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Le G7 s’attaque au projet chinois de la nouvelle Route de la soie

L’influence grandissante de la Chine dans les affaires mondiales, tant sur le plan géoéconomique que géopolitique inquiète de plus en plus l’establishment occidental. Le récent sommet du G7 en Angleterre ne fait que le confirmer. L’Occident a-t-il sérieusement une quelconque chance de contrer la Chine? Rien n’est moins sûr.

Les soubresauts des élites occidentales confirment une réalité assez simple et désormais bien connue: celle d’une compréhension de leur part que le monde actuel n’est plus du tout celui ayant suivi l’éclatement de l’URSS. Et qu’au-delà du fait de la fin de l’impunité sur la scène internationale sur le plan sécuritaire et géopolitique, l’establishment de l’Occident doit également faire face à un autre défi de taille pour ses intérêts – celui qui concerne les bouleversements économiques globaux.

Faut-il pour autant rappeler que le concept multipolaire mondial – devenu réalité depuis les dernières années – reste comme un os dans la gorge pour l’élite politico-médiatique occidentale et atlantiste, et ce malgré la compréhension évidente que le renforcement de ce processus est irréversible? Probablement rentrer dans les détails sur ce fait est complètement inutile. Ce qui est néanmoins sûr, c’est que l’Occident essaie de s’accrocher autant qu’il peut – afin de réduire le plus possible le rythme de sa chute d’influence dans les affaires internationales, en mettant les bâtons dans les roues de la locomotive multipolaire.

C’est justement dans ce sens qu’il faut certainement voir la toute récente initiative du G7 visant «à proposer aux pays en développement un vaste programme en faveur de leurs infrastructures». Avec un objectif clairement affiché: contrer l’influence grandissante de la Chine, et notamment son vaste projet eurasien et international de la nouvelle Route de la soie.

Le New-York Times, l’un des porte-flambeaux médiatiques du libéralisme unipolaire occidental, note de son côté «que c’était la première fois que les nations les plus riches du monde ont discuté de l’organisation d’une alternative directe à l’initiative chinoise Ceinture et Route et à la campagne d’investissements à l’étranger du président Xi Jinping, qui s’est maintenant étendue à travers l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe même».

Le quotidien étasunien rajoute par ailleurs que «M. Biden a fait de l’opposition à une Chine montante et une Russie perturbatrice la pièce maîtresse d’une politique étrangère conçue pour édifier les démocraties dans le monde comme rempart contre la propagation de l’autoritarisme». En d’autres termes: le libéralisme occidental, nostalgique de l’ère unipolaire, opposé au bloc des souverainistes et partisans assumés de l’ordre international multipolaire actuel.

Evidemment, dans cette attaque occidentale contre la puissance chinoise, il y a un nombre évident de faiblesses, que l’establishment politico-médiatique de l’Occident n’aime pas soulever. Revenons-y. Tout d’abord, et malgré toutes les campagnes politiques et médiatiques occidentales visant à contrer le rôle grandissant de Pékin dans les affaires internationales – cela n’a pas apporté le résultat escompté pour ses initiateurs. Bien au contraire. Que ce soit du côté anglo-saxon ou hexagonal. On se rappelle tous des reportages à la sauce des de la Villardière, dont l’objectif était de perturber l’interaction chinoise avec les pays francophones du continent africain.

Pour quel résultat? Pour que le sentiment anti-occidental ne fasse que monter encore plus en intensité au sein de l’opinion publique africaine et que les sympathies aillent clairement en faveur de la Chine. Du moins pour une large part de la société civile africaine. Pour l’anecdote, ces sentiments étaient d’ailleurs apparus bien avant les accusations des prétendues campagnes de dénigrement de la présence française et plus généralement occidentale en Afrique, affirmées entre autres par Emmanuel Macron, visant la Russie, la Chine ou encore la Turquie.

Cela pour dire que l’Occident aura énormément de mal à pouvoir convaincre les peuples non-occidentaux, quant au bienfondé d’un tel projet. Au-delà de cet aspect, l’autre faiblesse évidente du camp occidental réside dans le point qu’il ne représente pas le monde dit «démocratique». Plus généralement, la démocratie n’est aucunement une propriété occidentale. Tout comme d’ailleurs la notion de communauté internationale.

Plusieurs pays appartenant à la majorité non-occidentale de la planète sont considérés comme étant des Etats aux systèmes démocratiques – l’Inde, l’Afrique du Sud, la Namibie, la Bolivie, l’Argentine, le Mexique et nombreux d’autres. La plupart de ces nations appartiennent par ailleurs aux partisans de la multipolarité.

Plus généralement et sur le plan purement économique – le club du G7 n’est certainement plus en position à parler en qualité de pays les plus riches de la planète. Et ce pour une raison simple: depuis la fin de l’époque unipolaire, le basculement des rapports de force a largement touché aussi à la sphère économique internationale. Faut-il le rappeler: sur les dix principales puissances économiques mondiales actuelles en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA) – cinq ne sont pas des pays occidentaux. Dans un classement d’ailleurs où la Chine occupe déjà la première place du classement.

Et encore – ce, en tenant compte du fait que l’on associe le Japon à l’alliance pro-occidentale, y compris dans le cadre du fameux G7 ou du fait de se trouver sous la coupe washingtonienne sur le plan sécuritaire, bien que la civilisation japonaise ne fasse pas partie de l’Occident. Et que selon nombre de prévisions, y compris d’économistes occidentaux, des pays comme la France ou le Royaume-Uni seront amenés à quitter ce Top 10 mondial dans les 5-10 prochaines années, tandis que des pays comme la Turquie ou le Mexique (actuellement respectivement 11ème et 12ème) ont toutes les chances de l’intégrer.

Tout en se rappelant que l’on assiste au cours des dernières années à la dédollarisation progressive dans les échanges internationaux – un processus dans lequel des pays comme la Chine ou la Russie jouent un rôle résolument important.

Enfin, et au sein même du club dépassé du G7 – on est bien loin de l’unanimité quant à l’initiative étasunienne visant à contrer les initiatives économiques chinoises. Selon même l’aveu occidental, l’Allemagne, l’Italie et même le Japon ne partagent pas le même enthousiasme que Washington, Londres, Paris ou Ottawa.

En conclusion: il est bien peu probable que ladite initiative puisse réellement stopper la puissance chinoise, ainsi que son interaction avec les Etats aux quatre coins du monde. Et plus généralement que le vieux jeu des nostalgiques de l’unipolarité puisse sérieusement retarder la défaite totale du bloc atlantiste et affiliés.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le Venezuela préparé aux nouvelles interférences étasuniennes

La République bolivarienne du Venezuela continue d’être l’une des principales priorités en matière de déstabilisation pour les USA en Amérique latine. Pour cela, Washington peut également compter sur nombre de forces sous-traitantes. Il n’empêche que Caracas, comme ses alliés régionaux et internationaux, semblent être prêts à répondre aux défis.

Depuis l’arrivée au pouvoir, dans un cadre purement démocratique, d’Hugo Chavez à la tête du Venezuela en 1999, la guerre politique étasunienne visant ce pays est devenue permanente. Il y avait plusieurs raisons à cela. Tout d’abord l’alliance qui s’était créée entre le pays avec Cuba – ennemi historique de Washington. Ainsi que la formation d’une coalition de gouvernements latino-américains progressistes – opposés à la politique US dans leur région et plus généralement dans le monde.

Cette alliance progressiste devint rapidement un danger de première importance pour l’establishment washingtonien qui voyait alors chuter son influence dans l’espace latino-américain – l’espace qu’il considérait tout simplement comme son arrière-cour, où durant des décennies il était possible de mettre en place par la force et les coups d’Etat des régimes réactionnaires, mais pro-étasuniens, et se débarrasser des leaders progressistes. D’ailleurs en ce sens, la capacité de nuisance serait certainement une expression plus appropriée que celle en rapport avec l’influence.

Hugo Chavez a eu le très grand mérite dans l’établissement et le renforcement de cette coalition progressiste latino-américaine, touchant d’ailleurs non seulement au volet purement politique, mais également humanitaire, médical, éducatif et même médiatique avec l’apparition en 2005 de la chaine de télévision pan-latino-américaine TeleSUR. Cette dernière devenue un os supplémentaire dans la gorge des USA, et plus particulièrement des médias mainstream, dont CNN.

Plus que cela, l’alliance progressiste anti-impérialiste dépassera le cadre strictement régional et continental pour former des relations fortes avec la Chine, la Russie ou encore l’Iran. Donnant un coup de pouce évident au renforcement du concept multipolaire mondial. Ce dernier volet sera d’ailleurs l’une des raisons du positionnement encore plus hystérique de Washington vis-à-vis de Caracas, pour le rôle joué dans les processus cités. Ajoutons à cela les énormes ressources pétrolières du pays – tout était donc réuni pour activer les tentatives de coups d’Etat, d’agressions et de déstabilisations en tout genre pour Washington et ses supplétifs. Peu importe les administrations en place aux USA.

Pour rappel, en mars 2015, sous prétexte que le pouvoir vénézuélien représente «une menace à la sécurité des Etats-Unis», Washington avait déclaré «l’état d’urgence» à l’encontre du Venezuela. Le tout évidemment afin de pouvoir justifier la pression croissante sur Caracas. Pour cela, divers prétextes avaient été avancés: les prétendues violations des droits de l’homme, persécutions d’opposants politiques, l’abus de pouvoir de la part de représentants des forces de l’ordre, de l’armée et des services de renseignement du Venezuela. En bref – tout le cocktail habituel pour les élites atlantistes lorsqu’il devient nécessaire de justifier leurs interférences ou agressions visant des nations souveraines. D’ailleurs, des violations dont elles sont elles-mêmes les championnes. Il suffit pour cela de suivre la violence policière, pratiquement quotidienne, dans les rues étasuniennes.

Le locataire actuel de la Maison-Blanche Joe Biden maintient toujours et intensifie la confrontation avec Caracas: «La situation au Venezuela continue de poser une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis, j’ai donc jugé nécessaire de prolonger l’état d’urgence». Par ailleurs, avec l’approbation du Congrès US les sanctions étasuniennes visant le Venezuela ont été prolongées jusqu’en mars 2022.

Il faudrait certainement rappeler aussi que le Venezuela, au même titre que d’autres nations latino-américaines progressistes, dont Cuba, le Nicaragua et la Bolivie – a été expressément cité comme l’une des principales menaces pour les USA dans les rapports du Commandement Sud des Etats-Unis (Southcom). D’ailleurs, l’interaction de ces pays avec les principaux adversaires géopolitiques de Washington sur l’arène internationale, à savoir la Russie, la Chine et l’Iran – est expressément mentionnée aussi. Southcom avait même parlé «d’une augmentation alarmante» de l’influence de ces trois pays en Amérique latine.

Dans les déstabilisations et interventions pures et simples, Washington peut évidemment s’appuyer sur ses supplétifs régionaux. En ce sens et dans le cas visant justement le Venezuela, c’est la Colombie qui se voit confier un rôle de «premier choix» pour appliquer les schémas étasuniens. Bien qu’il soit bon de dire – jusqu’à maintenant sans grande réussite.

Plus généralement, il serait juste de mentionner qu’à la différence des coups d’Etat orchestrés par Washington et ses différentes structures, dont la CIA, au cours des différentes périodes de la seconde moitié du vingtième siècle, aujourd’hui «le succès» est beaucoup moins au rendez-vous. Pour cela – plusieurs raisons. L’efficacité des services de renseignement des pays progressistes d’Amérique latine, dont ceux du Venezuela. Une solidarité entre ces pays dans un cadre régional clairement affichée. Le soutien des grandes puissances internationales partisanes de la multipolarité. Sans oublier la mobilisation populaire des peuples concernés – constituant une excellente réponse à toute tentative d’interférence ou d’agression. En ce sens, l’exemple de la Bolivie – alliée de Caracas – en est très révélateur. 

A en juger par la presse colombienne, les bases US en Colombie et dans d’autres pays latino-américains se trouvent sous la surveillance constante des services de renseignement cubains et vénézuéliens. Plus que cela, les documents étasuniens régissant les opérations de déstabilisation et d’invasion sont à la disposition de La Havane et de Caracas. La menace d’une attaque surprise est donc pratiquement exclue. Quant au reste, les dignes nations d’Amérique latine auront déjà démontré être en mesure de poursuivre la résistance au néocolonialisme US et plus généralement occidental. En cela, elles peuvent compter aussi sur les alliés internationaux. Viendra certainement le jour où les nations latino-américaines formeront des plans pour soutenir la démocratie et les droits de l’homme en terre US. La vraie démocratie.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Union économique eurasiatique: du Kazakhstan jusqu’à Cuba

L’Union économique eurasiatique (UEEA) a accordé le statut d’observateurs à l’Ouzbékistan et Cuba, élargissant par la même occasion son influence régionale et internationale. Retour sur les développements récents et moins récents.  

Malgré la vive opposition de nombre d’Etats occidentaux aux processus d’intégration dans l’espace eurasiatique ex-soviétique, principalement de Washington, rien ne semble pour le moment pouvoir stopper un processus enclenché depuis les années 1990 comme une initiative personnelle de Noursoultan Nazarbaïev, devenue une réalité en 2014. Depuis ledit processus poursuit sa lancée.

Il est important encore une fois de rappeler le rôle précisément du Kazakhstan et notamment de son ex-président Nazarbaïev pour que l’UEEA voie le jour. En effet, le leader kazakh à l’instar de nombreux habitants d’Asie centrale était opposé à l’éclatement de l’URSS. Mais lorsque la fin de l’Union soviétique était en train de devenir une réalité, il avait cherché dès les premiers moments à créer et bâtir un autre cadre d’intégration et d’interaction dans l’espace eurasien post-soviétique. Et ce aussi bien dans l’intérêt de son pays le Kazakhstan, que de nombreux autres Etats ayant composé l’URSS.

Dans un commentaire récent, accordé dans le cadre du film-documentaire Traits pour un portrait et diffusé par la chaîne de télévision Khabar, le premier président du Kazakhstan a évoqué comment était venue l’idée de la création de l’Union économique eurasiatique. Fait intéressant: l’initiative de Nazarbaïev était réellement apparue avant même l’éclatement officiel de l’URSS. Sa proposition était alors de créer à la base une union de quatre Etats (Russie, Kazakhstan, Biélorussie, Ukraine), dans les mains de laquelle était concentrée 90% de l’économie soviétique. Tout en proposant aux autres pays de pouvoir l’intégrer, selon leur volonté.

Mais l’idée n’avait pas reçu l’approbation de Mikhaïl Gorbatchev – le dernier leader de l’URSS, ni de Boris Eltsine – le premier président de la Russie post-soviétique. Au lieu de cela c’est la Communauté des Etats indépendants (CEI) qui verra le jour. Pour autant et voyant que la nouvelle organisation ne contribuait pas à une intégration profonde au sein de l’espace concerné, Noursoultan Nazarbaïev avait continué à insister pour qu’une structure d’intégration plus puissante se réalise.

Au final, c’est ainsi que naîtra l’Union économique eurasiatique, devenue aujourd’hui l’une des principales forces motrices aussi bien dans le grand espace eurasien, mais également dans le cadre du concept multipolaire du monde. Deux projets auxquels restent fermement opposés les élites étasuniennes, occidentales et atlantistes.

L’organisation est aujourd’hui composée de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de l’Arménie et du Kirghizistan. Depuis mai 2018, la Moldavie est devenue membre-observateur de ladite structure. Des accords de libre-échange ont été signés avec le Vietnam (mai 2015), l’Iran (mai 2018), le Singapour et la Serbie (tous deux en octobre 2019).

Désormais – deux nouveaux Etats ont rejoint avec l’aval des pays membres les observateurs de l’organisation: à savoir l’Ouzbékistan et Cuba. Dans le cas du premier, il s’agirait vraisemblablement que de la première étape du processus d’intégration. Sachant que lors du sondage mené en mai de cette année, ¾ des citoyens ouzbeks avaient soutenu l’intégration de leur pays au sein de l’UEEA. Fait notable: parmi eux – beaucoup de jeunes.

En ce qui concerne Cuba, les éléments d’une coopération multisectorielle donnent non seulement des avantages, notamment économiques, évidents pour l’île de la liberté, mais peuvent également ouvrir la voie à une interaction encore plus large entre l’Eurasie et l’Amérique latine. Le tout au moment où nombre d’Etats latino-américains soutiennent fermement l’ère multipolaire mondiale. Parmi eux, on peut citer le Venezuela, le Nicaragua, la Bolivie ou encore l’Argentine.

Dans le cas de l’espace eurasien, une grande puissance comme l’Iran pourrait devenir également membre-observateur de l’Union économique eurasiatique prochainement. Des négociations sont prévues en ce sens. A noter que la République islamique est déjà membre-observateur d’une autre grande structure internationale basée en Eurasie – en l’occurrence l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), une structure dans laquelle elle devrait devenir membre à part entière dans un avenir proche.

Et lorsqu’on sait que ces événements majeurs, dans le cadre de l’UEEA, se sont réalisés en l’espace d’un peu plus de six ans – de la création aux événements actuels, il est évident que l’espace eurasien aura pour mission de poursuivre le renforcement observé. Et ce malgré la vive opposition des nostalgiques de l’unipolarité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La zone de libre-échange africaine: l’Afrique en sera-t-elle gagnante?

Le projet de la zone de libre-échange continentale africaine semble aller dans la concrétisation. Nombre de questions quant à son application au niveau des pays du continent restent ouvertes et seront vraisemblablement une source de négociations supplémentaires. Le fait est que l’Afrique semble en effet suivre la voie d’une intégration continentale, propre au concept multipolaire.

Les chefs d’Etat de plusieurs dizaines de pays africains, réunis au cours des derniers jours en sommet extraordinaire, ont donné le feu vert pour le lancement de la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui rentrera en vigueur dès le 1er janvier 2021. Evidemment nombre de questions pratiques restent encore en suspens, qui demanderont certainement une coordination supplémentaire entre pays concernés.

Selon Abdou Diop, président de la commission Afrique de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), cité par le journal économique marocain en ligne Médias 24, «jusque-là, la Zlecaf était un vœu. Mais à partir de ce sommet et de la ratification officielle par 34 chefs d’Etat (tous les pays du continent sont signataires, dont 34 ratificateurs, ndlr), l’accord peut entrer en vigueur. C’est une étape décisive qui a été franchie».

Bien que et toujours selon lui, plusieurs étapes doivent encore être réalisées. Notamment sur le plan procédural qui concerne la ratification complète au niveau des parlements des pays concernés – un point qui ne devrait pas connaitre de complication majeure. L’autre aspect concerne quant à lui le contenu de l’accord, plus particulièrement ses aspects techniques. Parmi les points qui connaitront certainement des discussions supplémentaires sont ceux liés au niveau de suppression des droits de douane, sachant que dans le cadre de l’accord sur la Zlecaf – les pays africains ont convenu de supprimer 90% des droits de douane sur une période de 5 à 15 ans, selon leur niveau de développement.

L’autre aspect important concerne quant à lui les règles d’origine. Plus exactement, le taux d’intégration de la production d’origine de pays africains du produit pour qu’il soit considéré comme étant apte à jouir de la zone de libre-échange. Un point qui nécessitera de trouver le juste milieu pour d’un côté promouvoir réellement une production africaine, de l’autre garder l’attractivité pour les investisseurs étrangers.

En termes de perspectives futures, les avis restent pour le moment partagés. Si pour certains experts, la Zlecaf représente une énorme chance pour l’Afrique d’accroitre les échanges intracontinentaux – qui restent faibles, surtout comparés à d’autres continents et régions du monde, le tout dans un cadre panafricain. Pour d’autres, ce sont principalement les grands groupes internationaux qui en seront les principaux bénéficiaires.

Mais peut-être que la réalité sur le court et moyen terme se trouve justement entre les deux « camps ». D’un côté, il est certain que dans un premier temps, les avantages d’une telle zone de libre-échange ne contribueront pas à tous de la même façon. En ce sens, ce sont les pays africains les plus industrialisés au niveau continental, possédant une infrastructure développée ou relativement développée, étant par la même occasion les plus attrayants en termes d’investissements directs étrangers (IDE), qui seront vraisemblablement plus avantagés dans la première phase de ce processus. A savoir l’Afrique du Sud, l’Egypte, l’Algérie, le Nigéria ou encore le Maroc. Mais ce qu’il faut certainement retenir, c’est qu’à terme les fruits d’une telle zone de libre-échange continentale devront être obtenus pour une bien plus large part de nations africaines.

Surtout si le taux de production africain augmentera progressivement. Pouvant permettre par la même occasion une augmentation considérable de transfert technologique et de savoir-faire – car il serait sans doute important de rappeler que la Zlecaf représentera un marché de plus d’un milliard de personnes.

En ce qui concerne la question si la concurrence extracontinentale augmentera lors de l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange continentale africaine, la réponse est certainement oui. Il sera logique d’observer les multinationales occidentales tenter à tirer profit des avantages d’une telle large zone de libre-échange, en misant notamment sur les pays où ces multinationales sont bien établies. Mais il n’empêche qu’elles auront certainement à devoir faire face aux puissances non-occidentales – qui sont elles aussi de plus en plus actives sur le continent africain. En effet, des pays comme la Chine, l’Inde ou la Turquie ont déjà une présence industrielle réelle dans nombre de pays africains.

Restera évidemment à l’Afrique d’en être la principale gagnante. Et ce dans un cadre souverain et panafricaniste. Après tout, si dans le monde contemporain multipolaire, les espaces d’intégration régionaux et continentaux ne cessent de prendre de l’ampleur, notamment en Eurasie, Asie du Sud-Est ou en Amérique latine, et ce sans en demander l’avis des puissances occidentales, l’Afrique a toute la légitimité d’en tirer profit elle aussi. Et par la même occasion devenir un bloc puissant du monde multipolaire. Le chemin reste long mais peu de choses se sont faites du jour au lendemain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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BRICS: coopération médiatique d’un monde multipolaire

Le cinquième Forum des médias des BRICS a eu le mérite de remettre à l’ordre du jour une orientation fort importante d’interaction entre les puissances composant le groupe – celle d’une coopération accrue dans le secteur médiatique. Le tout à une période cruciale des défis géopolitiques, géoéconomiques, sécuritaires et sanitaires.

La cinquième réunion du présidium du Forum des médias des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) a été tenue lundi par visioconférence. Les participants se sont engagés à unir leurs efforts pour améliorer le mécanisme du forum et intensifier les échanges et la coopération entre les médias des BRICS dans l’ère post-Covid-19. 

Le président et rédacteur en chef de l’agence de presse gouvernementale chinoise Xinhua, He Ping, par ailleurs président exécutif du Forum des médias des BRICS, a noté que «dans le contexte de changements importants jamais vus depuis un siècle, les médias des BRICS devraient saisir la tendance de l’histoire et agir en tant que facilitateurs pour un développement pacifique».

Il a également exhorté les médias des pays BRICS à connaitre la tendance générale du développement mondial afin d’être des narrateurs de l’histoire des BRICS, à suivre les tendances de l’évolution des médias pour être des leaders du développement novateur, et à mettre pleinement en valeur les avantages de la collaboration des nations BRICS en vue d’être ceux qui poursuivent la coopération pragmatique.

Pour Trust Matsilele, professeur de journalisme à l’Université de technologie de la péninsule du Cap en Afrique du Sud, cité par l’agence Xinhua, les médias des BRICS doivent également contribuer à promouvoir les échanges culturels entre les pays membres de l’organisation. Toujours selon cet expert, «les médias jouent un rôle dans la mise en avant auprès du public de l’unicité culturelle des pays des BRICS» et que la promotion des échanges culturels entre les pays membres contribuent également à renforcer davantage les relations économico-commerciales.

En termes de perspectives, si le concept de la coopération sur les plans médiatique et informationnel au sein des BRICS est loin d’être nouveau, désormais l’heure est vraisemblablement au renforcement des actions conjointes. Et ce pour plusieurs raisons. Parmi elles on retrouve évidemment la nécessité de la poursuite du renforcement de l’interaction intra-BRICS, dans le cadre de projets aussi bien bilatéraux que multilatéraux. Pour autant, il ne faut pas oublier également la nécessité d’assurer une réponse médiatique forte et coordonnée aux attaques informationnelles qui continuent de viser aussi bien les pays BRICS – que toutes les nations partisanes de la multipolarité. Notamment de la part du mainstream médiatique occidental.

En effet, que ce soit du côté de nombre de médias occidentaux anglophones, comme francophones, la tendance ne change pas. Il suffit d’ailleurs pour cela d’observer nombre de reportages réalisés par les représentants du mainstream, ne serait-ce que sur l’exemple de sujets liés à la Chine, la Russie, l’Afrique du Sud ou l’Inde, visant à donner une image si souvent déformée sur la réalité des pays concernés. Mais plus que cela – à nuire aux intérêts géopolitiques, géoéconomiques et sécuritaires des dites nations.

Il n’empêche que la donne a changé. D’ailleurs, nombre de journalistes et d’analystes de grands médias régionaux, continentaux et internationaux, l’affirment avec certitude. Pour les panélistes de la grande chaine panafricaine Afrique Média TV – il est aujourd’hui devenu clair que la peur a changé de camp. Et c’est assez logique.

Si l’Occident médiatique pouvait longtemps effectivement se vanter de dominer l’espace informationnel international, désormais plusieurs des médias internationaux dits «alternatifs» dépassent en popularité et appréciation leurs concurrents occidentaux. Et ce aussi bien en Eurasie, Afrique ou en Amérique latine.

Et plus que cela encore, si les attaques informationnelles de l’Occident, bien souvent avec le soutien de ses élites politiques, ne baissent aucunement en intensité, il s’agit effectivement aujourd’hui de la peur pure et simple de voir les partisans de la réalité multipolaire mondiale s’unir et renforcer l’interaction conjointe. D’autant plus que pour ces derniers – tous ensemble il s’agit ni plus ni moins – d’une majorité évidente du globe terrestre. Si l’alliance des puissances non-occidentales est devenue évidente sur la scène géopolitique internationale, l’alliance médiatico-informationnelle constitue également et sans le moindre doute une source d’inquiétude majeure pour les nostalgiques de l’unipolarité révolue.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Bolivie: retour de la légitimité

Après des mois d’incertitude, les urnes ont de nouveau parlé en Bolivie. L’élection de Luis Arce, dauphin d’Evo Morales et candidat du Mouvement vers le socialisme (MAS), conforte l’idée que le dernier mot dans l’exercice de la souveraineté ira toujours au peuple.

Ce ne fut pas une élection comme une autre. Tensions, pressions, menaces – aussi bien internes comme l’initiative des politiciens pro-US de faire interdire tout simplement le parti politique d’Evo Morales, le Mouvement vers le socialisme (MAS), qu’externes – comme la présence de nombre de conseillers de l’administration étasunienne pour tenter de faire basculer le scrutin.

Il n’en fut rien. Le dauphin du président progressiste Evo Morales remporte l’élection présidentielle dès le premier tour, avec une avance considérable sur son principal rival Carlos Mesa (52,4% contre 31,5%).

Au-delà d’un retour vers la légitimité démocratique post-putsch, ce scrutin a le mérite indéniable de remettre plusieurs points sur les « i ». Tout d’abord, il s’agit d’une belle réponse à tous ceux qui avaient accusé Evo Morales de fraudes lors du scrutin d’octobre 2019. Et du fait que sa victoire n’était pas démocratique. Le résultat actuel de Luis Arce ne fait que le confirmer. Pour l’anecdote, leur rival Carlos Mesa obtient en 2020 moins de voix qu’en 2019 (31,5% contre 36,51%).

D’autre part, ce qu’il faut noter c’est l’active mobilisation des médias du mainstream contre le camp progressiste. Et pas seulement en Occident, mais également dans nombre d’autres régions du monde, y compris dans certains pays d’Afrique, confirmant une réalité simple: Washington et l’Occident politique avaient décidé de mobiliser au maximum leur dispositif sous-traitant. Le souci pour les instigateurs de la déstabilisation fin 2019 et les utilisateurs actifs des méthodes de révolution colorée est qu’en face se trouvait une mobilisation populaire puissante, composée notamment des autochtones de Bolivie. Toute la sagesse d’Evo Morales, accusé par l’Occident de s’accrocher au pouvoir, a été justement le fait de s’éloigner un temps, afin d’éviter une flambée de violences, tout en maintenant un contact permanent avec ses millions de partisans au pays – restés mobilisés dans un cadre pacifique.

Sur le plan géopolitique régional et international, la victoire de Luis Arche et du MAS redonne du souffle au camp progressiste latino-américain et aux partisans du monde multipolaire. Surtout lorsqu’on sait que depuis l’éviction illégitime d’Evo Morales par la caste putschiste et l’arrivée de nombre de conseillers US, les cadres pro-Washington avaient rapidement pris des mesures n’ayant fait au final que pénaliser le pays, comme le renvoi des médecins cubains, et la détérioration des relations avec nombre d’autres pays d’Amérique latine.

Désormais, il est à croire que le président nouvellement élu saura rapidement réparer les méthodes appliquées, probablement sous la dictée, par l’équipe putschiste. Pour autant faut-il considérer que Washington a appris la leçon et laissera la Bolivie vivre en paix, ainsi que d’autres nations latino-américaines souveraines? Evidemment que non. Les pressions, menaces, déstabilisations en tout genre, tentatives de coups d’Etat vont se poursuivre sans le moindre doute. Pour autant Washington, comme les forces sous-traitantes se souviendront très certainement et longtemps de la gifle reçue.

La volonté populaire se décide par le peuple souverain. Pas dans les cabinets des instigateurs du chaos international.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Amérique latine vs USA: tout ne fait que commencer

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Les Etats-Unis d’Amérique n’ont jamais abandonné l’idée d’un maintien de l’Amérique latine en tant que leur arrière-cour. Cela est connu des experts, et reconnu au plus haut de l’Etat étasunien. Il n’empêche que les événements en cours dans cette partie du monde confirment que l’affrontement entre la principale puissance néocoloniale et les forces progressistes est à peine à son début.

Si pour certains spécialistes de la question depuis les événements assez récents au Venezuela, le changement de politique du leadership post-Correa en Equateur, sans oublier le départ forcé de Dilma Rousseff du pouvoir au Brésil (avec l’emprisonnement de son allié l’ex-président Lula), le temps de l’axe latino-américain anti-US serait prétendument révolu, il se trouve que lesdits experts se trompent car le véritable combat ne fait réellement que commencer.

Certes, les agents US utilisent aujourd’hui de grands moyens pour atteindre leurs objectifs vis-à-vis des Etats latino-américains hostiles à la politique de Washington. Généreux financement de l’opposition pro-US, infiltration dans les services de défense et de sécurité des pays concernés, larges sanctions économiques et autres embargos, menaces d’une intervention armée…. Les moyens ne manquent effectivement pas chez le régime US.

Et désormais avec le départ forcé d’un autre leader progressiste, en l’occurrence le Bolivien Evo Morales, parti en exil au Mexique, certains sont en train d’applaudir les événements en cours. Mais pas si vite. La réalité est tout de même beaucoup plus têtue que cela. Faisons à cet effet un tour d’horizon de la situation actuelle en Amérique latine.

Si dans le cas de la Bolivie, l’heure est effectivement à l’incertitude, qu’en Equateur le successeur de Correa en la personne de Lenin Moreno semble clairement chavirer dans l’autre camp, et un Brésil ayant à sa tête un président idéologiquement proche du leadership étasunien, il n’empêche que l’axe progressiste ne compte pas reculer davantage. Cuba tient bon, le Nicaragua sandiniste de Daniel Ortega aussi. Le Venezuela, malgré les innombrables pressions de l’extérieur comme de l’intérieur (ce dernier collaborant activement avec le premier), tient lui aussi. D’une part grâce aux partisans chavistes qui restent encore très nombreux dans le pays, mais également à ses forces armées – refusant dans leur grande majorité de céder aux menaces et intimidations washingtoniennes. Sans oublier l’assistance de ses principaux alliés : Cuba, Chine, Russie, Iran – aussi bien sur le plan diplomatique, qu’économique et sécuritaire.

Un autre événement est passé presque inaperçu dans les médias occidentaux: c’est le retour au pouvoir, suite aux toutes récentes élections présidentielles, des partisans assumés du péronisme en Argentine. En l’occurrence il s’agit de l’élection d’Alberto Fernandez qui sera investi le 10 décembre prochain en qualité de président du pays, et de Cristina Fernandez de Kirchner (ayant été présidente du pays de 2007 à 2015) en qualité de Vice-présidente. Cette dernière on s’en souvient bien était une alliée assumée de l’axe progressiste latino-américain et ferme opposante à la politique étasunienne.

Autre événement important: c’est la sortie de prison justement de l’ex-président brésilien Lula, à la grande joie de ses partisans brésiliens et de ses alliés régionaux. Dans le cas de la Bolivie, rien n’est encore perdu aussi. Evo Morales, bien qu’ayant pris la direction d’un exil temporaire au Mexique, ne s’avoue pas vaincu et promet de revenir «avec plus de force et d’énergie».

En passant, les positions du gouvernement mexicain sont également à saluer. Cette importante puissance émergente latino-américaine, se joint de plus en plus à l’alliance progressiste et souverainiste. En effet, le Mexique – à l’instar de plusieurs Etats latino-américains, ainsi que de la Chine, de la Russie, de l’Iran, de la Turquie, de la Syrie ou encore de l’Afrique du Sud – a apporté son soutien au gouvernement légitime vénézuélien en la personne du président Nicolas Maduro. Désormais, Mexico, après avoir proposé, accorde l’exil au leader bolivien Morales.

Et au-delà d’être une puissance montante, ce pays partage une large frontière commune avec son voisin étasunien, sans compter même la très importante diaspora d’origine mexicaine en «terre» anglo-saxonne. Les choses sérieuses ne font que commencer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1223

Pourquoi une intervention directe US au Venezuela est peu probable ?

Venezuela

Au moment où l’armée de la République arabe syrienne poursuit ses succès, toujours plus à l’Est, contre les terroristes de Daech, annonçant une victoire imminente dans cette guerre imposée à la Syrie non seulement par le terrorisme international mais aussi par la politique néocoloniale d’un certain nombre d’Etats.

Les Etats-Unis passent aux menaces vis-à-vis d’autres pays du monde.

En effet, Donald Trump a menacé le Venezuela d’une possible intervention militaire US en vue de « défendre la démocratie » dans ce pays. Au-delà du fait que cette « belle excuse » ne passe plus car de moins en moins de personnes ne se font d’illusions sur une « démocratie » à l’occidentale imposée par les bombes dans la pure violation du droit international et de la souveraineté des Etats, les Etats-Unis, se sentant clairement menacés par l’avènement de l’ère multipolaire, commencent à menacer un peu beaucoup de pays simultanément. D’abord l’Iran, grande puissance du Moyen-Orient et alliée (surtout depuis les événements syriens) avec la Russie, puis la Corée du Nord dont le leadership ne cache pas sa détermination à utiliser des moyens fortement radicaux en cas d’attaque le visant (bien qu’il n’attaquera pas en premier), et maintenant le Venezuela. L’élite US aurait certainement aimé ajouter à cette liste la Russie et la Chine, les deux grands avant-postes de la multipolarité, mais un minimum de raison les en empêche évidemment, les Etats-Unis comprenant parfaitement ne pas être en mesure d’affronter directement ni la Russie, ni la Chine, même séparément. Si ce n’est par des sanctions, qui dans le cas russe boostent plus la Russie vers une indépendance de plus en plus grandissante vis-à-vis de l’Occident qu’autre chose.

Maintenant parlons un peu des perspectives. Le principal partenaire de la Corée du Nord est bel et bien la Chine. C’est donc principalement à elle que revient la gestion de ce dossier à l’heure des tensions grandissantes entre Washington et Pyongyang. La Russie suit évidemment de près la situation, sachant que les dites tensions ont lieu tout près des frontières est du territoire russe mais laisse assez clairement l’allié chinois traiter prioritairement ce dossier. Ce qui est d’ailleurs assez logique. Dans le cas du Venezuela, cela est différent. La République bolivarienne est un allié officiel de la Fédération de Russie, tout comme l’est la République arabe syrienne. Cela se traduit notamment par une vision similaire sur les principaux dossiers internationaux, y compris au niveau de l’ONU. Mais ce n’est pas tout. Au-delà de l’aspect politico-idéologique et de soutien commun à la multipolarité, Moscou possède avec Caracas plusieurs intérêts: coopération dans le domaine militaro-technique, pétrolier (Rosneft notamment), dans le domaine des infrastructures et du transport, ainsi qu’agricole (la Russie fournit d’ailleurs actuellement d’importantes quantités de blé à ce pays). Plus généralement, il est admis que le Venezuela fait partie des principaux partenaires de la Russie en Amérique latine.

Par ailleurs, récemment le président russe a transmis son soutien au leader vénézuélien faisant face à une large pression occidentale couplée à une opposition largement libérale et pro-occidentale. Tout cela pour dire que la Russie surveille de près la situation dans cet Etat, dans le viseur de Washington depuis de longues années. Dans le viseur pour plusieurs raisons: premières réserves mondiales de pétrole, fer de lance d’une intégration latino-américaine ouvertement hostile à la politique US dans la région et dans le monde depuis Hugo Chavez, alliance avec la Russie — rival reconnu des USA. Parallèlement, la CIA tout comme le Département d’Etat US n’ont pas cessé de considérer toute l’Amérique latine comme l’arrière-cour étasunienne. C’est une raison supplémentaire de l’hystérie américaine en vue de se débarrasser de tous les leaders latino-américains, aussi progressistes soient-ils, pour avoir des représentants radicaux mais dociles aux intérêts de Washington, à la sauce Batista ou Pinochet.

Maintenant pourquoi une intervention directe des Etats-Unis au Venezuela est peu probable. Un compatriote et collègue russe d’Algérie, ancien militaire, m’avait dit il y a quelques jours la chose suivante: une agression ouverte américaine contre le Venezuela serait le meilleur cadeau que Washington pourrait faire à toute la résistance latino-américaine. Et je dois avouer que je rejoins cette position. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Connaissant les sentiments profondément anti-américains d’une large coalition de leaders de cette région du monde, sans oublier des populations concernées, une telle intervention risque d’exacerber ces sentiments à un tel niveau que les conséquences se feront sentir jusque dans les territoires étasuniens. C’est la première chose. D’autre part, si l’Amérique latine s’est déjà habituée aux déstabilisations étasuniennes via la CIA en coordination avec la cinquième colonne locale, cela n’a rien à avoir avec une intervention armée d’agression directe qui créera immédiatement une très large solidarité régionale face à une telle agression. Sachant d’ailleurs qu’une telle agression pourrait créer une résistance peut-être plus radicale encore au néocolonialisme US que c’est actuellement le cas au Moyen-Orient.

D’autant plus que le Venezuela est loin d’être seul dans sa politique d’opposition à Washington dans cette région, avec là aussi des conséquences pouvant être dramatiques aussi bien pour les intérêts américains (y compris même dans les pays où les élites restent encore pro-US) mais également pour les citoyens étasuniens. Enfin, et au-delà de l’alliance régionale évidente, le Venezuela peut compter sur un soutien diplomatique de son allié russe et très probablement chinois au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Last but not least, les technologies russes d’armement présents au Venezuela et l’expérience acquise en coordination avec les conseillers russes, y compris en tenant compte de l’expérience syrienne, font que les Etats-Unis non seulement devront mais vont réfléchir trois fois avant de s’engager dans une nouvelle aventure guerrière.

Le monde n’est plus même. Et ne sera plus jamais comme avant. En raison de cela, plusieurs forces à l’intérieur des USA seraient prêts à plonger l’humanité entière dans une guerre totalement destructive car comprenant que leur hégémonie sur le monde est arrivée à sa fin. Parallèlement, ils comprennent aussi qu’une telle guerre sera dévastatrice pour eux-mêmes et leurs intérêts. Quant à Trump, il aura montré qu’il ne diffère pratiquement en rien des autres présidents US. Le temps des illusions (de certains) est définitivement clos. Pour reprendre les paroles du ministre de la Défense du Venezuela: « Toute l’élite US est extrémiste ».

Soyons francs une fois encore, l’élite étasunienne n’acceptera pas officiellement l’ère nouvelle sous peu. C’est la raison pour laquelle le temps est probablement venu pour non seulement être aux aguets mais passer pleinement à l’offensive. D’autant plus que dans la vision des partisans de la multipolarité, ces offensives peuvent être très variées.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708141032637549-venezuela-intervention-us/

Mikhail Gamandiy-Egorov

De quel droit les élites occidentales s’autoproclament «communauté internationale»?

De quel droit les élites occidentales s’autoproclament «communauté internationale»?

Fait assez incroyable et pourtant si l’on suit les nombreuses sorties en rapport avec l’actualité internationale, y compris syrienne, aussi bien des élites politiques comme médiatiques de l’Occident, on les entend constamment parler d’eux-mêmes à titre de « communauté internationale »… On se demande sur quelle base ?

En effet à chaque fois qu’il est question de tenter de réaffirmer le diktat occidental s’approchant de sa fin irrémédiable, les dirigeants à Washington, Londres ou Paris ressortent la, ou plutôt leur, notion de communauté dite internationale. Vraisemblablement les habitudes coloniales ont vraiment du mal à disparaitre.

On se pose donc à juste titre la question afin de savoir et de comprendre sur quelle base les élites politiques et médiatiques de l’Occident parlent d’eux-mêmes à ce titre ? Qui les a autoproclamé (si ce n’est eux-mêmes) à se prendre pour la communauté internationale ? Le fait qu’ils représentent d’une certaine manière la communauté occidentale, certes. Tout en sachant quand même que de plus en plus de citoyens des pays occidentaux sont loin d’approuver la politique de leurs « représentants ». La France en est d’ailleurs un cas très représentatif. Mais même à titre de communauté occidental et dans le cadre de l’humanité toute entière, cela ne représente qu’une infime partie de la véritable communauté internationale, de la véritable communauté mondiale.

De quel droit une assemblée très réduite de personnes se prend pour l’unique pouvoir décisionnel au niveau planétaire ? Comme si la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine n’existaient pas. Il serait bon de rappeler que le monde occidental dans sa définition la plus juste (Europe de l’Ouest, Amérique du Nord, Australie et Nouvelle-Zélande) représente environ 950 millions d’habitants, donc moins d’un milliard. Au moment où la population mondiale tourne aujourd’hui à 7,43 milliards d’habitants (chiffres au premier juillet 2016, selon l’ONU). Donc un peu plus de 10 % de la population terrestre, tout en sachant encore une fois que les populations occidentales sont aujourd’hui bien loin de suivre les actions de leurs gouvernements respectifs, serait la « communauté internationale » ? Incroyable…

Il faudrait quand même aussi rappeler que c’est justement la communauté non-occidentale qui représente aujourd’hui plus des ¾ de l’humanité et qui pèse de plus en plus sur le plan économique, politique, diplomatique, militaire et même culturel. Au moment où au contraire l’influence unipolaire occidentale diminue à grands pas. Il suffit d’ailleurs de prendre l’exemple d’organisations telles que l’OCS ou les BRICS pour comprendre une évidence simple : l’Occident politique ne peut plus dominer. Plus que cela, les actions du bloc non-occidental sont aujourd’hui de plus en plus soudées. Il suffit pour cela d’observer la coordination de la Russie et de la Chine sur plusieurs niveaux, allant des manœuvres militaires conjointes jusqu’à la coordination diplomatique sur nombreuses questions de l’actualité, de la Syrie jusqu’au Burundi. Tout en rappelant aussi qu’ils sont deux des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

En parlant d’ailleurs de ce Conseil de sécurité onusien, la Russie et la Chine sont justement ouverts à l’élargissement pour d’autres pays de ce conseil jusqu’ici très fermé. Pourquoi ? Car ni la Russie, ni la Chine, n’ont peur de voir leur influence se réduire dans le cadre du monde multipolaire, tout au contraire des dirigeants occidentaux.

Les élites occidentales sont-elles donc si aveugles ? Aucunement. Mais l’héritage colonial de ces élites est tellement ancrée, qu’il leur est jusqu’à maintenant toujours impossible de se débarrasser une bonne pour toute de cette maladie. Car il s’agit bien de maladie. Et comme toute maladie, elle se soigne. Donc de la même manière que l’on soigne les personnes souffrantes, nous (la vraie communauté internationale), soignerons ensemble les prétendues élites de l’Occident. Le monde multipolaire, dans lequel d’ailleurs l’Occident aura toujours sa place, gagne du terrain chaque jour qui passe. L’unipolarité s’éloigne comme un mauvais rêve ayant duré un peu longtemps. Près de vingt ans pour être exact. Et l’hystérie collective des élites de l’Occident n’y changera rien.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201610141028197609-elites-occidentales-communaute-internationale-droit/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

La Bolivie renforce son alliance avec la Russie

Evo Morales

Le président bolivien Evo Morales a accordé une large interview à la chaine russe d’information continue Rossiya 24. L’un des chefs de file de l’alliance latino-américaine contre la politique étasunienne et du renforcement de l’alliance avec les BRICS n’a pas manqué d’afficher son soutien à la Russie.

Cela était particulièrement d’actualité puisque ladite alliance a été renforcée par des résultats pratiques récents. En effet, la Russie aidera la Bolivie à construire un centre de recherches nucléaires. Les deux pays ont signé un accord intergouvernemental de coopération dans le domaine du nucléaire civil. Le document prévoit, entre autres, la construction d’un Centre de recherches et de technologies nucléaires. Un projet pour lequel la Bolivie affectera un investissement de 300 millions de dollars.

Côte russe, c’est l’Agence fédérale de l’énergie atomique (Rosatom), consortium public russe qui sera responsable de la réalisation dudit projet. Malgré les critiques lancées par les opposants au gouvernement, le chef d’Etat bolivien, premier président indien du pays et grand défenseur de la nature, a été clair en déclarant que: « le projet ne présente aucun risque pour les êtres humains ou pour notre mère la Terre. Il ne contaminera ni le sol, ni l’eau, ni l’air ». 

Comme il est indiqué, ce projet permettra à la Bolivie de se familiariser avec les technologies nucléaires afin de les utiliser dans la science, la médecine, la géologie et l’agriculture. Le Centre devrait permettre également à la Bolivie de lancer une production de radio-isotopes pour le dépistage et le traitement des maladies oncologiques et rendre la médecine nucléaire plus accessible à l’ensemble de la population.

En plus de l’accord conclu avec Rosatom, le géant gazier russe Gazprom pourra prendre part à l’exploration de nouveaux sites gaziers en Bolivie, afin d’en assurer également les livraisons vers les centrales thermiques du pays.

Comme quoi, en plus des relations d’amitié et d’approche similaire sur le plan géopolitique, les deux nations renforcent leur partenariat économique. Faut-il le rappeler, la Bolivie est effectivement l’un des fers de lance des pays de la région ayant décidé de défendre leur souveraineté contre l’interventionnisme néocolonial, selon les propres dires d’Evo Morales. Selon ses aveux, après la mort d’Hugo Chavez, certains espéraient voir cette approche se fondre. Mais malgré la perte d’un grand leader tel que Chavez, ayant porté un coup à l’alliance latino-américaine, cette alliance poursuit néanmoins son avancée. Une avancée qui reste comme un grand os dans la gorge de Washington. 

Cette grande région que les élites étasuniennes, dont ceux de la CIA, considéraient des dizaines d’années durant comme leur arrière-cour, aujourd’hui est toute autre. Même si quelques pays restent encore sous la coupe washingtonienne, la grande majorité d’entre eux ont bel et bien choisi la voie de la souveraineté et de la dignité nationale. La Bolivie a depuis l’accession au pouvoir d’Evo Morales choisi cette voie. Faut-il également le rappeler qu’il est le premier chef d’Etat amérindien se revendiquant comme tel, représentant les populations de souche du pays, depuis le début de la colonisation espagnole, il y a plus de 400 ans.

Faut-il aussi rappeler qu’avant l’élection de Morales à la tête du pays, les populations amérindiennes subissaient largement une discrimination raciale, surtout dans les villes. Une page désormais tournée. Le pays a en effet misé sur le socialisme du XXIème siècle, réunissant les valeurs du christianisme, de justice sociale et des traditions ancestrales. C’est peut-être pourquoi ce socialisme est plus que jamais d’actualité malgré les attaques qu’il subit, notamment de l’extérieur, de la part des partisans de l’unipolarité.

Sur le plan justement extérieur, Evo Morales a en plus d’avoir misé sur l’intégration régionale et continentale, a opté pour une alliance avec lesBRICS, en premier lieu la Chine et la Russie. Dans son interview, le président bolivien n’a pas manqué de rappeler que son pays est ouvert à tous les partenaires, y compris étasuniens, preuve de quoi les entreprises occidentales sont présentes dans le pays, mais qu’effectivement la Chine et la Russie restent les partenaires privilégiés grâce à une approche beaucoup plus juste et transparente: partenariat gagnant/gagnant et sans interférences dans les affaires intérieures du pays.

Ce qui réunit incontestablement la Bolivie et nombre d’autres pays latino-américains avec les BRICS, c’est aussi la vision commune sur la multipolarité du monde. Une multipolarité qui se renforce chaque jour un peu plus. Pour finir, Evo Morales a salué l’actuelle « courageuse politique internationale de la Russie » et que « bien que son pays soit beaucoup plus petit que celui du peuple frère de Russie, la Bolivie est prête à apporter tout le soutien nécessaire ». Que dire de plus si ce n’est merci et d’ajouter que dans notre monde multipolaire il n’est pas question de grands ou de petits pays. Tout le monde doit avoir la possibilité de faire entendre sa voix, ainsi qu’assurer la défense de son indépendance, de sa souveraineté et de sa dignité. L’Amérique latine digne est en outre un excellent exemple pour les pays qui cherchent encore à se libérer de la mainmise extérieure, on pense bien sûr à certains pays d’Afrique. Quant au partenariat russo-bolivien, il représente cet autre exemple d’un partenariat où chacun trouve son compte et où personne ne donne de leçons à l’autre.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201603141023365429-bolivie-russie-alliance/
Mikhail Gamandiy-Egorov