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Novorossia, Syrie, Mistral, coopération Afrique-Russie : entretien avec Igor Korotchenko (Partie 1)

Novorossia, Syrie, Mistral, coopération Afrique-Russie : entretien avec Igor Korotchenko (Partie 1)

Igor Korotchenko est un expert militaire, rédacteur en chef du magazine mensuel russeNacional’naya oborona (Défense nationale), directeur du Centre d’analyse du commerce mondial de l’armement et membre du Conseil public du ministère de la Défense de la Fédération de Russie.

Mikhail Gamandiy-Egorov, La Voix de la Russie : M. Korotchenko, bonjour ! Ma première question concernera Novorossia, étant probablement le thème le plus discuté en ce moment en Russie. On observe aujourd’hui un cessez-le-feu fragile entre les forces de Novorossia et les forces ukrainiennes. Un cessez-le-feu constamment violé puisque Donetsk et d’autres localités continuent d’être bombardées par l’artillerie lourde ukrainienne. Selon vous, quelles sont les perspectives dans un avenir proche ? Reprise des combats d’envergure, ou le cessez-le-feu très fragile que nous voyons aujourd’hui sera encore d’actualité ?

Igor Korotchenko : Il y a beaucoup de risques que le cessez-le-feu actuel laissera la place à une nouvelle guerre. L’Ukraine poursuit ses provocations. Les villes du Donbass continuent d’être bombardées par les militaires ukrainiens. Sans oublier que plusieurs bataillons sous les ordres de Kiev ne respectent tout simplement pas ledit cessez-le-feu. Dans ces conditions et de façon objective, le risque d’une nouvelle guerre est très important. D’autant plus qu’après les élections de la Rada ukrainienne, lorsque beaucoup de postes seront occupés par des chefs de guerre locaux ayant participé aux combats dans le Donbass, il y aura globalement une radicalisation encore plus importante des positions de Kiev. Par ailleurs, une forte pression pourrait être exercée sur Porochenko afin que d’une manière ou d’une autre, la partie ukrainienne reprenne les combats.

LVdlR : Si cela devait arriver, comme voyez-vous la suite des événements tout en sachant qu’il est très difficile de faire des prévisions. Néanmoins, quelles seront selon vous les mesures prises par les forces armées de Novorossia ? Et que devra faire la Russie à son niveau ?

Igor Korotchenko : Politiquement, la Russie va soutenir les résistants. C’est évident, nous ne pourrons pas fermer les yeux sur les atrocités et les massacres commis à l’encontre de la population de Novorossia, de nos compatriotes russes. Plus globalement, je dirais que l’Ukraine en tant qu’Etat unitaire vit ses derniers jours. Aujourd’hui déjà, c’est un pays complètement divisé. La voie optimale serait la création du projet global de Novorossia afin qu’elle soit rejointe par toutes les régions du Sud-Est, où les sentiments pro-russes sont très importants. Une Novorossia d’Odessa jusqu’au Donbass. Un couloir de sortie serait formé vers la République moldave du Dniestr. L’Ukraine de Kiev perdrait alors l’accès à la mer et les régions les plus développées du point de vue économique et industriel. Cela rappellerait d’une certaine manière la situation de deux Allemagnes. Ici, on aurait affaire à deux Ukraines, de l’Ouest et de l’Est. Cela répondrait d’une manière optimale à l’équilibre des forces que nous observons actuellement. C’est une réalité géopolitique objective. Je répèterai encore, il n’y a aujourd’hui plus d’Ukraine unie et unitaire, elle vit ses derniers jours. Et il n’y en aura jamais plus.

LVdlR : Et Novorossia dans ce format plus large, ce sera à moyen ou à long terme ?

Igor Korotchenko : Difficile de parler en termes de délais dans cette situation. Nous devons déjà attendre et voir ce qui va se passer en Ukraine, en particulier cet hiver. Une crise majeure se profile. Et quelle sera la sortie à cette crise ? L’une des solutions serait la création d’une grande Novorossia. D’autres options sont également possibles. On attendra et puis on verra le déroulement des choses, d’autant plus qu’il ne reste pas longtemps à attendre.

LVdlR : J’aimerais maintenant passer au thème de la Syrie. De nouveau, elle inquiète beaucoup d’observateurs. La dite coalition aux ordres des USA bombarde aujourd’hui une partie du territoire syrien, le tout sans l’accord du gouvernement légitime de la Syrie et sans l’aval de l’ONU. De fait, cette coalition bombarde ses anciens alliés. Mais le principal étant qu’il existe un risque sérieux que cette dite coalition commence à bombarder les positions de l’Armée arabe syrienne. Selon vous, ce risque est-il effectivement important ? Un tel scénario est-il réaliste ?

Igor Korotchenko : Oui, tout à fait. En commençant par les bombardements du dit Etat islamique, il est possible de passer très rapidement aux bombardements de Damas. Les USA n’ont toujours pas écarté leur objectif de renverser Bachar al-Assad. En ce qui concerne l’activation récente de l’EI, cela est la conséquence directe de l’échec des calculs de la politique extérieure étasunienne. Les USA ont armé ces terroristes, les avaient entrainé, leur fournissaient d’importants moyens financiers et comptaient sur eux pour renverser le leader syrien. Mais ledit Etat islamique, voyant la lutte acharnée des forces gouvernementales syriennes, a opté pour une autre tactique. Ses troupes sont passées de la Syrie à l’Irak en attaquant et en forçant à reculer les forces gouvernementales de Bagdad. Et aujourd’hui en bombardant leur ancien allié, les USA essaient de forcer leur djinn à revenir dans leur bouteille alors que ce sont ces mêmes USA qui les en ont fait sortir. Il y a bien peu de chances qu’ils y arrivent. En ce qui concerne le fait que ladite opération se déroule sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, cela est bien évidemment très négatif. Surtout que le gouvernement syrien devait en premier lieu donner son autorisation pour que soient supprimés les foyers des intégristes islamistes sur son territoire. Sur le territoire de la République arabe syrienne. Puis devait s’en suivre la décision du Conseil de sécurité de l’ONU avec un mandat clair et des objectifs prédéfinis, afin que les USA ne puissent pas interpréter comme bon leur semble le mandat et agir comme ils ont en l’habitude, en gendarme du monde.

LVdlR : Si un tel scénario chaotique devait arriver, quelles devraient être les actions des pays et mouvements qui étaient dès le départ contre un tel scénario, à savoir la Russie, la Chine, l’Iran et le mouvement libanais Hezbollah ?

Igor Konotchenko : En ce qui nous concerne, nous allons agir sur le plan politique. C’est ce que nous faisons déjà en rappelant à chaque fois qu’aucune action ne peut être entreprise sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. La même position est adoptée par la Chine. Donc politiquement, nous agissons déjà à l’heure actuelle. En ce qui concerne l’Iran et les actions qu’il pourrait entreprendre, je pense que l’Iran contribuera directement et élargira son aide sur le plan militaro-technique en faveur de Damas, dans le cas d’un tel scénario. Et ce sera selon moi une décision souveraine et tout à fait juste de la part de Téhéran. L’Iran a ses intérêts nationaux. Un renversement éventuel du président Bachar al-Assad constituerait un coup pour les positions de l’Iran dans la région. Et effectivement l’Iran a la possibilité de coordonner ses actions avec les mouvements concernés, afin de faire reconfigurer par la suite la situation au détriment des USA et de leurs alliés.

Suite dans la seconde partie de l’entretien

http://french.ruvr.ru/2014_10_13/Novorossia-Syrie-Mistral-cooperation-Afrique-Russie-entretien-avec-Igor-Korotchenko-Partie-1-7197/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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