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Une puissance « régionale » redevenue superpuissance

La campagne antiterroriste russe en Syrie ont relancé sujet de la puissance militaire russe.

Qu’est-ce qui différencie une puissance régionale d’une puissance réellement globale? La différence principale est dans l’influence qu’elle renvoie. Une puissance dite régionale se caractérise donc par une influence limitée à sa région ou zone frontalière. Une puissance mondiale, globale ou superpuissance n’est pas limitée à une quelconque région.

La Russie en tant qu’héritière de la superpuissance qu’était l’URSS, a été reléguée (à tort ou à raison) durant la période ayant suivi l’éclatement de l’Union soviétique au rôle de puissance régionale, voire « d’ex-superpuissance devenue puissance pauvre » (termes employés dans mon collège et lycée français de l’époque). Il faut avouer que malgré certains aspects qui continuaient de caractériser la Russie comme une puissance globale, y compris durant la très difficile période de transition (l’une des principales puissances militaires, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU,…), elle était effectivement bien loin de son potentiel véritable.

La Russie n’a commencé donc à retrouver ses véritables valeurs qu’à partir des années 2000. Tout ne s’est pas fait du jour au lendemain, le processus a pris du temps et se poursuit en ce moment encore, néanmoins tous les grands médias du monde, y compris du mainstream, finissent un par un par redonner à la Russie son statut de superpuissance. Du New-York Times au Guardian, en passant par le Washington Post ou Der Spiegel.

Ce n’est de loin pas avec enthousiasme que les dits médias et certains autres avouent cette réalité. La note de russophobie y est toujours ambiante et le président russe critiqué, mais la grande différence des années sombres et celles d’aujourd’hui, c’est qu’on est passé de la moquerie pure et simple de tout ce qui caractérisait la Russie au respect avec mépris, voire au respect avec haine. L’arrogance typique est toujours là au sein des élites occidentales mais cette même arrogance ne permet plus de dépasser certaines lignes. Et c’est tant mieux.

Qu’est ce qui a donc tellement changé entre cette Russie post-soviétique des années 1990 et celle actuelle? Avant tout le niveau de vie. Car les Russes ont beau être fiers de la politique extérieure de leur pays et de la puissance géopolitique retrouvée, sans une assiette pleine dans leur foyer, difficile de penser à l’extérieur. Et malgré tous les problèmes économiques que l’Occident annonçait d’un ton menaçant à la Russie, cette dernière a tenu bon et continue. Plus encore, la riposte russe aux sanctions décrétées unilatéralement par l’Occident a eu le résultat inverse de celui espéré par ses instigateurs: les citoyens russes se sont encore plus solidarisés avec leur gouvernement, président en tête, et au final l’Europe dans sa version bruxelloise ayant bêtement suivi les ordres de Washington a subi des pertes fort importantes en ce qui concerne ses intérêts économiques et commerciaux en Russie.
La Russie, au contraire, a lancé une large diversification de ses relations (on regrettera juste que cela n’a pas été fait encore plus tôt), ce qui est également une caractéristique évidente d’une puissance mondiale: ne pas limiter ses relations aux voisins. L’intégration eurasiatique avec plusieurs anciens pays issus de l’URSS et d’autres est certes l’une des grandes priorités de la Russie actuelle: l’Union économique eurasiatique (Russie, Kazakhstan, Biélorussie, Arménie, Kirghizistan et d’autres à venir) en est la preuve. Mais cela ne s’arrête pas là. La Russie renforce son interaction avec l’alliance BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La Russie a plusieurs alliés importants en Amérique latine. L’Afrique ne fait pas exception: les pays ayant été les alliés de l’URSS durant la période de la décolonisation et de la guerre froide se préparent à un renforcement des relations. Plus encore, les pays n’ayant pas été du côté soviétique à cette époque, notamment certains pays d’Afrique francophone, regardent de plus en plus vers Moscou. Et bien sûr l’Asie, où en plus des pays déjà cités, des relations intenses se développent avec tout un nombre de pays, y compris plusieurs puissances régionales: Iran, Vietnam, Indonésie,…
La campagne antiterroriste russe en Syrie et les résultats positifs acquis par les forces de l’aviation militaire russe en coordination avec les forces de l’Armée arabe syrienne ont relancé un autre sujet lié au thème d’aujourd’hui, celui de la puissance militaire russe. Bien que la Russie, y compris après l’éclatement de l’URSS, était toujours considérée comme l’une des plus grandes puissances armées, ne serait-ce que grâce à son arsenal nucléaire, néanmoins les moqueries occidentales sur le manque de modernisation au sein de l’armée russe ne manquaient pas. Les succès très récents de l’aviation russe en Syrie et les lancements des missiles de croisière depuis la mer Caspienne ayant fait environ 1500 kilomètres de voyage pour éliminer toutes les cibles terroristes requises ont tout à coup rapidement fait chavirer les moqueurs habituels, aux USA comme ailleurs. Le média new-yorkais Business Insider a même consacré un article à ce sujet, affirmant que « l’armement russe est plus en avance que beaucoup ne le pensaient » et en ajoutant que les missiles de croisière russes sont capables de traverser 900 miles (1448, 41 kilomètres) de plus que leurs équivalents étasuniens. Vraisemblablement, il y a donc pas mal de choses que certains « partenaires » ignorent sur nous. Et c’est certainement ce qui caractérise aussi une superpuissance, pour reprendre le terme même de nos collègues du mainstream.

Bienvenue une fois encore donc à l’ère multipolaire où les peuples du monde auront de nouveau le libre choix de leurs alliés et partenaires. Toujours mieux d’avoir le choix et encore mieux lorsque l’option est d’autant plus multiple.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151020/1018966715.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

P.S. Petite dédicace à certaines connaissances du collège et lycée français au Maroc, s’étant moqués à une époque de la Russie. Une époque pas si lointaine en terme d’années, mais tellement lointaine en terme de réalité.

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Le système de domination unipolaire touche-t-il à sa fin?

Légion

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a été fort explicite en annonçant tout récemment que la domination politique et économique de l’Occident sur le monde touche à sa fin.

Cette annonce a été faite lors du forum international Terra Scientia, sur les rives de la rivière russe Kliazma, le tout devant un grand nombre de jeunes participants. « Aujourd’hui, le centre d’intérêts de la politique extérieure, comme le centre d’intérêts de chacun de vous, est directement lié à la lutte des idées. Cette lutte consiste notamment à choisir ou à imposer son choix sur les modèles de développement et des valeurs. Nous observons la fin d’une très longue époque, celle de la domination économique, financière et politique de l’Occident historique », a déclaré le ministre Lavrov.

Analysons ces dires. Globalement et c’est le principal à noter dans cette déclaration, c’est qu’elle confirme une fois de plus l’avènement de l’ère multipolaire, tant attendue. Après l’éclatement de l’URSS et la fin de la guerre froide, les élites occidentales, principalement étasuniennes, s’étaient autoproclamées gendarmes du monde. Cette domination, une bonne part de l’humanité l’a ressenti et ce à différents endroits de la terre: Balkans, Moyen-Orient, Afrique, Amérique latine. A un moment il fallait bien dire stop. Le chaos créé en Libye suite à l’intervention de l’OTAN en alliance avec les salafistes locaux, a été l’une des gouttes de trop et il a bien fallu que certains pays prennent leurs responsabilités.

Depuis, la Russie et la Chine, soutenues par leurs alliés, ont décidé de bloquer à tout prix les tentatives occidentales, ne serait-ce qu’au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Une partie de l’humanité a commencé alors à mieux respirer. D’autre part et il est également important de le noter dans la déclaration de Sergueï Lavrov, c’est lorsqu’il parle de « la fin d’une très longue époque ». Il fait évidemment ici référence non pas seulement à toute cette époque assez récente qui a suivi la fin de l’URSS, mais bien toute celle datant de plusieurs siècles.

Mais tout change et continuera à changer. D’autant plus, et il faut le rappeler aussi, nous ne sommes non seulement plus à une époque unipolaire, révolue et ayant montré toute sa dangerosité pour l’avenir de l’humanité, mais nous ne sommes pas non plus dans une optique bipolaire, comme durant la période ayant suivi la fin de la Seconde guerre mondiale, avec deux superpuissances. Aujourd’hui, la multipolarité confirme la présence de plusieurs blocs, des blocs représentants des pays concrets ou des groupes de pays. On retrouve bien évidemment la Russie et la Chine, deux grandes puissances mondiales et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU opposés à la nostalgie unipolaire du bloc occidental. Mais aux côtés de l’ours russe et du dragon chinois, on retrouve aussi de grandes puissances régionales, telles que l’Inde, l’Iran, le Brésil et d’autres.

Ou encore le bloc uni et à part entière de la majorité des nations latino-américaines ayant réussi à former ensemble une alliance fermement opposée au néocolonialisme US. On ne peut se permettre de ne pas mentionner aussi d’autres grandes alliances multipolaires comme les BRICS, l’OCS ou encore l’Union eurasiatique, qui portent en eux un grand espoir pour une partie du monde. Ajoutés encore à cela plusieurs pays africains et asiatiques, et on arrive tout simplement à une forte majorité de l’humanité. Sans oublier de prendre en compte le fait que nombre de citoyens de pays occidentaux sont également des partisans assumés du monde multipolaire.

Mais il ne faut pas oublier pour autant que les partisans de l’unipolarité, bien qu’étant clairement minoritaires, feront en sorte de ne pas reconnaitre la nouvelle réalité à l’immédiat. Au contraire, il faudra encore du temps pour que les élites occidentales acceptent, d’une manière ou d’une autre, l’avènement du nouveau monde. Jusque-là, ils continueront à tenter de rassasier cet appétit hégémonique, et c’est ce qui a également été souligné par Sergueï Lavrov: « L’Occident tente de maintenir sa domination de manière artificielle en faisant pression sur les autres pays, au moyen de sanctions et de forces militaires, de violations du droit international et de la Charte des Nations unies, contribuant ainsi au chaos dans les relations internationales ».

Un chaos auquel on devra certainement faire face encore un certain temps et que l’on observe en ce moment même à différents endroits de notre planète. Mais du moment que la majorité de l’humanité soutiendra aussi activement que possible cette ère nouvelle, la multipolarité finira bien à anéantir une bonne fois pour toute l’unipolarité n’ayant plus aucune place dans nos vies à tous.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150826/1017793880.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Résolution sur la Syrie à l’ONU : nouvelle victoire diplomatique de la Russie

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 Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité une résolution sur les armes chimiques syriennes. Point important : le document exclue l’utilisation automatique de la force à l’encontre de la Syrie en cas de violations des clauses de la résolution par l’une des parties du conflit syrien.

             

 Il a fallu plusieurs semaines de pourparlers et de négociations intenses avant que le texte final de ladite résolution soit finalisé. Précédemment, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France insistaient sur la « nécessité d’inclure un article contraignant » et en conférant aux autorités syriennes « la responsabilité pour une possible utilisation d’armes chimiques »… Y compris en cas d’utilisation des dites armes par les forces « rebelles ». Une résolution jugée évidemment inacceptable par la diplomatie russe.

 La résolution 2118 adoptée vendredi dernier affirme quant à elle la possibilité pour le Conseil de sécurité de prononcer des actions si Damas ne respecte pas ses engagements. Cependant, et cela est dit clairement, il ne peut s’agir de sanctions automatiques : en cas de violation du plan de désarmement (par l’une des parties du conflit), une seconde résolution sera nécessaire « sous le chapitre VII de la charte de l’ONU », qui pourra éventuellement autoriser un recours à la force. D’autre part, la résolution impose une responsabilité égale sur le gouvernement et l’opposition. Une première compte tenu du fait que c’est la première fois que les pays occidentaux acceptent d’avoir une approche cohérente dans le conflit syrien par rapports à ses belligérants.

 Comme l’a également bien souligné le ministre russe des Affaires étrangères : « La résolution souligne l’inadmissibilité que les armes chimiques tombent aux mains d’acteurs non étatiques, représentés par les forces de l’opposition. Par ailleurs, tous les pays membres de l’ONU et en premier lieu les voisins de la Syrie, se doivent de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer que leur territoire ne soit pas utilisé pour fournir à l’opposition syrienne des armes chimiques et leurs composantes ». Un message clair à certains pays de la région dont on connait le rôle plus que néfaste dans la tragédie syrienne.

 Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a quant à lui indiqué que « L’adoption de la résolution sur la Syrie, c’est la première nouvelle depuis longtemps, qui donne de l’espoir pour la résolution de la crise. C’est une étape historique ». Bachar al-Jaafari, représentant permanent de la Syrie auprès des Nations unies, a souligné de son côté que « tous les pays jouant un rôle dans le conflit syrien doivent respecter la résolution, au même titre que la Syrie, notamment en stoppant le soutien aux groupes terroristes. Les gouvernements de la Turquie, d’Arabie saoudite, du Qatar, de la France, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne en portent tous la responsabilité ».

 La victoire diplomatique de la Russie est indéniable. Les médias ainsi que les spécialistes politiques de par le monde s’accordent à reconnaitre le succès de la Russie. Le journal français Le Monde consacre un article consacré à la résolution adoptée à l’ONU avec pour titre : « Syrie : la résolution de l’ONU consacre le succès de Moscou ». Il faut avouer que les auteurs de l’article ne sont pas fous d’enthousiasme à avoir à reconnaitre ce succès, néanmoins, le fait de l’avouer est déjà un sacré pas. D’un ton beaucoup plus optimiste et amical, le directeur du Centre d’études sur le Moyen-Orient de Beyrouth, le général Hisham Jaber note de son côté dans un entretien à La Voix de la Russie que « nous sommes devenus témoins d’une guerre diplomatique féroce. Ce qui vient de se produire – l’accord russo-américain et ensuite l’adoption de cette résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est une victoire indéniable de Moscou. Tout cela montre des chances réelles d’un règlement pacifique du conflit syrien ». Il souligne également que la Russie a confirmé par ce biais sa présence au Moyen-Orient et a réussi à renforcer ses positions dans la région.

 Nous avons évité le pire. A savoir une intervention armée contre un pays souverain et dans la pure violation du droit international. D’autre part, la résolution 2118 a réaffirmé la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie. Principes que beaucoup espéraient (et espèrent encore) voir être violés. Il n’en sera rien. Autre point important à souligner : une solidarité des pays des BRICS et d’un grand nombre d’autres pays sur l’approche russe dans le conflit syrien. Cette situation a aussi mis en avant toutes les contradictions et les actions totalement illogiques de la politique occidentale dans le dossier syrien, surtout lorsqu’on connait les précédents irakien, afghan, libyen, malien,… La Russie a donc une nouvelle fois réaffirmé la place qui est la sienne dans la politique internationale. Les victoires diplomatiques indiscutables, acquises avec brio, ne doivent pas pour autant nous faire oublier la tragédie de la Syrie en général et du peuple syrien en particulier. Elles doivent au contraire nous pousser à continuer de travailler sur la résolution rapide de ce conflit, et de rester sur nos gardes compte tenu du fait que certains va-t-en-guerre (ils se reconnaitront) ne se sont toujours pas calmés… Le temps nous montrera qui aura raison.

http://french.ruvr.ru/2013_09_30/Resolution-sur-la-Syrie-a-l-ONU-nouvelle-victoire-diplomatique-de-la-Russie-1650/

Mikhail Gamandiy-Egorov