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Mali: les autorités insistent sur la souveraineté nationale

Paris ne cache pas sa vive colère sur les choix stratégiques en cours de l’Etat malien. En oubliant comme à son habitude que dans le monde contemporain, le dernier mot reviendra au peuple souverain et aux autorités qui sont à l’écoute de ce peuple.

Les raisons de la colère de l’Elysée et du Quai d’Orsay sont d’une certaine façon compréhensibles. Après tout, comme nous le disions précédemment – l’exemple centrafricain est devenu fortement inspirant pour d’autres nations africaines, notamment d’Afrique francophone.

Et le processus semble désormais véritablement sur sa lancée, à l’heure où le système de la Françafrique non seulement doit faire face à une chute brutale de ses capacités de nuisance, mais également à l’observation de sa propre chute sans être un minimum capable de s’adapter aux règles issues du monde multipolaire, pour tenter à sauver ne serait-ce qu’un peu sa face.

Les récents événements au Mali et la peur de Paris de voir Bamako signer un accord de coopération sécuritaire avec un groupe privé de sécurité russe ont au final montré au grand jour toute la fragilité de ce système néocolonial – pas seulement dans le cadre de l’apparition d’acteurs compétents et déterminés en qualité de ses adversaires, mais aussi et surtout à l’heure d’un éveil de conscience sans précédent à l’échelle africaine. Et ce avant tout grâce aux mobilisations populaires de masse, ayant clairement exprimé leur ras-le-bol face à la présence militaire occidentale. Sans oublier les autorités de nombre d’Etats africains de plus en plus à l’écoute des aspirations de leurs populations, avec en prime une capacité analytique efficace dans le cadre des événements contemporains.

Pendant ce temps, Paris tente de s’accrocher jusqu’au bout. Et au lieu de défendre un minimum de dignité après la gifle des alliés anglo-saxons, l’establishment élyséen – incapable de se défaire de son rôle de sous-traitant vis-à-vis de Washington, tente, de montrer encore ses muscles dans ce qu’il considère comme son «pré-carré» africain. Bien que cela n’impressionne plus grand monde.

Ce lundi, la ministre française des Armées, Florence Parly, est partie pour la capitale malienne dans l’objectif vraisemblablement ultime de convaincre les autorités du pays à faire marche arrière. Du côté malien, il a été expressément dit qu’il ne permettra pas à aucun Etat de faire des choix à sa place et encore moins de décider quels partenaires il peut solliciter ou pas.

Il faut de tout de même bien comprendre le contexte actuel: l’effet domino est déjà en cours pour la Françafrique. Et les représentants hexagonaux, bien qu’étant toujours dans une posture sous-traitante et ne pouvant plus prétendre à parler au nom d’une puissance internationale digne de ce nom, savent pour le moins un peu analyser les perspectives et la suite fort probable des événements.

Et cette suite des événements est relativement simple: quelle que soit la décision finale des autorités du Mali, dans le cadre de leur souveraineté nationale, le processus de fin du système néocolonial françafricain se poursuivra. Devant faire face à une mobilisation des populations africaines de grande envergure, une opinion publique lui étant largement hostile, des leaders de nombre de pays africains de plus en plus déterminés à défendre la souveraineté de leurs Etats, et des puissances non-occidentales qui ne comptent pas faire marche arrière – il devient alors compréhensible que le système françafricain est condamné à une défaite humiliante.

Pourtant des solutions existaient. Et ce sont tout sauf celles privilégiées par l’establishment élyséen actuel. Les menaces, les tentatives d’intimidation et de pression, les actions de déstabilisation et autres instruments propres au néocolonialisme – n’impressionnent plus. Plus que cela, le ras-le-bol des populations d’Afrique francophone est tel que rien ne semble pouvoir inverser la tendance.

De un, la solution pour l’Etat français aurait été de sortir de la domination atlantiste anglo-saxonne et de devenir un pays réellement souverain. De deux, abandonner la pensée d’arrogance extrême propre aux représentants du néocolonialisme et de commencer à respecter la souveraineté des nations africaines francophones. De trois, s’adapter à l’ère multipolaire, en proposant son savoir-faire sans agenda néocolonial dans certains domaines de compétence. Pour autant il faut être réalistes – ce sont toutes des orientations dont est tellement loin la France contemporaine. Plus particulièrement depuis Sarkozy jusqu’à la période macronienne actuelle.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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France/Afrique: à quand des enquêtes objectives sur les biens mal acquis?

Depuis un certain temps, Paris se lance à attaquer ses adversaires sur le continent africain en prétendant lutter contre les «biens mal acquis». Cette pratique concerne avant tout une tentative d’interférer dans les affaires intérieures de pays souverains en leur imposant un chantage pur et simple. Mais qu’en est-il des biens réellement mal acquis appartenant aux intérêts occidentaux en Afrique ou aux réseaux françafricains sur le sol français?

Le summum du ridicule, c’est que l’establishment occidental, notamment élyséen, ne lâche rien pour maintenir la propagande portant sur les fameux «biens mal acquis» par la Guinée équatoriale sur le sol français, y compris ceux possédant un statut diplomatique. Après Paris, d’autres capitales occidentales se sont également mis à contribution – notamment Londres, poussant les autorités équato-guinéennes à la riposte dans le cadre du principe de réciprocité.

Pendant ce temps, les médias occidentaux, y compris ouvertement affiliés au système de la Françafrique, restent également à la manœuvre, parmi eux on retrouve, entre autres, le magazine Jeune Afrique.La question que se posent aujourd’hui de nombreux Africains c’est de savoir quand est-ce que viendra le moment pour l’establishment occidental, dont bien sûr élyséen, de même que pour le mainstream médiatique, de pouvoir s’intéresser à la question des biens mal acquis par les intérêts occidentaux sur le continent africain, mais aussi sur ceux qui appartiennent à des proches du réseau françafricain et qui possèdent des biens luxueux dans l’Hexagone.

En ce qui concerne la question des biens mal acquis par les intérêts occidentaux en Afrique et du système fort vicieux de ces intérêts établi dans nombre de pays du continent africain, la télévision panafricaine Afrique Média avait déjà consacré plusieurs émissions. D’autre part, il aurait été très intéressant pour le public hexagonal comme africain de connaitre les détails des millions d’équivalents d’euros d’argent liquide transmis à la veille de pratiquement toutes les élections présidentielles françaises de la part des Etats d’Afrique se trouvant dans l’orbite de Paris.

Un sujet tabou que les autorités élyséennes détestent aborder. Surtout lorsqu’on connait les difficultés de base qui concernent l’utilisation pure et simple d’argent liquide sur le sol français par les citoyens ordinaires, locaux comme étrangers. Il suffit pour cela de demander aux touristes chinois ou russes ayant visité dans le passé la France pour connaitre quelles difficultés ils ont eu à effectuer des achats avec des billets de 500 euros, ou ne serait-ce qu’à pouvoir les échanger… Mais bon, il est évident que ce casse-tête pour des touristes étrangers, même dépensiers, ne doit surtout pas concerner les amis privilégiés de la Françafrique. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un système établi par le receveur des fonds en question.

Maintenant et en ce qui concerne toujours la question des biens mal acquis, cette fois-ci achetés en France par certains amis africains de l’Elysée, voici une autre question qui mérite intérêt. En ce sens, le cas de la Côte d’Ivoire est particulièrement intéressant. Comme notamment la gestion par Dominique Ouattara, l’épouse du chef d’Etat ivoirien actuel, de biens immobiliers somptueux en France de l’ancien président ivoirien défunt Félix Houphouët-Boigny, qui fut un grand ami de l’establishment politique français et du réseau françafricain par la même occasion. Des questions avaient d’ailleurs été lancées par plusieurs médias de ce qu’il est désormais advenu de ces biens luxueux. Des questions nombreuses, mais toujours peu de réponses.

Maintenant revenons à la Guinée équatoriale et aux accusations françaises qui visent Malabo, le tout avec l’implication d’autres acteurs occidentaux, y compris anglo-saxons. Dans ces attaques visant les autorités équato-guinéennes, les médias hexagonaux et affiliés se donnent un vif plaisir de présenter la chose sous l’angle d’une lutte contre la corruption au profit du «pauvre peuple» équato-guinéen, qui se fait prétendument voler.

Maintenant, un bref aperçu du niveau de vie moyen entre la Guinée équatoriale et ne serait-ce que la Côte d’Ivoire. Si la première fait partie du Top 4 dans le classement des pays africains en termes de PIB par habitant, en compagnie de pays comme les Seychelles ou l’Ile Maurice, la Côte d’Ivoire n’est classée que 17ème au niveau continental. Et si ce même PIB par habitant dans le cas de la Guinée équatoriale a été multiplié par 45 entre la période allant de 1980 à 2017, dans le cas ivoirien les chiffres sont fort moins impressionnants: environ par 1,28 pour la même période. Et ce malgré le fait que Paris se donne un grand mal à présenter la Côte d’Ivoire comme un exemple de «stabilité et de succès» sur le continent africain.

Il y a un autre fait très révélateur. Si les citoyens équato-guinéens n’immigrent pas ou très peu, c’est fort loin d’être le cas pour ceux de la Côte d’Ivoire. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle on retrouve de nombreux ressortissants ivoiriens en Guinée équatoriale qui y vont chercher une vie meilleure, tout en sachant que cette dernière est un petit pays d’à peine 28 050 km2 avec une population totale approchant 1,5 million de personnes. Plus généralement, il est assez facile de trouver des personnes en provenance de pays d’Afrique de l’Ouest et centrale travaillant sur le sol équato-guinéen.

Evidemment, certains crieront qu’il est injuste de pouvoir comparer les deux pays sachant que la Guinée équatoriale est un Etat producteur de pétrole – qu’ils apprennent donc qu’un pays comme la Côte d’Ivoire est loin de manquer de ressources naturelles aussi, sachant qu’il est ni plus ni moins que le premier producteur mondial de cacao (représentant pas moins de 40% de la production mondiale à lui seul) – rien que cela. Cela sans oublier d’autres ressources naturelles censées lui appartenir.

Evidemment ce sont des chiffres sur lesquels les responsables hexagonaux n’aiment pas avoir à commenter. Tout comme le fait qu’un pays africain, comme la Guinée équatoriale ou l’Angola, puisse non pas être un pays émetteur de migrants, mais surtout un pays récepteur. A l’instar de ce qu’était, avant la destruction par l’Otan, la Libye de Mouammar Kadhafi. Le système vicieux mis en avant par l’establishment occidental préfère au contraire miser sur l’appauvrissement de pays se trouvant sous son orbite, en exploiter les ressources, tout en donnant, de temps à autre et avec un air condescendant des visas de travail aux citoyens de ces pays – des pays riches en ressources mais ne profitant pour beaucoup pas de leur potentiel, pour pouvoir par la même occasion tenter à se positionner comme le système des «bons samaritains».

Tout cela pour dire, qu’au lieu de jouer la comédie primitive dans un but purement de prédation néocoloniale, Paris et Co. devraient commencer par respecter la politique d’Etats africains assumant pleinement leur dignité et leur souveraineté. Et si les représentants hexagonaux souhaitent sincèrement lutter contre les biens mal acquis sur leur sol, qu’ils donnent l’exemple à travers les responsables (certains observateurs les appellent «préfets») appartenant au réseau françafricain. Et que lorsque les pays se trouvant sous l’orbite de ce réseau obscur arriveront à avoir ne serait-ce qu’un niveau de vie moyen comparable à celui de la Guinée équatoriale – il est évident que les queues dans ces pays pour obtenir le fameux visa pour un pays occidental se réduiront à vue d’œil. Bien qu’il soit également vrai qu’avec une telle perspective, il deviendra beaucoup plus difficile de pouvoir justifier l’exploitation des dits Etats.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mali-France: en instance de divorce?

Après l’investiture du colonel Assimi Goïta en qualité de chef d’Etat de la République du Mali et de leader de la transition, plusieurs éléments indiquent l’exacerbation des relations entre Bamako et Paris. La suite des événements permettra-t-elle d’entrevoir la fin de la présence militaire française au Mali?

Lundi dernier, la France était la grande absente du discours du nouveau président malien, comme l’indique la radio France Info. Le même média rappelle d’ailleurs que depuis les dernières semaines les relations entre le Mali et la France sont «tendues».

Un autre média hexagonal, connu lui aussi pour des positions proches avec l’establishment politique français, le quotidien La Croix, avait un peu plus tôt également tiré la sonnette d’alarme quant à l’hostilité de l’opinion publique malienne vis-à-vis de la politique de Paris, et notamment de sa présence militaire sur le sol du Mali.

Cette reconnaissance des faits se fait évidemment sans le moindre plaisir côté hexagonal, qui ne fait qu’admettre des faits qui étaient déjà largement connus, et pas seulement depuis les dernières semaines ou les derniers mois, mais depuis plusieurs années déjà. Aujourd’hui, de nombreux analystes observent la situation afin d’entrevoir la suite de ce désamour évident entre le Mali et l’ancienne métropole coloniale.

Pendant ce temps, de nombreux experts – africains comme étrangers – affirment avec certitude la popularité du nouvel homme fort de l’Etat malien, le colonel Assimi Goïta, auprès d’une large part des citoyens du Mali, et notamment au sein de la jeunesse. D’ailleurs, le désormais chef d’Etat malien n’a pas manqué de s’adresser récemment à cette jeunesse du pays avec des mots forts: «Je suis jeune au même titre que vous. Et si j’échoue, c’est toute la jeunesse malienne qui a échoué».

Maintenant pour revenir aux relations du Mali avec Paris, ou plus particulièrement l’Elysée, si la suite demeure encore incertaine, il n’en demeure pas moins que plusieurs aspects sont à considérer. Tout d’abord, la présence militaire française sur le sol malien qui comptabilise près de 5500 hommes, dans le cadre de l’opération Barkhane – censée combattre les groupes djihadistes et qui dure depuis bientôt sept ans. Une opération justement largement critiquée par la société civile malienne, qui pour une large part d’entre elle ne la voit pas comme une solution mais bien comme l’une des principales sources de problèmes, y compris sécuritaires.

Et bien que le président français Macron ait récemment déclaré l’éventualité de retirer les troupes du Mali – c’est un secret de polichinelle que de savoir que ce serait la dernière des choses dont souhaiterait Paris. A l’heure d’une chute d’influence sans précédent sur le continent africain, y compris au sein de ce qu’il continue de considérer comme son «pré-carré», le départ de la présence militaire du Mali sonnerait comme une nouvelle défaite pour l’establishment hexagonal.

Surtout en cas d’une arrivée de nouveaux acteurs internationaux sur le sol malien, à condition évidemment que cela soit voulu par les autorités actuelles du Mali. Sachant que c’est ce que demande avec insistance une large part de la société civile malienne.

L’autre question qui intéresse de nombreux experts et observateurs du dossier malien, c’est l’éventualité pour Paris à tenter de jouer un coup de force dans une situation qui semble de plus en plus lui échapper. Surtout lorsqu’on se rappelle de cette force militaire de plusieurs milliers d’hommes présente sur place.

Pour répondre à cette question, il faudrait certainement dire que l’Elysée aurait déjà donné le feu vert à cela si l’époque avait été différente. Après tout, la violation des souverainetés nationales africaines – datant aussi bien de plusieurs dizaines d’années que du passé assez récent, ne fait que le confirmer. Mais le souci désormais pour les représentants des élites hexagonales, c’est justement à devoir faire face à plusieurs fronts: une mobilisation africaine sans précédent, ralliant des personnes de couches sociales diverses, des médias africains qui possèdent des lignes éditoriales indépendantes et qui ne travaillent pas sous la dictée de l’establishment élyséen, sans oublier une part non négligeable de l’opinion publique interne en France qui est opposée aux pratiques néocoloniales d’un autre temps.

Les prochaines semaines et les prochains mois peuvent avoir un rôle déterminant sur les choix stratégiques de l’Etat malien. L’essentiel étant à retenir que le Mali, à l’instar d’autres nations d’Afrique francophone, a le droit de jouir d’une pleine souveraineté indépendamment des vœux de l’establishment occidental, et de déterminer ses orientations stratégiques en étant à l’écoute de ses citoyens – et non pas des forces néocoloniales.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA, Tchad, Mali: Paris dans l’embarras

L’establishment français se retrouve désormais dans une situation délicate sur le continent africain. A l’heure des bouleversements stratégiques en cours et d’une mobilisation de la société civile en Afrique pour la reprise d’une souveraineté véritable, le risque observé réside dans la volonté de l’Elysée d’utiliser des méthodes de déstabilisation pouvant être considérées comme clairement extrémistes.

Parmi ces méthodes, on peut faire mention d’une activation des cellules appartenant au réseau françafricain, pouvant commettre des attaques ciblées contre les leaders africains s’étant libérés ou en phase de le faire vis-à-vis de l’ancienne métropole coloniale, et plus généralement vis-à-vis des forces néocoloniales. L’autre schéma pouvant être promu par ledit réseau réside dans le fait de créer des tensions intra-africaines, comme la tentative actuelle qui vise la Centrafrique et le Tchad.  

En effet, après l’arrestation récente d’un mercenaire français dans la capitale centrafricaine Bangui, en possession d’un fort important arsenal d’armes et de munition, et de la reprise sous contrôle gouvernemental de pratiquement tout le territoire national de la RCA, le tout après des années d’instabilité, Paris semble vouloir jouer le tout pour le tout. Des attaques médiatiques hexagonales visant les pays ayant choisi la souveraineté nationale et le panafricanisme comme bases de leur développement, jusqu’à la création de nouveaux défis sécuritaires pour les pays concernés, comme la promotion de tensions entre pays voisins.

Les tout récents exemples sont là: tout d’abord une explosion dans le nord-ouest de la RCA qui tue deux policiers centrafricains et trois instructeurs russes, puis cette tentative de semer la discorde entre Bangui et N’Djamena.

Si effectivement le Tchad reste un allié officiel à ce jour pour Paris, un très grand nombre de citoyens tchadiens refusent catégoriquement d’être entrainés dans un conflit avec le voisin centrafricain, le tout via une pure instrumentalisation française. Le leadership de la République centrafricaine a en ce sens entrepris également toutes les démarches nécessaires afin que la situation avec le voisin tchadien reste sous contrôle, comme l’indique d’ailleurs le communiqué conjoint signé par la cheffe de la diplomatie centrafricaine Sylvie Baipo-Temon et son homologue tchadien.

La vive inquiétude et la radicalisation des actions de l’Elysée peuvent être vues non seulement dans le contexte de la perte d’influence en RCA – mais également à d’autres endroits dans ce qu’il continue de considérer comme son «pré-carré». Notamment au Mali où la société civile continue de se mobiliser pour demander, entre autres, le départ des troupes françaises.

En termes de perspectives, si la meilleure réponse aux nouvelles tentatives de déstabilisation via un réseau obscur et d’un autre temps – reste sans aucun doute la pleine conscience du leadership et de la société civile d’Afrique, il faut néanmoins prendre ces défis avec le plus grand sérieux. Faut-il le rappeler: l’establishment occidental a déjà démontré à plus d’une fois être capable d’instrumentaliser des éléments extrémistes, et mêmes ouvertement terroristes, notamment comme ce fut le cas en Syrie, dans le but d’atteindre des objectifs géopolitiques. Cette éventualité est d’autant plus plausible lorsque ce même establishment voit ses intérêts datant de dizaines d’années ouvertement menacés.

Une chose est sûre. L’éveil des consciences au sein du continent africain vit une période sans précédent. La réponse médiatique panafricaine, l’analyse personnelle et non dictée depuis l’Occident au sein des populations de l’Afrique, la mobilisation populaire – représentent des éléments indéniables pour une résistance à succès face au schéma qui vise à toujours diviser pour maintenir, ne serait-ce que pour quelque temps, un règne unipolaire totalement dépassé.

Les Africains dans leur large majorité ont soif de la souveraineté véritable pour leur continent. Et s’inspirent aujourd’hui des grands noms du panafricanisme. L’Afrique a aujourd’hui une chance unique de s’affirmer pleinement – dans l’optique de devenir à terme un bloc puissant du monde multipolaire, devenu réalité depuis ces dernières années. Même si cela déplait fortement aux nostalgiques d’un ordre international dépassé par les événements en cours.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Macron au Rwanda pour tenter à tourner la page des tensions

Le président français a reconnu la responsabilité de Paris dans le génocide rwandais, sans toutefois reconnaitre les accusations de complicité. Cette reconnaissance permettra-t-elle d’ouvrir une nouvelle page relationnelle entre les deux pays ? Retour sur la question.

Vingt-sept ans après le génocide rwandais, le président français Emmanuel Macron, a prononcé une allocution solennelle dans la capitale rwandaise Kigali. Dans ce discours très attendu au Mémorial du génocide rwandais, il a lancé «Je viens reconnaitre nos responsabilités».

Selon lui, «c’est aux hommes qu’il appartient de briser le silence. Et c’est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaitre». En ajoutant «que la France a un rôle, une histoire, une responsabilité politique au Rwanda. Elle a un devoir: celui de regarder l’Histoire en face et de reconnaitre la part de souffrance qu’elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l’examen de vérité».

Cette démarche pourrait officialiser la normalisation des relations entre Kigali et Paris, surtout après un renforcement de la coopération économique entre les deux pays depuis les deux dernières années. En effet, le volet économique ne serait pas étranger dans la démarche de l’Elysée, comme le confirme d’ailleurs l’un des principaux porte-voix médiatiques des intérêts français le journal Le Monde.

A noter qu’Emmanuel Macron est accompagné à Kigali d’une dizaine d’entreprises françaises, ainsi que par le directeur général de l’Agence française de développement (AFD). Il faut d’ailleurs à ce titre faire remarquer que dans le classement Doing Business 2020 (édité par la Banque mondiale), le Rwanda est classé deuxième en Afrique et 38ème au niveau mondial dans ce rapport qui établit un classement des pays selon leur environnement des affaires. Confirmant ainsi l’intérêt évident pour le marché rwandais.

Mais au-delà de la sphère économique, le Rwanda a également renforcé son influence sur la scène régionale et continentale, en devenant un acteur avec lequel il faut compter. Que ce soit en matière de gestion post-conflit que dans le domaine sécuritaire. Concernant justement ce dernier point, il faut rappeler que Kigali avait récemment accordé un soutien militaire à la République centrafricaine, dont les troupes – aux côtés de celles des Forces armées centrafricaines (FACA) et des instructeurs russes – ont participé à la stabilisation du territoire centrafricain face aux groupes rebelles.

Une contribution ayant joué son rôle, puisque désormais les groupes rebelles en RCA ont connu une déroute totale face à l’armée gouvernementale et ses alliés. Le tout au moment même d’une chute d’influence sans précédent de Paris non seulement en Centrafrique, mais de plus en plus à d’autres endroits du continent africain.

En ce qui concerne les démarches de l’Elysée, notamment en direction du Rwanda, plusieurs questions méritent d’être posées. Serait-ce une compréhension réelle et sincère que si la France souhaite maintenir un certain nombre de ses intérêts en Afrique, elle devra reconnaitre les pages obscures de son interaction avec le continent? Rien n’est moins sûr, surtout au vu des événements récents en République centrafricaine, où les tentatives de déstabilisation via le réseau françafricain persistent – bien que sans résultat.

Serait-ce simplement une reconnaissance pragmatique du fait que pour sauver la face dans le monde contemporain, il faudra s’adapter à la réalité multipolaire, tout en respectant la souveraineté des Etats? Sur ce point également, rien ne permet pour l’instant de le penser sincèrement.

Ou peut-être tout simplement que Paris cherche à reprendre pied là – où son influence serait justement en chute libre? Quoiqu’il en soit, sans un changement réel d’attitude et de mentalité, traduit dans les actes et pas seulement dans les paroles, la capacité de conserver ses positions sur le continent africain continuera à être revue à la baisse.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA: le mercenariat français continue de miser sur la déstabilisation

Un ressortissant français a été récemment arrêté à Bangui, la capitale centrafricaine, en possession d’un fort important arsenal d’armes et de munitions. Cette arrestation intervient au moment même d’une stabilisation à succès en cours dans ce pays malgré des tentatives extérieures évidentes à maintenir la déstabilisation.

Un certain Juan Rémy Quignolot, citoyen français, a été arrêté, le 10 mai dernier, dans la capitale centrafricaine avec une impressionnante quantité d’armes, ainsi que de munitions. L’arrestation en question a suscité un vif intérêt au sein de l’opinion publique aussi bien centrafricaine, que plus généralement au niveau du continent africain. De nombreux experts s’interrogent sur les motivations possibles pour un citoyen étranger, se trouvant dans un pays souverain et n’ayant aucune autorisation à disposer d’un tel arsenal d’armements.

Pour beaucoup d’Africains, un véritable sentiment de colère se faisait clairement ressentir, à l’heure où certains puissances au passé colonial ont toujours du mal à accepter la pleine souveraineté de leurs anciennes colonies et le fait que ces dernières souhaiteraient choisir librement leur politique de développement dans des secteurs divers, ainsi que leurs partenaires extérieurs.

Du côté des autorités françaises, on déplore «une instrumentalisation». Interrogé sur cette prétendue instrumentalisation, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement centrafricain, Ange-Maxime Kazagui n’a pas manqué de réagir: «Nous prenons bonne note de cette publication, je ne l’ai pas lu d’ailleurs. Maintenant, instrumentalisation pour instrumentalisation, je pense qu’au moment où nous parlons, les faits d’armes, ou les faits qui sont évoqués concernant nos forces de sécurité sont bien souvent instrumentalisés, je vous l’accorde, non pas par les autorités françaises, mais par beaucoup de médias occidentaux. Deuxièmement, pour ce qui concerne ce monsieur [Juan Rémy Quignolot], nous n’avons rien instrumentalisé, nous avons publié le fait qu’une personne a été arrêtée de telle manière, et dans tel contexte».

Le représentant des autorités centrafricaines a en effet insisté que les soupçons d’instrumentalisation sont surtout une interprétation des médias français: «Vous parlez d’instrumentalisation. Alors, est-ce que nous allons lancer un débat? Qu’est-ce qui vous fait penser que cela est instrumentalisé? Cette personne existe-t-elle ou bien est-elle virtuelle? Oui, elle existe. Est-ce qu’elle a été arrêtée avec des équipements de guerre? Oui! Cela a été le cas. Est-il un citoyen français? Oui, c’est le cas. Que faisait-elle avec des armes? Alors, en quoi cela peut-il être instrumentalisé? Voilà, vous comprenez donc pourquoi je pense qu’il faut laisser à la justice l’opportunité de faire son travail et ensuite nous verrons bien».

Maintenant et pour parler plus précisément du détenu français dont il est question. Le procureur général auprès de la Cour d’appel de Bangui, Eric Didier Tambo, a affirmé qu’il n’y a aucun doute que ce ressortissant français soit impliqué dans la déstabilisation de la Centrafrique: «Ce monsieur est à Bangui depuis 2013. C’est un militaire français qui serait à la retraite. Il faisait partie du groupe de Bernard Cousin et Christophe Raineteau (voir notre article d’octobre 2019 sur le sujet) et en 2013, c’était lui qui était chargé de former les rebelles de la Seleka (groupe rebelle ayant opéré en RCA, ndlr) pour le compte du groupe Raineteau. En 2019, c’était ce Raineteau qui activait les extrémistes du Km5 (un quartier à Bangui). Nous sommes en train de mener des investigations en respectant ses droits». En ajoutant que «le détenu Quignolot se présente comme consultant et journaliste mais après tous les effets que nous avons trouvé chez lui, nous n’avons rien trouvé en lien avec la presse».

La description donnée en dit long sur le passé de Juan Rémy Quignolot, caractérisé par de nombreux observateurs comme un véritable mercenaire et barbouze. Mais l’autre question très importante à se poser c’est de connaitre les motivations dudit personnage, ainsi que des éventuels commanditaires, notamment en lien avec l’arsenal d’armes trouvé dans sa villa de la capitale centrafricaine. A cet effet plusieurs thèses sont possibles.

Parmi ces thèses – celle d’une utilisation de cet armement pour des cellules dormantes appartenant aux groupes rebelles et terroristes. Le tout au moment où la situation sécuritaire a été récemment largement inversée en faveur des autorités centrafricaines et de leurs alliés. Une réalité accueillie avec grand enthousiasme par la large partie des citoyens de la RCA mais vraisemblablement alarmante pour les représentants des bandits de grand chemin, ainsi que pour leurs parrains.

L’autre thèse – d’ailleurs pas moins révoltante – serait celle d’une préparation d’assassinats ciblés de responsables centrafricains. Une option qui peut d’ailleurs être qualifiée non seulement d’ouvertement criminelle, mais dont l’objectif serait certainement à tenter de semer de nouveau le chaos dans ce pays africain stratégique. Ou comme une punition des représentants étatiques centrafricains d’avoir misé sur la pleine souveraineté pour leur pays, le panafricanisme et le libre choix des partenaires extérieurs.

Quoiqu’il en soit: le pire a été jusqu’à maintenant évité. Au-delà de la sécurisation du territoire national, les services de sécurité de la RCA auront démontré toute leur compétence dans la gestion des risques terroristes et de déstabilisation émanant de ressortissants dont la présence sur le sol centrafricain aurait pu paraitre innocente. Quant à la question que posent certains représentants de l’establishment politique et médiatique occidental – à savoir que cet événement serait une nouvelle page d’une confrontation entre la France et la Russie en République centrafricaine – il aurait été certainement plus juste de reformuler ladite question. Il serait en effet plus légitime de parler d’une vive opposition entre les patriotes, souverainistes africains, ayant misé sur les valeurs du panafricanisme, face aux prédateurs souhaitant voler des droits légitimes aux peuples d’Afrique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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RCA: Faustin-Archange Touadéra investi président

Le président de la République centrafricaine vient d’être réinvesti à la tête de son pays, pour son deuxième mandat. Cette investiture renforce indéniablement le cadre de la volonté populaire du peuple de la Centrafrique, de même que la souveraineté du pays – longtemps martyrisé, et ce au désarroi de toutes les forces ayant de nouveau misé sur la déstabilisation.

Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016 pour son premier mandat présidentiel dans un cadre démocratique, et ayant de nouveau remporté le scrutin en décembre dernier, a donc prêté serment en qualité de chef d’Etat de la RCA. Si effectivement sa réélection a suscité un enthousiasme évident d’une large part de la population centrafricaine, mais également de la société civile de nombre d’autres pays africains, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas fait que des heureux.

En l’occurrence les groupes armés qui avaient tenté de nuire au bon déroulement du récent scrutin présidentiel et qui n’avaient certainement pas prévu de subir une déroute sans précédent face à la détermination du leadership centrafricain et des alliés bilatéraux du pays, en premier lieu la Russie et le Rwanda.

En ce sens, il est aujourd’hui pratiquement incontestable que l’autorité du président Touadéra n’en a été que renforcée. Ayant toujours été un homme de paix, privilégiant le dialogue, dont le premier mandat peut d’ailleurs être caractérisé par une stabilisation assez évidente de la situation intérieure, il n’a pas manqué dernièrement à faire de preuve cette fois-ci de fermeté à l’égard des violateurs de l’accord de paix de Khartoum.

C’est d’ailleurs probablement un exemple aujourd’hui évident pour nombre d’autres nations africaines: cadre démocratique, souveraineté nationale, panafricanisme, promotion de la paix tout en la défendant par la force en cas de nécessité, et, libre choix des partenaires extérieurs. A ce titre, c’est un secret de polichinelle que de savoir par exemple que l’ex-métropole coloniale française, ou plus particulièrement les réseaux «françafricains» étaient depuis toutes ces années fort mécontents de la large diversification des relations extérieures opérée par le président Touadéra et son administration, notamment au niveau diplomatique.

Une chose est sûre, les Forces armées centrafricaines (FACA), formées au cours des dernières années par la Russie, sont actuellement beaucoup plus aguerries, en comparaison à 2016. Et s’il y a encore récemment, les médias occidentaux, y compris hexagonaux, se donnaient un malin plaisir à rappeler qu’une large partie du territoire de la RCA était sous contrôle des groupes armés – depuis le bouleversement de la situation et la contre-offensive récente des forces gouvernementales avec le soutien russe et rwandais, ayant permis de libérer la large partie du sol centrafricain, l’enthousiasme de ces mêmes médias est devenu beaucoup moins évident. Avec comme résultat soit le silence sur les succès des troupes gouvernementales centrafricaines et de leurs alliés, soit une reconnaissance amère de cette réalité. On pourrait en ce sens faire le parallèle encore une fois avec le traitement de l’information sur la Syrie, mais restons en RCA.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, cité par RFIparle «de l’engagement de la France dans le pays» et appelle à une solution politique. En parlant du premier point, on pourrait se demander à quel engagement fait référence le représentant hexagonal, sachant que dans toute la campagne de sécurisation récente du territoire centrafricain opérée contre les groupes armés qui menaçaient de nouveau la stabilité du pays et la population, l’Elysée n’était pas seulement absent, mais au contraire représentait l’une des principales sources du problème. Sans même rentrer dans les coulisses de la déstabilisation ayant tenté de faire tomber le gouvernement légitime de la Centrafrique, et des rapports pour le moins ambigus qu’entretient l’Elysée avec nombre d’acteurs locaux des tentatives de déstabilisation, rien que l’opposition de Paris, au même titre que Washington et Londres, au Conseil de sécurité onusien quant à la levée de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, en dit très long. Une levée demandée à maintes reprises par le gouvernement de la Centrafrique pour accroitre les capacités défensives de ses forces armées.

En opposition encore une fois à Moscou et Pékin ayant quant à eux exprimé leur solidarité face au plaidoyer de la diplomatie centrafricaine. Quant au dialogue politique auquel fait référence Jean-Baptiste Lemoyne, voudrait-il pousser un gouvernement légitime au dialogue avec des bandits de grand chemin – d’autant plus vaincus sur le terrain? Ou serait-ce un message sur des tentatives de déstabilisation ultérieures? La suite nous le montrera.

Une chose est sûre – la RCA revient de loin et peut aujourd’hui se vanter de devenir un exemple, désormais positif, pour d’autres Etats africains. Quant aux blocages occidentaux du renforcement encore plus important de ses capacités défensives, Bangui pourra certainement continuer à compter sur les partenariats bilatéraux, dans un cadre souverain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’agression de l’Otan en Libye: dix ans après

Dix années après l’intervention otanesque en Libye, qu’est-il advenu du pays longtemps considéré comme l’un des plus prospères d’Afrique? Cette intervention qui a non seulement créé le chaos sécuritaire en terre libyenne, mais également dans nombre de pays de la région, a par ailleurs tout simplement détruit les fondements étatiques de base. Pour autant, les responsables de cette agression ne se sentent pas coupables jusqu’à aujourd’hui.

Fait assez symbolique – cette période commémore aussi bien les dix années depuis l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, que le 22ème anniversaire des bombardements de la même structure contre la Yougoslavie.

S’il est difficile de dire que les responsables de ces agressions répondront un jour pour les crimes commis – aussi bien à l’encontre des civils et militaires des pays concernés, mais également pour les destructions en masse des infrastructures, le fait est qu’à l’heure d’aujourd’hui il est clairement devenu beaucoup plus difficile pour les cerveaux de ces opérations de mener le même type de campagnes sans avoir à en rendre des comptes. Contrepoids des puissances non-occidentales et réalité multipolaire obligent.

Néanmoins et pour revenir à la Libye, mars 2011 peut effectivement être considéré comme le début de la fin de l’Etat libyen en tant que tel. Depuis, d’un Etat qui pouvait se permettre d’accueillir non seulement des migrants issus de pays régionaux et continentaux, mais même un nombre considérable de citoyens issus de l’UE, on est passé à un pays divisé, devenu un large émetteur de migrants – aussi bien locaux qui fuient l’insécurité et l’absence d’opportunités, qu’étrangers utilisant le sol libyen comme terrain de transit.

Ces derniers se retrouvent d’ailleurs bien souvent en situation terrible, allant jusqu’à l’esclavage pur et simple – dans nombre de cas d’ailleurs pratiqué par les anciens alliés locaux de l’Otan dans l’opération de la chute de Mouammar Kadhafi, parmi lesquels des bandits et des terroristes. La traite d’êtres humains étant devenue monnaie courante dans la nouvelle Libye post-Kadhafi. Une chose est sûre – la Libye d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à avoir avec la Jamahiriya.

Un rappel, et non des moindres, s’impose également. A savoir que l’opération otanesque de 2011 affirmait vouloir « protéger les civils ». Pour autant, Foreign Policy affirme que nombre de civils ont justement été tués lors de l’opération militaire de l’Otan et qu’il est temps de faire face aux responsabilités.

Un autre auteur de Foreign Policy, souligne quant à lui que «l’intervention en Libye de 2011 a plongé la région dans une décennie de chaos et a sapé la confiance des Etats-Unis quant au bien-fondé d’utiliser la force militaire pour sauver des vies». Ceci étant dit, il serait sans aucun doute fort naïf que de croire que l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne était destinée à sauver des vies. Quant au manque actuel de confiance des USA à pouvoir intervenir à divers endroits du monde sans impunité – cette époque est effectivement terminée, comme rappelé ci-haut, et cela est très principalement dû au contrepoids désormais existant sur l’arène internationale.

Pour revenir à mars 2011, l’objectif était clair dès le début: se débarrasser d’un Etat souverain et prospère pour s’accaparer autant que possible de ses ressources naturelles et prendre d’autres «opportunités d’affaires», ainsi que d’éliminer un leader africain et arabe révolutionnaire, dont non seulement les idées, mais également les actions avaient beaucoup contribué à aider nombre d’autres pays africains. Cela sans même parler des énormes projets que Mouammar Kadhafi comptait réaliser pour le bienfait non seulement de son pays, mais aussi pour tout le continent africain. Désormais, cela ne représente plus que des rêves non-réalisés.

Mais l’autre chose marquante et qui est toujours si propre à la mentalité des élites atlantistes, c’est l’arrogance permanente qui les caractérise. Tout comme, encore une fois, l’hypocrisie extrême. A ce titre, l’appel d’Emmanuel Macron afin «que les forces turques et russes quittent le sol libyen au plus vite», est pour le moins ridicule – lorsqu’on sait quelle énorme responsabilité porte justement son pays dans la crise et le chaos qui perdurent en Libye depuis l’intervention de l’Otan de 2011. Une intervention dans laquelle la France de Sarkozy a joué d’ailleurs un rôle de premier plan.

Et que si l’Elysée souhaite réellement avoir un quelconque rôle positif dans le dossier libyen – qui malgré la mise en place d’un gouvernement de transition – est encore loin d’être réglé, peut-être qu’il faudrait commencer par faire un sincère mea-culpa pour la situation qui perdure dans ce pays depuis les conséquences de l’intervention otanesque.

Ces excuses doivent aller aussi bien à l’encontre du peuple libyen, mais également tous les autres peuples d’Afrique dont les pays ont connu une vive recrudescence de terrorisme – notamment dans la région du Sahel, dont l’une des principales raisons est justement le «résultat» de l’intervention en Libye. Notamment au Mali – où la présence militaire française date depuis déjà de longues années, au motif de «lutter contre le terrorisme», sans y obtenir de résultats réellement convaincants. La société civile malienne en sait quelque chose. D’où sa vive opposition à cette présence.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Côte d’Ivoire, Guinée, RCA: le double standard de Paris

La réélection d’Alpha Condé à la tête de l’Etat guinéen a jeté un froid dans les relations entre Conakry et Paris. La différence d’approche de l’Elysée par rapport à d’autres pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, démontre un positionnement orienté sur les intérêts géopolitiques français, dans ce qu’il continue à considérer comme étant son «pré-carré».

Nombre d’analystes africains n’ont pas manqué de remarquer une approche clairement différente dans le traitement des élections présidentielles de certains pays africains francophones, et des situations intérieures respectives. Si en Côte d’Ivoire, le gouvernement en place – allié de Paris mais contesté par nombre de citoyens ivoiriens, peut compter sur de chaleureuses félicitations émanant du leadership français, c’est bien loin d’être le cas en ce qui concerne les élections présidentielles récentes en République de Guinée, ou à venir – comme en République centrafricaine.

Comme le note le média Financial Afrik en lien avec les félicitations froides et tardives d’Emmanuel Macron destinées à Alpha Condé pour sa réélection en tant que président guinéen, «la déclaration du président Macron intervient dix jours après de vertes critiques envers Alpha Condé qu’il reprochait d’avoir modifié la constitution pour se représenter. Ces félicitations tardives et réservées ôtent en tout cas la France dans une intenable position contradictoire entre l’ivoirien Alassane Ouattara, chaleureusement félicité et son homologue guinéen réélu (…)».

Evidemment, Paris pourra toujours se référer au fait que les élections guinéennes ont eu lieu dans «un climat de contestations» et d’accusations de fraudes par l’opposition. Il n’empêche que lorsqu’on connait la contestation que connait le chef d’Etat ivoirien dans son pays, et les diverses manœuvres ayant écarté de la course à la présidentielle nombre de ses concurrents, dont l’ex-président Laurent Gbagbo, sans oublier les pressions exercées sur les activistes panafricains dans le pays, la position élyséenne en ressort non seulement contradictoire – mais surtout fortement hypocrite.

Ce qui est sûr – c’est qu’une telle différence d’approche est sans aucun doute géopolitique et géoéconomique. Dans une mentalité purement néocoloniale. En Guinée, la diversification des partenariats extérieurs, y compris dans le secteur économique, ne profite pas pleinement à Paris – à la grande différence de la Côte d’Ivoire. Plus que cela, le chef d’Etat guinéen n’a pas manqué de remettre les points sur les «i» face aux représentants des médias français, dans une interview de septembre 2018, ayant fait beaucoup de bruit à l’époque. Notamment en lien avec le comportement des journalistes français participant à ladite interview, coupant régulièrement la parole au chef d’Etat guinéen.

Avant cela, dans un autre entretien daté d’avril 2017, accordé à la chaine Euronews, Alpha Condé avait rappelé que la France doit considérer les pays africains comme souverains. Une prise de position que l’Elysée est loin d’apprécier dans sa relation avec les pays africains anciennement colonisés par l’Etat français.

Mais cette politique élyséenne du deux poids, deux mesures, en Afrique ne se limite pas à la Guinée. L’autre exemple actuel est évidemment la République centrafricaine – elle aussi une ancienne colonie française. Là aussi, Paris au lieu de vanter les mérites du président Faustin-Archange Touadéra, un intellectuel arrivé au pouvoir dans un cadre démocratique, ayant apporté une paix globale et bien plus de stabilité à un pays qui fut meurtri par un long cycle de violences internes, préfère critiquer les choix, notamment en termes de politique extérieure de Bangui.

Plus que cela, l’establishment français en a fait une affaire personnelle de première importance : par tous les moyens déstabiliser (ou peut-être redéstabiliser) la RCA. Le tout pour une raison simple et connue – la large diversification des relations extérieures du pays au cours de la présidence de M. Touadéra, notamment en direction de la Russie et de la Chine. D’ailleurs cela se traduit par d’innombrables campagnes de lobbying opérées par la diplomatie française. Notamment via son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Le souci dans tout cela pour l’élite politico-médiatique hexagonale, c’est qu’au final une telle approche n’augmente qu’un peu plus les sentiments de ras-le-bol observés pratiquement dans toute l’Afrique francophone vis-à-vis de la politique française sur le continent. Plus que cela, Paris semble ne pas se rendre compte, dans une arrogance néocoloniale extrême, que si un chef d’Etat africain s’intéresserait aux affaires intérieures françaises d’une façon ne serait-ce que semblable à celle que pratique depuis un long moment l’Elysée, il est bien peu probable que cela soit toléré par l’establishment français. Cela a d’ailleurs souvent été rappelé par les panélistes de la grande chaine de télévision panafricaine Afrique Média TV.

Mais étant dans l’incapacité réelle de pouvoir changer un comportement datant de dizaines d’années, si ce n’est pas dire plus, les élites françaises doivent tout simplement se rendre à l’évidence que leur perte d’influence en Afrique se poursuivra de façon claire, rapide et confirmée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Russie-Turquie ou le cauchemar d’Emmanuel Macron

Les récentes accusations du président français à destination de Moscou et Ankara quant à leur prétendue campagne antifrançaise en Afrique ont non seulement clairement démontré la mentalité entretenue par l’establishment élyséen vis-à-vis du continent africain, mais confirment également la peur que suscite la montée en force des puissances non-occidentales sur l’arène internationale.

Si ces récentes déclarations d’Emmanuel Macron ont effectivement eu le mérite de remettre au grand jour les véritables intentions de Paris vis-à-vis de l’Afrique et plus particulièrement de ses anciennes colonies africaines, bien que maquillées en belles paroles d’intentions positives, beaucoup d’observateurs se sont posés la question pourquoi le chef d’Etat français ait particulièrement insisté dans ses accusations sur certains dirigeants africains, ainsi que sur la Russie et la Turquie.

En ce qui concerne les chefs d’Etat africains visés par les déclarations macroniennes, la réponse peut déjà être donnée. Il s’agit très vraisemblablement de tous les leaders africains ayant choisi la voie de la souveraineté et du panafricanisme – deux modèles de développement pour l’Afrique qui déplaisent fortement à Paris, comme d’ailleurs à nombre d’autres capitales occidentales.

Mais dans le cas du «tandem» russo-turc, il faut analyser les événements des dernières années, ainsi que les récents, pour comprendre cet acharnement macronien contre Moscou et Ankara. Un acharnement qui s’est également traduit par d’autres paroles récentes – également attribuées à Macron – à savoir «qu’il faut trouver des mécanismes de contournement pour encercler la Russie et la Turquie». 

La réalité, c’est qu’aux yeux de l’élite occidentale atlantiste, le problème vraisemblablement majeur – c’est la capacité des leaderships russe et turc de pouvoir trouver des compromis conjoints, y compris dans des dossiers qui les opposent, et ce sans y inclure les puissances occidentales. En effet et pour rappel – le processus d’Astana sur la Syrie a eu le mérite sur la plateforme de la puissance eurasienne kazakhe de réunir les représentants du gouvernement syrien et de l’opposition plus ou moins modérée ayant un poids sur le terrain, le tout grâce aux efforts de trois pays: la Russie, l’Iran et la Turquie. Ce format avait provoqué la colère des Occidentaux pour deux raisons principales: la première étant le fait que ladite plateforme s’est avérée être la plus efficace dans le dossier syrien, la deuxième étant celle que les élites occidentales n’y avaient aucun rôle à jouer, si ce n’est d’observateurs.

Mais ce qui a certainement dû faire grandir la colère des forces pro-unipolaires et atlantistes, c’est le dossier tout récent du Haut-Karabakh. Washington, comme Paris, souhaitaient vraisemblablement deux choses. La première – pouvoir s’impliquer directement dans ce dossier et y jouer un rôle de premier plan, sans pour autant avoir de liens historiques et civilisationnels avec cette région. Tout en réduisant évidemment l’influence de Moscou et Ankara. La deuxième – contribuer aux tensions supplémentaires entre la Russie et la Turquie, afin de stopper l’interaction existante entre les deux nations eurasiennes.

Au final – ni l’une, ni l’autre, n’a pu aboutir. Confirmant ainsi la thèse que dans le monde contemporain – l’Occident politique ne représente plus et aucunement l’hégémon et le porte-parole de la communauté internationale qu’il prétend encore être. Et que des puissances internationales ou régionales comme la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Algérie et d’autres – poursuivront une politique souveraine, conformément aux intérêts nationaux respectifs. Sans en demander l’avis aux capitales occidentales.

Mais ce qui est assez ridicule dans la rhétorique du président français, c’est qu’elle laisse à supposer qu’il puisse exister une coordination entre Moscou et Ankara dans la perte d’influence devenue évidente de la France en Afrique, plus particulièrement dans les pays francophones anciennement colonisés par Paris – au sein des autres l’influence est d’autant plus au point mort. Alors qu’en réalité, la Russie – comme la Turquie – mènent des politiques propres à eux-mêmes, conformément à leurs intérêts individuels et à ceux de leurs partenaires sur le continent africain. Par ailleurs, les désaccords russo-turcs sur nombre de dossiers n’ont pas disparu, mais la capacité réciproque à trouver des accords à mi-chemin des intérêts de chacun effectivement persiste, comme le rappelle d’ailleurs le quotidien allemand Der Tagesspiegel

Quant au fait même que Pékin, Moscou ou Ankara puissent avoir des intérêts en Afrique – à la grande colère des élites occidentales, dont élyséennes – il faudrait certainement leur rappeler que les relations internationales se basent sur un échange d’intérêts entre Etats souverains. Et que ces échanges, qu’ils soient d’ordre économique, sécuritaire ou politique – sont aussi ce que l’on appelle la concurrence, pure et simple. Après tout, Washington, Paris, Londres ou Berlin n’ont aucun mal à penser qu’ils ont leur mot à dire en direction de régions ne souhaitant par leur implication. Pourquoi se mettre donc en colère lorsque les puissances non-occidentales développent leur présence respective là où elle est désirée et accueillie positivement?

Quant à la prétendue interaction russo-turque en Afrique, il ne reste plus qu’à imaginer quel en serait le résultat si c’était effectivement le cas… A méditer. En ce qui concerne le cas du président français – après avoir récemment mis fortement en colère une très large partie du monde musulman, désormais il devra répondre aux innombrables questions d’Africains qui après ses récentes déclarations posent une question simple : quand est-ce que Paris commencera réellement par respecter l’Afrique et les Africains? Notamment leur souveraineté, leur capacité analytique et le choix de leurs partenaires internationaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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