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La voix du peuple, c’est la voix de Dieu : entretien avec Francis Mvemba

La voix du peuple, c'est la voix de Dieu : entretien avec Francis Mvemba

La République démocratique du Congo, le pays francophone le plus peuplé, se relève lentement des multiples guerres et crises qui l’ont secoué. C’est dans ce contexte difficile que Francis Mvemba a lancé son parti politique. Entre redressement national et insertion de la RDC dans un monde multipolaire, il détaille pour Sputnik son programme.

Francis Mvemba, jeune entrepreneur à succès originaire de la République démocratique du Congo, a lancé il y a un an un nouveau parti politique dans son pays. Nous en avons discuté dans un entretien. Désireux de donner un nouvel élan à sa nation, extrêmement riche en termes de ressources naturelles, mais longtemps déchirée en raison d’interventions bien souvent extérieures, où en est-il aujourd’hui?

Sputnik: Lors de notre entretien d’il y a un an, vous avez annoncé le lancement de votre parti politique en RDC —le PEC (Parti Émergence du Congo). À ce titre, quelles ont été vos réalisations au cours de l’année écoulée?

Francis Mvemba: Notre parti a su fédérer nombre de Congolais tant au pays que dans la diaspora résidant à l’étranger. Notre programme majeur est de redonner leur fierté aux Congolais et un nouvel élan au pays. Une plateforme en ligne est en préparation afin de répondre à toutes ces adhésions. En se joignant au PEC, les Congolais nous prouvent qu’ils sont prêts à voir un nouveau visage dans le paysage politique.

Sputnik: L’élection présidentielle a été fixée pour fin décembre 2018 par la Commission électorale (CENI). Êtes-vous candidat? Et si oui, pourquoi cette décision? Comment estimez-vous vos chances?

Francis Mvemba: Je suis très fier d’être citoyen congolais, je suis président d’un parti politique enregistré au Congo, je suis libre de tout engagement et je remplis toutes les conditions pour être éligible et concourir à l’élection présidentielle. Donc sur le papier, je suis présidentiable. Maintenant, vous m’avez demandé si j’ai pris la décision d’être candidat, je vous répondrais que cette décision est en train de mûrir. Je suis un patriote et si c’est la meilleure alternative pour un Congo émergent, alors je prendrais mes responsabilités le moment venu. En ce qui concerne mes chances, seul le peuple congolais est apte à en juger. Comme j’aime tant dire, «la voix du peuple c’est la voix de Dieu».

Sputnik: Dans le programme que vous avez relayé, vous insistez sur la nécessité de modifier le système judiciaire de la RDC sur de nombreux points. Pourquoi une attention si importante à cet aspect?

Francis Mvemba: La justice est l’un des fondements, l’un des piliers de l’État. Un État sans justice n’est pas une démocratie. Il serait donc illégitime et ne pourrait être reconnu sur le plan national et international. Dans le volet justice de mon programme politique, je souhaite que l’on donne au peuple le choix d’une justice équitable.

Notre seconde priorité est de redonner au Congo les moyens de sa souveraineté. Nous devons garantir la sécurité à tous les Congolais sur l’ensemble du territoire, car sans un État stable il n’y a pas d’émergence ni d’industrialisation possible.

Le troisième pilier de notre programme, c’est le Travail. L’État qui crée les conditions idéales pour les investisseurs et l’émergence économique et industrielle que nous venons d’aborder doit également valoriser l’emploi et la formation pour les jeunes congolais. Nous avions plus de 3.000 industries après la colonisation, il n’en reste qu’environ 200 aujourd’hui. C’est cette jeunesse qui va faire la force de l’émergence et de l’industrialisation du Congo.

«Justice, Paix et Travail», c’est notre programme, mais c’est également la devise de l’emblème national…

Sputnik: Parlons de votre programme international. Quels sont les fondements et les priorités du point de vue de la politique extérieure congolaise que vous souhaitez mettre en avant?

Francis Mvemba: De tout ce qui se passe en ce moment dans le monde et depuis les dernières années, nous avons tiré les leçons: il n’y a pas d’avenir pacifique entre les nations sans un monde multipolaire qui respecte les acteurs régionaux. Je suis attaché à l’idée de nous rapprocher tout d’abord de nos voisins africains et de redonner un élan dans les relations internationales du Congo à travers le monde. Tous les accords politiques internationaux pérennes se sont construits sur des échanges d’idées et sur des décisions politiques dans lesquelles toutes les parties se sont senties respectées et dans une dynamique de partage. La contrainte, même dans l’intérêt du plus grand nombre, n’est pas une bonne solution.

Sputnik: Vous avez justement dit plusieurs fois vouloir axer la politique extérieure de la RDC sur le développement des relations avec des pays comme la Russie. Est-ce que pour vous la Russie est la bienvenue en RDC? Et comment entrevoyez-vous le fait que des puissances étrangères ayant longtemps interféré dans les affaires intérieures congolaises, notamment depuis l’assassinat de Patrice Lumumba, puissent réagir face à une telle perspective?

Francis Mvemba: Le Congo est une terre idéale pour accueillir à la fois les partenaires historiques, ainsi que les nouveaux pays émergents qui souhaitent y investir. Depuis quelques années, la Chine et l’Inde, par exemple, sont devenues des partenaires stratégiques du Congo. Alors bien sûr, la Russie est la bienvenue. Nous ne sommes pas les seuls en Afrique à choisir l’équilibre des forces et l’ouverture à toutes les puissances mondiales. Regardez l’Afrique du Sud, le Maroc, et d’autres encore… Notre politique extérieure sera pragmatique et pacifique, dans le seul but de favoriser le développement du Congo.

Sputnik: Comment les événements dans le monde, et notamment en Syrie, ont selon vous bouleversé la vision sur les affaires internationales de nombreux Congolais et Africains?

Francis Mvemba: Tout comme la Syrie, le Congo ou d’autres pays africains, nous avons trop connu les atrocités et la destruction qu’amène la guerre. Cela ne doit plus arriver pour les générations futures. La guerre n’a jamais rien construit. C’est dans la paix et dans la sécurité qu’on émerge.

Sputnik: Toujours dans votre programme, vous accordez une attention particulière à la défense des intérêts économiques, et notamment miniers, de votre pays. Pensez-vous que la RDC puisse justement retrouver la pleine souveraineté sur ses ressources naturelles, tellement convoitées?

Francis Mvemba: La souveraineté du Congo sur son sol, sa sécurité et ses richesses font partie de mes priorités. La protection de nos ressources naturelles en est un élément majeur. Stopper le pillage de notre sous-sol pourrait-il être une des solutions? Je le pense, car ces revenus manquants dans les caisses de l’État congolais sont autant de financements en moins utiles au développement de notre pays pour nos générations futures, tels que la santé, l’éducation, les infrastructures publiques, etc. Transformons ces activités illégales en activités transparentes et rémunératrices pour tous.

Sputnik: dernière question. Vous avez rencontré le 26 novembre M. Kirsan Ilioumjinov, le Président de la Fédération internationale d’échecs et membre du Conseil de la Fédération de Russie (notre photo), ex-président de la République de Kalmoukie (1993-2010). Dans quel but?

Francis Mvemba: Je me suis entretenu longuement sur la situation du Congo avec le Président Kirsan Ilioumjinov. Nous avons évoqué plusieurs projets, notamment la possibilité de promouvoir les jeux d’échecs auprès des Congolais.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712131034312485-congo-francis-mvemba-entretien/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mon entretien accordé au média français international JOL Press en lien avec l’Egypte et ses récentes avancées dans le partenariat avec la Russie

Trois mois avant l’élection présidentielle égyptienne, les Russes ont apporté leur soutien officiel au candidat de l’armée. Le maréchal al-Sissi, à l’origine du coup d’Etat contre Mohamed Morsi et devenu depuis très populaire dans son pays est désormais le candidat de Vladimir Poutine dans une région que les Russes surveillent de très près, quitte à concurrencer de très près les intérêts américains. Explications avec Mikhail Gamandiy-Egorov, journaliste pour La Voix de la Russie.

Le maréchal al-Sissi a officiellement reçu le soutien des Russes avant l’élection présidentielle. Photo: Secretary of Defense/Wikimedia Commons / cc

Les autorités russes ont apporté leur soutien officiel à la candidature du maréchal al-Sissi en Egypte. Quels sont les intérêts de la Russie derrière ce soutien ?

Mikhail Egorov : Je pense que cela est avant tout dû au fait que la Russie souhaite la stabilité à l’Egypte et au peuple égyptien. Il ne faut pas oublier que l’Egypte est le pays le plus peuplé du monde arabe et de l’Afrique. L’Egypte est également la principale force armée sur le continent africain et au sein des pays arabes. Tous les derniers événements d’instabilité qui ont secoué ce pays ne peuvent laisser la Russie indifférente. En général, la Russie suit de près le développement de la situation dans tout le Moyen-Orient. En ce qui concerne le maréchal al-Sissi, on sait qu’il est aujourd’hui une personnalité très populaire en Egypte. On sait également qu’il a joué un rôle clé dans la destitution de l’ex-président du pays, issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi. C’est bien connu qu’en temps de crise, l’armée égyptienne joue le rôle crucial de stabilisateur. C’est une institution clé en Egypte.

Pour les Russes, il s’agit avant tout d’une question de stabilité aussi bien pour l’Egypte que pour toute la région du Moyen-Orient. Et le président Vladimir Poutine n’a pas manqué de le rappeler lors de sa toute récente rencontre avec al-Sissi : « La stabilité de la situation dans tout le Moyen-Orient dépend largement de la stabilité en Egypte ».

On peut également imaginer que Vladimir Poutine comprend mieux que quiconque le rôle joué par al-Sissi dans son pays. Car bien que l’Egypte et la Russie aient chacun des particularités clairement distinctes, il faut se rappeler que lorsque le président a accédé au pouvoir en Russie, le pays se trouvait alors en situation pratiquement catastrophique et l’a redressé par la suite. L’Egypte traverse aujourd’hui une période difficile de son histoire et a clairement besoin aussi de stabilité et de redressement.

D’une manière générale, quels sont les intérêts économiques de la Russie en Egypte ?

Mikhail Egorov : L’Egypte est le principal partenaire économique de la Russie dans le monde arabe et en Afrique. Les deux pays coopèrent dans de nombreux domaines. Dans le domaine de l’agriculture par exemple, l’Egypte est un important acheteur de blé russe. En ce qui concerne les ressources naturelles, de grandes entreprises russes telles que Lukoil, Novatek et d’autres ont investi des sommes considérables dans l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures, de l’or et d’autres minéraux en Egypte.

Les entreprises de Russie investissent également dans le secteur touristique égyptien, notamment dans l’infrastructure hôtelière. Pour rappel, en termes quantitatifs, les touristes russes sont de loin les plus nombreux en Egypte (le pays étant par ailleurs dans le top 3 des principales destinations des touristes russes avec la Turquie et la Chine). La coopération dans le domaine militaire est elle aussi à l’ordre du jour. Et à l’occasion de la très récente visite du maréchal al-Sissi et du ministre égyptien des Affaires étrangères Nabil Fahmi, selon diverses sources, l’Egypte achètera à la Russie de l’armement pour plus de 3 milliards de dollars.

Cette démarche participe-t-elle également d’une lutte plus générale contre l’islamisme dans la région ?

Mikhail Egorov : Je pense que oui. Nous avons tous vu les méfaits de l’intégrisme islamiste en Syrie. Nous avons également vu le danger que représentent les extrémistes religieux pour l’Egypte. D’ailleurs à l’instar de la Syrie, l’Egypte compte elle aussi une importante minorité chrétienne dans sa population. Des chrétiens qui restent la cible privilégiée des extrémistes, en premier lieu salafistes. Evidemment, la Russie ne peut ignorer tous ces faits. Elle se doit d’avoir donc une approche cohérente et juste dans la lutte contre ce fléau, surtout compte tenu de ce qui s’est passé et se passe encore dans une moindre mesure en Syrie. Cela correspond parfaitement à son souhait de voir la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

La Russie semble également prendre l’ascendant sur les Etats-Unis en Egypte. Tente-t-elle de concurrencer Washington dans toute la région ?

Mikhail Egorov : La Russie est dorénavant un acteur global. Et être un acteur global dans les relations internationales signifie être compétitif dans pratiquement tous les domaines et dans pratiquement toutes les régions du monde, sans exception. Si cela rejoint la volonté des autorités et du peuple égyptien, cela ne peut alors qu’être productif. Le fait que la Russie soit devenue un acteur clé dans toute la région du Moyen-Orient, y compris grâce à son rôle positif pour les initiatives de paix en Syrie, est indéniable aujourd’hui. Et à mon avis, cela ne fera que se poursuivre. Aussi bien au niveau de la région stratégique du Moyen-Orient que du monde entier. Aux dépens des intérêts de Washington ? C’est très possible. Nous sommes aujourd’hui dans un monde multipolaire.

http://www.jolpress.com/russie-election-presidentielle-egypte-vladimir-poutine-marechal-sissi-article-824455.html