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Xi Jinping: Renforcer le respect mutuel et l’ordre multipolaire

Le président chinois Xi Jinping a prononcé mardi un discours lors du débat général de la 76ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, mettant l’accent sur plusieurs points essentiels pour l’avenir du monde.

Raffermir la confiance et affronter ensemble les épreuves pour bâtir un monde meilleur – c’est sur cela qu’a particulièrement insisté le leader de la République populaire de Chine. Le discours du président chinois était axé sur quatre grandes orientations: la nécessité de vaincre la pandémie du Covid-19, de relancer l’économie et de promouvoir un développement mondial plus fort, de mettre en pratique le concept des relations internationales marquées par le respect mutuel et la coopération gagnant-gagnant, et d’améliorer la gouvernance mondiale en pratiquant le véritable multilatéralisme.

Si tous les axes abordés par Xi Jinping méritent une grande attention, nous nous focaliserons surtout sur le troisième et le quatrième – qui rentrent parfaitement dans la conjoncture géopolitique actuelle. Pour le leader chinois, «un monde de paix et de développement, c’est un monde où coexistent des civilisations aux formes variées et des voies différentes vers la modernisation». Et que «la démocratie n’est pas la propriété exclusive d’un pays quelconque, mais un droit de tous les peuples»… Tout en ajoutant que «l’évolution récente de la situation internationale prouve une fois de plus que l’intervention militaire extérieure et la prétendue transformation démocratique ne conduisent qu’à des conséquences désastreuses».

Ces points sont très importants et méritent d’être analysés. En effet, la diversité et la beauté du monde se trouvent justement dans la diversité des peuples, de leurs traditions et cultures respectives, et chaque peuple doit avoir le libre choix du modèle de son développement. A l’inverse donc des prétendues «valeurs universelles», si promues par l’establishment étasunien et plus généralement occidental, mais qui n’ont en réalité rien d’universelles.

Plus que cela et bien souvent – sont tout simplement rejetées par l’écrasante majorité des peuples du monde. Donc au contraire d’un Joe Biden qui consacre, comme à son habitude, tout un chapitre aux intérêts du lobby LGBT, Xi Jinping insiste sur la seule et véritable diversité planétaire: celle des peuples et des civilisations. Pourtant et selon le leader chinois, l’humanité possède bel et bien des valeurs communes, que sont la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté.Xi Jinping fait un autre rappel important par la même occasion: c’est que la notion même de démocratie n’est pas une propriété exclusive occidentale. Et que chaque tentative d’exporter cette manière occidentale de voir le monde n’apporte que chaos et désolation. D’autant plus lorsqu’on sait que ce modèle  prétendument «démocratique» promu par l’Occident en représente une forme totalement déformée des véritables valeurs démocratiques – servant bien souvent à justifier l’interventionnisme néocolonial dans les affaires souveraines d’Etats non-occidentaux, et à promouvoir les intérêts d’une partie infime de l’humanité.

En parlant d’ailleurs de modernité, tout dépend aussi quel sens nous donnons à cette notion. La notion occidentale de promouvoir justement des valeurs contraires pour l’écrasante majorité des peuples terrestres, ou un modèle de développement qui améliore radicalement la vie de millions de personnes? En ce sens, peut-être que certaines personnes en Occident pensent de façon tout à fait innocente (voire surtout inconsciente) que des pays comme les Pays-Bas ou la Suède sont plus modernes que ne l’est la Chine. Mais ce n’est certainement pas l’avis des citoyens chinois et de toutes les personnes à différents endroits de la terre qui connaissent la Chine et l’envol que ce pays a pris au cours des dernières décennies jusqu’à ce jour.

Le quatrième et dernier axe du discours de Xi Jinping insistait sur l’amélioration nécessaire de la gouvernance mondiale, ainsi que sur la pratique du véritable multilatéralisme. Tout en faisant référence aux règles fondamentales régissant les relations internationales basées sur les buts et les principes de la Charte des Nations unies, le parallèle peut être fait quant au fait qu’un certain nombre de pays, représentant justement une minorité planétaire évidente, ne se considèrent pas obligés à appliquer ces règles. De un – car ayant toujours une mentalité néocoloniale d’un autre âge. Et de deux – pensant toujours, à grand tort, pouvoir faire référence à l’injustice internationale apparue à la chute de l’URSS. Lorsque l’Occident s’est proclamé être le décideur de la vie ou de la mort des peuples sur toute la planète.

En ce sens, le discours du leader chinois peut être vu comme un énième appel afin que tous, y compris l’évidente minorité concernée qui s’obstine dans ses caprices, puissent prendre une posture responsable. Et dans le cas plus précis de ladite minorité – non seulement vis-à-vis de l’humanité, mais même vis-à-vis des peuples dont cette minorité est à la tête, et qui partagent pour nombre d’entre eux les valeurs propres à l’ordre multipolaire actuel.

A défaut de quoi, la véritable communauté internationale, celle qui inclut le grand espace eurasiatique et les alliés dudit bloc à tous les endroits du monde, continuera à suivre sa marche en avant, sans se soucier des retardataires en la qualité des nostalgiques de l’ordre unipolaire. L’harmonie dans les relations internationales aurait été possible, mais de façon réaliste – certainement pas avec les cadres occidentaux du moment.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mali: les autorités insistent sur la souveraineté nationale

Paris ne cache pas sa vive colère sur les choix stratégiques en cours de l’Etat malien. En oubliant comme à son habitude que dans le monde contemporain, le dernier mot reviendra au peuple souverain et aux autorités qui sont à l’écoute de ce peuple.

Les raisons de la colère de l’Elysée et du Quai d’Orsay sont d’une certaine façon compréhensibles. Après tout, comme nous le disions précédemment – l’exemple centrafricain est devenu fortement inspirant pour d’autres nations africaines, notamment d’Afrique francophone.

Et le processus semble désormais véritablement sur sa lancée, à l’heure où le système de la Françafrique non seulement doit faire face à une chute brutale de ses capacités de nuisance, mais également à l’observation de sa propre chute sans être un minimum capable de s’adapter aux règles issues du monde multipolaire, pour tenter à sauver ne serait-ce qu’un peu sa face.

Les récents événements au Mali et la peur de Paris de voir Bamako signer un accord de coopération sécuritaire avec un groupe privé de sécurité russe ont au final montré au grand jour toute la fragilité de ce système néocolonial – pas seulement dans le cadre de l’apparition d’acteurs compétents et déterminés en qualité de ses adversaires, mais aussi et surtout à l’heure d’un éveil de conscience sans précédent à l’échelle africaine. Et ce avant tout grâce aux mobilisations populaires de masse, ayant clairement exprimé leur ras-le-bol face à la présence militaire occidentale. Sans oublier les autorités de nombre d’Etats africains de plus en plus à l’écoute des aspirations de leurs populations, avec en prime une capacité analytique efficace dans le cadre des événements contemporains.

Pendant ce temps, Paris tente de s’accrocher jusqu’au bout. Et au lieu de défendre un minimum de dignité après la gifle des alliés anglo-saxons, l’establishment élyséen – incapable de se défaire de son rôle de sous-traitant vis-à-vis de Washington, tente, de montrer encore ses muscles dans ce qu’il considère comme son «pré-carré» africain. Bien que cela n’impressionne plus grand monde.

Ce lundi, la ministre française des Armées, Florence Parly, est partie pour la capitale malienne dans l’objectif vraisemblablement ultime de convaincre les autorités du pays à faire marche arrière. Du côté malien, il a été expressément dit qu’il ne permettra pas à aucun Etat de faire des choix à sa place et encore moins de décider quels partenaires il peut solliciter ou pas.

Il faut de tout de même bien comprendre le contexte actuel: l’effet domino est déjà en cours pour la Françafrique. Et les représentants hexagonaux, bien qu’étant toujours dans une posture sous-traitante et ne pouvant plus prétendre à parler au nom d’une puissance internationale digne de ce nom, savent pour le moins un peu analyser les perspectives et la suite fort probable des événements.

Et cette suite des événements est relativement simple: quelle que soit la décision finale des autorités du Mali, dans le cadre de leur souveraineté nationale, le processus de fin du système néocolonial françafricain se poursuivra. Devant faire face à une mobilisation des populations africaines de grande envergure, une opinion publique lui étant largement hostile, des leaders de nombre de pays africains de plus en plus déterminés à défendre la souveraineté de leurs Etats, et des puissances non-occidentales qui ne comptent pas faire marche arrière – il devient alors compréhensible que le système françafricain est condamné à une défaite humiliante.

Pourtant des solutions existaient. Et ce sont tout sauf celles privilégiées par l’establishment élyséen actuel. Les menaces, les tentatives d’intimidation et de pression, les actions de déstabilisation et autres instruments propres au néocolonialisme – n’impressionnent plus. Plus que cela, le ras-le-bol des populations d’Afrique francophone est tel que rien ne semble pouvoir inverser la tendance.

De un, la solution pour l’Etat français aurait été de sortir de la domination atlantiste anglo-saxonne et de devenir un pays réellement souverain. De deux, abandonner la pensée d’arrogance extrême propre aux représentants du néocolonialisme et de commencer à respecter la souveraineté des nations africaines francophones. De trois, s’adapter à l’ère multipolaire, en proposant son savoir-faire sans agenda néocolonial dans certains domaines de compétence. Pour autant il faut être réalistes – ce sont toutes des orientations dont est tellement loin la France contemporaine. Plus particulièrement depuis Sarkozy jusqu’à la période macronienne actuelle.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Libye: les campagnes visant à voiler les responsabilités de l’Occident

Les responsables politiques et les médias occidentaux, ainsi que les forces affiliées, attachent depuis plusieurs mois une grande attention à la présence de troupes étrangères sur le sol libyen. En faisant mine, bien souvent, d’oublier leur responsabilité directe quant au chaos dans lequel a été plongé ce pays, jadis stable et prospère.

Il y a encore récemment, on se souvenait du dixième anniversaire de l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Cette agression, en totale violation du droit international et de type purement néocolonial, avait non seulement plongé le pays dans un chaos évident, mais a également créé une instabilité sécuritaire pour nombre de pays de la région, y compris dans le Sahel.

Evidemment, les politiciens et les médias occidentaux n’apprécient guère quant à devoir subir ces rappels et jusqu’à maintenant n’ont jamais exprimé de regrets dignes de ce nom. Pour autant, Washington, Londres comme Paris – se donnent un énorme «plaisir» à accuser des pays comme la Turquie, et surtout la Russie quant à leur présence actuelle en Libye.

En mai de l’année dernière, les Etats-Unis à travers le général Stephen Townsend, commandant des forces étasuniennes en Afrique (Africom), est allé jusqu’à accuser la Russie d’avoir dépêché des avions de chasse en Libye dans le but de soutenir l’offensive du maréchal Khalifa Haftar. Une accusation largement reprise par les alliés de Washington, dont Paris, et rejetée par Moscou.

Au-delà de l’absence sur le sol libyen de représentants des Forces armées russes, il est totalement hypocrite pour des capitales comme Washington, Paris et Londres, de pouvoir prétendre à chercher la stabilité de l’Etat libyen – sachant que cet Etat en tant que tel n’existe pratiquement que de nom depuis l’intervention criminelle otanesque de 2011.

Ce qui traduit de façon nette la motivation des campagnes politico-médiatiques orchestrées par l’establishment occidental à vouloir donner une image négative aux actions de la Russie, notamment sur le continent africain. D’ailleurs et en ce sens – la Libye est aujourd’hui loin d’être l’unique exemple.

Cette capacité à jouer aux pompiers pyromanes de la part des représentants atlantistes démontre surtout une incapacité totale de pouvoir faire les bonnes conclusions dans le cadre des crimes commis. Et traduit, une fois de plus, l’extrême arrogance avec laquelle les élites politiques de l’Ouest continuent, pourtant en qualité d’infime minorité planétaire, à regarder le monde. En d’autres termes – nous pouvons, nous, détruire, autant que l’on voudra et nous n’avons pas de compte à rendre à quiconque. Mais si quiconque viendra corriger les effets néfastes de nos actions, y compris ouvertement criminelles et chaotiques, avec comme résultat une perte de notre influence géopolitique – nous activerons tous les moyens à notre disposition pour l’en empêcher.

Le seul souci pour cette mentalité qui descend certainement de la traite esclavagiste d’il y a plusieurs siècles, et qui n’est d’ailleurs pas propre aux peuples de pays occidentaux – mais bien aux élites de l’Occident politique, c’est que face aux événements en cours dans le cadre du concept multipolaire mondial, il n’y aura bientôt tout simplement plus aucune place pour de tels agissements.

Avec l’entrée en action de la Chine en qualité de superpuissance économique dans les affaires internationales – ce fut le commencement du déclin occidental. Et depuis le retour de la superpuissance militaire et politico-diplomatique russe, l’Occident semble avoir définitivement compris que les jours hégémoniques étaient non seulement comptés, mais sont effectivement et globalement terminés. Et les processus en cours sont en ce sens non seulement instoppables, mais qu’il fort difficile même de faire ralentir. Surtout au vue de la coordination et de la solidarité sans précédent des partisans de l’ordre multipolaire contemporain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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OCS: l’heure des grands moments

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) organise un exercice militaire antiterroriste conjoint et devra annoncer sous peu la procédure d’adhésion en qualité de membre de plein droit de la République islamique d’Iran. Retour sur ces actualités.

Sur le plan sécuritaire, les militaires des pays membres de l’OCS ont entamé les exercices militaires conjoints en matière de lutte contre le terrorisme à Orenbourg, en Russie. Ainsi, les représentants des forces armées du pays d’accueil, ainsi que de Chine, du Kazakhstan, du Tadjikistan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan, de l’Inde et du Pakistan, prendront part à ces manœuvres jusqu’au 25 septembre prochain. Le nom de l’exercice est Peace Mission 2021.

Selon les informations communiquées par le ministère russe de la Défense, dans le cadre dudit exercice les contingents militaires des pays de l’OCS travailleront ensemble la préparation et la conduite d’une opération antiterroriste conjointe. L’exercice Peace Mission a lieu une fois tous les deux ans dans le cadre de l’accord entre les Etats membres de l’Organisation de coopération de Shanghai sur la conduite d’exercices militaires conjoints, daté du 27 juin 2007.

Au-delà du fait que l’interaction militaire et antiterroriste au sein de l’OCS est devenu un sujet récurrent et stratégique, l’aspect géopolitique occupe également une place de première importance au moment où l’Eurasie est devenue le fer de lance du renforcement du concept multipolaire mondial actuel, tout en permettant de donner une image si fortement différente et légitime de la véritable communauté internationale. Et en ce sens, un événement important sera annoncé sous peu au sein de l’OCS.

Plus exactement – l’annonce si attendue du lancement de la procédure d’intégration de l’Iran en qualité de membre de plein droit. Pour rappel, la République islamique est depuis 2005 et jusqu’à maintenant membre-observateur de l’organisation internationale eurasienne. En effet et lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, qui se tiendra les 16 et 17 septembre prochain au Tadjikistan, le début de la procédure d’adhésion de l’Iran en qualité de membre de plein droit sera annoncé, indiquent plusieurs médias appartenant aux pays de l’OCS.

Si cette perspective qui est déjà à l’ordre du jour depuis un certain moment se confirme sous très peu, cela signifiera tout simplement que l’OCS prend un nouvel envol et renforcera considérablement son statut d’organisation internationale majeure, le tout à l’heure des défis existants – notamment de la part des nostalgiques de l’ordre unipolaire – dépassé, révolu, terminé. Cela sans oublier un autre fait majeur lorsqu’on aborde la question de la communauté internationale: celui que l’Organisation de coopération de Shanghai représente à elle seule, sans même comptabiliser les alliés de la philosophie eurasienne à divers endroits du monde – de l’Afrique jusqu’en Amérique latine, et même jusqu’en Europe, pratiquement la moitié de la population terrestre. Et donc – bien loin devant la communauté dite occidentale (et non pas internationale).

Quant à l’Iran, cette confirmation d’un vœu de longue date affirmera tout simplement la réalisation d’un des axes prioritaires de la politique étrangère iranienne contemporaine. Et constituera une réponse plus qu’efficace aux attaques qui visent non seulement Téhéran, mais également Pékin et Moscou – en qualité des trois principaux adversaires géopolitiques et stratégiques de Washington.

Une chose est sûre: le schéma de l’establishment occidental et de certains des régimes lui étant affiliés à tenter de saboter l’intégration eurasiatique, à travers la création non seulement d’obstacles, mais également de nouveaux foyers de tensions – fera face à l’extrême détermination des civilisations eurasiennes à mettre ses initiateurs hors d’état de nuire. Le tout en étroite coordination. Et ne se limitant pas dans cette interaction uniquement au grand espace eurasien.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Eurasie & Afrique: les priorités de la politique étrangère de l’Iran

La République islamique d’Iran renforce ses positions à divers endroits de la planète, infirmant chaque jour un peu plus les tentatives d’isolement de la part de ses adversaires. Si au Moyen-Orient et plus généralement sur la scène régionale, le rôle de premier plan de Téhéran n’est plus à présenter, les intérêts du pays poursuivent un élargissement géographique et stratégique évident.

Les intérêts extérieurs de l’Iran ne se limitent plus à la région d’appartenance. En effet, la République islamique devient de plus en plus présente en dehors de la sphère régionale, comme c’est notamment le cas dans nombre de pays d’Amérique latine avec lesquels Téhéran entretient des relations d’alliance de plus en plus poussées, dont le Venezuela mais également avec Cuba, la Bolivie ou encore le Nicaragua.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, une ligne stratégique est clairement affichée. A savoir, qu’au-delà de la poursuite de la défense de ses intérêts nationaux, régionaux et internationaux dans un cadre résolument pro-multipolaire dont le pays est d’ailleurs l’un des principaux promoteurs, l’Iran mise beaucoup sur deux axes d’importance stratégique: l’Eurasie et l’Afrique.

Dans le premier cas, cela est d’ailleurs quelque chose de parfaitement naturel sachant que l’Iran est lui-même une nation eurasienne. Mais la simple appartenance à la grande famille eurasienne sur le plan historico-culturel s’élargit résolument désormais vers l’intégration au sein de grandes structures internationales basées dans l’espace eurasiatique, et ce dans plusieurs sphères stratégiques: défense, sécurité, économie.

Parmi ces structures figurent l’Union économique eurasiatique (UEEA), composée actuellement de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de l’Arménie et du Kirghizistan, ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont font partie la Chine, la Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, ainsi que l’Inde et le Pakistan. En ce qui concerne justement l’OCS, l’Iran y est déjà membre-observateur et souhaite devenir membre à part entière. Une pleine adhésion soutenue d’ailleurs par la Russie et certainement la Chine qui partage elle aussi une alliance stratégique avec Téhéran.

Une chose demeure sûre: l’intégration de l’Iran dans le grand espace eurasien, le tout en coordination avec ses alliés russe et chinois, se poursuivra inévitablement. D’autant plus que les trois pays concernés sont considérés comme les trois principaux adversaires géopolitiques par l’establishment washingtonien.

L’Afrique représente également une orientation prioritaire de la politique étrangère iranienne. Le tout à l’heure des bouleversements de grande envergure sur le continent touchant aux intérêts des puissances occidentales, d’obédience anglo-saxonne ou hexagonale – de plus en plus remis en cause aussi bien par le leadership de nombre de pays africains, que par une très large partie de l’opinion publique panafricaine.

En ce sens, l’Iran appuie, à l’instar de Moscou et de Pékin, une posture opposée au néocolonialisme occidental et qui trouve un écho largement favorable au sein de la société civile continentale. En outre, de nombreux pays africains interagissent dans la sphère politico-diplomatique, économique et sécuritaire de plus en plus activement avec la nation perse.

Si cette montée en puissance est fortement mal vue à Washington et dans nombre de capitales occidentales au passé colonial et à la posture toujours néocoloniale, il y a un autre acteur qui s’inquiète vivement d’un tel développement: Israël. En effet et après l’échec retentissant de tenter à isoler l’Iran sur la scène régionale et internationale, le continent africain devient un autre terrain de l’opposition entre Téhéran et Tel-Aviv.

Si ce dernier peut compter sur un certain nombre de soutiens sur le continent, ce qui lui a permis d’obtenir le statut d’observateur au sein de l’Union africaine (UA), il n’empêche que plusieurs des principales puissances continentales africaines se sont clairement opposées à cette perspective, démontrant par la même occasion que rien n’est encore acquis pour l’Etat sioniste sur la scène africaine. Parmi elles – le Nigéria (première puissance économique, première population et quatrième puissance militaire du continent), l’Afrique du Sud (troisième puissance économique et militaire africaine), ainsi que l’Algérie (premier pays africain en superficie, quatrième puissance économique et deuxième puissance militaire continentale). En d’autres termes – les trois des quatre principales puissances africaines avec lesquelles l’Iran entretient des relations intéressantes et qui continuent de se développer.

Quant à l’Egypte (deuxième puissance économique et première puissance militaire d’Afrique), qui s’est d’ailleurs également opposée au statut d’observateur d’Israël à l’UA, bien que n’entretenant pas pour le moment des relations très cordiales avec Téhéran – cela pourrait être amené à changer, notamment dans le cadre des pourparlers de normalisation en cours entre l’Iran et certains pays arabes. Rajoutant encore plus de poids aux positions iraniennes sur la scène continentale en interaction avec les principales puissances africaines.

Ce qui est certain, c’est que toute la rhétorique récente, qui émanait aussi bien de Washington, Tel-Aviv, que de leurs partenaires proches, tout au long de ces dernières années – n’a plus aucun sens aujourd’hui. L’Iran non seulement ne s’est pas retrouvé isolé mais n’a probablement jamais été aussi influent sur la scène régionale et internationale au cours de son histoire contemporaine. L’intégration stratégique au sein de l’espace eurasien, de concert et en coordination avec la Russie et la Chine, de même qu’une politique active sur le continent africain contribueront fort probablement à un renforcement non seulement des positions iraniennes sur la scène internationale, mais également à l’axe des partisans résolus de la multipolarité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Coup d’Etat en Guinée-Conakry: les prévisions se confirment

Le président guinéen Alpha Condé a été destitué à la suite d’un coup d’Etat dirigé par un ancien légionnaire de l’armée française. Cet événement confirme plusieurs aspects et prévisions sur lesquels Observateur Continental avait insisté dans le passé.

S’il est encore trop tôt pour faire des prévisions sur la suite des événements en République de Guinée, il est néanmoins clair que c’était quelque chose d’attendu et de prévisible. Ce que l’on sait aussi, c’est l’exécutant du putsch en question. Il s’agit de Mamady Doumbouya, ancien légionnaire de l’armée française, rappelé en Guinée en 2018 pour prendre la tête du Groupement des forces spéciales.

Selon les autres informations disponibles à son sujet, il a «brillamment» accompli la formation de spécialiste en protection opérationnelle à l’Académie de sécurité internationale (Israël), le cours de formation des commandants d’unité à l’Ecole d’application de l’infanterie (Sénégal), la formation d’officier d’Etat-major (Gabon) et l’Ecole de guerre de Paris.

Bien qu’il soit effectivement tôt pour émettre des hypothèses sur les possibles liens existants entre Mamady Doumbouya et des intérêts externes, son passé de légionnaire pour le compte français mérite une attention particulière. Tout comme le fait que parmi les principaux insatisfaits du gouvernement guinée d’Alpha Condé se trouvait précisément Paris.

En décembre de l’année dernière, Observateur Continental avait d’ailleurs consacré un article  traitant du double standard élyséen vis-à-vis de Conakry et de Bangui d’un côté, et d’Abidjan de l’autre. Permettant de voir une approche purement orientée sur ses intérêts géopolitiques, avec en couverture les critiques du déroulement des dernières élections présidentielles guinéennes, tout en applaudissant, et c’est logique, la réélection du bon vieil ami françafricain Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, dont les manœuvres en vue d’écarter ses principaux concurrents et représentants de l’opposition ne sont plus à présenter.

Il faut se rappeler aussi qu’Alpha Condé était logiquement dans la ligne de mire des cercles françafricains de l’Elysée, ne serait-ce que pour avoir plusieurs fois remis à leur place des journalistes hexagonaux, comme dans cette interview de septembre 2018. Un entretien ayant fait beaucoup de bruit à l’époque au vu du comportement provocateur et irrespectueux des journalistes français et de la fermeté dans les réponses du président guinéen, qui n’a d’ailleurs pas manqué de poser la question légitime de savoir quel pays africain de l’espace francophone avait vraiment pu décoller.

Mais si les perspectives immédiates en Guinée-Conakry restent encore inconnues, il y a néanmoins plusieurs éléments à faire valoir. Tout d’abord, ces événements en Guinée au-delà de confirmer les prévisions données dans le passé, représentent indéniablement une réponse forte à tous ceux qui critiquent la volonté de nombre de pays africains d’accorder une «trop» grande importance à l’aspect sécuritaire dans la défense de leur souveraineté. Comme c’est notamment le cas pour l’Algérie, la Centrafrique, la Guinée équatoriale ou encore l’Ethiopie – bien que chacun ayant sa propre spécificité.

D’autre part, il devient évident qu’au-delà de posséder une capacité défensive digne de ce nom, il est fort important d’entretenir des organes sécuritaires efficaces, pouvant détecter et mettre hors d’état de nuire les éléments déstabilisateurs, d’autant plus si ces éléments sont téléguidés par les intérêts néocolonialistes des acteurs fort bien connus. Et qu’au vu des multiples échecs subis récemment par les intérêts occidentaux et leurs forces sous-traitantes à divers endroits du monde, y compris dans nombre de pays africains, il était tout à fait logique qu’ils allaient s’en prendre à des Etats moins protégés et peut-être moins sur les gardes que ceux qui ont évité ce type de scénarios.

Une chose demeure également certaine : sans une souveraineté véritable et complète, il ne peut y avoir de quelconque développement. Et sans une capacité défensive digne de ce nom, il est impossible de pouvoir parler d’une quelconque souveraineté. Cela sans oublier la maitrise réelle des éléments intérieurs susceptibles de participer aux déstabilisations pour le compte d’intérêts néocoloniaux. Le reste à suivre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les puissances africaines sous pression

Le continent africain n’est pas en reste des changements majeurs observés sur la scène géopolitique internationale dans le cadre du concept multipolaire mondial. Et plus certains Etats affirment leur puissance continentale dans un cadre souverain et panafricain, plus ils se retrouvent sous la pression des nostalgiques de l’unipolarité. Retour sur la question.

La tendance observée de plus en plus sur le continent africain mérite l’attention à bien des égards. Au-delà des tentatives occidentales à punir les pays ayant choisi une voie souveraine de développement et un libre choix de leurs partenaires extérieurs, il est aujourd’hui clairement possible de voir que les poids-lourds de la scène continentale, y compris ceux qui il y a encore récemment semblaient se trouver dans l’orbite de l’influence occidentale, se retrouvent à devoir faire face à de plus en plus de défis les visant.

Parmi ces exemples, on peut citer le Nigéria ou encore l’Ethiopie. Le premier, étant tout simplement la première puissance économique continentale africaine en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PIB-PPA), classé  25ème au rang mondial, par ailleurs la première population d’Afrique avec plus de 219 millions d’habitants (7ème population du monde).

Depuis que les ambitions d’Abuja sur la scène régionale et continentale aient commencé à s’afficher de plus en plus ouvertement, le pays a dû observer une recrudescence de défis intérieurs, notamment sécuritaires. Si la lutte contre les terroristes de Boko Haram date depuis déjà de longues années, de nouveaux foyers de tensions se réactivent,  et ce avec une complicité assez peu voilée en provenance des intérêts occidentaux, notamment en lien avec les séparatistes du Mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (Ipob).

Cette pression supplémentaire sur l’Etat nigérian est liée à plusieurs aspects. Tout d’abord, et plus le pays prend du poids dans les affaires régionales et continentales, le tout dans un cadre panafricain, cela représente l’un des éléments de réponse aux tentatives de déstabilisation extérieure, qu’elles soient d’ordre terroriste ou séparatiste. L’autre raison à noter est que plus un Etat s’affirme dans un cadre panafricain et plus il a tendance à forger des relations stratégiques avec les Etats partisans de la souveraineté et de l’ordre multipolaire international.

Les relations économiques grandissantes avec la Chine, y compris en favorisant le yuan chinois au détriment du dollar américain dans les transactions bilatérales, ou encore le récent accord militaro-sécuritaire avec la Russie, en représentent les quelques exemples. D’autant plus que le Nigéria fut longtemps considéré comme un pays se trouvant sous l’orbite des intérêts occidentaux, plus particulièrement des USA.

L’Ethiopie représente un autre exemple intéressant. Deuxième plus large population du continent, 7ème puissance militaire d’Afrique, abritant le siège de l’Union africaine (UA) sur son territoire, le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé et ayant été l’un des principaux alliés continentaux de l’URSS durant la période de la guerre froide, le tout allié à un taux de croissance du PIB aux alentours de 10% par an durant plusieurs années – représentent des éléments qui confirment les ambitions d’Addis-Abeba. Cela sans oublier une industrialisation rapide du pays, avec le concours de la Chine.

Si à la chute de l’URSS, l’Ethiopie était considérée comme un pays s’étant beaucoup rapproché de Washington, et ce dans de nombreux secteurs, la période récente au vue du rapprochement sans précédent avec Pékin, ainsi que le renouvellement actif des relations avec Moscou, semble avoir placé le pays dans le viseur des déstabilisations occidentales. Des tentatives de déstabilisation, qui à la différence de ce qu’avaient vraisemblablement espéré ses instigateurs, semblent au contraire pousser de plus en plus le leadership éthiopien dans le cadre souverainiste panafricain et celui de l’alliance sino-russe.

Mais l’exemple de l’Ethiopie est intéressant également sur un autre aspect. Si la propagande occidentale avait souvent tenté à présenter la Chine comme la Russie comme des soutiens aux régimes prétendument «autoritaires», les événements récents cassent de plus en plus ce cliché ayant peu de choses à avoir avec la réalité. Déjà en République centrafricaine, Moscou s’est imposé comme un allié fiable et sincère d’un leadership élu démocratiquement et disposant d’une large popularité nationale. Le cas éthiopien est également fort révélateur car au-delà de jouir d’une popularité intérieure indéniable, le chef d’Etat du pays Abiy Ahmed peut se vanter d’être également lauréat du Prix Nobel de la paix 2019.

Evidemment et à cette époque, l’Occident pensait voir en l’Ethiopie un partenaire de poids pour ses intérêts, à ce titre les médias mainstream occidentaux ne manquaient pas de faire l’éloge au Premier ministre Ahmed. Tout semble désormais bouleversé et l’exemple si souvent cité de notes positives par l’establishment politico-médiatique occidental, est devenu une cible à abattre. Une hypocrisie qui ne manque pas de révolter aussi bien la société civile éthiopienne, que les médias étatiques du pays. Le tout au moment même où Addis-Abeba renforce non seulement son interaction avec la Chine, mais mise de nouveau sur l’alliance militaro-sécuritaire avec la Russie.

Cette nouvelle donne est effectivement particulièrement intéressante car elle barre d’un revers de la main toutes les belles paroles occidentales quant au fait d’être des alliés de gouvernements démocratiques à divers endroits du globe. Plus que cela, l’approche hypocrite de l’establishment occidental, y compris washingtonien, peine de plus en plus à voiler cette posture révoltante à l’égard des différents peuples du monde, y compris africains. Enfin, et face aux déstabilisations que ce cercle maintient comme instrument majeur de sa politique visant les Etats souverains, la résistance s’organise sur deux volets: la mobilisation populaire (véritable) à l’intérieur et le soutien extérieur de la part des grandes puissances non-occidentales pro-multipolaires.

Ceci étant dit, ce n’est pas tout. Au vu des échecs répétés de faire tomber des gouvernements pleinement souverains à divers endroits de la planète, y compris en raison des deux facteurs cités ci-haut, l’Occident politique risque de s’acharner désormais sur un certain nombre de ses alliés et sous-traitants, ne pouvant par ailleurs pas être considérés comme des puissances régionales ou continentales. Car au moment d’une perte d’influence à l’échelle internationale, des échecs à appliquer avec le même «succès» les méthodes de déstabilisation habituelle, ce même establishment cherche à avoir des partenaires complètement soumis (même le taux de 75-80% ne suffit plus). Y compris pour éviter le risque que ces derniers sortent de l’orbite géopolitique occidentale.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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France/Afrique: à quand des enquêtes objectives sur les biens mal acquis?

Depuis un certain temps, Paris se lance à attaquer ses adversaires sur le continent africain en prétendant lutter contre les «biens mal acquis». Cette pratique concerne avant tout une tentative d’interférer dans les affaires intérieures de pays souverains en leur imposant un chantage pur et simple. Mais qu’en est-il des biens réellement mal acquis appartenant aux intérêts occidentaux en Afrique ou aux réseaux françafricains sur le sol français?

Le summum du ridicule, c’est que l’establishment occidental, notamment élyséen, ne lâche rien pour maintenir la propagande portant sur les fameux «biens mal acquis» par la Guinée équatoriale sur le sol français, y compris ceux possédant un statut diplomatique. Après Paris, d’autres capitales occidentales se sont également mis à contribution – notamment Londres, poussant les autorités équato-guinéennes à la riposte dans le cadre du principe de réciprocité.

Pendant ce temps, les médias occidentaux, y compris ouvertement affiliés au système de la Françafrique, restent également à la manœuvre, parmi eux on retrouve, entre autres, le magazine Jeune Afrique.La question que se posent aujourd’hui de nombreux Africains c’est de savoir quand est-ce que viendra le moment pour l’establishment occidental, dont bien sûr élyséen, de même que pour le mainstream médiatique, de pouvoir s’intéresser à la question des biens mal acquis par les intérêts occidentaux sur le continent africain, mais aussi sur ceux qui appartiennent à des proches du réseau françafricain et qui possèdent des biens luxueux dans l’Hexagone.

En ce qui concerne la question des biens mal acquis par les intérêts occidentaux en Afrique et du système fort vicieux de ces intérêts établi dans nombre de pays du continent africain, la télévision panafricaine Afrique Média avait déjà consacré plusieurs émissions. D’autre part, il aurait été très intéressant pour le public hexagonal comme africain de connaitre les détails des millions d’équivalents d’euros d’argent liquide transmis à la veille de pratiquement toutes les élections présidentielles françaises de la part des Etats d’Afrique se trouvant dans l’orbite de Paris.

Un sujet tabou que les autorités élyséennes détestent aborder. Surtout lorsqu’on connait les difficultés de base qui concernent l’utilisation pure et simple d’argent liquide sur le sol français par les citoyens ordinaires, locaux comme étrangers. Il suffit pour cela de demander aux touristes chinois ou russes ayant visité dans le passé la France pour connaitre quelles difficultés ils ont eu à effectuer des achats avec des billets de 500 euros, ou ne serait-ce qu’à pouvoir les échanger… Mais bon, il est évident que ce casse-tête pour des touristes étrangers, même dépensiers, ne doit surtout pas concerner les amis privilégiés de la Françafrique. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un système établi par le receveur des fonds en question.

Maintenant et en ce qui concerne toujours la question des biens mal acquis, cette fois-ci achetés en France par certains amis africains de l’Elysée, voici une autre question qui mérite intérêt. En ce sens, le cas de la Côte d’Ivoire est particulièrement intéressant. Comme notamment la gestion par Dominique Ouattara, l’épouse du chef d’Etat ivoirien actuel, de biens immobiliers somptueux en France de l’ancien président ivoirien défunt Félix Houphouët-Boigny, qui fut un grand ami de l’establishment politique français et du réseau françafricain par la même occasion. Des questions avaient d’ailleurs été lancées par plusieurs médias de ce qu’il est désormais advenu de ces biens luxueux. Des questions nombreuses, mais toujours peu de réponses.

Maintenant revenons à la Guinée équatoriale et aux accusations françaises qui visent Malabo, le tout avec l’implication d’autres acteurs occidentaux, y compris anglo-saxons. Dans ces attaques visant les autorités équato-guinéennes, les médias hexagonaux et affiliés se donnent un vif plaisir de présenter la chose sous l’angle d’une lutte contre la corruption au profit du «pauvre peuple» équato-guinéen, qui se fait prétendument voler.

Maintenant, un bref aperçu du niveau de vie moyen entre la Guinée équatoriale et ne serait-ce que la Côte d’Ivoire. Si la première fait partie du Top 4 dans le classement des pays africains en termes de PIB par habitant, en compagnie de pays comme les Seychelles ou l’Ile Maurice, la Côte d’Ivoire n’est classée que 17ème au niveau continental. Et si ce même PIB par habitant dans le cas de la Guinée équatoriale a été multiplié par 45 entre la période allant de 1980 à 2017, dans le cas ivoirien les chiffres sont fort moins impressionnants: environ par 1,28 pour la même période. Et ce malgré le fait que Paris se donne un grand mal à présenter la Côte d’Ivoire comme un exemple de «stabilité et de succès» sur le continent africain.

Il y a un autre fait très révélateur. Si les citoyens équato-guinéens n’immigrent pas ou très peu, c’est fort loin d’être le cas pour ceux de la Côte d’Ivoire. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle on retrouve de nombreux ressortissants ivoiriens en Guinée équatoriale qui y vont chercher une vie meilleure, tout en sachant que cette dernière est un petit pays d’à peine 28 050 km2 avec une population totale approchant 1,5 million de personnes. Plus généralement, il est assez facile de trouver des personnes en provenance de pays d’Afrique de l’Ouest et centrale travaillant sur le sol équato-guinéen.

Evidemment, certains crieront qu’il est injuste de pouvoir comparer les deux pays sachant que la Guinée équatoriale est un Etat producteur de pétrole – qu’ils apprennent donc qu’un pays comme la Côte d’Ivoire est loin de manquer de ressources naturelles aussi, sachant qu’il est ni plus ni moins que le premier producteur mondial de cacao (représentant pas moins de 40% de la production mondiale à lui seul) – rien que cela. Cela sans oublier d’autres ressources naturelles censées lui appartenir.

Evidemment ce sont des chiffres sur lesquels les responsables hexagonaux n’aiment pas avoir à commenter. Tout comme le fait qu’un pays africain, comme la Guinée équatoriale ou l’Angola, puisse non pas être un pays émetteur de migrants, mais surtout un pays récepteur. A l’instar de ce qu’était, avant la destruction par l’Otan, la Libye de Mouammar Kadhafi. Le système vicieux mis en avant par l’establishment occidental préfère au contraire miser sur l’appauvrissement de pays se trouvant sous son orbite, en exploiter les ressources, tout en donnant, de temps à autre et avec un air condescendant des visas de travail aux citoyens de ces pays – des pays riches en ressources mais ne profitant pour beaucoup pas de leur potentiel, pour pouvoir par la même occasion tenter à se positionner comme le système des «bons samaritains».

Tout cela pour dire, qu’au lieu de jouer la comédie primitive dans un but purement de prédation néocoloniale, Paris et Co. devraient commencer par respecter la politique d’Etats africains assumant pleinement leur dignité et leur souveraineté. Et si les représentants hexagonaux souhaitent sincèrement lutter contre les biens mal acquis sur leur sol, qu’ils donnent l’exemple à travers les responsables (certains observateurs les appellent «préfets») appartenant au réseau françafricain. Et que lorsque les pays se trouvant sous l’orbite de ce réseau obscur arriveront à avoir ne serait-ce qu’un niveau de vie moyen comparable à celui de la Guinée équatoriale – il est évident que les queues dans ces pays pour obtenir le fameux visa pour un pays occidental se réduiront à vue d’œil. Bien qu’il soit également vrai qu’avec une telle perspective, il deviendra beaucoup plus difficile de pouvoir justifier l’exploitation des dits Etats.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Algérie conforte sa place de puissance militaire

La République algérienne mise sur la constance. La puissance militaire indéniable du pays s’appuie sur un partenariat historique, notamment avec la Russie et la Chine, et aucun des adversaires des cités ne peut jusqu’à maintenant pouvoir faire basculer la donne dans le domaine de l’interaction militaro-technique d’Alger.

L’Algérie maintient sa place indiscutable de la deuxième puissance militaire du continent africain, selon le classement du portail américain Global Fire Power pour l’année 2021.Au niveau mondial, le pays est monté d’une place – passant en une année de la 28ème à la 27ème place du classement.

La constance de l’Etat algérien est également dans le choix de ses principaux partenaires militaro-techniques: la Russie (représentant 69% des livraisons) et la Chine (près de 10%). Le pays fait également partie du Top 10 des principaux importateurs d’armements au niveau mondial.

Si l’interaction russo-algérienne dans le partenariat militaro-technique est effectivement restée au plus haut niveau stratégique, ce n’est pas faute pour nombre de pays occidentaux, dont la France, à avoir tenté de modifier la donne. Ou encore les Etats-Unis, ayant menacé de nombreux pays de sanctions économiques pour des contrats d’armement avec la Russie (la fameuse loi CAATSA qui vise «à contrer les ennemis des USA par le biais des sanctions»). Des USA qui n’ont également pas réussi à pouvoir bouleverser d’une quelconque façon la donne dans le partenariat stratégique entre l’Algérie et la Russie dans la sphère militaro-technique.

En d’autres termes – les campagnes de lobbying à l’élyséenne ou les menaces et intimidations à la washingtonienne – n’ont pas été des éléments jusqu’à maintenant convaincants dans les choix stratégiques de l’Algérie. Confirmant par la même occasion une approche pleinement indépendante et souveraine.

Si de nombreuses forces hostiles à Alger critiquent cette interaction avec la Russie, qu’il ne leur déplaise que c’est justement grâce à cette capacité défensive indéniable, que l’Algérie peut se tenir prête à toute tentative de déstabilisation ou d’agression extérieure, à l’instar de ce qui s’est passé en Libye. Un tel scénario est aujourd’hui inconcevable sur le sol algérien.

La puissance et la capacité défensive de l’armée algérienne est d’autant plus importante que suite à l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, le chaos et la menace terroriste se sont propagés à de nombreux endroits de la région, notamment au Sahel. Un Sahel en proie à l’instabilité et dans lequel la présence militaire de troupes françaises et étasuniennes n’a apporté aucune amélioration de la situation. Au contraire, de nombreux observateurs parlent d’une détérioration évidente, qui risque d’autant plus de s’amplifier.

D’où l’importance d’une armée régionale forte, efficace, pouvant faire faire aux défis sécuritaires, tout en maintenant une politique constante, y compris dans le choix de ses partenaires historico-stratégiques. L’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le domaine militaro-technique au niveau mondial, et représente pour Moscou son deuxième partenaire économico-commercial au niveau continental africain. Le pays fait également partie des principaux partenaires de la Chine en Afrique. Cette constance dans les choix stratégiques est également une arme qu’il ne faut pas négliger.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La visite d’adieu de Merkel à Kiev

La chancelière allemande Angela Merkel se rendra en Ukraine, sa fort probable dernière visite dans ce pays avant la fin de son mandat. Plusieurs sujets seront vraisemblablement à la table des discussions: de la situation dans le Donbass jusqu’au gazoduc Nord Stream 2.

Que pouvoir espérer de cette visite d’adieu d’Angela Merkel sur le sol kiévien? Sachant d’autant plus qu’elle aura lieu juste après le voyage à Moscou et la rencontre avec le président russe Vladimir Poutine. Probablement pas grand-chose. Pour l’Allemagne, il s’agira surtout de montrer son poids dans les affaires en lien avec l’Ukraine, et pour le régime de Kiev – certainement de tenter au maximum à faire joindre Berlin plus activement aux diverses actions contre la Russie.

Le tout à l’heure où l’Allemagne – bien que participant activement aux campagnes russophobes pro-atlantistes, ne souhaite malgré tout pas, de manière assez pragmatique, perdre ses intérêts économiques et énergétiques dans son interaction avec Moscou. Au grand désarroi des représentants du régime kiévien.

Autre point méritant l’attention le lancement par l’Ukraine et ses soutiens anglo-saxons de la soi-disant «plateforme de Crimée», destinée selon ses initiateurs à créer les mécanismes en vue de «désoccuper» la péninsule criméenne. Une initiative considérée déjà comme perdante pour de nombreux experts – n’ayant pu réunir que des représentants occidentaux ou affiliés aux intérêts atlantistes. En bref – très, très, loin de pouvoir donner ne serait-ce qu’un semblant de communauté internationale.

D’autre part, si certains leaders d’Europe de l’Est comptent assister personnellement à cette première rencontre de la plateforme citée, de nombreux pays occidentaux n’y enverront que des ministres ou représentants spéciaux. Dont l’Allemagne, qui devrait être officiellement représentée par le chef de sa diplomatie Heiko Maas. La participation de Merkel, sous quelque forme que ce soit, n’a pour le moment reçu aucune confirmation.

L’autre sujet au menu de la rencontre entre Merkel et Zelensky à Kiev va très certainement concerner la situation dans le Donbass. En ce sens, la chancelière allemande sortante souhaite vraisemblablement insister sur ses apports personnels dans les différentes discussions liées à ce territoire n’ayant pas reconnu les résultats du coup d’Etat ukrainien de 2014 et ayant poussé la population du Donbass (comme de la Crimée) à quitter la juridiction kiévienne.

Des apports que Merkel souhaite probablement laisser comme un «acquis» pour son futur successeur et maintenir le cap choisi pour la future administration allemande. Pour rappel en juillet dernier, lors de sa rencontre avec Zelensky, Merkel avait rappelé à son homologue kiévien la nécessité de mettre en œuvre «la formule Steinmeier» dans la législation ukrainienne.

Enfin, le sujet lié au lancement du gazoduc Nord Stream 2 – un projet stratégique pour Berlin dont il défend la réalisation, et qui a provoqué la vive colère de Kiev, d’autant plus que Washington au vu de la détermination allemande à finaliser ledit projet a dû atténuer ses pressions sur les acteurs, notamment européens, impliqués dans la réalisation de Nord Stream 2, sera certainement abordé.

Et bien que Berlin ait insisté de concert avec Washington sur la «nécessité» de poursuivre parallèlement le transit via le territoire ukrainien du gaz russe exporté vers l’UE, Kiev comprend parfaitement qu’il n’est plus en mesure de pouvoir dicter quoi que ce soit dans ce dossier, ni à faire du chantage comme cela était souvent le cas dans le passé lorsqu’il s’agissait de négocier les questions gazières. Et par la même occasion – de ne plus pouvoir avoir la garantie d’obtenir des milliards de dollars annuels dans le budget ukrainien via «l’agresseur» russe, avec lequel Kiev, tout en déclarant vouloir couper tous les ponts, comptait maintenir son économie à flot.

Dans tout ce package donc, le régime ukrainien doit se rendre à l’évidence qu’il ne représente effectivement pas le centre d’intérêt majeur de la politique internationale – et qu’il restera avant tout une sorte de pierre d’achoppement supplémentaire dans les relations entre l’establishment occidental et la Russie. Avec en prime un rôle de plus en plus réduit – étant forcé de prendre note des décisions occidentales sans en pouvoir faire quoi que ce soit pour en modifier le fond. Si ce n’est qu’émettre des déclarations demandant de penser un peu plus aux intérêts de cette pauvre Ukraine faisant face à «l’agression de l’ours russe».

Quant à Merkel, bien que se préparant à quitter son poste de chancelière, il demeure important de maintenir pour elle au sein de l’opinion publique allemande et européenne – l’image de celle qui voulait porter sur ses épaules la politique européiste. Se positionnant clairement en faveur des intérêts atlantistes à tous les niveaux, mais devant admettre face à la réalité multipolaire mondiale, la nécessité de maintenir un minimum de pragmatisme allemand.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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