile. Mais peut-être que l’avenir me donnera tort. En tout cas et au stade actuel, connaissant les mécanismes existants, cela est encore bien loin. Je reprendrai d’ailleurs les dires de l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki qui avait clairement indiqué que la Cour pénale internationale n’a non seulement pas pu remplir le rôle qui lui était confié, mais ne pouvait le faire de par le principe même, puisqu’elle pratiquait la judiciarisation des conflits politiques, tandis que les conflits politiques ne peuvent être résolus que via des moyens politiques. Donc une judiciarisation artificielle ne mène à rien de bon. Et tant que ces contradictions de systèmes ne pourront être résolues, je resterai dans le camp des pessimistes vis-à-vis de la justice internationale.

Sputnik : Deux principaux procès se déroulant actuellement à La Haye : ceux du président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé. Des procès largement suivis aussi bien par les Ivoiriens que les Africains en général. Connaissant l’absence évidente de preuves des accusations qui sont portées contre eux et du vent des changements actuels, y compris désormais au niveau de l’Afrique, peut-on espérer un jugement juste, à savoir leur libération pure et simple ? Ne serait-ce que pour la CPI de tenter de sauver au minimum la face et pour tenter d’éviter des pertes encore plus importantes.

Alexandre Mezyaev : Difficile évidemment de faire une prévision en ce sens mais disons qu’il faut se rappeler que Laurent Gbagbo a été victime du jeu des élites d’un certain nombre de pays occidentaux, en premier lieu de la France. Ce que vous mentionnez peut avoir lieu et certains éléments laissent à le penser. Mais d’un autre côté je ne pense pas que des événements tels que le retrait massif des pays africains de la CPI pourront forcément influer sur le verdict. Ici ce ne seront pas les juges qui prendront la décision mais bien les élites concernées. D’ailleurs le fait même d’abandonner des charges contre Laurent Gbagbo ne stoppera vraisemblablement pas le processus déjà enclenché, puisque nous savons déjà qu’il est innocent. Aujourd’hui nous avons l’évidence de l’absence des éléments qui pourraient confirmer une quelconque culpabilité de sa part. Les témoins de l’accusation ne cessent de tomber comme des châteaux de cartes. L’accusation, y compris la procureure en personne, ne cesse de se ridiculiser. Mais il faut savoir qu’ils n’ont pas peur du ridicule et même de l’humiliation. Donc disons que pour le moment il est encore tôt de parler de la libération de Gbagbo. Et d’ailleurs j’aimerai porter votre attention sur autre chose aussi qui caractérise ce système de la CPI. Lorsqu’ils arrivent au fait où ils ne peuvent ni condamner ni libérer l’accusé, il arrive aussi qu’il meurt tout simplement. Et nous avons déjà assisté à plusieurs morts de la sorte. On parle bien évidemment ici de morts violentes. Nous avons les exemples de Slobodan Milosevic, Slavko Dokmanovic, Milan Babic, et puis cette année même Zdravko Tolimir. Toujours dans cette même prison puisqu’il faut savoir que la prison du TPIY est la même que celle de la CPI. Ce n’est pas une simple tendance, c’est désormais une règle. Et cela suscite évidemment de très sérieuses inquiétudes.

Donc je serai d’accord sur le fait que votre hypothèse quant à une éventuelle libération puisse se réaliser mais il est encore tôt de penser que cette libération puisse avoir lieu uniquement parce qu’ils ont peur de la suite du retrait d’autres pays africains de la CPI.

Sputnik : Néanmoins on peut rester optimistes ?

Alexandre Mezyaev : Nous pouvons rester optimistes ne serait-ce que pour la raison qu’il n’y aucune preuve de la culpabilité des détenus Gbagbo et Blé Goudé. Au contraire, ce qui a été présenté par le bureau du procureur mérite d’engager des poursuites contre le bureau du procureur. D’ailleurs un exemple du passé : pratiquement toute l’équipe de défense de Jean-Pierre Bemba a été arrêtée et condamnée pour avoir soi-disant préparée de faux témoins, bien qu’il s’agissait surtout de frapper au moment où la défense était assez efficace. Ou rappelez-vous du premier témoin dans l’affaire Lubanga qui avait fini par dire que tous ses témoignages n’étaient que des mensonges et que c’est le bureau du procureur qui l’a incité à proférer ces mensonges. Quoique dans ce deuxième exemple, la cour a fait comme si rien ne s’était passé. Mais malgré tout cela nous pouvons rester en partie optimistes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201611211028791865-cour-penale-internationale-expert-russe/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

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Le Burundi ou le courage de tout un pays

Edouard Bizimana. Archive photo

Dans un monde où la multipolarité s’impose de jour en jour, il ne faut pas forcément être grand ou puissant pour assumer pleinement sa souveraineté et défendre ses intérêts nationaux.

Une conférence de presse a été organisée à Moscou par l’ambassade du Burundi en Russie. A ce titre l’ambassadeur burundais, Dr. Edouard Bizimana, a fait un exposé de la situation au Burundi, des pressions occidentales auxquelles fait face le pays, des éclairages politisés émanant des médias du mainstream occidental, de l’initiative de quitter la Cour pénale internationale (CPI) et des soutiens extérieurs.

Tout d’abord M. Bizimana a rappelé les raisons invoquées par certaines forces, intérieures comme extérieures, pour créer la déstabilisation dans le pays dans le cadre de la dernière élection présidentielle. Et avait expliqué les positions du gouvernement burundais. Il a également noté que les attaques armées contre les forces de l’ordre ne pouvaient plus être caractérisées comme étant des « manifestations pacifiques », ce sur quoi insistaient les élites occidentales, politiques comme médiatiques. En passant, cela ne vous rappelle rien? La Syrie? L’Ukraine? Le Venezuela? Comme quoi, les méthodes de « certains » restent les mêmes un peu partout.

Malgré les défis lancés à la nation burundaise et les grandes pressions extérieures, la situation a réussi à se stabiliser. Le pays a aujourd’hui retrouvé une vie normale. D’ailleurs un fait notoire qui a été rappelé par l’ambassadeur du Burundi: celui qu’aucune ambassade étrangère n’avait fermé ses portes à Bujumbura, y compris durant la période annoncée comme « critique » dans les médias occidentaux. M. Bizimana a aussi rappelé que les pays occidentaux avaient adopté la mauvaise approche dès le départ et devraient à ce titre revoir leur politique envers le Burundi. Une politique qui selon l’ambassadeur reste la recherche de la domination de la vie politique du pays et l’exploitation de ses ressources. Ce à quoi s’oppose radicalement le leadership de la République du Burundi.

L’ambassadeur burundais n’a pas manqué d’évoquer aussi la récente annonce du Burundi de quitter la Cour pénale internationale, décision largement soutenue par le parlement du pays, faisant du Burundi le premier pays africain à avoir officiellement annoncé son retrait de cette institution, accusée par de nombreux Africains et observateurs étrangers d’être une cour servant les intérêts néocolonialistes. Une décision pour rappel presque immédiatement suivie par l’Afrique du Sud, leader du continent africain ayant déjà rempli tout le protocole de retrait de la CPI, puis par la Gambie. A notre question posée à Dr. Bizimana afin d’avoir son opinion si ce processus de retrait de la CPI par les Etats africains serait global au niveau continental, y compris au niveau des pays francophones, l’ambassadeur s’est dit optimiste et croit effectivement à un retrait généralisé des pays africains de cette institution, à la réputation fortement négative.

Le représentant de la mission diplomatique burundaise en Russie n’a pas manqué de remercier les pays ayant soutenu le Burundi dans la défense de sa souveraineté nationale et ce malgré les fortes pressions exercées, aussi bien au niveau africain qu’externe. En l’occurrence la République démocratique du Congo, pays voisin du Burundi et avec lequel la coopération n’a jamais cessé, à la différence du Rwanda, autre voisin qui lui est accusé d’avoir participé aux tentatives de déstabilisation. En outre, la Russie et d’autres pays amis du Burundi ont été remerciés pour leur soutien international, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. L’ambassadeur a d’ailleurs rappelé que la Russie et le Burundi traversent actuellement un moment important de leurs relations bilatérales, aussi bien au niveau politique qu’économique. En parlant d’économie, des investisseurs russes s’intéressent à investir au Burundi, certains s’y sont déjà implantés.

Comme quoi et une fois de plus, le temps est plus que jamais au changement. Si les élites occidentales ont toujours du mal à se débarrasser de leur mentalité d’imposer un diktat dans ce qu’ils considèrent encore comme leur « pré-carré », l’exemple du Burundi, pays d’un petit plus de 10 millions d’habitants, confirme à lui seul que l’heure est plus que jamais à la souveraineté et à la dignité, dans un cadre multipolaire. Chaque nation, quelle qu’elle soit, est libre de choisir la politique à adopter pour son développement, de même que dans le choix de ses partenaires. Si l’Occident politique a encore beaucoup de mal sur ce sujet, il devra néanmoins se rendre rapidement à l’évidence, au risque de perdre tous ses intérêts en Afrique sur le long-terme. L’Afrique digne se réveille. Le processus enclenché par le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie vis-à-vis de la CPI ne fait que le confirmer. D’autres suivront sous peu. Quant aux puissances non-occidentales comme la Russie et la Chine, ou encore l’Iran, ils soutiendront certainement à leur niveau aussi ce processus qui ne compte nullement s’arrêter.

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Le début de la fin pour la Cour pénale internationale?

Cour pénale internationale

On en avait pourtant parlé plusieurs fois. Mais à l’époque cela paraissait encore tellement lointain. Pourtant nous y voici : la Cour pénale internationale vit actuellement ses moments les plus difficiles.

Après la confirmation désormais officielle de retrait émise par le gouvernement du Burundi de cette institution jugée par de très nombreux Africains comme une cour raciste et ouvertement néocoloniale, servant les intérêts des élites occidentales, désormais c’est au tour de l’Afrique du Sud, membre BRICS, d’annoncer officiellement son retrait de la CPI. A ce titre, une lettre a été transmise au secrétaire général de l’ONU comme le veut le protocole de retrait.

Il faut en effet se réjouir de cette décision sud-africaine, de même que burundaise, pour plusieurs raisons. La première c’est qu’une fois de plus cela permettra de comprendre aux élites occidentales que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui ayant suivi la chute de l’URSS, période à laquelle l’Occident, et en premier lieu les USA, se sont autodéclarés être les gendarmes du monde. Deuxièmement, cette prise de responsabilité de deux Etats souverains d’Afrique prouve que le continent africain aura son mot à dire en ce 21ème siècle multipolaire. Troisièmement et par la même occasion cela confirme que certains pays d’Afrique ne vont plus tolérer le diktat des institutions néocoloniales, que ce soit dans le domaine de la justice internationale ou dans d’autres. Quatrièmement et cela est tout aussi important: d’autres pays suivront irrémédiablement. Le processus est bel et bien enclenché.

Last but not least, le rôle des médias. Souvenez-vous de mes articles sur ce sujet dont les idées allaient complètement à l’opposé de celles exprimées dans le mainstream. Plusieurs de mes lecteurs et amis me disaient que malgré toute la bonne volonté des analyses, elles auraient du mal à trouver écho auprès du leadership africain. Je répondais que le temps sera notre meilleur ami. Quelques années plus tard nous y voici. Rien ne sera plus comme avant. Et je suis particulièrement heureux que par les actions courageuses de certains pays, l’Afrique montre qu’elle sera effectivement partie intégrante du monde multipolaire. Quant aux médias, justement le renforcement des médias alternatifs, qu’ils soient russes, chinois, iraniens, syriens, latino-américains, africains et autres, est appelé à se poursuivre. C’est pour cela d’ailleurs que l’on observe en ce moment même une hystérie évidente pas seulement au niveau des élites politiques de l’Occident, mais également au niveau des élites médiatiques, par ailleurs complètement interconnectées et souffrantes ensemble des coups reçus de la part des partisans de la multipolarité.

Finalement, lorsque je disais il y a quelques années qu’en engageant des poursuites à l’encontre du président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé et d’autres leaders africains, la CPI y joue de sa survie, cela se confirme pleinement aujourd’hui. D’ailleurs en parlant des perspectives de la suite des poursuites contre ces deux leaders ivoiriens, il est à penser que la CPI sera forcée de faire machine arrière. Pourquoi? Car des condamnations, qui n’auraient d’ailleurs aucune base légale car dès le départ arbitraires, ne feraient qu’accélérer massivement le processus déjà enclenché. Et sachant que pour le moment ce sont justement les pays africains faisant partie du système de la Françafrique qui sont les plus dociles à suivre les instructions occidentales (et donc éventuellement à rester plus longtemps membres de cette organisation que les autres pays du continent), la CPI devra désormais réfléchir trois fois avant de prononcer une quelconque condamnation à l’encontre de Gbagbo et de Blé Goudé. L’espoir est donc entièrement permis quant à leur libération.

Pour le reste, encore bravo au Burundi et l’Afrique du Sud pour leurs courageuses décisions. Et courage à tous les autres qui suivront dans un avenir proche et moins proche. L’Afrique fait partie intégrante du monde multipolaire et aura son mot à dire. Heureux aussi qu’on ait pu d’une certaine façon y contribuer. Propagande russe diront les mauvaises langues. Simple vérité diront nos amis.

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Pétition pour la libération de Laurent Gbagbo. Entretien exclusif avec Alphonse Douati

Alphonse Douati

Né en 1955, Alphonse Douati est un homme politique ivoirien. Secrétaire général du FPI (Front populaire ivoirien), parti politique fondé et dirigé par le président Laurent Gbagbo, il a occupé différents postes ministériels d’octobre 2000 à novembre 2010 en Côte d’Ivoire.

Il est aujourd’hui le coordonnateur de la pétition internationale pour la libération de Laurent Gbagbo, incarcéré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.

Sputnik: Vous êtes le coordonnateur de la pétition internationale pour la libération de Laurent Gbagbo. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre projet? Et quel est l’objectif visé?

Alphonse Douati : Avant tout propos, je voudrais vous exprimer mes remerciements et ma reconnaissance pour l’opportunité et le privilège qui me sont accordés à travers cet entretien. Une pétition est l’expression d’une liberté d’opinion utilisée par tout citoyen et tout démocrate pour faire connaître sa position sur une thématique qui concerne la société. Elle a aussi une valeur interpellatrice dont dispose les populations pour s’adresser aux décideurs. La présente pétition répond à cette double attente. Mais au-delà, il s’agit de mettre en lumière aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale et par ricochet de la communauté internationale, l’ampleur du plus grand scandale politique de ce début du 21ème siècle que représente la détention de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé à la CPI (La Haye), de l’incarcération de Simone Gbagbo (épouse du premier cité), de centaines de citoyens ivoiriens emprisonnés au seul motif qu’ils sont adeptes des idées de Laurent Gbagbo. Ainsi que l’exil forcé de 100.000 Ivoiriens. De par les signataires, l’opinion se fera entendre pour obtenir la libération du président Laurent Gbagbo.

Sputnik: Combien de signatures avez-vous recueilli jusqu’à maintenant? Et quel est la géographie des signataires?

Alphonse Douati: La pétition est l’initiative de l’écrivain patriarche Bernard Binlin Dadié et de l’ex-Premier ministre togolais Joseph Koffigoh à qui est réservée la primeur des résultats. Pour le moment, je n’en dirai pas plus. Mais sachez que l’engouement est grand partout en Côte d’Ivoire, dans plusieurs pays africains, européens et américains.

Sputnik : Vous êtes basé en Côte d’Ivoire. Durant votre campagne, avez-vous subi des pressions, aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur?

Alphonse Douati: Les pressions voire les empêchements ne nous ont pas été rapportés des pays étrangers. Mais en Côte d’Ivoire, c’est à un véritable parcours de combattant qui nous est servi: saisie de fiches de pétition vierges, destruction de 500 000 fiches signées, brimades, bastonnades, arrestations et incarcérations sont servies au quotidien. 3 jeunes gens ont été incarcérés à la prison centrale d’Abidjan pour cause de pétition et libérés après une semaine pour délit non constitué. Mais malgré tous ces obstacles, la pétition crée de l’enthousiasme dans tout le pays.

Sputnik : Vous suivez certainement le procès en cours actuellement à la Cour pénale internationale de La Haye contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Comment voyez-vous la suite de ce procès? Et pensez-vous que des pétitions comme la vôtre auront un effet sur cette suite?

Alphonse Douati : Comme tout le monde et en particulier comme adepte de la vision politique du président Laurent Gbagbo, je suis avec beaucoup d’intérêt et d’assiduité le procès conjoint du président Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé devant la CPI. Au plan de la formation des preuves, le passage de 12 témoins à charge n’a pas permis de donner la moindre preuve de la culpabilité des co-accusés. Au contraire, tout montre leur innocence et tout….les réhabilite. Sur le plan procédure, le procureur peine à construire son accusation. Il est souvent désolant de voir la cour privilégier le huis clos perturbant la publicité des débats, gage d’équité et de transparence. Or, il faut un débat à la fois contradictoire et public pour que la vérité soit connue de l’opinion publique pour l’honorabilité des co-accusés. Malgré ces vices que nous condamnons, je demeure serein et optimiste pour au moins deux raisons: la principale est que les preuves n’existent point et ne sauraient s’inventer, secundo, l’observation politique et sociale de la Côte d’Ivoire à elle seule rétablit la vérité et disculpe Laurent Gbagbo et son co-accusé. La pétition comme instrument de pression populaire et démocratique mais aussi comme outil de sondage finira par interpeller les pays membres du Conseil de sécurité comme la Russie pour soutenir une action qui concourra à la libération du président Laurent Gbagbo, de même que de tous les 400 prisonniers politiques et le retour apaisé, sécurisé et digne des 100.000 exilés en Côte d’Ivoire sans oublier la restitution des biens illégalement confisqués notamment les maisons, plantations et les terres comme à l’ouest par les partisans de l’actuel pouvoir en place en Côte d’Ivoire.

Sputnik : Quel avenir entretenez-vous pour votre pays la Cote d’Ivoire? Et voyez-vous Laurent Gbagbo faire partir de cet avenir?

Alphonse Douati : L’avenir de mon pays, la Côte d’Ivoire, demeure ancré dans la réconciliation et la paix. Dans cette dynamique, le président Laurent Gbagbo demeure le moteur de cette réconciliation et donc le Levin de cet avenir. Il ne peut en être autrement. Penser le contraire, c’est se tromper de chemin. Laurent Gbagbo doit revenir dans son pays pour le réconcilier afin que ce pays se réhabilite et se reconstruise.

Sputnik : Quelle serait selon vous la solution dans la protection des leaders patriotes et souverainistes africains?

Alphonse Douati : La protection des leaders patriotes et souverainistes africains passe avant tout par le renforcement de la démocratie en Afrique, le renforcement de la solidarité des peuples autour de ces leaders mais aussi la diversification du partenariat politique, économique et culturel avec les autres peuples du monde dans un esprit d’équité et de respect réciproque, en un mot un partenariat gagnant-gagnant, ouvert et libre.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201608051027173449-cote-d-ivoire-petition-liberation-laurent-gbagbo/

Mikhail Gamandiy-Egorov

A quand Bush et Blair poursuivis pour crimes contre l’humanité ?

la guerre en Irak

Depuis les récentes révélations de John Chilcot sur le fait que la décision du Royaume-Uni et notamment de son ex-Premier ministre Tony Blair d’envahir l’Irak en 2003 en soutien de l’allié étasunien, était « loin d’être acceptable du point de vue légal », la question qui tracasse un certain nombre de personnes est la suite de ces révélations.

Beaucoup de personnes, aussi bien en Europe que dans le monde arabe se posent la légitime question de savoir si la justice dite internationale lancera des poursuites judiciaires à l’encontre des responsables de la guerre en Irak. Une guerre ayant fait pour rappel plus de 170 000 morts civils, sans oublier le chaos qui y règne encore jusqu’à maintenant. Cette question tracasse aussi bon nombre de familles des soldats US et britanniques tués au combat. Après tout, les nouvelles révélations confirment donc une fois de plus que l’intervention US/consorts en Irak était purement criminelle. Les pseudos armes de destruction massive n’ont jamais été trouvés. Le leadership US et britannique en premier lieu en portent donc entière responsabilité.

Cette question inquiète aussi grand nombre d’Africains, notamment d’Ivoiriens. Le président Laurent Gbagbo destitué par l’armée française en 2011 fait face en ce moment même à un procès à la fameuse Cour pénale internationale (CPI), de même que son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé. Le tout en étant accusés de faits non seulement discutables mais qui n’ont de facto aucune base légale, connaissant l’histoire de la crise en Côte d’Ivoire depuis 2002. En effet, comment pouvoir expliquer qu’un chef d’Etat africain ayant tenté de défendre l’indépendance et la souveraineté de son pays se retrouve aux mains d’une justice prétendument internationale, pendant que les responsables de crimes contre l’humanité ayant fait plus de 250 000 morts (si en plus des civils on y ajoute les pertes des combattants), se baladent tranquillement en liberté et ne sont guère inquiétés? En cela se trouve toute la logique des élites occidentales.

On revient donc à cette fameuse « justice internationale » de La Haye. Un sujet que l’on n’avait pas abordé depuis quelques mois. La Haye vient d’émettre la « décision » que la Chine doit oublier ses intérêts en Mer de Chine. Une décision que de toute façon Pékin ne compte pas reconnaitre puisque il ne reconnait tout simplement pas cette juridiction. Bref, constat simple: cette « justice » n’attaque que les intérêts non-occidentaux et principalement ceux n’ayant pas forcément la possibilité de se défendre.

Cas intéressant est celui des USA. Les gendarmes auto-déclarés du monde apprécient beaucoup le « rôle » de la CPI comme instrument néocolonial de pression et de chantage, principalement envers les petites nations refusant leur diktat, mais jusqu’à maintenant n’ont toujours pas ratifié le statut de Rome, qui définit les règles de fonctionnement élémentaire de la Cour pénale internationale. D’autres pays, comme la France, apprécient eux aussi l’utilisation dudit instrument, notamment vis-à-vis de leurs anciennes (?) colonies africaines. Le cas de la Côte d’Ivoire nous le rappelle bien.

Pour revenir à Bush et Blair, la seule chose qui peut-être nous intéresser véritablement est d’observer la suite des événements, ou plutôt vraisemblablement l’absence d’une quelconque suite. Les leaders occidentaux continuent de connaitre l’impunité puisque tout le système post-guerre froide a été bâti sur des principes (si on peut parler de principes) dictatoriaux défendant coûte que coûte les intérêts néocoloniaux de l’Occident et attaquant tout autre qui oserait remettre cela en question.

Personnellement et une fois encore, je ne crois pas que des personnes responsables de crimes de masse comme Bush et Blair seront au banc des accusés dans un avenir proche. Le système de justice, ou plutôt d’injustice, internationale n’est pas prêt à subir une quelconque restructuration intérieure. Au contraire, plus on le remet en cause, plus les intéressés s’accrochent à ce qui reste encore de l’unipolarité. Que faire à notre tour? Les grandes puissances refusant ce système, de même que les puissances émergentes, doivent sérieusement réfléchir ensemble à mettre en place une alternative une bonne fois pour toute. Evidemment, cela ne se fait pas en quelques jours. Il faut énormément de travail, de coordination et de consensus. Mais ce n’est pas impossible.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201607131026641056-bush-blair-irak/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Ossétie du Sud organisera un référendum sur l’adhésion à la Russie

Les drapeaux de l’Ossétie du Sud et de la Russie

Les autorités sud-ossètes ont annoncé l’organisation d’un référendum sur l’adhésion à la Fédération de Russie. Le référendum est prévu pour 2017.

Il fallait s’y attendre. La République d’Ossétie du Sud revient à la question du rattachement à la Russie. Les habitants de la république devront prendre cette décision courant 2017. A noter que la « république-sœur » d’Ossétie du Nord fait partie intégrante de la Russie. Plus que cela, le peuple ossète fait certainement partie des peuples les plus patriotes composant l’Etat russe, aussi bien en tenant compte de l’histoire récente et plus ancienne. Il est logique qu’un même peuple puisse se rejoindre. 

Pour rappel, l’Ossétie du Sud était de facto indépendante depuis l’éclatement de l’URSS car ayant refusé de faire partie de la Géorgie post-soviétique. On se souvient aussi d’août 2008, lorsqu’en pleins Jeux Olympiques d’été de Pékin, l’ex-président géorgien pro-US Saakachvili (aujourd’hui gouverneur en Ukraine de la région d’Odessa…) lance une opération génocidaire contre Tskhinval, la capitale sud-ossète, en tuant par la même occasion plusieurs représentants des forces de maintien de la paix de la CEI et en massacrant de nombreux civils. La Russie interviendra et sauvera le peuple sud-ossète du génocide pur et simple, longuement préparé depuis Washington et Tbilissi. Et reconnaitra par la suite l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie (autre république ayant refusé de faire partie de la Géorgie suite à l’éclatement de l’Union soviétique).

Depuis pour les Ossètes du Sud, la réunification avec les Ossètes du Nord et donc avec la Russie est inévitable, selon leurs propres aveux. Evidemment cela ne plait guère à Washington qui a d’ores et déjà déclaré que les USA ne reconnaitront pas les résultats du référendum sud-ossète. La réponse d’Alexey Pouchkov, le président du Comité de la Douma (chambre basse du Parlement russe) pour les affaires internationales, ne s’est pas faite attendre elle aussi: « L’opinion des Etats-Unis sur le référendum en Ossétie du Sud n’a aucune importance ». 

Comme quoi, les USA et leurs satellites ayant organisé l’arrachement pur et simple du berceau historique de la Serbie en la qualité du Kosovo, pour y faire l’une des plus grandes bases de l’OTAN en Europe et dans le monde, et ce sans aucun référendum, juste sur la base d’une « décision » de personnes vraisemblablement responsables d’exactions sur les civils, notamment de trafic d’êtres et d’organes humains, reconvertis en « politiciens » fréquentables pour Washington et Bruxelles, n’apprécient évidemment guère lorsqu’ils ont en face l’expression d’une volonté populaire véritable et démocratique, d’autant plus allant à l’encontre de leurs intérêts géopolitiques.

Mais il faudra bien s’y faire car le monde multipolaire continuera de s’imposer et ce malgré les nouveaux défis qui lui sont lancés par ceux refusant ardemment la nouvelle réalité. Pour revenir à l’Ossétie du Sud, il faut de toute façon se rappeler que les Sud-Ossètes ont déjà pris leur destin en main en 1992 lorsqu’ils ont obtenu de facto leur indépendance. Puis une seconde fois en août 2008 lorsqu’ils ont dû faire face à la tentative d’éradication de leur peuple et de leur république. Désormais en 2017, ils auront l’occasion de prendre la décision historique de se rallier à leurs frères du nord, en la qualité des Nord-Ossètes et des citoyens de Russie en général.

Mon entretien avec Achille Gnaoré. Côte d’Ivoire, Afrique, panafricanisme, BRICS.

Achille Gnaoré

Achille Gnaoré est Ivoirien. Il est le président de la Fédération nationale des parlements,Agoras et Orateurs de Côte d’Ivoire (FENAPAOCI). Panafricaniste, il est en outre le coordinateur du projet panafricain UNIRTA dans son pays.

Sputnik: Vous coordonnez le mouvement UNIRTA en Côte d’Ivoire, un projet à vocation panafricaniste lancé par Thierry Mbepgue, activiste camerounais que nous avons déjà eu l’occasion d’interviewer. Quels sont les objectifs recherchés particulièrement en Côte d’Ivoire?

Achille Gnaoré: Les objectifs recherchés en Côte d’Ivoire sont de rassembler les Ivoiriens dans leur entièreté autour d’un idéal, à savoir la souveraineté, la démocratie et la liberté. 

Sputnik: Vous parlez effectivement d’idéaux. Comment comptez-vous réaliser ces objectifs et quels sont les éventuels obstacles à leur réalisation?

Achille Gnaoré: Nous comptons réaliser ces objectifs par la sensibilisation, des séminaires de formation et conférences pour expliquer le bien fondé de s’unir pour constituer une force de pression à nos dirigeants afin qu’ils ne se détournent pas des objectifs du peuple.
L’obstacle majeur en Côte d’Ivoire, c’est ce régime répressif qui est instrumentalisé par l’Occident. Le second obstacle est la classe politique occidentale qui n’a pas intérêt à voir l’Afrique s’unir. Cette classe utilise nos propres frères pour leur sale boulot.

Sputnik: En tant que panafricaniste, vous devez certainement accorder une place importante au respect de la souveraineté ivoirienne et africaine en général. Selon vous, où en-est la souveraineté africaine aujourd’hui? En ce sens, quels seraient les bons et les moins bons exemples au niveau continental?

Achille Gnaoré: Il est vrai que plusieurs pays africains ne sont pas encore totalement souverains mais nous sommes à l’étape de la prise de conscience et nous considérons cette phase comme une avancée notable.
Il y a des bons exemples africains où la souveraineté est défendue, notamment l’Afrique du Sud, le Ghana, ou encore la Guinée équatoriale. 

Sputnik: Quelle est votre vision en matière de politique africaine extérieure? Quelles orientations les pays africains devraient-ils privilégier?

Achille Gnaoré: Heureusement que les pays du BRICS, notamment la Chine et la Russie avec lesquels l’Afrique entretient d’excellentes relations se sont démarqués de la politique criminelle que l’Occident nous a servi depuis des siècles. La vérité est que la politique extérieure en l’état actuel reste conditionnée par les Occidentaux. Comme pour dire que les Africains ne sont pas libres dans leur collaboration avec l’Occident et c’est déplorable. C’est pourquoi le projet UNIRTA arrive à point nommé. Puisque c’est dans l’union que réside la liberté tant dans la politique extérieure qu’intérieure.

Sputnik: On suit avec attention les procès en cours à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. En tant qu’Ivoirien, que vous inspirent ces procès? Et quelles perspectives les résultats de ces procès pourraient avoir sur votre pays?

Achille Gnaoré: Ces procès nous démontrent une fois de plus que nombre d’Etats africains ne sont pas souverains. C’est une forme de déportation rendue juridique par l’Occident, en créant la CPI pour y juger les chefs d’Etats qu’ils trouvent récalcitrants.

Les perspectives des résultats que pourraient avoir ces procès sur la Côte d’Ivoire:

Premièrement, ces procès sont injustes et honteux. Le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé doivent être libérés. Par cet acte la CPI retrouvera sa crédibilité d’une part et d’autre part cela entrainera une sincère réconciliation. Une réconciliation profonde et vraie en Côte d’Ivoire.

Secundo, si le président Gbagbo et le ministre Blé Goudé ne sont pas libérés dans ces procès honteux et injustes, la crédibilité de la CPI sera mise en mal d’une part et d’autre part la réconciliation en Côte d’Ivoire ne pourra certainement pas se faire. Car en toute sincérité en Côte d’Ivoire aucune réconciliation ne peut se faire sans ces deux personnalités qui sont des figures emblématiques de la démocratie dans ce pays. Mais j’irai plus loin pour dire, en Côte d’Ivoire nul l’ignore, le président Laurent Gbagbo est le père de la démocratie.