Archives du mot-clé Burundi

Edouard Bizimana: «Je salue la Russie qui s’est dressée contre ce comportement voyou occidental»

le Dr Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi et Vladimir Poutine

Dans la suite de notre entretien avec Edouard Bizimana, l’ambassadeur du Burundi en Russie évoque la situation de son pays, et plus largement des pays africains, sur l’échiquier mondial. Pour Edouard Bizimana, le constat est clair: le développement de l’Afrique passe par la multipolarité.

 

Sputnik: On a l’impression que depuis l’échec de la tentative de faire tomber le gouvernement légitime de Syrie, les gouvernements de plusieurs pays occidentaux souhaitent malgré tout poursuivre dans la voie de la déstabilisation d’autres nations. Le Venezuela a été récemment visé. Mais vraisemblablement le Burundi l’est également. Qu’en pensez-vous?

Edouard Bizimana: J’ai l’impression qu’il y a des pays occidentaux qui veulent se (re) construire sur les décombres des autres. Il est devenu clair que tous les prétextes sont bons pour ces pays pour faire tomber tel ou tel régime afin de mettre la main sur les richesses du pays. Les conséquences des guerres provoquées ne les émeuvent pas, car ce qui importe pour eux ce sont ces richesses.

Quand on voit actuellement les milliers d’Africains mourir en Méditerranée, des milliers et des milliers de Syriens, d’Irakiens et d’Afghans prendre le chemin de l’exil et l’hypocrisie de certains pays occidentaux prétendant vouloir aider ces réfugiés, alors que ce sont ces mêmes pays qui sont à l’origine du chaos dans les pays d’origine des réfugiés, je me demande pourquoi le monde ne se lève pas pour dire non.

Je salue ici le courage de la Fédération de Russie qui a eu le courage de se dresser contre ce comportement voyou de certains pays occidentaux, qui créent de l’instabilité et du chaos dans le monde. N’eût été l’intervention de la Russie, la Syrie serait déjà tombée aux mains des terroristes. C’est cette agressivité et l’ingérence illimitée dans les affaires intérieures des États qui poussent certains d’entre eux à se lancer dans une course aux armements pour se protéger contre cet impérialisme d’un autre âge. Le cas de la Corée du Nord est là pour rappeler la triste réalité.

Ce qui se passe au Venezuela est loin d’être une affaire interne, comme certains aiment le répéter pour distraire l’opinion. La volonté de certaines puissances occidentales de changer le régime en place au Venezuela n’est qu’un secret de Polichinelle caché dans un tiroir. Le Burundi en a fait l’expérience et ce sont toujours les pyromanes qui se transforment en sapeurs-pompiers sous la casquette de bienfaiteurs, de défenseurs des droits de l’homme et de donneurs de leçons.

Sputnik: Depuis votre nomination au poste d’ambassadeur en Russie (après avoir occupé ce poste en Allemagne), on observe une dynamisation des relations russo-burundaises, et ce dans différents domaines: commerce, investissements, formation des cadres, Défense, entre autres. On a suivi la participation de plusieurs hauts cadres burundais à différents grands événements tenus en Russie. Peut-on aujourd’hui parler d’une alliance de votre pays avec la Russie? Ou est-ce encore en cours d’élaboration?

Edouard Bizimana: Depuis un certain temps, les relations entre le Burundi et la Fédération de Russie connaissent un élan extraordinaire, même si elles ont été toujours très bonnes. Depuis mon arrivée à Moscou, j’ai bénéficié d’un soutien accru des autorités russes et cela m’a permis d’entamer de nouveaux chantiers. Des efforts particuliers sont en train d’être faits pour rendre plus dynamiques les relations économiques entre le Burundi et la Fédération de Russie. La coopération avec les régions est un autre aspect qui bénéficie de beaucoup d’attention. En outre, la promotion des relations culturelles entre nos deux pays reste l’une de mes priorités.

Le nombre d’accords de partenariat ou de coopération déjà signés en l’espace d’une année, les visites de haut niveau qui ont eu lieu et à venir, le nombre de sociétés et d’investisseurs russes qui ont déjà commencé leurs activités au Burundi montrent bien qu’il y a un nouveau chapitre des relations russo-burundaises qui s’ouvre. Il faut noter que tout cela est rendu possible par une convergence d’intérêts, de valeurs et de vision du monde entre le Burundi et la Fédération de Russie sur pas mal de questions de portée internationale. Il y a donc une relation stratégique gagnant-gagnant qui se construit entre les deux pays et qui ne serait possible que grâce à cette convergence.

Sputnik: Le Burundi, bien qu’étant un petit pays, a vraisemblablement misé sur la défense de sa souveraineté jusqu’au bout et le soutien au système multipolaire du monde. Aujourd’hui, d’autres pays africains se trouvent face à un choix: garder le système existant de domination par des puissances étrangères (occidentales) ou prendre une autre voie. On voit aussi qu’au niveau de la société civile de plusieurs pays africains, la mobilisation pour justement choisir cette autre voie se renforce de jour en jour. On a notamment suivi récemment les manifestations au Mali contre la présence militaire française et pour une alliance avec la Russie. Que vous inspirent ces processus et quel est votre pronostic pour la suite?

Edouard Bizimana: Eu égard au principe de l’égalité juridique des États, il n’y a pas de petits ou de grands États. On pourrait néanmoins dire qu’il y a des États de dimensions géographiques réduites, le Burundi en fait partie. C’est, à mon avis, cette nuance que beaucoup ne parviennent pas encore à comprendre et la conséquence de cela est l’unilatéralisme observé dans la conduite des affaires du monde. Le Burundi a déjà compris cela et fait valoir le statut que lui confère le fait d’être membre à part entière de la communauté internationale en tant qu’État souverain. Il n’y a donc personne, aucun État aussi puissant soit-il, ne peut et ne doit imposer aux autres la marche du monde. Certains États tentent de le faire en bafouant le droit international qui doit régir les relations entre acteurs de la scène internationale et le résultat, on le voit: le chaos partout, Syrie, Irak, Afghanistan, Libye, Yémen, terrorisme, guerres, déplacements forcés des populations, catastrophes humanitaires, etc.

Constatons que certains pays, africains surtout, se trouvent face à un dilemme: suivre la marche du monde, qui tend plus vers la multipolarité, ou garder le statu quo sous peine de se voir détruits par les puissances occidentales qui les exploitent sans scrupule et les gardent dans un état de dépendance permanent. Évidemment, toute tentative d’émancipation est punie de la peine capitale: le cas de Gbagbo, de Kadhafi, de Sankara, etc. sont plus qu’éloquents.

L’Afrique de l’Ouest et centrale, confrontées à une exploitation de la France avec le franc CFA donnent à réfléchir. Toute tentative d’émancipation monétaire de ces pays donne lieu à des représailles sans merci, car la France ne pourrait pas vivre sans les ressources que lui versent ces pays. La plupart de ces pays sont devenus incapables de défendre leur territoire national et c’est la France qui doit assurer leur protection.
La plupart de ces pays sont exposés aux attentats terroristes et à des mouvements d’humeurs pouvant balayer un régime en quelques jours: Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Niger, Cameroun, etc. La prolifération, sous forme de génération spontanée, de groupes terroristes et de groupes rebelles dans certains pays africains ne serait pas étrangère à la volonté de certaines puissances occidentales de maintenir des pays sous leur domination pour alimenter leurs économies. L’accès aux ressources stratégiques comme l’uranium (Niger et Mali) et l’or (Mali) serait à l’origine de la situation délétère qui s’observe en Afrique occidentale et centrale. Pour arriver à une telle situation, il a fallu détruire la Libye de Kadhafi et lâcher dans la nature des milliers et des milliers d’armes.

Il est donc temps pour ces pays de briser les chaînes du colonialisme, peu importe le prix à payer. Cela demandera des sacrifices et un engagement sans faille comme au temps des luttes pour l’indépendance. Le Burundi a déjà compris cela et sa lutte s’inscrit dans cette logique d’émancipation de l’exploitation occidentale pour jouir pleinement de ses ressources, de décider seul de ses choix politiques, économiques et sociaux, qui tiennent compte des besoins de la population burundais.

Il est intéressant de voir comment la société civile dans certains pays, comme le Mali, le Sénégal, commence à se rendre à l’évidence de cette nouvelle forme de colonialisme pour exiger des changements profonds. On a vu de jeunes Maliens et Sénégalais se lever pour dire non au franc CFA, pour manifester contre la présence des troupes françaises, etc. ce qui constitue un signe de ras-le-bol. Il est probable que les Maliens ont vu les images, largement partagées par les réseaux sociaux, de soldats français en train de creuser le sol pour extraire de l’or alors qu’ils sont supposés être en train de lutter contre les terroristes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709141033045050-bizimana-ambassadeur-burundi-situation/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Publicités

Exclusif: Crimes contre l’humanité au Burundi? L’ambassadeur démonte le rapport de l’Onu

Edouard Bizimana

La Commission d’enquête des Nations unies sur le Burundi a publié un rapport qui demande à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter «sans délai» sur les «possibles crimes contre l’humanité» dans ce pays d’Afrique de l’Est. Dans un entretien exclusif accordé à Sputnik, Edouard Bizimana, ambassadeur du Burundi en Russie, réagit.

Sputnik: M. l’ambassadeur, quelle est votre réaction à la lecture du rapport de la Commission d’enquête des Nations unies sur le Burundi?

Edouard Bizimana: D’emblée, je dirais que ce n’est pas un rapport, car le document souffre de beaucoup de lacunes, tant au niveau du contenu qu’au niveau de la méthodologie utilisée. C’est un document rempli de contrevérités et de contradictions. Il est étonnant de lire des affirmations comme quoi il existe des attaques «généralisées et systématiques contre la population civile», comme pour dire que le Burundi brûlerait.

Ce n’est pas le cas actuellement, mais on comprend bien ces affirmations gratuites d’une part parce que ces «experts» n’ont pas mis les pieds sur le territoire burundais et d’autre part parce qu’ils veulent se venger contre les autorités burundaises, qui leur ont refusé l’accès au territoire. Vengeance aussi de la Cour pénale internationale et des autres puissances occidentales, qui cherchent à utiliser cette cour pour atteindre leurs objectifs. En effet, le Burundi reste le seul pays qui a confirmé son retrait du Statut de Rome et cela constitue un précédent très préjudiciable à la Cour et aux puissances occidentales qui la financent et l’utilisent.

Un document truffé de contradictions: le point 40 du rapport parle du fait que les «experts n’ont pas visité le Burundi», mais affirment qu’ils ont trouvé des détentions arbitraires. Le point 97 est contredit par le point 108: au moment où la commission semble ignorer totalement le principe de complémentarité, elle recommande aux Nations unies de fournir une assistance technique aux autorités burundaises afin de mener des enquêtes crédibles et indépendantes.

Les points 86 et 99 se contredisent: dans ces points, la commission demande aux autorités burundaises d’enquêter sur les violations des droits de l’homme et au même moment, elle demande à la Cour pénale internationale d’ouvrir une enquête dans les plus brefs délais sur les crimes commis au Burundi.

La commission affirme avoir recueilli des informations sur des attaques ciblées des groupes armés contre des postes de police et de l’armée (point 28) et sur des attaques d’envergures en juillet 2015 et décembre 2015, mais la commission n’a pas été en mesure de recueillir des informations sur des attaques contre les civils par les groupes organisés et se justifie en évoquant le fait qu’elle n’a pas été autorisée à se rendre au Burundi: il faut dire que de tels arguments prouvent à suffisance que la commission n’est pas auteur du «rapport». Elle est là pour condamner une partie et blanchir l’autre et ça, ne devrait pas être la mission d’une commission. Les groupes qui ont attaqué le Burundi n’étaient pas sans armes et ont fait des victimes. Les grenades lancées dans les bars, dans les marchés, dans les lieux publics, des personnes brûlées vives sont l’œuvre de ces groupes. Comment alors la commission a-t-elle pu avoir des informations sur une partie sans se rendre sur le terrain et ne pas en avoir sur l’autre partie?

Au moment où la commission affirme que «dans certains cas, des agents de police auraient agi à la suite d’actes de violence de manifestants ayant entraîné la mort de policiers et de membres du parti au pouvoir» (point 29), elle ne trouve pas opportun de documenter ces crimes (que la commission qualifie d’actes de violence) et se contente seulement de condamner les forces de l’ordre et de sécurité, qui apparemment n’ont même pas le droit de se défendre quand elles sont attaquées.

Les points 31 et 36 démontrent bien le côté penchant et la volonté de la commission de diviser les Burundais: au point 31, la commission attribue avec certitude l’assassinat d‘un officier supérieur aux services de l’État pour semer la division au sein des forces de défense, mais quand il s’agit des crimes qui ont visé les membres du gouvernement ou des personnes supposées être «proches du pouvoir», la commission reste dubitative (point 36).

Enfin, le «rapport» souffre d’une globalisation qui cache mal une volonté de la commission de nuire au peuple burundais (point 44). La commission parle toujours dans la globalité quand elle parle des imbonerakure, des membres du service de renseignement, de magistrats et des policiers. Elle ne parvient pas à coller des noms sur des actes alors que l’on sait que plusieurs policiers responsables d’actes répréhensibles par la loi ont été emprisonnés et même radiés de la police.

Bref, le rapport n’a aucune crédibilité et semble avoir été rédigé par l’opposition et non par des experts. La commission s’efforce de couvrir les crimes commis par l’opposition et les groupes armés tout en condamnant d’avance le gouvernement burundais et ses services, ce qui justifie son appel lancé à la CPI d’ouvrir une enquête sur le Burundi.

Sputnik: Que compte entreprendre le gouvernement de votre pays pour répondre aux accusations émises par les rapporteurs onusiens?

Edouard Bizimana: L’opinion et les Nations unies doivent savoir que la protection des droits de l’homme reste une priorité du gouvernement du Burundi. C’est pour cela que les personnes qui se sont rendues coupables d’une quelconque violation de ces droits ont été traduites devant la justice. J’ai évoqué des cas d’agents des forces de défense et de sécurité et d’autres citoyens qui sont aux mains de la justice.

Le gouvernement du Burundi reste disposé à œuvrer dans le sens de protéger davantage les droits de l’homme, de collaborer avec les Nations unies et ses agences, mais dans le strict respect de la loi et de la souveraineté du Burundi. Le Burundi n’est pas un État voyou, mais un État respectueux des droits de l’homme et du droit international. Dans ce sens, il a des droits et des obligations en tant qu’État souverain et son engagement dans la lutte contre le terrorisme s’inscrit dans cette perspective.

En termes de collaboration, le procureur Fatou Bensouda a demandé au gouvernement burundais des informations dans le cadre de l’examen préliminaire ouvert par la CPI. Le gouvernement burundais lui a transmis, le 1er juin 2017, toutes les informations demandées. Et comme l’a clairement exprimé le procureur général de la République du Burundi, l’ouverture d’une enquête sur le Burundi dans les conditions actuelles par la CPI violerait le principe de la complémentarité, un principe fondateur du Statut de Rome. Le Gouvernement du Burundi a manifesté sa volonté de documenter les crimes commis, de poursuivre leurs auteurs et de les juger.

Le 31 août 2017, l’assemblée nationale a adopté à l’unanimité la résolution portant création d’une commission spéciale de vérification du contenu du rapport de la commission d’enquête sur le Burundi mis en place par le conseil des Droits de l’homme des Nations unies. Tous ces efforts montrent bien que les institutions burundaises prennent la question des droits de l’homme très au sérieux et sont prêtes à collaborer avec les Nations unies, mais dans le strict respect de la souveraineté nationale, c’est-à-dire, sans pression, sans menace et sans intimidation de qui que ce soit. Toute action qui serait entreprise sans concertation n’aura pas d’effet, car le peuple burundais n’est pas prêt à renoncer à sa dignité et à sa souveraineté.

Sputnik: Le Burundi ne reconnaît de facto plus, depuis l’annonce faite en octobre 2016 sur le retrait de la CPI, l’autorité de cette instance. De ce fait, que peut entreprendre cet organisme à l’encontre du Burundi? Et quelles seraient les mesures de rétorsion éventuelles de votre part?

Edouard Bizimana: Le Burundi n’est plus membre de la CPI depuis octobre 2016 et toute action que la Cour engagera contre le Burundi en dehors des règles qui régissent le droit international sera sans effet.

Sous pression de certaines puissances occidentales, qui financent la Cour et qui veulent provoquer le chaos au Burundi et dans la région, comme cela a été le cas en Libye, la CPI peut se lancer dans une aventure contre le Burundi. Mais cette aventure aura des conséquences fâcheuses sur ce qui reste de sa crédibilité. Le Burundi étant le seul pays qui a confirmé son retrait du Statut de Rome, la Cour pourrait se sentir humiliée par cette décision et pourrait être poussée à se venger contre les autorités burundaises en ouvrant une enquête contre le Burundi.

La Cour pourrait aussi, en complicité avec certains leaders de la société burundaise, ceux-là mêmes qui ont poussé les gens dans la rue dans des manifestations violentes, ainsi que certains membres de l’opposition, fabriquer des rapports farfelus contre le Burundi. Mais tout cela ne ferait que décrédibiliser la Cour.

Je ne parlerais pas de mesure de rétorsion, car le Burundi ne cherche de confrontation avec personne. Le Burundi défendra sa souveraineté et sa dignité dans le strict respect du droit international et de ses engagements internationaux.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201709131033024529-burundi-crimes-contre-humanite-onu-rapport/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le Burundi ou le courage de tout un pays

Edouard Bizimana. Archive photo

Dans un monde où la multipolarité s’impose de jour en jour, il ne faut pas forcément être grand ou puissant pour assumer pleinement sa souveraineté et défendre ses intérêts nationaux.

Une conférence de presse a été organisée à Moscou par l’ambassade du Burundi en Russie. A ce titre l’ambassadeur burundais, Dr. Edouard Bizimana, a fait un exposé de la situation au Burundi, des pressions occidentales auxquelles fait face le pays, des éclairages politisés émanant des médias du mainstream occidental, de l’initiative de quitter la Cour pénale internationale (CPI) et des soutiens extérieurs.

Tout d’abord M. Bizimana a rappelé les raisons invoquées par certaines forces, intérieures comme extérieures, pour créer la déstabilisation dans le pays dans le cadre de la dernière élection présidentielle. Et avait expliqué les positions du gouvernement burundais. Il a également noté que les attaques armées contre les forces de l’ordre ne pouvaient plus être caractérisées comme étant des « manifestations pacifiques », ce sur quoi insistaient les élites occidentales, politiques comme médiatiques. En passant, cela ne vous rappelle rien? La Syrie? L’Ukraine? Le Venezuela? Comme quoi, les méthodes de « certains » restent les mêmes un peu partout.

Malgré les défis lancés à la nation burundaise et les grandes pressions extérieures, la situation a réussi à se stabiliser. Le pays a aujourd’hui retrouvé une vie normale. D’ailleurs un fait notoire qui a été rappelé par l’ambassadeur du Burundi: celui qu’aucune ambassade étrangère n’avait fermé ses portes à Bujumbura, y compris durant la période annoncée comme « critique » dans les médias occidentaux. M. Bizimana a aussi rappelé que les pays occidentaux avaient adopté la mauvaise approche dès le départ et devraient à ce titre revoir leur politique envers le Burundi. Une politique qui selon l’ambassadeur reste la recherche de la domination de la vie politique du pays et l’exploitation de ses ressources. Ce à quoi s’oppose radicalement le leadership de la République du Burundi.

L’ambassadeur burundais n’a pas manqué d’évoquer aussi la récente annonce du Burundi de quitter la Cour pénale internationale, décision largement soutenue par le parlement du pays, faisant du Burundi le premier pays africain à avoir officiellement annoncé son retrait de cette institution, accusée par de nombreux Africains et observateurs étrangers d’être une cour servant les intérêts néocolonialistes. Une décision pour rappel presque immédiatement suivie par l’Afrique du Sud, leader du continent africain ayant déjà rempli tout le protocole de retrait de la CPI, puis par la Gambie. A notre question posée à Dr. Bizimana afin d’avoir son opinion si ce processus de retrait de la CPI par les Etats africains serait global au niveau continental, y compris au niveau des pays francophones, l’ambassadeur s’est dit optimiste et croit effectivement à un retrait généralisé des pays africains de cette institution, à la réputation fortement négative.

Le représentant de la mission diplomatique burundaise en Russie n’a pas manqué de remercier les pays ayant soutenu le Burundi dans la défense de sa souveraineté nationale et ce malgré les fortes pressions exercées, aussi bien au niveau africain qu’externe. En l’occurrence la République démocratique du Congo, pays voisin du Burundi et avec lequel la coopération n’a jamais cessé, à la différence du Rwanda, autre voisin qui lui est accusé d’avoir participé aux tentatives de déstabilisation. En outre, la Russie et d’autres pays amis du Burundi ont été remerciés pour leur soutien international, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. L’ambassadeur a d’ailleurs rappelé que la Russie et le Burundi traversent actuellement un moment important de leurs relations bilatérales, aussi bien au niveau politique qu’économique. En parlant d’économie, des investisseurs russes s’intéressent à investir au Burundi, certains s’y sont déjà implantés.

Comme quoi et une fois de plus, le temps est plus que jamais au changement. Si les élites occidentales ont toujours du mal à se débarrasser de leur mentalité d’imposer un diktat dans ce qu’ils considèrent encore comme leur « pré-carré », l’exemple du Burundi, pays d’un petit plus de 10 millions d’habitants, confirme à lui seul que l’heure est plus que jamais à la souveraineté et à la dignité, dans un cadre multipolaire. Chaque nation, quelle qu’elle soit, est libre de choisir la politique à adopter pour son développement, de même que dans le choix de ses partenaires. Si l’Occident politique a encore beaucoup de mal sur ce sujet, il devra néanmoins se rendre rapidement à l’évidence, au risque de perdre tous ses intérêts en Afrique sur le long-terme. L’Afrique digne se réveille. Le processus enclenché par le Burundi, l’Afrique du Sud et la Gambie vis-à-vis de la CPI ne fait que le confirmer. D’autres suivront sous peu. Quant aux puissances non-occidentales comme la Russie et la Chine, ou encore l’Iran, ils soutiendront certainement à leur niveau aussi ce processus qui ne compte nullement s’arrêter.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201611091028605831-burundi/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

 

Le début de la fin pour la Cour pénale internationale?

Cour pénale internationale

On en avait pourtant parlé plusieurs fois. Mais à l’époque cela paraissait encore tellement lointain. Pourtant nous y voici : la Cour pénale internationale vit actuellement ses moments les plus difficiles.

Après la confirmation désormais officielle de retrait émise par le gouvernement du Burundi de cette institution jugée par de très nombreux Africains comme une cour raciste et ouvertement néocoloniale, servant les intérêts des élites occidentales, désormais c’est au tour de l’Afrique du Sud, membre BRICS, d’annoncer officiellement son retrait de la CPI. A ce titre, une lettre a été transmise au secrétaire général de l’ONU comme le veut le protocole de retrait.

Il faut en effet se réjouir de cette décision sud-africaine, de même que burundaise, pour plusieurs raisons. La première c’est qu’une fois de plus cela permettra de comprendre aux élites occidentales que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui ayant suivi la chute de l’URSS, période à laquelle l’Occident, et en premier lieu les USA, se sont autodéclarés être les gendarmes du monde. Deuxièmement, cette prise de responsabilité de deux Etats souverains d’Afrique prouve que le continent africain aura son mot à dire en ce 21ème siècle multipolaire. Troisièmement et par la même occasion cela confirme que certains pays d’Afrique ne vont plus tolérer le diktat des institutions néocoloniales, que ce soit dans le domaine de la justice internationale ou dans d’autres. Quatrièmement et cela est tout aussi important: d’autres pays suivront irrémédiablement. Le processus est bel et bien enclenché.

Last but not least, le rôle des médias. Souvenez-vous de mes articles sur ce sujet dont les idées allaient complètement à l’opposé de celles exprimées dans le mainstream. Plusieurs de mes lecteurs et amis me disaient que malgré toute la bonne volonté des analyses, elles auraient du mal à trouver écho auprès du leadership africain. Je répondais que le temps sera notre meilleur ami. Quelques années plus tard nous y voici. Rien ne sera plus comme avant. Et je suis particulièrement heureux que par les actions courageuses de certains pays, l’Afrique montre qu’elle sera effectivement partie intégrante du monde multipolaire. Quant aux médias, justement le renforcement des médias alternatifs, qu’ils soient russes, chinois, iraniens, syriens, latino-américains, africains et autres, est appelé à se poursuivre. C’est pour cela d’ailleurs que l’on observe en ce moment même une hystérie évidente pas seulement au niveau des élites politiques de l’Occident, mais également au niveau des élites médiatiques, par ailleurs complètement interconnectées et souffrantes ensemble des coups reçus de la part des partisans de la multipolarité.

Finalement, lorsque je disais il y a quelques années qu’en engageant des poursuites à l’encontre du président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé et d’autres leaders africains, la CPI y joue de sa survie, cela se confirme pleinement aujourd’hui. D’ailleurs en parlant des perspectives de la suite des poursuites contre ces deux leaders ivoiriens, il est à penser que la CPI sera forcée de faire machine arrière. Pourquoi? Car des condamnations, qui n’auraient d’ailleurs aucune base légale car dès le départ arbitraires, ne feraient qu’accélérer massivement le processus déjà enclenché. Et sachant que pour le moment ce sont justement les pays africains faisant partie du système de la Françafrique qui sont les plus dociles à suivre les instructions occidentales (et donc éventuellement à rester plus longtemps membres de cette organisation que les autres pays du continent), la CPI devra désormais réfléchir trois fois avant de prononcer une quelconque condamnation à l’encontre de Gbagbo et de Blé Goudé. L’espoir est donc entièrement permis quant à leur libération.

Pour le reste, encore bravo au Burundi et l’Afrique du Sud pour leurs courageuses décisions. Et courage à tous les autres qui suivront dans un avenir proche et moins proche. L’Afrique fait partie intégrante du monde multipolaire et aura son mot à dire. Heureux aussi qu’on ait pu d’une certaine façon y contribuer. Propagande russe diront les mauvaises langues. Simple vérité diront nos amis.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201610211028307647-cour-penale-internationale/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

De quel droit les élites occidentales s’autoproclament «communauté internationale»?

De quel droit les élites occidentales s’autoproclament «communauté internationale»?

Fait assez incroyable et pourtant si l’on suit les nombreuses sorties en rapport avec l’actualité internationale, y compris syrienne, aussi bien des élites politiques comme médiatiques de l’Occident, on les entend constamment parler d’eux-mêmes à titre de « communauté internationale »… On se demande sur quelle base ?

En effet à chaque fois qu’il est question de tenter de réaffirmer le diktat occidental s’approchant de sa fin irrémédiable, les dirigeants à Washington, Londres ou Paris ressortent la, ou plutôt leur, notion de communauté dite internationale. Vraisemblablement les habitudes coloniales ont vraiment du mal à disparaitre.

On se pose donc à juste titre la question afin de savoir et de comprendre sur quelle base les élites politiques et médiatiques de l’Occident parlent d’eux-mêmes à ce titre ? Qui les a autoproclamé (si ce n’est eux-mêmes) à se prendre pour la communauté internationale ? Le fait qu’ils représentent d’une certaine manière la communauté occidentale, certes. Tout en sachant quand même que de plus en plus de citoyens des pays occidentaux sont loin d’approuver la politique de leurs « représentants ». La France en est d’ailleurs un cas très représentatif. Mais même à titre de communauté occidental et dans le cadre de l’humanité toute entière, cela ne représente qu’une infime partie de la véritable communauté internationale, de la véritable communauté mondiale.

De quel droit une assemblée très réduite de personnes se prend pour l’unique pouvoir décisionnel au niveau planétaire ? Comme si la Russie, la Chine, l’Inde, l’Iran, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine n’existaient pas. Il serait bon de rappeler que le monde occidental dans sa définition la plus juste (Europe de l’Ouest, Amérique du Nord, Australie et Nouvelle-Zélande) représente environ 950 millions d’habitants, donc moins d’un milliard. Au moment où la population mondiale tourne aujourd’hui à 7,43 milliards d’habitants (chiffres au premier juillet 2016, selon l’ONU). Donc un peu plus de 10 % de la population terrestre, tout en sachant encore une fois que les populations occidentales sont aujourd’hui bien loin de suivre les actions de leurs gouvernements respectifs, serait la « communauté internationale » ? Incroyable…

Il faudrait quand même aussi rappeler que c’est justement la communauté non-occidentale qui représente aujourd’hui plus des ¾ de l’humanité et qui pèse de plus en plus sur le plan économique, politique, diplomatique, militaire et même culturel. Au moment où au contraire l’influence unipolaire occidentale diminue à grands pas. Il suffit d’ailleurs de prendre l’exemple d’organisations telles que l’OCS ou les BRICS pour comprendre une évidence simple : l’Occident politique ne peut plus dominer. Plus que cela, les actions du bloc non-occidental sont aujourd’hui de plus en plus soudées. Il suffit pour cela d’observer la coordination de la Russie et de la Chine sur plusieurs niveaux, allant des manœuvres militaires conjointes jusqu’à la coordination diplomatique sur nombreuses questions de l’actualité, de la Syrie jusqu’au Burundi. Tout en rappelant aussi qu’ils sont deux des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

En parlant d’ailleurs de ce Conseil de sécurité onusien, la Russie et la Chine sont justement ouverts à l’élargissement pour d’autres pays de ce conseil jusqu’ici très fermé. Pourquoi ? Car ni la Russie, ni la Chine, n’ont peur de voir leur influence se réduire dans le cadre du monde multipolaire, tout au contraire des dirigeants occidentaux.

Les élites occidentales sont-elles donc si aveugles ? Aucunement. Mais l’héritage colonial de ces élites est tellement ancrée, qu’il leur est jusqu’à maintenant toujours impossible de se débarrasser une bonne pour toute de cette maladie. Car il s’agit bien de maladie. Et comme toute maladie, elle se soigne. Donc de la même manière que l’on soigne les personnes souffrantes, nous (la vraie communauté internationale), soignerons ensemble les prétendues élites de l’Occident. Le monde multipolaire, dans lequel d’ailleurs l’Occident aura toujours sa place, gagne du terrain chaque jour qui passe. L’unipolarité s’éloigne comme un mauvais rêve ayant duré un peu longtemps. Près de vingt ans pour être exact. Et l’hystérie collective des élites de l’Occident n’y changera rien.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201610141028197609-elites-occidentales-communaute-internationale-droit/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Entretien exclusif avec Dr. Joseph Butore, Deuxième Vice-Président du Burundi

Entretien avec Dr. Joseph Butore, Deuxième Vice-Président du Burundi

Nous avons aujourd’hui le plaisir de nous entretenir en exclusivité avec Dr. Joseph Butore, Deuxième Vice-Président de la République du Burundi.

Russophone et russophile, il a été formé en Russie, plus précisément à Moscou et Kazan où il a respectivement décroché les diplômes de Baccalauréat en Sciences Agricoles et Docteur-Vétérinaire, et le diplôme de Doctorat en Sciences Vétérinaires (PhD). Avant sa nomination au poste de Deuxième Vice-Président, il a siégé à l’Assemblée Nationale du Burundi comme député élu et a été ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique du Burundi. Depuis juillet 2004, il fait partie du corps enseignant de l’Université du Burundi (Faculté d’Agronomie et de Bio-Ingénierie) et a dirigé l’Institut Supérieur d’Agriculture (ISA) en qualité de doyen entre 2006 et 2010, avant d’être élu comme député.

Sputnik : Vous venez d’assister au Forum Economique International de Saint-Pétersbourg. Vos impressions?

Dr. Joseph Butore: Nos impressions? Très positives sur tous les aspects. D’abord, nous remercions le Comité d’organisation du forum et le gouvernement russe pour l’invitation, l’accueil chaleureux et l’hospitalité qu’ils ont réservés à notre délégation et à nous-mêmes. Le professionnalisme dont ils ont fait preuve pendant l’organisation et le déroulement de cet événement a prouvé leur expérience dans la gestion de grands événements à l’échelle mondiale.
Et puis, à voir les milliers de décideurs, de chefs d’entreprises et d’opérateurs économiques venus de tous les horizons, qui étaient à St. Petersburg, l’engouement avec lequel ils participaient aux débats, c’était une grande réussite! On a constaté que le monde a finalement compris qu’il est contre-productif d’imposer injustement des sanctions « à des pays et des travailleurs qui veulent réellement travailler ».

Sputnik: La Russie et le Burundi connaissent un rapprochement important à l’heure actuelle et ce dans différents domaines de partenariat. Avez-vous eu l’occasion de renforcer ces liens durant le forum de Saint-Pétersbourg?

 

Dr. Joseph Butore : Bien sûr que oui! En marge de l’agenda du Forum, notre délégation a été très active dans plusieurs autres contacts bilatéraux. Personnellement nous avons eu des rencontres fructueuses avec le Vice-Ministre des Affaires Etrangères de la Fédération de Russie et Conseiller Spécial du Président Poutine pour l’Afrique, le Président de la République du Crimée et le Vice-Premier Ministre de la République de Mordovie en charge des questions industrielles. Toutes ces rencontres n’avaient d’autres visées que de renforcer les relations d’amitié et de coopération entre le Burundi et la Fédération de Russie en général, et plus particulièrement la coopération économique entre le Burundi et les régions/républiques de la Fédération de Russie.

Quelques résultats concrets ont même été obtenus. Le Gouverneur de la Banque de la République du Burundi (BRB) et le Vice-Président de Gazprom Bank ont signé un Mémorandum d’Entente pour l’ouverture d’un compte de la BRB dans cette banque, en vue de faciliter les investissements directs étrangers de la Fédération de Russie au Burundi. Les Directeurs Généraux de l’Office du Thé du Burundi (OTB) et de l’Agence de Régulation de la Filière Café (ARFIC) ont eu un contact très important avec un milliardaire russe qui s’est volontairement engagé à créer un espace de promotion du café et du thé burundais à Moscou, et contribuer à la promotion de la culture et du tourisme au Burundi.

Dans toutes ces rencontres, on a eu l’occasion de présenter la vraie image de notre pays, balayant ainsi l’intoxication et la confusion créées par la campagne de désinformation conduite par les détracteurs de la paix et de la démocratie, qui ne rêvent qu’à un Burundi agonisant pour pouvoir satisfaire leurs intérêts égoïstes.

Voilà brièvement le bilan de la participation du Burundi au 20ème SPIEF.

Sputnik: Lorsque la Russie avait, avec la Chine, soutenu au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU le Burundi dans la défense de sa souveraineté face aux visées occidentales, était-ce une surprise pour vous? Connaissant le fait que jusqu’à maintenant nos relations bilatérales étaient en dessous des potentialités.

Dr. Joseph Butore: Surprise? Pas du tout! D’abord, nos deux pays entretiennent de très bonnes relations diplomatiques depuis un demi-siècle. En plus, les autorités russes l’ont dit et ne cessent de le répéter, et on y croit fort, la Russie n’a jamais été engagée dans des relations hypocrites pour exploiter économiquement les autres pays du monde, en l’occurrence, les pays africains, comme le font les Occidentaux. Il n’était pas donc surprenant de voir un pays ami, dont la voix porte loin, se refuser de soutenir le piétinement de la souveraineté d’un autre pays membre des Nations Unies. Sinon, c’est vrai que l’on a tous besoin d’élargir les domaines de coopération, et on y est déjà; et d’ailleurs la participation à ce forum en est une illustration.

Sputnik: Quelles sont aujourd’hui les attentes du peuple burundais vis-à-vis de la Russie? Comment est perçu notre pays et sa politique depuis Bujumbura?

Dr. Joseph Butore: La position de votre pays sur la question du Burundi au Conseil de Sécurité des Nations Unies a prouvé à suffisance au peuple burundais que la Russie comprend et défend les valeurs démocratiques sans autres formes d’intérêts et sans agenda caché. Aujourd’hui, le peuple burundais salue la bravoure des hommes et femmes courageux, qui n’ont pas cédé aux pressions et harcèlement des puissances impérialistes, et ont dit non à la violation fragrante de sa souveraineté qui ne visait que le changement d’un régime issu de la volonté légitime du peuple.

Alors, maintenant que le Burundi vient d’écrire une nouvelle page de son histoire et redorer son image diplomatique sur la scène internationale, l’heure du succès socioéconomique est arrivée. Encore une fois, le peuple burundais compte beaucoup sur l’appui de ses vrais partenaires dont la Russie. Le Burundi présente plusieurs potentialités, plusieurs domaines qui peuvent intéresser les investisseurs et les investissements russes. Et d’ailleurs, les secteurs comme les TIC, l’Energie, l’Industrie, la Biotechnologie ont été évoqués à St. Petersburg et sont presque vierges dans notre pays.

Sputnik : Ne pensez-vous pas que le temps est venu pour créer un système de coordination russo-africain pour différents domaines d’actions, ne serait-ce qu’avec les pays désireux de renforcer leurs liens avec la Russie? Les autorités burundaises soutiendraient-elles une telle initiative?

Dr. Joseph Butore: Effectivement, le rapprochement économique entre la Russie et l’Afrique qui est entrain de connaitre un autre rythme d’accélération nécessite un mécanisme conjoint qui permettrait de bien coordonner les différentes actions. Souvenons-nous d’ailleurs que les Représentants des pays africains présents au 20ème SPIEF ont déjà émis cette proposition, faisant référence aux fora Chine-Afrique, Inde-Afrique, Turquie-Afrique, etc. Mais en attendant que ce souhait devienne une réalité, le Burundi est déjà déterminé à mettre en place un cadre approprié pour accompagner, mieux suivre et évaluer les projets de coopération économique, secteur public comme secteur privé, entre le Burundi et la Fédération de Russie.

Sputnik: Selon vous le monde multipolaire s’imposera-t-il au final? Et quelle serait alors la place de l’Afrique dans ce monde multipolaire?

Dr. Joseph Butore: Absolument, la géopolitique du moment l’impose ainsi. Aujourd’hui, on a des blocs comme les Etats-Unis d’Amérique et l’Union Européenne qui se font beaucoup parler d’eux-mêmes, il y a des pays comme la Chine, le Japon, la Russie, etc, qui sont écoutés avec attention, mais il y a également d’autres pays comme l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Iran, le Mexique, etc qui émergent et qui commencent à imposer leurs voix dans le concert des nations. Cela prouve à suffisance qu’effectivement, on se dirige vers un monde où une ou deux voix ne comptent plus pour dicter l’humanité entière. Et c’est peut-être le résultat de la mondialisation!
Concernant l’Afrique, c’est un continent avec une croissance économique très encourageante pour ceux qui la considèrent comme une étoile montante, et inquiétante pour ceux qui aimeraient la maintenir dans la mendicité. Hier, on parlait de l’Afrique du Sud, du Nigéria, etc.; aujourd’hui, allez voir comment d’autres pays comme l’Angola, le Kenya, la Tanzanie, etc. décollent; pourquoi pas le Burundi demain?! Bref, c’est pour vous dire que la place de l’Afrique dans ce monde multipolaire est prometteuse. Bien sûr, à condition qu’on soit unis et qu’on travaille beaucoup sur ses propres projets intégrateurs.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201607081026508737-burundi-joseph-butore/

Mikhail Gamandiy-Egorov

« Grâce au soutien russe, le Burundi est debout ». Entretien avec Dr. Edouard Bizimana

Dr. Edouard Bizimana, ambassadeur du Burundi en Russie

La Fédération de Russie et la République du Burundi connaissent actuellement une étape fortement intéressante dans leurs relations bilatérales.

De l’aveu de nombreux observateurs, une nouvelle page s’ouvre dans les relations russo-burundaises et dans des domaines variés: politique, économico-commercial, culturel. C’est à ce titre que nous nous entretenons aujourd’hui avec Dr. Edouard Bizimana, ambassadeur de la République du Burundi en Fédération de Russie, qui est en plus d’être un diplomate de carrière, est également enseignant et expert en relations internationales. Il a à ce titre un sérieux background dans l’enseignement universitaire, l’écriture et la recherche dans ce domaine. Il a déjà publié plusieurs articles et deux livres.

Sputnik: M. l’ambassadeur, quelle caractéristique donneriez-vous des relations entre le Burundi et la Russie, à l’heure d’aujourd’hui?

 

Dr. Edouard Bizimana : Merci beaucoup de me poser cette question. Je vais tout simplement dire que les relations entre la Fédération de Russie et le Burundi sont des relations solides, sincères et respectueuses de nos valeurs.

Sputnik : Le Burundi était à la une de l’actualité ces temps-ci, y compris au niveau de plusieurs médias internationaux qui donnaient une image fortement négative de la situation dans votre pays. Qu’en est-il réellement?

Dr. Edouard Bizimana: Simplement je voudrais dire à l’opinion que certaines informations qui sont véhiculées sur les sites web, dans les médias occidentaux, sont très tendancieuses et ne collent pas à la réalité.

Evidemment le Burundi a fait la une des journaux et la plupart des fois quand l’on lit ces journaux et que l’on se rende parallèlement dans notre pays, on trouve des réalités totalement différentes. Il suffit seulement de voir ce qui a été publié pendant le mois de mai 2015 durant les manifestations qui se sont montrées très violentes, qui ont été caractérisées par la destruction des biens publics et privés, et même des tueries car il y a eu des personnes qui ont été brulées vives. Ces manifestations se déroulaient seulement dans quelques quartiers de la capitale Bujumbura mais les images qui étaient servies dans les médias occidentaux, y compris là où je me trouverais en Europe (Dr. Edouard Bizimana était précédemment ambassadeur du Burundi en Allemagne, ndlr), se focalisaient seulement sur cette petite partie du territoire pour soi-disant démontrer que tout le pays « était en train de brûler ». Ce qui n’était pas le cas. Même toute la capitale du pays n’était pas concernée puisque seules cinq zones sur plus d’une dizaine ont été touchées par des manifestations. Et la population qui était restée paisible était majoritaire alors qu’effectivement les images que l’on véhiculait étaient fortement négatives vis-à-vis du Burundi. En général, cela se fait souvent avec l’Afrique. Une image tordue est bien souvent relayée. Il y a une réelle volonté de nuire, de tenir davantage l’image de l’Afrique. Mais ce qu’il faut dire aussi c’est que je serai en train de mentir si je disais qu’au Burundi tout est rose. Nous avons des défis. Des défis d’ailleurs qui ne sont pas uniquement spécifiques au Burundi et qui sont également partagés par d’autres pays. Et ce qui est important c’est la façon dont ces défis sont en train d’être gérés par les autorités burundaises et grâce au soutien des pays amis comme la Fédération de Russie, ainsi que d’autres pays, le Burundi est en train de s’en sortir. Je tiens ici à remercier le gouvernement de la Russie pour son soutien, que ce soit au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies, que ce soit au niveau bilatéral et aussi dans d’autres fora ou rencontres. Donc le Burundi a bénéficié d’un soutien indéfectible de la Fédération de Russie et c’est grâce à ce soutien que le Burundi est encore debout.

Sputnik: Les accusations du leadership de plusieurs pays occidentaux envers le président du Burundi Pierre Nkurunziza « de ne pas respecter la constitution du pays » et de « contribuer à la violence » ont-ils lieu d’être? Ont-ils une quelconque base de légitimité pour être prononcées? Pourquoi selon vous on assiste à de nouvelles tentatives occidentales d’interférer dans les affaires internes du Burundi?

Dr. Edouard Bizimana: Merci encore une fois de la question qui est pertinente et qui a toute son importance. Je pense que les accusations qui sont formulées à l’encore de Son Excellence le président Pierre Nkurunziza sont farfelues et sans fondement, tout simplement. On ne peut pas être responsable à la tête du pays et encourager la violence, contre soi-même et contre son peuple. C’est une contradiction sans nom et qui vise certainement à ternir son image personnelle, ainsi que l’image du Burundi. Souvent je suis un peu étonné lorsque les gens parlent de Nkurunziza comme d’un individu, pourtant il s’agit d’un président d’un pays, il est une institution. Une insulte proférée à l’encontre d’un chef d’Etat, dans tous les pays partout au monde, c’est une insulte proférée à l’encontre de son peuple. Les accusations qui le visent donc sont sans fondement car sa candidature à la présidentielle n’a violé ni la constitution du Burundi, ni les Accords d’Arusha (Accords d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, signés en août 2000 sous l’égide de Nelson Mandela, ndlr). Il y a certainement des personnes qui se mettent à critiquer sans avoir lu ni ledit accord d’Arusha, ni la constitution, et qui se basent sur des faits qui ne collent simplement pas à la réalité. Donc je le répète la candidature de Pierre Nkurunziza n’a pas été la cause des problèmes que nous observons. A ce titre les manifestations ont commencé avant même que sa candidature soit officialisée. Il faut savoir qu’avant les dernières élections présidentielles, le président Nkurunziza était un président aimé aussi bien des citoyens du Burundi que des étrangers vivant au Burundi ou connaissant notre pays. Il est soutenu par la grande majorité de la population burundaise. Avant l’annonce de sa candidature à la présidentielle, le président avait une bonne image à différents endroits du monde, il a d’ailleurs reçu plusieurs prix étrangers pour l’encourager dans son action positive aussi bien au niveau du Burundi, qu’au niveau du continent africain et même au-delà. Et puis tout à coup les choses ont changé. Il est devenu l’homme à abattre subitement. Et là effectivement il y a des questions à se poser. La vraie cause de cette haine n’est pas son « troisième mandat ». Qui n’en est pas un d’ailleurs parce que la loi est bien précise à ce sujet. Lors de son premier mandat à la tête de l’Etat, il n’avait pas été élu au suffrage universel mais avait été désigné par le parlement. Ensuite au niveau de la constitution quand vous regardez les articles 96 et que vous y ajoutez l’article 302, et que vous lisez l’Accord d’Arusha, il y a une confusion qui est, je crois, sciemment entretenue. Et je pense que ceux qui ont élaboré la constitution burundaise en rapport avec l’Accord d’Arusha y ont mis des obstacles, des pièges même, qui sont maintenant en train de produire des effets négatifs pour notre pays.

Quant à la question de l’interférence de certains pays dans les affaires intérieures burundaises, c’est effectivement un aspect important. Je pense qu’il faut placer cela dans la dynamique actuelle de la marche du monde. L’Afrique est un continent qui suscite actuellement beaucoup d’intérêts, beaucoup d’envies et d’ambitions. Il y a aujourd’hui ce qu’on peut appeler le « New scrabble for Africa », où on voit beaucoup de pays, de puissances occidentales et d’autres qui sont en train de se ruer vers l’Afrique. Et à ce titre, le Burundi est un pays très stratégique, vu sa position géostratégique au cœur du continent africain, souvent on l’appelle même le « cœur de l’Afrique ». Cela a une importance capitale. Nous avons beaucoup de potentialités et qui intéressent beaucoup de monde. La politique du Burundi c’est une politique de bon voisinage, d’ouverture, de respect de l’autre, et le respect surtout de notre souveraineté. Je crois donc que la raison principale du revirement que nous avons observé c’est une volonté de mettre la main sur les ressources du Burundi. Des ressources qui intéressent plus d’un. Et malheureusement certains y vont d’une façon maladroite sachant que le Burundi a toujours été ouvert aux partenariats internationaux, à un partenariat gagnant-gagnant qui peut profiter à tout le monde. Donc ceux qui usent de la violence et l’interférence, je pense qu’ils sont perdants car je dis une fois encore: le Burundi est ouvert à tout le monde. Mais tout doit se faire dans le respect de l’autre.

Sputnik: La Russie et la Chine ont jusqu’à maintenant bloqué ces tentatives d’interférence extérieure, y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Quelle a été la réaction à Bujumbura après cette action coordonnée de Pékin et Moscou?

Dr. Edouard Bizimana : Cela a suscité un sentiment d’appréciation et de gratitude envers ces deux amis du Burundi, deux partenaires fiables et fidèles. Notre relation mutuelle est bâtie sur le respect de l’un et de l’autre. Je crois que la position de la Russie et de la Chine montre bien qu’ils ne sont pas très d’accord avec l’unilatéralisme au niveau du Conseil de sécurité onusien. Je pense également que l’expérience du passé a montré qu’il y a eu des abus au niveau du Conseil de sécurité. On a vu des pays qui ont été saccagés, détruits, avec l’aval de cet organe des Nations Unies. J’aurai à ce titre cité la Libye qui est désormais un cas d’école. La Fédération de Russie, la Chine et d’autres de nos amis, notamment africains qui ont soutenu le Burundi que ce soit au niveau de l’Union africaine ou du Conseil de sécurité onusien, ont vu juste parce que la situation au Burundi serait peut-être devenue ingérable et cela aurait eu des effets négatifs sur toute la région. C’est une attitude qui est à encourager. Le respect de la souveraineté d’autrui reste une valeur universellement partagée entre le Burundi et ses amis.

Sputnik : Quels sont selon vous les domaines qui présentent un intérêt particulier dans les relations entre la Russie et le Burundi? Selon vous, quelle position la Russie devrait-elle avoir dans son partenariat avec votre pays, ainsi qu’avec les pays du continent africain en général?

 

Dr. Edouard Bizimana: Je crois que la Russie, compte tenu de son histoire avec l’Afrique, devrait s’impliquer davantage. On observe encore sur notre continent une sorte de chasse gardée qui incombe surtout aux anciens colonisateurs. La Russie comme elle n’a pas eu de colonies en Afrique, je crois que certains diront que c’est un handicap, mais c’est aussi et surtout un atout. Donc la Russie doit en effet s’impliquer davantage en Afrique. En ce qui concerne le Burundi, le marché est ouvert, il y a beaucoup de potentialités. Nous avons des secteurs prioritaires comme celui de l’énergie, le secteur de la santé, les infrastructures. Je pense que la Russie possède la technologie, ainsi que la connaissance utile et nécessaire pour avoir des contrats dans ces domaines. Le secteur minier est également très intéressant. Nous y avons aussi des potentialités. Et je me réjouis d’ailleurs que certains investisseurs russes commencent à s’intéresser à notre pays. L’année passée il y a eu un bon nombre de mouvements d’hommes d’affaire qui sont partis au Burundi et nous voyons déjà des entreprises russes qui sont en train de s’y implanter. J’encourage donc d’autres entreprises russes à aller également investir au Burundi: un pays plein de potentialités. A ce titre, le Code des investissements au Burundi encourage et donne beaucoup de profits aux investisseurs étrangers. Nombreuses facilitées sont accordées: à titre d’exemple pour créer une entreprise au Burundi, cela vous prend seulement deux heures, alors qu’ailleurs cela prend parfois bien plus de temps. Ce sont des opportunités à prendre. La Russie en cette matière doit prendre une position primordiale, sachant que le Burundi a une bonne image de la Russie et que nos relations sont solides et datent de longtemps, depuis 1962. On aurait donc préféré voir grand nombre d’entreprises et d’hommes d’affaires russes s’installer au Burundi et je pense qu’avec le temps ce sera le cas. L’intérêt est là et le Burundi est ouvert. En parlant des garanties aux investisseurs car c’est un aspect que j’entends assez souvent, c’est effectivement un aspect important, le Burundi y tient beaucoup, chaque fois qu’un contrat est signé il y a des garanties qui sont données. En cas de problème, il est toujours possible de se référer à la loi burundaise ou à la loi du pays de l’investisseur ou encore à la loi internationale en la matière. C’est donc une opportunité à saisir. Et d’ailleurs en fin de compte, le risque fait aussi partie du business.

Sputnik: C’est bien vrai. Dernière question M. l’ambassadeur. Pensez-vous qu’un système international de respect des souverainetés nationales devrait être réfléchi et coordonné, dans le cadre du monde multipolaire dans lequel nous vivons aujourd’hui, pour faire face aux tentatives de certains pays d’interférer dans les affaires d’autres nations souveraines?

Dr. Edouard Bizimana: Bien sûr que l’on devrait y réfléchir. Le problème par contre c’est qu’on ne sait pas encore qui prendrait cette initiative. Et sachant qu’il faut tenir compte des intérêts des uns et des autres. Pendant la période bipolaire, les choses étaient plus ou moins tranchées, soit on se trouvait dans un camp, soit dans l’autre, mais avec le monde multipolaire actuel c’est un peu plus difficile. Une chose est sûre, les Nations Unies ne peuvent pas jouer ce rôle, tout comme le Conseil de sécurité. C’est quelque chose donc qui serait difficile à mettre en place mais effectivement très utile. Le respect des souverainetés reste quand même un pilier et un facteur de la paix et de la sécurité internationale. Tout ce qui grignote et tout ce qui touche la souveraineté nationale, a des implications, et tous les pays du monde devraient se lever comme un seul pour défendre la souveraineté de chacun. Devant la loi, cette égalité juridique et souveraine doit être respectée. C’est pour cela peut-être qu’il faudrait penser à une réforme du système des Nations Unies, qui est important, pour que justement la tendance à l’unilatéralisme que l’on continue d’observer cesse et afin qu’il y ait plus de concertations entre nations. Et que les grandes puissances ne puissent pas imposer leurs visions et la marche à suivre à tous les autres.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201605311025460725-burundi-russie-soutien-edouard-bizimana/

Mikhail Gamandiy-Egorov