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Le Xinjiang et toute la Chine – acteurs importants dans la sécurité et la stabilité de l’OCS

Plus d’une trentaine de diplomates étrangers ont tout récemment visité la Région autonome ouïghoure du Xinjiang. Les hauts représentants diplomatiques n’ont pas manqué de saluer le travail remarquable des autorités chinoises dans le développement de la région.

Parmi les hôtes de cette visite, se trouvait le secrétaire général de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Vladimir Norov. Il a déclaré que «Le Xinjiang, ainsi que le reste de la Chine, jouent un rôle important dans la sécurité et la stabilité de l’OCS et de ses pays membres». Ajoutant par ailleurs, que la région fait un bon travail dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Tout en étant convaincu que le Xinjiang fera des progrès plus grands encore dans son développement social et économique.

Moin ul Haque, l’ambassadeur du Pakistan en Chine, a pour sa part déclaré qu’il avait été témoin de la liberté religieuse dont jouissent les habitants du Xinjiang lors de sa visite sur le terrain, et que les développements de la région dans les transports et l’agriculture l’ont profondément impressionné. «Les êtres humains sont confrontés à de nombreux défis et ce dont nous avons besoin, c’est de coopération, pas de diffamation, d’unilatéralisme ou d’hégémonisme», a-t-il noté.

Pour Shohrat Zakir, président du gouvernement régional du Xinjiang, il est important qu’un plus grand nombre de personnes visitent la région afin de découvrir le vrai Xinjiang. En ajoutant que la région connait le meilleur moment de développement de son histoire. En rappelant notamment que de 2010 à 2018 – la population ouïghoure du Xinjiang est passée de 10,17 millions à 12,72 millions de personnes, soit une augmentation de 25,04%.

Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a quant à elle affirmé que le Xinjiang est un lieu ouvert et que les étrangers y étaient les bienvenus. Pour elle, ce que les diplomates ont vu prouve qu’il n’y a pas de violation des droits de l’homme, de discrimination religieuse, de travail forcé ou de génocide dans la région. En ajoutant que l’intention recherchée dans de telles accusations était de créer le chaos dans la région afin de contenir le développement de la Chine, tout en notant qu’au cours de leur visite, les diplomates ont estimé que le Xinjiang jouissait désormais de la stabilité sociale, du développement économique et de la solidarité ethnique.

Maintenant pour parler des perspectives. Cette visite de hauts représentants étrangers dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang démontre tout simplement un autre son de cloche que celui si souvent promu par l’establishment politico-médiatique occidental. Tout en accentuant le fait que ce dernier ne peut aucunement représenter la voix mondiale en étant une extrême minorité planétaire. La communauté internationale, dans son véritable sens, représente beaucoup plus que la simple communauté occidentale.

D’autre part, et en ce qui concerne plus particulièrement le traitement de l’information visant cette province chinoise au niveau des élites occidentales, on retrouve – comme si souvent – les mêmes techniques de manipulation qui avaient visé d’autres pays et régions du monde. Libye, Syrie, Venezuela, Bolivie, désormais et face aux succès des forces gouvernementales contre les groupes armés – en Centrafrique aussi. La liste est évidemment loin d’être exhaustive.

Encore une fois, ce qui provoque la vive inquiétude du côté des forces atlantistes et plus généralement des nostalgiques de l’unipolarité terminée, c’est que les partisans de l’ordre multipolaire mondial actuel ne cherchent plus à se justifier devant les propagandistes occidentaux, mais arrivent sans grand mal à démontrer les faits réels, mettre les instigateurs du chaos international devant leurs propres contradictions, et avoir le soutien d’une large partie de l’opinion publique internationale.

Ce sont, entre autres, les raisons qui pousseront certainement l’establishment washingtonien et atlantiste à attaquer avec encore plus d’agressivité la véritable communauté internationale et l’ordre multipolaire mondial. Et ce sur différents fronts. Il n’empêche que le contrepoids existant désormais dans les sphères économique, militaro-sécuritaire, politico-diplomatique et de plus en plus informationnel, permettra certainement à gérer les défis existants – y compris ceux venant de la part des nostalgiques radicaux pro-unipolaires.

En parlant justement du domaine médiatique, il faut reconnaitre que certains médias occidentaux mainstrimois commencent à user de la tactique d’ouverture à l’objectivité. Aussi bien dans le traitement de l’information que de la mise à disposition de la parole aux experts ne partageant pas la vision unilatéraliste des élites de l’Occident. Il s’agit bien évidemment d’une tactique, mais aussi d’une tentative à sauver tout simplement la face devant une opinion publique internationale de plus en plus hostile à ces médias et aux instruments de manipulation – qui fonctionnent aujourd’hui avec beaucoup moins d’efficacité pour ses créateurs et exécutants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA: Faustin-Archange Touadéra investi président

Le président de la République centrafricaine vient d’être réinvesti à la tête de son pays, pour son deuxième mandat. Cette investiture renforce indéniablement le cadre de la volonté populaire du peuple de la Centrafrique, de même que la souveraineté du pays – longtemps martyrisé, et ce au désarroi de toutes les forces ayant de nouveau misé sur la déstabilisation.

Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016 pour son premier mandat présidentiel dans un cadre démocratique, et ayant de nouveau remporté le scrutin en décembre dernier, a donc prêté serment en qualité de chef d’Etat de la RCA. Si effectivement sa réélection a suscité un enthousiasme évident d’une large part de la population centrafricaine, mais également de la société civile de nombre d’autres pays africains, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas fait que des heureux.

En l’occurrence les groupes armés qui avaient tenté de nuire au bon déroulement du récent scrutin présidentiel et qui n’avaient certainement pas prévu de subir une déroute sans précédent face à la détermination du leadership centrafricain et des alliés bilatéraux du pays, en premier lieu la Russie et le Rwanda.

En ce sens, il est aujourd’hui pratiquement incontestable que l’autorité du président Touadéra n’en a été que renforcée. Ayant toujours été un homme de paix, privilégiant le dialogue, dont le premier mandat peut d’ailleurs être caractérisé par une stabilisation assez évidente de la situation intérieure, il n’a pas manqué dernièrement à faire de preuve cette fois-ci de fermeté à l’égard des violateurs de l’accord de paix de Khartoum.

C’est d’ailleurs probablement un exemple aujourd’hui évident pour nombre d’autres nations africaines: cadre démocratique, souveraineté nationale, panafricanisme, promotion de la paix tout en la défendant par la force en cas de nécessité, et, libre choix des partenaires extérieurs. A ce titre, c’est un secret de polichinelle que de savoir par exemple que l’ex-métropole coloniale française, ou plus particulièrement les réseaux «françafricains» étaient depuis toutes ces années fort mécontents de la large diversification des relations extérieures opérée par le président Touadéra et son administration, notamment au niveau diplomatique.

Une chose est sûre, les Forces armées centrafricaines (FACA), formées au cours des dernières années par la Russie, sont actuellement beaucoup plus aguerries, en comparaison à 2016. Et s’il y a encore récemment, les médias occidentaux, y compris hexagonaux, se donnaient un malin plaisir à rappeler qu’une large partie du territoire de la RCA était sous contrôle des groupes armés – depuis le bouleversement de la situation et la contre-offensive récente des forces gouvernementales avec le soutien russe et rwandais, ayant permis de libérer la large partie du sol centrafricain, l’enthousiasme de ces mêmes médias est devenu beaucoup moins évident. Avec comme résultat soit le silence sur les succès des troupes gouvernementales centrafricaines et de leurs alliés, soit une reconnaissance amère de cette réalité. On pourrait en ce sens faire le parallèle encore une fois avec le traitement de l’information sur la Syrie, mais restons en RCA.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, cité par RFIparle «de l’engagement de la France dans le pays» et appelle à une solution politique. En parlant du premier point, on pourrait se demander à quel engagement fait référence le représentant hexagonal, sachant que dans toute la campagne de sécurisation récente du territoire centrafricain opérée contre les groupes armés qui menaçaient de nouveau la stabilité du pays et la population, l’Elysée n’était pas seulement absent, mais au contraire représentait l’une des principales sources du problème. Sans même rentrer dans les coulisses de la déstabilisation ayant tenté de faire tomber le gouvernement légitime de la Centrafrique, et des rapports pour le moins ambigus qu’entretient l’Elysée avec nombre d’acteurs locaux des tentatives de déstabilisation, rien que l’opposition de Paris, au même titre que Washington et Londres, au Conseil de sécurité onusien quant à la levée de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, en dit très long. Une levée demandée à maintes reprises par le gouvernement de la Centrafrique pour accroitre les capacités défensives de ses forces armées.

En opposition encore une fois à Moscou et Pékin ayant quant à eux exprimé leur solidarité face au plaidoyer de la diplomatie centrafricaine. Quant au dialogue politique auquel fait référence Jean-Baptiste Lemoyne, voudrait-il pousser un gouvernement légitime au dialogue avec des bandits de grand chemin – d’autant plus vaincus sur le terrain? Ou serait-ce un message sur des tentatives de déstabilisation ultérieures? La suite nous le montrera.

Une chose est sûre – la RCA revient de loin et peut aujourd’hui se vanter de devenir un exemple, désormais positif, pour d’autres Etats africains. Quant aux blocages occidentaux du renforcement encore plus important de ses capacités défensives, Bangui pourra certainement continuer à compter sur les partenariats bilatéraux, dans un cadre souverain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Ma participation à l’émission Géopolitique Internationale sur Afrique Média, la télévision panafricaine, en compagnie de Sébastien Périmony, membre du département Afrique de l’Institut Schiller, dont je salue le très grand travail dans la promotion de la paix et du dialogue dans le cadre du monde multipolaire actuel.

Moscou-Pékin: le diktat washingtonien est terminé

La tentative évidente de l’establishment washingtonien de forcer un retour à l’ordre unipolaire des affaires internationales ramène ce dernier à la triste réalité – pour lui-même – à savoir qu’il n’y aura tout simplement pas d’un tel retour.

La mentalité relative à un comportement de cowboy, propre faut bien le dire, à chaque administration US, ne compte pas changer. Cela est devenu aujourd’hui totalement évident. Les récentes attaques verbales des élites étasuniennes à l’encontre de la Russie et de la Chine ne font que le confirmer. Ceci étant dit ces élites atlantistes doivent effectivement se rendre à l’évidence que la tentative de réimposer de nouveau une domination étasunienne et occidentale dans les relations internationales est pleinement vouée à l’échec.

Dans le cas de la Russie et de son leadership, la récente sortie verbale de Joe Biden, ne représente ni plus ni moins qu’une approche réellement primitive et surtout indigne pour un chef d’Etat – d’autant plus d’un pays qui continue à prétendre représenter l’une des principales forces mondiales. En ce sens, la réponse du président russe a été d’un niveau inatteignable pour les représentants étasuniens, dans leur ensemble.

Mais si certains pensaient que les hostilités verbales washingtoniennes se limiteraient surtout à la Russie, leur pronostic vient d’en être, une fois de plus, complètement mis à mal. Les tout récents échanges de haut niveau entre les représentants US et chinois ont au contraire mis en évidence la haine portée par Washington vis-à-vis de Pékin, et que nombre d’analystes pensaient uniquement propre à la précédente administration étasunienne, mais aussi et surtout la détermination du leadership chinois à répondre, de manière ferme, à ces attaques visant la Chine. Et ce désormais même de l’aveu des médias mainstream proches de l’establishment politique occidental.

Pour The Guardian, «tout espoir que la réunion à Anchorage (Alaska), aurait pu réinitialiser les relations bilatérales (sino-étasuniennes, ndlr), après des années de tensions dans le volet commercial, les droits de l’homme et la cybersécurité durant la présidence de Donald Trump, s’est évaporé lorsque le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, et le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, ont ouvert leur rencontre avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi (ex-ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui directeur du Bureau de la Commission centrale des Affaires étrangères, ndlr) et le conseiller d’Etat Wang Yi (par ailleurs l’actuel ministre des Affaires étrangères de Chine, ndlr)».

Le ton accusatoire et condescendant des représentants étasuniens lors de cette rencontre a poussé immédiatement la partie chinoise à la riposte. Pour l’anecdote, et c’est ce qui confirme pleinement la nostalgie et le révisionnisme des élites étasuniennes, c’est la référence faite par les représentants US à «l’ordre international et aux lois qui en ressortent». Mais également que la compétition avec la Chine se poursuivra dans les domaines où cela sera nécessaire, et que la collaboration aura lieu également là où ce sera nécessaire. Mettant ainsi en exergue que le partenariat se fera là où Washington le jugera utile – et sur la base de conditions étasuniennes. Cette tentative évidente à tenter de réimposer l’ordre unipolaire a trouvé une réponse ferme des hauts représentants chinois.

«En ce qui concerne le sujet des cyber-attaques, en termes aussi bien de la capacité d’en lancer ou des technologies qui peuvent être déployées, les USA sont le champion en la matière», a déclaré Yang Jiechi. En ajoutant «que nous espérons qu’en parlant de valeurs universelles ou d’opinion publique internationale de la part des Etats-Unis, la partie américaine se demandera si elle se sent rassurée en disant ces choses, parce que les Etats-Unis ne représentent pas le monde, mais ne représentent que le gouvernement des Etats-Unis».

Les réponses des hauts diplomates chinois aux attaques verbales étasuniennes, rejoignent justement à ce titre la réponse donnée par le président russe Vladimir Poutine – considérée d’ailleurs comme étant «splendide» par son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ayant fermement condamné les déclarations de Biden – dont l’un des points principaux a été de dire que nous allons trouver des terrains de collaboration – dans les domaines qui ont un intérêt pour la Russie, et sur la base de conditions qui correspondent aux intérêts russes. Et non pas l’inverse.

Au-delà donc du primitivisme assez évident de l’establishment étasunien dans sa manière de parler à ses homologues, et d’une mentalité propre aux films anciens sur le Far West n’ayant rien à avoir avec le monde contemporain, l’essentiel a été effectivement dit – aussi bien par le leadership russe, que chinois, en réponse à la nostalgie pro-unipolaire et au révisionnisme étasunien. Le message est clair: descendez de votre petit monde, car le monde dans sa globalité ne vous appartient pas. Vous n’en êtes ni ses porte-paroles, ni le gendarme, et n’avez aucune légitimité à parler au nom de la communauté internationale.

Il est évidemment plus qu’improbable que cette mentalité de cowboys ambulants puisse être surmontée et traitée rapidement – le traitement nécessaire doit être vraisemblablement radical. Le fait est que les partisans du monde multipolaire devenu réalité ne comptent pas baisser la garde, ni diminuer les efforts, notamment conjoints, pour montrer justement aux admirateurs du Far West leur véritable place dans le concert des nations du monde.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: 10 années de résistance

La République arabe syrienne se remet progressivement des dix années de guerre imposée sur son sol. Si les dernières années ont permis justement à Damas, avec le soutien de ses alliés, de prendre le dessus sur le terrorisme et l’interférence extérieure, des défis persistent. Que retenir pour la Syrie de ces dix dernières années?

Ce qu’il faudrait certainement retenir, c’est qu’au-delà d’avoir dû courageusement résister à une arrivée massive de terroristes en provenance de pas moins d’une centaine de pays et au scénario promu par les régimes occidentaux et affiliés – à savoir faire tomber le gouvernement syrien de Bachar al-Assad, c’était incontestablement aussi une guerre psychologique, où la manipulation et la propagande de la part de médias se considérant comme étant «l’élite» mondiale en la matière, faisaient partie intégrante du scénario si voulu par les régimes initiateurs de cette agression visant la république arabe.

Tout d’abord, il faudrait rappeler comment les représentants des dits régimes et les grands «experts» occidentaux présageaient la chute du leadership syrien. Si on relit les déclarations et les articles de la période des premières années de conflit, cela paraissait comme quelque chose «d’inévitable et d’irréversible». Pourtant, le pouvoir syrien a bel et bien tenu, et ce avant même l’entrée de la Russie dans la lutte antiterroriste à l’invitation officielle de Damas. Bien qu’il soit vrai de reconnaitre que la situation d’avant septembre 2015 était fortement difficile. Mais ce que les médias occidentaux oubliaient souvent de rappeler, c’est que justement l’armée gouvernementale syrienne devait faire face à plusieurs dizaines de milliers de terroristes, en provenance de plus d’une centaine de pays, le tout avec le soutien politico-diplomatique, financier, logistique, armé et médiatique de l’establishment occidental et des autres pays intéressés par la chute de Damas.

L’autre élément de manipulation durant cette période de la part des médias mainstream était incontestablement la tentative de diviser la nation syrienne, notamment sur la base confessionnelle. Sinon comment expliquer la propagande hostile à la Syrie qui répétait jour et nuit qu’une minorité alaouite «martyrisait» une large majorité sunnite? En omettant presque toujours de rappeler que l’armée gouvernementale de Syrie, à l’instar de la population du pays, est fort majoritairement composée justement de musulmans sunnites. Et que si la population sunnite du pays, de même que la grande partie de l’armée, se seraient retournées contre le président syrien – il n’aurait jamais pu, de ses propres aveux, tenir aussi longtemps. Y compris avec le soutien de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. Evidemment, les médias mainstream ne reconnaitront jamais cette manipulation mensongère évidente.

Là aussi ce n’est pas tout. L’autre message largement véhiculé par les élites politico-médiatiques occidentales – c’est le fait que les civils fuyaient aussi bien Daech que l’armée gouvernementale syrienne. Ces personnages pourraient-ils alors aujourd’hui expliquer pourquoi c’est justement dans les territoires sous contrôle gouvernemental (représentant désormais la grande partie du pays) que les réfugiés rentrent en nombre important? Et ce malgré le fait que la reconstruction du pays n’a pas encore pleinement débuté.

Le souci de cette mentalité purement néocoloniale, arrogante et méprisante vis-à-vis des peuples non-occidentaux, c’est que justement l’Occident politico-médiatique n’arrive toujours pas à se faire à l’idée que quelque chose puisse se faire sans son implication. Plus précisément – à l’heure d’aujourd’hui à beaucoup de choses sans sa participation. En ce sens, la Syrie n’en est qu’un exemple.

Le mérite indéniable de la Syrie et de la large partie de son peuple, c’est justement d’avoir été cet exemple de résistance et de la défense de la souveraineté nationale qui a pu inspirer nombre d’autres peuples à l’échelle planétaire. Notamment sur le point de ne pas céder aux attaques et déstabilisations extérieures – même lorsqu’elles paraissent inarrêtables. La guerre en Syrie a justement pleinement démontré qu’il est possible de stopper les appétits néocoloniaux de ceux qui, tout en représentant une extrême minorité mondiale, continuent de manière autoproclamée à se positionner comme le centre décisionnel en termes de vie ou de mort de la planète toute entière.

Cette époque est bel et bien terminée. Et malgré les défis qui continuent d’exister pour la nation syrienne – beaucoup moins aujourd’hui sur le plan sécuritaire, mais bien plus justement dans le domaine économique, de la reconstruction des infrastructures, et de la poursuite du retour des réfugiés, la Syrie continuera certainement de tenir et d’aller de l’avant. Quant au soutien extérieur, Damas pourra certainement continuer de compter sur les pays sincèrement amis. Quant à ses ennemis, leur défaite en Syrie a ouvert la voie à nombre d’autres échecs pour les élites occidentales sur l’arène internationale. C’est ce que nous retenons aujourd’hui.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les USA perdent «la bataille pour l’Afrique»

Les analystes US ne cachent pas leur vive inquiétude quant à la perte d’influence de Washington sur le continent africain. Et ce face notamment à ses principaux adversaires géopolitiques, parmi lesquels la Chine et la Russie.

Dans un article récent paru sur Foreign Affairs – les auteurs s’inquiètent vivement du décroissement des positions étasuniennes en Afrique, face aux grandes puissances internationales comme la Chine et la Russie.

Les auteurs dudit article ne sont pas des inconnus: Marcus Hicks est un général de division de l’armée de l’air US à la retraite, ayant servi en qualité de dirigeant du Commandement des opérations spéciales US en Afrique, de 2017 à 2019. Kyle Atwell est quant à lui un officier en service de l’armée américaine, doctorant à la School of Public and International Affairs de l’Université de Princeton, co-animateur du podcast Irregular Warfare. Enfin, Dan Collini est un officier de l’armée US également en service actif et associé des chefs d’état-major interarmées.

Tous les trois s’inquiètent donc de l’affaiblissement de la position étasunienne en Afrique, affirmant qu’à l’heure actuelle c’est la Chine et la Russie qui remportent la compétition. Toujours selon eux, les USA ont un besoin urgent à développer une nouvelle stratégie africaine globale: «En tant que militaires, anciens et actifs, dont l’un a dirigé le Commandement des opérations spéciales des Etats-Unis en Afrique de 2017 à 2019, nous considérons que les USA devraient se positionner comme le partenaire privilégié des pays africains à une époque de rivalité croissante entre les grandes puissances. Ne pas le faire mettrait en péril les intérêts américains sur le continent et, possiblement, la sécurité intérieure des Etats-Unis».

Il existe en effet nombre de raisons de considérer que les USA perdent «la bataille pour l’Afrique». La Chine est depuis déjà un bon moment le principal partenaire économico-commercial du continent africain. A titre d’exemple, si en 1999 le volume des échanges entre la République populaire de Chine et les pays africains n’était que de 6 milliards d’équivalent de dollars, en 2010 – le chiffre dépassait déjà les 100 milliards, et avoisinait les 200 milliards en 2019. Et selon le cabinet McKinsey – les flux financiers de la Chine à destination de l’Afrique seraient d’environ 15% plus importants que les chiffres officiels, lorsqu’on y inclut les flux non-traditionnels.

D’ailleurs et toujours selon ce cabinet de conseil en stratégie d’envergure internationale, la Chine est également une source d’aides à croissance rapide, ainsi que la plus importante source de financements des projets de construction dans les pays africains. Des contributions qui ont soutenu nombre des développements les plus ambitieux en matière d’infrastructure en Afrique au cours des dernières années.

Egalement sur la base de pays comme l’Ethiopie et l’Afrique du Sud, Pékin considère ces Etats africains comme de véritables partenaires, engagés de manière fiable et stratégique pour les intérêts économiques et politiques de la Chine. Ces pays ont également créé une plateforme solide pour un engagement chinois continu grâce à leur participation de premier plan à des stratégies comme La Ceinture et la Route (appelée également La nouvelle route de la soie) – leur permettant de bénéficier à une croissance rapide et continue des investissements chinois.

Pour Forbes, la Chine est incontestablement et de loin le principal acteur du boom des infrastructures en Afrique, revendiquant une part de 40% qui continue d’augmenter. Et que pendant ce temps, les parts des acteurs occidentaux chutent brutalement: l’Europe est passée de 44% à 34%, dans le cas étasunien la chute est encore plus évidente: de 24% à seulement 6,7%.

Retournons à l’article de Foreign Affairs, qui mentionne que le rôle de la Russie augmente considérablement aussi: «Ces dernières années, la Russie a considérablement étendu sa présence en Afrique, signant des accords militaires avec au moins 19 pays depuis 2014 et devenant le principal fournisseur d’armements du continent». En ajoutant: «que quelques jours seulement après l’annonce des Etats-Unis de retirer leurs troupes de Somalie en décembre 2020, la Russie a déclaré avoir conclu un accord pour établir une nouvelle base navale à Port-Soudan».

A ce titre, la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch est arrivée tout récemment au Soudan. Un positionnement russe qui selon les experts, notamment occidentaux, donnera à la Russie de nombreux avantages, le tout à un emplacement stratégique.

Le partenariat russo-africain ne se limite évidemment pas qu’à la sphère militaro-sécuritaire. Pour rappel, en 2019 la Russie a accueilli dans la ville de Sotchi, le premier sommet Russie-Afrique de l’histoire, ayant réuni près de 10 000 participants, représentant pratiquement tous les pays du continent africain. Le volume des échanges entre la Russie et les pays africains continue lui aussi d’aller à la hausse: de seulement 760 millions d’équivalent de dollars en 1993 à plus de 20 milliards en 2018.

A titre de comparaison des mouvements des échanges, il faudrait noter que le volume des échanges entre les USA et l’Afrique en 2020 représentait moins d’un 1/3 de ce qu’il était en 2008.

Pour finir, il serait certainement juste de rappeler que la perte d’influence US sur le continent africain, n’est pas seulement due à la montée en puissance de la Chine et de la Russie, ou au désintérêt vis-à-vis de l’Afrique durant l’administration Trump. Histoire oblige: les USA ont au même titre que les pays d’Europe de l’Ouest, joué un rôle majeur dans le commerce honteux lié à l’esclavage. D’Afrique vers les USA évidemment. Et que ce rôle néfaste ne s’est pas seulement limité à cette période douloureuse pour la mémoire des Africains et des Afro-descendants, mais s’est largement poursuivi durant le XXème siècle.

Faudrait-il oublier l’implication étasunienne dans l’assassinat du grand homme d’Etat congolais Patrice Lumumba? Ou la contribution de la CIA à l’arrestation de Nelson Mandela par les services secrets sud-africains de la période d’apartheid? D’ailleurs, ce fut loin d’être la seule collaboration de Washington avec le régime raciste de Prétoria de l’époque – la guerre d’Angola après l’obtention de son indépendance vis-à-vis du Portugal en 1975 – n’en représente qu’une preuve supplémentaire.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Centrafrique: fin de partie pour les groupes armés?

Les Forces armées centrafricaines avec le soutien des alliés de la RCA semblent avoir repris les choses en main face aux groupes armés qui il y a encore récemment menaçaient de nouveau la stabilité du pays. L’intérêt est également de se pencher sur le traitement de l’information visant la Centrafrique de la part des médias mainstream.

Le 15 décembre dernier, à quelques jours des élections présidentielles en République centrafricaine, plusieurs groupes armés avaient dénoncé l’Accord de Khartoum dont ils étaient signataires, et avaient émis une série d’ultimatums vis-à-vis du gouvernement du pays. Les élections avaient tout de même eu lieu à la date prévue, avec comme résultat une réélection dès le premier tour du président Faustin-Archange Touadéra.

Bien que n’ayant pas réussi à prendre la capitale Bangui, ni à saper le déroulement des élections, les dits groupes armés avaient néanmoins continué à déstabiliser la situation intérieure, notamment en bloquant l’axe routier qui relie la Centrafrique au Cameroun – représentant par la même occasion le principal axe commercial du pays. Fait intéressant: les médias occidentaux, notamment français, relayaient en grande pompe ces informations, bien souvent en se référant sur des «sources» bien informées sur place. Des sources se trouvant dans la plupart des cas dans le camp des groupes armés.

Mais il a suffi que le gouvernement de la RCA reprenne la situation en main, pour que ces mêmes médias deviennent pour certains pratiquement muets, pour d’autres relayant un minimum d’information, le tout avec peu d’enthousiasme. En effet, ce mois de février peut être considéré comme celui d’une contre-offensive majeure des Forces armées centrafricaines (FACA) en vue d’en finir avec les groupes armés sur toute l’étendue du territoire national.

Déjà le communiqué du gouvernement centrafricain du 11 février dernier, annonçant notamment la libération de nombre de villes du pays, n’avait pas eu droit au même niveau de diffusion du côté des médias mainstream, notamment français, que lors des attaques rebelles.

Evoquant ce dimanche 21 février la révocation par le président centrafricain des responsables gouvernementaux qui pour nombre d’entre eux étaient liés aux groupes armés, RFI a eu tout de même enfin le mérite de noter que «les autorités sont en pleine offensive armée sur le territoire, appuyées par leurs alliés russes et rwandais».

En ajoutant même que les forces gouvernementales ont repris position dans de nombreuses localités, dont Bambari. Et qu’enfin, se référant au Premier ministre centrafricain (Firmin Ngrebada, ndlr), l’armée nationale serait aux portes de Bossangoa, fief de François Bozizé, ex-chef d’Etat s’étant mis à la tête de la récente rébellion, ce dernier accusé par ailleurs de crimes contre l’humanité.

Par ailleurs et selon nombre de sources, Francis Bozizé – le fils de l’ex-président centrafricain serait actuellement à Moundou, dans le sud du Tchad en compagnie de Mahamat al-Khatim, leader du groupe MPC, ainsi qu’avec des émissaires des anti-balaka pour une «réunion». Le tout vraisemblablement en raison de la gravité de leur situation dans le cadre des défaites subies face aux forces gouvernementales.

Tout cela permettant aujourd’hui d’entrevoir une plausible fin de partie pour les groupes armés. A ce titre, le traitement de l’information de la part des médias mainstream permet certainement de faire un certain parallèle entre la RCA et un pays non-africain – en l’occurrence la Syrie. On se rappelle bien comment les médias occidentaux se donnaient la peine de relayer les avancées des groupes terroristes sur les positions gouvernementales. Pour certains avec un enthousiasme peu voilé. Un enthousiasme qui volera en éclat après la reconquête du territoire national par l’armée gouvernementale syrienne, soutenue par les forces alliées. Et même lors la libération de la cité de Palmyre – patrimoine mondial de l’UNESCO des mains des salafistes de Daech – les médias mainstream avaient été forcés de relayer ladite information, mais là aussi et le plus souvent plutôt avec amertume qu’autre chose.

Cette contradictoire, mais désormais plus vraiment surprenante, approche dans le traitement de l’information du côté des médias mainstream, y compris hexagonaux, a néanmoins plusieurs mérites indéniables. Tout d’abord, elle permet d’ouvrir un peu plus les yeux à ceux qui encore pouvaient avoir des doutes quant au manque d’objectivité des dits médias. Et surtout de renforcer encore plus les positions de médias panafricains qui relayaient au cours des derniers mois et des dernières semaines des informations détaillées sur la situation en Centrafrique, avec en prime une mise en perspectives de la part d’experts d’Afrique et d’ailleurs. C’est notamment le cas de la chaine de télévision panafricaine Afrique Média dont la popularité au niveau continental n’est plus à présenter.

Le constat final est pourtant simple: l’objectivité est de moins en moins présente dans les médias dits libres de l’Occident. Et les derniers événements en matière de traitement de l’information ne font que renforcer cette thèse. Surtout lorsque les événements en cours vont à l’encontre des intérêts géopolitiques des pays et cercles d’intérêt auxquels ces médias sont liés. Et ce qui rassure aussi, c’est que le manque d’enthousiasme actuel de la part de ces médias quant aux succès des forces gouvernementales centrafricaines face aux bandits de grand chemin manipulés depuis l’extérieur, confirme justement une situation fort difficile pour ces derniers. Au grand mécontentement de leurs parrains – mais pour le bonheur de l’écrasante majorité du peuple de la Centrafrique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les solutions internationales pour faire libérer Julian Assange

Alors que le cybermilitant australien Julian Assange continue d’être détenu en Grande-Bretagne, dans l’arbitraire le plus total le visant, deux orientations paraissent primordiales dans cette situation. D’une part – l’hypocrisie une fois de plus fortement caractéristique de l’establishment occidental et son deux poids deux mesures au summum. De l’autre – les instruments nécessaires en vue de le faire libérer. Ainsi que d’autres.

Les années passent mais peu de choses semblent pour le moment évoluer dans le dossier de Julian Assange – dont le seul crime fut d’avoir ouvert les yeux au monde sur plusieurs dossiers internationaux, y compris liés aux crimes de guerre commis par un certain nombre de pays. Souvent occidentaux. Après avoir passé un long moment au sein d’une pièce de l’ambassade d’Equateur à Londres où il avait trouvé refuge face aux traques des élites anglo-saxonnes, depuis la fin de la présidence du progressiste et souverainiste Rafal Correa, son destin est encore plus incertain face à l’emprisonnement dont rien pour le moment n’annonce la fin, sans oublier ses problèmes de santé.

Evidemment, aucune dose de solidarité envers Assange n’a été, et ne sera, visible du côté des élites occidentales – préférant jouer aux défenseurs d’activistes bien souvent extrémistes, mais dont le mérite principal est leur partenariat avec ces mêmes élites en vue de déstabiliser les Etats se trouvant dans le viseur de l’Occident. Et cela malgré le fait qu’Assange est lui-même citoyen d’un pays occidental.

La mobilisation populaire en sa faveur, y compris dans nombre de pays occidentaux, a permis d’éviter, du moins pour le moment, le pire scénario possible, à savoir son extradition de la perfide Albion vers les USA – pays qui lui en veut le plus pour avoir dévoilé au monde entier les documents classifiés sur les crimes commis par ce pays à divers endroits du monde, notamment en Irak. Pour autant, Washington continue à vouloir à tout prix obtenir cette fameuse extradition. A noter qu’Assange risque en terre US une peine de 175 ans – en d’autres termes la perpétuité.

Il serait donc aujourd’hui plus que jamais important de se pencher sur des solutions qui devraient compléter la mobilisation internationale en faveur de la libération de Julian Assange. Parmi ces solutions, on pourrait citer la création d’une coalition internationale d’Etats réclamant sa libération immédiate, y compris au niveau onusien. Ceci étant dit, et connaissant le mépris des élites occidentales pour le droit international – surtout lorsqu’il va à l’encontre de leurs intérêts – il n’est pas surprenant que cela ne soit suffisant.

Mais peut-être qu’au sein de cette coalition, un mécanisme de travail devrait être mis en place afin de coordonner ensemble les arrestations d’éléments déstabilisateurs, travaillant pour le compte des intérêts occidentaux dans les pays concernés. Aussi bien locaux qu’étrangers. Et ce de l’Eurasie jusqu’au Moyen-Orient, d’Afrique jusqu’en Amérique latine. Y compris en vue de les échanger avec les personnes emprisonnées aux Etats-Unis et dans d’autres pays occidentaux. Oui, peut-être que le temps de mesures plus radicales est bel et bien venu. D’autant plus et après tout Washington ne se gêne guère de kidnapper des citoyens étrangers dans des pays tiers se trouvant sous son emprise, en les ramenant de force aux USA. Parmi eux, des spécialistes de divers domaines, notamment des informaticiens qui subissent un chantage pur et simple: soit vous collaborez avec nous et pourrez mener une vie plus ou moins acceptable sur le sol étasunien (après avoir été kidnappés à l’étranger, rappelons-le), soit vous allez pourrir dans nos prisons.

Les mesures de riposte donc, aussi bien en vue de mettre la pression pour la libération d’Assange et des citoyens de pays concernés par les agressions occidentales, seraient donc plus que les bienvenues. Sachant d’ailleurs quelle hystérie cela crée au sein de ces mêmes élites occidentales. Que ce soit lorsque leurs citoyens soient arrêtés, sans kidnapping – simplement dans le pays visé par l’espionnage ou la déstabilisation. Ou encore lorsqu’il s’agit de leurs agents locaux – notamment les pseudo-activistes.

Une chose est sûre. L’Occident politique, dans toute l’hypocrisie et l’arrogance qui le caractérisent, ne comprend qu’un seul langage – celui de la réciprocité. Mais le plus important dans ces mesures tout à fait réalisables, ce n’est pas tant la possibilité de nuire aux intérêts occidentaux par la réciprocité, mais surtout de rendre justice aux victimes de l’arbitraire occidental – dont le seul «crime» est d’avoir défié le système néocolonial, raciste, hypocrite et arrogant de l’Occident. A méditer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Médias chinois: La Russie restera stable malgré l’opposition de l’Occident

Au moment des nouvelles tensions entre Moscou et l’establishment politique occidental, la Chine a d’ores et déjà donné de la voix. De la condamnation par la diplomatie chinoise de l’interférence occidentale dans les affaires intérieures russes – jusqu’aux tribunes des principaux médias de Chine. Retour sur la question.

Depuis les récentes condamnations par les élites politiques occidentales, aussi bien washingtoniennes que de plusieurs capitales de l’UE, de la Russie dans la gestion de manifestations antigouvernementales – ayant réuni des milliers de participants sur une population de près de 147 millions d’habitants, Moscou n’a pas manqué de réagir en rappelant aux donneurs de leçons quant à la nécessité de s’occuper pour eux… de leurs propres problèmes internes. D’autant plus que malgré toute la rhétorique hostile visant, une fois de plus, l’Etat russe – les forces de l’ordre du pays restent si loin de la pratique des violences subies par les manifestants aux USA… Ou encore en France.

Dans cette nouvelle phase évidente de tensions entre la Russie et l’Occident, il serait intéressant d’analyser la position de la Chine – entre autres la première économie mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, troisième puissance militaire mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU au sein duquel Pékin converge sur pratiquement tous les dossiers internationaux avec son allié russe.

Le ton fut déjà donné par la diplomatie chinoise. Ainsi, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian, le 25 janvier, en répondant à la question sur ledit sujet, avait rappelé que la Chine s’oppose systématiquement à l’ingérence extérieure dans les affaires intérieures d’un pays souverain.

Mais la réaction chinoise ne se limita pas au positionnement de ses hauts représentants diplomatiques. Ainsi, plusieurs des plus importants médias de Chine avaient affiché une solidarité claire avec la Russie sur ladite question. A ce titre, un article fort intéressant a été publié par le quotidien Global Times. 

Selon ladite publication, la Russie préservera sa stabilité, et ce malgré les efforts occidentaux encourageant les sentiments de protestation. Le média chinois remet de façon claire les Occidentaux devant leurs propres contradictions dans leur manière de jouer aux moralisateurs. En premier lieu les Etats-Unis. Global Times rappelle également la cohésion de la majorité sociétale russe – ayant tiré les bonnes conclusions des années chaotiques et pro-occidentales de l’ère Eltsine.

Le quotidien remet également en doute la notion d’autoritarisme, dont est taxée la Russie par ses adversaires occidentaux – rappelant l’existence en Russie d’un système multipartite dans lequel le parti au pouvoir pouvait subir de façon démocratique des situations défavorables lors des élections passées. Les journalistes chinois rappellent par ailleurs toute l’importance de la Russie – aussi bien de part sa taille géographique, que de sa capacité de dissuasion nucléaire. Pour Global Times – ni les Etats-Unis, ni l’Occident de façon générale ne peuvent accepter l’existence d’une Russie dans sa stature de puissance indépendante. Et c’est pourquoi Washington comme Bruxelles s’en tiennent à la considération stratégique visant l’affaiblissement de la Russie.

Mais la conclusion des analystes chinois est très révélatrice de la vision du leadership et du peuple de Chine vis-à-vis de la Russie, constituant par la même occasion un élément de réponse à ceux qui doutent quant au long-terme de l’alliance sino-russe, y compris en Occident: «Nous ne pensons pas que la Russie puisse être vaincue par les Etats-Unis et l’Occident. La Russie a une résilience et une endurance que les Occidentaux ne peuvent même pas imaginer. Ce pays est sophistiqué en diplomatie et dans la compétition». En ajoutant: «Depuis l’épidémie du Covid-19, la Russie n’a pas connu des difficultés plus importantes que le monde occidental. Et si les Etats-Unis et l’Occident cherchent à lancer maintenant des troubles politiques, le temps et la chance ne seront pas de leur côté».

Pour Global Times: «les USA et les pays occidentaux poursuivront leurs interférences». Et c’est pourquoi selon le média chinois il est très important pour les pays non-occidentaux de ne pas leur laisser de telles possibilités. Et de conclure: laissons le temps passer. Et on verra alors qui aura plus à faire au chaos – les principales puissances en développement, ou les Etats-Unis et l’Occident.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie, Bolivie, Centrafrique: la mobilisation populaire comme réponse aux déstabilisations

Les situations en matière de déstabilisation d’Etats souverains, souvent orchestrée depuis l’extérieur, varient d’une région du monde à l’autre. Il n’empêche que des similitudes évidentes peuvent être observées, aussi bien dans les attaques visant les dits Etats, que les mesures de riposte à ces agressions de la souveraineté.

A première vue, peu de choses lient les situations respectives en Syrie, Bolivie ou en Centrafrique. Pourtant, ces pays représentent bel et bien la lutte active entre les forces fermement nostalgiques de l’ère unipolaire et les partisans résolument tournés vers la multipolarité.

Dans ce combat entre deux visions du monde et des affaires internationales diamétralement opposées, on retrouve bien évidemment les instigateurs de divers types de déstabilisation visant tout Etat qui de part sa politique n’applique pas à la lettre les prérogatives des forces pro-unipolaires – en d’autres termes les élites occidentales et atlantistes. On retrouve aussi de l’autre côté les nations partisanes du concept multipolaire du monde qui autant que possible apportent un soutien politique, diplomatique, et lorsque cela est nécessaire militaire à leurs alliés et partenaires visés par de telles déstabilisations et coups d’Etat.

Les dernières années ont montré que malgré bien souvent des moyens financiers, militaires et médiatiques fort inégaux, la résistance à l’agression des nostalgiques unipolaires était possible. Mais si dans les cercles politiques et médiatiques occidentaux, il est surtout déclaré que les échecs de telle ou telle révolution de couleur «démocratique» sont dus à «l’interférence de régimes autoritaires», la réalité est souvent et justement à l’opposé. Et c’est justement les faux apôtres de la démocratie qui se retrouvent face à une réalité simple : celle de n’avoir aucune considération véritable pour les processus démocratiques – qui ne servent pas leurs intérêts géopolitiques.

Mais le point le plus important dans ce débat, ce n’est pas seulement ou tellement l’opposition des puissances géopolitiques aux visions radicalement différentes sur l’avenir planétaire. C’est la capacité de tel ou tel peuple souverain à défendre sa souveraineté, à travers la mobilisation populaire. Et il faut le reconnaitre – c’est un point que les élites atlantistes pro-unipolaires n’avaient certainement pas prévu.

Dans le cas de la Syrie et malgré les innombrables déclarations de l’establishment occidental quant au fait que le président syrien Bachar al-Assad ait pu se maintenir au pouvoir et récupérer de vastes parties de son territoire face aux groupes terroristes uniquement grâce au soutien de ses alliés russe, iranien et du Hezbollah libanais, cela ne correspond pas à la réalité. Si le soutien des pays cités a été effectivement fort déterminant sur plusieurs orientations, notamment dans le cadre de la lutte antiterroriste, ainsi que des efforts politico-diplomatiques et humanitaires, il n’empêche pas moins que sans le soutien d’une large partie de la société syrienne, ainsi que de l’armée gouvernementale, le pouvoir n’aurait pu être maintenu. D’ailleurs le leadership syrien l’a souvent rappelé. Et ce malgré les messages de propagandes diffusées par nombre de médias mainstream que les seuls Syriens soutenant Assad seraient les minorités religieuses. C’était assez incroyable de lire cela sachant qu’à l’instar de la population syrienne, la majorité des militaires de l’armée gouvernementale sont également des musulmans sunnites.

En ce qui concerne la Bolivie, la situation fut différente dans le déroulement de la déstabilisation et a connu un demi-succès dans sa première phase pour ses instigateurs lorsque le président socialiste et souverainiste Evo Morales fut écarté du pouvoir par les forces soutenues depuis Washington – le pays étant longtemps dans le viseur de l’establishment US, au même titre que Cuba, le Venezuela, le Nicaragua et d’autres nations progressistes latino-américaines. Mais ce coup d’Etat n’a pas réussi à faire chuter la mobilisation populaire des Boliviens qui lors des élections présidentielles d’octobre dernier ont renouvelé, dès le premier tour, leur confiance au parti d’Evo Morales, le Mouvement vers le socialisme (MAS), en élisant son dauphin Luis Arce à la tête du pays. Difficile de trouver une meilleure réponse à l’interventionnisme étasunien dans ce qu’il continue de considérer comme son pré-carré.

En parlant d’ailleurs de pré-carré, du moins considéré comme tel par l’establishment cette fois-ci français, le dernier exemple récent à mentionner n’est autre que celui de la République centrafricaine. Pays qui au cours des dernières années a globalement tourné la page de la période catastrophique des massacres et tueries de masse – depuis l’élection dans un cadre démocratique du professeur Faustin-Archange Touadéra. Ce dernier ayant dès le début de son premier mandat présidentiel misé sur le retour de la paix, le lancement d’un développement dans un cadre souverain et panafricaniste, ainsi que sur une diversification des partenariats extérieurs. Ce dernier point n’a sans surprise trouvé aucune appréciation du côté de l’ex-métropole coloniale française. Puis, la RCA s’est retrouvé pratiquement à la veille des élections devant les attaques de groupes armés – souvent composés d’étrangers – afin de déstabiliser le scrutin de fin décembre dernier.

Mais là aussi, à la grande surprise des instigateurs de cette énième tentative de déstabilisation, la population s’est largement mobilisée pour défendre son droit à la démocratie et à sa souveraineté. Comme l’avait d’ailleurs rappelé dans l’entretien récent à Observateur Continental la ministre centrafricaine des Affaires étrangères, Sylvie Baipo-Temon. A savoir que dans l’arrière-pays, la population et les femmes en particulier se sont tenues debout face aux groupes armés pour revendiquer leur droit au vote. Un vote qui a connu la réélection du président Touadéra. Et ce – dès le premier tour.

Ce nouveau paradigme de l’éveil des consciences des peuples, aussi bien sur la base des exemples syrien, bolivien, centrafricain, et d’autres, représente sans le moindre doute un nouveau défi de taille aussi bien aux nostalgiques de l’ère unipolaire révolue, qu’aux spécialistes des révolutions de couleur, ainsi que plus globalement à tout l’establishment occidental. Un défi auquel ces mêmes élites qui représentent une infime partie du globe terrestre, semblent ne pas avoir été préparées. Et ce malgré les énormes moyens qui restent à leur disposition. D’autres exemples ne tarderont certainement pas à suivre. A en prendre note.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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