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Thierry Mbepgue: «La jeunesse africaine est prête à défendre sa souveraineté»

Thierry Mbepgue

Activiste camerounais, Thierry Mbepgue n’est pas qu’un souverainiste convaincu. Il a également créé plusieurs projets pour l’indépendance du continent vis-à-vis des grandes puissances. Il évoque pour Sputnik les perspectives du panafricanisme et les prochaines échéances du Cameroun.

Thierry Mbepgue est un activiste patriote et souverainiste camerounais. Président fondateur du Mouvement Africain pour la Libération du Continent (MALCON), il est également l’initiateur du projet UNIRTA, destiné à rassembler les différents mouvements panafricains, notamment en Afrique francophone. Il est auteur panafricaniste et Secrétaire général du Réseau Mondial des Défenseurs de la Cause Africaine (RMDCA).

Sputnik: Bonjour. Lors de notre dernier entretien, il y a près d’un an, vous veniez de lancer le projet panafricaniste UNIRTA. Où en est-il aujourd’hui?

Thierry Mbepgue: Bonjour et merci pour cette occasion d’échanger qui m’est offerte. Le projet UNIRTA suit son bonhomme de chemin, nous continuons à sensibiliser et à enregistrer l’adhésion des cibles de notre projet. Plusieurs coordinations sont installées à travers l’Afrique ainsi que des représentations dans le monde. Cependant, comme il fallait s’y attendre, nous rencontrons d’énormes difficultés quant au déroulement de notre feuille de route globale, mais nous progressons.

Sputnik: Deux de vos principales idées au moment du lancement de l’UNIRTA étaient de rassembler le plus de mouvements possibles aux idées panafricanistes, ainsi que de forger des liens entre l’Afrique et les BRICS. Avez-vous réussi à avancer à ce niveau?

Thierry Mbepgue: L’objectif principal de ce projet est de réunir au sein d’un Conseil africain de la résistance (CAR) le maximum de mouvements possibles aux idées panafricanistes, nationalistes, les patriotes, les souverainistes, les anticolonialistes, les anti-impérialistes, les leaders d’opinion et tous ceux qui aiment l’Afrique et luttent pour son émancipation. Il a été atteint à 85 %. Je peux d’ores et déjà vous annoncer qu’au courant de cette année, ledit conseil verra bel et bien jour.

Sputnik: Au-delà de l’actualité africaine, beaucoup d’Africains s’intéressent à la situation en Syrie. Un grand nombre d’entre eux soutient avec ferveur l’intervention antiterroriste russe. Pourquoi cet engouement, selon vous?

Thierry Mbepgue: L’Afrique est tout simplement une victime qui compatit aux malheurs d’une autre victime (la Syrie), qui comme elle, fait face au même bourreau. Sauf que cette fois-ci, le problème est beaucoup plus spirituel et engage un ordre de valeurs mondial, jusqu’ici fondé sur le christianisme et l’islam. Par cette intervention, le président Vladimir Poutine sauve non seulement la Syrie, mais également le monde entier et ses valeurs.

Sputnik: L’année prochaine, des élections présidentielles auront lieu au Cameroun. Quel pronostic faites-vous? Comment la jeunesse camerounaise compte-t-elle s’impliquer?

Thierry Mbepgue: Constitutionnellement, les élections présidentielles sont prévues pour 2018 au Cameroun. Très peu de candidatures potentielles se démarquent pour l’instant et il est donc difficile de faire un pronostic. Comparé à la précédente élection de 2011, ce scrutin ne suscite pas de grands appétits de la part des politiciens. Que se soit du côté du pouvoir ou de l’opposition classique, aucun signe ne trahit de dynamique ou de montée de fièvre autour de cet événement. Mais, tout porte à croire que le président actuel va remettre son mandat en jeu. Une chose est certaine, c’est que c’est une année électorale qui sera riche en incertitudes, actions et rebondissements.

Pour ce qui est du rôle des jeunes dans cette élection, il sera sans doute engagé et déterminant. Taxée de jeunesse passive, la jeunesse a décidé de prendre le taureau par les cornes. Le mouvement « le Cameroun, c’est nous », qui regroupe de jeunes Camerounais du monde entier, entend présenter des jeunes aux autres élections à venir, et travaille dans le sens de faire de cette élection celle des jeunes. La jeunesse camerounaise sera donc bien présente à cette élection, plus que l’on ne l’imagine.

Sputnik: Parlons des relations russo-africaines. La Russie entretient des relations privilégiées et de plus en plus fortes avec plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Sud, principalement arabophones, anglophones, voire lusophones. Pourquoi selon vous les relations entre la Russie et l’Afrique du Centre et de l’Ouest francophone restent-elles relativement à la traîne?

Thierry Mbepgue: Les pays d’Afrique francophones ne sont pas encore libres, les cerveaux sont encore enchaînés et on a comme l’impression de vivre dans un enclos détaché des réalités du monde. La Russie, bien que perçue comme étant un sauveur par beaucoup d’Africains, doit être plus présente à travers sa culture, sa science et autres.

Je vous avais dit que l’intégration se ferait à travers les différents peuples. Savez-vous que le mythe selon lequel la Russie est un pays négrophobe continue d’être entretenu en Afrique francophone, notamment via le mainstream médiatique, alors que nous savons parfaitement que c’est faux? Les relations diplomatiques au sommet sans les échanges culturels entre peuples n’aboutiront certainement pas à l’harmonisation des relations. Il y a encore donc du travail à faire. Notre association « le Club des Amis Africains des BRICS » (CAA-BRICS) fait de son mieux pour y contribuer.

Sputnik: Dernière question. Votre pays, le Cameroun, continue de faire face à plusieurs tentatives de nuire à sa souveraineté par des forces extérieures, à l’instar de beaucoup d’autres pays africains. Est-ce que la jeunesse camerounaise est prête à défendre la souveraineté de son pays?
Thierry Mbepgue: C’est la chose qu’elle sait faire le mieux, défendre sa souveraineté. La réponse est oui! La jeunesse camerounaise est prête à la défendre jusqu’au sacrifice ultime. Nous ne devons plus permettre la réalisation de scénarios que l’Occident politique avait l’habitude de réaliser sur notre continent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704271031128556-jeunesse-africaine-souverainete/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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« Du panafricanisme théorique au panafricanisme pratique ». Entretien avec Thierry Mbepgue

Thierry Mbepgue

Thierry Mbepgue est un activiste patriote et souverainiste camerounais.

UNIRTA

Il est en outre président fondateur du Mouvement Africain pour la Libération du Continent (MALCON), secrétaire général adjoint du Réseau Mondial des Défenseurs de la Cause Africaine (RMDCA), ainsi que le fondateur du projet UNIRTA, destiné à rassembler les différents mouvements panafricains, aussi bien en Afrique qu’au-delà, dont le lancement officiel est prévu le 27 août prochain à Douala, la capitale économique du Cameroun.

Sputnik France: Bonjour. Le lancement désormais official de votre projet panafricain UNIRTA est prévu pour le mois d’août à Douala. Il est à penser que beaucoup de choses ont évalué depuis notamment notre dernier entretien. Racontez-nous.

Thierry Mbepgue: Bonjour. Oui justement le lancement officiel du projet UNIRTA est prévu pour le 27 août 2016 à l’hôtel la Renardière de Douala. Comme vous pouvez le constater, tellement de choses ont évolué dans la mesure où nous avons jusqu’ici malgré les innombrables difficultés rencontrées réussi à installer plusieurs coordinations nationales dans plusieurs pays africains et étrangers. Les Africains s’intéressent de plus en plus au projet parce qu’ils ont compris son bien fondé, les objectifs qu’on veut atteindre à travers lui et surtout le but qu’il vise.

Sputnik France: Parmi les intervenants qui selon votre annonce prendront part au lancement officiel du mouvement, on trouve des représentants et activistes panafricains de différents pays d’Afrique mais également issus de la diaspora d’Europe, d’Amérique du Nord et des Caraïbes. Cela signifie-t-il que les idées du panafricanisme se renforcent au sein de la diaspora africaine?

 

Thierry Mbepgue: Les idées du panafricanisme ont toujours existé au sein de la diaspora africaine. Nos frères de la diaspora n’attendaient qu’une plate forme comme UNIRTA pouvant leur permettre de s’exprimer ou de véhiculer leurs idéaux dans leur zone géographique respective. Le panafricanisme prône l’union sacrée des Africains, on ne peut pas le vivre tant qu’on reste divisé, voila pourquoi plusieurs intervenants viendront de l’étranger parmi lesquels les coordonnateurs nationaux, les représentants de partis politiques aux idéaux panafricanistes, les panafricanistes, les nationalistes, les activistes panafricains de différents pays d’Afrique et de la diaspora pour montrer qu’il est temps de passer du panafricanisme théorique au panafricanisme pratique.

Sputnik France: En parlant d’Amérique du Nord. Nous avions tous suivi les nombreuses violences policières à caractère raciste envers les représentants afro-américains, avec pas mal de fois un résultat létal pour les victimes. Quelle position adoptez-vous vis-à-vis de ces violences qui touchent des représentants US aux origines africaines? Est-ce qu’un contact est déjà pris en ce sens entre les représentants panafricains et certaines organisations afro-américaines? Une coordination aura-t-elle lieu?

 

Thierry Mbepgue: Je suis triste à chaque fois qu’un noir est victime d’acte de racisme aux USA. Je me dis toujours qu’on peut bien éviter dorénavant cela en montrant par des actes fermes aux coupables de ces violences que nous ne sommes pas faibles. Et pour cela, nous devons nous mettre ensemble pour devenir forts. Si tous les Noirs du monde, surtout les Africains se mobilisent instantanément dans tous les pays où une coordination UNIRTA est installée pour crier leurs indignations face à l’assassinat de leur frères aux USA par un policier blanc, je pense que cela emmènerai les autorités étasuniennes et surtout la communauté internationale à prendre des mesures strictes pour y mettre un terme.

Je suis entrain de nouer des contacts avec des organisations afro-américaines et bientôt j’irai en personne pour mobiliser comme je l’ai fais dans plusieurs pays africains. Ainsi une coordination sera mise sur pied.

 

Sputnik France : Revenons à l’Afrique. L’un des buts annoncés de votre mouvement est de combattre le néocolonialisme et de défendre la souveraineté des Etats africains. Par quels moyens comptez-vous-y arriver?

Thierry Mbepgue: Par tous les moyens conventionnels possibles. Je ne peux pas tout dévoiler ici car une stratégie dévoilée n’en demeure plus une, nous sommes dans une guerre. Tout ce que je peux vous dire est qu’UNIRTA sera le pire cauchemar des néocolonialistes. Nous allons défendre par tous les moyens la souveraineté des Etats africains. Nous avons plusieurs réseaux dont je vais vous dévoiler quelques uns:

1-Le réseau des médias, blogueurs, activistes et cyber activistes acquis à la cause: il est ici question de réunir tous les médias panafricains acquis à la cause de telle sorte que nos informations soient diffusées facilement et rapidement à travers le monde. Nous pouvons dorénavant salir un néocolonialiste présenté comme un saint par les médias occidentaux et laver un panafricaniste ou souverainiste salit par les mêmes médias impérialistes occidentaux. C’est ainsi qu’on a réussi à rendre propre l’image de Gbagbo qui était présenté par les médias occidentaux comme étant un grand criminel.

2-Le réseau des universités: pour une injustice vécu par un étudiant dans une université d’Afrique ou en Europe, nous pouvons déclencher instantanément des manifestations de protestations pacifiques dans tous les pays où nous sommes représentés pour attirer l’attention des dirigeants et afin que l’injustice soit réparée. Je prends un exemple bien récent: pour le cas du jeune étudiant handicapé qui s’était fait renversé par un cargo de police ivoirienne avant de prendre la fuite, toutes les universités membres de ce réseau de l’UNIRTA ont compati et marqué leur indignation, et cela a eu plus d’effets et d’échos.

3-Réseau des mouvements et partis politiques: je ne dévoilerai pas pour l’instant comment fonctionne ce réseau.

4-La fraternité

En tout cas et désormais, nous pouvons contrarier nos adversaires.

Sputnik France: On entend parfois des appels demandant une « intervention armée » directe de pays comme la Russie ou la Chine pour libérer totalement l’Afrique de l’interventionnisme occidental. Mais n’est-ce pas aux Africains de se mobiliser en premier lieu s’ils souhaitent passer à autre chose? Que pensez-vous là-dessus?

Thierry Mbepgue : J’avais déjà dit ici que le moment était propice pour les Africains de prendre enfin leur indépendances, il leur suffit de regarder du bon côté. Pour moi, le bon côté est celui de ceux qui combattent la même force qui maintient l’Afrique esclave depuis des décennies, le côté de la Russie et les BRICS en général. L’Afrique a besoin de la protection russe, chinoise pour s’affirmer sans être inquiétée. Tant que les quelques rares dirigeants africains qui ont manifesté jusqu’ici le désir de s’affranchir n’obtiendront pas la garantie sécuritaire de la Russie, ils ne parviendront pas à aller jusqu’au bout de leur ambition. Que le cas de la Syrie sert de leçon aux Africains. Il ne faudrait pas non plus oublier que c’est bien l’ex URSS qui a aidé beaucoup de pays à se libérer du joug occidental, pourquoi la Russie ne ferait-elle pas la même chose aujourd’hui?

 

Sputnik France : En parlant d’Occident et notamment de ses élites, vous et vos camarades panafricanistes allez-vous suivre les prochaines élections présidentielles aux USA de cette année et de France l’année prochaine? Des préférences à transmettre ou la politique occidentale restera la même?

Thierry Mbepgue: Pour nous, ils sont tous les mêmes, bonnet blanc, blanc bonnet. Nous les Africains devrons plutôt travailler dans le sens de mettre sur pied une force pouvant contrecarrer celle d’en face. L’ennemi idéologique c’est justement la politique occidentale en Afrique.

Sputnik France: Justement les élites occidentales ont repris la déstabilisation active des pays de l’alliance BRICS (le Brésil récemment, l’Afrique du Sud est également visée de l’aveu même de plusieurs hauts cadres du parti au pouvoir l’ANC) et de leurs alliés, notamment en Amérique latine (Venezuela) ou en Afrique (Zimbabwe, Burundi,…). Quel apport les mouvements panafricains comme le vôtre peuvent-ils apporter pour contrer ces tentatives?

 

Thierry Mbepgue: Il faut conscientiser les populations, les sensibiliser sur le danger qui plane sur les pays, il faut pouvoir dénoncer le complot qui pèse sur les Etats et le chaos qui s’en suivrait si les populations suivaient les déstabilisateurs. Et lorsqu’un pays est déstabilisé, nous pouvons empêcher le factotum de diriger par des actions comme la désobéissance civile, la paralysie économique, qui sont très efficaces dans un tel cas de figure.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201606211026043694-panafricanisme-theorique-pratique/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Géostratégie africaine. Entretien avec Jean-Paul Pougala (Partie 1)

Jean-Paul Pougala

Jean-Paul Pougala est un spécialiste camerounais de géostratégie. Il dirige l’Institut d’Etudes Géostratégiques de Douala (Cameroun), il est également enseignant à l’Institut Supérieur de Management ISMA, toujours à Douala. Il est en outre auteur du livre « Géostratégie africaine ».

Sputnik : Vous êtes de ceux qui considèrent que c’est à la jeunesse africaine d’écrire la nouvelle histoire plus glorieuse du continent africain. En quoi consiste votre théorie?

Jean-Paul Pougala: L’Africain est conditionné dans son âme et son être, victime de 5 siècles de violence avec l’Europe dont 4 siècles de déportation pour l’esclavage et 1 siècle de violence de l’occupation coloniale, puis néocoloniale ou impérialiste, des Européens et plus généralement des Occidentaux. Pour éviter que ces victimes aient une prise de conscience et de demander des comptes à leurs bourreaux d’hier, le système qui prévaut depuis des siècles les a maintenu dans une sorte de coma artificiel, fait de misère non seulement comme résultat, mais aussi comme instrument de domination. Nos ainés formatés dans ce système sont presque tous irrécupérables. Ils ont été à ce point rabaissés qu’ils recherchent constamment l’amitié du bourreau pour avoir l’illusion d’exister. Leur vision du monde est sous la lentille déformante que les bourreaux ont imposée. Ils sont nés à genoux, ils ont grandi à genoux, ils ont travaillé à genoux, ils sont en train de vieillir à genoux et ils vont mourir à genoux. Ils connaissent une seule vérité, en toute bonne foi: la supériorité incontestable des anciens bourreaux. Et par conséquent, ils sont dans la résignation de démarrer la moindre initiative pour se démarquer, pour s’autodéterminer. Tous ce qu’ils transmettent à leurs enfants, à leurs descendants, c’est la soumission vue comme une valeur, puisque après tout, elle garantit une sorte de paix. Peu importe leur place dans cette situation de paix. Mais les nouveaux acteurs très puissants sur la scène mondiale remettent en discussion l’ancienne première place incontestée des puissants d’hier. Par exemple, la Chine est devenue première puissance économique mondiale en 2014, après 142 ans que les Etats-Unis maintenaient cette position. Pour nos ainés qui n’ont connu que les USA comme première puissance, cette nouvelle est à peine croyable, mais pour les jeunes, c’est le début d’un nouveau monde, avec de nouveaux acteurs, avec aussi de nouvelles vérités et de nouveaux défis. Rien n’est donc plus figé comme avant et c’est en cela que repose mon espoir que les jeunes Africains qui vont subir moins de conditionnement psychologique visant à les soumettre comme leurs parents, seront plus libres de penser, de décider et donc d’agir pour les intérêts de notre continent, contrairement à ce qu’on avait vu jusqu’aujourd’hui.

Ma théorie est divisée en deux parties: une communautaire et l’autre privée. Sur le plan communautaire, nous cherchons à orienter les choix des villages et de l’État vers les actions plus concrètes pour améliorer la vie des citoyens, notamment par la création de richesse dans le milieu rural sur la base idéologique de la culture et de la spiritualité africaines, fondamentalement évolutionnistes. Sur le privé, elle consiste en la mobilisation des ressources humaines africaines privées vers la création de richesse. Pour y parvenir, j’ai créé une formation dénommée Rinvindaf (re-Inventer les Industriels Africains de demain). Son but est de créer une sorte de déclic mental pour passer de la glorification du salariat vers l’entreprenariat industriel patriotique. Mon but est de partir de ma propre expérience d’industriel africain sur 3 continents (Europe, Asie et Afrique) pour transmettre mes connaissances (erreurs et succès), afin que ces jeunes n’aient plus besoin de tâtonner comme je l’ai fait, pour trouver avec difficulté, au bout de trop d’années la vraie route à suivre. Je suis convaincu qu’une telle formation leur fait gagner du temps précieux et réduit le taux d’échec de ceux qui s’y prêtent. Ils sont aujourd’hui 1500 jeunes africains formés à travers le monde à ce modèle et tous mis en réseau dont environ 1/3 sont opérationnels sur le sol africain. 

Sputnik: Dans une des vidéos où vous faites part de votre vision pour l’Afrique, vous insistez sur un point important, celui de mettre à un niveau supérieur l’agriculture en Afrique. Quel serait le but recherché?

Jean-Paul Pougala: Lorsque j’ai décidé de m’impliquer dans la vie publique africaine, j’ai créé une nouvelle matière d’enseignement qui s’appelle « géostratégie africaine ». Je restais convaincu que l’Africain devait construire sa souveraineté en partant de zéro et contrôler chaque centimètre de son territoire. L’agriculture n’est pas à mes yeux, une simple source de revenu et de nutrition pour la population africaine, mais la première des activités stratégiques pour reprendre en main notre territoire, tout notre territoire. Là où les jeunes que je forme ont aujourd’hui leur champ est appelé à devenir une ville. Mon modèle est partir du secteur primaire qu’est l’agriculture, pour alimenter un secteur secondaire. Et le tertiaire ne viendrait qu’en troisième position comme son nom l’indique pour distribuer, gérer et administrer ce qu’on aura produit des champs et transformé à l’usine. Tous les autres peuples sont passés par là pour se développer et l’Afrique ne saurait être une exception. Un pays qui importe l’essentiel de sa consommation alimentaire est un pays qui s’appauvrit toujours plus. Je suis un économiste africain à qui les économistes européens ont déclaré la guerre. Ils ont réussi à créer des emplois chez eux en utilisant les populations africaines comme consommateurs. A moins de déclarer qu’ils sont plus intelligents que moi et donc que je me rende, je suis obligé de riposter, tout d’abord en menant une résistance, afin d’enseigner à ces jeunes à créer de la richesse sur notre continent et donc des emplois. Chaque africain qui va mourir en tentant de traverser la Méditerranée est un fait divers pour les politiciens européens qui l’utilisent pour secouer leurs opinions publiques, mais pour un économiste africain, c’est une véritable honte, c’est une insulte à notre intelligence. Tout au moins, c’est comme cela que je le vis dans ma peau. Et plutôt que d’accuser les autres, je me demande constamment ce que je peux faire pour changer la donne. Et pour l’instant, l’agriculture me semble le chemin obligé pour repérer les ressources de nos terres et de nos forêts qui nous serviront pour développer des secteurs entiers d’industries.Et puis, les enjeux du monde montrent clairement que la Chine qui aujourd’hui contrôle l’essentiel de la production industrielle mondiale, pour avoir acheté aussi l’essentiel des entreprises qui lui permettent de sécuriser les approvisionnement en matière première, comme Rio Tinto, la Chine aura toujours de moins en moins besoin des matières premières minières africaines. Beaucoup de pays africains ne l’ont pas encore compris et espèrent toujours qu’ils deviendront prospères (ou émergents comme c’est la mode) en vendant les produits de leur sous-sol. Mon action sur le terrain, prépare donc déjà l’après secteur minier en Afrique. Et l’agriculture pour nourrir d’abord les Africains, ensuite les Asiatiques, me semble absolument incontournable.

A suivre la seconde partie de l’entretien

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151124/1019783829/afrique-geostrategie-pougala-cameroun.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

Le Cameroun est un pays souverain

Mahamat Paba Salé, ambassadeur du Cameroun en Russie

Entretien avec Mahamat Paba Salé, ambassadeur du Cameroun en Russie

La Russie et le Cameroun entretiennent des relations anciennes. A titre de rappel, les deux pays ont établi leurs relations diplomatiques le 22 février 1964. Aujourd’hui, la Russie et le Cameroun renforcent leur partenariat bilatéral, et ce d’une façon dynamique. A ce titre, nous recevons Mahamat Paba Salé, ambassadeur de la République du Cameroun en Fédération de Russie.

Sputnik: Quelle évaluation donneriez-vous globalement des relations entre la Russie et le Cameroun?

Mahamat Paba Salé: Ces relations sont globalement satisfaisantes si l’on prend en compte les nombreux échanges entre les deux pays dans divers secteurs. Mais, du fait de la globalisation conjuguée à la volonté commune des Présidents Paul Biya d’une part, et de Vladimir Poutine d’autre part de dynamiser cette coopération, ces relations sont appelées à se diversifier et à se consolider davantage.

Sputnik: On sait que le Cameroun mène une lutte sans relâche contre la secte Boko Haram. Selon vous, son éradication se fera dans un avenir plus ou moins proche ou cela risque de prendre un certain temps?

M.P.S: Le Cameroun partage une frontière de plus de 1700 km avec son grand voisin le Nigeria. Suite à diverses incursions armées de cette secte terroriste basée dans ce pays voisin, par souci de protéger ses citoyens des exactions et atrocités des gens sans foi ni loi, mais aussi pour préserver l’intégrité de son territoire, le Cameroun a dû déclarer la guerre à cette nébuleuse terroriste, aux côtés d’autres pays voisins du Nigeria dont le Niger et le Tchad notamment, qui sont au front dans cette lutte. Ce combat qui fait partie de l’un des défis sécuritaires du monde d’aujourd’hui, nul ne sait quand il prendra fin. La conviction de mon pays est que, grâce à une synergie des actions des pays directement touchés par les exactions de cette nébuleuse, et à la coopération internationale, Boko Haram finira par être vaincu.

Sputnik: On observe en ce moment un renforcement important des relations entre le Cameroun et la Russie. Notamment dans le domaine du partenariat militaro-technique. Cela contribuera-t-il à l’éradication du terrorisme au Cameroun et plus globalement dans la région?

M.P.S: Le renforcement des relations avec la Russie n’est pas simplement dans le domaine militaro-technique qui est certes dans une perspective dynamique, mais il rentre dans la stratégie globale de diversification des partenariats que le Cameroun a entrepris dans un monde de plus en plus concurrentiel. En ce qui concerne le terrorisme qui de notre point de vue est une menace globale, un seul Etat ne peut venir à bout de cette lutte. Mon pays remercie la Russie pour son soutien dans le cadre de la lutte qu’il mène contre le terrorisme de Boko Haram.

Sputnik : Selon vos observations, ce rapprochement russo-camerounais, comment est-il vu par d’autres partenaires de votre pays, notamment les pays occidentaux?

M.P.S: Le Cameroun est un pays souverain qui a entrepris de diversifier ses partenaires pour aspirer à l’émergence à l’horizon 2035. Or vous le savez tout autant que moi, qu’il ne saurait y avoir de développement si la sécurité aussi bien d’un pays que de ses citoyens n’est pas garantie. Les partenaires occidentaux du Cameroun en sont pleinement conscients car de par sa position stratégique dans le Golfe de Guinée et des nombreuses ressources dont il regorge, le Cameroun doit se prémunir de toutes sortes de menaces qui peuvent hypothéquer cet objectif prioritaire pour le Gouvernement qu’est la lutte pour la préservation de la dignité humaine.

Sputnik: Les pays membres des BRICS ont désormais officialisé la création de la Banque de développement des BRICS. Parmi les priorités de ladite banque figurent les projets sur le continent africain. Doit-il y avoir une interaction plus importante entre l’Afrique et l’alliance BRICS?

M.P.S: Le problème prioritaire pour une réelle émergence de l’Afrique, c’est le financement de son développement. C’est donc à juste titre qu’en tant qu’Africains, nous pouvons nous réjouir de la création d’une alternative dont la particularité est qu’elle est portée par d’autres pays émergents à même de susciter des mécanismes novateurs pour financer le développement des pays africains notamment, aux côtés des acteurs traditionnels du monde de la finance internationale. En attendant de juger sur pièces l’apport de ce nouveau mécanisme de financement du développement, notre humble point de vue est que la nouvelle banque de développement soit proactive dans un partenariat novateur à établir avec l’Afrique.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150729/1017279226.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Entretien accordé à Jean-Marc Soboth

INTERVIEW. Mikhaïl Gamandiy-Egorov, journaliste russe: «Afrique: la Russie de retour!»

Posted on juil 2, 2015 @ 16:40

sobothPropos recueillis par Jean-Marc Soboth

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Fondateur du projet BRICS Dream présenté comme la «première marque vestimentaire au monde pour les citoyens et partisans des BRICS», Mikhaïl Gamandiy-Egorov est un journaliste-chroniqueur russe travaillant pour le Service francophone de l’Agence internationale Rossiya Segodnya (Sputnik France). Il est un fervent activiste du partenariat Afrique-Russie et, de manière générale, de la souveraineté des Etats face au«néocolonialisme sous toutes ses formes». Il s’exprime ici sur la nouvelle place de la Russie dans la géopolitique internationale et africaine.

Mikhaïl Gamandiy-Egorov

Jean-Marc Soboth: Dans la lutte des Africains contre la secte salafiste Boko Haram, les autorités nigérianes et, plus tard, camerounaises ont dû recourir in extremis à la diplomatie russe pour recevoir du matériel de guerre et de surveillance supplémentaires. Abuja avait déjà avoué publiquement s’être vu refuser tout achat d’armes de guerre parce que les Américains s’y opposaient. La Russie deviendra-t-elle, ainsi, progressivement, le recours le plus décisif des Africains en matière de lutte contre le terrorisme et de stabilité ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Je l’espère fortement. Mais cela va dépendre de la volonté de chacun. En effet, la situation autour de Boko Haram a montré un certain nombre de choses aux pays menant une lutte contre cette secte, dont le Cameroun et le Nigeria. Tout d’abord les liens obscurs qui existent entre ladite secte et l’Occident. D’autre part, les tentatives occidentales de profiter de la présence de cette secte pour jouer le rôle de « faiseurs de paix » et pouvoir s’installer militairement dans les deux pays. Un scénario qui ne date pas d’aujourd’hui. Et enfin, le refus des élites occidentales d’aider véritablement les pays dont les forces armées mènent une lutte sans relâche contre le terrorisme ont fait comprendre qu’il faut peut-être se tourner vers ceux qui respectent votre souveraineté et pour qui la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme n’est pas liée à des plans d’intervention néocolonialistes.

Jean-Marc Soboth: Pendant que les attaques meurtrières de Boko Haram battent leur plein en début décembre 2014, un aéronef cargo Antonov 124 doté d’un équipage russe est arraisonné à l’aéroport international de Kano par les autorités nigérianes. Paradoxalement, l’appareil russe contient du matériel de guerre français dont un hélicoptère de guerre Gazelle. On ne sait toujours pas exactement ni la provenance ni la destination finale dudit matériel. Toujours est-il que l’affaire fait l’objet d’âpres négociations diplomatiques dans lesquelles aurait été impliquée la Maison-Blanche et, semble-t-il, le Kremlin puisque le président François Hollande s’oblige à cet effet une escale imprévue à Moscou quelques jours plus tard. Avez-vous appris ce que charriait cette affaire étrange ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: C’est une affaire assez étrange effectivement. Mais je pense que pour connaitre la provenance et la destination finale du matériel de guerre qui se trouvait dans l’avion Antonov, il faut aller voir du côté de la Maison-Blanche et de l’Élysée. Quant au fait que l’avion ait été russe, il faut savoir que les avions Antonov, qui sont de très grands avions, sont très utilisés en Afrique dans le cadre de différentes missions internationales, y compris celles de l’ONU. Mais il faut savoir que leur utilisation se fait bien souvent sans la participation de la Russie. Lesdits avions peuvent être sous leasing et donc dans ce cas précis, il faut demander à la partie à qui appartenait le matériel de guerre à qui tout cela était destiné. D’ailleurs le ministère russe des Affaires étrangères avait également bien précisé que l’utilisation desAntonov en Afrique est une affaire courante et que la coordination avec la Russie est bien souvent minime. Quant à l’escale de François Hollande à Moscou, je pense qu’il y avait un certain nombre de questions qui devaient alors être discutées. Notamment l’affaire des Mistral et, peut-être aussi, cette question liée au matériel de guerre français transporté vers un destinataire qui nous laisse perplexes. En tout cas, la Russie n’avait rien à cacher dans cette affaire. À la différence de la partie française dont on voyait beaucoup de zones d’ombre.

Jean-Marc Soboth: L’Arabie saoudite et le Qatar sont officiellement soupçonnés par tous de financerla secte Boko Haram; or, la secte fondamentaliste est une cible déclarée des alliés de l’OTAN. Le même Qatar ainsi que la monarchie saoudienne accompagnent pourtant l’OTAN dans toutes ses campagnes militaires. On n’a pas oublié l’implication massive de l’armée et des forces spéciales qataries en Libyedans le cadre de l’opération United Protectors de l’OTAN, laquelle a fait le lit au chaos islamiste qui en a découlé. Que faut-il comprendre de la complexité de ces alliances pro-islamiques à multiples vitesses de l’Occident ?

 Mikhaïl Gamandiy-Egorov: L’Occident, ou plutôt ses élites, jouent à un jeu très dangereux: celui de s’allier avec des pays qui financent des groupes terroristes. Plus encore, permettre à ces pays d’investir massivement dans les pays occidentaux. Prenez l’exemple du capital qatari en France, pour ne citer que celui-là. Il y a pire: utiliser carrément des groupes terroristes pour déstabiliser et faire chuter les pays dont les gouvernements n’arrangent pas leurs intérêts néocolonialistes. On l’a parfaitement vu en Libye. On l’a vu et on le voit encore en Syrie. Les USA sont les champions des alliances avec les terroristes. Il suffit d’ailleurs d’aller un peu plus loin dans l’histoire et se rappeler leur « alliance » avec le mouvement extrémiste des Talibans en Afghanistan. Ils étaient présentés par les médias étasuniens comme de véritables « combattants de la liberté » à l’époque où ces Talibans combattaient le pouvoir socialiste afghan soutenu par l’Union Soviétique. Ces mêmes « combattants de la liberté » selon le mainstream étasunien sont devenus les ennemis à éliminer à tout prix pour les mêmes USA. Voilà leur politique.

Pour reprendre l’expression d’un certain nombre d’experts russes dans le domaine de la Défense, avec qui on a plusieurs fois discuté, il s’agit de « Laisser le djinn sortir de la bouteille pour atteindre leurs objectifs à court terme. Le problème c’est qu’après être sorti et avoir réalisé les vœux de ses maîtres, le djinn ne veut pas revenir dans la bouteille. Il devient donc lui aussi un ennemi à éliminer ». C’est l’une des caractéristiques de la politique étasunienne. Quant aux Européens, je parle bien évidemment de l’Union européenne, ce ne sont que des suiveurs. Ils n’ont pas de politique extérieure souveraine et indépendante. Tout est décidé à Washington. Bruxelles, Londres, Berlin et Paris ne font qu’appliquer.

Jean-Marc Soboth: Peut-on dire aujourd’hui qu’il y a au Kremlin, en cette ère post-soviétique, l’émergence progressive d’une véritable politique africaine de la Russie, au moins dans une optique de contrepoids au diktat unipolaire des alliés de l’OTAN ? S’agit-il simplement d’une politique des besoins ponctuels des Africains comme on l’a vu avec Boko Haram ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Je crois que oui. La politique africaine de la Russie commence à revoir le jour. Et vous savez que je suis l’un des plus grands partisans d’une véritable alliance entre l’Afrique et la Russie, de l’axe Afrique-Russie. Depuis déjà un certain temps, on a vu une volonté réciproque de récréer des relations privilégiées entre les deux parties, semblable au temps de l’Union Soviétique. Beaucoup de spécialistes soviétiques avaient été actifs à différents endroits du continent africain. Je connais personnellement un certain nombre de ces gens qui, aujourd’hui, sont de hauts cadres de la Russie post-soviétique, mais qui, au temps de leur jeunesse durant la période soviétique, avaient été présents aux côtés des principaux mouvements de libération en Afrique, notamment le MPLA en Angola, l’ANC en Afrique du Sud, la SWAPO en Namibie

Durant la transition post-soviétique, nous avons effectivement perdu pratiquement toutes les positions que nous avions en Afrique. Il faut le dire, notre pays était bien mal en point à cette époque qui a suivi l’éclatement de l’Union Soviétique.

Aujourd’hui, c’est une autre Russie qui est née : forte, indépendante, souveraine, fière d’elle. Et il y a toutes les raisons de croire que nous allons, ensemble, retrouver le niveau des relations que nous avions dans un passé pas si lointain que cela. Il faut de la volonté des deux côtés: c’est cela même le sens des relations entre nations souveraines. Mais ce qui me rend particulièrement heureux, c’est que la Russie a enfin compris qu’il faut renforcer très largement nos relations extérieures et ne pas se limiter à la proximité géographique. Seulement ainsi, la Russie pourra aller de l’avant et renforcer définitivement la place qui est la sienne dans l’arène internationale.

Jean-Marc Soboth: La Russie fait l’objet de sanctions économiques et diplomatiques multiformes des alliés de l’OTAN depuis l’année dernière au moins. Elles se sont étendues à certains méandres de l’économie comme le mécanisme de crédit américain Visa et Mastercard. Chaque jour, on clame dans les médias occidentaux que l’économie russe subit, subséquemment, une crise sans précédent qui fragilise lepays. On ajoute que la Russie ne peut, toutefois, pas se passer des revenus provenant de la livraison du gaz en Europe. Suspendre la livraison serait signer le suicide. La Russie est-elle vraiment asphyxiée?Comment fait-elle pour se protéger d’une nouvelle implosion aux causes exogènes du type que nous avons vécue sous Mikhaïl Gorbatchev ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Vous savez, les Occidentaux aiment souvent prendre leurs désirs pour la réalité. Le problème c’est qu’aujourd’hui leur hystérie atteint tellement le summum que cela tourne au ridicule… Non, l’économie russe est loin de se porter mal. Au contraire et j’assume pleinement ce que je dis :ces sanctions occidentales visant la Russie sont une véritable bénédiction pour nous. Et je pèse mes mots.

Comme je l’ai déjà dit précédemment, la Russie a enfin lancé le renforcement des alliances et des partenariats stratégiques avec les pays qu’on peut véritablement appeler pays amis. Personnellement, je faisais ces appels depuis plusieurs années. Les pays de l’espace eurasiatique, la Chine, l’Inde et les autres pays BRICS, l’Amérique latine et plusieurs États du continent asiatique (en dehors de la Chine et l’Inde), comme par exemple le Vietnam et l’Iran ou encore certains pays du monde arabe, et bien évidemment l’Afrique aussi, voilà notre priorité aujourd’hui. Ce sont là des pays et groupes de pays avec lesquels on peut parler de relations sincères et non pas une relation de «donneur de leçons à élève».

Maintenant parlons des pseudos « grands problèmes économiques de la Russie ». La monnaie russe, le rouble, avait effectivement perdu une partie considérable de sa valeur.  Elle a récupéré une bonne partie de cette valeur perdue face aux devises étrangères. Même les élites financières occidentales avouent que le rouble a prouvé toute sa fiabilité (Bloomberg par exemple). Quant aux livraisons de gaz, il faut se poser la question: qui a plus besoin de l’autre? Je dirais plutôt que c’est l’Union Européenne qui ne pourra pas se passer des livraisons de gaz russe. C’est une évidence. Les tentatives de Bruxelles de trouver d’autres options depuis plusieurs années n’ont abouti à rien. Quant à la Russie, on commence déjà à réorienter les priorités de livraison de notre gaz. Cette priorité est connue et c’est le géant gazier russe Gazprom qui le dit: il s’agit de la République populaire de Chine qui, au fil des années, augmente considérablement ses besoinsen gaz. Je crois que vous m’avez compris.

Et pour finir, je crois que c’est l’Europe qui est en train de se faire véritablement asphyxier. Les élites bruxelloises, en suivant les prérogatives des USA, ont créé une situation véritablement catastrophique pour leurs producteurs. Car comme vous le savez, la Russie, en réponse aux sanctions occidentales, a fermé son marché à un certain nombre de produits agroalimentaires en provenance des pays occidentaux.

Cette mesure a frappé de plein fouet l’Union Européenne. Juste quelques chiffres pour comprendre: si l’Union Européenne poursuit à terme sa politique de sanctions contre la Russie, elle risque de se retrouver avec deux millions d’emplois perdus et 100 milliards d’euros de pertes financières. À vous de juger si c’est peu ou pas. Quant à la Russie, elle poursuit d’une manière efficace la politique donnant la priorité aux producteurs nationaux (qui sont d’ailleurs très ravis de l’aubaine) et aux producteurs des pays amis que j’avais déjà cités plus haut. Et je dois vous avouer que même si dans un avenir proche l’Union Européenneretrouve la raison et annule les sanctions visant la Russie, les producteurs européens auront énormément de mal à retrouver leurs positions d’antan sur le marché russe. Je crois d’ailleurs qu’ils ne pourront jamais retrouver la plupart des positions. C’est bien dommage pour les PME européennes. Il faut qu’ils disent « merci » à leurs élites !

La Russie, elle, ne fait que défendre ses intérêts nationaux.

Jean-Marc Soboth: Le vote de la résolution 1973 de l’ONU, prétexte à l’action militaire historique de l’OTAN contre la Libye du colonel Mouammar el-Kadhafi, n’a fait l’objet que d’une simple abstention russe, à côté des Chinois, des Cubains, des Vénézuéliens... La résolution fut, on s’en souvient, soutenue par des homologues de l’Union Africaine: Gabon, Nigéria et Afrique du Sud... Cette dernière est l’unique pays africain votant à en avoir dénoncé l’usage militaire frauduleux par l’OTAN. Mais alors que la Libye sombre dans le chaos islamiste, les références aux origines de ce drame semblent plutôt inexistantes de toutes parts. Qu’est-ce qui explique ce processus dilatoire dont l’objectif à terme est d’oublier qui a détruit la Libye ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Il y avait également d’autres pays africains en plus de l’Afrique du Sud qui avaient dénoncé l’intervention armée de l’OTAN, notamment le Zimbabwe et la Guinée équatoriale. Si on parle de la Russie, je dois vous dire que personne n’a oublié l’histoire tragique de la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Au contraire, en suivant les différents débats entre experts russes, ce rappel revientsouvent. Ce qui est arrivé à la Libye de Kadhafi est une véritable tragédie. Aussi bien pour le pays lui-même, que pour toute la région et tout le continent.

Jean-Marc Soboth: La Russie de Vladimir Poutine continue d’être critiquée en Afrique pour n’être pas intervenue à temps afin d’arrêter le massacre des Libyens par l’OTAN et, ainsi, éviter le chaos actuel? Que répondez-vous à cette accusation récurrente lorsqu’on sait qu’au Venezuela de Hugo Chavez ou en Syrie de Bachar el-Assad, la réaction russe fut plus concrète ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: C’est une question que l’on m’a déjà souvent posée et je vais être franc avec vous. La Russie a mal géré la crise libyenne. De même que la Chine. Dans le même temps, cela a servi de leçon aussi bien à Moscou qu’à Pékin et à tous les autres pays qui ne veulent plus accepter le diktat unipolaire de l’Occident.

En ce qui concerne la Russie, j’aimerai quand même rappeler que le président Vladimir Poutine n’était pas au pouvoir au moment des faits. Il était Premier-ministre. Et c’est là toute la différence. D’ailleurs, les critiques sur la façon dont nous avons géré la crise en Libye durant l’intervention de l’OTAN étaient nombreuses au sein du leadership russe. L’ambassadeur russe de l’époque en Jamahiriya libyenne(aujourd’hui ambassadeur en Mauritanie), Vladimir Tchamov, avait vivement critiqué l’inaction de notre pays pour empêcher l’intervention de l’OTAN en Libye.

En tout cas, la Russie et ses alliés ont définitivement compris qu’on ne peut pas permettre aux Occidentaux de faire ce que bon leur semble. Vous avez mentionné à juste titre le Venezuela et la Syrie. Il y a égalementun exemple plus récent en date: le Burundi. La Russie et la Chine ont bloqué au Conseil de sécurité de l’ONU la proposition de résolution française qui voulait interférer dans les affaires souveraines de cet Etat africain. 

Jean-Marc Soboth: L’offensive militaire française aux côtés d’alliés onusiens et des rebelles FRCI en Côte d’Ivoire en 2011 s’est dénouée par le déferrement à la Cour pénale internationale du président Laurent Gbagbo accusé de «n’avoir pas accepté le verdict des urnes» établissant la victoire du «président reconnu par la communauté internationale» Alassane Dramane Ouattara. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire s’apprête à se remettre en campagne présidentielle en Octobre 2015. L’objectif sera de sceller l’ordre entrepris par lesbombardements français de 2011. Quel est, à votre avis d’observateur russe, l’avenir d’une Côte d’Ivoire dont le leader sans doute le plus populaire se trouve exilé à la Haye avec le soutien des Occidentaux et dont les principales figures politiques ont été arrêtées et/ou lourdement condamnées à défaut de demeurer en exil 

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Je vais également être franc sur ce point. Seuls les citoyens de la Côte d’Ivoire pourront décider de l’avenir de leur pays. Mais si vous me posez la question en tant qu’observateur russe, je dirais que tant que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé seront emprisonnés à La Haye, il n’y aura pas de réconciliation véritable en Côte d’Ivoire. Tant que les partisans du président Gbagbo, dont beaucoup sont en exil, ne pourront pas rentrer chez eux et participer à la vie politique de leur pays, on verra toujours des tensions. Il n’y aura pas d’avenir stable tant que Laurent Gbagbo sera emprisonné et tant que les forces externes continueront de considérer la Côte d’Ivoire comme leur colonie.

Jean-Marc Soboth: Le président français François Hollande a entrepris ces jours-ci une tournée africaine au moment même où l’image de la France est écornée auprès d’un certain public africain du fait d’interventions colonialistes intempestives. Néanmoins Paris tient un discours du statu quo. Pas de repentance. On ne lâche rien… C’est la continuité des «affaires» avec quelques aménagements éventuels,devant permettre de mieux voiler le rôle d’une France toujours désireuse de maintenir sa prégnancemilitaire, politique, économique et monétaire en ex-colonies. Comment, à votre avis, la France entend-elle s’y prendre pour affiner cette mainmise en pré carré ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Tout d’abord, il ne faut pas oublier que la France, tout comme les USA, vont s’appuyer sur leurs agents locaux. La cinquième colonne a toujours existé et c’est une réalité partout. Pas seulement en Afrique. C’est le cas en Russie, en Europe occidentale, en Amérique latine... Partout, il existe des agents de l’étranger travaillant pour des intérêts néocoloniaux. Mais l’avantage aujourd’hui c’est qu’une partie importante de l’opinion publique africaine commence à comprendre les véritables enjeux qui visent leurs pays et leur continent. On le voit aujourd’hui notamment au Cameroun où la société civile s’est parfaitement organisée en résistance face aux prédateurs voulant déstabiliser leur nation. C’est un très bon signe. Donc, les Occidentaux auront de plus en plus de mal à garder indéfiniment leur mainmise. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faut relâcher les efforts. Tout au contraire. Les forces néocoloniales, étasuniennes comme européennes, feront tout le nécessaire pour ne pas perdre leurs positions en Afrique. Ils vont employer tous les moyens pour étendre et renforcer leur diktat. Aux Africains de dire leur mot.

Jean-Marc Soboth: La Russie est pointée du doigt par la diplomatie américaine pour «l’annexion de la Crimée». On l’accuse de vouloir s’adjuger, en surcroît, les provinces russophones de l’Ukraine, voire plus encore. Cette partie du monde est, donc, de plus en plus militarisée par les alliés de l’OTAN en prévision. Les Américains disent vouloir anticiper sur les visées militaristes de la Russie. La Russie a-t-elle, d’après vous, des visées militaires annexionnistes non avouées dans cette région 

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Pour commencer par la Crimée, l’écrasante majorité des habitants de la Crimée se considèrent Russes et ce depuis plusieurs siècles. Le fait que la Crimée, au moment de l’éclatement de l’Union Soviétique, s’est retrouvée au sein de l’Ukraine était une erreur historique. D’ailleurs, les Criméens avaient déjà, au début des années 1990, organisé un référendum pour rejoindre la Fédération de Russie. Mais à l’époque et comme je l’ai déjà dit, la Russie était tellement mal en point que cette demande n’a pas été entendue comme il le fallait par les autorités russes de l’époque, si on peut parler d’autorités.

Quant au ralliement de mars 2014, ou ce «retour à la Mère-Patrie» comme le disent aussi bien les Criméens que les autres Russes, la conjoncture géopolitique a joué son rôle. S’il n’y avait pas eu de putsch armé à Kievorganisé et soutenu par les élites occidentales, il se peut que la réparation historique n’aurait pas eu lieu. Mais l’histoire ne tolère pas le conditionnel. Il y a eu un putsch armé dans la capitale ukrainienne réalisépar des extrémistes néonazis et ultra-nationalistes applaudis par l’Occident. Les habitants de la Crimée ont alors refusé de continuer à vivre au sein d’un tel « État ». Ils ont pris l’initiative d’organiser un référendum durant lequel l’écrasante majorité des habitants de la presqu’île: Russes, Ukrainiens, Tatars de Crimée, Arméniens, Grecs, Biélorusses, Karaïmes, ont exprimé le désir d’un retour à la Russie. Le gouvernementrusse a soutenu cette demande.

D’ailleurs si cela n’avait pas été fait, cela aurait tout simplement été un acte criminel. Les Occidentaux oublient souvent ou font semblant d’oublier le Kosovo, une bande armée, sans aucun référendum, avait arraché le berceau historique de la Serbie, le tout sous les applaudissements des élites occidentales et de leurs valets.

En Crimée, c’est l’écrasante majorité de la population qui a exprimé son désir et son droit à l’autodétermination (un droit reconnu par l’ONU) à travers un référendum démocratique durant lequel même des observateurs internationaux étaient présents et ont pu témoigner de la volonté populaire des Criméens.

Quant au Donbass, il a également préféré quitter l’Ukraine actuelle pour se focaliser sur l’indépendance. On a alors vu apparaître les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, formant ensemble ce qui est appelé « Novorossia » (Nouvelle-Russie), et qui constituaient dans le passé le poumon économique et industriel de l’Ukraine.

Et que ce soit en Crimée ou dans le Donbass, l’initiative de quitter l’Ukraine pour rejoindre dans le premier cas la Russie et dans le second opter pour l’indépendance, est due aux seuls habitants concernés. Dans le cas de la Crimée, il n’y a jamais eu d’annexion. Les Occidentaux comme leurs marionnettes kiéviennes le savent parfaitement. Il suffit d’ailleurs d’aller aujourd’hui en Crimée et parler aux habitants pour comprendre leurs motivations et leurs sentiments actuels.

Non, la Russie n’a pas de visées annexionnistes! Aucune. Bien que l’on observe aujourd’hui un désir du vouloir revivre ensemble au sein de plusieurs peuples de l’ex-Union Soviétique. Mais cela n’est pas dû à la Russie mais bien aux différentes populations ayant composé l’Empire russe puis l’Union Soviétique, ycompris nous, les nouvelles générations.

Jean-Marc Soboth: Pendant la guerre froide, la Russie s’investissait massivement en Afrique noire aux plans militaire, politique, diplomatique voire culturel – formation en socialisme scientifique,assistance technique, apprentissage gratuit de la langue russe-pushkine, etc. Tout ceci relève du passé.Avec la conjoncture actuelle, jusqu’où pensez-vous que la Russie puisse revenir en scène en Afrique au moins dans une optique de contrepoids à l’unilatéralisme proaméricain pour défendre les peuplesployant sous le joug du capitalisme néocolonialiste 

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Avec la volonté de tous les concernés, on y arrivera. Personnellement, je travaille avec un certain nombre de mes proches et amis dans ce sens. Je sais qu’un nombre important d’intellectuels africains, de panafricanistes, ainsi que de représentants de la société civile souhaitent une participation plus importante de la Russie en Afrique. Cette volonté est partagée par un nombre considérable de représentants russes, y compris au plus haut niveau. Donc on y arrivera, je suis optimiste. D’ailleurs, et vous l’avez bien noté en terme de contrepoids, la multipolarité c’est aussi cela face au diktat du néocolonialisme étasunien et plus largement occidental.

Jean-Marc Soboth: D’une manière générale, très peu de Russes suivent les informations sur les chaînes occidentales. À Moscou, à Saint-Pétersbourg et ailleurs, on s’exprime très peu en anglais. Comment est néanmoins perçue en Russie la campagne des médias mainstream ou l’activisme desdémocraties occidentales à l’égard du régime du président Vladimir Poutine qui, du côté des peuples du tiers-monde, semble considéré comme un héros ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Vous savez, je pense qu’un nombre non moindre de Russes suivent les chaînes occidentales. Prenez Euronews, pratiquement chaque foyer russe peut suivre cette chaine de télévision. Mais ce qui est certain, c’est que l’écrasante majorité des citoyens de Russie soutiennent aujourd’hui la politique de leur président. Ce n’est donc une surprise pour personne qu’aux tout derniers sondages, le niveau de soutien à Poutine approche désormais les 90% de citoyens russes. Un chiffre à l’opposé total des niveaux d’appréciation des Obama, Cameron, Hollande & Co. par leurs propres peuples.

Cela prouve donc que malgré toutes les campagnes occidentales menées contre Vladimir Poutine et la Russie en général, relayées par la cinquième colonne sur place, ils n’aboutissent pas. Cela ne mène à rien. La société russe, au contraire, se cimente. La popularité du président russe, elle, bat les records en Russie,et également dans beaucoup d’autres pays, notamment en Chine, en Amérique latine, en Afrique et même dans ces mêmes pays occidentaux dont les élites politiques et médiatiques font pourtant tout pour ternir son image.

Jean-Marc Soboth: Que vous suggère le rapprochement historique entre Cuba, pays symbolique pour les peuples dominés en lutte, et leur ennemi de toujours américain? Dans le change, les peuples dominés ne perdront-ils pas un allié de taille suite au retrait définitif de l’homme qui a bâti le système anti-impérialiste: Fidel Castro ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: On connaît bien Cuba et le peuple cubain. C’est un peuple digne et fier qui a d’ailleurs tellement fait de bonnes choses aussi bien en Amérique latine qu’en Afrique lors des luttes de libération nationale. J’en ai discuté avec mes amis et collègues cubains. On voit parfaitement qu’ils ne se font aucune illusion quant aux intentions des USA. Au contraire, les Cubains voient cette tentative de rapprochement initiée par les USA comme une victoire de leur dignité nationale, de leur révolution, face à l’impérialisme qui a fini par céder malgré l’énorme pression qui a été exercée sur Cuba.

Ce pays a dû vivre une période très difficile, non seulement après plus d’un demi-siècle d’embargoaméricain, mais également au moment de l’éclatement de l’Union Soviétique. Malgré tout cela, Cuba a réussi à rester ce qu’elle est. Et c’est aujourd’hui les USA qui finissent par céder tout en ayant des plans malsains vis-à-vis de Cuba. On peut en être certain.

Mais Cuba et le peuple cubain sont sur leurs gardes. Cuba est devenue une grande source d’inspiration pour la très grande majorité des pays d’Amérique latine qui, aujourd’hui, sont unis contre le diktat étasunien, ayant réussi à former ensemble un bloc à part entière dans notre monde multipolaire devenu réalité.

Jean-Marc Soboth, journaliste

http://allainjules.com/2015/07/02/interview-mikhail-gamandiy-egorov-journaliste-russe-afrique-la-russie-de-retour/

Thierry Mbepgue: « les BRICS libèrent peu à peu l’Afrique »

Thierry Mbepgue

Thierry Mbepgue est activiste patriote et souverainiste camerounais. Il est en outre président fondateur du Mouvement Africain pour la Libération du Continent (MALCON), secrétaire général adjoint du Réseau Mondial des Défenseurs de la Cause Africaine (RMDCA).

Il est aussi fondateur du projet UNIRTA, destiné à rassembler les différents mouvements panafricains, aussi bien en Afrique qu’au-delà. Entretien.

Sputnik: Comment est la situation politique actuelle au Cameroun? Quel regard portez-vous sur les prochaines élections présidentielles qui auront lieu dans votre pays?

Thierry Mbepgue: Le Cameroun est justement à un tournant décisif de son histoire. Mis à part le fléau de la secte Boko Haram et toutes les victimes que cela a causé, ainsi que les projets obscurs dévoilés de certains opposants zélés pro-impérialistes qui continuent de croire que c’est l’Occident qui va les installer au détriment du peuple, on peut dire que la situation politique est relativement stable. Les Camerounais savent où ils vont, nul ne viendra décider à leur place pour ce qui est bon pour eux. Mon pays est non seulement à deux pas de sa libération totale du joug colonial mais également à deux pas d’une recolonisation qui s’annonce farouche si rien n’est fait par les patriotes camerounais. Le chef de l’Etat a déjoué tous les pronostics faits sur sa succession par les opposants et certains de ses collaborateurs. Vu le poids de son âge, sera-t-il candidat aux prochaines élections? Va-t-il céder le fauteuil à quelqu’un d’autre, si oui à qui? Comment va se passer cette transition? Telles sont les questions que plusieurs Camerounais se posent actuellement. Loin des calculs politiciens égoïstes que font les petits esprits, j’ai compris depuis 2013 qu’il ne fallait pas attendre l’approche des prochaines élections pour se préparer, raison pour laquelle mon équipe et moi avions commencé depuis la mobilisation dans tout le pays, et ceci dans le but de mettre sur pied une force démocratique qui va influencer sur les prochaines élections présidentielles. Le mouvement dont je suis le fondateur n’a pas encore les moyens financiers nécessaires pour présenter un candidat, mais il soutiendra le candidat qu’il va juger proche du peuple camerounais.

Sputnik: Qu’en est-il de votre opinion sur les futures élections en Côte d’Ivoire, pays dont la souveraineté a été ouvertement bafouée en avril 2011 par une intervention armée occidentale directe et qui a marqué l’esprit de nombreux panafricanistes?

Thierry Mbepgue: Je ne cesserai de le dire, la date du 11 avril 2011 en Côte d’Ivoire est la date de la mort de la France en Afrique. Nous avons assisté à une intervention honteuse de l’armée française soutenue par les casques bleus de l’ONU qui, après plusieurs jours de bombardement du palais présidentiel de la Côte d’Ivoire, a arrêté le président de la République Laurent Gbagbo pour le remettre aux forces rebelles d’Alassane Ouattara. Mon opinion en ce qui concerne les élections présidentielles prochaines en Côte d’Ivoire est la suivante: tout chien renifleur de l’analyse politique en Afrique sent l’odeur d’un danger qui plane sur ce pays. On n’a pas encore donné les résultats définitifs des élections présidentielles passées de 2010 qu’on veut déjà faire une nouvelle élection. Qui a gagné les élections en 2010? La réponse à cette question résoudra peut-être tous les problèmes de la Côte d’Ivoire et la conduira à la réconciliation. Dans tout cela, il faut aussi se demander quelle est la position de la France qui avait installé le régime actuel? Cela m’amuse quand même de voir certaines personnes ou intellectuels présentés comme étant de grands démocrates africains terrés dans un silence assourdissant lorsqu’il faut parler de respect de la constitution en Côte d’Ivoire. Je crois qu’il risque de ne pas y avoir d’élection en octobre comme prévu.

Sputnik: Parlons maintenant des relations BRICS-Afrique. On sait que de plus en plus d’Africains souhaitent vivement le renforcement des relations entre les pays du continent africain et des nations BRICS, d’autant plus qu’un pays africain, la République d’Afrique du Sud, fait partie de l’alliance. Selon vous, qu’est ce qui doit encore être fait pour que cet objectif de renforcement soit atteint?

Thierry Mbepgue: La présence des nations BRICS libère peu à peu l’Afrique, c’est une présence salvatrice. Il a fallu que certains pays africains regardent du côté des BRICS pour enfin amorcer leur processus de développement. L’Afrique du Sud qui aujourd’hui fait partie de cette alliance est première productrice d’or, de platine, de chrome, de vanadium et deuxième productrice de manganèse et de titane. Avec tout cela, elle devrait être à mon avis le reflet d’une Afrique qui tire l’essentiel de ses ressources dans les matières premières. Voilà pourquoi je souhaite par conséquent que ce pays soit comme un wagon exemplaire au sein des BRICS. Elle y est depuis 2011, avec quel impact sur les autres pays africains? Qu’elle inspire les autres Etats africains à développer des mécanismes plus intéressants pour capitaliser leurs ressources naturelles. Je pense qu’il faut aller au delà de ce qui lie l’Afrique à ces nations actuellement, en renforçant les relations par les échanges culturels et industriels. Il faut faciliter les voyages et faire en sorte que chacun se sente à l’aise chez l’autre. Je dirai enfin que le renforcement de cet objectif va aussi passer par la capacité des nations du BRICS à maintenir leur politique actuelle basée sur le respect des pays africains en tant qu’Etats indépendants et souverains.

Sputnik: Les élites occidentales sont radicalement opposées à l’alliance des BRICS avec l’Afrique, de peur de voir leurs intérêts néocoloniaux réduits à zéro. Que faire pour barrer la route à leurs plans malsains?

Thierry Mbepgue: L’Afrique est-elle leur propriété privée? Les Occidentaux sont pratiquement les seuls qui se plaignent à tout moment de nos choix de partenaires comme si nous n’étions pas libres de choisir avec qui faire chemin. Connaissant bien ces Occidentaux pour avoir subi leur caprice pendant plus d’un siècle, nous ne pouvons que constater que leurs pleurnichements annoncent la fin de leur hégémonie en Afrique. Tant que les BRICS renforceront leur présence et respecteront les Africains, les Occidentaux ne se sentiront pas à l’aise. Certaines personnes vont certainement me demander pourquoi tant d’espoirs placés en nos nouveaux partenaires. Je les appelle simplement à faire la comparaison entre 100 ans de coopérations avec nos partenaires historiques et 15 ans avec les pays du BRICS. Pour barrer la route à leurs plans malsains, il faut que les pays du BRICS soient prompts à venir au secours des pays, des dirigeants ou même des personnes persécutées par les Occidentaux pour leurs idéaux en Afrique, il faut qu’ils s’imprègnent de la réalité africaine, qu’ils se rapprochent des souverainistes, des panafricanistes et des vrais patriotes africains pour comprendre leur combats.

Sputnik: Vous avez déjà dit que grand nombre de problèmes et crises en Afrique sont dus à la mauvaise interprétation des textes de la constitution. Qu’est-ce que cela signifie? Et d’autre part, la longévité au pouvoir est-elle un obstacle à la démocratie? Surtout dans le cas où un leader a réellement le soutien de la majorité de sa population?

Thierry Mbepgue: La quasi-totalité des crises politiques en Afrique porte la signature de « non-respect ou mauvaise interprétation de la constitution ». Si ce n’est pas un étranger qui veut se présenter comme candidat dans un pays qui n’est pas le sien, ce sera un dirigeant qui refuse de se plier aux exigences de la constitution ou même un dirigeant qui veut modifier la constitution par voie illégale. La longévité au pouvoir n’est en aucun cas un obstacle à la démocratie du moment qu’un leader demeure au pouvoir parce que le peuple le souhaite. Je prends le cas d’un chef d’Etat africain qui décide de modifier la constitution de son pays pour se représenter à sa propre succession, le problème qui se posera ne sera pas celui de savoir s’il en a le droit ou pas, mais plutôt comment va-t-il la modifier? Ladite constitution le plus souvent exige que tel projet soit soumis à un referendum, c’est cela la démocratie, il faut laisser le peuple décider. Les Africains aiment à convoquer le principe traditionnel de règlement de conflit qui est l’arbre à palabre. Avec nos sociétés modernes, on pourrait réactualiser cet arbre à palabre au travers d’un minimum de respect consensuel dégagé autour de la constitution que le professeur Gamberge définit comme le respect des lois du jeu qu’on s’est fixé! Cela nous éviterait des crises.

Sputnik: Les élites occidentales possèdent pourtant une longévité au pouvoir plus qu’évidente (les Clinton et Bush aux USA pour ne citer qu’eux, bien souvent les mêmes visages aussi en Europe occidentale). Pourquoi se mêlent-ils alors constamment des affaires des autres? Et qu’est-ce qu’un pouvoir « légitime et légal » selon les Occidentaux?

Thierry Mbepgue: D’après eux, ils sont les maitres du monde. Ce qui est bon c’est pour eux et ce qui est mauvais c’est pour les Africains. Les premiers à ne pas appliquer la démocratie, ce sont les élites occidentales. La preuve regardez tous ces pays où ils sont venus installer la « démocratie » en Afrique. Regardez la Libye, regardez la Côte d’Ivoire, regardez la Centrafrique. Ce sont là des pays désormais « démocratiques » pour eux. Dommage que certains Africains ne comprennent pas jusque là. Un pouvoir légitime et légal selon les Occidentaux est un pouvoir soumis à leur diktat, à la tête duquel est tapis un pantin adoubé d’un potentat dangereux pour son propre peuple. Méfiez-vous de tous les pouvoirs en Afrique dont les élites occidentales chantent tous les jours les louanges et soutenez ceux qui sont persécutés car c’est parce qu’ils refusent de vous vendre qu’on les persécute.

Sputnik: On assiste en ce moment à une page fortement intéressante dans les relations russo-camerounaises, y compris sur le plan militaire. Qu’est-ce que cela vous inspire? Quels sont les domaines dans lesquels les deux pays peuvent encore étendre leur coopération?

Thierry Mbepgue: Il était temps pour le Cameroun de se mettre à l’abri d’une invasion militaire comme au Mali (car il faut dire sans faux fuyant que le but final de cette campagne était l’installation d’une base militaire au Mali pour contrôler le nord du pays) ou d’une éventuelle agression comme en Côte d’Ivoire où nous avons vu les chars et avions français bombarder la résidence présidentielle avec à l’intérieur le chef de l’Etat et toute sa famille. Je souhaiterais que cette relation Russie-Cameroun s’étende sur le plan du domaine de la santé, du commerce et de l’industrie, et surtout sur le plan socioculturel. Il faut vraiment que des échanges aient lieu via des journées d’échanges culturels entre les deux pays. Il faut que des investisseurs russes pensent également venir investir au Cameroun et vice-versa.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150702/1016820745.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le Cameroun résiste jusqu’ici parce qu’il a regardé à temps du bon côté

Thierry Mbepgue

Thierry Mbepgue est un activiste patriote et souverainiste camerounais. Il est président fondateur du Mouvement Africain pour la Libération du Continent (MALCON) et par ailleurs Secrétaire général adjoint du Réseau Mondial des Défenseurs de la Cause Africaine (RMDCA.

Notre entretien portera sur les actualités brûlantes de son pays, à l’heure où le Cameroun fait face à la menace de la secte islamiste de « Boko Haram », ainsi que sur les questions d’actualité du continent africain.

Mikhail Gamandiy-Egorov, Sputnik France: Bonjour Thierry. Nous avons eu l’occasion de nous entretenir en juin de l’année dernière. Depuis, bon nombre de choses se sont passés, aussi bien au niveau du Cameroun, de l’Afrique et plus globalement du monde. La République du Cameroun mène aujourd’hui une lutte sans relâche contre la secte islamiste de « Boko Haram ». Quelles sont les nouvelles actualisées du front?

Thierry Mbepgue: Merci de m’avoir ouvert à nouveau vos colonnes pour cet entretien dans lequel vous me donnez l’occasion de parler du Cameroun, de l’Afrique et même du monde. C’est la preuve que, tout ce que nous faisons intéresse bien plus de personnes dans le monde qu’on ne pouvait l’imaginer. Comme vous l’avez si bien annoncé dans votre introduction, beaucoup de choses se sont passées, tant au niveau national qu’international. Le fait marquant de l’actualité reste la secte islamiste Boko Haram qui, telle une pieuvre a décidé de tendre ses tentacules dans toute la sous-région en perpétrant des actes terroristes au Cameroun, au Nigeria, au Niger et au Tchad. N’étant pas un soldat ou un fonctionnaire du ministère de la Défense du Cameroun, je ne peux que vous dire que les forces armées qui sont engagées sur le front contre la vermine font avec le soutien de la Russie et de plusieurs pays africains du bon travail. 

Sputnik France: A l’heure où les forces armées du Cameroun avancent et mènent des opérations à succès contre les terroristes, nous voyons au même moment une pression sans précédent des pays occidentaux sur le gouvernement camerounais qui insistent sur la « nécessité » d’une intervention occidentale. Une « offre » à laquelle s’oppose le leadership du Cameroun. Ton avis là-dessus et quelles sont selon toi les véritables motivations des élites occidentales?

Thierry Mbepgue : Les élites occidentales dont la France rêvent de prendre le contrôle des ressources naturelles de non seulement tous les pays de l’Afrique centrale, mais également celles de tous les pays du Golf de Guinée. Pour cela il faut s’attaquer au poumon économique de l’Afrique centrale qui est le Cameroun. Bien avant le déclenchement de la crise centrafricaine, j’annonçais déjà au monde entier qu’après toutes mes analyses faites, j’étais sûr et certain que le Cameroun est la cible d’un vaste complot international qui se profilait à l’horizon. En conséquence, nous avons lancé un appel pour dire aux Camerounais de toute obédience politique, religieuse, régionale et ethnique que c’est l’action nationale fondée sur le patriotisme et l’unité de ses populations qui pouvait les sauver.Pour nous, l’armée française avait planifié son affaire: profiter de la crise en Centrafrique pour diviser le Cameroun en deux. En effet, le déploiement des forces françaises de l’opération SANGARIS, en son temps, par le port de Douala et l’installation d’une base militaire provisoire à Ngaoundéré n’était pas un fait du hasard. La France voulait ainsi mettre en marche son même schéma qu’en Côte d’Ivoire ou en Libye. Ceux que vous appelez Boko Haram, aujourd’hui allaient à cette époque profiter de la présence de la France dans cette ville stratégique du Cameroun pour lancer une manifestation au cours de laquelle les manifestants allaient provoquer les forces de l’ordre qui à leur tour devaient réagir. Ainsi les médias hexagonaux allaient être actionnés par l’élite française pour accuser l’armée camerounaise d’avoir tiré sur les populations aux mains nues. Ce schéma s’apparentait déjà à celui de la Côte d’Ivoire dans lequel la France a armé des rebelles du nord pendant dix ans et qui ont finalement eu raison du pouvoir de Laurent Gbagbo.

Comme la force Licorne en Côte d’Ivoire, les forces françaises stationnées à Ngaoundéré, devaient profiter de leur présence pour demander un mandat d’intervention à l’ONU sous le prétexte de protéger les populations civiles menacées de tueries massives perpétrées par « une armée au service du dictateur Paul Biya ».Il faut noter aussi que la même France avait demandé à installer une base militaire dans l’est du pays pour, selon les autorités de l’Elysée « combattre les rebelles de la Seleka qui faisaient des incursions du côté du Cameroun ». Pour nous c’était un autre complot car en réalité, il s’agissait d’une stratégie planifiée pour prendre le contrôle du plus grand gisement de diamant au monde qu’on venait de découvrir dans cette région. Elle voulait ainsi s’installer pour transformer avec la complicité des rebelles de la Seleka cette région en « zone de guerre ». La France aurait eu la possibilité de piller les ressources minières, en toute tranquillité, comme ce fut le cas dans le nord de la Côte d’Ivoire, comme dans le nord du Mali. Vous comprenez donc que le désir ardent d’intervenir au Cameroun fait partie d’un complot savamment conçu par l’Occident pour s’installer au Cameroun où il n’existe aucune base militaire étrangère, chose rare en Afrique francophone. Nous sommes avertis, c’est pourquoi nous ne voulons pas de leur présence sur notre territoire. Donc laissez-moi vous dire que c’est désespérément qu’ils veulent par tous les moyens intervenir au Cameroun, sous le prétexte de lutter contre Boko Haram. Le président Biya sait que le même peuple qui a fait bloc derrière lui dans cette lutte peut se retourner contre lui s’il accepte que la France, qui a des comptes à rendre au peuple camerounais pour le génocide bamiléké et bassa, intervienne sur le territoire camerounais. Certains médias français ont lancé une véritable campagne de dénigrement de notre armée faisant écho d’elle comme étant « une armée désorganisée, faible et pas équipée » malgré leurs victoires reconnues sur le front, tout ceci pour pousser certains Camerounais faibles d’esprit à mettre la pression sur leur président afin qu’il accepte une intervention française. Des Camerounais ont été recrutés pour salir l’image du pays mais c’est peine perdue car le complot a déjà été déjoué. Souvenez-vous que dans notre entretien passé, j’avais dit qu’une Afrique nouvelle pointait à l’horizon. Il s’agit d’une Afrique déterminée à se prendre en charge, il s’agit d’une Afrique qui ne désire plus être traitée comme un enfant ou élève à qui on doit donner des leçons. Le Cameroun est devenu une « Nation » depuis que la secte islamiste Boko Haram a attaqué l’intégrité de son territoire.

Sputnik France: On parle de plus en plus ces temps-ci des liens supposés entre la secte « Boko Haram » et les services secrets occidentaux. Plus encore, il n’y a pas si longtemps des combattants européens qui se battaient aux côtés des terroristes, ont été capturés par l’armée camerounaise. Sans oublier les armes de pointe et les moyens de transport de dernière génération que possèdent les extrémistes et dont on a « un peu » de mal à comprendre la provenance.

Thierry Mbepgue: Je ne suis pas le seul à accuser les Occidentaux d’être derrière ce groupe. Tout récemment le président de la République du Soudan, Omar el-Béchir, dans un entretien avec la presse l’a confirmé. Oui plusieurs terroristes de race blanche ont été capturés selon certains médias, plus d’un millier de combattants de Boko Haram capturés se trouvent dans les prisons du nord. Plusieurs blindés, des chars de combat ont été saisis par notre armée. Officiellement, ils diront que les terroristes ont acheté ou volé ces armes en Libye, peut être que c’est aussi l’une des raisons pour laquelle ils ont attaqué la Libye et tué le guide Kadhafi en son temps. Ils disent aussi que ce sont des armes récupérées dans des casernes militaires nigérianes après la fuite de leurs soldats, mais la question est la suivante: qui forment ces fous furieux au maniement de ces armes?Sputnik France: Quelles seraient les forces dont l’assistance selon toi aurait un impact positif dans la lutte contre le terrorisme, aussi bien pour le Cameroun que toute la région, voire tout le continent?

Thierry Mbepgue: Le Cameroun résiste jusqu’ici parce qu’il a regardé à temps du bon côté. Être du côté de la Russie, de la Chine aujourd’hui est un parapluie qui vous couvre de la pluie d’hypocrisie et de mauvaise foi de certains pays occidentaux. Le bilan de la jeune coopération militaire avec la Russie et la Chine est très positif comparativement avec la France et certains pays occidentaux depuis les années cinquante. Donc sachez que si la Russie et la Chine assistent la coalition militaire qui a été mise en place par les pays d’Afrique centrale et l’Union africaine, la secte Boko Haram ne sera plus qu’un triste souvenir dans un délai très bref.

Sputnik France: Comment entrevois-tu, surtout au vu des événements récents, l’avenir du Cameroun et plus globalement de l’Afrique centrale? Et en tant que panafricaniste, partages-tu l’avis d’un autre panafricaniste avec lequel on s’est entretenu récemment, en l’occurrence Luc Michel, qui considère que le néocolonialisme US se prépare à remplacer celui des anciennes métropoles coloniales, dont bien évidemment la France? Quel impact cela aurait-il pour les pays africains?

Thierry Mbepgue: Certes, le réveil du Cameroun a mis du temps mais il n’est jamais trop tard pour se ressaisir. Les Camerounais ont très vite compris que s’était à eux de décider de leur destin et non pas à l’élite occidentale. La diversification de partenariat économique a mis le Cameroun à l’abri d’une certaine hégémonie historique dont il faisait face. Luc Michel, que je salue en passant est un homme avisé et averti que je respecte beaucoup pour ses analyses approfondies de la situation politique dans le monde. Ce qu’il dit des USA est juste. Mais aussi nous devons savoir que nous ne sommes plus à l’époque où une puissance fut elle la première du monde, pourrait soumettre aussi facilement des peuples à son diktat. Dans le cas du Cameroun et à l’heure où nous avons lancé sérieusement la diversification de nos relations extérieures, j’ai la foi que les USA ne pourront pas atteindre leurs objectifs néocolonialistes aussi facilement qu’ils le souhaiteraient. Surtout au moment où le Cameroun a le soutien de plusieurs grandes puissances, dont la Chine et la Russie.

Sputnik France: Tu as lancé récemment un projet de rassemblement des mouvements panafricanistes avec pour base la mise sur pied d’un état-major destiné à lutter en coordination pour la libération du continent africain: le projet UNIRTA. Raconte-nous ses objectifs et les résultats escomptés.

Thierry Mbepgue: Le « Projet UNIRTA » est un projet de rassemblement des mouvements panafricains, des partis politiques aux idéaux panafricanistes et des activistes panafricanistes. Plusieurs objectifs sont visés, parmi lesquels la mise sur pied d’une organisation de la résistance africaine dirigée par un bureau élu pour un mandat dont la durée sera définie par les textes fondateurs qui seront rédigés. La mise sur pied d’un mécanisme d’alerte générale, rendre facile et rapide l’échange d’informations entre les différents membres de la plate forme qui sera créée, rassembler les Africains au sein d’une organisation capable d’engager de façon instantanée des mouvements de soutien ou de protestation à travers tout le continent et même le monde. Puis créer une force populaire capable d’influencer les décisions non réglementaires prises par certains dirigeants africains, combattre ensemble et en masse les dictateurs et leurs parrains et alliés en Afrique, soutenir les dirigeants panafricanistes persécutés par les impérialistes, proposer des solutions en cas de crise sur le continent africain, œuvrer pour la paix en Afrique. Nous avons commencé à mobiliser les Africains pour sa mise en œuvre. Un tel projet nécessite un potentiel énorme en ressources humaines, moyens financiers et matériels, le soutien des dirigeants africains, de l’Union africaine, des organisations sous régionales ou même de toute personne désireuse de le voir être réalisé est souhaité. Je profite donc de cet entretien pour lancer un appel à tous ces Africains qui rêvent de voir l’Afrique sortir la tête de l’eau, aux amis de l’Afrique et je suis disposé à répondre à l’invitation de tous ceux qui désireraient avoir plus d’informations sur ce projet.

Sputnik France: Que peuvent faire les dirigeants africains, l’Union africaine, ainsi que les pays des BRICS pour soutenir votre projet?

Thierry Mbepgue: Les dirigeants de l’Afrique digne doivent soutenir ce projet en facilitant les déplacements dans leurs pays respectifs, en mettant à notre disposition les informations susceptibles de nous aider à atteindre nos objectifs et en nous aidant financièrement. Etant conscient qu’un tel projet soulèvera l’indignation des ennemis de l’Afrique, il revient à nos dirigeants d’assurer la sécurité de tous ces Africains qui s’engageront dans la lutte pour la libération de leur continent. L’Union africaine doit savoir dorénavant à travers ce projet quels sont les aspirations réelles de la majorité des peuples africains. Nous attendons d’elle de mettre à notre disposition les moyens financiers, matériels et morals nécessaires pour sa réalisation. L’Union africaine doit nous ouvrir sa tribune et ses médias pour expliquer aux Africains le bien fondé d’un tel projet. La Russie et la Chine sont rentrées en Afrique par la grande porte, il faut qu’elles acceptent d’y rester en œuvrant pour son développement comme elles le font déjà si bien. Ce sont des pays amis.

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Mikhail Gamandiy-Egorov