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Afrique: faut-il en finir avec le franc CFA?

Billet de 500 francs CFA

René Kimbassa est un journaliste et blogueur panafricain, originaire de la République du Congo. Il est connu pour ses nombreuses interventions en faveur de l’émancipation du continent africain face à l’Occident, ainsi que pour la défense de la souveraineté des Etats africains.

Sputnik: Juste après le référendum grec à l’issue duquel la majorité des citoyens de ce pays ont exprimé leur désaccord face aux propositions de la Commission européenne, la BCE et le FMI sur la dette, ce qui était incontestablement un coup sérieux pour les élites bruxelloises, vous aviez fait un article faisant le parallèle entre ce référendum en Grèce et la situation en Afrique avec le franc CFA, monnaie de plusieurs pays africains imprimée en France jusqu’à aujourd’hui. Vous vous êtes d’ailleurs posé la question de savoir si « le courage du peuple grec devrait pousser les peuples africains à en faire autant »? Expliquez-nous votre position.

René Kimbassa: Le référendum grec contre les propositions de la Commission européenne, la BCE et le FMI sur la dette est un signal pour les peuples d’Afrique.La seule variable d’ajustement des institutions financières internationales c’est la rigueur sinon rien, leur réponse à toutes les questions, un refrain qui a été repris en chœur dans le cas de la crise grecque en méprisant le peuple souverain. Les dirigeants semblent avoir oublié l’étymologie du mot démocratie composé du grec « demos », le peuple « qui habite la cité » et du grec « kratos », celui qui est fort, puissant, au sens de celui qui est « capable de gouverner ». Autrement dit c’est le peuple qui gouverne.La monnaie est un des piliers de la souveraineté d’une nation mais dans le cas grec nous observons que les représentants du peuple n’ont pas de décision souveraine, c’est pire quand il s’agit de la situation des pays africains de la zone franc CFA, fabriqué non pas en Afrique mais en France. Ce qui signifie que par exemple toute dévaluation est décidée par le gouvernement français. Cela pose un grave problème de souveraineté. Le parallèle avec la Grèce c’est que l’Afrique doit revenir à la base, à savoir la démocratie, autrement dit au peuple.

Sputnik: Le franc CFA est-il un instrument néocolonial? Si oui, en quoi?

René Kimbassa: Les Africains de la zone franc CFA utilisent une monnaie qui appartient à la France, dans ce cas nous sommes dans un système de domination, donc néocolonial. Le système CFA permet le verrouillage économique d’un pays africain par la France. Prenons l’exemple des comptes d’opération qui font que les liquidités des pays africains francophones se trouvent dans la trésorerie française. N’importe quel dirigeant africain de la zone franc ne peut pas développer son pays sans la volonté de la France. C’est une atteinte à l’indépendance. Dans un tel système, si je veux, par exemple, vous acheter un produit, vous devez donner l’argent à la France qui elle imprimera des CFA pour m’en donner une partie. Cela s’appelle comment? Je ne trouve pas d’autre mot que colonisation.

Sputnik: Pensez-vous qu’on puisse effectivement voir à terme des référendums sur l’annulation du franc CFA dans les pays africains concernés? L’Elysée ne risque-t-elle pas de faire tout son possible pour empêcher le déroulement de tels référendums? Surtout lorsqu’on se souvient des cas de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et de Mouammar Kadhafi en Libye.

René Kimbassa: Regardez bien la situation du monde, les peuples ouvrent les yeux un à un, la question de souveraineté est au cœur des aspirations, ce qui fait peur à la prédation internationale qui bien sur fera tout pour empêcher l’éveil des consciences, ça a déjà commencé! C’est pour cela que dans cette action d’émancipation l’Afrique aura besoin de partenaires, car c’est vrai, la sortie de la zone CFA entrainera une réaction violente de l’Occident. La Russie peut jouer un rôle stratégique dans le soutien à l’Afrique dans son indépendance véritable. Membre du Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie a un droit de véto face aux éventuelles résolutions farfelues de l’Occident. Il faut en outre signer des accords militaires avec la Russie pour faire face aux déstabilisations des élites occidentales, dont les contours sont connus aujourd’hui, la situation de la Syrie nous l’enseigne. Trouver les moyens logistiques car sortir du CFA, c’est battre sa propre monnaie. Pour cela, il convient de mettre en relation nos différents économistes pour identifier les solutions solides et durables. Le partenariat devra être plus large grâce aux BRICS par exemple, en effet l’histoire récente de la Cote d’Ivoire a montré que l’Occident pratique la politique d’embargo, souvenez-vous que pour punir le peuple de Côte d’Ivoire resté fidèle au président Gbagbo, l’Union européenne avait décrété un embargo sur les médicaments. Pour se protéger, il convient pour l’Afrique de diversifier ses partenaires dans le sens d’un monde multipolaire.

Sputnik: N’avez-vous pas l’impression que les élites occidentales n’apprécient aucunement les référendums en tant qu’expression de la volonté populaire? Crimée, Donbass, Grèce… Partout où cela va à l’encontre de leurs intérêts, on observe des critiques et oppositions virulentes de leur parts, juste à des degrés différents selon les cas?

René Kimbassa: Le système occidental est-il démocratique dans le sens grec du terme? La réponse est non. Pour exemple, en France, quand le peuple vote NON à l’UE, les élus font le contraire, il n’y a pas de démocratie, donc les élites occidentales ne peuvent pas aimer les référendums qui sont l’expression du peuple. Cette élite attachée à la finance internationale n’aime que les chiffres des profits.

Sputnik: Selon vos observations, les citoyens africains dont les pays ont toujours le franc CFA, sont-ils en majorité opposés ou favorables à cette monnaie?

René Kimbassa: Mettons en place un référendum pour le savoir!

Mon point de vue est que comme il y a trop d’atteinte à la souveraineté des pays africains, il convient de revenir à la base de la démocratie et donc de faire appel au peuple africain par le biais d’un référendum au sujet de la sortie du franc CFA. Cela permettra aux dirigeants de s’appuyer sur la volonté du peuple. Nous avons aujourd’hui besoin d’un peuple en phase avec son leader et un leader en accord avec son peuple.

J’appelle la société civile à se saisir de cette question du référendum sur la sortie du franc CFA dès maintenant, et organiser des causeries d’information et de mobilisation dans les villages et quartiers. Faire signer des pétitions et lancer le processus par la base.

Sputnik: Si les Etats africains sortent, à un moment ou un autre, du système du franc CFA, quel effet cela aurait-il sur les intérêts des élites financières à qui profite ce système?

René Kimbassa: En tant que citoyen, c’est l’intérêt du peuple qui m’intéresse sous la conduite d’une élite attachée au peuple, pour le peuple avec le peuple!

Voilà en gros ce que je peux dire sur un éventuel référendum sur la sortie du CFA. Revenir à la base, la démocratie, avec un partenariat dans l’esprit d’un monde multipolaire.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150715/1017036382.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Au Congo, toujours pas d’accord de paix entre le gouvernement et le M23

Au Congo, toujours pas d’accord de paix entre le gouvernement et le M23

Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) n’ont toujours pas signé d’accord de paix après la récente débâcle des rebelles face à l’armée congolaise.

L’accord qui devait être signé à Kampala (capitale de l’Ouganda) le 11 novembre dernier est finalement reporté sine die. L’une des raisons évoquées de l’échec de la signature serait d’ordre « terminologique ». En effet, le mot « accord » aurait été complètement refusé par les représentants du gouvernement de Kinshasa.

Pour le gouvernement de la RDC, il s’agit bel et bien de signer un document entre « un vainqueur et un vaincu » : Kinshasa et les rebelles respectivement. Les envoyés spéciaux de la communauté internationale présents à Kampala ont pour leur part regretté que les deux parties n’aient pas conclu d’accord qui devrait officialiser l’arrêt des hostilités.

Martin Kobler, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC, a affirmé de son côté : « Comment appeler le document sur la table ? Déclaration, conclusion ou accord ? La différence était à ce niveau et non au niveau de la substance. Je crois que l’accord, ou le papier ou encore le document était conçu pour finir une guerre. Maintenant que la guerre a pris fin, il faut trouver une solution pour réintégrer les combattants du M23 ».

La question est d’autant plus importante que l’option de reprise des affrontements reste malgré tout toujours d’actualité. Après un an et demi de violences, principalement dans la riche province minière du Nord-Kivu, et depuis leur mise en déroute par l’armée congolaise, bon nombre de combattants du M23 se sont réfugiés dans les pays voisins, en Ouganda et au Rwanda principalement. D’autre part, un certain nombre d’autres groupes armés restent toujours sur le territoire congolais et continuent de terroriser les populations locales.

La RDC, second plus grand pays d’Afrique et extrêmement riche en ressources minières, est en proie depuis des décennies à des conflits violents qui l’empêchent d’aller véritablement de l’avant, des conflits dus notamment aux appétits des pays voisins. Le problème avec le M23 est qu’à la base, c’est un groupe armé créé suite à la guerre du Kivu, composé d’ex-rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Suite à cette guerre du Kivu, s’en est suivi un accord de paix signé le 23 mars 2009 avec le gouvernement de Kinshasa. Considérant que le gouvernement congolais n’avait pas respecté ledit accord, les « nouveaux » rebelles ont alors créé le fameux « Mouvement du 23 mars » en allusion à l’accord signé précédemment.

Qu’en sera-t-il demain ? Même si le gouvernement congolais et le M23 parviennent à signer l’accord de paix tant espéré, quelle serait la garantie que cet accord serait véritablement durable ? A vrai dire : aucune. Car tant que le pays ne parviendra pas à contrôler entièrement son grand territoire et à bâtir une politique d’union nationale, comme l’a toujours souhaité son grand héros Patrice Emery Lumumba, le pays sera toujours exposé aux risques de nouvelles guerres et à des situations d’instabilité. Tout le problème est là.

Reste seulement à souhaiter que la République démocratique du Congo réussira à moyen ou à long terme à régler les problèmes auxquels elle fait face et que le rêve tant espéré de son héros national Patrice Lumumba sera enfin réalisé. A la jeunesse congolaise d’en avoir pleinement conscience, de prendre les choses en mains, et d’assurer à leur pays l’avenir qu’il mérite. A savoir un avenir prospère, proportionnel aux ressources du pays et que la RDC puisse s’assurer une paix durable.

http://french.ruvr.ru/2013_11_22/Au-Congo-toujours-pas-d-accord-de-paix-entre-le-gouvernement-et-le-M23-0938/

Mikhail Gamandiy-Egorov