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Les USA perdent «la bataille pour l’Afrique»

Les analystes US ne cachent pas leur vive inquiétude quant à la perte d’influence de Washington sur le continent africain. Et ce face notamment à ses principaux adversaires géopolitiques, parmi lesquels la Chine et la Russie.

Dans un article récent paru sur Foreign Affairs – les auteurs s’inquiètent vivement du décroissement des positions étasuniennes en Afrique, face aux grandes puissances internationales comme la Chine et la Russie.

Les auteurs dudit article ne sont pas des inconnus: Marcus Hicks est un général de division de l’armée de l’air US à la retraite, ayant servi en qualité de dirigeant du Commandement des opérations spéciales US en Afrique, de 2017 à 2019. Kyle Atwell est quant à lui un officier en service de l’armée américaine, doctorant à la School of Public and International Affairs de l’Université de Princeton, co-animateur du podcast Irregular Warfare. Enfin, Dan Collini est un officier de l’armée US également en service actif et associé des chefs d’état-major interarmées.

Tous les trois s’inquiètent donc de l’affaiblissement de la position étasunienne en Afrique, affirmant qu’à l’heure actuelle c’est la Chine et la Russie qui remportent la compétition. Toujours selon eux, les USA ont un besoin urgent à développer une nouvelle stratégie africaine globale: «En tant que militaires, anciens et actifs, dont l’un a dirigé le Commandement des opérations spéciales des Etats-Unis en Afrique de 2017 à 2019, nous considérons que les USA devraient se positionner comme le partenaire privilégié des pays africains à une époque de rivalité croissante entre les grandes puissances. Ne pas le faire mettrait en péril les intérêts américains sur le continent et, possiblement, la sécurité intérieure des Etats-Unis».

Il existe en effet nombre de raisons de considérer que les USA perdent «la bataille pour l’Afrique». La Chine est depuis déjà un bon moment le principal partenaire économico-commercial du continent africain. A titre d’exemple, si en 1999 le volume des échanges entre la République populaire de Chine et les pays africains n’était que de 6 milliards d’équivalent de dollars, en 2010 – le chiffre dépassait déjà les 100 milliards, et avoisinait les 200 milliards en 2019. Et selon le cabinet McKinsey – les flux financiers de la Chine à destination de l’Afrique seraient d’environ 15% plus importants que les chiffres officiels, lorsqu’on y inclut les flux non-traditionnels.

D’ailleurs et toujours selon ce cabinet de conseil en stratégie d’envergure internationale, la Chine est également une source d’aides à croissance rapide, ainsi que la plus importante source de financements des projets de construction dans les pays africains. Des contributions qui ont soutenu nombre des développements les plus ambitieux en matière d’infrastructure en Afrique au cours des dernières années.

Egalement sur la base de pays comme l’Ethiopie et l’Afrique du Sud, Pékin considère ces Etats africains comme de véritables partenaires, engagés de manière fiable et stratégique pour les intérêts économiques et politiques de la Chine. Ces pays ont également créé une plateforme solide pour un engagement chinois continu grâce à leur participation de premier plan à des stratégies comme La Ceinture et la Route (appelée également La nouvelle route de la soie) – leur permettant de bénéficier à une croissance rapide et continue des investissements chinois.

Pour Forbes, la Chine est incontestablement et de loin le principal acteur du boom des infrastructures en Afrique, revendiquant une part de 40% qui continue d’augmenter. Et que pendant ce temps, les parts des acteurs occidentaux chutent brutalement: l’Europe est passée de 44% à 34%, dans le cas étasunien la chute est encore plus évidente: de 24% à seulement 6,7%.

Retournons à l’article de Foreign Affairs, qui mentionne que le rôle de la Russie augmente considérablement aussi: «Ces dernières années, la Russie a considérablement étendu sa présence en Afrique, signant des accords militaires avec au moins 19 pays depuis 2014 et devenant le principal fournisseur d’armements du continent». En ajoutant: «que quelques jours seulement après l’annonce des Etats-Unis de retirer leurs troupes de Somalie en décembre 2020, la Russie a déclaré avoir conclu un accord pour établir une nouvelle base navale à Port-Soudan».

A ce titre, la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch est arrivée tout récemment au Soudan. Un positionnement russe qui selon les experts, notamment occidentaux, donnera à la Russie de nombreux avantages, le tout à un emplacement stratégique.

Le partenariat russo-africain ne se limite évidemment pas qu’à la sphère militaro-sécuritaire. Pour rappel, en 2019 la Russie a accueilli dans la ville de Sotchi, le premier sommet Russie-Afrique de l’histoire, ayant réuni près de 10 000 participants, représentant pratiquement tous les pays du continent africain. Le volume des échanges entre la Russie et les pays africains continue lui aussi d’aller à la hausse: de seulement 760 millions d’équivalent de dollars en 1993 à plus de 20 milliards en 2018.

A titre de comparaison des mouvements des échanges, il faudrait noter que le volume des échanges entre les USA et l’Afrique en 2020 représentait moins d’un 1/3 de ce qu’il était en 2008.

Pour finir, il serait certainement juste de rappeler que la perte d’influence US sur le continent africain, n’est pas seulement due à la montée en puissance de la Chine et de la Russie, ou au désintérêt vis-à-vis de l’Afrique durant l’administration Trump. Histoire oblige: les USA ont au même titre que les pays d’Europe de l’Ouest, joué un rôle majeur dans le commerce honteux lié à l’esclavage. D’Afrique vers les USA évidemment. Et que ce rôle néfaste ne s’est pas seulement limité à cette période douloureuse pour la mémoire des Africains et des Afro-descendants, mais s’est largement poursuivi durant le XXème siècle.

Faudrait-il oublier l’implication étasunienne dans l’assassinat du grand homme d’Etat congolais Patrice Lumumba? Ou la contribution de la CIA à l’arrestation de Nelson Mandela par les services secrets sud-africains de la période d’apartheid? D’ailleurs, ce fut loin d’être la seule collaboration de Washington avec le régime raciste de Prétoria de l’époque – la guerre d’Angola après l’obtention de son indépendance vis-à-vis du Portugal en 1975 – n’en représente qu’une preuve supplémentaire.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La zone de libre-échange africaine: l’Afrique en sera-t-elle gagnante?

Le projet de la zone de libre-échange continentale africaine semble aller dans la concrétisation. Nombre de questions quant à son application au niveau des pays du continent restent ouvertes et seront vraisemblablement une source de négociations supplémentaires. Le fait est que l’Afrique semble en effet suivre la voie d’une intégration continentale, propre au concept multipolaire.

Les chefs d’Etat de plusieurs dizaines de pays africains, réunis au cours des derniers jours en sommet extraordinaire, ont donné le feu vert pour le lancement de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui rentrera en vigueur dès le 1er janvier 2021. Evidemment nombre de questions pratiques restent encore en suspens, qui demanderont certainement une coordination supplémentaire entre pays concernés.

Selon Abdou Diop, président de la commission Afrique de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), cité par le journal économique marocain en ligne Médias 24, «jusque-là, la Zlecaf était un vœu. Mais à partir de ce sommet et de la ratification officielle par 34 chefs d’Etat (tous les pays du continent sont signataires, dont 34 ratificateurs, ndlr), l’accord peut entrer en vigueur. C’est une étape décisive qui a été franchie».

Bien que et toujours selon lui, plusieurs étapes doivent encore être réalisées. Notamment sur le plan procédural qui concerne la ratification complète au niveau des parlements des pays concernés – un point qui ne devrait pas connaitre de complication majeure. L’autre aspect concerne quant à lui le contenu de l’accord, plus particulièrement ses aspects techniques. Parmi les points qui connaitront certainement des discussions supplémentaires sont ceux liés au niveau de suppression des droits de douane, sachant que dans le cadre de l’accord sur la Zlecaf – les pays africains ont convenu de supprimer 90% des droits de douane sur une période de 5 à 15 ans, selon leur niveau de développement.

L’autre aspect important concerne quant à lui les règles d’origine. Plus exactement, le taux d’intégration de la production d’origine de pays africains du produit pour qu’il soit considéré comme étant apte à jouir de la zone de libre-échange. Un point qui nécessitera de trouver le juste milieu pour d’un côté promouvoir réellement une production africaine, de l’autre garder l’attractivité pour les investisseurs étrangers.

En termes de perspectives futures, les avis restent pour le moment partagés. Si pour certains experts, la Zlecaf représente une énorme chance pour l’Afrique d’accroitre les échanges intracontinentaux – qui restent faibles, surtout comparés à d’autres continents et régions du monde, le tout dans un cadre panafricain. Pour d’autres, ce sont principalement les grands groupes internationaux qui en seront les principaux bénéficiaires.

Mais peut-être que la réalité sur le court et moyen terme se trouve justement entre les deux « camps ». D’un côté, il est certain que dans un premier temps, les avantages d’une telle zone de libre-échange ne contribueront pas à tous de la même façon. En ce sens, ce sont les pays africains les plus industrialisés au niveau continental, possédant une infrastructure développée ou relativement développée, étant par la même occasion les plus attrayants en termes d’investissements directs étrangers (IDE), qui seront vraisemblablement plus avantagés dans la première phase de ce processus. A savoir l’Afrique du Sud, l’Egypte, l’Algérie, le Nigéria ou encore le Maroc. Mais ce qu’il faut certainement retenir, c’est qu’à terme les fruits d’une telle zone de libre-échange continentale devront être obtenus pour une bien plus large part de nations africaines.

Surtout si le taux de production africain augmentera progressivement. Pouvant permettre par la même occasion une augmentation considérable de transfert technologique et de savoir-faire – car il serait sans doute important de rappeler que la Zlecaf représentera un marché de plus d’un milliard de personnes.

En ce qui concerne la question si la concurrence extracontinentale augmentera lors de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine, la réponse est certainement oui. Il sera logique d’observer les multinationales occidentales tenter à tirer profit des avantages d’une telle large zone de libre-échange, en misant notamment sur les pays où ces multinationales sont bien établies. Mais il n’empêche qu’elles auront certainement à devoir faire face aux puissances non-occidentales – qui sont elles aussi de plus en plus actives sur le continent africain. En effet, des pays comme la Chine, l’Inde ou la Turquie ont déjà une présence industrielle réelle dans nombre de pays africains.

Restera évidemment à l’Afrique d’en être la principale gagnante. Et ce dans un cadre souverain et panafricaniste. Après tout, si dans le monde contemporain multipolaire, les espaces d’intégration régionaux et continentaux ne cessent de prendre de l’ampleur, notamment en Eurasie, Asie du Sud-Est ou en Amérique latine, et ce sans en demander l’avis des puissances occidentales, l’Afrique a toute la légitimité d’en tirer profit elle aussi. Et par la même occasion devenir un bloc puissant du monde multipolaire. Le chemin reste long mais peu de choses se sont faites du jour au lendemain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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BRICS: coopération médiatique d’un monde multipolaire

Le cinquième Forum des médias des BRICS a eu le mérite de remettre à l’ordre du jour une orientation fort importante d’interaction entre les puissances composant le groupe – celle d’une coopération accrue dans le secteur médiatique. Le tout à une période cruciale des défis géopolitiques, géoéconomiques, sécuritaires et sanitaires.

La cinquième réunion du présidium du Forum des médias des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) a été tenue lundi par visioconférence. Les participants se sont engagés à unir leurs efforts pour améliorer le mécanisme du forum et intensifier les échanges et la coopération entre les médias des BRICS dans l’ère post-Covid-19. 

Le président et rédacteur en chef de l’agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua, He Ping, par ailleurs président exécutif du Forum des médias des BRICS, a noté que «dans le contexte de changements importants jamais vus depuis un siècle, les médias des BRICS devraient saisir la tendance de l’histoire et agir en tant que facilitateurs pour un développement pacifique».

Il a également exhorté les médias des pays BRICS à connaitre la tendance générale du développement mondial afin d’être des narrateurs de l’histoire des BRICS, à suivre les tendances de l’évolution des médias pour être des leaders du développement novateur, et à mettre pleinement en valeur les avantages de la collaboration des nations BRICS en vue d’être ceux qui poursuivent la coopération pragmatique.

Pour Trust Matsilele, professeur de journalisme à l’Université de technologie de la péninsule du Cap en Afrique du Sud, cité par l’agence Xinhua, les médias des BRICS doivent également contribuer à promouvoir les échanges culturels entre les pays membres de l’organisation. Toujours selon cet expert, «les médias jouent un rôle dans la mise en avant auprès du public de l’unicité culturelle des pays des BRICS» et que la promotion des échanges culturels entre les pays membres contribuent également à renforcer davantage les relations économico-commerciales.

En termes de perspectives, si le concept de la coopération sur les plans médiatique et informationnel au sein des BRICS est loin d’être nouveau, désormais l’heure est vraisemblablement au renforcement des actions conjointes. Et ce pour plusieurs raisons. Parmi elles on retrouve évidemment la nécessité de la poursuite du renforcement de l’interaction intra-BRICS, dans le cadre de projets aussi bien bilatéraux que multilatéraux. Pour autant, il ne faut pas oublier également la nécessité d’assurer une réponse médiatique forte et coordonnée aux attaques informationnelles qui continuent de viser aussi bien les pays BRICS – que toutes les nations partisanes de la multipolarité. Notamment de la part du mainstream médiatique occidental.

En effet, que ce soit du côté de nombre de médias occidentaux anglophones, comme francophones, la tendance ne change pas. Il suffit d’ailleurs pour cela d’observer nombre de reportages réalisés par les représentants du mainstream, ne serait-ce que sur l’exemple de sujets liés à la Chine, la Russie, l’Afrique du Sud ou l’Inde, visant à donner une image si souvent déformée sur la réalité des pays concernés. Mais plus que cela – à nuire aux intérêts géopolitiques, géoéconomiques et sécuritaires des dites nations.

Il n’empêche que la donne a changé. D’ailleurs, nombre de journalistes et d’analystes de grands médias régionaux, continentaux et internationaux, l’affirment avec certitude. Pour les panélistes de la grande chaine panafricaine Afrique Média TV – il est aujourd’hui devenu clair que la peur a changé de camp. Et c’est assez logique.

Si l’Occident médiatique pouvait longtemps effectivement se vanter de dominer l’espace informationnel international, désormais plusieurs des médias internationaux dits «alternatifs» dépassent en popularité et appréciation leurs concurrents occidentaux. Et ce aussi bien en Eurasie, Afrique ou en Amérique latine.

Et plus que cela encore, si les attaques informationnelles de l’Occident, bien souvent avec le soutien de ses élites politiques, ne baissent aucunement en intensité, il s’agit effectivement aujourd’hui de la peur pure et simple de voir les partisans de la réalité multipolaire mondiale s’unir et renforcer l’interaction conjointe. D’autant plus que pour ces derniers – tous ensemble il s’agit ni plus ni moins – d’une majorité évidente du globe terrestre. Si l’alliance des puissances non-occidentales est devenue évidente sur la scène géopolitique internationale, l’alliance médiatico-informationnelle constitue également et sans le moindre doute une source d’inquiétude majeure pour les nostalgiques de l’unipolarité révolue.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Guerre commerciale Chine-USA: un atout pour l’Afrique?

La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis pourrait-elle faire profiter nombre d’Etats africains dans le cadre de leurs exportations, notamment agricoles, à destination de l’Empire du Milieu? Cette question mérite en effet une attention particulière.

Au moment où les relations entre Pékin et Washington ne sont plus du tout au beau fixe et des tensions économiques, politiques et militaires de plus en plus à la hausse, l’establishment chinois – qui devait prétendument sortir perdant de cette guerre commerciale engagée par les USA, a démontré sa ferme capacité à riposter de façon efficace.

Dans le cas plus particulier du commerce entre les deux pays, le secteur agricole étasunien a ressenti pleinement l’impact des tensions Pékin-Washington. En effet, les Etats-Unis – auparavant important exportateur de produits agroalimentaires sur le marché chinois, connaissent aujourd’hui un déficit commercial agricole avec la Chine. Cette dernière ayant commencé à massivement privilégier les importations venant d’autres pays depuis les restrictions lancées par les USA à son encontre.

Plusieurs pays ont pu tirer profit de la situation et accroitre les exportations de leurs produits agroalimentaires à destination de l’énorme marché chinois. Parmi eux plusieurs alliés et partenaires stratégiques de Pékin. Mais qu’en-est-il de l’Afrique? Selon Bhaso Ndendze, expert sud-africain cité par l’agence de presse chinoise Xinhua, les pays africains, et notamment d’Afrique australe «doivent augmenter leurs exportations agricoles vers la Chine afin de combler le vide laissé par les guerres commerciales entre Washington et Beijing».

Ledit expert – directeur de recherche au Centre d’études sino-africaines (CACS) de l’Université de Johannesburg, a tenu ces propos lors d’un webinaire dénommé Nouvelles dimensions du développement sino-africain, du commerce, des infrastructures et de la Quatrième Révolution industrielle. Toujours selon lui, «l’Afrique devrait profiter du FCSA (Forum sur la coopération sino-africaine) afin de multiplier les transactions de produits agricoles avec la Chine».

Il a également appelé les gouvernements africains à fournir aux agriculteurs les moyens et les subventions nécessaires pour prendre l’avantage en Chine. Quant aux agriculteurs, ils ont selon lui besoin d’améliorer leurs capacités et la qualité de leurs produits afin de pouvoir percer sur le marché chinois et mettre à profit le FCSA.

Maintenant en parlant de perspectives, ce qui est particulièrement intéressant de noter c’est qu’à chaque fois que les USA, ou plus généralement l’Occident politique, lancent des sanctions à l’encontre de ses adversaires géopolitiques, géoéconomiques ou simplement des pays osant mener une politique pleinement souveraine et indépendante, l’effet attendu par les instigateurs des dites sanctions est bien souvent l’inverse. Dans un monde multipolaire, il y a aujourd’hui pratiquement toujours des moyens de trouver des alternatives, que ce soit en qualité de partenaires économico-commerciaux ou autres. Et au final l’essor des économies émergentes, ayant d’autant plus une population largement supérieure à celle des pays occidentaux, ne fait que renforcer un peu plus ce schéma.

Avec comme finalité la perte de marchés pour les pays occidentaux, et un renforcement de coopération entre pays non-occidentaux. Mais ce n’est pas tout: bien souvent les marchés perdus ne sauront être retrouvés rapidement, voire du tout, par ceux les ayant perdus. C’est un constat évidemment triste pour les producteurs et entrepreneurs concernés, mais peut-être qu’aussi ce fut à eux de mettre plus de pression sur leurs gouvernements respectifs. L’effet boomerang est plus que jamais d’actualité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les Africains pour un rapprochement Afrique-BRICS

Alors que les Etats occidentaux observent jalousement les interactions en cours ou en préparation entre nombre de pays africains avec les grandes puissances non-occidentales, notamment celles appartenant au groupe des BRICS, en tentant par tous les moyens de saper ces processus, la société civile africaine et la communauté des experts du continent appellent à un renforcement de ces interactions.

Ces appels à une relation encore plus poussée entre l’Afrique et les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se font entendre pratiquement dans toutes les parties du continent africain. Recevant un écho positif aussi bien dans la partie sud du continent – cela sans oublier que la République sud-africaine est membre actif du groupe depuis bientôt dix ans – que dans les autres parties de l’Afrique. En ce sens l’Afrique francophone n’est pas en reste.

Ainsi, dans une récente interview à l’agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua, Souleymane Astou Diagne – économiste sénégalais et maitre de conférence à l’Université Alioune Diop de Bambey (UADB), estime «que les pays en développement doivent se rapprocher et s’inspirer du modèle de développement économique du groupe des BRICS pour résister aux enjeux de la mondialisation dans l’actuel contexte de Covid-19».

En ajoutant que les pays en question, notamment africains, «ont tout intérêt à se rapprocher de ce modèle, parce que nous sommes marginalisés, l’essentiel des décisions qui se prennent au niveau international étant faites sur la base des intérêts des Occidentaux et ne prenant pas suffisamment en compte les besoins réels des économies des pays en développement».

Sachant que cette opinion est partagée par un grand nombre de personnes en Afrique, notamment d’obédience panafricaniste, il serait effectivement bon de rappeler aussi que les forces qui s’opposent par divers moyens et méthodes justement à une pleine et véritable intégration panafricaine, sont justement les puissances occidentales. D’ailleurs l’histoire récente et moins récente nous le rappelle fortement: le sort réservé à Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Mouammar Kadhafi, pour ne citer que ces quelques grands noms, en dit long.

Pour autant, l’Occident ne cesse de travestir l’histoire et tente par tous les instruments à sa disposition de stigmatiser le rôle des puissances partisanes de la multipolarité, dans leurs relations avec les pays africains. Si le rôle des médias de l’Hexagone n’est plus à présenter, bien que fortement en perte de vitesse au sein des pays africains, il n’empêche que d’autres porte-voix de l’Occident – britanniques, allemands ou étasuniens ne sont pas en reste dans leur quête de saper les relations non seulement sino-africaines, notamment de part leur ampleur, mais également avec tout autre pays menant une politique indépendante des intérêts occidentaux.

Ainsi, un site web et magazine comme ADF (Africa Defense Forum), affilié au Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), sans grande surprise tente de convaincre le public africain du danger de l’interaction de l’Afrique avec la Chine et la Russie. Pour le moment sans grand succès puisque de bien nombreux internautes africains ne se laissent pas manipuler et posent en retour des questions – qui le plus souvent restent sans réponse de la part des instigateurs de ces campagnes médiatiques.

Autre fait assez intéressant – le fait par exemple que Twitter n’ait toujours pas homologué les sites en question comme étant affiliés à leurs Etats respectifs – occidentaux. A la différence des médias chinois, russes, iraniens ou autres. Mais c’est justement là que se trouve tout le paradoxe de la politique occidentale qui prétend défendre les «bonnes» valeurs sans être en mesure de fournir de vrais arguments de poids et ainsi convaincre les lecteurs, d’où qu’ils soient.

Ce qui est sûr, c’est que malgré ces tentatives, les populations africaines sont bien loin d’être dupes de la manipulation. Et peut-être même sont aujourd’hui pour beaucoup en avance dans la capacité analytique sur nombre de pays de l’Occident. Les efforts de ce dernier de ternir l’image des puissances non-occidentales ne fait bien souvent qu’apporter l’effet inverse – à savoir une encore plus grande motivation des Africains à voir l’augmentation de l’interaction de leurs pays et de leur continent avec les BRICS.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Chine et l’Afrique solidaires dans le cadre de la lutte contre le Covid-19

La coopération sino-africaine, notamment dans la lutte contre le Covid-19, ne faiblit pas. Les événements récents, aussi bien dans le cadre bilatéral entre la Chine et les pays concernés, qu’au niveau général Chine-Afrique, le confirment. Et ce en dépit des attaques extérieures visant à saper le partenariat sino-africain. 

Le président chinois Xi Jinping, présidera à Pékin un sommet extraordinaire Chine-Afrique sur la solidarité contre le Covid-19, lors duquel il prononcera un discours clé. C’est qu’annonce la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, Hua Chunying, cité par l’agence de presse Xinhua.

Ce sommet, qui aura lieu sur la base d’une visioconférence, a été coordonné par la Chine, l’Afrique du Sud qui exerce la présidence tournante de l’Union africaine (UA), ainsi que le Sénégal qui copréside le Forum sur la coopération sino-africaine. Prendront part audit sommet les chefs d’Etat africains, les présidents tournants des principales organisations sous-régionales du continent et le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat. Le secrétaire général des Nations unies et le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) assisteront eux-aussi au sommet en qualité d’invités spéciaux.

Cette initiative n’est finalement que la suite de nombreuses autres interactions entre les pays africains et la Chine. Parmi ces initiatives le soutien mutuel entre Pékin et les capitales africaines dans la lutte contre la pandémie du Covid-19, notamment l’assistance en équipement et l’envoi de spécialistes médicaux, des dons financiers, ainsi que l’échange d’expérience dans la gestion de la crise. En parlant de la coordination sino-sud-africaine, les deux pays ne sont effectivement pas à leur première interaction dans le cadre de la lutte contre le fléau sanitaire actuel, et ce aussi bien sur le plan bilatéral, que multilatéral.

Déjà le mois dernier, les experts médicaux militaires chinois avaient partagé leurs expériences de la lutte contre le Covid-19 avec leurs homologues sud-africains. Cela sans oublier la réunion extraordinaire, également par visioconférence, de fin avril dernier entre les ministres des Affaires étrangères des pays BRICS. Les pays membres s’étaient alors fixés l’objectif d’une interaction étroite dans la lutte contre le coronavirus – déterminée comme l’une des principales priorités de l’organisation du moment.

Evidemment, cela va sans dire que les nombreuses initiatives qui concernent l’interaction sino-africaine de façon générale, n’ont bien souvent pas trouvé d’appréciation positive du côté de l’establishment occidental. Aussi bien sur le plan politique, que médiatique. A ce titre, les articles publiés par les principaux organes de la presse occidentale visant à ternir ouvertement la Chine dans les yeux de nombreux Africains le confirment pleinement. Et ce aussi bien du côté des médias anglo-saxons, que français.

Ceci étant dit, les mêmes médias mainstream sont parfois forcés, malgré eux, à reconnaitre du moment que cela devient évident, le fait que les pays africains de façon globale préfèrent continuer à renforcer les liens, notamment commerciaux, avec la Chine, plutôt qu’avec l’Occident dans son ensemble, ou comme dans le cadre de cet extrait d’une émission radio datant de l’année dernière sur RTL, plutôt qu’avec la France.  En passant et au vu des commentaires sur ledit sujet de la part de nombreux Africains, la préférence au niveau de la société civile africaine penche elle aussi plutôt largement du côté chinois.

Pour conclure, il serait probablement juste de dire que la crise du Covid-19 était vue par de nombreuses personnalités occidentales comme un parfait moyen si ce n’est pas de détruire, mais au moins de fortement affaiblir les relations entre la Chine et l’Afrique. Et à ce titre, l’aspect informationnel n’était pas en reste. Malheureusement pour elles, les résultats escomptés n’ont pu être atteints. A titre de confirmation le dialogue et l’interaction stratégiques Pékin-Afrique restent toujours au plus haut niveau.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1690

Les principales puissances militaires africaines en 2020

Crise sanitaire ou non, la question des capacités défensives des pays reste toujours d’actualité. Au niveau africain et en comparaison à 2019, si la liste des quatre principales puissances militaires africaines reste inchangée, le Top 5 a néanmoins connu un changement.

Global Fire Power, le portail américain de référence sur l’analyse et le classement des principales puissances militaires du monde avait actualisé son classement pour 2020. En ce qui concerne les pays africains, si dans le classement des cinq principales puissances africaines en termes de capacités défensives, on retrouve un seul changement, néanmoins on peut noter une évolution des principales forces militaires africaines dans le classement mondial.

L’Egypte maintient sa position de principale puissance militaire africaine. Un budget alloué à la Défense de 11,2 milliards de dollars, le nombre du personnel militaire s’élevant à 920 000 personnes (dont 440 000 de personnel actif), et un équipement d’armements diversifié, le pays des pharaons a également connu, en comparaison à 2019, une montée de trois places dans le classement mondial. 12ème en 2019, il est désormais 9ème, entrant ainsi dans le Top 10 des principales puissances militaires du monde.

Deuxième place également sans changement et c’est logique: l’Algérie conforte sa position incontestable de deuxième puissance militaire en Afrique. Une légère évolution tout de même au niveau du classement mondial, ayant été 27ème puissance armée en 2019, selon Global Fire Power elle serait pour cette année 28ème. Quoiqu’il en soit, l’Algérie reste sans discussion une force militaire de grande importance. Avec un budget de 13 milliards de dollars – le plus important en Afrique, un personnel militaire totalisant 280 000 personnes (dont 130 000 de personnel actif), la République algérienne démocratique et populaire peut également se vanter d’avoir des équipements militaires fort diversifiés et sophistiqués : flotte aérienne, défense anti-missiles, forces navales (dont 6 sous-marins), sans oublier un impressionnant équipement armé terrestre (chars, véhicules blindés, artillerie, lance-roquettes multiples). Point notable, l’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le domaine militaro-technique au niveau mondial.

La troisième puissance militaire africaine n’est autre que la République d’Afrique du Sud. Si au niveau africain en comparaison à l’année dernière son classement reste inchangé, le pays de Nelson Mandela peut néanmoins se vanter d’avoir, comme l’Egypte, amélioré de trois places son classement au niveau mondial (32ème en 2019, 29ème désormais). Possédant un budget alloué à la Défense de plus de 4,2 milliards de dollars, un personnel militaire de 81 300 personnes (dont 66 300 de personnel actif), et un ensemble d’armements diversifié (aussi bien de production nationale, qu’importée). L’Afrique du Sud peut également se vanter d’avoir sérieusement augmenté son interaction dans le domaine militairo-technique avec d’autres pays des BRICS, en allant même à organiser des manœuvres navales triparties aux larges de ses côtes avec la Chine et la Russie, en novembre dernier.

Le Nigéria, maintient également sa quatrième place au classement africain. Le pays le plus peuplé d’Afrique, première puissance économique du continent en termes de PIB nominal et deuxième en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA), dispose d’un budget alloué à la Défense de plus de 2 milliards de dollars, ainsi qu’un personnel militaire actif de 120 000 personnes. A noter également que le pays est monté de la 44ème place au classement mondial l’année dernière à la 42ème cette année.

Quant à la cinquième place du classement africain des principales puissances militaires, c’est justement là qu’il y a un changement. L’Ethiopie qui occupait cette position l’année dernière au niveau du continent (et la 47ème place dans le monde), a perdu treize positions au cours de l’année pour n’occuper désormais que la soixantième place dans le classement mondial et la septième place au classement continental. Elle est remplacée en 2020 par l’Angola: sixième au niveau de l’Afrique et 58ème au niveau du monde en 2019, Luanda est montée donc d’une place dans le classement africain, et de deux marches au niveau mondial. La puissance énergétique peut se vanter de posséder un budget militaire très non-négligeable de 7 milliards de dollars (troisième en Afrique), un personnel militaire actif de 107 000 personnes, et un équipement d’armements assez impressionnant.

Pour conclure sur ce compte-rendu des cinq principales puissances militaires africaines de cette année, au-delà de pouvoir lier la puissance militaire aux moyens économiques des pays, dans le cas de l’Afrique il serait probablement intéressant également de faire un parallèle entre le niveau de souveraineté d’un côté, et la capacité défensive de l’autre, et vice-versa. Car quoi qu’on en dise, dans ce Top 5 des puissances armées d’Afrique, pratiquement tous peuvent se vanter d’une politique indépendante et souveraine, y compris dans leurs décisions politiques. Ce qui signifie, c’est qu’au-delà du potentiel économique et des ressources naturelles à disposition du pays, ce qui compte c’est aussi la capacité à pouvoir gérer ces ressources de façon indépendante, sans devoir rendre de compte à des acteurs externes, et d’avoir une liberté de décision qui permette, à tel ou tel pays, d’aller dans le renforcement de sa capacité défensive. Le problème, c’est que de nombreux pays du continent africain possèdent des ressources naturelles importantes et un potentiel économique certain. Mais sans liberté réelle dans leur prise de décision, il est peu probable qu’ils puissent augmenter le potentiel défensif, ou autre, sans devoir d’abord obtenir l’aval de certaines capitales.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Lutte contre le Covid-19: échange d’expérience entre la Chine et l’Afrique du Sud

A l’heure où le coronavirus continue de représenter un danger planétaire, la République populaire de Chine et la République d’Afrique du Sud, tous deux membres des BRICS, ont partagé leurs expériences respectives dans la lutte contre le coronavirus. Cela dans la continuité des décisions prises récemment au niveau de l’organisation des puissances mondiales non-occidentales.

Des experts médicaux militaires chinois ont partagé leurs expériences de la lutte contre le Covid-19 avec leurs homologues sud-africains. C’est ce qu’annonce l’agence de presse chinoise XinhuaA cet effet, les échanges ont eu lieu par visioconférence entre les représentants de l’Armée populaire de libération chinoise (APL) et des Forces de défense nationale sud-africaines (SANDF).

Ces échanges ont touché diverses questions de la lutte conjointe, engagée notamment au niveau des nations BRICS. Notamment le traitement des patients atteints du Covid-19, l’analyse des cas graves, la gestion et le contrôle du Covid-19 dans les hôpitaux, de même que la technologie et les méthodes de test du Covid-19. En outre, ont été abordées les questions liées à l’examen des patients asymptomatiques, de même que celles touchant aux médicaments anti-Covid-19, l’utilisation et la sensibilité des kits de test et la désinfection du matériel. Aussi, le point stratégique qui concerne le développement des vaccins a été soulevé, à l’heure d’une coordination accrue à ce sujet – décidée lors de la récente réunion extraordinaire, elle aussi par visioconférence, des ministres des Affaires étrangères des pays BRICS.

Ce partage d’expériences et la coordination bilatérale ont été vivement appréciés par la partie sud-africaine, sachant que depuis le début de ladite pandémie, les deux nations ont étroitement collaboré. En parlant de la situation courante au niveau des deux Etats en rapport avec le coronavirus, si la Chine – avec ses 82 901 cas de contaminations, 4633 décès et 78 120 guérisons, a de facto vaincu la pandémie sur son sol, dans le cas de l’Afrique du Sud, le travail se poursuit. En effet et aux dernières statistiques, la nation arc-en-ciel compte à ce jour plus de 9400 contaminations, 186 décès et 3983 guérisons – représentant un taux de mortalité d’environ 2% et un taux de guérison actuel d’un peu plus de 43%. Ceci au moment où des mesures draconiennes avaient été adoptées par les autorités sud-africaines pour lutter efficacement contre ce fléau, et ce depuis l’annonce du danger de la situation.

Cette coopération à succès entre l’une des principales superpuissances mondiales et la principale puissance africaine, trouvera sans aucun doute des déceptions au sein de l’establishment occidental. Ainsi, lors du récent envoi par Cuba – allié de longue date de l’Afrique du Sud, notamment durant la période de la lutte contre le régime raciste d’apartheid, de 217 médecins cubains dans le cadre de la lutte conjointe contre le Covid-19, les représentants étasuniens n’ont pas manqué de faire part de leur grand «mécontentement», exprimé notamment en la personne de Mike Pompeo, secrétaire d’Etat US. Oubliant par la même occasion que ni Cuba, ni l’Afrique du Sud, ne sont des colonies étasuniennes, mais bel et bien deux Etats souverains, n’ayant aucun compte à rendre ni à Washington, ni à d’autres capitales occidentales.

D’ailleurs, le domaine médical est loin d’être le seul concerné par la «déception» occidentale. Ainsi, les manœuvres militaires conjointes de novembre dernier entre la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud au large des côtes sud-africaines, avaient également provoqué des grimaces d’agacement chez les représentants atlantistes. Enfin, les soutiens de Pretoria – en qualité d’actuel membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU aux initiatives et positions sino-russes, rajoutent de nouveaux maux de tête aux élites occidentales.

En attendant et au lieu de stigmatiser les partenariats cités ci-haut, l’establishment US ferait bien mieux et rapidement de se concentrer pleinement à la lutte contre les effets du coronavirus sur son sol national. Pour rappel, les USA comptent à ce jour plus d’1 300 000 cas de contaminations (un tiers du nombre total de personnes contaminées au niveau mondial) et plus de 79 000 décès (près d’un tiers du nombre total de décès liés au Covid-19 dans le monde).

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les BRICS: unis face aux défis actuels

Le 28 avril a eu lieu la réunion extraordinaire par visioconférence des ministres des Affaires étrangères des pays BRICS. Plusieurs initiatives importantes y ont été abordées et proposées. Une chose est sûre, les puissances membres de l’organisation semblent décidées à jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre les défis du moment, dont évidemment le Covid-19.

En effet, au sein du groupe des principales puissances dites «émergentes» selon les termes utilisés par le mainstream occidental, regroupant pour rappel le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, l’heure est incontestablement à la coordination conjointe, et ce dans plusieurs secteurs. Surtout à l’heure de la poursuite de la propagation du coronavirus et des effets néfastes sur l’économie mondiale.

Les chefs des diplomaties respectives ont émis plusieurs appels, en vue aussi bien de s’entraider mutuellement dans le cadre de la crise mondiale actuelle, mais également afin de contribuer aux efforts dans le cadre planétaire. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé tous les pays des BRICS à défendre fermement le multilatéralisme, le système international centré sur l’ONU et les objectifs et principes de la Charte des Nations unies.

«Nous devons défendre l’approche de la consultation et de la coopération pour des bénéfices partagés en matière de gouvernance et prendre l’initiative de faire avancer la réforme de la gouvernance mondiale dans la bonne direction», a déclaré M. Yi. Il a également appelé les pays membres «à sauvegarder, via des efforts conjoints, les droits et intérêts légitimes, ainsi que l’espace de développement non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour tous les autres pays émergents et en développement». Tout en rappelant la nécessité de mesures économiques, notamment dans le maintien de la coordination afin de préserver la sécurité et le bon fonctionnement des chaines industrielles et d’approvisionnement mondiales.

Son homologue russe, Sergueï Lavrov, a de son côté appelé à unir les efforts conjoints au sein des BRICS, notamment dans la lutte contre le coronavirus qui est aujourd’hui la priorité pour l’organisation. Plus concrètement, M. Lavrov a appelé de toute urgence à lancer le mécanisme des BRICS pour le développement et la production d’un vaccin contre le coronavirus. Une proposition sans aucun doute plus que jamais d’actualité, compte tenu d’une part de la situation sanitaire internationale, et de l’autre du potentiel scientifico-intellectuel des pays membres. En effet, un pays comme l’Inde est reconnue comme une puissance dans la conception et la production de produits pharmaceutiques, au niveau mondial. La Chine, la Russie, l’Afrique du Sud et le Brésil possèdent eux-aussi un potentiel très important dans ce secteur. Et en joignant les efforts, les pays de l’alliance ont en effet toutes les chances de pouvoir contribuer grandement à ce que le résultat recherché, pour l’humanité toute entière, soit atteint.

Par ailleurs, le chef de la diplomatie russe a tenu à rappeler que les mesures restrictives applicables à certains pays empêchent une lutte pleinement efficace contre la pandémie du coronavirus, tout en causant des dommages importants au développement socio-économique des pays respectifs. A ce titre, il aurait été juste de rappeler que la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie, Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et la Corée du Nord, avaient transmis récemment un appel au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres pour lui faire part de la nécessité d’une levée des sanctions unilatérales, imposées par un certain nombre d’Etats. Une initiative qui avait été d’ailleurs soutenue par le chef onusien mais bloquée par les pays qui poursuivent l’imposition de ces sanctions – et qui se reconnaitront sans problèmes.

Sergueï Lavrov, à l’instar de son collègue chinois, n’a par ailleurs pas manqué lui aussi d’apporter son soutien à la recherche de réponses concrètes aux défis du moment, tout en rappelant qu’il n’y a pas d’alternative à une approche multilatérale égale, sans la politisation de la coopération des Etats souverains dans la résolution des questions les plus urgentes du moment.

Une approche saluée par les autres membres des BRICS, particulièrement la République d’Afrique du Sud, ayant en passant démontré jusqu’à maintenant une gestion efficace du coronavirus sur son sol. A noter également, que La Nouvelle banque de développement – créée en juillet 2014 par les Etats BRICS – allouera un montant équivalent à 15 milliards de dollars afin de stimuler les économies des pays membres de l’alliance.

A suivre donc. Ce qui est néanmoins sûr, c’est que malgré la crise que traverse l’humanité au stade actuel, les BRICS confirment une fois de plus leur capacité à unir les efforts aussi bien dans le cadre de leurs propres intérêts respectifs, mais également dans le cadre des intérêts conjoints et plus globalement encore dans le cadre mondial. Une approche qui d’ailleurs ne fait que confirmer la raison du pourquoi l’avenir se trouve au niveau des puissances non-occidentales. Cela évidemment sans oublier que les cinq pays membres de l’organisation, à eux seuls, représentent près de la moitié de la population mondiale, un quart de la surface terrestre, et pas moins de 35% du PIB mondial, appelé à croitre. A noter aussi que dans le classement récent du Top 10 des pays par PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), quatre des cinq membres des BRICS y sont présents, en l’occurrence la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil – respectivement première, troisième, sixième et huitième dans ce classement. Cela sans oublier que le rôle de l’Afrique du Sud, 30ème au classement, puissance économique et politique indiscutable du continent africain, continue d’aller à la hausse au niveau international. Notamment à l’heure actuelle – en tant que membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, où Pretoria représente un soutien de poids au duo sino-russe.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’interférence étasunienne dans les affaires sud-africaines

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Lors de sa récente tournée africaine, le secrétaire d’Etat US Mike Pompeo s’est permis à donner des leçons à l’Afrique du Sud. Notamment sur la question de l’expropriation foncière sans compensation.

C’est ce que rapporte l’agence de presse étasunienne Bloomberg

Selon lui, « l’expropriation foncière sans compensation envisagée par le gouvernement serait catastrophique pour l’économie et plus encore pour le peuple sud-africain », provoquant une vague de colère au sein de la population de la puissance africaine. Sans rentrer dans ce débat – qui concerne une question interne de la République d’Afrique du Sud, Pompeo a vraisemblablement oublié quelques vérités.

S’il est vrai que la question de répartition des terres agraires reste un problème sérieux en Afrique du Sud, c’est au leadership et aux citoyens du pays concerné d’en décider, et certainement pas à Washington. D’autant plus qu’en termes de démocratie, Pretoria aurait bien plus à apprendre aux USA, que le contraire. Il faudrait aussi savoir que les problèmes existants en Afrique du Sud, notamment le taux de criminalité assez élevé, concernent les citoyens sud-africains de façon générale, et non pas un groupe ethnique en particulier. C’est le premier point. Et là aussi lorsqu’on connait l’énorme taux de criminalité en terre étasunienne, le cowboy ambulant ferait bien mieux à commencer de balayer devant sa porte.

Quant à la question pratique de la redistribution des terres – un sujet qui fait polémiquer la nation arc-en-ciel depuis de longues années, il serait probablement bon de rappeler un chiffre : 72% des fermes et exploitations agricoles en Afrique du Sud sont détenues par des fermiers blancs. Pour rappel, les Blancs d’Afrique du Sud représentant 9-10% de la population. Connaissant le haut professionnalisme de ces personnes dans le domaine qui les concerne, mais connaissant aussi de quelle façon ces terres ont été bien souvent obtenues, il est tout à fait normal que le leadership sud-africain cherche une solution qui pourrait satisfaire une majorité de citoyens. En démocratie réelle, c’est la majorité qui décide. Et dans un pays souverain, c’est à l’intérieur que sont prises les décisions, et non pas dans les capitales occidentales.

Mais de façon honnête, est-ce réellement le sort des fermiers blancs et la situation économique sud-africaine (par ailleurs loin d’être morose) qui inquiètent tellement l’establishment étasunien ? Il est à croire que non. Mais bel et bien la politique indépendante, souveraine et pro-multipolaire de Pretoria. Et ce sur de bien nombreux dossiers internationaux. A commencer par les critiques sud-africaines visant Washington d’interférer dans les affaires intérieures d’Etats souverains, y compris dans le cadre d’interventions militaires. Ajoutez à cela le soutien constant à la Palestine, la condamnation de l’assassinat par les USA du général iranien Qassem Soleimani, le soutien ferme au Venezuela et à son gouvernement légitime, l’appartenance et un rôle actif au sein des BRICS, coordination politico-diplomatique importante avec Pékin et Moscou – notamment au niveau onusien, et enfin une coordination militaire et sécuritaire de plus en plus poussée avec les deux derniers.

Le problème est donc avant tout géopolitique. Connaissant le poids de l’Afrique du Sud sur le continent africain, aussi bien sur le plan économique que politique – au moment même où le leader du pays Cyril Ramaphosa ait été élu président de l’Union africaine (UA), il est évident que la puissance africaine et souveraine, assumant pleinement son soutien au monde multipolaire, déplait fortement aux élites washingtoniennes.

Et en passant, lorsqu’on connait aussi le long soutien obscur des USA, et notamment des structures telles que la CIA au régime d’apartheid, la meilleure chose que Pompeo & Co. devrait faire, c’est de se taire. Et se focaliser sur les problèmes intérieurs US – qui ne manquent guère. Le monde ne se porterait que bien mieux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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