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En quoi la coopération russo-algérienne est-elle stratégique?

La visite officielle du Premier ministre russe Dmitri Medvedev en Algérie. Photo d'archive

Coopération datant de plusieurs dizaines d’années, les deux pays convergent aujourd’hui dans nombre de domaines. Défense, commerce, géopolitique, lutte-antiterroriste… les intérêts communs de la Russie et de l’Algérie sont loin de manquer.

Au-delà d’une alliance qui dure, il y a aussi des faits qui confirment une certaine ressemblance entre les deux nations. Une chose est certaine: le plus grand pays du monde et le plus grand d’Afrique en termes de superficie n’ont jamais lésiné sur les moyens lorsqu’il s’agissait de défendre la souveraineté et la sécurité nationale. Grande Guerre patriotique pour la Russie face aux nazis: avec les plus lourds sacrifices au niveau mondial, civils comme militaires. L’Algérie, elle, aura sa longue guerre d’indépendance, acquise au prix d’innombrables victimes.

Puis les fameuses années 1990, chaotiques pour les deux pays. Éclatement de l’URSS, appauvrissement d’une large partie de la population, extrémisme et terrorisme, une grande partie du peuple russe se souvient de cette période avec joie de l’avoir surmontée. Guerre contre le terrorisme salafiste à la même période pour l’Algérie, qui a une fois de plus dû compter les martyrs et faire de son mieux pour surmonter cette page terrible de son histoire contemporaine.

Mais les deux nations se sont relevées. Loin de dire que les défis ne manquent pas, le fait est qu’il est aujourd’hui admis que les deux pays sont en position de force: l’Algérie sur la scène régionale et continentale, la Russie sur la scène mondiale. Les soutiens à la souveraineté nationale des États et au concept multipolaire de la gestion du monde sont également des aspects qui rapprochent considérablement Alger et Moscou.

S’il fallait décrire en un mot la politique internationale algérienne, elle se résumerait certainement par le suivant: indépendance. En effet, la République algérienne se démarque très clairement de plusieurs pays arabes de par son indépendance de l’influence politique occidentale. Et cela se traduit sur plusieurs dossiers. Faut-il d’ailleurs le rappeler, l’Algérie a été l’un des rares pays arabes à avoir adopté une position responsable face à la guerre qui a été orchestrée par l’Otan alliée des salafistes locaux contre la Jamahiriya de Kadhafi. En allant même jusqu’à accorder l’asile à plusieurs membres de la famille Kadhafi et en refusant catégoriquement leur extradition aux nouvelles «autorités» libyennes.

Autre exemple: le refus d’Alger de classer, à la demande insistante de l’Arabie saoudite, le mouvement libanais Hezbollah comme terroriste, en appelant à respecter les affaires intérieures libanaises. Tout comme le refus de se positionner contre l’Iran, toujours sous pression de Riyad. Enfin, sur la Syrie, les autorités algériennes se sont également positionnées dès le départ de la guerre en faveur du respect de la souveraineté syrienne. Et, selon plusieurs sources, ont même tenté de réconcilier Damas et Ankara.

Aussi, et cela n’est pas des moindres: l’Algérie représente-t-elle l’un des principaux partenaires militaires de la Russie au niveau mondial. Plus précisément dans le top 3 actuel des plus grands acheteurs d’armement russe à l’international, avec l’Inde et la Chine. En effet, les hélicoptères de combat, avions de chasse, bombardiers, avions de transport et de ravitaillement, défense anti-aérienne, chars, sous-marins, navires, armements légers… de la 2e plus puissante armée d’Afrique (derrière l’Égypte), et 26e au niveau mondial (selon Global Firepower http://www.huffpostmaghreb.com/2017/01/11/algerie_n_14100866.html), proviennent très majoritairement de Russie. Et qui constitue d’ailleurs un domaine clé de la coopération algéro-russe.

Ces technologies, de même que le savoir-faire qui va avec (sachant qu’une bonne partie de l’élite militaire algérienne a été formée en terre russe), permettent aujourd’hui au pays non seulement de parer aux menaces terroristes qui existent dans la région nord-africaine, mais aussi d’être une force capable de résister efficacement à toute visée néocoloniale de certains. Une chose est aujourd’hui pratiquement évidente: le scénario libyen n’aura pas lieu en terre algérienne. Et même si certains personnages s’aviseraient à tenter de le réaliser, ils feront face à une Algérie qui peut amplement compter sur ses propres moyens en vue de défendre sa souveraineté. Surtout que l’expérience de la résistance ne lui manque pas. D’autre part, l’Algérie sait qu’elle peut compter sur des partenaires de longue date.

Les secteurs énergétique, minier, du nucléaire civil ou encore celui de l’agriculture: telles sont les autres domaines d’interaction des deux pays. Concernant d’ailleurs ce dernier, il est loin d’avoir atteint son apogée. Pourtant, si l’Algérie décidait de booster ledit domaine pour une plus grande part destinée à l’export, il n’y a pas de doute que le vaste marché russe lui sera grand ouvert. Ce qui est sûr c’est que le partenariat stratégique russo-algérien a de beaux jours devant lui. Et c’est tant mieux.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201801201034818440-russie-algerie-cooperation/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Quand la Russie dame le pion à l’Occident dans le Maghreb

Quand la Russie dame le pion à l’Occident dans le Maghreb

Personne n’est irremplaçable. Y compris ceux qui pensaient l’être des décennies et même des siècles durant. Le train avance, et beaucoup le voient filer.

Coopération renforcée avec Alger, multiplication des conventions avec Rabat, dont un spectaculaire accord de libre-échange entre la Russie et le Maroc, la tournée de Medvedev en Afrique du Nord se solde par un succès. Une fois encore, Moscou et les tenants de la multipolarité bousculent les positions de l’Occident.

Dmitri Medvedev revient di Maghreb les mains pleines. Le Premier ministre russe a en effet marqué des points importants au Maroc, qui était vu jusqu’à présent comme un allié occidental solide. En Algérie, moins de surprises, puisque l’alliance stratégique entre Moscou et Alger date de plusieurs dizaines d’années. Elle sort néanmoins renforcée de la visite de Medvedev, avec des promesses de diversification des secteurs d’interaction.

Le monde change, la réalité géoéconomique et géopolitique aussi. Alger comme Rabat font partie des principaux partenaires de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Si avec la première, cette relation s’est forgée durant la lutte d’indépendance et dans les premières années de son obtention, dans le cas du Maroc le partenariat stratégique a commencé son chemin à partir du début des années 2000.

L’Algérie fait partie du Top 3 des principaux partenaires de la Russie dans le secteur de la Défense, derrière l’Inde et la Chine. Pour la seule année 2016, Alger a commandé à Moscou pour 924 millions de dollars d’armements contre 1,2 milliard pour New Delhi et 959 millions de la part de Pékin. Mais l’interaction ne s’arrête pas là. Les deux pays partagent grand nombre de visions communes ou similaires au niveau politique et de l’actualité internationale.

Leurs intérêts communs concernent également le secteur énergétique, les deux pays étant de grands producteurs de pétrole et de gaz. Plusieurs projets dans l’industrie agroalimentaire sont en cours de négociation, l’Algérie s’ouvrant potentiellement le marché russe. Une chose est certaine: l’Algérie était, reste et restera un partenaire privilégié de la Russie, et ce à plusieurs niveaux.

Dans le cas du Maroc, les échanges avec la Russie sont également à un niveau stratégique. Rabat est un important fournisseur de produits agroalimentaires sur le marché russe. Ainsi, la Russie est-elle le principal débouché des agrumes marocains avec 45% de la production destinée à l’export, contre 30% pour l’UE et 20% pour l’Amérique du Nord. Une part de marché qui pourrait encore croître, la Russie s’étant dernièrement déclarée prête à augmenter ses achats d’agrumes en provenance du Maroc. «La part actuelle du Maroc sur le marché russe au niveau des agrumes est de 26%, nous sommes prêts à ce qu’elle atteigne 50%», a fait savoir le ministre russe de l’Agriculture Alexandre Tkatchev.

Dans le domaine de l’énergie, la Russie est prête à participer à la construction au Maroc de centrales électriques à gaz. En outre, la pêche, l’industrie et le tourisme représentent quant à eux des secteurs appelés à connaître également une hausse conséquente.

Toutes ces annonces sont toutefois éclipsées par celle de la création d’une zone de libre-échange entre la Russie et le Maroc d’ici un an au maximum.

En passant, les producteurs européens peuvent «remercier» une fois de plus leurs dirigeants: au moment où la Russie est arrivée à une autosuffisance complète sur plusieurs secteurs de l’industrie agroalimentaire, en augmentant au passage ses exportations, ne serait-ce qu’au niveau du blé, des pays non occidentaux renforcent sans complexe leurs positions sur ce grand marché qu’est la Russie.

Cela confirme une fois de plus ce que nous avons déjà annoncé à plusieurs reprises: les produits agroalimentaires de l’UE, actuellement bannis de Russie en raison des contre-sanctions, auront les plus grandes difficultés à revenir sur ce marché, si jamais ils y parviennent un jour.

N’est-ce pas l’Occident politique et médiatique qui annonçait en grande pompe de grands problèmes à venir pour l’économie russe après l’adoption de sanctions occidentales? Et qui est perdant au final? Les producteurs de l’UE n’ont jamais réussi à compenser leurs pertes se chiffrant en dizaines de milliards d’euros et en dizaines de milliers d’emplois perdus, ni même à trouver des marchés de remplacement.

La Russie, de son côté, a réussi non seulement à donner une chance unique à ses producteurs, mais aussi à diversifier très largement ses relations extérieures. Moscou aurait certainement dû lancer ce processus bien avant, comme l’a fait la Chine, et ne pas attendre les tensions avec l’Occident, mais mieux vaut tard que jamais.

Le processus suit son cours et il n’y aura certainement pas de retour en arrière. Aux élites européennes de réfléchir un minimum pour ne pas perdre leurs positions économiques encore existantes en Russie, leur rapportant des sommes plus que considérables, au risque de voir les pertes se multiplier de plusieurs fois. En ce qui concerne les pays africains, les exemples de pays comme l’Algérie, le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Angola et certains autres encore démontrent qu’assumer sa souveraineté est tout à fait possible: non, il n’y a pas de peuples «élus» et «moins élus». Tous égaux. C’est cela la multipolarité.

Aux pays sous emprise encore des partisans de l’unipolarité d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201710131033444094-russie-occident-maghreb/

Mikhail Gamandiy-Egorov