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Pourquoi Israël ne peut pas être un partenaire de confiance de la Russie?

Benjamín Netanyahu

Nouvelle visite de Netanyahu en Russie est une nouvelle tentative de convaincre le leadership russe de changer de cap géopolitique. Pourquoi probablement en vain ?

Avant de rentrer dans les détails des cartes contemporaines, il est essentielde rappeler brièvement l’historique des relations entre l’URSS et l’État sioniste. Le principal à retenir étant que depuis l’apparition de l’État d’Israël et dans le contexte de la Guerre froide, les relations diplomatiques entre l’État sioniste et l’URSS se remarquaient surtout par leur absence. L’opposition était nette: les USA soutenant Israël (qui est encore leur principal allié à ce jour dans la région et l’un des principaux en général), l’URSS ayant au contraire toujours soutenu la cause des pays arabes opposés à Israël.

Mais les tensions existantes ne se limitaient pas à l’absence des relations diplomatiques. Il est en effet important de rappeler que plusieurs attaques visant des représentations soviétiques à différents endroits du monde et imputées aux extrémistes radicaux sionistes ont eu lieu durant cette période. Les relations diplomatiques n’ont été officiellement rétablies qu’à l’éclatement de l’Union soviétique, avec l’arrivée dans la Russie post-soviétique d’une équipe dirigeante ouvertement libérale et orientée vers l’Occident. Depuis lors tout semblait aller bien dans ces relations bilatérales mais qu’en était-il vraiment? Et surtout qu’en est-il aujourd’hui?

Si la Russie tente de garder un maximum de contacts avec les citoyens israéliens russophones, c’est effectivement dans le cadre du concept de « Monde russe » visant à garder un maximum de liens avec les personnes parlant la langue russe où qu’ils soient, tout en assurant la promotion de la langue et de la culture russes dans divers endroits du monde. Mais politiquement parlant, les relations russo-israéliennes étaient-elles si « appaisées », notamment à partir des années 2000 — période à partir de laquelle la Russie commence, progressivement, à récupérer la place qui lui revient dans l’arène internationale? Pas vraiment. Ne serait-ce que pour la raison que la Russie continue d’insister sur la création d’un État palestinien en bonne et due forme, avec Jérusalem-Est pour capitale. Et les nombreux votes à ce sujet au niveau de l’Organisation des Nations Unies, comme les nombreux rappels de la diplomatie russe à ce sujet ne font que le confirmer. Et même les représentants du lobby pro-israélien basés à Moscou n’ont pas réussi à faire abandonner à la Russie cette position que ce soit au niveau politique ou diplomatique.

Tout s’accélère avec la crise en Syrie, la République arabe syrienne étant un allié de Moscou depuis des dizaines d’années. C’est dans le cadre de cette alliance que la Russie intervient militairement en Syrie à la demande officielle du gouvernement légitime de Damas afin de l’aider à lutter contre les groupes terroristes présents sur son territoire. Israël, de son côté, faisait partie dès le départ de ce conflit de la «coalition» de pays souhaitant faire tomber le président al-Assad (ennemi de longue date de Tel-Aviv), mais aussi faire perdurer le chaos autant que possible. Sachant d’autant plus que la République syrienne a le soutien (en plus de celui de la Russie) de l’Iran et du Hezbollah libanais — ennemis jurés de l’État sioniste.

Pour cela, Israël ne s’est pas seulement limité à une rhétorique hostile à Damas et à un soutien verbal aux terroristes: il l’a confirmé par les faits. En effet, des représentants de plusieurs groupes terroristes ont reçu des soins dans des hôpitaux israéliens, tandis que des armements et des moyens de transport de production israélienne ont été retrouvés au sein de plusieurs groupes terroristes. Enfin, et cela est le comble: l’aviation israélienne a effectué plusieurs frappes en territoire syrien, visant les forces gouvernementales sans jamais (!) s’attaquer à un quelconque groupe terroriste, Daech ou Al-Qaida compris. Évidemment, ces actions ont fait apparaitre au grand jour les tensions existantes entre Moscou et Tel-Aviv.

Et là encore ce n’est pas tout. Alors qu’Israël reste l’allié par excellence de Washington au Proche et au Moyen-Orient (dépassant par la même occasion l’Arabie Saoudite), un rapprochement évident a été observé entre Téhéran et Moscou. Aussi bien en raison d’une vision de facto similaire en ce qui concerne la lutte antiterroriste en Syrie, mais également d’une convergence de points de vue sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux. À ce titre, il ne faut pas oublier qu’au-delà de la lutte armée fructueuse contre le terrorisme en terre syrienne, les deux pays jouent (avec la Turquie) un rôle clé dans l’espace diplomatique en charge de résoudre une bonne fois pour toute la crise syrienne dans le cadre des pourparlers d’Astana. D’ailleurs, là aussi les résultats sont plus qu’encourageants.

Tout cela ne plait pas à Israël, qui ne cache pas son opposition à l’accord de cessez-le-feu en Syrie (qui ne concerne évidemment pas Daech, Al-Qaida et affiliés), ce qui revient à dire que Tel-Aviv souhaite tout simplement la poursuite du bain de sang en territoire syrien. Évidemment, sa peur est motivée par plusieurs facteurs: l’alliance russo-iranienne, le renforcement de l’État syrien qui aura lieu après la victoire totale sur les groupes terroristes et la relance de l’économie (avec le soutien des alliés de la Syrie). Mais aussi par le fait que désormais il y aura face à l’État sioniste un Hezbollah encore plus expérimenté et renforcé par l’expérience unique des combats acquise grâce à la lutte contre les terroristes en territoire syrien (d’autant que la douloureuse expérience de 2006 n’est toujours pas oubliée du côté des responsables à Tel-Aviv).

Plus récemment, un autre dossier a ravivé les tensions russo-israéliennes. L’ambassadeur israélien en Russie, Gary Koren, a été convoqué par le ministère russe des Affaires étrangères, suite à la décision de la Pologne de ne pas autoriser la Russie à participer à la construction d’un musée et d’un lieu commémoratif pour les victimes du camp d’extermination de Sobibor. Décision qu’Israël a soutenu. Voici sur ce sujet le commentaire de Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères: « À titre personnel, je refuse d’accepter la position d’Israël. La décision des autorités israéliennes est inacceptable et cynique. Cette position est à la limite d’une trahison historique ». Trahison historique en effet lorsqu’on connait les sacrifices de l’armée rouge et du peuple soviétique pour anéantir la peste brune nazie. Et lorsqu’on sait ce qui aurait pu advenir du peuple juif sans les sacrifices consentis par l’URSS.

Plusieurs choses sont certaines: Israël reste l’un des principaux alliés des États-Unis — dont la Russie reste un adversaire indiscutable et de premier plan. En outre, il est fermement opposé à l’ère multipolaire qui s’ouvre et dans laquelle il voit clairement un danger pour lui (création tant attendue de l’État de Palestine, évolution des alliances et des réalités régionales). Tout cela pour dire que Netanyahou peut faire autant de visites en Russie qu’il le souhaite, Moscou sait ce qu’il a à faire. Les changements au niveau international ne sauront être stoppés, Tel-Aviv doit en prendre bonne note.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708241032775850-israel-russie-partenaire/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Une puissance nommée Russie

Российский флаг Россия Кремль Кремлевская башня Москва

 

Il ne s’agit pas d’un thème nouveau. La Russie est bel et bien de retour sur la scène internationale et ça ne date pas d’hier. Un processus qui se poursuit depuis les années 2000 et qui n’est certes pas encore à son apogée, mais s’en approche clairement.

Les deux dernières semaines ont été riches en événements, si l’on prend en compte notamment plusieurs visites en Russie de hauts responsables étrangers. La semaine dernière, du secrétaire d’Etat américain John Kerry d’abord et du premier ministre britannique David Cameron ensuite. Cette semaine, Vladimir Poutine s’est entretenu à Sotchi avec le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu. Et enfin, le secrétaire général de l’ONU Ban-Ki Moon est lui aussi attendu ce jeudi à Moscou pour une visite de travail qui durera jusqu’au 19 mai. Outre ces visites diplomatiques, on n’oubliera pas non plus de mentionner cette semaine le scandale d’espionnage et l’arrestation d’un agent de la CIA à Moscou, qui opérait sous couverture de diplomate. Plus précisément, en tant que troisième secrétaire du bureau politique de l’ambassade des USA à Moscou.

Parlons des visites d’abord. Pourquoi autant de visites de cette importance en si peu de temps ? Est-ce que Kerry, Cameron et Netanyahu sont tous trois venus pour faire du tourisme ? Il est vrai qu’en ce moment, il fait très beau à Moscou, de même qu’à Sotchi et c’est probablement la période idéale pour faire du tourisme. Mais c’est peu probable. La raison principale de leurs visites en un espace de temps si réduit est claire : c’est la Syrie. Des visites qui interviennent après les récents raids israéliens contre la Syrie, pays qui lutte fermement contre des groupes armés « rebelles », parmi lesquels l’écrasante majorité se compose de terroristes soutenus, armés et financés de l’extérieur, en premier lieu par les pays occidentaux et bien évidemment les « peacemakers » qataris et saoudiens, sans oublier bien sûr Israël. La Russie s’était dite très préoccupée par ces raids contre la Syrie, un pays qui traverse probablement le moment le plus difficile de son histoire. Juste après, selon des sources israéliennes, la Russie serait en passe de livrer d’un moment à l’autre à la Syrie le système (très efficace) russe de défense anti-missile S300 (déjà livré selon certains). Voici très probablement le « problème » que Kerry, Cameron et Netanyahu sont venus tous aborder avec Vladimir Poutine.

Sauf que si cette livraison se confirme et de plus dans le cadre des contrats liant la Russie à la Syrie, il ne s’agit non pas d’un problème, mais bien au contraire probablement de la solution. Car cela permettra très certainement de créer un véritable équilibre régional et de dissuader Israël, ses alliés occidentaux ou encore les pétromonarchies du Golfe au cas où ceux-ci s’amuseraient à faire de nouvelles provocations à l’encontre de la Syrie. Aussi, il aurait été probablement plus intéressant d’aborder avec ces chers visiteurs la création d’une nouvelle Cour pénale internationale et dont le siège serait basé dans l’un des pays du BRICS. Bien que certainement ni Kerry, ni Cameron, ni Netanyahu ne soutiendraient cette initiative, d’autant plus qu’une CPI réformée et respectant véritablement le droit international ferait d’eux les premiers visés en tant qu’accusés.

Pour revenir à la Russie, ces visites sont la preuve supplémentaire que les puissances « traditionnelles » occidentales et leurs agents comprennent de mieux en mieux que dans le monde actuel, il ne peut plus y avoir de décisions unilatérales. Ils comprennent également que le temps du « monopole » des relations internationales vit ses derniers jours. Difficile, bien évidemment, d’accepter cette nouvelle donne pour ceux qui ont trop longtemps monopolisé les décisions qui concernaient l’avenir de toute l’humanité, et non seulement leur propre avenir. Le scandale d’espionnage qui a éclaté au grand jour cette semaine grâce à la vigilance des services secrets russes a montré que les USA ainsi que bon nombre de pays occidentaux continuent à vivre dans la philosophie de la guerre froide (une guerre qu’ils avaient pourtant eux mêmes déclaré comme étant du passé).

La Russie et ses partenaires du BRICS, sans oublier les autres puissances émergentes, prouvent qu’une autre vision du monde, de la souveraineté des Etats, de la défense de leur indépendance, du libre choix de leur avenir et plus globalement des relations internationales est possible et plus que jamais d’actualité. Les visites ces deux dernières semaines de Kerry, Cameron, Netanyahu et Ban Ki-Moon confirment également pourquoi de nombreux spécialistes et organismes internationaux placent le président russe Vladimir Poutine en tant qu’homme politique le plus influent du monde. En ce qui concerne ceux qui jusqu’à aujourd’hui continuaient de douter de la Russie et de sa place dans le monde, jugeant que le « retour » de la Russie est plus un mythe qu’une réalité, ils réalisent définitivement que la Russie d’aujourd’hui s’impose et qu’il n’en sera pas autrement. Cette réalité ne peut que réjouir la population russe de même que ses alliés, tout en sachant qu’il reste encore un grand nombre de défis à relever, aussi bien sur le plan national qu’international.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://french.ruvr.ru/2013_05_17/Une-puissance-nommee-Russie/