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Eurasie & Afrique: les priorités de la politique étrangère de l’Iran

La République islamique d’Iran renforce ses positions à divers endroits de la planète, infirmant chaque jour un peu plus les tentatives d’isolement de la part de ses adversaires. Si au Moyen-Orient et plus généralement sur la scène régionale, le rôle de premier plan de Téhéran n’est plus à présenter, les intérêts du pays poursuivent un élargissement géographique et stratégique évident.

Les intérêts extérieurs de l’Iran ne se limitent plus à la région d’appartenance. En effet, la République islamique devient de plus en plus présente en dehors de la sphère régionale, comme c’est notamment le cas dans nombre de pays d’Amérique latine avec lesquels Téhéran entretient des relations d’alliance de plus en plus poussées, dont le Venezuela mais également avec Cuba, la Bolivie ou encore le Nicaragua.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, une ligne stratégique est clairement affichée. A savoir, qu’au-delà de la poursuite de la défense de ses intérêts nationaux, régionaux et internationaux dans un cadre résolument pro-multipolaire dont le pays est d’ailleurs l’un des principaux promoteurs, l’Iran mise beaucoup sur deux axes d’importance stratégique: l’Eurasie et l’Afrique.

Dans le premier cas, cela est d’ailleurs quelque chose de parfaitement naturel sachant que l’Iran est lui-même une nation eurasienne. Mais la simple appartenance à la grande famille eurasienne sur le plan historico-culturel s’élargit résolument désormais vers l’intégration au sein de grandes structures internationales basées dans l’espace eurasiatique, et ce dans plusieurs sphères stratégiques: défense, sécurité, économie.

Parmi ces structures figurent l’Union économique eurasiatique (UEEA), composée actuellement de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de l’Arménie et du Kirghizistan, ainsi que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont font partie la Chine, la Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, ainsi que l’Inde et le Pakistan. En ce qui concerne justement l’OCS, l’Iran y est déjà membre-observateur et souhaite devenir membre à part entière. Une pleine adhésion soutenue d’ailleurs par la Russie et certainement la Chine qui partage elle aussi une alliance stratégique avec Téhéran.

Une chose demeure sûre: l’intégration de l’Iran dans le grand espace eurasien, le tout en coordination avec ses alliés russe et chinois, se poursuivra inévitablement. D’autant plus que les trois pays concernés sont considérés comme les trois principaux adversaires géopolitiques par l’establishment washingtonien.

L’Afrique représente également une orientation prioritaire de la politique étrangère iranienne. Le tout à l’heure des bouleversements de grande envergure sur le continent touchant aux intérêts des puissances occidentales, d’obédience anglo-saxonne ou hexagonale – de plus en plus remis en cause aussi bien par le leadership de nombre de pays africains, que par une très large partie de l’opinion publique panafricaine.

En ce sens, l’Iran appuie, à l’instar de Moscou et de Pékin, une posture opposée au néocolonialisme occidental et qui trouve un écho largement favorable au sein de la société civile continentale. En outre, de nombreux pays africains interagissent dans la sphère politico-diplomatique, économique et sécuritaire de plus en plus activement avec la nation perse.

Si cette montée en puissance est fortement mal vue à Washington et dans nombre de capitales occidentales au passé colonial et à la posture toujours néocoloniale, il y a un autre acteur qui s’inquiète vivement d’un tel développement: Israël. En effet et après l’échec retentissant de tenter à isoler l’Iran sur la scène régionale et internationale, le continent africain devient un autre terrain de l’opposition entre Téhéran et Tel-Aviv.

Si ce dernier peut compter sur un certain nombre de soutiens sur le continent, ce qui lui a permis d’obtenir le statut d’observateur au sein de l’Union africaine (UA), il n’empêche que plusieurs des principales puissances continentales africaines se sont clairement opposées à cette perspective, démontrant par la même occasion que rien n’est encore acquis pour l’Etat sioniste sur la scène africaine. Parmi elles – le Nigéria (première puissance économique, première population et quatrième puissance militaire du continent), l’Afrique du Sud (troisième puissance économique et militaire africaine), ainsi que l’Algérie (premier pays africain en superficie, quatrième puissance économique et deuxième puissance militaire continentale). En d’autres termes – les trois des quatre principales puissances africaines avec lesquelles l’Iran entretient des relations intéressantes et qui continuent de se développer.

Quant à l’Egypte (deuxième puissance économique et première puissance militaire d’Afrique), qui s’est d’ailleurs également opposée au statut d’observateur d’Israël à l’UA, bien que n’entretenant pas pour le moment des relations très cordiales avec Téhéran – cela pourrait être amené à changer, notamment dans le cadre des pourparlers de normalisation en cours entre l’Iran et certains pays arabes. Rajoutant encore plus de poids aux positions iraniennes sur la scène continentale en interaction avec les principales puissances africaines.

Ce qui est certain, c’est que toute la rhétorique récente, qui émanait aussi bien de Washington, Tel-Aviv, que de leurs partenaires proches, tout au long de ces dernières années – n’a plus aucun sens aujourd’hui. L’Iran non seulement ne s’est pas retrouvé isolé mais n’a probablement jamais été aussi influent sur la scène régionale et internationale au cours de son histoire contemporaine. L’intégration stratégique au sein de l’espace eurasien, de concert et en coordination avec la Russie et la Chine, de même qu’une politique active sur le continent africain contribueront fort probablement à un renforcement non seulement des positions iraniennes sur la scène internationale, mais également à l’axe des partisans résolus de la multipolarité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Algérie conforte sa place de puissance militaire

La République algérienne mise sur la constance. La puissance militaire indéniable du pays s’appuie sur un partenariat historique, notamment avec la Russie et la Chine, et aucun des adversaires des cités ne peut jusqu’à maintenant pouvoir faire basculer la donne dans le domaine de l’interaction militaro-technique d’Alger.

L’Algérie maintient sa place indiscutable de la deuxième puissance militaire du continent africain, selon le classement du portail américain Global Fire Power pour l’année 2021.Au niveau mondial, le pays est monté d’une place – passant en une année de la 28ème à la 27ème place du classement.

La constance de l’Etat algérien est également dans le choix de ses principaux partenaires militaro-techniques: la Russie (représentant 69% des livraisons) et la Chine (près de 10%). Le pays fait également partie du Top 10 des principaux importateurs d’armements au niveau mondial.

Si l’interaction russo-algérienne dans le partenariat militaro-technique est effectivement restée au plus haut niveau stratégique, ce n’est pas faute pour nombre de pays occidentaux, dont la France, à avoir tenté de modifier la donne. Ou encore les Etats-Unis, ayant menacé de nombreux pays de sanctions économiques pour des contrats d’armement avec la Russie (la fameuse loi CAATSA qui vise «à contrer les ennemis des USA par le biais des sanctions»). Des USA qui n’ont également pas réussi à pouvoir bouleverser d’une quelconque façon la donne dans le partenariat stratégique entre l’Algérie et la Russie dans la sphère militaro-technique.

En d’autres termes – les campagnes de lobbying à l’élyséenne ou les menaces et intimidations à la washingtonienne – n’ont pas été des éléments jusqu’à maintenant convaincants dans les choix stratégiques de l’Algérie. Confirmant par la même occasion une approche pleinement indépendante et souveraine.

Si de nombreuses forces hostiles à Alger critiquent cette interaction avec la Russie, qu’il ne leur déplaise que c’est justement grâce à cette capacité défensive indéniable, que l’Algérie peut se tenir prête à toute tentative de déstabilisation ou d’agression extérieure, à l’instar de ce qui s’est passé en Libye. Un tel scénario est aujourd’hui inconcevable sur le sol algérien.

La puissance et la capacité défensive de l’armée algérienne est d’autant plus importante que suite à l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, le chaos et la menace terroriste se sont propagés à de nombreux endroits de la région, notamment au Sahel. Un Sahel en proie à l’instabilité et dans lequel la présence militaire de troupes françaises et étasuniennes n’a apporté aucune amélioration de la situation. Au contraire, de nombreux observateurs parlent d’une détérioration évidente, qui risque d’autant plus de s’amplifier.

D’où l’importance d’une armée régionale forte, efficace, pouvant faire faire aux défis sécuritaires, tout en maintenant une politique constante, y compris dans le choix de ses partenaires historico-stratégiques. L’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le domaine militaro-technique au niveau mondial, et représente pour Moscou son deuxième partenaire économico-commercial au niveau continental africain. Le pays fait également partie des principaux partenaires de la Chine en Afrique. Cette constance dans les choix stratégiques est également une arme qu’il ne faut pas négliger.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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ONU: une nouvelle coalition pro-multipolaire se forme

La récente initiative à l’ONU de plusieurs pays voulant défendre la Charte des Nations unies et contrer les attaques visant le multilatéralisme dans les relations internationales confirme une fois de plus la détermination évidente des partisans du concept multipolaire mondial.

17 pays membres de l’ONU s’unissent dans la création du Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations unies, en mettant un accent particulier sur la défense du multilatéralisme, tout en repoussant le recours à la force ou même à sa menace, ainsi que l’imposition des sanctions unilatérales.

Les membres fondateurs du groupe étant: la Chine, la Russie, l’Iran, la Syrie, la Bolivie, l’Algérie, l’Angola, la Biélorussie, Cuba, le Cambodge, la Corée du Nord, l’Erythrée, le Laos, le Nicaragua, la Palestine, le Venezuela, ainsi que Saint-Vincent-et-les-Grenadines. D’autres nations sont par ailleurs invitées à se joindre à cette initiative dans le cadre onusien.

Les initiateurs de cette coalition indiquent dans une note explicative que «le multilatéralisme, se trouvant au cœur de la Charte des Nations unies subit actuellement une attaque sans précédent, ce qui menace à son tour la paix et la sécurité mondiales». En ajoutant que l’on observe aujourd’hui dans le monde le recours de plus en plus actif à des actions unilatérales, marqué par des mesures isolationnistes et arbitraires, y compris des mesures coercitives unilatérales ou le retrait d’accords historiques et d’institutions multilatérales.

Les auteurs notent également que le groupe d’amis s’efforcera de préserver, promouvoir et défendre la primauté et l’importance de la Charte des Nations unies, ce qui est indéniablement très important dans l’environnement international actuel. Le groupe s’efforcera par ailleurs d’assurer le respect intégral, de façon permanente et efficace, et non sur une base sélective ou purement bénéfique, des obligations découlant de la Charte onusienne, ainsi que le respect de sa lettre et de son esprit.

La note explicative à la lettre annonciatrice du lancement de cette coalition indique en outre que le groupe d’amis servira de plateforme pour discuter et coordonner des initiatives conjointes. Ces initiatives devront contribuer à assurer le respect des principes de souveraineté, d’égalité des Etats, et de non-ingérence dans leurs affaires intérieures. Les dites initiatives devraient également contribuer à la mise en œuvre du principe de règlement pacifique des différends.

Ainsi, il est prévu que le groupe coordonnera la préparation des déclarations conjointes, ainsi que l’organisation d’événements supplémentaires dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies. Le groupe se réunira régulièrement au niveau des représentants des pays concernés auprès de l’ONU – au moins une fois tous les trois mois. Les participants se réuniront également une fois par an au niveau des ministres des Affaires étrangères – si la situation à New York le permet en marge de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies. Le coordinateur du groupe sera l’un de ses membres au cours de l’année. Il changera chaque année sur une base de rotation.

Maintenant et en parlant de perspectives dans le cadre de cette initiative internationale, il serait juste de dire qu’elle est incontestablement à saluer. S’il est clair qu’elle réunit et réunira en soi les partisans affirmés de la multipolarité, et qu’elle vise indéniablement à contrer les actions des nostalgiques de l’ordre unipolaire révolu, en premier lieu les Etats-Unis, elle a le grand mérite supplémentaire de renforcer, une fois de plus, la véritable notion de communauté internationale, qui ne peut aucunement se limiter aux pays occidentaux et à leurs proxys. Surtout dans la réalité mondiale actuelle.

D’autre part, les actions coordonnées des pays initiateurs de ce groupe d’amis, ainsi que d’autres qui seraient amenés à rejoindre ledit groupe, représenteront sans aucun doute des réponses efficaces à l’unilatéralisme étasunien et occidental, y compris lorsqu’il s’agit justement pour ces derniers d’adopter des mesures de sanctions unilatérales visant des Etats souverains, ou encore dans le cas d’une interprétation purement néocoloniale du droit international, comme cela fut souvent le cas dans le passé. Et même d’ailleurs au présent bien qu’avec beaucoup moins de résultats pour les nostalgiques unipolaires – capacité de résistance des forces pro-multipolaires oblige. Comme le rappelle d’ailleurs à juste titre le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi durant la récente conférence de presse en marge de la quatrième session de la 13ème Assemblée populaire nationale (APN). Notamment sur la question de la défense et de la promotion du multilatéralisme dans les relations internationales.

Last but not least, cette initiative renforce considérablement les efforts conjoints sino-russes dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU – où l’axe occidental, y compris à travers ses instruments médiatiques, tente sans grand succès de présenter les capacités de blocages et de vétos de Pékin et Moscou comme une volonté minoritaire face à la prétendue «communauté internationale». Une notion qui continuera d’être dépassée pour la simple et bonne raison que la véritable communauté internationale est tout, sauf, la communauté occidentale. Et le monde, dans sa large majorité, n’a jamais adoubé l’Occident d’en être le porte-parole.

Justement et dans le cadre du Conseil de sécurité, bien que la Chine et la Russie réunies ont beaucoup plus de légitimité à parler pour une large part de la communauté réellement internationale, ne serait-ce que du point de vue démographique, économique, politique et sécuritaire que les trois membres occidentaux du CS, il n’empêche que voir une large solidarité internationale, aussi bien dans le cadre eurasien avec l’axe Moscou-Pékin-Téhéran, que de la part des nations africaines, latino-américaines et asiatiques – permettra indéniablement de remettre les pendules à l’heure vis-à-vis de ceux qui n’ont aucune légitimité à parler pour la planète.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Sanctions US contre la Turquie: uniquement pour les S-400?

Les Etats-Unis ont mis leurs menaces visant la Turquie à exécution. Cette annonce de sanctions visant Ankara pour l’acquisition du système russe de défense antimissile S-400 est-elle cependant la seule raison pour cette étape ultime de pression sur la Turquie? Rien n’est moins sûr.

Washington a effectivement annoncé des sanctions contre la Turquie pour son acquisition du système de défense aérienne russe S-400, interdisant tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement. 

Du point de vue pratique, cela signifie que les USA interdisent désormais l’attribution de tout nouveau permis d’exportation d’armes à l’agence gouvernementale turque en charge des achats d’armement (SSB), et interdisent l’entrée sur le territoire étasunien à ses dirigeants, dont le chef du SSB – Ismail Demir. C’est ce qui a été annoncé par l’actuel chef de la diplomatie US Mike Pompeo.

«Les mesures prises signalent clairement que les Etats-Unis ne tolèreront pas de transactions significatives avec les secteurs russes de la défense et du renseignement», a précisé le secrétaire d’Etat étasunien.

Du point de vue des perspectives, il s’agit évidemment d’une première dans la relation entre alliés de l’Otan. Plus exactement – entre la première et la deuxième force en termes d’effectifs de l’organisation atlantiste.

La Turquie n’a de son côté pas manqué de réagir. Et une fois de plus – ne compte vraisemblablement pas reculer sur ledit dossier. A ce titre, Ismail Demir, visé par ces sanctions, a déclaré que son pays est déterminé à parvenir à une industrie de la défense totalement indépendante sous la direction du président Recep Tayyip Erdogan. 

«Aucune décision prise à l’étranger envers moi-même ou notre institution ne changera ma position ou celle de mon équipe», a déclaré Ismail Demir dans un tweet. En ajoutant que «les sanctions ne pourront en aucun cas entraver l’industrie de la défense turque».

Un son de cloche similaire du côté d’autres hauts responsables de la Turquie, que ce soit de la présidence, de sa diplomatie ou encore de ses parlementaires – issus aussi bien du parti au pouvoir, que de l’opposition. En d’autres termes – la souveraineté turque, et ce malgré l’appartenance otanesque, reste non-négociable pour son élite. Plusieurs de ses membres ont même appelé à l’accélération d’une pleine utilisation des S-400 par la Turquie.

Pour le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov – les sanctions étasuniennes visant la Turquie sur les S-400 n’ont pas été une surprise, il s’agit d’une énième manifestation d’une attitude arrogante envers le droit international, ainsi que des mesures tout simplement illégales. Une solidarité partagée par le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Djavad Zarif, qui a fermement condamné de son côté les sanctions US imposées à la Turquie, évoquant un «mépris du droit international». 

«Nous condamnons fermement les récentes sanctions américaines contre la Turquie et nous nous tenons aux côtés de son peuple et de son gouvernement», a publié dans un tweet le chef de la diplomatie iranienne.

Pour nombre d’experts, les actions étasuniennes à l’encontre d’Ankara ne feront certainement pas fléchir cette dernière. Néanmoins, il s’agit très certainement d’un signal pour d’autres clients potentiels de l’armement russe. Si des pays comme la Chine, l’Inde, l’Algérie, l’Iran, la Turquie, ainsi qu’un certain nombre de nations eurasiennes et latino-américaines, n’ont pas été impressionnés jusqu’à maintenant par la menace des dites sanctions, il n’empêche que des Etats entretenant des relations fortes avec Washington pourraient abandonner leur intérêt pour les systèmes russes sous la pression washingtonienne. Difficile pour les Etats-Unis d’assumer une concurrence loyale et digne face à une production compétitive, sophistiquée et avec un bien meilleur rapport qualité/prix. Ceci étant dit, cela ne pourra nuire de façon considérable aux intérêts de Moscou sur le marché international de l’armement.

Mais concernant la Turquie plus particulièrement, les actions hostiles des USA sont-elles dues uniquement au dossier des S-400? Rien n’est moins sûr. En effet, plusieurs raisons peuvent également avoir largement contribué à cette énième attaque à sanctions des Etats-Unis contre un pays souverain. Tout d’abord, l’establishment US n’aime pas avoir des partenaires qu’il doit traiter en égal. A ce titre, il préfère bien plus la relation de dictant à sous-traitant.

D’autre part, les actions turques des dernières années ont confirmé l’indépendance de sa politique extérieure aussi bien vis-à-vis de Washington, que du siège otanesque Bruxelles. Par ailleurs, l’hypocrisie occidentale est caractérisée également par une autre forte contradiction: Washington et nombre d’autres capitales occidentales parlent «d’actions déstabilisantes» de la Turquie dans divers régions du monde. Bizarre, ces condamnations étaient totalement absentes du langage des élites atlantistes lorsque la Turquie participait à la déstabilisation de la République arabe syrienne et de son gouvernement, de concert avec les Occidentaux. Notamment durant la première phase du conflit syrien.

Et là aussi ce n’est pas tout. La capacité d’Ankara de trouver des accords et des compromis dans des dossiers régionaux et internationaux, notamment avec Moscou et Téhéran, y compris en ayant des intérêts parfois divergents – le tout sans y inclure les puissances occidentales, et surtout les USA, semble confirmer la colère de l’élite US, et atlantiste de façon générale.

Si en Syrie, cela a été atteint avec le processus d’Astana, le dossier récent du Haut-Karabakh – où l’accord de paix a été négocié sans la participation de Washington et de Paris qui souhaitaient vivement être impliqués, peut avoir été la goutte de trop.

Le souci pour les élites étasuniennes, et plus généralement occidentalo-atlantistes, c’est que ces mécanismes du concept multipolaire du monde semblent désormais en phase active. Quant aux sanctions, elles ne pourront pas stopper la chute confirmée de l’unilatéralisme occidental. Mais tel un patient inguérissable – l’establishment occidental semble rejeter tous les traitements – par la même occasion accélérant sa propre chute.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La zone de libre-échange africaine: l’Afrique en sera-t-elle gagnante?

Le projet de la zone de libre-échange continentale africaine semble aller dans la concrétisation. Nombre de questions quant à son application au niveau des pays du continent restent ouvertes et seront vraisemblablement une source de négociations supplémentaires. Le fait est que l’Afrique semble en effet suivre la voie d’une intégration continentale, propre au concept multipolaire.

Les chefs d’Etat de plusieurs dizaines de pays africains, réunis au cours des derniers jours en sommet extraordinaire, ont donné le feu vert pour le lancement de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui rentrera en vigueur dès le 1er janvier 2021. Evidemment nombre de questions pratiques restent encore en suspens, qui demanderont certainement une coordination supplémentaire entre pays concernés.

Selon Abdou Diop, président de la commission Afrique de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), cité par le journal économique marocain en ligne Médias 24, «jusque-là, la Zlecaf était un vœu. Mais à partir de ce sommet et de la ratification officielle par 34 chefs d’Etat (tous les pays du continent sont signataires, dont 34 ratificateurs, ndlr), l’accord peut entrer en vigueur. C’est une étape décisive qui a été franchie».

Bien que et toujours selon lui, plusieurs étapes doivent encore être réalisées. Notamment sur le plan procédural qui concerne la ratification complète au niveau des parlements des pays concernés – un point qui ne devrait pas connaitre de complication majeure. L’autre aspect concerne quant à lui le contenu de l’accord, plus particulièrement ses aspects techniques. Parmi les points qui connaitront certainement des discussions supplémentaires sont ceux liés au niveau de suppression des droits de douane, sachant que dans le cadre de l’accord sur la Zlecaf – les pays africains ont convenu de supprimer 90% des droits de douane sur une période de 5 à 15 ans, selon leur niveau de développement.

L’autre aspect important concerne quant à lui les règles d’origine. Plus exactement, le taux d’intégration de la production d’origine de pays africains du produit pour qu’il soit considéré comme étant apte à jouir de la zone de libre-échange. Un point qui nécessitera de trouver le juste milieu pour d’un côté promouvoir réellement une production africaine, de l’autre garder l’attractivité pour les investisseurs étrangers.

En termes de perspectives futures, les avis restent pour le moment partagés. Si pour certains experts, la Zlecaf représente une énorme chance pour l’Afrique d’accroitre les échanges intracontinentaux – qui restent faibles, surtout comparés à d’autres continents et régions du monde, le tout dans un cadre panafricain. Pour d’autres, ce sont principalement les grands groupes internationaux qui en seront les principaux bénéficiaires.

Mais peut-être que la réalité sur le court et moyen terme se trouve justement entre les deux « camps ». D’un côté, il est certain que dans un premier temps, les avantages d’une telle zone de libre-échange ne contribueront pas à tous de la même façon. En ce sens, ce sont les pays africains les plus industrialisés au niveau continental, possédant une infrastructure développée ou relativement développée, étant par la même occasion les plus attrayants en termes d’investissements directs étrangers (IDE), qui seront vraisemblablement plus avantagés dans la première phase de ce processus. A savoir l’Afrique du Sud, l’Egypte, l’Algérie, le Nigéria ou encore le Maroc. Mais ce qu’il faut certainement retenir, c’est qu’à terme les fruits d’une telle zone de libre-échange continentale devront être obtenus pour une bien plus large part de nations africaines.

Surtout si le taux de production africain augmentera progressivement. Pouvant permettre par la même occasion une augmentation considérable de transfert technologique et de savoir-faire – car il serait sans doute important de rappeler que la Zlecaf représentera un marché de plus d’un milliard de personnes.

En ce qui concerne la question si la concurrence extracontinentale augmentera lors de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine, la réponse est certainement oui. Il sera logique d’observer les multinationales occidentales tenter à tirer profit des avantages d’une telle large zone de libre-échange, en misant notamment sur les pays où ces multinationales sont bien établies. Mais il n’empêche qu’elles auront certainement à devoir faire face aux puissances non-occidentales – qui sont elles aussi de plus en plus actives sur le continent africain. En effet, des pays comme la Chine, l’Inde ou la Turquie ont déjà une présence industrielle réelle dans nombre de pays africains.

Restera évidemment à l’Afrique d’en être la principale gagnante. Et ce dans un cadre souverain et panafricaniste. Après tout, si dans le monde contemporain multipolaire, les espaces d’intégration régionaux et continentaux ne cessent de prendre de l’ampleur, notamment en Eurasie, Asie du Sud-Est ou en Amérique latine, et ce sans en demander l’avis des puissances occidentales, l’Afrique a toute la légitimité d’en tirer profit elle aussi. Et par la même occasion devenir un bloc puissant du monde multipolaire. Le chemin reste long mais peu de choses se sont faites du jour au lendemain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les principales puissances militaires africaines en 2020

Crise sanitaire ou non, la question des capacités défensives des pays reste toujours d’actualité. Au niveau africain et en comparaison à 2019, si la liste des quatre principales puissances militaires africaines reste inchangée, le Top 5 a néanmoins connu un changement.

Global Fire Power, le portail américain de référence sur l’analyse et le classement des principales puissances militaires du monde avait actualisé son classement pour 2020. En ce qui concerne les pays africains, si dans le classement des cinq principales puissances africaines en termes de capacités défensives, on retrouve un seul changement, néanmoins on peut noter une évolution des principales forces militaires africaines dans le classement mondial.

L’Egypte maintient sa position de principale puissance militaire africaine. Un budget alloué à la Défense de 11,2 milliards de dollars, le nombre du personnel militaire s’élevant à 920 000 personnes (dont 440 000 de personnel actif), et un équipement d’armements diversifié, le pays des pharaons a également connu, en comparaison à 2019, une montée de trois places dans le classement mondial. 12ème en 2019, il est désormais 9ème, entrant ainsi dans le Top 10 des principales puissances militaires du monde.

Deuxième place également sans changement et c’est logique: l’Algérie conforte sa position incontestable de deuxième puissance militaire en Afrique. Une légère évolution tout de même au niveau du classement mondial, ayant été 27ème puissance armée en 2019, selon Global Fire Power elle serait pour cette année 28ème. Quoiqu’il en soit, l’Algérie reste sans discussion une force militaire de grande importance. Avec un budget de 13 milliards de dollars – le plus important en Afrique, un personnel militaire totalisant 280 000 personnes (dont 130 000 de personnel actif), la République algérienne démocratique et populaire peut également se vanter d’avoir des équipements militaires fort diversifiés et sophistiqués : flotte aérienne, défense anti-missiles, forces navales (dont 6 sous-marins), sans oublier un impressionnant équipement armé terrestre (chars, véhicules blindés, artillerie, lance-roquettes multiples). Point notable, l’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le domaine militaro-technique au niveau mondial.

La troisième puissance militaire africaine n’est autre que la République d’Afrique du Sud. Si au niveau africain en comparaison à l’année dernière son classement reste inchangé, le pays de Nelson Mandela peut néanmoins se vanter d’avoir, comme l’Egypte, amélioré de trois places son classement au niveau mondial (32ème en 2019, 29ème désormais). Possédant un budget alloué à la Défense de plus de 4,2 milliards de dollars, un personnel militaire de 81 300 personnes (dont 66 300 de personnel actif), et un ensemble d’armements diversifié (aussi bien de production nationale, qu’importée). L’Afrique du Sud peut également se vanter d’avoir sérieusement augmenté son interaction dans le domaine militairo-technique avec d’autres pays des BRICS, en allant même à organiser des manœuvres navales triparties aux larges de ses côtes avec la Chine et la Russie, en novembre dernier.

Le Nigéria, maintient également sa quatrième place au classement africain. Le pays le plus peuplé d’Afrique, première puissance économique du continent en termes de PIB nominal et deuxième en termes de PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA), dispose d’un budget alloué à la Défense de plus de 2 milliards de dollars, ainsi qu’un personnel militaire actif de 120 000 personnes. A noter également que le pays est monté de la 44ème place au classement mondial l’année dernière à la 42ème cette année.

Quant à la cinquième place du classement africain des principales puissances militaires, c’est justement là qu’il y a un changement. L’Ethiopie qui occupait cette position l’année dernière au niveau du continent (et la 47ème place dans le monde), a perdu treize positions au cours de l’année pour n’occuper désormais que la soixantième place dans le classement mondial et la septième place au classement continental. Elle est remplacée en 2020 par l’Angola: sixième au niveau de l’Afrique et 58ème au niveau du monde en 2019, Luanda est montée donc d’une place dans le classement africain, et de deux marches au niveau mondial. La puissance énergétique peut se vanter de posséder un budget militaire très non-négligeable de 7 milliards de dollars (troisième en Afrique), un personnel militaire actif de 107 000 personnes, et un équipement d’armements assez impressionnant.

Pour conclure sur ce compte-rendu des cinq principales puissances militaires africaines de cette année, au-delà de pouvoir lier la puissance militaire aux moyens économiques des pays, dans le cas de l’Afrique il serait probablement intéressant également de faire un parallèle entre le niveau de souveraineté d’un côté, et la capacité défensive de l’autre, et vice-versa. Car quoi qu’on en dise, dans ce Top 5 des puissances armées d’Afrique, pratiquement tous peuvent se vanter d’une politique indépendante et souveraine, y compris dans leurs décisions politiques. Ce qui signifie, c’est qu’au-delà du potentiel économique et des ressources naturelles à disposition du pays, ce qui compte c’est aussi la capacité à pouvoir gérer ces ressources de façon indépendante, sans devoir rendre de compte à des acteurs externes, et d’avoir une liberté de décision qui permette, à tel ou tel pays, d’aller dans le renforcement de sa capacité défensive. Le problème, c’est que de nombreux pays du continent africain possèdent des ressources naturelles importantes et un potentiel économique certain. Mais sans liberté réelle dans leur prise de décision, il est peu probable qu’ils puissent augmenter le potentiel défensif, ou autre, sans devoir d’abord obtenir l’aval de certaines capitales.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les exportateurs africains et l’eldorado russe

Un supermarché à Moscou

La crise entre l’Occident et la Russie ouvre des perspectives prometteuses à d’autres acteurs économiques. La place laissée libre par les producteurs occidentaux, notamment dans l’agroalimentaire, pourrait ainsi bénéficier aux pays africains.

La Russie représente encore un marché clé pour de nombreux exportateurs européens, qu’ils soient français, allemands, italiens, grecs ou autres. Pourtant, les pays de l’UE ont perdu pour très longtemps, voire pour toujours, de larges parts de marché dans le secteur agroalimentaire.

Les producteurs nationaux russes ont parfaitement su tirer leur épingle du jeu, au point qu’au-delà de l’autosuffisance dans plusieurs secteurs-clés, la Russie est devenue une puissance exportatrice de premier plan: elle s’est même hissée en 2017 à la première place mondiale des exportations de blé, devant les États-Unis, son principal concurrent à l’export.

Mais il serait également juste de rappeler que plusieurs pays non-occidentaux ont su profiter des occasions que représentent les contre-sanctions russes aux sanctions occidentales, y compris dans le secteur agroalimentaire. Parmi eux et hormis des pays voisins d’ex-URSS —hors Ukraine et pays baltes-, on retrouve la Turquie, l’Égypte, le Maroc, l’Afrique du Sud, la Chine, le Vietnam, le Brésil, l’Argentine, entre autres. L’Algérie voit aussi s’ouvrir des perspectives intéressantes et l’Afrique subsaharienne, en plus de l’Afrique du Sud, y aurait toute sa place.

De plus, commercer avec la Russie ouvre potentiellement les portes d’un marché encore plus vaste, celui de l’Union économique eurasiatique, qui comprend déjà la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizistan. Le Tadjikistan, lui, est candidat officiel à l’adhésion et la Moldavie est quant à elle membre observateur. Au total un marché de plus de 180 millions de personnes.

L’Afrique dispose d’un climat unique, propice notamment à la production de fruits exotiques —appréciés des consommateurs russes. Et à condition de créer des conditions favorables, les producteurs d’Afrique subsaharienne auraient toutes les chances de réussir. Et si jusqu’ici les exportateurs africains étaient surtout focalisés sur les pays européens ou du Moyen-Orient, il serait probablement temps aujourd’hui de penser à tisser des liens avec des partenaires russes. À cet effet, une intensification de contacts d’affaires entre les producteurs et entrepreneurs des deux parties, avec le soutien de leurs autorités respectives, serait sans aucun doute la solution.

Et à l’heure du retour de la Russie sur le continent africain, les opportunités mutuellement bénéfiques vont se multiplier, et pas uniquement dans l’agroalimentaire. Les voyages de délégations africaines en Russie, comme russes en Afrique, se sont multipliés au cours de ces derniers mois, des contacts facilités par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’Afrique dispose d’un nombre conséquent de cadres ayant été formés en URSS et en Russie. De plus, de tels échanges bénéficient du soutien des opinions publiques respectives de chaque pays: on sait par exemple que la Russie, notamment grâce à sa politique actuelle, est grandement appréciée dans pratiquement l’intégralité du continent africain.

Côté russe, les élites libérales de l’ère Eltsine, ayant crié et juré que l’avenir de la Russie est «uniquement avec l’Europe et l’Occident», ayant été écartées, le temps des illusions est bel et bien terminé. La Russie coopérera avec ceux qui respectent sa souveraineté, ses intérêts et ses valeurs —comme la Russie respecte et respectera les leurs.

Tout cela pour dire qu’il ne faudra pas s’étonner que la Russie et l’Afrique multiplient dans un avenir proche leurs échanges bilatéraux. De l’aveu des intéressés, il est aujourd’hui évident que la Russie peut beaucoup apporter à l’Afrique, comme l’Afrique peut beaucoup apporter à la Russie. Et cela concerne notamment les domaines sécuritaire, technologique, agroalimentaire, énergétique, minier, éducatif, culturel, du nucléaire civil. L’essentiel étant que la Russie, tout en pensant évidemment à ses intérêts, saura indéniablement aussi respecter et tenir compte ceux de ses partenaires africains. Ce fut le cas lors de la période soviétique, cela restera le cas avec la Russie contemporaine.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804271036133999-afrique-eldorado-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

En quoi la coopération russo-algérienne est-elle stratégique?

La visite officielle du Premier ministre russe Dmitri Medvedev en Algérie. Photo d'archive

Coopération datant de plusieurs dizaines d’années, les deux pays convergent aujourd’hui dans nombre de domaines. Défense, commerce, géopolitique, lutte-antiterroriste… les intérêts communs de la Russie et de l’Algérie sont loin de manquer.

Au-delà d’une alliance qui dure, il y a aussi des faits qui confirment une certaine ressemblance entre les deux nations. Une chose est certaine: le plus grand pays du monde et le plus grand d’Afrique en termes de superficie n’ont jamais lésiné sur les moyens lorsqu’il s’agissait de défendre la souveraineté et la sécurité nationale. Grande Guerre patriotique pour la Russie face aux nazis: avec les plus lourds sacrifices au niveau mondial, civils comme militaires. L’Algérie, elle, aura sa longue guerre d’indépendance, acquise au prix d’innombrables victimes.

Puis les fameuses années 1990, chaotiques pour les deux pays. Éclatement de l’URSS, appauvrissement d’une large partie de la population, extrémisme et terrorisme, une grande partie du peuple russe se souvient de cette période avec joie de l’avoir surmontée. Guerre contre le terrorisme salafiste à la même période pour l’Algérie, qui a une fois de plus dû compter les martyrs et faire de son mieux pour surmonter cette page terrible de son histoire contemporaine.

Mais les deux nations se sont relevées. Loin de dire que les défis ne manquent pas, le fait est qu’il est aujourd’hui admis que les deux pays sont en position de force: l’Algérie sur la scène régionale et continentale, la Russie sur la scène mondiale. Les soutiens à la souveraineté nationale des États et au concept multipolaire de la gestion du monde sont également des aspects qui rapprochent considérablement Alger et Moscou.

S’il fallait décrire en un mot la politique internationale algérienne, elle se résumerait certainement par le suivant: indépendance. En effet, la République algérienne se démarque très clairement de plusieurs pays arabes de par son indépendance de l’influence politique occidentale. Et cela se traduit sur plusieurs dossiers. Faut-il d’ailleurs le rappeler, l’Algérie a été l’un des rares pays arabes à avoir adopté une position responsable face à la guerre qui a été orchestrée par l’Otan alliée des salafistes locaux contre la Jamahiriya de Kadhafi. En allant même jusqu’à accorder l’asile à plusieurs membres de la famille Kadhafi et en refusant catégoriquement leur extradition aux nouvelles «autorités» libyennes.

Autre exemple: le refus d’Alger de classer, à la demande insistante de l’Arabie saoudite, le mouvement libanais Hezbollah comme terroriste, en appelant à respecter les affaires intérieures libanaises. Tout comme le refus de se positionner contre l’Iran, toujours sous pression de Riyad. Enfin, sur la Syrie, les autorités algériennes se sont également positionnées dès le départ de la guerre en faveur du respect de la souveraineté syrienne. Et, selon plusieurs sources, ont même tenté de réconcilier Damas et Ankara.

Aussi, et cela n’est pas des moindres: l’Algérie représente-t-elle l’un des principaux partenaires militaires de la Russie au niveau mondial. Plus précisément dans le top 3 actuel des plus grands acheteurs d’armement russe à l’international, avec l’Inde et la Chine. En effet, les hélicoptères de combat, avions de chasse, bombardiers, avions de transport et de ravitaillement, défense anti-aérienne, chars, sous-marins, navires, armements légers… de la 2e plus puissante armée d’Afrique (derrière l’Égypte), et 26e au niveau mondial (selon Global Firepower http://www.huffpostmaghreb.com/2017/01/11/algerie_n_14100866.html), proviennent très majoritairement de Russie. Et qui constitue d’ailleurs un domaine clé de la coopération algéro-russe.

Ces technologies, de même que le savoir-faire qui va avec (sachant qu’une bonne partie de l’élite militaire algérienne a été formée en terre russe), permettent aujourd’hui au pays non seulement de parer aux menaces terroristes qui existent dans la région nord-africaine, mais aussi d’être une force capable de résister efficacement à toute visée néocoloniale de certains. Une chose est aujourd’hui pratiquement évidente: le scénario libyen n’aura pas lieu en terre algérienne. Et même si certains personnages s’aviseraient à tenter de le réaliser, ils feront face à une Algérie qui peut amplement compter sur ses propres moyens en vue de défendre sa souveraineté. Surtout que l’expérience de la résistance ne lui manque pas. D’autre part, l’Algérie sait qu’elle peut compter sur des partenaires de longue date.

Les secteurs énergétique, minier, du nucléaire civil ou encore celui de l’agriculture: telles sont les autres domaines d’interaction des deux pays. Concernant d’ailleurs ce dernier, il est loin d’avoir atteint son apogée. Pourtant, si l’Algérie décidait de booster ledit domaine pour une plus grande part destinée à l’export, il n’y a pas de doute que le vaste marché russe lui sera grand ouvert. Ce qui est sûr c’est que le partenariat stratégique russo-algérien a de beaux jours devant lui. Et c’est tant mieux.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201801201034818440-russie-algerie-cooperation/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand la Russie dame le pion à l’Occident dans le Maghreb

Quand la Russie dame le pion à l’Occident dans le Maghreb

Personne n’est irremplaçable. Y compris ceux qui pensaient l’être des décennies et même des siècles durant. Le train avance, et beaucoup le voient filer.

Coopération renforcée avec Alger, multiplication des conventions avec Rabat, dont un spectaculaire accord de libre-échange entre la Russie et le Maroc, la tournée de Medvedev en Afrique du Nord se solde par un succès. Une fois encore, Moscou et les tenants de la multipolarité bousculent les positions de l’Occident.

Dmitri Medvedev revient di Maghreb les mains pleines. Le Premier ministre russe a en effet marqué des points importants au Maroc, qui était vu jusqu’à présent comme un allié occidental solide. En Algérie, moins de surprises, puisque l’alliance stratégique entre Moscou et Alger date de plusieurs dizaines d’années. Elle sort néanmoins renforcée de la visite de Medvedev, avec des promesses de diversification des secteurs d’interaction.

Le monde change, la réalité géoéconomique et géopolitique aussi. Alger comme Rabat font partie des principaux partenaires de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Si avec la première, cette relation s’est forgée durant la lutte d’indépendance et dans les premières années de son obtention, dans le cas du Maroc le partenariat stratégique a commencé son chemin à partir du début des années 2000.

L’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le secteur de la Défense, derrière l’Inde et la Chine. Pour la seule année 2016, Alger a commandé à Moscou pour 924 millions de dollars d’armements contre 1,2 milliard pour New Delhi et 959 millions de la part de Pékin. Mais l’interaction ne s’arrête pas là. Les deux pays partagent grand nombre de visions communes ou similaires au niveau politique et de l’actualité internationale.

Leurs intérêts communs concernent également le secteur énergétique, les deux pays étant de grands producteurs de pétrole et de gaz. Plusieurs projets dans l’industrie agroalimentaire sont en cours de négociation, l’Algérie s’ouvrant potentiellement le marché russe. Une chose est certaine: l’Algérie était, reste et restera un partenaire privilégié de la Russie, et ce à plusieurs niveaux.

Dans le cas du Maroc, les échanges avec la Russie sont également à un niveau stratégique. Rabat est un important fournisseur de produits agroalimentaires sur le marché russe. Ainsi, la Russie est-elle le principal débouché des agrumes marocains avec 45% de la production destinée à l’export, contre 30% pour l’UE et 20% pour l’Amérique du Nord. Une part de marché qui pourrait encore croître, la Russie s’étant dernièrement déclarée prête à augmenter ses achats d’agrumes en provenance du Maroc. «La part actuelle du Maroc sur le marché russe au niveau des agrumes est de 26%, nous sommes prêts à ce qu’elle atteigne 50%», a fait savoir le ministre russe de l’Agriculture Alexandre Tkatchev.

Dans le domaine de l’énergie, la Russie est prête à participer à la construction au Maroc de centrales électriques à gaz. En outre, la pêche, l’industrie et le tourisme représentent quant à eux des secteurs appelés à connaître également une hausse conséquente.

Toutes ces annonces sont toutefois éclipsées par celle de la création d’une zone de libre-échange entre la Russie et le Maroc d’ici un an au maximum.

En passant, les producteurs européens peuvent «remercier» une fois de plus leurs dirigeants: au moment où la Russie est arrivée à une autosuffisance complète sur plusieurs secteurs de l’industrie agroalimentaire, en augmentant au passage ses exportations, ne serait-ce qu’au niveau du blé, des pays non occidentaux renforcent sans complexe leurs positions sur ce grand marché qu’est la Russie.

Cela confirme une fois de plus ce que nous avons déjà annoncé à plusieurs reprises: les produits agroalimentaires de l’UE, actuellement bannis de Russie en raison des contre-sanctions, auront les plus grandes difficultés à revenir sur ce marché, si jamais ils y parviennent un jour.

N’est-ce pas l’Occident politique et médiatique qui annonçait en grande pompe de grands problèmes à venir pour l’économie russe après l’adoption de sanctions occidentales? Et qui est perdant au final? Les producteurs de l’UE n’ont jamais réussi à compenser leurs pertes se chiffrant en dizaines de milliards d’euros et en dizaines de milliers d’emplois perdus, ni même à trouver des marchés de remplacement.

La Russie, de son côté, a réussi non seulement à donner une chance unique à ses producteurs, mais aussi à diversifier très largement ses relations extérieures. Moscou aurait certainement dû lancer ce processus bien avant, comme l’a fait la Chine, et ne pas attendre les tensions avec l’Occident, mais mieux vaut tard que jamais.

Le processus suit son cours et il n’y aura certainement pas de retour en arrière. Aux élites européennes de réfléchir un minimum pour ne pas perdre leurs positions économiques encore existantes en Russie, leur rapportant des sommes plus que considérables, au risque de voir les pertes se multiplier de plusieurs fois. En ce qui concerne les pays africains, les exemples de pays comme l’Algérie, le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Angola et certains autres encore démontrent qu’assumer sa souveraineté est tout à fait possible: non, il n’y a pas de peuples «élus» et «moins élus». Tous égaux. C’est cela la multipolarité.

Aux pays sous emprise encore des partisans de l’unipolarité d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710131033444094-russie-occident-maghreb/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Coopération Russie-Afrique dans le domaine de la défense: le point sur la situation

Alger, capitale de l'Algéire

Dans le récent classement publié par l’entreprise britannique dans le domaine de la défense Jane’s, la Russie conserve la deuxième place des exportations d’armement au niveau mondial. Dans le top 3 des principaux clients de la Russie, on retrouve un pays africain.

Il s’agit évidemment de l’Algérie, partenaire traditionnel de la Russie dans le domaine depuis des dizaines d’années. Ainsi à l’issue de l’année 2016, l’Algérie a occupé la troisième place (achats d’armements russes pour 924 millions de dollars), derrière des poids-lourds tels que l’Inde (achats pour 1,2 milliard de dollars à la Russie, 19% du volume total des livraisons russes) et la Chine (achats pour 959 millions de dollars), qui sont également des partenaires traditionnels de la Russie dans le domaine de la défense. Et devant le Vietnam (788 M USD) et l’Irak (460 M USD).

Le montant total des ventes d’armes russes s’est élevé, à l’issue de l’année 2016, à 6,34 milliards de dollars. En 2017, ce chiffre devrait augmenter: les experts prédisent un montant de 7,23 milliards. Par ailleurs et comme le note les analystes de Jane’s, «la Russie dispose d’un solide portefeuille de commandes jusqu’en 2020». Un portefeuille qui devrait s’élargir au cours des prochaines années, notamment après la démonstration évidente d’efficacité de l’armement russe dans l’opération antiterroriste en Syrie.

Concernant l’Algérie et mis à part d’être un allié privilégié de la Russie dans la sphère militaro-technique depuis de longues années, l’Algérie est aussi tout simplement la 2e plus puissante armée africaine, juste derrière l’Égypte (selon le site américain spécialisé sur les questions de la défense Global Firepower) et 26e au classement mondial. Le partenariat militaro-technique russo-algérien est fort varié: allant des avions et hélicoptères de combat modernes aux systèmes anti-missiles et aux sous-marins. Si concernant l’Algérie, dont l’amitié avec la Russie date de plusieurs dizaines d’années et se renforce aujourd’hui grâce au partenariat stratégique qui lie les deux nations, tout paraît clair, qu’en est-il des autres pays africains dans leur coopération avec la Russie dans le domaine de la défense?

Si l’Algérie est le leader absolu de cette coopération au niveau africain, il faut bien sûr mentionner l’Angola qui partage également un partenariat stratégique dans cette sphère avec la Russie. Ce qui est d’ailleurs assez logique, compte tenu de l’historique des relations et notamment du soutien important accordé en son temps par l’URSS à la lutte du peuple angolais d’abord pour son indépendance, puis contre l’interférence de la CIA alliée au régime d’apartheid sud-africain de l’époque dans les affaires intérieures du pays. L’Angola avait à ce titre commandé récemment 18 avions de combat multirôle Soukhoi Su-30, sans oublier l’entretien de nombreux équipements militaires datant de l’époque soviétique et la formation des cadres.
Un autre pays africain qui renforce le partenariat dans ce domaine avec la Russie est l’Ouganda, ayant commandé plusieurs dizaines de chars T-90 et huit chasseurs Soukhoi Su-30 (plus précisément la version Su-30MKK). En outre, le renforcement des liens militaires est mené avec le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Plus récemment, le Burundi qui renforce ses liens avec la Russie et la Chine, au moment de tensions évidentes avec l’Occident.

En ce qui concerne les pays francophones, notamment de l’ouest et du centre du continent, la situation avec les pays précédemment cités est clairement différente: manque de souveraineté et pression de l’ancienne métropole coloniale. D’où des relations avec la Russie pour le moment relativement peu notables. Mais connaissant les sentiments régnant de plus en plus au sein des populations concernées, de même qu’au sein de l’intelligentsia de ces pays, et la volonté de la Russie d’accroître ses relations avec cette partie de l’Afrique, il est à croire que des choses intéressantes auront lieu à l’avenir. Et surtout des changements.

Une chose est néanmoins certaine: dans l’industrie de l’armement, la Russie représente incontestablement le meilleur rapport qualité/prix. Que ce soit au niveau du prix unitaire qu’en termes d’entretien. Sans oublier la fiabilité du partenaire et de son respect pour la souveraineté des États, ce qui est probablement tout aussi important. Le reste ne sera qu’une question de travail… et de résultats.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708211032733379-coopration-russie-afrique-defense/

Mikhail Gamandiy-Egorov