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Quand la diplomatie occidentale se plaint de l’isolement

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Le monde multipolaire est ouvert à tous. Cela a été rappelé maintes fois par ses partisans. Néanmoins, plus les supporters de l’ordre unipolaire dépassé refuseront la réalité, plus ils finiront par se plaindre de se retrouver isolés des principales décisions internationales.

Voici un tout récent communiqué de la diplomatie allemande  : «  Le fait que la Russie, l’Iran et la Turquie coordonnent leurs activités, notamment dans le cadre des pourparlers d’Astana, sans inviter l’Europe, la coalition internationale anti-Daech et les États-Unis, ne peut que provoquer notre inquiétude. Selon nous, c’est seulement en joignant nos efforts que l’on peut arriver à une solution dans la crise syrienne.  »

Vraiment  ? Le leadership occidental, en l’occurrence ici ouest-européen, commence-t-il à se plaindre d’isolement  ? Les mêmes qui aiment tellement menacer les nations non-obéissantes de se retrouver «  isolées  »  ? Une chose est néanmoins certaine  : ce communiqué confirme la justesse de l’approche d’Astana. En effet, les trois pays cités plus haut, ainsi que la Syrie (puisque c’est d’elle qu’il s’agit en premier lieu), sans oublier le Kazakhstan, qui a fourni ladite plateforme de travail, ont prouvé en quelques mois qu’il était possible d’obtenir des résultats tout à fait encourageants, sans pour autant inviter les élites occidentales, si ce n’est en tant qu’observateurs.

La preuve saute aux yeux  : en quelques mois de pourparlers à Astana, certes difficiles, les résultats obtenus sont bien meilleurs que ceux de Genève et d’autres plateformes montées par l’Occident et les pays du Golfe depuis plusieurs années, plateformes où se croisent inlassablement des représentants étasuniens, britanniques, français, saoudiens, qataris, ainsi que leurs «  protégés  syriens  », qui n’ont aucune valeur réelle dans leur propre pays.

La raison  ? Elle est simple. Les élites occidentales et du Golfe n’ont pas autre objectif que de tenter par tous les moyens de faire tomber les autorités légitimes de Syrie, ou à défaut de réussir la première option, de maintenir et de faire perdurer le chaos. C’est tout.

C’est pourquoi la plateforme d’Astana doit certainement poursuivre son travail dans le format choisi initialement  : délégation gouvernementale syrienne, représentants des groupes armés soutenus par la Turquie, les pays-garants (Russie, Iran, Turquie), et bien évidemment le Kazakhstan en tant que pays hôte. Le fait d’avoir permis aux représentants étasuniens et jordaniens d’assister aux pourparlers en tant qu’observateurs est sans aucun doute un beau geste. L’Égypte est également mentionnée en tant que grande puissance du monde arabe. Mais afin d’éviter justement de plonger Astana dans le même chaos que les plateformes des pseudo — «  amis de la Syrie  », il faut certainement s’en tenir à ce qu’on a déjà.

Pour autant, la Russie tout comme l’Iran, a bien indiqué que la porte restait ouverte, à condition évidemment de contribuer à des approches cohérentes en vue de stabiliser la situation et pouvoir contribuer à un retour progressif de la paix en territoire syrien. Les élites occidentales et certains de leurs amis du Golfe ont en-ils été capables jusqu’à maintenant  ? Réponse  : non. Aucune raison donc d’élargir le format. Certains diront que la Turquie, l’un des pays garants des accords d’Astana, joue également un jeu trouble. C’est en partie vrai. Mais la Turquie se rapproche de la Russie et elle comprend enfin que tant que la crise perdurera en Syrie, cela touchera directement sa sécurité. En conséquence, Ankara finit par jouer un rôle réellement plus positif que dans le passé, tout en gardant, malheureusement, encore une approche anti-Assad.

Quoi qu’il en soit, la toute récente rencontre des experts russes, iraniens et turcs à Téhéran en vue de préparer la prochaine rencontre d’Astana au mois de mai a été selon les diplomates des trois pays fortement positive. Le travail doit donc se poursuivre dans ce cadre, tout en continuant évidemment la lutte anti-terroriste. Quant aux élites occidentales qui se sentent «  rejetées  », la seule solution aurait été de se ressaisir, en reconnaissant la multipolarité comme faisant désormais partie intégrante des relations internationales. Mais les connaissant, ils auront encore besoin de temps. Peut-être même de beaucoup de temps. Au risque de finir réellement isolés et d’accepter réalité du moment lorsqu’il sera déjà un peu tard.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704211031011888-diplomatie-isolement/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Russie, Turquie, Iran, échec à la déstabilisation !

Sergei Lavrov et Mevlut Cavusoglu

Non, la guerre russo-turque n’aura pas lieu, malgré l’assassinat d’Andreï Karlov, qui visait clairement à nuire une fois de plus aux relations entre la Russie et la Turquie. Mieux que cela, la Russie, l’Iran et la Turquie ont décidé d’accroître leur collaboration en Syrie.

Nous avons tous appris avec consternation l’assassinat de l’ambassadeur russe en poste à Ankara, Andreï Karlov. Un acte lâche, qui s’inscrit sur fond de revers des terroristes en Syrie. Une attaque destinée vraisemblablement à casser le rapprochement russo-turc. À ce niveau, l’opération est un échec: Moscou et Ankara comptent au contraire accroître leur niveau de coopération.

En témoignent les déclarations des dirigeants russe et turc, ainsi que par le maintien de la réunion tripartite qui a eu lieu le jour suivant à Moscou, entre les chefs des diplomaties russe, iranienne et turque. Elle s’est doublée d’une rencontre entre les ministres de la Défense des trois États. Ankara, Moscou et Téhéran affirment à l’issue de ces entrevues qu’elles vont lutter conjointement contre le terrorisme et soutiendront une solution politique à la crise en Syrie.

Sur ce dernier volet, les trois capitales affirment être attachées au « respect de la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie en la qualité d’un État multiethnique, multiconfessionnel, démocratique et laïc ». Un message très fort lorsqu’on sait que Moscou-Téhéran d’un côté et Ankara de l’autre avaient des approches fort différentes jusqu’ici vis-à-vis de la guerre en Syrie — la Russie et l’Iran soutenant le gouvernement légitime syrien, la Turquie ayant ardemment demandé son départ.

La question de la préservation de la Syrie en tant qu’État multiconfessionnel, multiethnique et laïc, est cruciale, surtout à la lumière des projets des soi-disant « rebelles modérés ». À une écrasante majorité, ceux-ci souhaitent précisément en finir avec la laïcité et installer à la place un « État » salafiste régi par les lois de la charia… Le tout dans un pays multiethnique et multiconfessionnel! Mais cela évidemment est le dernier des soucis des gouvernements occidentaux (comme en Libye), qui souhaitent à tout prix destituer Bachar al-Assad.

En outre, les trois ministres ont également appuyé la tenue prochaine de pourparlers inter-syriens à Astana, la capitale du Kazakhstan. Bref, beaucoup de choses intéressantes en perspective, surtout au vu du format de la réunion. En effet, aucun représentant des États-Unis, d’Europe occidentale ou des régimes du Golfe n’a été invité pour le moment. Pour autant, les organisateurs de cette rencontre ont bien indiqué que la porte restait ouverte, à condition bien sûr de vouloir sincèrement la fin du chaos en Syrie. Et il est permis de douter que ce soit le cas des acteurs engagés dans la crise syrienne qui n’ont pas été conviés à Moscou.

Pour autant, la volonté affichée par la Russie, l’Iran et la Turquie de renforcer la lutte contre le terrorisme et les rencontres à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des trois pays laissent effectivement entrevoir l’espoir d’une sortie de crise en Syrie. Malheureusement, le terrorisme, qui sert les adversaires de la multipolarité, n’a pas dit son dernier mot. Il est à craindre que ces efforts de stabilisation de la région ne soient mis à mal, justifiant au passage la volonté des trois pays de renforcer leur coordination au niveau sécuritaire et antiterroriste.

Ils voient en effet d’un très mauvais œil le fait qu’il est possible de se passer d’eux pour résoudre les principales crises du moment. Plus vite ils reconnaîtront la réalité multipolaire, plus vite ils pourront prétendre à y jouer un rôle que l’on espère positif. Ce qui est certain, c’est que cette rencontre Russo-Irano-Turque est la meilleure réponse aux terroristes et à ceux qui pensent encore pouvoir utiliser ces derniers afin d’atteindre leurs objectifs géopolitiques.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201612221029281607-russie-turquie-iran-destabilisation/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/