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Sommet de Kazan, prochain point d’orgue des relations Russie-Monde musulman

Kazan

La Russie entretient des liens privilégiés avec le monde musulman, une situation due aussi bien aux relations harmonieuses entre chrétiens et musulmans dans le pays qu’aux rapports équilibrés que Moscou entretient avec nombre de pays à majorité musulmane.

Un état de fait qui devrait se traduire lors du prochain sommet Russie-Monde musulman de Kazan.

La superbe ville de Kazan, capitale de la République du Tatarstan et troisième capitale officielle de Russie (après Moscou et Saint-Pétersbourg), accueillera du 18 au 21 mai prochain un important sommet économique international: « Russie-Monde musulman ». Plus de 2 000 visiteurs venant de 50 pays y sont attendus.

Le sommet est organisé avec le soutien du Conseil de la Fédération de Russie (chambre haute du Parlement russe) et des autorités de la République du Tatarstan. Le but dudit sommet est de renforcer les liens économico-commerciaux, scientifico-techniques et culturels entre la Russie et les pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Plus de 1 500 personnes ont participé au sommet de 2016: des représentants de l’élite politique, économique, diplomatique, scientifique de 51 pays du monde musulman.

Cette année, plusieurs représentants gouvernementaux ont confirmé leur participation, notamment de Turquie, de Tunisie ou encore des Émirats arabes unis. La classe politique russe sera également bien représentée à ce sommet. Qu’est-ce qui les attire tous à ce sommet?

Rappelons tout d’abord que la Russie, bien qu’étant un pays majoritairement chrétien, est aussi le pays d’un grand nombre de musulmans — des citoyens russes à part entière. Sur une population totale d’un peu plus de 146 millions d’habitants, 14,5 millions se revendiquent de l’islam, soit 10 % de la population totale. Soulignons que nous parlons bien de citoyens russes musulmans et non de migrants en provenance de pays à majorité musulmane, lesquels sont par ailleurs nombreux, notamment en provenance des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale.

L’expérience russe est effectivement unique en ce sens, car chrétiens et musulmans russes vivent en harmonie depuis de longs siècles. Et malgré les défis liés au terrorisme et à l’extrémisme religieux que traverse aujourd’hui le monde — Russie y compris —, c’est un fait reconnu qu’en Russie il n’y a pas de tensions majeures entre les représentants des différentes confessions religieuses. Au contraire, l’écrasante majorité des musulmans de Russie, qu’ils soient Tatars, Tchétchènes, Ingouches, Bachkirs ou autres, revendiquent haut et fort leur appartenance à l’État russe, et leurs sentiments patriotiques n’ont rien à envier à ceux des autres citoyens du pays.

Une expérience caractéristique de la Russie et de certains pays d’ex-URSS, notamment d’Asie centrale à majorité musulmane, qui a perduré depuis la période impériale jusqu’à ce jour. Elle a également permis de bâtir une relation de confiance avec plusieurs États musulmans non issus de l’Empire russe ou de l’ex-URSS, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Turquie ou de plusieurs États dans le monde arabe.

Si les relations russo-iraniennes datent de plusieurs siècles, évoquons l’alliance avec la Syrie, vieille de plusieurs décennies ou les relations avec l’Égypte, le principal partenaire économico-commercial de la Russie dans le monde arabe. Moscou entretient par ailleurs des relations suivies avec les pays du Maghreb — Algérie, Maroc et Tunisie — et cultive un partenariat stratégique avec la Turquie, dont la population fait majoritairement plus confiance à la Russie qu’à « l’allié » étasunien, à en croire un récent sondage Gallup. Une confiance qui fait fi des nombreuses guerres russo-turques dans l’histoire et de l’appartenance d’Ankara à l’OTAN, une organisation à priori anti-russe, ou encore malgré plusieurs désaccords évidents, toujours d’actualité, notamment sur la situation en Syrie.

Et c’est loin d’être une exception. Une chose saute aux yeux: les populations musulmanes, notamment arabes, font généralement bien plus confiance à la Russie qu’à l’Occident, ce qui n’est pas forcément le cas de leurs élites politiques. Et d’après certains de mes collègues, russes et étrangers, vivant et travaillant dans certains pays arabes dont les leaders sont des alliés déclarés des États-Unis et du bloc occidental, les sentiments de la population sont bien souvent à l’opposé. C’est un signe avant-coureur.

Est-ce si étonnant? Pas tant que cela. Car malgré toute la propagande russophobe propagée par le mainstream, les populations en question ont maintes fois pu analyser qui avaient le plus de respect envers leurs souverainetés nationales, mais aussi envers la souveraineté sur leurs ressources. Et dans ces deux cas, pas besoin d’être un expert en géopolitique ou en géoéconomie pour y voir clair.

Une chose est certaine. La présence américaine, et plus globalement occidentale, est de plus en plus contestée dans le monde musulman, notamment au Proche et au Moyen-Orient. La vive inquiétude et même l’hystérie qui caractérisent aujourd’hui les élites politiques, financières et médiatiques occidentales sont entre autres dues à cela. Elles savent que plus le temps passe et plus de pays, y compris leurs proches « alliés », leur montreront la porte. C’est une question de temps. D’ici là, la Russie ne se presse pas. Elle attend. Tout en défendant avec ardeur ses alliés et ses partenaires stratégiques, de même que ses intérêts — chaque pays en possède. Le tout dans un cadre une fois encore multipolaire.

Et c’est pourquoi le Sommet Russie-Monde musulman 2017 de Kazan sera sans aucun doute un succès, peut-être sans précédent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704181030958268-kazan-sommet-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Elections législatives en Russie : la souveraineté russe pas négociable

Elections législatives en Russie

Les élections législatives russes ont bien eu lieu. Le comptage des voix est pratiquement fini. Analysons les résultats provisoires et les perspectives.

Le taux de participation à ces élections était de près de 48 %. 97,3 % des voix ont été traitées jusque-là.

Le parti Russie unie de Vladimir Poutine arrive largement en tête avec 54,17 % des voix.

Le parti communiste est deuxième avec 13,42 %. Le parti libéral-démocrate (populiste, nationaliste) obtient 13,24 %. Le parti Russie juste (social-démocrate) arrive quatrième avec 6,18 %.

Plusieurs points qui doivent être soulignés. Les élections législatives sont loin de susciter un intérêt aussi important que les élections présidentielles en Russie, néanmoins le taux de participation à ces élections dépasse celui de nombreux pays européens. Autre point tout aussi important. La popularité du président Poutine dépasse bien sérieusement celui du parti Russie unie. On pourrait d’ailleurs à ce titre faire un parallèle avec l’Afrique du Sud où le parti au pouvoir l’ANC (Congrès national africain), le parti historique du grand Nelson Mandela, domine la vie politique du pays bien que le parti lui-même et certains de ses membres soient sérieusement critiqués.

En Russie la situation est plus ou moins semblable dans le sens que le taux de popularité du président Poutine dépasse les 80 %, tandis que le parti au pouvoir est en dessous de ces chiffres. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que plusieurs politiciens du niveau local ou municipal, issus du parti Russie unie, sont loin de faire toujours l’objet d’avis positifs de la part des citoyens dépendant de la localité/municipalité en question. Manque de professionnalisme, lacunes de gestion, promesses non tenues,… telles sont les accusations qui visent certains de ces responsables attachés au principal parti du pays. Et le pouvoir comprend parfaitement que c’est un défi auquel il faut faire face. C’est d’ailleurs aussi à cela que sert la démocratie.

Autre fait important caractéristique de la société russe, est que sont nombreux ceux ou celles qui soutiennent Vladimir Poutine mais sont d’horizons politiques différents. On peut notamment penser aux personnes qui sympathisent aux idées de gauche et qui durant les législatives votent en faveur du parti social-démocrate Russie juste, sans pour autant remettre en cause leur soutien à la politique présidentielle. Ou encore ceux qui votent en faveur du parti patriotique Rodina (Patrie) là aussi tout en accordant parallèlement le soutien à la politique actuelle de l’Etat russe, dans bien nombreux domaines. Les autres exemples ne manquent pas eux aussi.

Fait important et révélateur : le parti ultra-libéral et ouvertement pro-occidental Parnas, dirigé par un certain Mikhail Kassianov, associé pour l’écrasante majorité des Russes aux périodes tumultueuses de l’ère Eltsine et aux oligarques ayant massivement pillé « leur » peuple, ayant le soutien direct, dont financier, avec plusieurs structures étasuniennes, notamment étatiques, n’a obtenu que 0,72 %. Le même parti qui « pense » que la Russie doit se conformer aux prérogatives étasuniennes et de l’OTAN, afin de rejoindre par la suite cette structure… Le score obtenu en dit long sur sa « popularité » auprès des citoyens russes.

Conclusion : la souveraineté russe n’est effectivement pas à négocier. Le peuple russe l’a une fois de plus démontré, tout en respectant les principes démocratiques du pays. Par ailleurs, la Russie confirme de nouveau que la notion de démocratie souveraine n’est pas une notion illusoire mais bien une réalité. En passant, pratiquement pas de violations ont été observées durant ces élections, de l’avis même des observateurs internationaux, y compris ceux de l’OSCE qui ont également pris part à l’observation. Le scrutin est donc entièrement valide.

Quant à certains représentants des élites occidentales qui continuent de rêver pour voir un coup d’Etat en Russie, ce ne sera certainement pas pour demain, ni pour après-demain. L’indépendance et la souveraineté de la Russie ne se vendent pas. Et le peuple multiethnique de Russie veille.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201609191027817708-russie-elections-souverainete/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Les Karaïmes, peuple criméen riche de traditions.

Les Karaïmes, peuple criméen riche de traditions

La Crimée est on le sait une terre fort riche en cultures et traditions. Ce qui fait aussi indéniablement sa richesse c’est sa composition multiethnique et multiconfessionnelle, à l’instar du reste de la Russie.

Retour aujourd’hui sur le peuple des Karaïmes. Ce nom veut dit certainement peu de choses. Pourtant il s’agit de l’un des peuples de souche de la Crimée. Peuple turcophone, professant un courant du judaïsme rejetant le talmud (loi orale) et n’observant que les prescriptions de la loi écrite de la torah. A ce titre, leur courant religieux est souvent considéré comme « protestant » du judaïsme.

 

Ce qui caractérise aussi ce peuple c’est leur loyauté envers la Russie depuis des siècles. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que tous les empereurs russes, ainsi que leurs familles, durant leurs séjours en Crimée étaient toujours reçus par les représentants karaïmes, qui assuraient aussi leur sécurité. Plus que cela, lors de chaque arrivée impériale sur la péninsule, la première visite se faisait toujours et traditionnellement dans une Kenesa karaïme (centre de prières et de rencontres de la communauté). Tout un symbole. Depuis le XVIIIe siècle, lorsque la Crimée intégra l’Empire russe, les Karaïmes ont su parfaitement conserver leur culture authentique, de même que leur religion, tout en profitant des mêmes droits que tous les citoyens de l’empire. De leur côté, les Karaïmes étaient en effet toujours caractérisés par la loyauté envers l’Etat russe. C’est d’ailleurs certainement l’une des raisons de la grande confiance des empereurs de Russie envers eux.

Aujourd’hui, le principal centre de vie des Karaïmes est toujours en Crimée, plus précisément dans la ville d’Evpatoria, importante station balnéaire de la péninsule. Ils ont, dans l’écrasante majorité, soutenu le ralliement de la Crimée à la Russie lors du référendum de mars 2014. Aujourd’hui, la communauté karaïme fait un travail remarquable dans la sauvegarde de leur patrimoine culturel, y compris à destination de leurs plus jeunes représentants. La communauté a d’ailleurs récemment remporté le concours visant à récompenser les meilleures propositions d’itinéraires touristiques en Crimée, dans la catégorie du meilleur itinéraire ethnographique.

 

La semaine dernière, la Grande-duchesse Maria Vladimirovna Romanova, chef de la Maison impériale de Russie, ainsi que son fils le Tsarevitch Gueorgui Mikhaïlovitch Romanov, se sont rendus en Crimée pour une visite officielle, de même que pour prendre part à la cérémonie d’ouverture du monument en l’honneur du dernier empereur de Russie, Nicolas II. La tradition n’a pas été rompue et cette fois-ci aussi les représentants de la famille impériale russe ont dédié leur première visite aux représentants de la communauté karaïme. Les représentants karaïmes honorés ont d’ailleurs accompagné la délégation impériale tout au long des cérémonies officielles qui s’en ont suivi.

Comme quoi et une fois de plus, la Crimée sauvegarde avec jalousie sa capacité exemplaire à faire vivre un grand nombre de peuples, de différentes confessions religieuses, ensemble sur un même territoire. C’est certainement d’ailleurs la raison, en plus de celle liée à la justice historique et à la conjoncture d’il y a deux ans, lorsque cette multiethnicité était sérieusement menacée par des extrémistes néonazis et ultra-nationalistes, que la presqu’île criméenne ait retrouvé la Russie. Cette expérience unique de pouvoir faire vivre non seulement ensemble mais aussi en harmonie différents groupes ethniques et religieux, est propre à la Russie. Les Karaïmes, qui ont su à l’instar de tellement d’autres peuples, sauvegarder leurs traditions et leur patrimoine culturel-religieux ancien en savent quelque chose. Heureusement loin de « l’expérience US » où la population de souche amérindienne sombre dans l’alcoolisme, la perte de son identité (pour beaucoup déjà perdue) et fait face à une politique ouvertement discriminatoire. Une différence de traditions, d’expériences et d’approches simplement évidente.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201605231025220592-crimee-karaimes-traditions/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Heureusement que l’Euroligue n’est pas l’Eurovision

Le CSKA Moscou de Nando De Colo a remporté l'Euroligue

Deux grands événements continentaux viennent de se clôturer. Concours Eurovision de la chanson et l’Euroligue de basketball, la plus prestigieuse compétition de ce sport au niveau des clubs européens.

Si dans le deuxième cas on a eu droit à une saison fantastique, notamment au niveau du Final 4 (carré final des quatre meilleures équipes de la saison) qui s’est déroulé ce week-end et où l’aspect fair-play du sport a bien été au rendez-vous, on ne peut malheureusement pas en dire autant de l’Eurovision.
A vrai dire, ce qui s’est passé au niveau du concours de l’Eurovision n’est même pas très digne de commentaire. Mais lorsque la politique antirusse en arrive à rentrer au niveau d’un concours qui prétend « promouvoir les valeurs de paix et de tolérance en Europe et au-delà », il devient impossible de ne pas commenter.

 

Pour résumer: le représentant russe Sergueï Lazarev, qui était d’ailleurs le favori annoncé du concours, remporte le vote du public européen. Mais le vote du « jury », si on peut parler de jury, lui est tout autre. Au final, c’est la représentante ukrainienne qui remporte le concours alors qu’elle n’a pas gagnée ni au niveau du public, ni même au niveau de ce fameux jury (deuxième dans les deux cas) avec une chanson ouvertement politisée.

Une « victoire » donc tirée par les cheveux et arrangée vraisemblablement par ceux désireux « récompenser » les élites ukrainiennes pour leur bon « travail » dans l’intégration atlantiste. D’autre part et pour revenir à la politisation de la chanson, les organisateurs de l’Eurovision ont donc violé une autre règle du concours: celui de l’interdiction de chansons politiquement engagées. Ces organisateurs affirment pourtant n’avoir pas vu de « message politique ». Suivant cette logique, si l’année prochaine une chanson sera dédiée aux milliers de victimes du Donbass, on ose alors espérer que les organisateurs ne la bloqueront pas? D’autant plus que ce n’est pas politique: c’est la simple et triste réalité.

On se demande d’ailleurs si la Russie devrait encore participer à des événements « européens » de ce type. A méditer. Mais heureusement qu’il existe encore des compétitions où le fair-play n’est pas une vaine notion et où la victoire est obtenue au mérite et non pour servir des intérêts ouvertement politiques. La finale de l’Euroligue de basketball, tout comme les demi-finales, l’ont prouvé une fois de plus.
La finale opposait le CSKA Moscou au club turc de Fenerbahçe Ülker Istanbul, dans la capitale allemande Berlin, ce qui favorisait évidemment le club stambouliote compte tenu de la très importante diaspora turque, qui s’est fait entendre tout au long du match. Bien que nombreux ont fait le parallèle dans cette opposition sportive aux problèmes politiques actuels entre les deux pays, et cela a été en partie confirmé par quelques provocations côté turc dans les tribunes qui ont résulté à des affrontements aussi bien au sein des supporters qu’au niveau des loges VIP, néanmoins et sur le terrain la bataille était purement sportive.

 

Les deux équipes avaient réalisé une saison pratiquement sans faute et tout le monde s’attendait à un digne combat. Ce fut le cas. De l’aveu de tous, experts comme supporters, le match fut véritablement haletant. Au final, le CSKA Moscou a remporté le match après prolongation 101 à 96, avec un superbe Nando de Colo, meilleur joueur français et MVP de la saison.

Bien sûr que cela fait bien plaisir de voir le club moscovite champion d’Europe, de même que de savoir un autre club russe parmi les quatre meilleures équipes de la saison. En l’occurrence le Lokomotiv Kouban-Krasnodar (troisième). Mais la principale question n’est pas là: les victoires, qu’elles soient sportives ou artistiques, il faut les obtenir dans la compétition juste et non sur ordre d’intérêts n’ayant rien à avoir ni avec le sport, ni avec la chanson. Peu importe après qui est le vainqueur.Quant à l’Eurovision, le show de cette année rappelle en effet la réalité géopolitique: les populations européennes largement favorables à la Russie, les élites et experts autodéclarés russophobes jusqu’au cou… Pas de soucis, on fait avec et toujours avec le sourire.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201605161025034549-euroligue-eurovision-basket/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Enjeux et perspectives centrafricaines. Entretien avec Sylvie Baipo-Temon (Partie 1)

Sylvie Baipo-Temon

Sylvie Baipo-Temon est une ressortissante centrafricaine. Economiste de formation, cadre au sein de la direction financière d’une banque française, son engagement pour son pays, la République centrafricaine, date de 2003. Un engagement d’abord passif à travers des réflexions et analyses personnelles, puis actif, surtout depuis fin 2014.

De décembre 2014 à juin 2015, elle sera porte-parole du comité ad hoc diaspora pour la paix en RCA. En ce moment, elle travaille sur un blog dont l’objectif serait de faire découvrir la Centrafrique: son histoire, ses maux, ses tares, ses défis, ses enjeux et perspectives.

Sputnik: L’année dernière, la République centrafricaine faisait l’actualité en raison des affrontements inter-religieux. Qu’en est-il aujourd’hui? Quelle est la situation sur le terrain?

Sylvie Baipo-Temon: Les médias occidentaux ont présenté le conflit centrafricain comme étant un conflit inter-religieux. Cela n’est pas exact.

Le conflit centrafricain issu du dernier coup d’Etat mené par la milice Seleka, est né d’une crise politique. D’ailleurs, la Centrafrique depuis son indépendance en 1960 n’a connu que des cycles de violences liés à une instabilité politique chronique. De 1960 à 2015, la Centrafrique n’a connu qu’une seule élection présidentielle libre et transparente. Hormis le régime du défunt président Ange-Félix Patassé, tous les régimes ont été mis en place par un recours systématique à la violence (coup d’Etat).Pour revenir à la crise issue du dernier recours à la force, orchestré par la Seleka et ayant emmené au pouvoir Michel Djotodjia. L’origine de cette crise est politique et elle a glissé, parce qu’aucune solution politique n’a été trouvé par les parties prenantes, en conflit de société à caractère religieux et cela uniquement sur la base de manipulation des hommes politiques.

Pour faire court, à son avènement la Seleka a manipulé la population de religion musulmane pour obtenir à la fois:— un soutien moral: le nord-est du pays a toujours été négligé pour ne pas dire abandonné par les autorités centrafricaines (tout régime confondu).

— un soutien financier: la population de religion musulmane possède la plupart des commerces et est fortement implanté dans l’exploitation du diamant. Elle est donc une maille financière importante. Durant le régime du Général Bozizé, les diamantaires ont été fortement pénalisés par les abus du pouvoir en place.

Politiquement, la Seleka a justifié son coup d’Etat par une révolte de la population du Nord qui a été trop lésé jusqu’à date. Alors qu’il s’agissait uniquement de mercenaires étrangers à 60% (Tchadiens et Soudanais) qui ont rallié par la manipulation politique d’autres mercenaires centrafricains. D’ailleurs, parmi les mercenaires de la Seleka, on retrouve les mêmes mercenaires qui ont appuyé le Général Bozizé lors de son coup d’Etat de 2003. Des mercenaires insatisfaits par le régime qu’ils ont aidé à l’époque à mettre au pouvoir.Notons qu’une guerre ou un conflit ne se passe pas sans répercussions sur la population civile et qu’un mercenaire est un criminel. Dans leur marche vers la prise de pouvoir à Bangui, les Selekas ont volé, violé, pillé, tué la population et majoritairement la population de religion chrétienne. Celle-ci en riposte à ces exactions et abus de la Seleka, a réagi en formant des groupes d’auto-défense qu’ils ont appelés les anti-balles AK. Ils s’agissaient uniquement de paysans usés, fatigués et livrés à eux-mêmes.

Il y a eu une récupération politique de ces groupes d’auto-défense anti-balles AK qui a donné naissance aux milices Anti-Balakas. Et de là, le conflit politique s’est transformé en conflit de société à caractère religieux.Pourquoi il s’agit d’une manipulation politique? D’abord, dans les différents groupes armés (Selekas et Anti-Balakas), il y a eu des scissions. Et ceux qui continuent à semer les troubles sont ceux qui se revendiquent des deux anciens présidents déchus (Bozizé et Djotodjia), ils sont appelés les Nairobistes (du fait de l’accord signé à Nairobi).

La situation d’aujourd’hui est que les affrontements à caractère religieux sont localisés dans les quartiers à forte concentration des partisans des présidents déchus. Des crimes et exactions sont savamment orchestrés, tout cela pour maintenir une tension tant que les différents groupes armés n’obtiennent pas gain de cause. Il faut garder en mémoire que les accords de Nairobi n’ont rien donné pour les protagonistes.

A aujourd’hui, la population non partisane de ces groupes est prise en otage. Un groupe d’individus, des mercenaires et bandits sèment la terreur et la population non armée subit les exactions des uns et des autres.Nous en avons eu la preuve lors du passage du Saint père (le Pape Fançois), les Centrafricains musulmans et les Centrafricains chrétiens étaient ensemble pour accueillir le Pape.

Lors du référendum qui a eu lieu le dimanche 13 décembre, la population musulmane qui a souhaité faire valoir ses droits et devoirs citoyens a subi les foudres de la fraction Seleka. Le bureau de vote a fait l’objet de tirs faisant 2 morts et des blessés. Encore une preuve que les conflits ne sont pas d’ordre religieux mais uniquement de la manipulation.

Les médias diffusent des informations qui entrainent de la confusion, il est important que chaque Centrafricain et Centrafricaine s’efforce à rétablir la vérité.

Sputnik : On avait beaucoup parlé de la nécessité d’une réconciliation nationale. A-t-elle globalement eu lieu? Si non, quelles seraient les raisons? 

Sylvie Baipo-Temon : Un forum a en effet eu lieu en mai 2015, mais nous ne pouvons pas parler d’un forum de réconciliation nationale. Déjà parce que la réconciliation n’a pas eu lieu. Des affrontements persistent, de manière localisée. Les groupes armés détiennent encore une bonne partie du territoire centrafricain. Récemment, nous avons eu une nouvelle déclaration choc de la fraction Seleka installée au nord du Centrafrique, qui a décrété la partition du pays. De plus, cette même coalition a indiqué qu’elle s’opposerait à l’organisation des élections annoncées pour fin 2015, dans les zones qu’elle occupe.

Ce que nous retenons du forum, c’est qu’il a eu lieu mais son issu a été aussi éphémère et chaotique que son déroulement.

Personnellement, ce n’est pas une surprise car en Centrafrique on organise des dialogues sans vraiment se fixer d’objectifs à atteindre, sans réellement y travailler de manière sérieuse, sans prendre la mesure de la gravité de la situation et surtout sans aucune méthode. Pour mener une démarche de réconciliation, il faudrait en comprendre le sens, comme l’on fait avec succès d’autres pays ayant vécu des situations toutes aussi atroces voire au-delà que celui de la Centrafrique. Il ne s’agit point d’organiser un regroupement de personnes où les gens se retrouvent, se saluent, partagent un café et repartent avec leur perdiem. Non, il s’agit d’entreprendre, de faire un point sur notre histoire, identifier les ennemis, permettre l’expression de tous, pousser à la prise de conscience les auteurs des crimes. Globalement, la volonté du forum aurait dû être celle d’affronter la situation, de parler de ce qui fâche et divise, cela pour arriver à le surmonter ensemble. C’est un pan de notre histoire qu’il nous faudra graver et apprendre à vivre avec. Le Forum ne s’est pas attaché à faire en sorte de ne plus vivre cela, de cesser les incitations au recours à la force comme seul moyen d’accéder au pouvoir.Pour atteindre l’objectif de la réconciliation, il aurait fallu et il faut que la démarche de dialogue soit initiée et réalisée dans un cadre légitime et de confiance, c’est-à-dire pas par les autorités du pays qui sont de fait juges et parties. Pour preuve de l’incohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait, la cheffe de la transition avait nommé comme président de ce forum, un ancien chef de rébellion. Comme quoi, en Centrafrique, nous avons encore un long chemin à entreprendre pour marcher sans béquilles.

La démarche doit concerner toute la population et non une partie de celle-ci triée sur le volet. Il aurait fallu aussi opter pour un médiateur neutre et hors de la sous-région.Avant le dialogue, il y a eu ce que les autorités ont appelés des consultations populaires, le résultat de ces consultations a été faussé. Le peuple s’est exprimé mais au final les revendications et souhaits n’ont pas été pris en compte. Pourquoi? Il faut retenir que c’est ainsi qu’on incite à la formation de rebellions et de groupes armés?

Suite dans la seconde partie de l’entretien

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151218/1020388722/afrique-republique-centrafricaine.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Crimée : vers l’indépendance énergétique à grands pas

Ligne à haute tension. Crimée.

Depuis le ralliement historique de la Crimée à la Russie, l’un des problèmes majeurs de la péninsule restait sa dépendance en matière de livraisons d’électricité par l’Ukraine.

Il fallait de toute manière s’attendre à ce que les extrémistes ukrainiens tentent par tous les moyens de faire payer à la Crimée son choix historique. C’est ce qui va arriver. Ils pensaient avoir réussi. Coup raté: la Crimée a tenu bon et la Russie a pris les mesures efficaces en un laps de temps réduit.

Petit rappel des faits. Le 22 novembre dernier, des groupes ukrainiens de mouvance néonazie et ultra-nationaliste, font exploser des lignes à haute tension, faisant ainsi couper l’approvisionnement en électricité pour la péninsule criméenne. En d’autres termes: un acte terroriste. Sur le coup, ce ne sera d’ailleurs pas seulement la Crimée qui sera touchée, mais aussi certaines régions ukrainiennes voisines (notamment la région de Kherson).
Les services ukrainiens régionaux compétents tentent d’intervenir pour faire réparer les dégâts. Mais les extrémistes leur bloquent l’accès, en les laissant uniquement réparer les lignes approvisionnant les régions ukrainiennes. La Crimée plonge dans le blackout électrique pour près de deux semaines. Les extrémistes poursuivent alors le blocus en empêchant tout accès aux lignes électriques concernées.

Ravis de leur action, ils pensaient pouvoir mettre la péninsule criméenne en position de faiblesse et poursuivre sans vergogne leur chantage. D’autant plus ayant le soutien affiché des autorités kiéviennes. Plus que cela, Piotr Porochenko en personne soutiendra ouvertement « l’initiative des patriotes ukrainiens ». A l’instar d’une autre « initiative », initiée un peu plus tôt avec un nom fort révélateur: le « blocus alimentaire », dont le but devait être la « restauration de la souveraineté ukrainienne », selon les dires du même Porochenko (approche effectivement « intéressante » et surtout très « humaniste ») en empêchant tout camion transportant des produits alimentaires depuis le territoire ukrainien d’entrer en Crimée. Un blocus pour rappel n’ayant rien donné puisque la Crimée est entièrement autosuffisante en livraisons alimentaires depuis la Russie continentale, les seuls perdants ayant été les producteurs ukrainiens privés de la possibilité de faire vendre leurs produits en terre criméenne. Kiev a préféré donc passer à l’étape « supérieure »: faire vivre les habitants de la Crimée dans le noir en espérant que cela puisse durer. Seul bémol: les Criméens n’ont une fois de plus pas fléchi et les autorités russes ont intensifié l’organisation de l’indépendance énergétique de la presqu’île.

En effet, un pont énergétique reliant la péninsule à la Russie continentale a été mis en place en un temps pratiquement record. Pour la Crimée, cette nouvelle victoire était surtout celle de l’acquisition d’une indépendante énergétique tant attendue. Dès l’annonce du retour de l’électricité dans les foyers criméens et l’arrivée du président russe en personne pour suivre le processus, sentant le fiasco évident (une fois de plus), le gouvernement de Porochenko déclare depuis Kiev la reprise des livraisons d’électricité en Crimée… Sauf que Poutine rétorque: « Moscou ne doit avoir aucun contrat en vigueur avec Kiev lorsque le pont énergétique sera complètement opérationnel ». Point à la ligne.

Il est vrai que les derniers temps, l’Ukraine fait bien peu parler d’elle. Le monde aujourd’hui l’a un petit peu oublié, y compris les « alliés » occidentaux. Tout est donc bon pour faire parler de soi, d’autant plus lorsque cela peut frapper des gens ayant refusé catégoriquement de vivre au sein de cette « nouvelle » Ukraine pseudo-démocratique, fascisante et pro-occidentale. Mais une fois encore fiasco évident. Quant aux habitants de la Crimée, l’épreuve « électrique » qu’ils ont vécue n’a fait que renforcer encore plus le bons sens de leur décision de mars 2014, ainsi que le sentiment d’être protégés par leur pays, la Russie. L’Ukraine elle perd sur tous les fronts: non seulement elle se ridiculise une fois de plus, mais elle perd par la même occasion une énième source de revenue, et non des moindres… Sans oublier que la banqueroute arrive à grands pas. Pauvre Ukraine.

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151216/1020316425/crimee-energie-electricite-russie-ukraine.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les victoires syriennes font changer l’opinion publique mondiale

Base aérienne Ham en Syrie

Il était intéressant d’observer les attaques informationnelles visant l’opération aérienne anti-terroriste russe, lancée pour soutenir l’offensive des troupes gouvernementales syriennes.

En Russie on parlait véritablement de provocations pures et simples, créées pour mettre à mal la coalition Syrie-Russie-Iran-Hezbollah. Depuis et voyant les capacités du ministère russe de la Défense à répondre concrètement à n’importe quelle attaque informationnelle injustifiée, les instigateurs de la nouvelle phase de guerre d’information visant la Russie et ses alliés se sont un petit peu calmés.

Plus encore, en suivant les succès récents des forces aérospatiales russes et des troupes de l’Armée arabe syrienne sur le terrain, les principaux médias mainstream étaient obligés de reconnaitre les avancées notables de l’armée syrienne depuis le début de la participation directe de la Russie dans la lutte anti-terroriste dans ce pays. Dernier exemple en date: l’annonce faite par l’AFP et relayée (sans joie) par tous les grands médias occidentaux, anglophones comme francophones, de CNN à BBC, de France 24 au Figaro. « Syrie: l’armée brise le siège de l’EI autour d’un aéroport clé près d’Alep », titrait le site de France 24

Avec les indications plus bas: « KWEIRES (SYRIE) (AFP) —
L’armée syrienne a brisé mardi le siège imposé depuis plus de deux ans par le groupe Etat islamique (EI) à l’aéroport de Kweires, près d’Alep, selon un photographe de l’AFP sur place, une information confirmée par la télévision d’Etat. Les troupes du régime sont entrées mardi en fin d’après-midi dans l’aéroport et des soldats tiraient en l’air en signe de célébration, a indiqué le photographe ». Fin de la citation.

On notera bien que cette victoire importante de l’armée syrienne met fin à un siège de plus de deux ans. Et l’autre point essentiel qu’on y lit: l’Etat islamique… N’est-ce pas les mêmes médias qui relayaient massivement « l’information » selon laquelle la Russie et la Syrie combattent principalement d’autres groupes « rebelles » (les terroristes « modérés » en d’autres termes) et non pas l’EI? Heureusement une fois encore que le ridicule ne tue pas. Passons.

Pendant ce temps, les chaines gouvernementales syriennes ont montré de leur côté (avec bien évidemment plus de joie que ceux qui ne sont que forcés de reconnaitre les faits devenus évidents), les soldats syriens célébrant une nouvelle importante bataille remportée dans la reconquête de leur pays, martyrisé depuis plusieurs années maintenant par le terrorisme international et l’arrogance des élites occidentales. Les militaires syriens n’ont pas manqué de saluer leur président Bachar al-Assad, ainsi que de remercier la Russie pour son aide cruciale dans ce combat.

Donc on progresse. Et ce seulement à peine un peu plus d’un mois depuis le début de l’intervention russe. Vous imaginez bien que si c’était la coalition étasunienne qui était arrivée à des résultats ne seraient-ce que semblables, et même en ayant l’avantage évident du timing (plus d’un an de « participation »), tous les médias du mainstream seraient en train de célébrer le rôle « exceptionnel » de la politique US. D’autre part, et cela est tout aussi important de le noter, ces mêmes médias commencent à reconnaitre que côté russo-syrien, c’est bien Daech qui est combattu, au même titre que toutes les autres sectes terroristes salafistes opérant en Syrie, notamment liées à Al-Qaida.

Dernier point. En lisant les commentaires sur pratiquement tous les médias occidentaux ayant repris l’annonce faite par l’AFP, on voit clairement de quel côté se penche l’opinion publique internationale. Que ce soit au niveau des lecteurs du Figaro, de France 24 ou des médias US, l’avancée des troupes syriennes, soutenue par l’aviation russe, est accueillie positivement. Ce qui ne fait que confirmer une fois de plus que l’opinion publique occidentale est de plus en plus hostile à la propagande russophobe, relayée depuis plusieurs années et plus particulièrement ces derniers temps par leurs principaux médias. Tout en rappelant aussi, que ce n’est qu’une partie de l’opinion publique globale, dans laquelle les sentiments favorables à la Russie sont encore plus importants.

Certains évidemment tenteront de reprendre le refrain habituel que c’est dû à la « propagande russe ». Mais peut-être que simplement les gens aux quatre coins du monde commencent à analyser sérieusement les processus en cours au niveau de la planète et se poser les bonnes questions? Surtout lorsque d’un côté il n’y a constamment que des accusations sans preuves, et de l’autre une argumentation avec faits réels.
P.S.: Aux derniers sondages menés aux USA, près de la moitié des citoyens US interrogés pensent que les actions de la Russie en Syrie et dans cette région sont « fortes et raisonnables ». Comme quoi, même côté outre-Atlantique, la balance commence à pencher vers la raison.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151112/1019460203/syrie-opinion-publique-attaques-informationnelles.html

Mikhail Gamandiy-Egorov