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Chine-Burundi: une alliance qui perdure

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Au moment où le continent africain représente dans le cadre du monde multipolaire l’un des terrains géopolitiques majeurs de ce XXIème siècle, Pékin y renforce tout son potentiel – économique, diplomatique, politique, sécuritaire. Le Burundi, partenaire de longue date de l’Empire du Milieu en Afrique en représente un exemple supplémentaire.

Le mois dernier, le conseiller d’Etat chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi avait rencontré le chef de la diplomatie burundaise Ezechiel Nibigira http://french.xinhuanet.com/afrique/2020-01/12/c_138698259.htm . Le diplomate chinois N°1 avait alors déclaré que le Burundi est «un ami de tous les temps» de la Chine en Afrique, tout en soulignant que la confiance mutuelle politique à haut niveau constitue un caractère essentiel des relations bilatérales, marquées aussi par un fort soutien mutuel.

Cette référence au soutien mutuel est effectivement très correcte. En effet, Bujumbura accorde un soutien ouvert et déclaré à la politique chinoise – en Afrique et plus généralement à l’international. Côté chinois, Pékin a plusieurs fois apporté son soutien avec son allié russe à la défense de la souveraineté burundaise, au moment où le pays se trouvait sous vive pression occidentale. Depuis cette solidarité mutuelle exprimée, l’interaction entre les deux pays ne fait que s’accentuer.

D’ailleurs c’est aussi cela qu’avait rappelé Wang Yi lors de la rencontre de janvier avec son homologue du Burundi: «La Chine remercie le pays africain pour son soutien sur les questions concernant les intérêts fondamentaux et les préoccupations majeures de la Chine, et est disposée à aider le Burundi à défendre sa souveraineté, son indépendance et ses droits légitimes».

Le Burundi, dont la superficie est inférieure à 28 000 km2 et avec une population d’environ 11 millions de personnes, se trouve dans la région stratégique des Grands Lacs, possédant un grand rivage sur le Lac Tanganyika. Le pays est entouré par la République démocratique du Congo à l’ouest, le Rwanda au nord et la Tanzanie au sud et à l’est. Etant une ancienne colonie belge, l’ex-métropole coloniale n’a cessé jusqu’à aujourd’hui à tenter de maintenir son influence sur le pays. Mais dans les pressions occidentales récentes sur Bujumbura, Bruxelles était loin d’être seul – Washington et Paris y «contribuaient» largement aussi. Et c’est justement à cette période que le soutien de l’axe sino-russe au Conseil de sécurité de l’ONU a été sur beaucoup de points crucial dans la préservation de la souveraineté burundaise. Sans oublier évidemment aussi l’importante mobilisation nationale à l’intérieur ayant permis de faire face efficacement aux interférences mentionnées.

Depuis, le leadership du Burundi s’est beaucoup rapproché de Pékin comme de Moscou – devenus ensemble des partenaires privilégiés de ce pays d’Afrique de l’Est. Dans le cas de la Chine, ce qui est particulièrement intéressant de noter dans ses actions récentes en direction de l’Afrique est qu’on assiste non plus seulement à la promotion des énormes intérêts économiques conjoints (y compris dans le cadre du grand projet de l’Initiative la Ceinture et la Route), mais aussi à une diplomatie efficace qui permet à Pékin et à ses alliés d’avoir des voix de soutien sur l’arène internationale, et notamment dans le cadre onusien.

L’Afrique qui compte plus d’une cinquantaine d’Etats a incontestablement son mot à dire dans le nouveau monde multipolaire. Et bien qu’un certain nombre de pays africains soient encore sous l’emprise occidentale, l’axe sino-africain s’affirme de plus en plus fortement à l’heure actuelle. Et c’est probablement la meilleure réponse possible au groupe de pays au passé colonial et présent néocolonial qui pensent toujours être en mesure de pouvoir « isoler » des Etats menant une politique indépendante et souveraine. Fort heureusement, les instruments de riposte efficaces et intelligents ne manquent pas dans la réalité d’aujourd’hui. Et ce au grand désarroi de ceux qui restent incapables, encore, de le comprendre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1385

Chine-Zimbabwe: unis face à l’unilatéralisme occidental

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Traditionnellement, le ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine se rend à chaque début d’une nouvelle année en terre africaine, une tradition qui ne change pas depuis les trente dernières années. Mais au-delà de l’aspect traditionnel de telles visites, le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a fait plusieurs déclarations importantes.

Le fait que l’Afrique représente l’une des principales priorités de la politique extérieure de Pékin est un fait connu. Parmi les principaux partenaires de l’Empire du Milieu sur le continent on retrouve évidemment le Zimbabwe. Les relations bilatérales ne datent d’ailleurs pas de l’époque récente, sachant que la Chine avait participé, tout comme en son temps l’URSS, au soutien à la lutte du peuple zimbabwéen contre le néocolonialisme britannique.

S’exprimant en conférence de presse avec son homologue zimbabwéen Sibusiso Moyo http://french.xinhuanet.com/afrique/2020-01/13/c_138701227.htm , le haut représentant chinois au-delà de rappeler la longue histoire de coopération et d’amitié qui lie la Chine à l’Afrique, et notamment au Zimbabwe, n’a en outre pas manqué de faire des déclarations qui ne plairont probablement pas à l’establishment occidental.

A commencer par l’appel de mettre fin aux sanctions occidentales unilatérales visant le Zimbabwe (des sanctions principalement étasuniennes et britanniques), exprimant ainsi sa solidarité avec Harare et les autres pays africains ayant participé à cet appel. «Les sanctions unilatérales imposées au Zimbabwe par certains pays et institutions n’ont aucune base en termes de droit international, et portent atteinte aux droits et aux intérêts de développement légitimes du Zimbabwe», a déclaré M. Wang.

Mais ce ne fut pas tout. Le conseiller d’Etat chinois et ministre des Affaires étrangères Wang Yi s’en est également pris à «l’unilatéralisme, des politiques de pouvoir et à la mentalité de la guerre froide» de certains Etats. Ajoutant qu’il était important de renforcer la communication et la coordination sino-africaines, de démontrer le pouvoir de la solidarité et de générer une voix unique pour préserver les droits légitimes des peuples chinois et africains dans le but de s’opposer à l’ingérence extérieure, de poursuivre l’équité et la justice et d’obtenir une vie meilleure.

Ce qui est intéressant à noter dans ces déclarations du chef de la diplomatie chinoise, c’est que désormais Pékin accentue sa voix non plus seulement sur les questions d’ordre économique le liant fortement avec les Etats africains, mais qu’on y retrouve une voix politico-diplomatique de première envergure, axée sur la défense de la multipolarité, sur le soutien à ses alliés, et une opposition ouverte et officielle aux politiques d’un certain nombre de capitales, qui se reconnaitront sans aucun doute.

Et connaissant tout le poids et la puissance du pays qu’il représente, que ce soit démographiquement, économiquement, politiquement et militairement parlant, il est bien peu probable que ces appels passent inaperçus. Ni du côté des pays occidentaux. Ni du côté des pays africains qui attachent une très grande importance aux déclarations venant de Pékin – devenu depuis déjà plusieurs années le principal partenaire économico-commercial du continent.

Pour revenir maintenant à la question des sanctions, y compris celles qui visent particulièrement le Zimbabwe (mais pas seulement), l’Occident politique – qui adorait depuis la fin de l’URSS à parler de sa capacité à faire isoler les Etats désobéissants – ne court-il pas au final le risque de se retrouver soi-même dans l’isolement?

Rien n’est impossible dans cette nouvelle ère. Représentant pas plus de 10% de la population terrestre, sachant d’autant plus que nombre de citoyens de pays occidentaux sont loin d’être solidaires avec leurs gouvernements respectifs, ayant en face des puissances dites «émergentes» qui dépassent déjà et dans plusieurs secteurs les économies dites «développées», les élites occidentales feraient au contraire bien mieux de sauter dans le dernier wagon du train multipolaire déjà en marche. Surtout face au duo russo-chinois au Conseil de sécurité de l’ONU et à la grande majorité de pays n’appartenant pas au monde occidental. L’Afrique, à elle seule, représente plus d’une cinquantaine de pays-membres de l’ONU, parmi lesquels de nombreux assument aujourd’hui pleinement leur indépendance et leur souveraineté. La minorité sanctionnant donc une majorité risque fortement à terme de se retrouver soi-même sanctionnée et isolée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Bataille médiatique sino-étasunienne en Afrique: lorsque le nombre ne signifie pas résultat

MEDIA

Si les Etats-Unis en particulier, et l’Occident politique de façon générale, s’inquiètent ardemment de la puissance géoéconomique et géopolitique de Pékin sur le continent africain, un autre domaine auquel l’Empire du Milieu attache aujourd’hui de l’importance fait lui aussi trembler les élites occidentales.

Si le paysage médiatique africain était jusqu’à encore récemment dominé par les médias mainstream occidentaux et leurs partenaires locaux, quel que soit le type de médias d’ailleurs: télévision, radio, presse écrite, aujourd’hui on assiste réellement à une révolution dans ce secteur. En effet, les Africains, jeunes et moins jeunes, s’intéressent avec grande attention aux informations des médias dits alternatifs, étrangers comme africains, dont la ligne éditoriale inquiète fortement les intérêts de l’Occident.

Pourtant les moyens financiers sont incomparables. Face aux principaux médias étasuniens, britanniques, français, allemands et autres, les projets médiatiques des pays BRICS et des médias panafricains ont nettement un poids financier inférieur. Mais malgré cette évidence, l’Occident politico-médiatique continue de perdre des points. Pour quelle raison?

Eh bien la réponse est assez surprenante. A l’instar d’une perte de confiance massive des populations des pays occidentaux vis-à-vis des médias les plus puissants appartenant à leur «monde», au sein des sociétés africaines le rejet parait encore plus important. Et vraisemblablement, cela est loin d’être dû au simple fait du passé colonial et néocolonial des pays d’origine des médias mainstream, mais surtout à la façon que ces structures médiatiques avaient pris l’habitude de traiter l’information.

Pour exemple, les nombreuses campagnes médiatiques hostiles aux projets chinois sur le continent africain n’ont non seulement pas apporter le résultat souhaité par les commanditaires des dites campagnes, mais ont au contraire renforcé les sympathies de nombreux citoyens africains vis-à-vis de Pékin. Et ce, pas tellement par «amour» envers l’Empire du Milieu, mais plutôt en raison d’une part d’un rejet des méthodes occidentales sur le continent, de l’autre une volonté d’avoir une alternative digne de ce nom parmi les partenaires extracontinentaux, enfin et cela est tout aussi important il s’agit vraisemblablement d’une ferme volonté de l’écrasante majorité d’Africains de pouvoir faire le choix, sans interférence extérieure, de leurs partenaires.

Au fil des années écoulées, Pékin n’a pas adopté un simple rôle d’observateur. Si dans un premier temps, la Chine se contentait de réaliser ses innombrables projets de partenariat avec les pays africains, lui ayant permis de devenir aujourd’hui tout simplement le principal partenaire économico-commercial de l’Afrique avec un volume d’échange de 200 milliards de dollars, depuis un temps plus récent elle a décidé d’imposer sa présence médiatique, tout en restant fidèle à sa philosophie.

Mis à part le lancement en 2012 du bureau africain de la chaine internationale chinoise CGTN dans la capitale kenyane Nairobi, et d’un travail de plus en plus orienté sur l’Afrique de ses agences de presse, notamment Xinhua, Pékin a aussi beaucoup misé sur l’enseignement destiné aux jeunes africains. Ainsi, chaque année près d’un millier de journalistes originaires de divers pays d’Afrique suivent des programmes de formation en terre chinoise http://www.slate.fr/story/180855/afrique-chine-renforcement-presence-mediatique-numerique

Ce n’est évidemment pas tout car Pékin investit aussi dans nombre de médias locaux, principalement dans les pays où la présence de ses intérêts économico-commerciaux est la plus importante. De façon plus générale, la Chine a pleinement accepté le défi de ceux qui dès le départ souhaitaient lui mettre des bâtons dans les roues dans son expansion géoéconomique. Le tout à un moment où l’opposition nette et évidente entre les partisans d’un monde multipolaire devenu réalité et ceux qui désirent un retour à l’ordre unipolaire post-guerre froide rentre chaque jour un peu plus dans sa phase active. Et à ce titre, le domaine des médias n’y échappe pas. Bien qu’il faille garder à l’esprit que face aux CNN, Bloomberg, CNBC ou encore Voice of America, pour ne citer que ceux-là, sans oublier les instruments médiatiques des autres pays occidentaux, les projets médiatiques chinois en Afrique restent en nombres nettement inférieurs. Tout comme du point de vue des budgets alloués.

Mais ce que les USA et plus globalement parlant l’Occident politique n’arrivent (toujours) pas à réaliser, c’est que dans le monde contemporain les grands moyens, notamment financiers, ne suffisent plus pour imposer sa donne. A l’heure d’une information pouvant être obtenue à grande vitesse, et via différents instruments, les peuples du monde deviennent eux-mêmes des analystes potentiels. Et c’est justement dans ce cadre analytique que tout se joue. En ce sens, les sociétés africaines ont non seulement aucun retard quant aux prétendus pays «développés», mais sur nombre de points sont même en avance. Cela est dû peut-être au fait qu’à force d’être la visée d’un grand nombre d’intérêts, les Africains comprennent aujourd’hui toutes les potentialités et les atouts que possède leur continent. Et qu’à partir de cette réalité, vient ensuite la partie analytique et comparative des partenaires – certains jurant d’apporter «liberté, justice et démocratie» sous le couvercle de prétendues valeurs «universelles», le tout avec un agenda qui diffère fortement des intentions annoncées. De l’autre ceux qui évitent de donner des leçons et tout en pensant évidemment à leurs propres intérêts, apportent des projets qui donnent un certain sens au mot «développement».

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’avoir le plus grand budget militaire pour avoir les armes les plus sophistiquées. Et dans la nouvelle réalité mondiale, le domaine médiatique le confirme pleinement aussi. Les capacités budgétaires allouées aux campagnes médiatiques ne sont plus vraiment en mesure de voiler des pratiques allant à l’encontre des belles paroles prononcées. Et à ce titre, Pékin a une nette longueur d’avance sur Washington et consorts.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1202

Les tentatives de percée wahhabite en Afrique

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Alors que l’Afrique représente désormais un terrain majeur de concurrence géopolitique et géoéconomique pour les principales puissances internationales, en premier lieu les pays occidentaux et la Chine, sans oublier le retour désormais confirmé de la Russie, il n’empêche que plusieurs autres Etats, principalement des puissances régionales, confirment leur grand intérêt pour ce continent. Y compris dans la propagation d’une idéologie radicale.

Au-delà des acteurs cités ci-haut, le continent représente un terrain propice pour plusieurs autres pays : Inde, Brésil, Turquie, Japon, Corée du Sud, Emirats arabes unis, Iran ou encore l’Arabie saoudite. Cette dernière, bien que ne faisant pas partie des principaux partenaires économico-commerciaux d’Afrique, ne frémit pas dans ses tentatives d’étendre maximalement son influence, principalement au sein des pays d’Afrique subsaharienne possédant des populations majoritairement musulmanes, ou d’importantes minorités.

A la base le concept est tout à fait normal, sachant que la tradition de collaborer entre pays musulmans, y compris appartenant à des régions et continents différents, reste une pratique répandue, et ce pour de nombreux pays. Plusieurs d’entre eux exercent d’ailleurs aujourd’hui une influence au-delà de leurs frontières : que ce soit la Turquie, le Maroc, l’Egypte, l’Iran, ou encore le Qatar et les Emirats arabes unis – ces deux derniers devenus très actifs depuis les dernières années grâce aux énormes capacités d’investissement, et souvent dans une optique de confrontation idéologico-politique qui les oppose. Le cas saoudien, lui, reste tout de même un cas particulier. Et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il serait juste de rappeler que les tentatives de répandre son influence, notamment via son idéologie wahhabite, remonte déjà aux années 1960, et ce dans le but de contrer aussi bien l’idéologie panarabe nationaliste, que des courants modérés ou encore dits « réformistes ». Cette offensive va en outre dépasser les frontières du monde arabe, pour s’étendre jusqu’à l’Afghanistan, où durant la guerre de 1979-1989 l’idéologie wahhabite s’est radicalement confrontée à l’URSS et à ses alliés progressistes afghans, le tout en alliance avec Washington.

« L’exportation » wahhabite ne s’est d’ailleurs pas limitée à la seule période de guerre froide. La Russie post-soviétique en sait quelque chose. A ce titre, les prédicateurs wahhabites furent très actifs durant les deux guerres en Tchétchénie, durant lesquelles leur objectif était clair et radical : imposer aux populations musulmanes russes une vision de l’islam qui ne correspondait aucunement aux valeurs et traditions de celles-ci. Dans le cas russe et bien vite, les antagonismes monteront entre les musulmans tchétchènes d’un côté, y compris ceux qui avaient au départ soutenu l’option séparatiste vis-à-vis de la Russie, et les « prédicateurs » golfistes non invités avec leurs adeptes de l’autre.

Au final, les extrémistes wahhabites ne réussiront pas à mettre à bien leurs projets en terre russe et seront anéantis dans le cadre de la lutte antiterroriste, conduite aussi bien par les forces spéciales fédérales, que les unités tchétchènes, sans oublier la mobilisation populaire, comme celle de la République fédérée russe du Daguestan en 1999.

Pour autant, les tentatives de poursuivre l’exportation wahhabite n’ont jamais vraiment cessé de la part de l’Arabie saoudite. Si dans la crise syrienne et à l’instar des autres forces ayant souhaité détruire la République arabe, le projet est tombé à l’eau, et que dans les pays d’Afrique du Nord ces projets ont peu de chance, malgré les tentatives, d’aboutir connaissant un fort attachement de la plupart des pays concernés à un islam traditionnel, conforme aux traditions des nations concernées et possédant une capacité souveraine de défense (hors la Libye version actuelle), le cas de l’Afrique subsaharienne diffère.

En effet, les nombreux pays du sud du Sahara confrontés à des problèmes d’instabilité et d’insécurité, restent des terrains propices à la propagation d’idéologies extrémistes, parmi lesquelles le wahhabisme et le salafisme occupent une place de « choix ». Dans la zone de mire : les pays du Sahel, qui sont confrontés à de nombreuses cellules terroristes, ces dernières idéologiquement proches de la vision wahhabite. Et le danger ne cesse de croitre.

Le danger est d’autant plus visible que les pays africains s’appuient eux-aussi sur un islam traditionnel, pour beaucoup d’ailleurs sur la tradition soufie, et en conformité avec les traditions ancestrales des peuples concernés. En ce sens la situation rappelle fortement celle du Caucase russe des années 1990, où une vision extrémiste et étrangère ait tenté d’imposer aux populations locales une idéologie radicale et qui ne pouvaient être acceptée par la très grande majorité des musulmans de Russie.

Si en Russie comme en Syrie, ces projets ont échoué, l’Afrique subsaharienne doit faire face à de nombreux autres défis qui l’empêchent de contrer efficacement une idéologie extrémiste et étrangère aux traditions africaines. Et parmi ces défis, on retrouve la question de la souveraineté nationale, sans laquelle il sera toujours très compliqué, voire impossible, de pouvoir assurer une défense efficace face aux menaces extrémistes et terroristes. A ce titre, la situation au Mali en est d’ailleurs très révélatrice. Du moment que la pleine souveraineté est obtenue, il est alors possible de choisir les partenaires pouvant proposer une collaboration efficace, notamment sur le plan sécuritaire, tout en respectant la souveraineté du pays concerné. Et tant que cette étape ne sera pas franchie, les pays concernés resteront vraisemblablement sous la menace extrémiste, mettant en danger non seulement la vie des populations, mais aussi leurs traditions et valeurs ancestrales.

Quant à l’implication de l’Etat saoudien dans la propagation de l’idéologie wahhabite, bien que les autorités de Riyad aiment rappeler à chaque occasion leur opposition au terrorisme et à l’extrémisme, le fait est que de nombreuses structures d’obédience wahhabite et liées à des prédicateurs saoudiens, poursuivent leurs activités à l’international, avec vraisemblablement l’accord tacite du leadership de ce pays. Le tout sans oublier, que de nombreux partisans de cette idéologie se trouvent également au-delà des frontières saoudiennes, notamment chez le voisin devenu concurrent – le Qatar, lui aussi ayant de grandes ambitions sur l’arène internationale. Des ambitions dans lesquelles l’Afrique ne fait pas exception.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Christophe Raineteau: visage contemporain du mercenariat français en Afrique

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La France, en tant qu’Etat ayant une longue histoire coloniale et néocoloniale, dont une large partie en Afrique, est aussi connue pour ses tristement célèbres mercenaires, ayant opéré durant de longues années sur le continent africain, notamment dans le cadre du système communément appelé «Françafrique».

Le plus connu d’entre eux est certainement Bob Denard, dont les activités au service du néocolonialisme de son pays s’étendirent à nombre de pays africains: Congo, Nigéria, Bénin, Gabon, Angola ou encore les Comores. Décédé en 2007, sa mort pour de nombreux observateurs signifiait une sorte de fin d’une longue page de mercenariat français en Afrique. Mais ce fut loin d’être le cas. Dans le refus d’accepter le respect de la souveraineté de ses anciennes colonies, Paris a aujourd’hui de nouveaux personnages sur qui il peut miser. L’un de ces mercenaires contemporains n’est autre qu’un certain Christophe Raineteau, surnommé Alpha.

Actif dans plusieurs pays africains, c’est en République centrafricaine que ses activités de déstabilisation feront particulièrement parler de lui, au point que Bangui accusera ledit citoyen français de terrorisme et lancera un mandat d’arrêt à son encontre, ainsi que de son compatriote Bernard Cousin.

Déjà fin mai 2018, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, dans un entretien à la chaine de télévision France 24, a fait mention de ces deux citoyens français en qualité de déstabilisateurs de son pays: «ils manipulent certains hommes politiques, des groupes armés et une partie de la société civile en Afrique centrale dans le seul but de déstabiliser le gouvernement démocratique de Bangui» https://youtu.be/jTQF42IIKVA

Les tentatives de déstabilisation françaises contre la Centrafrique, via notamment ces mercenaires, ne sont pas anodines. La RCA, longtemps considérée comme la chasse gardée de Paris, est rentrée depuis les dernières années en alliance avec la Russie, dont les instructeurs participent à la formation des Forces armées centrafricaines (FACA), sans oublier plusieurs projets bilatéraux en cours de développement entre les deux pays, sur une base légale et conformément à la souveraineté des deux nations.

Il n’est donc aucunement surprenant qu’un Raineteau soit utilisé par des cercles obscurs de l’Elysée dans des opérations visant à déstabiliser un Etat africain qui assume de plus en plus sa souveraineté, y compris dans le choix de ses partenaires extérieurs. Et ce malgré le fait que le président centrafricain Touadéra est connu pour être un intellectuel qui s’est fixé le ferme objectif d’apporter la paix et le développement pour son pays, après des années de chaos et d’affrontements, notamment inter-religieux. Et malgré aussi le fait d’avoir été élu dans un cadre démocratique. Mais peu importe la démocratie et la volonté réelle de sortir son pays des années sombres récentes, Paris et ses hommes de main n’ont que faire de la souveraineté de cet Etat.

A noter qu’un mandat d’arrêt a été émis par la RCA à l’encontre de ces deux personnages en décembre dernier, sur la base de dix paragraphes d’accusation, parmi lesquels les actes de terrorisme, les meurtres et la destruction de la sécurité intérieure de l’Etat. Christophe Raineteau se trouvant de passage au Madagascar sera même arrêté par les autorités malgaches en vue d’une extradition vers la Centrafrique pour y être jugé, mais sous pression des autorités françaises fut relâché et a pu regagner la métropole, au grand dam des autorités centrafricaines https://www.nofi.media/2019/03/christophe-raineteau-2/63723

Evidemment, Raineteau nie les accusations qui sont portées à son encontre depuis Bangui. Il se présente lui-même comme un «aventurier humaniste», et dont les activités sont avant tout liées au «consulting de géopolitique africaine» pour des entreprises clientes. Quoi qu’il en soit et malgré la poursuite vraisemblable de ses activités dans nombre de pays africains, il n’est pas prêt à remettre les pieds sur le sol centrafricain.

L’histoire de ce mercenaire français est en réalité bien plus qu’une nouvelle page de mercenariat occidental en Afrique. Elle est surtout l’image d’une politique qui prétend parler au nom des valeurs dites «universelles» et de promotion de la «démocratie», mais avec comme fond un néocolonialisme aujourd’hui pratiquement impossible à voiler. Qu’un chef d’Etat d’un pays souverain soit élu démocratiquement et ayant pour objectif de changer radicalement les choses, d’y apporter la paix, la sécurité et le développement – tout cela préoccupe bien peu l’Elysée, et plus généralement les élites politiques occidentales. Les objectifs de ces derniers restent les mêmes et ne sont pas prêts de changer : maintenir le contrôle des anciennes colonies sous le diktat politique, armé et économique, sans oublier le contrôle des ressources naturelles des pays en question. Et peu importe si pour cela il faille maintenir la souffrance des populations locales, qui à défaut d’être massacrées, n’auront d’autre choix que de prendre la voie de l’immigration. «L’humanisme» libéral-occidental dans toute sa splendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le mercenariat US en Afrique: une réalité difficile à voiler

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Alors que les pays du continent africain semblent plus que jamais déterminés à prendre en main leur destin et défendre jalousement leur souveraineté, du moins dans une partie notable de ce continent représentant l’avenir, les Etats occidentaux ne l’entendent pas de cette oreille. Critiques ardentes des partenaires chinois et russe, ainsi que des présidents africains menant une politique indépendante et multilatérale, l’Occident et bien évidemment les USA, ne mâchent pas leurs mots. Tout cela, en essayant tant bien que mal de masquer leurs véritables actions au cours des décennies passées et jusqu’à aujourd’hui. Rappel.

Les Etats-Unis d’Amérique, plus que jamais inquiets dans l’observation de plus en plus évidente de perte de leur leadership mondial sur les plans géopolitique comme géoéconomique, le tout dans un monde multipolaire en ébullition, ne cessent d’hystériser quant aux succès des grandes puissances civilisationnelles et indépendantes, en premier lieu de la Russie et de la Chine, ainsi qu’en ce qui concerne la prise de conscience des peuples à différents endroits du monde. L’Afrique ne fait pas exception.

Ces attaques politico-diplomatico-médiatiques occidentales visent aussi bien l’interaction sino-africaine, devenue aujourd’hui incontournable, que celle de l’Afrique avec la Russie, cette dernière étant aujourd’hui de retour et de plus en plus présente sur le continent africain. Si dans le cas de la Chine, les dites accusations visent principalement l’économie, le mainstream politique et médiatique de l’Ouest insistant sur le «piège» de Pékin au niveau économique et financier prétendument tendu aux Etats africains, dans le cas de la Russie les attaques concernent elles l’interaction grandissante sur le plan sécuritaire et politique, même si l’économie est elle aussi présente, certes de façon encore bien moins importante que dans le cas de la Chine.

Plus que cela, les médias occidentaux ne cessent de trouver des «mercenaires» russes à divers endroits d’Afrique. En omettant souvent de rappeler que la présence russe sur le continent se fait en conformité des accords conclus de façon souveraine entre les pays africains concernés et la Russie. Et puis en parlant de mercenariat, l’Occident n’oublie-t-il pas les pages obscures qui le concernent à ce sujet et les crimes qui en ressortent?

De l’assassinat de Patrice Lumumba au Congo avec la participation directe d’agents étasuniens en passant par le Zimbabwe ou encore l’Angola, les intervenants US ont attenté à maintes reprises à la souveraineté et à la dignité africaine. Le tout dans un esprit purement néocolonial. Si l’on sait aujourd’hui que l’assassinat barbare du grand leader congolais Lumumba a été décidé et validé au plus haut de l’Etat étasunien, avec la participation directe de la CIA et des services secrets belges, on sait aussi que Washington a utilisé plusieurs de ses mercenaires dans des opérations contre les mouvements progressistes africains. Parmi les mouvements visés l’ANC sud-africain, le MPLA angolais, la SWAPO namibienne ou encore le FRELIMO mozambicain. En passant presque toujours en coordination directe avec le régime raciste sud-africain de l’apartheid de l’époque.

Si les noms des mercenaires US tels que George Bacon, Thomas W. Chittum ou encore Robert C. MacKenzie, pour beaucoup ne disent pas grand-chose, il faut savoir que pour les pays africains où ces personnages ont agi, ils sont bien connus. Ou encore le groupe «The Crippled Eagles» – nom informel «d’expatriés» US ayant participé à la Guerre du Bush de Rhodésie du Sud aux côtés des forces néocoloniales de la République de Rhodésie du Sud de l’époque face aux guérilleros de la ZIPRA et de la ZANLA.

Cela sans oublier la guerre d’Angola, à l’issue de laquelle plusieurs mercenaires occidentaux, dont étasuniens, seront condamnés par l’Etat angolais à des peines allant de 16 ans d’emprisonnement à la peine de mort, pour leurs actions contre le pays.

Evidemment, certains seraient tentés de dire que ces actions occidentales de mercenariat et de déstabilisation se faisaient dans le cadre d’une certaine époque, communément appelée «Guerre froide». Le seul souci c’est que l’esprit néocolonial occidental de l’époque et celui d’aujourd’hui n’a pas vraiment évolué. A ce titre la concurrence entre les Etats-Unis et la Russie dans le volet sécuritaire en Afrique entre aujourd’hui dans une phase de plus en plus active. C’est dans ce contexte qu’il faut vraisemblablement voir les attaques récentes de l’establishment politique comme médiatique de l’Ouest visant aussi bien les intérêts russes et chinois, que ceux des souverainistes africains.

On a beau à posséder la puissance militaire, économique, géopolitique et médiatique, le fait est que la vérité est têtue et difficile de pouvoir l’effacer. Dans cette optique, le mieux que l’Occident aurait aujourd’hui à faire serait de changer de politique vis-à-vis des nations indépendantes non-occidentales. Mais bien que le monde multipolaire ait prouvé toute sa viabilité, les élites occidentales elles ne sont toujours pas prêtes à accepter la nouvelle réalité et surtout être en mesure de se regarder objectivement dans le miroir. Compte tenu de cela, les déstabilisations étasuniennes, et occidentales en général, en Afrique comme ailleurs, se poursuivront incontestablement.

 Mikhail Gamandiy-Egorov

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Premier Forum social russo-africain: pour un envol des relations bilatérales

Afrique

Les relations russo-africaines ont le vent en poupe. Le premier Forum social russo-africain à Moscou confirme l’étroitesse des liens entre l’Afrique et la Russie. Un succès qui en annonce d’autres, puisque cet événement prépare notamment le premier Sommet Afrique-Russie de 2019. Retour sur un colloque riche en enseignements.

C’est une innovation dans la relation entre la Russie et les pays africains: l’African Business Initiative a organisé le premier Forum social russo-africain à Moscou.

Cette rencontre, organisée dans le cadre de la promotion des relations russo-africaines, notamment au niveau économico-commercial, prépare le terrain au premier forum d’affaires, et surtout au premier Sommet Afrique-Russie, qui devrait avoir lieu en 2019.

Y ont pris part des représentants russes et africains du monde diplomatique, politique, scientifique, des affaires, des médias et de la société civile. De nombreux représentants africains étaient d’ailleurs diplômés des universités soviétiques et russes. Côté pays hôte, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, ainsi que le vice-ministre des Affaires étrangères et représentant spécial du président russe pour l’Afrique et le Moyen-Orient, Mikhail Bogdanov, étaient présents.

Ce colloque comprenait plusieurs séances plénières et tables rondes, qui ont couvert presque tous les sujets d’intérêt russo-africain. Plusieurs points importants ont été soulevés, notamment l’objectif d’augmenter considérablement le nombre d’étudiants africains dans les universités russes, de faciliter aux étudiants l’accès aux stages et au marché du travail russe durant leurs études et d’assurer le suivi des succès post-études des diplômés africains. Sur le plan des affaires, l’accent a été mis sur la nécessité de collaborer dans un esprit gagnant-gagnant, de créer des projets avec une responsabilité sociale des entreprises et bien sûr la création d’emplois pour les populations africaines.

Sur le plan politico-diplomatique, M. Lavrov n’a pas manqué de rappeler plusieurs points importants, des points ayant reçu l’approbation des participants, dont deux méritent une attention particulière. Le ministre des Affaires étrangères a souligné que «la Russie n’a pas à se reprocher des crimes coloniaux. Au contraire, elle a accompagné les luttes d’indépendance en Afrique». Il a aussi martelé un slogan —«aux problèmes africains, des solutions africaines»- qui mettait l’accent sur le respect de la souveraineté de l’Afrique, tellement de fois remise en cause par certains États.

La Russie en Afrique peut déjà compter sur plusieurs atouts: absence d’histoire coloniale, soutien aux luttes d’indépendance des nations africaines, mais également durant la période post-indépendance; en outre, la Russie n’a jamais pillé les ressources du continent. À ce titre, le Dr Edimo Mongory, économiste camerounais qui est récemment intervenu en qualité d’expert dans l’une des émissions de la chaîne TV Afrique Média —la télévision panafricaine- a déclaré que «la Russie est probablement le seul pays du monde qui a plus donné à l’Afrique qu’il n’en a pris». Déclaration difficilement contestable.

L’autre atout évident de la Russie en Afrique, ce sont effectivement les milliers de cadres africains ayant été formés dans les universités soviétiques et russes et qui, dans leur grande majorité, continuent de porter le pays de leurs études dans leur cœur. Plusieurs d’entre eux occupent aujourd’hui des positions de haut rang dans leurs pays respectifs.

Mais ce qui peut paraître paradoxal, c’est qu’au-delà des amis naturels de la Russie sur le continent africain —comme ces diplômés- la Russie peut compter sur des milliers de représentants de la société civile africaine, notamment de la jeunesse, qui bien que n’ayant pas été formés sur le sol russe et ne parlant pas la langue de Pouchkine, soutiennent néanmoins activement la politique actuelle de la Russie. Et c’est probablement cette jeunesse aussi qui jouera un rôle stratégique dans la suite des relations Afrique-Russie, n’en déplaise aux détracteurs de la Russie et de sa présence en Afrique.

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Mikhail Gamandiy-Egorov