Archives du mot-clé Angola

Macron digne héritier de la Françafrique

Emmanuel Macron

Les déclarations de Macron ne laissent guère de place au doute: pour lui, en Afrique, le changement, ce n’est pas maintenant. Il a revêtu avec aisance les habits de la Françafrique qui ont tant profité à ses prédécesseurs et une réelle souveraineté économique et diplomatique des peuples africains n’est pas à l’ordre du jour.

Deux questions importantes animent les débats à l’heure actuelle en Afrique au sein des cercles souverainistes et panafricanistes. Tout d’abord celle du franc CFA, considéré par de nombreuses personnes comme une monnaie néocoloniale qui permet à l’ex-métropole de maintenir ses «anciennes» colonies dans un état d’asservissement. La deuxième question concerne la souveraineté pure et simple des États africains, en premier lieu d’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre, notamment sur la possibilité de mener une politique internationale indépendante et de créer des partenariats forts avec un certain nombre de pays du monde, notamment non-occidentaux.

Si sur la première question, Emmanuel Macron avait déclaré dans un entretien à Jeune Afrique (une semaine avant le premier tour des élections présidentielles françaises) que «c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes», tout en laissant entendre que selon lui le franc CFA avait de l’avenir, puisqu’«il contribue à la stabilité économique et à l’intégration régionale». À ce niveau, tout laisserait entendre qu’il ne voyait rien de mal à ce que les peuples africains puissent prendre des décisions, dans le respect de leur prétendue souveraineté.

Mais le souci pour de nombreux observateurs africains, c’est que dès qu’un dirigeant a le courage de contester le système existant entre la France et certains pays d’Afrique, le risque pour lui de mal finir augmente en conséquence. Tout le monde garde en mémoire le triste sort réservé au président ivoirien Laurent Gbagbo, qui avait justement «osé» remettre en cause plusieurs aspects des rapports franco-ivoiriens. Il est aujourd’hui emprisonné par la CPI, alors que les accusations émises à son encontre sont plus que douteuses. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois.

Une déclaration plus récente de Macron, toujours en rapport avec l’Afrique, ravive encore les tensions. En effet, juste après le sommet du G20 à Hambourg, répondant à une question d’un journaliste africain, le président français déclara: «Dans des pays qui font encore sept enfants par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien…». Au-delà du débat sur la justesse ou non d’avoir sept enfants par femme et du mépris que traduit cette déclaration choquante, les questions véritables sont ailleurs.

Tout d’abord, chaque nation est en principe souveraine. Si dans telle ou telle société, la démographie reste élevée, c’est une question intérieure qui ne concerne que ladite nation. En même temps (pour reprendre une des antiennes favorites de Macron), il est vrai que faire beaucoup d’enfants alors que l’on est déjà dans une situation économique difficile n’est probablement pas la meilleure solution.

Mais alors posons-nous la question suivante: comment se fait-il que plusieurs pays africains possédant des ressources naturelles impressionnantes se retrouvent dans une telle situation? Certains diront qu’il s’agit de la mauvaise gestion et dans plusieurs cas c’est vrai. Mais comme par hasard, cette mauvaise gestion se retrouve principalement dans des pays encore sous influence occidentale et notamment française, en d’autres termes sous domination néocoloniale. Comment se fait-il que la Guinée équatoriale (très stigmatisée par les médias occidentaux) ait un niveau de vie de plusieurs fois supérieur à celui du Gabon voisin, considéré par certains experts comme «la réserve pétrolière de la France» et qui fait justement partie plus qu’intégrante de ce fameux système de la Françafrique? Relevons au passage que les deux pays ont une démographie et des ressources comparables. Comment se fait-il que la France puisse prendre jusqu’à 95% du revenu sur l’exploitation de telle ou telle ressource africaine et affirmer que cela est normal?

Examinons aussi le cas de l’Angola. Ce pays lusophone, avec un taux de fécondité de 5,3 enfants par femme a traversé de très longues années de guerre, d’abord pour son indépendance contre le Portugal, puis une guerre civile de 27 ans, provoquée par la CIA et le régime d’apartheid sud-africain de l’époque. Il se permet pourtant d’accueillir des dizaines de milliers de migrants portugais (plus de 200.000 aux dernières nouvelles) et même d’en expulser plusieurs milliers par an pour violation des délais de séjour, tandis que d’autres Africains au péril de leur vie sont prêts à tout pour se retrouver en Europe? Beaucoup d’ailleurs périssent en mer Méditerranée, parmi eux beaucoup de représentants d’Afrique francophone. La réponse est relativement simple: l’Angola, au prix de nombreux sacrifices et du soutien accordé par l’URSS et Cuba, a pu arracher sa souveraineté tellement convoitée par les forces néocoloniales. Les pays francophones de l’Ouest et du Centre africain en sont encore loin.

Reconnaissons que la critique va dans les deux sens. D’un côté, la France, ou plutôt les élites de l’Élysée, font tout pour garder leur mainmise sur leurs «ex» colonies, au besoin par la force armée si un dirigeant africain dérange lesdits intérêts. Ce fut le cas en Côte d’Ivoire, pays riche en termes de ressources naturelles, mais dont les citoyens, surtout les jeunes, continuent à émigrer en masse.

D’un autre côté, certains Africains gagneraient à comprendre que le combat pour la souveraineté est une lutte de longue haleine. Si les Angolais, tout comme plusieurs peuples d’Amérique latine, ne s’étaient pas battus jusqu’au bout contre les forces néocoloniales, ils feraient certainement encore partie de l’arrière-cour néocoloniale. De même, ils doivent réaliser que ce ne sont certainement pas des forces extérieures qui viendront libérer l’Afrique à la place des Africains eux-mêmes. Ce n’est qu’une fois que l’on dispose de sa souveraineté qu’il est possible de forger des alliances et des partenariats qui assureront au mieux les intérêts des peuples concernés. Ce qu’on appelle aussi le partenariat gagnant-gagnant.

Quant au fait d’avoir une démographie élevée, mis à part l’exemple africain de l’Angola, il suffit de prendre l’exemple de l’Inde. Avec ses 1,3 milliard d’habitants, elle est une grande puissance régionale et internationale, dont le développement ne cesse d’impressionner. Mais différence de taille: l’Inde comme l’Angola sont des nations souveraines. D’ailleurs, ce sont loin d’être les seuls exemples. Pour se défendre, les élites occidentales, y compris françaises, aiment agiter «la menace chinoise» dans les médias mainstream, à savoir que la Chine les pousseraient définitivement hors d’Afrique s’ils laissaient faire les choses. Mais un partenariat honnête s’impose non pas par les armes et la menace, mais bien par une concurrence loyale, en présentant au mieux ses atouts. Et la France n’en manque pas. Pourtant, sa politique ouvertement néocoloniale et agressive en Afrique d’un côté et de soumission aux intérêts atlantistes US de l’autre, peuvent anéantir ses chances. Quant à la Chine, son respect de la souveraineté de l’Afrique et son principe de non-ingérence dans les affaires intérieures africaines, tout en pensant évidemment à ses propres intérêts, font qu’elle est de plus en plus appréciée sur le continent africain, malgré les campagnes médiatiques contre elle.

Les sondages d’opinion organisés dans plusieurs pays africains montrent d’ailleurs bien qui à, la cote et qui l’a de moins en moins.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707101032177408-macron-francafrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La CIA derrière l’emprisonnement de Mandela. Désormais officiel.

La CIA derrière l’emprisonnement de Mandela. Désormais officiel.

A notre niveau, on le savait déjà. Tout comme on connaissait le niveau de partenariat entre le régime raciste sud-africain époque apartheid avec la CIA étasunienne et le Mossad israélien. Sauf que lorsque on l’annonçait : propagande russe. Désormais le mainstream le reconnait.

Plusieurs spécialistes soviétiques ayant travaillé dans les pays africains, notamment de la partie sud du continent, nous l’avaient déjà confié à maintes reprises. A savoir que la CIA collaborait très activement avec les sinistres services spéciaux de l’apartheid, tout comme le Mossad. L’ANC sud-africain, parti historique de Nelson Mandela, ainsi que lui-même étaient bien longtemps considérés comme « terroristes » par les « bien-pensants » occidentaux, d’autant plus que l’ANC avait le soutien de l’Union soviétique, tout comme le MPLA en Angola ou la SWAPO en Namibie: tous les mouvements qui combattaient pour l’indépendance et contre le néocolonialisme.
Ce n’est d’ailleurs pas étonnant que les membres du leadership sud-africain actuel misent tellement sur l’alliance BRICS. Les compagnons de combat de Madiba (surnom affectif utilisé par les Sud-Africains envers leur héros national) n’ont jamais oublié le soutien de Cuba et de l’URSS dans la lutte contre l’apartheid, d’ailleurs pas moins que celui de la Jamahiriya libyenne de Kadhafi. Plusieurs d’entre eux ont été d’ailleurs formés en URSS. Mais ce n’est pas le thème de l’observation d’aujourd’hui. Le fait est que tout ce que l’on annonçait depuis des années se confirme aujourd’hui, puisque même les principaux médias mainstrimois le relayent, notamment BFM TV.

Difficile de cacher la vérité à l’heure du numérique, n’est-ce pas? Tout comme il est devenu difficile de cacher l’hypocrisie des élites occidentales envers le grand héros sud-africain Mandela: tantôt terroriste (terme employé officiellement par une certaine Margaret Tchatcher), tantôt fréquentable, tantôt grand leader (lorsque il est devenu évident aux yeux du monde entier, y compris des citoyens occidentaux que Mandela et ses compagnons sont bien les héros, les bourreaux étant ceux que les élites occidentales soutenaient). Il n’y a qu’à notre niveau où cela n’a jamais changé: l’URSS soutenait Mandela et l’ANC dès le départ et jusqu’au bout. Là est toute notre différence. Au XXIème siècle cela a peu changé: il suffit d’analyser les approches en Syrie.

Je vous laisserai lire l’article de BFM pour ceux qui ne connaissaient pas les détails de cette histoire. Ce qui choque, c’est la logique de l’agent de la CIA en question: « Nelson Mandela était complètement sous le contrôle de l’Union soviétique… Mandela devait donc être arrêté ». D’abord, le premier président démocratiquement élu d’Afrique du Sud et héros de lutte contre l’apartheid n’était pas sous contrôle de l’Union soviétique comme le prétend ledit agent, mais était prêt à recevoir le soutien de toute nation de bonne volonté au moment où son peuple était martyrisé par une minorité néocoloniale. L’URSS faisait partie de ces nations. Deuxièmement, on y retrouve toute la logique étasunienne: travailler y compris même avec le diable, du moment que cela serve les intérêts néocoloniaux US. En l’occurrence ici: coopération active avec un régime raciste inhumain.

Troisièmement, beaucoup supposent même que les idées de l’apartheid plaisaient bien aux élites US (où la ségrégation raciale n’a été officiellement abolie qu’à partir des années 1960), tout comme aux élites britanniques ou israéliennes.

En fait, il s’agit de la même manière de « penser » que ceux qui avaient sauvagement assassiné un autre héros africain, en l’occurrence Patrice Lumumba: digne patriote africain, ami de l’URSS, donc à éliminer de la plus barbare des manières. Après on s’étonne que de nouvelles organisations sataniques apparaissent, comme le fameux Daech. Après tout, tel maître, tel élève. Quant au héros qu’était et reste Mandela, repose en paix Madiba!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201605171025075267-mandela-cia-emprisonnement/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Réflexions sur les défis de l’unité africaine et le panafricanisme

L’un des buts principaux des pays africains est d’atteindre l’unité intérieure, basée sur le patriotisme qui dépasse les intérêts ethniques, religieux ou claniques. Et plus globalement d’en arriver à l’unité de tout ce beau continent qu’est l’Afrique. C’est des objectifs à atteindre mais que les élites occidentales veulent à tout prix faire échouer.

Prenons des exemples concrets. La Guinée équatoriale est aujourd’hui le pays africain avec le plus haut revenu moyen par habitant (environ 1500 dollars mensuels). Un revenu qui dépasse celui de plusieurs pays membres de l’Union européenne et qui permet à la Guinée équatoriale d’être classée dans le TOP 30-35 au niveau mondial en ce qui concerne le revenu moyen par habitant. Pourtant ce pays est constamment diabolisé par les médias occidentaux. Au même titre que des pays comme l’Angola (devenu pays d’accueil pour de très nombreux migrants en provenance d’Europe, principalement du Portugal) ou l’Afrique du Sud (membre des BRICS, principale puissance africaine).

Il faut donc se poser les bonnes questions. Pourquoi ces attaques propagandistes visent ces pays et certains autres ? Pour la simple et bonne raison que les élites occidentales ne veulent pas de pays à succès en Afrique. Car ils savent parfaitement que les pays à succès vont inspirer d’autres pays du continent, notamment en difficulté, à suivre leur exemple. L’exemple de politiques responsables et d’un panafricanisme assumé. Et plus il y a aura de pays à succès en Afrique, plus l’idée du panafricanisme se renforcera et plus on approchera du moment de l’unité véritable de l’Afrique.

L’Occident, USA comme UE, veulent empêcher cela. A l’Afrique et aux Africains de dire leur mot, bien loin de divergences qui n’ont pas lieu d’être.

L’Angola, terre d’accueil

La République d’Angola, devenue terre d’accueil pour grand nombre de migrants européens (rien que les citoyens portugais qui y vivent et travaillent sont aujourd’hui plus de 200 000).

Comme quoi, le processus migratoire va aussi dans l’autre sens. L’Occident semble parfois l’oublier. Bravo l’Angola !

La France à l’assaut de l’Angola ?

Laurent Fabius et Georges Chikoty

Laurent Fabius et Georges Chikoty                                                                              Photo : AFP

La très récente visite de Laurent Fabius, Ministre français des Affaires étrangères, en Angola, a clairement montré le désir de l’Hexagone d’étendre son influence au-delà de l’Afrique francophone et de jouer la concurrence dans un pays déjà très convoité par bon nombre d’autres partenaires.

« La France veut sa part du miracle angolais », tel était le titre d’un article paru le 1er novembre sur le site deFrance 24. En effet, la première visite en dix ans d’un Ministre français des Affaires étrangères dans ce pays n’a rien d’anodin, bien au contraire. L’Angola est effectivement pour beaucoup un eldorado à exploiter à tout prix. Ce pays lusophone du Sud-Ouest de l’Afrique vit un véritable boom économique depuis plusieurs années.

Plusieurs grands patrons des principales entreprises françaises ont accompagné M. Fabius à Luanda, la capitale angolaise. Parmi elles, on peut citer Total, Airbus, Air France, Alstom, Bolloré, Veolia, BNP Paribas… Du beau monde en gros. La France ne cache pas que l’arrivée d’une délégation aussi importante en Angola est liée ouvertement à ses intérêts économiques et commerciaux dans ce pays. D’ailleurs, comme le note si bien le site du ministère français de l’Economie et des Finances, « peu de pays dans le monde ont un potentiel aussi important que l’Angola, où, malgré la concurrence, il existe d’importantes possibilités pour les entreprises françaises en dépit des difficultés d’approche du marché ».

Le pétrole reste pour le moment le principal intérêt. L’Angola en est désormais le deuxième producteur du continent africain (derrière l’Algérie et devant le Nigeria). C’est donc sans surprise que dans le total de 10 milliards d’euros d’investissements directs français en Angola en 2012, plus de 90% sont représentés par Total. Mis à part l’or noir, l’Angola compte également d’autres ressources en quantités importantes : gaz, diamants, or, bauxite, uranium, industrie de la pêche, … Sans oublier d’autres domaines avec lesquels veut renouer le pays, comme l’agriculture, naguère prospère.

L’Angola est devenu en outre un eldorado pour les travailleurs étrangers, et point important, pour les travailleurs européens, Portugais en premier lieu. En effet, plus de 150 000 travailleurs portugais y travaillent officiellement, sans compter les citoyens portugais en situation irrégulière, reconduits de temps à autre à la frontière. L’Angola est par ailleurs devenu l’un des principaux pays investisseurs étrangers d’un Portugal en crise, faisant que celui-ci n’a jamais autant dépendu de son ancienne colonie.

En dehors des énormes opportunités d’affaires qu’offre l’Angola, pour la France il s’agit aussi vraisemblablement de tenter de jouer sur le terrain de la Chine. Car en effet, l’Empire du milieu est le premier partenaire économique et commercial de l’Angola. Forte de sa présence via ses milliards d’investissements, la Chine est également représentée à travers ses nombreux concitoyens présents dans le pays (plus de 250 000 selon les sources occidentales). Pour la France, dont la présence est de plus en plus contestée au sein de ses anciennes colonies francophones et avec le système de la Françafrique de plus en plus remis en cause, l’Angola représente une occasion d’étendre encore plus son influence.

 Qu’en sera-t-il en réalité ? Difficile à dire. Malgré les atouts que la France possède dans un certain nombre de domaines, l’approche adoptée sera probablement décisive. Car si la Chine, qui ne compte nullement lâcher ses intérêts en Afrique en général et en Angola en particulier, et qui a depuis longtemps fait du continent africain l’une de ses priorités en matière de politique extérieure, a très souvent su trouver la bonne approche avec ses partenaires africains, la France elle, habituée à bien souvent simplement dicter ses désirs dans ses anciennes possessions, aura beaucoup de mal à faire de même en Angola. Il faut quand même bien le rappeler, l’Angola fait partie de ces pays sur le continent africain ayant toujours su défendre avec ardeur leur souveraineté.

L’histoire relativement récente de l’Angola (longue guerre d’indépendance contre le Portugal, puis très longue et dévastatrice guerre civile) lui ont appris à défendre coûte que coûte ses intérêts, où que ce soit et avec qui que ce soit. La France saura-t-elle éviter avec l’Angola les erreurs commises (et qu’elle commet encore) avec bon nombre d’autres pays africains et s’y imposer ? Telle est la question. On en saura beaucoup plus dans un avenir proche.

http://french.ruvr.ru/2013_11_06/La-France-a-l-assaut-de-l-Angola-7258/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Afrique, nouvel eldorado pour les travailleurs européens ?

Африка карта

Incroyable mais vrai. Bien que trop souvent, l’accent soit mis sur l’immigration africaine en Europe, les langues se délient de plus en plus aujourd’hui et bon nombre de médias occidentaux abordent ce thème, pas très plaisant pour certains. Une Europe en crise et une Afrique en pleine croissance : retour sur un processus migratoire qui commence à changer la donne.

Ce processus fait pas mal de bruit en ce moment, et pourtant est-ce tellement surprenant ? Le départ de jeunes et moins jeunes spécialistes d’Europe de l’Ouest vers des contrées lointaines ne date pas d’hier. Avec la crise économique et le chômage qui frappent de plein fouet le continent européen, cela n’a fait que s’accentuer. Parmi les destinations, on retrouve du tout : Canada, Chine, Australie, USA, Emirats arabes unis et autres pays du Golfe, Russie/CEI, Brésil et d’autres pays d’Amérique latine, Inde, etc…. Pourtant l’Afrique était très peu citée, remportant constamment le « titre » de continent émetteur de migrants. Mais qu’en est-il en réalité et surtout depuis les dernières années ?

Et bien, la réalité est que l’Afrique devient effectivement, et de plus en plus, une terre d’accueil pour bon nombre de gens venus chercher des opportunités de réussir, dont bon nombre d’Européens. Et là, nous ne parlons pas d’expats, une « caste » spéciale, qui a toujours été activement présente sur le continent africain, mais bel et bien de gens, dont beaucoup de jeunes, qui prennent individuellement le départ en quête d’une nouvelle vie et ayant pour but de réussir par tous les moyens. Un phénomène que plusieurs médias occidentaux et autres ne manquent plus d’aborder (Courrier International, Jeune Afrique, Al Qarra TV,…), voire, comme Radio RMC, d’aller encore plus loin et de poser carrément la question de savoir si l’Europe ne deviendra pas à terme la nouvelle main d’oeuvre de l’Afrique… Compte tenu de la situation de plus en plus précaire dans certains pays de l’UE et des taux de croissance du PIB des pays africains approchant, voire dépassant les 10% comme c’est le cas du Ghana, champion d’Afrique en la matière, dont le taux de croissance réelle du PIB approche les 14% (source : CIA World Factbook), il n’y a pas forcément de quoi s’étonner.

Parmi les principaux pays européens émetteurs de migrants à destination d’Afrique, on citera l’Espagne et le Portugal, tous deux traversant une très sérieuse crise économique et un chômage galopant (surtout chez les jeunes). On compterait ainsi à l’heure actuel plusieurs dizaines de milliers de travailleurs espagnols (permanents ou temporaires) au Maroc (quatre fois plus nombreux sur le territoire marocain que cinq ans auparavant). Bien que les Espagnols soient les premiers cités, le Royaume chérifien compte également aujourd’hui de plus en plus de Français, Italiens, Allemands, Roumains,… et dont bon nombre d’entre eux sont bien loin d’être des expats. En ce qui concerne les Portugais, leur destination de prédilection en Afrique est l’Angola, ancienne colonie portugaise et l’un des cinq pays lusophones du continent africain.

Le Portugal, avec son taux de chômage certes moins important que celui de l’Espagne, mais atteignant tout de même le chiffre très alarmant de 15%, se voit de moins en moins offrir d’opportunités intéressantes à ses jeunes diplômés qui s’envolent massivement vers de nombreuses destinations, dont l’Angola (croissance du PIB supérieure à 12,5% en 2012) et dont la capitale Luanda est devenue l’une des villes les plus chères du monde. Ils seraient près de 30 000 Portugais chaque année à demander un visa pour leur ancienne colonie et seraient déjà plus de 150 000 à s’y être installés, dont la plupart des diplômés de haut niveau. C’est sans oublier le fait que le Portugal dépend aujourd’hui de plus en plus de capitaux d’entreprises angolaises (atteignant les 120 millions d’euros), faisant du Portugal le pays européen dont l’économie n’aura jamais autant dépendu d’une de ses anciennes colonies.

A part l’exemple du Maroc et de l’Angola, on peut citer également l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Algérie, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, ainsi que d’autres pays du continent accueillant (notamment selon les liens historiques) bon nombre de Néerlandais, d’Allemands, de Britanniques, et bien entendu de Français. D’ailleurs, qui dit flux migratoire massif, et aujourd’hui on peut véritablement parler de flux migratoire et non « d’exceptions », dit aussi immigration illégale. Ils seraient ainsi des centaines d’Espagnols et de Portugais à être reconduits à la frontière chaque année au Maroc et en Angola, pour ne citer qu’eux.

Autre point important, si l’Angola avec sa capitale en plein boom de construction d’infrastructures emploie massivement les ingénieurs portugais, cela concerne également et de plus en plus des emplois destinés aux ouvriers sans qualification. De même au Maroc, les nombreux migrants espagnols travaillent aujourd’hui dans le royaume à des postes ne nécessitant pas de qualification spéciale (ouvriers divers, serveurs,…), surtout dans le nord du pays, une région qui entretient des liens étroits avec l’Espagne.

Monde à l’envers pour certains ? Conséquences de la mondialisation pour d’autres ? Ou simplement petite revanche d’un continent très riche, représentant l’avenir et pourtant caractérisé par des clichés ancrés par les médias occidentaux et pas seulement (pauvreté, guerres, famines, immigration, etc)… ? Cela porte à croire qu’il s’agit surtout d’une preuve supplémentaire que lorsque le continent africain, ou du moins sa bonne partie, se libérera pleinement de ceux qui exploitent ses ressources depuis bien trop longtemps, ainsi que de leurs pantins locaux, et pourra ainsi profiter pleinement des richesses qui lui appartiennent de droit, les clichés négatifs habituels sur l’Afrique ne deviendront alors probablement que de vieux souvenirs.