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Macron digne héritier de la Françafrique

Emmanuel Macron

Les déclarations de Macron ne laissent guère de place au doute: pour lui, en Afrique, le changement, ce n’est pas maintenant. Il a revêtu avec aisance les habits de la Françafrique qui ont tant profité à ses prédécesseurs et une réelle souveraineté économique et diplomatique des peuples africains n’est pas à l’ordre du jour.

Deux questions importantes animent les débats à l’heure actuelle en Afrique au sein des cercles souverainistes et panafricanistes. Tout d’abord celle du franc CFA, considéré par de nombreuses personnes comme une monnaie néocoloniale qui permet à l’ex-métropole de maintenir ses «anciennes» colonies dans un état d’asservissement. La deuxième question concerne la souveraineté pure et simple des États africains, en premier lieu d’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre, notamment sur la possibilité de mener une politique internationale indépendante et de créer des partenariats forts avec un certain nombre de pays du monde, notamment non-occidentaux.

Si sur la première question, Emmanuel Macron avait déclaré dans un entretien à Jeune Afrique (une semaine avant le premier tour des élections présidentielles françaises) que «c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes», tout en laissant entendre que selon lui le franc CFA avait de l’avenir, puisqu’«il contribue à la stabilité économique et à l’intégration régionale». À ce niveau, tout laisserait entendre qu’il ne voyait rien de mal à ce que les peuples africains puissent prendre des décisions, dans le respect de leur prétendue souveraineté.

Mais le souci pour de nombreux observateurs africains, c’est que dès qu’un dirigeant a le courage de contester le système existant entre la France et certains pays d’Afrique, le risque pour lui de mal finir augmente en conséquence. Tout le monde garde en mémoire le triste sort réservé au président ivoirien Laurent Gbagbo, qui avait justement «osé» remettre en cause plusieurs aspects des rapports franco-ivoiriens. Il est aujourd’hui emprisonné par la CPI, alors que les accusations émises à son encontre sont plus que douteuses. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois.

Une déclaration plus récente de Macron, toujours en rapport avec l’Afrique, ravive encore les tensions. En effet, juste après le sommet du G20 à Hambourg, répondant à une question d’un journaliste africain, le président français déclara: «Dans des pays qui font encore sept enfants par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien…». Au-delà du débat sur la justesse ou non d’avoir sept enfants par femme et du mépris que traduit cette déclaration choquante, les questions véritables sont ailleurs.

Tout d’abord, chaque nation est en principe souveraine. Si dans telle ou telle société, la démographie reste élevée, c’est une question intérieure qui ne concerne que ladite nation. En même temps (pour reprendre une des antiennes favorites de Macron), il est vrai que faire beaucoup d’enfants alors que l’on est déjà dans une situation économique difficile n’est probablement pas la meilleure solution.

Mais alors posons-nous la question suivante: comment se fait-il que plusieurs pays africains possédant des ressources naturelles impressionnantes se retrouvent dans une telle situation? Certains diront qu’il s’agit de la mauvaise gestion et dans plusieurs cas c’est vrai. Mais comme par hasard, cette mauvaise gestion se retrouve principalement dans des pays encore sous influence occidentale et notamment française, en d’autres termes sous domination néocoloniale. Comment se fait-il que la Guinée équatoriale (très stigmatisée par les médias occidentaux) ait un niveau de vie de plusieurs fois supérieur à celui du Gabon voisin, considéré par certains experts comme «la réserve pétrolière de la France» et qui fait justement partie plus qu’intégrante de ce fameux système de la Françafrique? Relevons au passage que les deux pays ont une démographie et des ressources comparables. Comment se fait-il que la France puisse prendre jusqu’à 95% du revenu sur l’exploitation de telle ou telle ressource africaine et affirmer que cela est normal?

Examinons aussi le cas de l’Angola. Ce pays lusophone, avec un taux de fécondité de 5,3 enfants par femme a traversé de très longues années de guerre, d’abord pour son indépendance contre le Portugal, puis une guerre civile de 27 ans, provoquée par la CIA et le régime d’apartheid sud-africain de l’époque. Il se permet pourtant d’accueillir des dizaines de milliers de migrants portugais (plus de 200.000 aux dernières nouvelles) et même d’en expulser plusieurs milliers par an pour violation des délais de séjour, tandis que d’autres Africains au péril de leur vie sont prêts à tout pour se retrouver en Europe? Beaucoup d’ailleurs périssent en mer Méditerranée, parmi eux beaucoup de représentants d’Afrique francophone. La réponse est relativement simple: l’Angola, au prix de nombreux sacrifices et du soutien accordé par l’URSS et Cuba, a pu arracher sa souveraineté tellement convoitée par les forces néocoloniales. Les pays francophones de l’Ouest et du Centre africain en sont encore loin.

Reconnaissons que la critique va dans les deux sens. D’un côté, la France, ou plutôt les élites de l’Élysée, font tout pour garder leur mainmise sur leurs «ex» colonies, au besoin par la force armée si un dirigeant africain dérange lesdits intérêts. Ce fut le cas en Côte d’Ivoire, pays riche en termes de ressources naturelles, mais dont les citoyens, surtout les jeunes, continuent à émigrer en masse.

D’un autre côté, certains Africains gagneraient à comprendre que le combat pour la souveraineté est une lutte de longue haleine. Si les Angolais, tout comme plusieurs peuples d’Amérique latine, ne s’étaient pas battus jusqu’au bout contre les forces néocoloniales, ils feraient certainement encore partie de l’arrière-cour néocoloniale. De même, ils doivent réaliser que ce ne sont certainement pas des forces extérieures qui viendront libérer l’Afrique à la place des Africains eux-mêmes. Ce n’est qu’une fois que l’on dispose de sa souveraineté qu’il est possible de forger des alliances et des partenariats qui assureront au mieux les intérêts des peuples concernés. Ce qu’on appelle aussi le partenariat gagnant-gagnant.

Quant au fait d’avoir une démographie élevée, mis à part l’exemple africain de l’Angola, il suffit de prendre l’exemple de l’Inde. Avec ses 1,3 milliard d’habitants, elle est une grande puissance régionale et internationale, dont le développement ne cesse d’impressionner. Mais différence de taille: l’Inde comme l’Angola sont des nations souveraines. D’ailleurs, ce sont loin d’être les seuls exemples. Pour se défendre, les élites occidentales, y compris françaises, aiment agiter «la menace chinoise» dans les médias mainstream, à savoir que la Chine les pousseraient définitivement hors d’Afrique s’ils laissaient faire les choses. Mais un partenariat honnête s’impose non pas par les armes et la menace, mais bien par une concurrence loyale, en présentant au mieux ses atouts. Et la France n’en manque pas. Pourtant, sa politique ouvertement néocoloniale et agressive en Afrique d’un côté et de soumission aux intérêts atlantistes US de l’autre, peuvent anéantir ses chances. Quant à la Chine, son respect de la souveraineté de l’Afrique et son principe de non-ingérence dans les affaires intérieures africaines, tout en pensant évidemment à ses propres intérêts, font qu’elle est de plus en plus appréciée sur le continent africain, malgré les campagnes médiatiques contre elle.

Les sondages d’opinion organisés dans plusieurs pays africains montrent d’ailleurs bien qui à, la cote et qui l’a de moins en moins.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707101032177408-macron-francafrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Thierry Mbepgue: «La jeunesse africaine est prête à défendre sa souveraineté»

Thierry Mbepgue

Activiste camerounais, Thierry Mbepgue n’est pas qu’un souverainiste convaincu. Il a également créé plusieurs projets pour l’indépendance du continent vis-à-vis des grandes puissances. Il évoque pour Sputnik les perspectives du panafricanisme et les prochaines échéances du Cameroun.

Thierry Mbepgue est un activiste patriote et souverainiste camerounais. Président fondateur du Mouvement Africain pour la Libération du Continent (MALCON), il est également l’initiateur du projet UNIRTA, destiné à rassembler les différents mouvements panafricains, notamment en Afrique francophone. Il est auteur panafricaniste et Secrétaire général du Réseau Mondial des Défenseurs de la Cause Africaine (RMDCA).

Sputnik: Bonjour. Lors de notre dernier entretien, il y a près d’un an, vous veniez de lancer le projet panafricaniste UNIRTA. Où en est-il aujourd’hui?

Thierry Mbepgue: Bonjour et merci pour cette occasion d’échanger qui m’est offerte. Le projet UNIRTA suit son bonhomme de chemin, nous continuons à sensibiliser et à enregistrer l’adhésion des cibles de notre projet. Plusieurs coordinations sont installées à travers l’Afrique ainsi que des représentations dans le monde. Cependant, comme il fallait s’y attendre, nous rencontrons d’énormes difficultés quant au déroulement de notre feuille de route globale, mais nous progressons.

Sputnik: Deux de vos principales idées au moment du lancement de l’UNIRTA étaient de rassembler le plus de mouvements possibles aux idées panafricanistes, ainsi que de forger des liens entre l’Afrique et les BRICS. Avez-vous réussi à avancer à ce niveau?

Thierry Mbepgue: L’objectif principal de ce projet est de réunir au sein d’un Conseil africain de la résistance (CAR) le maximum de mouvements possibles aux idées panafricanistes, nationalistes, les patriotes, les souverainistes, les anticolonialistes, les anti-impérialistes, les leaders d’opinion et tous ceux qui aiment l’Afrique et luttent pour son émancipation. Il a été atteint à 85 %. Je peux d’ores et déjà vous annoncer qu’au courant de cette année, ledit conseil verra bel et bien jour.

Sputnik: Au-delà de l’actualité africaine, beaucoup d’Africains s’intéressent à la situation en Syrie. Un grand nombre d’entre eux soutient avec ferveur l’intervention antiterroriste russe. Pourquoi cet engouement, selon vous?

Thierry Mbepgue: L’Afrique est tout simplement une victime qui compatit aux malheurs d’une autre victime (la Syrie), qui comme elle, fait face au même bourreau. Sauf que cette fois-ci, le problème est beaucoup plus spirituel et engage un ordre de valeurs mondial, jusqu’ici fondé sur le christianisme et l’islam. Par cette intervention, le président Vladimir Poutine sauve non seulement la Syrie, mais également le monde entier et ses valeurs.

Sputnik: L’année prochaine, des élections présidentielles auront lieu au Cameroun. Quel pronostic faites-vous? Comment la jeunesse camerounaise compte-t-elle s’impliquer?

Thierry Mbepgue: Constitutionnellement, les élections présidentielles sont prévues pour 2018 au Cameroun. Très peu de candidatures potentielles se démarquent pour l’instant et il est donc difficile de faire un pronostic. Comparé à la précédente élection de 2011, ce scrutin ne suscite pas de grands appétits de la part des politiciens. Que se soit du côté du pouvoir ou de l’opposition classique, aucun signe ne trahit de dynamique ou de montée de fièvre autour de cet événement. Mais, tout porte à croire que le président actuel va remettre son mandat en jeu. Une chose est certaine, c’est que c’est une année électorale qui sera riche en incertitudes, actions et rebondissements.

Pour ce qui est du rôle des jeunes dans cette élection, il sera sans doute engagé et déterminant. Taxée de jeunesse passive, la jeunesse a décidé de prendre le taureau par les cornes. Le mouvement « le Cameroun, c’est nous », qui regroupe de jeunes Camerounais du monde entier, entend présenter des jeunes aux autres élections à venir, et travaille dans le sens de faire de cette élection celle des jeunes. La jeunesse camerounaise sera donc bien présente à cette élection, plus que l’on ne l’imagine.

Sputnik: Parlons des relations russo-africaines. La Russie entretient des relations privilégiées et de plus en plus fortes avec plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Sud, principalement arabophones, anglophones, voire lusophones. Pourquoi selon vous les relations entre la Russie et l’Afrique du Centre et de l’Ouest francophone restent-elles relativement à la traîne?

Thierry Mbepgue: Les pays d’Afrique francophones ne sont pas encore libres, les cerveaux sont encore enchaînés et on a comme l’impression de vivre dans un enclos détaché des réalités du monde. La Russie, bien que perçue comme étant un sauveur par beaucoup d’Africains, doit être plus présente à travers sa culture, sa science et autres.

Je vous avais dit que l’intégration se ferait à travers les différents peuples. Savez-vous que le mythe selon lequel la Russie est un pays négrophobe continue d’être entretenu en Afrique francophone, notamment via le mainstream médiatique, alors que nous savons parfaitement que c’est faux? Les relations diplomatiques au sommet sans les échanges culturels entre peuples n’aboutiront certainement pas à l’harmonisation des relations. Il y a encore donc du travail à faire. Notre association « le Club des Amis Africains des BRICS » (CAA-BRICS) fait de son mieux pour y contribuer.

Sputnik: Dernière question. Votre pays, le Cameroun, continue de faire face à plusieurs tentatives de nuire à sa souveraineté par des forces extérieures, à l’instar de beaucoup d’autres pays africains. Est-ce que la jeunesse camerounaise est prête à défendre la souveraineté de son pays?
Thierry Mbepgue: C’est la chose qu’elle sait faire le mieux, défendre sa souveraineté. La réponse est oui! La jeunesse camerounaise est prête à la défendre jusqu’au sacrifice ultime. Nous ne devons plus permettre la réalisation de scénarios que l’Occident politique avait l’habitude de réaliser sur notre continent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704271031128556-jeunesse-africaine-souverainete/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Afrique tourne le dos à la CPI

La Cour pénale internationale

Fait marquant du sommet de l’Union africaine : le retrait de la plupart de ses membres de la Cour Pénale Internationale. Un geste qui marque la volonté d’indépendance de ces pays vis-à-vis de l’Occident et celle de peser dans les affaires du monde multipolaire.

Le récent sommet de l’Union africaine qui s’est déroulé dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba a confirmé une fois de plus les clivages qui existent au sein du continent africain, mais aussi que l’Afrique ne sera pas absente des processus du monde multipolaire.

En effet, l’organisation panafricaine a adopté une stratégie de retrait collectif de la Cour pénale internationale (CPI). Pourtant et sans surprise, certains pays n’ont pas manqué de se faire les « avocats » de ladite structure, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou encore le Nigeria. Des pays dont les leaders actuels sont connus pour avoir des liens très proches avec les élites occidentales. Néanmoins, et malgré leur opposition au processus engagé, l’Afrique semble effectivement décidée à quitter massivement la CPI.

Pour rappel, le Burundi avait montré l’exemple en lançant le processus, pour être presque immédiatement suivi par l’Afrique du Sud, puis par la Gambie. Plus que cela, la République sud-africaine semble avoir pris le leadership au niveau continental dans ce mouvement d’opposition face à une structure dite de justice internationale n’ayant pas rempli le rôle qui lui avait été confié. Et au regard d’un processus désormais engagé au niveau de l’UA, les pressions occidentales n’y feront rien, mis à part les quelques exceptions citées.

Pourquoi ce retrait massif africain de la CPI est-il si important? Tout d’abord, car pour beaucoup de nations africaines, la cour est une structure défendant des intérêts néocolonialistes et même racistes. Sa caractéristique est de s’attaquer aux leaders africains qui se sont opposés aux manœuvres occidentales dans leurs pays et régions, tout en épargnant gracieusement ceux travaillant en étroite « collaboration » avec les élites de l’Occident. Cette hypocrisie est devenue aujourd’hui presque impossible à cacher, d’où la « révolte » africaine. L’autre raison avancée par les dirigeants de plusieurs pays africains est que plusieurs grandes puissances mondiales ne reconnaissent pas la compétence de la CPI: États-Unis, Chine, Inde, et plus récemment la Russie, qui s’est aussi retiré en intégralité de cette structure.

Un autre argument en faveur des partisans de la sortie, c’est qu’aucun leader de pays occidental ou affilié à ceux-ci n’ait jamais été visé par une quelconque poursuite à son encontre, même en étant responsable de crimes indéniables en différents endroits du monde. Plusieurs experts et observateurs reconnaissent aussi l’accusation qui est portée en direction de la Cour pénale internationale: celle d’être un instrument de punition et de pression de l’Occident politique.

Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent actuellement en Afrique pour mettre en place une Cour pénale panafricaine. Un défi de taille, mais qui pourrait effectivement être la solution à terme pour résoudre les problèmes existants au niveau continental. Enfin, il y a aussi les partisans du renforcement des justices nationales, parmi eux beaucoup d’experts africains comme étrangers, notamment Alexandre Mezyaev, un expert russe du droit international qui connaît bien l’Afrique. Leur argument: renforcer l’état du droit des juridictions concernées tout en privilégiant la souveraineté nationale.

Quoi qu’il en soit et à travers cette initiative panafricaine au niveau de l’UA, l’Afrique confirme qu’elle compte faire partie intégrante du monde multipolaire et des processus qui en découlent. Les pressions extérieures vont certainement se poursuivre, peut-être même s’accentuer, mais c’est effectivement aux États africains de décider de leur avenir, dans un cadre souverain. Si certains pays préfèrent rester dans le giron occidental, il faut leur reconnaître ce droit. Mais ceux qui ont décidé de s’en affranchir et de former les alliances qu’ils jugeront nécessaires ont eux aussi ce droit que personne ne peut leur nier. Et c’est dans ce cadre qu’il faut voir la suite des événements. Une suite logique: beaucoup d’autres pays africains vont vraisemblablement quitter la CPI, d’autres vont y rester pour encore quelque temps. Le futur montrera qui avait raison.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201702071029980303-afrique-cour-penale-internationale/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La jeunesse africaine cherche à étendre le partenariat avec la Russie

Francis Mvemba

Entretien avec Francis Mvemba, jeune entrepreneur, originaire de la République démocratique du Congo. Il vit aujourd’hui à Monaco mais prévoit de s’investir dans l’avenir politique de son pays où il vient de lancer un nouveau parti politique qui mise sur le développement des relations avec la Russie et les nations BRICS.

Sputnik : Pourquoi un nouveau parti politique en RDC ?

Francis Mvemba : Mon parcours est celui d’un enfant né au pays, ayant immigré et grandi en Europe et plus particulièrement en France dans des quartiers difficiles, j’en suis sorti grâce au travail et à la persévérance. Aujourd’hui j’ai réussi mes affaires et depuis quelques temps j’ai envie de m’investir pour mon pays. On ne peut pas laisser son pays s’enliser si on a une chance de le tirer vers le haut, c’est cela ma profonde conviction.

J’ai créé le PEC (Parti Emergence du Congo) car je voulais rassembler autour d’un projet les jeunes du pays et de la diaspora, leur montrer que c’est possible, qu’on peut y arriver, que eux aussi ils peuvent prendre leurs responsabilités et émerger. Quand je regarde cette jeunesse congolaise, je vois des jeunes talentueux, plein de capacités, d’intelligence, mais cela fait des générations qu’on nous dit que le succès ce n’est pas pour nous. Cela nous ne voulons plus l’accepter et notre parti a pour objectif de proposer de nouvelles perspectives à cette jeunesse.

Sputnik : Quelle est votre compréhension de la situation au pays ?

Francis Mvemba : C’est une question difficile même pour un Congolais. Le Congo, c’est un empire qui a un potentiel énorme, le monde entier le sait. C’est cette richesse qui fait nos joies mais aussi crée nos tensions. Notre histoire nous a appris que nous ne devons compter que sur nous-même. Je me refuse de rentrer dans le jeu de la politique politicienne. Ce que je comprends c’est que plus nous diversifions et multiplions les relations et les partenariats avec des pays amis et partenaires, plus nous avons de chances de créer en République démocratique du Congo les conditions au développement, à l’emploi des jeunes, à l’émergence du pays tout entier. Le Congo a besoin d’un équilibre, cet équilibre est à mon sens possible tant que notre pays s’ouvre à toutes les forces vives désireuses de soutenir son développement. Je veux bien sur parler des partenaires historiques du pays ( Europe, etc. ) mais aussi les nouvelles puissances émergentes ( BRICS ) sans oublier bien évidemment la Fédération de Russie qui pour grand nombre de Congolais est le pays leader du moment. N’oublions pas que la seule université au monde qui soit liée au nom du grand héros national Patrice Lumumba se trouve à Moscou ( l’Université russe de l’Amitié des Peuples, ndlr ).

Sputnik : Vous parlez de la Russie, quelle est votre opinion ou votre intérêt pour celle-ci ?

Francis Mvemba : Elle est intéressante à plus d’un titre. D’abord, quand on regarde son histoire, on y trouve de nombreux points communs avec le Congo. En 1991, la situation était la suivante: le pays était riche de ressources naturelles mais en quasi-cessation de paiement. Aujourd’hui malgré la dernière crise et les sanctions occidentales qui la visent, elle est de nouveau sur le premier plan, tout au moins une nation incontournable sur le plan du leadership international. Les Russes ont prouvé que c’est possible de se redresser. Nous sommes en 2016, en seulement 25 ans ils ont rebâti le pays, retrouvé l’unité, la fierté…

Ramené à notre dimension congolaise, je souhaite que nous puissions nous aussi émerger grâce à nos richesses naturelles et à nos ressources humaines, le Congo a aussi le droit de rayonner tant dans la sous-région qu’en Afrique ou au niveau international, vous ne pensez pas ?

Sputnik : Vous parlez du rayonnement du Congo dans la Sous-région, au niveau de l’Afrique, et à l’international, avez-vous une vision ou une idée personnelle sur la question ?

Francis Mvemba : Je vous l’ai dit j’ai accepté la mission qui m’a été confiée de représenter mon pays et de tout faire pour y faire venir de l’investissement, du développement, et y créer de l’emploi. Ce qu’il faut d’abord c’est qu’on se mette tous au travail. Je suis persuadé que les cartes du leadership mondial ont changé de main, le vieux système lui-même est en train de montrer ses absurdités et ses limites. Regardez l’Afrique, le monde continue de croire que les Africains ne sont pas assez compétents et responsables pour régler leurs problèmes eux-mêmes au niveau régional. Pourtant, qui de mieux placés que les pays concernés peuvent résoudre un litige ou créer un partenariat gagnant — gagnant entre Etats. Regardez ces dernières années, n’a-t-on pas vu le Maroc amener un nouveau souffle dans le jeu des relations extérieures, et dans la prise de position en faveur de l’Afrique? On vit une époque-clé qui laisse la place aux régionalismes et à l’échelle plus globale la multipolarité, mais c’est tout simplement du bon sens quand un Congolais s’assoit à une table de discussion avec un Centrafricain, un Ougandais, un Burundais et un Congolais de Brazza pour parler de questions régionales.

Pour conclure et être plus concret, qu’est-ce que Francis Mvemba va faire dès demain matin en rentrant à Kinshasa ?

Ma première mission va être d’aller dans l’est du pays à Beni, pour y distribuer des aides matérielles aux femmes et aux enfants victimes des massacres. Nous avons une fondation : Eufrasia, qui s’occupe de récolter les fonds et de financer des projets humanitaires. On fait peu mais on le fait, dans l’urgence, avec nos moyens.

Pour le reste, on veut s’inscrire dans la durée, sur le long terme. A 34 ans, j’ai déjà compris une chose de la politique: l’énergie et le temps qu’on perd à penser à sa carrière personnelle, on ne l’utilise pas à servir son pays. To Banga Nzambe ( on doit craindre Dieu ).

https://fr.sputniknews.com/interviews/201612151029194206-jeunesse-africaine-russie/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Côte d’Ivoire: «Le boycott, ça suffit, combattons aussi Ouattara et la CPI dans les urnes»

Toussaint Alain

Entretien avec Toussaint Alain, ex-conseiller et ancien porte-parole du président ivoirien Laurent Gbagbo pour l’Union européenne entre 2001 et 2011. Il évoque les prochaines législatives où l’opposition se présente pour la première fois depuis 2011, le retrait des pays africains de la CPI et le procès de Laurent Gbagbo.

Sputnik: Des élections législatives sont prévues le 18 décembre en Côte d’Ivoire. Pourquoi l’opposition a-t-elle décidé d’y participer?

Toussaint Alain: Je salue la décision des responsables du Front populaire ivoirien (FPI), de Liberté et Démocratie pour la République (LIDER), d’autres partis et des centaines d’indépendants d’y aller. Les élections revêtent toujours une importante signification: elles sont l’expression démocratique des attentes qu’a le peuple envers les élites politiques et du verdict populaire sur les gouvernements et les gouvernants.

Les élections se sont enracinées dans la logique politique de la Côte d’Ivoire au cours des vingt-cinq dernières années. Seulement, dès avril 2011, Alassane Ouattara avait tout mis en œuvre pour marginaliser les partisans du président Laurent Gbagbo afin de les contraindre psychologiquement à ne pas participer à la vie sociale, économique et politique de la nation: gel des comptes bancaires, arrestations arbitraires, détentions illégales, chantage à l’emploi public avec le licenciement de centaines de fonctionnaires et agents de l’État, etc.

Ces procédés d’intimidation et ces menaces ont eu pour conséquence de braquer certains opposants, les obligeant au boycott de plusieurs rendez-vous électoraux entre 2011 et 2015. Cette orchestration de la terreur s’est atténuée au fil du temps. La présidentielle d’octobre 2015 a été un premier tournant, marquant le retour de l’opposition dans l’arène politique nationale. En octobre 2016, la forte mobilisation contre le référendum a apporté la preuve que celle-ci pouvait se rassembler autour de l’essentiel afin de se poser en alternative crédible à un régime qui a échoué à trouver des solutions aux problèmes des Ivoiriens.

C’est notre responsabilité de ne pas tourner le dos à nos concitoyens. Comme en 2011, je rejette donc toute idée de boycotter des élections. Nous devons aussi combattre Alassane Ouattara dans les urnes. Cinq années de boycott électoral ont été improductives, stériles. La politique de la chaise vide n’a rien apporté. Le régime actuel a fait voter une Constitution sans concertation. La dynamique de pression née lors de la séquence référendaire va se poursuivre au cœur des institutions de la République, à l’Assemblée nationale, par exemple.

Sputnik: Justement, quelles sont les chances de l’opposition démocratique d’être représentée dans le futur Parlement?

Toussaint Alain: Ces législatives restent ouvertes. L’heure du bilan a sonné pour Ouattara qui doit être sévèrement sanctionné. C’est l’occasion pour les électeurs d’exprimer clairement leur refus de la politique actuelle. Le gouvernement est affaibli par son piètre bilan économique et social, avec un fort chômage qui frappe des millions de jeunes. Outre la forte baisse du pouvoir d’achat des ménages, l’insécurité est devenue endémique avec la violence d’adolescents endoctrinés, sans oublier le niveau de corruption trop élevé. Des menaces sérieuses pèsent sur le régime de retraite des fonctionnaires, la liberté syndicale est menacée, les instituteurs sont régulièrement en grève, l’Université est paralysée, etc.

À ce tableau peu reluisant s’ajoutent les tensions internes à la coalition au pouvoir, avec les limogeages de deux ministres alliés et les déchirures nées des investitures aux législatives. Des centaines de candidats indépendants sont issus de ses rangs. D’autre part, le retour d’une opposition significative dans le jeu électoral complique singulièrement les pronostics de M. Ouattara qui rêvait sans doute d’un parlement à sa main, à l’image de l’Assemblée sortante, une simple chambre d’enregistrement.

Enfin, certains de nos amis motivent leur appel au boycott par la non-transparence de la Commission électorale indépendante (CEI). Je les comprends. Mais les législatives sont des scrutins locaux. Les candidats exerceront eux-mêmes un contrôle renforcé en amont et en aval, en particulier durant le vote et lors du dépouillement afin de limiter toute velléité de fraude, notamment les bourrages d’urnes. Chaque candidat doit faire la police afin de préserver ses intérêts et les suffrages portés sur son nom.

La donne peut donc changer. L’autre enjeu est aussi stratégique: l’entrée de l’opposition au Parlement permettrait à celle-ci de contrôler l’action du gouvernement. La Troisième République est née d’un fourre-tout constitutionnel qui concentre trop de pouvoirs entre les mains d’Alassane Ouattara. Les débats auxquels Ouattara espérait se soustraire auront bien lieu.

Sputnik: À Abidjan, la capitale économique ivoirienne, se poursuit le procès de l’ex-première dame Simone Gbagbo. Comment se déroule-t-il? Comment va Mme Gbagbo?

Toussaint Alain: Le procès aux assises de Simone Gbagbo s’éternise. À plusieurs reprises, ses avocats ont suspendu leur participation parce que la Cour refuse de faire témoigner des personnalités qu’ils souhaitent faire entendre. La défense réclame notamment la comparution de certaines hautes personnalités aujourd’hui dans l’appareil d’État. Il s’agit de Guillaume Soro, l’actuel président de l’Assemblée nationale et ancien chef de la rébellion, de Jeannot Kouadio Ahoussou, ministre d’État auprès de M. Ouattara, de Charles Koffi Diby, président du Conseil économique et social, du directeur général de la police nationale Brindou M’Bia et de l’ex-chef de l’armée, le général Philippe Mangou, actuel ambassadeur au Gabon.

Devant l’intransigeance de la défense à faire respecter son droit fondamental, le procureur a demandé au Bâtonnier de nommer des avocats commis d’office. Je suis ahuri par ces méthodes qui dénient tout droit à la défense, donc à l’accusée. La Cour va certainement poursuivre le procès sans elle et sans sa défense. Je m’interroge sur les réelles motivations de la justice lorsqu’elle agit de la sorte dans une affaire aussi grave. Dans un État de droit digne de ce nom, les audiences judiciaires doivent être empreintes de sérénité et d’équité, gage de la vérité. Depuis l’ouverture du procès fin mai, aucune des accusations portées contre Simone Gbagbo n’a été étayée par des preuves tangibles. C’est un dossier politique, un procès bâclé, avec à la clé, un verdict connu d’avance. Malgré ces obstructions évidentes, Simone Gbagbo, qui est assignée à résidence, demeure digne et confiante. Elle ne mérite vraiment pas de subir un tel traitement.

Sputnik: Le procès du président Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé se déroule actuellement à la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye (Pays-Bas). Plusieurs pays africains quittent la CPI, d’autres se préparent à en faire autant. On se souvient d’ailleurs de votre appel lancé lors notre entretien de septembre 2015 invitant les pays africains à quitter la CPI. C’est désormais le cas et le processus ne fait que commencer. Quel est l’avenir des pays africains au sein de cette institution dite internationale?

Toussaint Alain: Nul ne milite pour l’impunité. Mais la CPI n’est pas une cour de justice, c’est un tribunal politique dont la vocation est de déstabiliser les États africains. Depuis sa création, la liste des personnalités visées par les différentes procédures confirme bien l’acharnement de cette juridiction contre les dirigeants du continent. Autrement, elle aurait déjà entamé des poursuites contre Georges Bush, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ou encore David Cameron pour les interventions de l’OTAN en Afghanistan, en Irak ou en Libye.

À quoi répond ce double standard, ce deux poids, deux mesures? La CPI est un outil créé par les pays occidentaux, la France en tête, pour dominer l’Afrique. Naturellement, je me réjouis que le Kenya, le Burundi, la Gambie, l’Afrique du Sud et l’Angola aient pris leurs responsabilités. Ce processus doit s’amplifier, car, au total, 34 pays africains ont ratifié le traité fondateur de la CPI.

Malheureusement, nos gouvernants restent divisés. Un consensus me semble indispensable pour se retirer de cette institution dont la crédibilité est largement minée.

Et l’inventaire des « affaires africaines » actuellement instruites par cette Cour néocolonialiste suffit à en relever l’urgence. La CPI aurait pu profiter du procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pour se laver des soupçons de n’être qu’un tribunal pour les vaincus et d’être instrumentalisée par les Occidentaux, qui choisissent leurs ennemis. Elle préfère réécrire l’histoire récente de la Côte d’Ivoire. Or, tout le monde sait la vérité, sauf la procureure de la CPI qui ne poursuit qu’un seul camp. Depuis septembre 2002, il est de notoriété publique que la rébellion de Guillaume Soro, parrainée par M. Ouattara et la France, s’est rendue coupable des pires crimes contre l’humanité. Étrangement, aucun des combattants rebelles n’est présent dans le box des accusés. C’est une justice bancale.

Sputnik: Après que le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie ont officiellement lancé la procédure de retrait de la CPI, l’occupant actuel du palais présidentiel à Abidjan, le pro-occidental Alassane Ouattara, en visite à Paris, a appelé les autres pays africains à rester au sein de cette organisation. Pensez-vous que les « anciennes » colonies françaises d’Afrique seront en effet plus enclines à rester membres de la CPI, à la différence des autres nations africaines?

Toussaint Alain: Le problème de l’Afrique francophone, c’est la France qui y maintient sa domination dans les domaines économiques, politiques, culturels, militaires et judiciaires. Comme je l’avais expliqué à l’un des membres de la commission des Affaires étrangères de la Douma (le Parlement russe) lors d’une précédente visite à Moscou, les ex-colonies françaises doivent se libérer. Il est anormal que nos gouvernants soient soumis au diktat de l’ancienne métropole, qui exerce des pressions intolérables sur eux.

La France a joué un rôle important dans la création de la CPI en 1998 puis elle a ratifié le Statut en juin 2000. Paris est même le troisième contributeur au budget annuel de la Cour (environ 112 millions d’euros). Autant dire que cette institution revêt un caractère stratégique pour la France. Je me souviens qu’en 2003, en pleines négociations avec la rébellion ivoirienne que le gouvernement français finançait, assistait diplomatiquement et militairement, Jacques Chirac agitait déjà le chiffon rouge de la CPI en menaçant de traduire « Gbagbo l’insoumis » devant la justice internationale.

Les présidents passent, mais les méthodes de la France demeurent. Ce qui explique la prudence des dirigeants africains francophones à se joindre à leurs homologues anglophones, entrés en dissidence avec la CPI. Le déclic viendra forcément un jour, car aussi longtemps que la CPI concentrera ses enquêtes uniquement sur les seuls leaders du continent, les Africains du sud, du nord, de l’est ou de l’ouest ne se sentiront pas concernés par cette justice prétendument universelle. Nos États devraient œuvrer à rendre opérationnelle la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, une idée lancée en 1998 par l’Union africaine (UA). Au moins, ce tribunal continental serait bien fondé à se mêler de nos affaires.

Sputnik: Dans nos précédents entretiens, nous avons beaucoup parlé de la réconciliation, qui ne serait possible que si Laurent Gbagbo était libéré. Quelle est la situation qui prévaut aujourd’hui en Côte d’Ivoire? Comment voyez-vous l’avenir de votre pays?

Toussaint Alain: La rébellion et la guerre civile ont fracturé et délité notre société. Parvenu aux affaires après un conflit armé, Alassane Ouattara a abandonné le chantier de la réconciliation nationale, qui est au point mort. Il s’est enfermé dans un sectarisme primaire. Cette politique clanique est dangereuse, car elle sape les fondements de la Nation.

Jamais en Côte d’Ivoire ni l’ethnie ni la religion, voire l’appartenance à un parti politique, n’ont été des critères déterminants pour accéder à un emploi public ou une promotion sociale. Aujourd’hui, c’est le règne du clientélisme politico-ethnique sur fond de népotisme. L’heure devrait pourtant être au rassemblement et à la défense de l’intérêt général, fruit d’une réelle volonté politique.

Par ailleurs, il y a encore des civils et des militaires, proches ou sympathisants de Gbagbo, en exil quand ils ne croupissent pas dans les geôles du régime. Environ 228 personnes sont portées disparues tandis que 241 prisonniers restent incarcérés dans des conditions inhumaines, subissant régulièrement des tortures. Sept compatriotes sont aussi emprisonnés au Liberia voisin depuis mars 2012. La justice tarde à se prononcer sur le sort de ces personnes détenues en toute illégalité.

D’autre part, l’équité voudrait que les responsables des violences postélectorales de 2011 du camp Ouattara soient poursuivies par la justice ivoirienne. Ce n’est malheureusement pas le cas. Exactement comme à la CPI. Le règlement politique de la question des prisonniers de la crise postélectorale est une des clés de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Tout comme la réhabilitation du président Gbagbo, dont la libération est vivement espérée. Par son engagement politique et syndical, Laurent Gbagbo est devenu, au fil des décennies, le dénominateur commun d’une écrasante majorité d’Ivoiriens. Opposant, il a été de toutes les luttes politiques pour l’avènement du multipartisme et sociales pour une société plus égalitaire.

Au pouvoir en 2000, il a entamé une refondation contrariée dès 2002 par la rébellion. Un tel homme ne peut être voué aux poubelles de l’Histoire. Libre, il sera le véritable moteur de la paix en Côte d’Ivoire, un pays dont l’avenir se conjuguera avec démocratie et État de droit. C’est le sens du combat que nous menons. Certes, le chemin est long et parsemé d’embûches, mais nous y parviendrons.

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La CPI continuera de se vider : expert russe

La CPI

Alexandre Mezyaev est l’un des plus éminents experts russes dans le domaine du droit international. Docteur de droit, professeur des universités, chef du département de droit international de l’Université d’administration Tisbi (Kazan, Russie) et professeur associé dans plusieurs universités sud-africaines.

Ami de l’Afrique, M. Mezyaev est familier avec la « justice pénale internationale », notamment dans les versions de la Cour pénale internationale (CPI), ainsi que du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).

Sputnik : Première question. Quelles sont pour vous les raisons ayant poussé la Russie à se retirer en intégralité de la CPI ?

Alexandre Mezyaev : La goutte de trop a été le rapport émis par la procureure Fatou Bensouda du 14 novembre 2016 suite aux plaintes transmises par l’Ukraine à la CPI. Il est ici totalement évident que la procureure a pris fait et cause en faveur des autorités illégitimes ukrainiennes ne serait-ce qu’en acceptant de travailler sur ces prétendues plaintes. Car la première règle d’une cour est d’abord de vérifier si elle doit oui ou non répondre à l’appel de telle ou telle demande. Et le fait que la CPI ait répondu favorablement à une demande faite par des personnes arrivées au pouvoir suite à un coup d’Etat, confirme que ladite structure est tout simplement complice de ce coup d’Etat qui a eu lieu en Ukraine. Et tout ce qui a été écrit par la suite dans ce rapport de la procureure n’est que falsification à la faveur des autorités putschistes ukrainiennes, dont le principal est la caractéristique donnée au conflit en Ukraine comme étant soi-disant « international ». Donc la Russie est nommée à titre d’agresseur, la direction choisie pour la suite est évidente. Et en ce sens la seule décision juste est celle qui a été prise par le président russe, à savoir stopper tout contact officiel avec cette institution. Même si et pour ma part je pense que la Russie aurait dû le faire plus tôt, sachant que ce n’était pas la première orientation antirusse de la CPI. Notamment il y a deux ans lorsqu’on a tous vu la ligne adoptée par la CPI envers les événements d’août 2008 (agression du régime de Saakachvili contre l’Ossétie du Sud, ndlr).

Sputnik : La Russie en tant que pays signataire du Statut de Rome qui a officialisé la création de la CPI, sans l’avoir ratifié, aujourd’hui la quitte et coupe tout lien avec cette institution. Quelles en sont les conséquences et les perspectives ?

Alexandre Mezyaev : En effet il est vrai que la Russie n’était pas membre de plein droit de la Cour pénale internationale. Pour autant on ne peut pas dire non plus qu’il n’y avait pas de rapport entre la Russie et la CPI. Il faut savoir qu’il existe la Convention de Vienne sur le droit des traités et plus particulièrement l’article 18 qui stipule des obligations légales pour les Etats ayant signé des traités internationaux, y compris sans les avoir ratifié. Notamment l’obligation de ne pas priver un traité de son objet et de son but. Une formulation donc assez large mais qui peut parfois obliger les Etats, même qui n’ont pas ratifié un accord, de réaliser certaines obligations dudit accord. Donc de fait cette situation n’était pas très normale. Et le fait que la Russie ait fait le pas pour une sortie définitive de la CPI est pour moi très juste du point de vue juridique, de même que politique. Il faut noter aussi qu’à la différence des Etats africains ayant pris la décision de quitter récemment la CPI (le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie, ndlr), cette décision rentre en vigueur dès réception du courrier officiel de retrait de la CPI transmis au Secrétaire général de l’ONU. Dans le cas des pays africains dont il est question, qui étaient des membres de plein droit de la CPI, leur retrait sera intégralement effectif d’ici un an, selon la règle en vigueur. Quant à la situation du retrait de la Russie, elle est en ce sens similaire aux USA qui avaient été signataires du Statut de Rome sans l’avoir ratifié, et ont par la suite simplement retiré leur signature du statut.

Sputnik : Donc il est vrai que des grandes puissances comme la Chine, les USA, la Russie et l’Inde ne reconnaissent tout simplement pas la compétence de la CPI ?

Alexandre Mezyaev : Oui. Et j’ajouterai d’ailleurs qu’on assiste depuis cette sortie de la Russie à une libération des BRICS vis-à-vis de cette institution. Sur les 5 pays membres de l’alliance (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), seul le Brésil reste encore membre de la CPI.

Sputnik : Parlons de l’Afrique. On sait que la grande majorité des dossiers actuels de la CPI concernent le continent africain. Et on sait également que depuis déjà plusieurs années la CPI est accusée par plusieurs experts et observateurs d’être une cour ouvertement néocoloniale, certains disent même qu’elle est raciste et destinée à juger exclusivement les Africains et surtout les leaders africains qui n’arrangent pas les intérêts des puissances occidentales. Trois pays africains ont récemment confirmé leur retrait de la CPI. D’abord le Burundi, puis l’Afrique du Sud et ensuite la Gambie. D’après vous les autres pays d’Afrique les suivront sous peu ?

Alexandre Mezyaev : Il faut savoir que certains pays africains avaient annoncé leur intention de quitter la CPI avant même les trois cités, notamment la Namibie qui avait même confirmé que la décision est déjà prise au niveau du gouvernement. Pourtant du point de vue du protocole de retrait elle a pris un peu de retard et a été dépassée en termes de timing par les trois premiers pays africains mentionnés.

Personnellement je pense que oui, le processus se poursuivra et d’autres pays africains suivront le pas. Y compris après maintenant la décision de la Russie. Si l’on regarde les résolutions qui ont été adoptées dans le cadre de l’Union africaine, on se rappelle qu’elles étaient très radicales vis-à-vis de la CPI. Et je pense donc que d’autres décisions à l’instar de celles déjà prises suivront certainement. Bien qu’il ne faut pas non plus oublier que l’Union africaine n’est pas encore réellement unie. Nous le voyons parfaitement. Certains pays du continent se trouvent dans une dépendance évidente vis-à-vis des pays occidentaux. Certains leaders mêmes sont tout simplement des protégés de l’Occident. Regardez en ce sens l’approche du Sénégal qui joue de fait le rôle du porte-parole des intérêts occidentaux. Observez aussi les actions entreprises par le Gabon. Ce dernier d’ailleurs en faisant appel à la CPI pour moi s’est fouetté soi-même, comme dans l’œuvre Le Revizor de l’écrivain russe Nicolas Gogol. Donc évidemment que ce sera un processus compliqué car nous connaissons les crédits qui ont été accordés à certains pays sous la condition d’être membres de telle ou telle institution dite internationale. Aujourd’hui la pression exercée sur les Etats africains a augmenté de plusieurs fois. Surtout depuis le retrait de l’Afrique du Sud, du Burundi et de la Gambie. Et cette pression ne va vraisemblablement pas baisser. Donc oui, le processus de retrait des nations africaines de la CPI se poursuivra mais il faut s’attendre aussi à des défis évidents.

Sputnik : Vous avez fait mention du Sénégal et du Gabon. Mais là il s’agit effectivement de l’Afrique francophone, plus que cela des pays considérés comme faisant partie du système de la Françafrique. Certains observateurs pensent en ce sens que les prochains pays qui suivront le pas du Burundi, de l’Afrique du Sud et de la Gambie seront principalement des pays anglophones, lusophones mais dans une bien moindre mesure francophones. Vous partagez cette opinion ?

Alexandre Mezyaev : En grande partie malheureusement oui. En ce sens je me souviens de ce qui a été dit par l’ex-attaché de presse du président ivoirien Laurent Gbagbo, Ahoua Don Mello, lors d’une conférence en Afrique du Sud à laquelle j’ai également participé. Il avait en effet commencé son intervention par une déclaration fortement intéressante en affirmant que son pays, la Côte d’Ivoire, a obtenu son indépendance en 1960 — pour la perdre en 1961. A cet instant beaucoup l’ont regardé avec étonnement. Mais il a bien clarifié ses dires : à savoir que tout cela n’est évidemment pas officiel mais c’est bien en 1961 que la France a obligé la Côte d’Ivoire de signer un accord secret selon lequel le gouvernement ivoirien n’a pas le droit de mener sa politique extérieure sans consultation au préalable avec l’Etat français. Et tout ce qui est arrivé avec Laurent Gbagbo n’est rien d’autre que la punition pour avoir signé un accord avec la Chine sans accord préalable avec la France. Ces dires avaient été une réelle surprise pour de nombreux participants à ce forum sud-africain. Mais il avait bien ajouté une autre chose : à savoir que ce type d’accord est loin de concerner uniquement les relations franco-ivoiriennes. Donc vous avez raison de le noter.

Mais il faut savoir que c’est un problème qui ne concerne pas seulement les pays d’Afrique francophone. Prenez par exemple le Nigeria qui joue également le rôle du défenseur de la CPI. Donc il s’agit de processus effectivement compliqués et qui dépassent parfois le clivage anglophone/francophone et autre.

Sputnik : Compte tenu des processus actuels observés à l’encontre de la CPI. De l’absence des USA, de la Chine, de l’Inde. Le retrait maintenant de la Russie. De même que les pays africains qui sont appelés à quitter massivement cet organisme, quel sera alors l’avenir de la CPI ? Pourra-t-elle alors remplir ses fonctions et pourra-t-elle tout simplement exister ?

Alexandre Mezyaev : Pour répondre à cette question il faut avoir à l’esprit que dès le départ la CPI était conçue pour être un institut du pouvoir global. Donc il continuera à exister même s’il poursuivra à se faire discréditer. Parmi ses objectifs : liquider des chefs d’Etats et leaders, et parfois même aussi les leaders potentiels. Comme ce fut le cas d’ailleurs avec Vojislav Šešelj lorsque ce système lui a barré la route pour devenir président de la Serbie. Un autre exemple est celui de Jean-Pierre Bemba en RDC. Donc il s’agit du rôle premier donné à la CPI. Le second objectif est tout aussi sérieux, c’est la création d’un nouveau droit global. Et pour pouvoir légitimer et imposer ce nouveau droit global, c’est toujours mieux de le faire sous la couverture d’une institution comme la Cour pénale internationale. Donc même si cet organe sera totalement discrédité, il restera malgré tout, notamment à des fins propagandistes. Et n’oublions pas une fois encore que beaucoup de pays, à divers endroits du monde, restent sous pression occidentale, notamment via le chantage économique. Cela est d’ailleurs le cas pour un certain nombre de pays d’Asie, comme d’Afrique. Donc dans ce combat il faut être prêt à des succès mais aussi à des défis variés.

Sputnik : Une réforme du système existant est-elle selon vous possible ?

Alexandre Mezyaev : Je ne crois pas à une quelconque possibilité de réforme. Toute réforme n’est possible que lorsqu’on a en face un système honnête, et que même s’il commet des erreurs, ce sont des erreurs ou des lacunes honnêtes. Ce n’est pas le cas de la CPI puisque il ne s’agit aucunement d’erreurs ou de manque de maturité comme aiment parfois le dire certains de nos collègues liés au droit international. Non, tout ce que fait ou entreprend la CPI rentre parfaitement dans les objectifs qui ont poussé à créer cette institution.

Sputnik : Donc en l’occurrence les intérêts néocolonialistes ?

Alexandre Mezyaev : Parfaitement. Lorsque l’objectif est d’établir son pouvoir, sa domination dans le monde et justifier les crimes commis par les autorités globales via des instruments dits juridiques, comment serait-il alors possible de réformer un tel organe ? Et j’avais dit il y a de cela plusieurs années que les pays africains doivent éviter de rentrer dans le jeu de la CPI. Car lorsqu’on joue contre des criminels professionnels et qui commettent leurs crimes depuis des siècles, on sort toujours perdants. C’est comme jouer aux cartes face à des escrocs professionnels, en pensant que vous arriverez à les battre. Donc une fois encore et pour moi toute réforme éventuelle digne de ce nom est simplement impossible car les objectifs réels sont très loin de ceux officiellement annoncés.

Sputnik : Dans le communiqué du ministère russe des Affaires étrangères il est dit que « la CPI n’a pas justifié l’espoir qui a été placé en elle ». Pensez-vous qu’à moyen-long terme on pourrait assister à la création d’une nouvelle institution de justice internationale, y compris grâce à la coordination des pays déçus par la CPI ? Un système alternatif.

Alexandre Mezyaev : Au niveau de l’Afrique un tel système est déjà en train d’être créé avec la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Nous connaissons aussi l’expérience des cours régionales, par exemple la Cour économique de la CEI ou la Cour de l’Union économique eurasiatique. Il est vrai que ces dernières sont orientées sur l’aspect économique mais elles pourraient aussi pourquoi pas avoir un caractère pénal. On peut aussi penser éventuellement à la Cour des BRICS, etc… Sachant que le plus important est de mettre les bons objectifs.

Mais d’une façon générale et au départ de l’idée même d’une justice réellement internationale, ainsi que l’espoir que cela suscitait, il était question de pouvoir avoir des personnes impartiales qui y siègeraient. Mais par définition les crimes internationaux sont très principalement d’ordre politique. Et le paradoxe avec des instances de justice dite internationale, c’est que la politisation ne fait qu’augmenter. Et divers intérêts rentrent en jeu. Des intérêts d’Etats, de groupes et d’élites. On ne peut donc pas parler d’impartialité. Donc même en se basant sur un principe idéaliste, personnellement je ne suis pas partisan d’une justice internationale pour les raisons citées. Et connaissant tous les problèmes existants au niveau des justices nationales, je pense que malgré tout c’est là qu’il faut axer le travail. C’est-à-dire garantir les principes de justice au niveau des juridictions nationales. Pour ce faire au niveau d’un système international, cela me parait plus difficile. Mais peut-être que l’avenir me donnera tort. En tout cas et au stade actuel, connaissant les mécanismes existants, cela est encore bien loin. Je reprendrai d’ailleurs les dires de l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki qui avait clairement indiqué que la Cour pénale internationale n’a non seulement pas pu remplir le rôle qui lui était confié, mais ne pouvait le faire de par le principe même, puisqu’elle pratiquait la judiciarisation des conflits politiques, tandis que les conflits politiques ne peuvent être résolus que via des moyens politiques. Donc une judiciarisation artificielle ne mène à rien de bon. Et tant que ces contradictions de systèmes ne pourront être résolues, je resterai dans le camp des pessimistes vis-à-vis de la justice internationale.

Sputnik : Deux principaux procès se déroulant actuellement à La Haye : ceux du président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé. Des procès largement suivis aussi bien par les Ivoiriens que les Africains en général. Connaissant l’absence évidente de preuves des accusations qui sont portées contre eux et du vent des changements actuels, y compris désormais au niveau de l’Afrique, peut-on espérer un jugement juste, à savoir leur libération pure et simple ? Ne serait-ce que pour la CPI de tenter de sauver au minimum la face et pour tenter d’éviter des pertes encore plus importantes.

Alexandre Mezyaev : Difficile évidemment de faire une prévision en ce sens mais disons qu’il faut se rappeler que Laurent Gbagbo a été victime du jeu des élites d’un certain nombre de pays occidentaux, en premier lieu de la France. Ce que vous mentionnez peut avoir lieu et certains éléments laissent à le penser. Mais d’un autre côté je ne pense pas que des événements tels que le retrait massif des pays africains de la CPI pourront forcément influer sur le verdict. Ici ce ne seront pas les juges qui prendront la décision mais bien les élites concernées. D’ailleurs le fait même d’abandonner des charges contre Laurent Gbagbo ne stoppera vraisemblablement pas le processus déjà enclenché, puisque nous savons déjà qu’il est innocent. Aujourd’hui nous avons l’évidence de l’absence des éléments qui pourraient confirmer une quelconque culpabilité de sa part. Les témoins de l’accusation ne cessent de tomber comme des châteaux de cartes. L’accusation, y compris la procureure en personne, ne cesse de se ridiculiser. Mais il faut savoir qu’ils n’ont pas peur du ridicule et même de l’humiliation. Donc disons que pour le moment il est encore tôt de parler de la libération de Gbagbo. Et d’ailleurs j’aimerai porter votre attention sur autre chose aussi qui caractérise ce système de la CPI. Lorsqu’ils arrivent au fait où ils ne peuvent ni condamner ni libérer l’accusé, il arrive aussi qu’il meurt tout simplement. Et nous avons déjà assisté à plusieurs morts de la sorte. On parle bien évidemment ici de morts violentes. Nous avons les exemples de Slobodan Milosevic, Slavko Dokmanovic, Milan Babic, et puis cette année même Zdravko Tolimir. Toujours dans cette même prison puisqu’il faut savoir que la prison du TPIY est la même que celle de la CPI. Ce n’est pas une simple tendance, c’est désormais une règle. Et cela suscite évidemment de très sérieuses inquiétudes.

Donc je serai d’accord sur le fait que votre hypothèse quant à une éventuelle libération puisse se réaliser mais il est encore tôt de penser que cette libération puisse avoir lieu uniquement parce qu’ils ont peur de la suite du retrait d’autres pays africains de la CPI.

Sputnik : Néanmoins on peut rester optimistes ?

Alexandre Mezyaev : Nous pouvons rester optimistes ne serait-ce que pour la raison qu’il n’y aucune preuve de la culpabilité des détenus Gbagbo et Blé Goudé. Au contraire, ce qui a été présenté par le bureau du procureur mérite d’engager des poursuites contre le bureau du procureur. D’ailleurs un exemple du passé : pratiquement toute l’équipe de défense de Jean-Pierre Bemba a été arrêtée et condamnée pour avoir soi-disant préparée de faux témoins, bien qu’il s’agissait surtout de frapper au moment où la défense était assez efficace. Ou rappelez-vous du premier témoin dans l’affaire Lubanga qui avait fini par dire que tous ses témoignages n’étaient que des mensonges et que c’est le bureau du procureur qui l’a incité à proférer ces mensonges. Quoique dans ce deuxième exemple, la cour a fait comme si rien ne s’était passé. Mais malgré tout cela nous pouvons rester en partie optimistes.

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Le Burundi ou le courage de tout un pays

Edouard Bizimana. Archive photo

Dans un monde où la multipolarité s’impose de jour en jour, il ne faut pas forcément être grand ou puissant pour assumer pleinement sa souveraineté et défendre ses intérêts nationaux.

Une conférence de presse a été organisée à Moscou par l’ambassade du Burundi en Russie. A ce titre l’ambassadeur burundais, Dr. Edouard Bizimana, a fait un exposé de la situation au Burundi, des pressions occidentales auxquelles fait face le pays, des éclairages politisés émanant des médias du mainstream occidental, de l’initiative de quitter la Cour pénale internationale (CPI) et des soutiens extérieurs.

Tout d’abord M. Bizimana a rappelé les raisons invoquées par certaines forces, intérieures comme extérieures, pour créer la déstabilisation dans le pays dans le cadre de la dernière élection présidentielle. Et avait expliqué les positions du gouvernement burundais. Il a également noté que les attaques armées contre les forces de l’ordre ne pouvaient plus être caractérisées comme étant des « manifestations pacifiques », ce sur quoi insistaient les élites occidentales, politiques comme médiatiques. En passant, cela ne vous rappelle rien? La Syrie? L’Ukraine? Le Venezuela? Comme quoi, les méthodes de « certains » restent les mêmes un peu partout.

Malgré les défis lancés à la nation burundaise et les grandes pressions extérieures, la situation a réussi à se stabiliser. Le pays a aujourd’hui retrouvé une vie normale. D’ailleurs un fait notoire qui a été rappelé par l’ambassadeur du Burundi: celui qu’aucune ambassade étrangère n’avait fermé ses portes à Bujumbura, y compris durant la période annoncée comme « critique » dans les médias occidentaux. M. Bizimana a aussi rappelé que les pays occidentaux avaient adopté la mauvaise approche dès le départ et devraient à ce titre revoir leur politique envers le Burundi. Une politique qui selon l’ambassadeur reste la recherche de la domination de la vie politique du pays et l’exploitation de ses ressources. Ce à quoi s’oppose radicalement le leadership de la République du Burundi.

L’ambassadeur burundais n’a pas manqué d’évoquer aussi la récente annonce du Burundi de quitter la Cour pénale internationale, décision largement soutenue par le parlement du pays, faisant du Burundi le premier pays africain à avoir officiellement annoncé son retrait de cette institution, accusée par de nombreux Africains et observateurs étrangers d’être une cour servant les intérêts néocolonialistes. Une décision pour rappel presque immédiatement suivie par l’Afrique du Sud, leader du continent africain ayant déjà rempli tout le protocole de retrait de la CPI, puis par la Gambie. A notre question posée à Dr. Bizimana afin d’avoir son opinion si ce processus de retrait de la CPI par les Etats africains serait global au niveau continental, y compris au niveau des pays francophones, l’ambassadeur s’est dit optimiste et croit effectivement à un retrait généralisé des pays africains de cette institution, à la réputation fortement négative.

Le représentant de la mission diplomatique burundaise en Russie n’a pas manqué de remercier les pays ayant soutenu le Burundi dans la défense de sa souveraineté nationale et ce malgré les fortes pressions exercées, aussi bien au niveau africain qu’externe. En l’occurrence la République démocratique du Congo, pays voisin du Burundi et avec lequel la coopération n’a jamais cessé, à la différence du Rwanda, autre voisin qui lui est accusé d’avoir participé aux tentatives de déstabilisation. En outre, la Russie et d’autres pays amis du Burundi ont été remerciés pour leur soutien international, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. L’ambassadeur a d’ailleurs rappelé que la Russie et le Burundi traversent actuellement un moment important de leurs relations bilatérales, aussi bien au niveau politique qu’économique. En parlant d’économie, des investisseurs russes s’intéressent à investir au Burundi, certains s’y sont déjà implantés.

Comme quoi et une fois de plus, le temps est plus que jamais au changement. Si les élites occidentales ont toujours du mal à se débarrasser de leur mentalité d’imposer un diktat dans ce qu’ils considèrent encore comme leur « pré-carré », l’exemple du Burundi, pays d’un petit plus de 10 millions d’habitants, confirme à lui seul que l’heure est plus que jamais à la souveraineté et à la dignité, dans un cadre multipolaire. Chaque nation, quelle qu’elle soit, est libre de choisir la politique à adopter pour son développement, de même que dans le choix de ses partenaires. Si l’Occident politique a encore beaucoup de mal sur ce sujet, il devra néanmoins se rendre rapidement à l’évidence, au risque de perdre tous ses intérêts en Afrique sur le long-terme. L’Afrique digne se réveille. Le processus enclenché par le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie vis-à-vis de la CPI ne fait que le confirmer. D’autres suivront sous peu. Quant aux puissances non-occidentales comme la Russie et la Chine, ou encore l’Iran, ils soutiendront certainement à leur niveau aussi ce processus qui ne compte nullement s’arrêter.

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