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RCA: Faustin-Archange Touadéra investi président

Le président de la République centrafricaine vient d’être réinvesti à la tête de son pays, pour son deuxième mandat. Cette investiture renforce indéniablement le cadre de la volonté populaire du peuple de la Centrafrique, de même que la souveraineté du pays – longtemps martyrisé, et ce au désarroi de toutes les forces ayant de nouveau misé sur la déstabilisation.

Faustin-Archange Touadéra, arrivé au pouvoir en 2016 pour son premier mandat présidentiel dans un cadre démocratique, et ayant de nouveau remporté le scrutin en décembre dernier, a donc prêté serment en qualité de chef d’Etat de la RCA. Si effectivement sa réélection a suscité un enthousiasme évident d’une large part de la population centrafricaine, mais également de la société civile de nombre d’autres pays africains, il n’en demeure pas moins qu’elle n’a pas fait que des heureux.

En l’occurrence les groupes armés qui avaient tenté de nuire au bon déroulement du récent scrutin présidentiel et qui n’avaient certainement pas prévu de subir une déroute sans précédent face à la détermination du leadership centrafricain et des alliés bilatéraux du pays, en premier lieu la Russie et le Rwanda.

En ce sens, il est aujourd’hui pratiquement incontestable que l’autorité du président Touadéra n’en a été que renforcée. Ayant toujours été un homme de paix, privilégiant le dialogue, dont le premier mandat peut d’ailleurs être caractérisé par une stabilisation assez évidente de la situation intérieure, il n’a pas manqué dernièrement à faire de preuve cette fois-ci de fermeté à l’égard des violateurs de l’accord de paix de Khartoum.

C’est d’ailleurs probablement un exemple aujourd’hui évident pour nombre d’autres nations africaines: cadre démocratique, souveraineté nationale, panafricanisme, promotion de la paix tout en la défendant par la force en cas de nécessité, et, libre choix des partenaires extérieurs. A ce titre, c’est un secret de polichinelle que de savoir par exemple que l’ex-métropole coloniale française, ou plus particulièrement les réseaux «françafricains» étaient depuis toutes ces années fort mécontents de la large diversification des relations extérieures opérée par le président Touadéra et son administration, notamment au niveau diplomatique.

Une chose est sûre, les Forces armées centrafricaines (FACA), formées au cours des dernières années par la Russie, sont actuellement beaucoup plus aguerries, en comparaison à 2016. Et s’il y a encore récemment, les médias occidentaux, y compris hexagonaux, se donnaient un malin plaisir à rappeler qu’une large partie du territoire de la RCA était sous contrôle des groupes armés – depuis le bouleversement de la situation et la contre-offensive récente des forces gouvernementales avec le soutien russe et rwandais, ayant permis de libérer la large partie du sol centrafricain, l’enthousiasme de ces mêmes médias est devenu beaucoup moins évident. Avec comme résultat soit le silence sur les succès des troupes gouvernementales centrafricaines et de leurs alliés, soit une reconnaissance amère de cette réalité. On pourrait en ce sens faire le parallèle encore une fois avec le traitement de l’information sur la Syrie, mais restons en RCA.

Le secrétaire d’Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, cité par RFIparle «de l’engagement de la France dans le pays» et appelle à une solution politique. En parlant du premier point, on pourrait se demander à quel engagement fait référence le représentant hexagonal, sachant que dans toute la campagne de sécurisation récente du territoire centrafricain opérée contre les groupes armés qui menaçaient de nouveau la stabilité du pays et la population, l’Elysée n’était pas seulement absent, mais au contraire représentait l’une des principales sources du problème. Sans même rentrer dans les coulisses de la déstabilisation ayant tenté de faire tomber le gouvernement légitime de la Centrafrique, et des rapports pour le moins ambigus qu’entretient l’Elysée avec nombre d’acteurs locaux des tentatives de déstabilisation, rien que l’opposition de Paris, au même titre que Washington et Londres, au Conseil de sécurité onusien quant à la levée de l’embargo sur les armes à destination de la RCA, en dit très long. Une levée demandée à maintes reprises par le gouvernement de la Centrafrique pour accroitre les capacités défensives de ses forces armées.

En opposition encore une fois à Moscou et Pékin ayant quant à eux exprimé leur solidarité face au plaidoyer de la diplomatie centrafricaine. Quant au dialogue politique auquel fait référence Jean-Baptiste Lemoyne, voudrait-il pousser un gouvernement légitime au dialogue avec des bandits de grand chemin – d’autant plus vaincus sur le terrain? Ou serait-ce un message sur des tentatives de déstabilisation ultérieures? La suite nous le montrera.

Une chose est sûre – la RCA revient de loin et peut aujourd’hui se vanter de devenir un exemple, désormais positif, pour d’autres Etats africains. Quant aux blocages occidentaux du renforcement encore plus important de ses capacités défensives, Bangui pourra certainement continuer à compter sur les partenariats bilatéraux, dans un cadre souverain.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Iran: Washington espère le maintien de l’embargo sur les armes, Moscou et Pékin opposés

Alors que les USA ont failli à leurs engagements dans le cadre de l’accord sur le nucléaire iranien, en sortant unilatéralement de l’accord, l’establishment US espère néanmoins le maintien de l’embargo sur les armes vis-à-vis de la République islamique d’Iran, au moment où deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU y soient clairement opposés.

On approche vraisemblablement d’un nouvel échec politico-diplomatique étasunien. Après l’échec des révolutions de couleur et des tentatives de déstabilisation de l’Iran de l’intérieur, l’incapacité à faire reculer la grande puissance perse sur le front politico-militaire, sans oublier le secteur énergétique et même dans le cadre de la propagation du Covid-19, Washington espère néanmoins à pouvoir réaliser son coup diplomatique dans le cadre onusien, en mettant activement à contribution ses alliés occidentaux, notamment européens, mais ayant en face l’infaillible et solidaire duo sino-russe. En parlant d’ailleurs du fameux Covid-19, alors que l’Iran était effectivement l’un des pays les plus touchés au début de la propagation, à l’heure actuelle Téhéran s’en sort incomparablement mieux dans le cadre sanitaire que ce n’est le cas pour les USA.

De l’avis même de nombre d’experts occidentaux, l’élite étasunienne avance inévitablement vers un échec. Bien que mobilisant ses partenaires de l’UE, eux-mêmes comprenant parfaitement toutes les contradictions washingtoniennes mais incapables de lui dire «stop», les Etats-Unis ont bien peu de chances de pouvoir obtenir le maintien de l’embargo sur les armes à destination de l’Iran, sachant que Pékin comme Moscou comptent vraisemblablement utiliser leur droit de véto, et ce au grand dam des attentes étasuniennes.

Plus que cela, de sources provenant de hauts diplomates russes comme iraniens, Moscou et Téhéran sont déjà en train de discuter d’un éventuel élargissement de la coopération militaro-technique, y compris à travers de possibles nouvelles livraisons d’armes russes en Iran. Une éventualité qui serait une énorme claque supplémentaire aux USA, et ce pour deux raisons. La première étant que Washington n’aura pas été capable de forcer l’application de sa «volonté» à l’ONU. Donc une nouvelle défaite politico-diplomatique. La deuxième étant purement stratégique et militaire. Sachant que si effectivement Moscou allait livrer de nouvelles armes, peut-être même stratégiques, aux forces armées iraniennes, cela augmentera plus que considérablement la capacité défensive de l’Iran – possédant déjà une capacité de riposte importante, l’ayant en passant ouvertement démontré lors des frappes contre des cibles US en Irak, suite à l’assassinat du général Qassem Soleimani, ainsi que dans le cadre de divers dossiers où Téhéran tient efficacement tête à Washington. Et qui ne manquent pas : Syrie, Irak, Yémen, entre autres…

Tout cela pour dire que Washington a beau continuer à prétendre être le gendarme terrestre, la réalité multipolaire du monde prouve, elle, tout le contraire. Et s’il y a bien encore un certain nombre de pays jouant le rôle de sous-traitants pour les USA, nombre d’autres lui résistent efficacement, dont la puissance et la détermination ne sont pas à démontrer. A bon entendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1591

La grande puissance médicale nommée Cuba

A l’heure de la propagation du coronavirus– sujet phare de l’actualité mondiale, et des différentes approches des pays à lutter contre la pandémie, il y a une nation qui sort incontestablement du lot.

En effet, lorsqu’on fait référence à Cuba, ce n’est pas seulement sa beauté touristique, culturelle et humaine qui soit mis en avant, mais c’est aussi son savoir-faire scientifique et médical. Le tout alors que l’île de la Liberté continue de subir, depuis plus d’un demi-siècle, l’embargo étasunien. Ce qui n’empêche aucunement le pays d’être une puissance reconnue au niveau mondial pour ses capacités dans le secteur de la santé et de la recherche scientifique.

Depuis le début de la pandémie du Covid-19 et jusqu’à maintenant, La Havane participe à la lutte contre ce fléau dans 21 pays, avec la présence sur le terrain de ses spécialises médicaux. Y compris dans les Etats les plus touchés en termes de nombre de contaminations, que ce soit l’Italie ou la France (pour cette dernière plus exactement au sein de ses départements d’outre-mer). Les médecins cubains remplissent également leur mission dans nombre de pays d’Amérique latine, notamment au Venezuela, sans oublier l’Afrique – continent avec lequel le pays partage depuis longtemps une relation privilégiée.

Mais si les citoyens concernés expriment sincèrement leur gratitude envers Cuba, côté washingtonien cela ne fait que provoquer colère. Ainsi, les représentants de l’establishment étasunien accusent La Havane d’utiliser ses médecins comme des esclaves et de réaliser par ces actions d’aides des campagnes de « propagande » pro-cubaines. Parmi les personnages faisant de telles affirmations, on retrouve le secrétaire d’Etat US Mike Pompeo – ayant entre temps accusé nombre d’entre pays, dont la Chine et la Russie, certainement pour faire voiler la terrible gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus sur le territoire étasunien (aux dernières statistiques: plus de 867 000 cas de contaminations et plus de 48 000 décès, étant à ce titre le pays le plus touché aujourd’hui au niveau mondial).

Mais cela fait bien longtemps que Cuba ne réagit plus vraiment avec grand intérêt à ces accusations, et continue d’agir et de largement contribuer à la lutte cruciale du moment. Ceci étant dit, il serait peut-être intéressant de se pencher vraiment sur le fait si les médecins cubains seraient des «esclaves» et si les opérations d’aide internationale seraient des opérations de «propagande». Sur le premier point, il serait important de mentionner que nombre de médecins cubains se trouvant à l’étranger sont jeunes et pour nombreux célibataires. Donc logiquement parlant, s’ils se trouvaient réellement dans un état d’esclavage ou d’exploitation, rien ou peu pourrait les stopper à demander massivement l’asile dans les pays où ils se trouvent. Sauf que cela ne se produit pas et les spécialistes médicaux cubains préfèrent dans leur grande majorité à rentrer chez eux à la fin de leurs missions à l’étranger.

Quant aux actions de «propagande» – il y a bien longtemps que ni les autorités, ni le peuple de Cuba ne se font d’illusions quant au fait de voir les sanctions injustement imposées contre leur pays se terminer. Le comportement des élites étasuniennes et plus généralement occidentales ne changera pas, du moins sur le court-moyen terme. Donc si certains pensent sérieusement que Cuba envoie de l’aide, y compris dans les pays occidentaux, pour espérer la fin ou au moins un allègement de l’embargo subi, c’est mal, très mal, connaitre le peuple cubain.

Pour finir, quelques chiffres de grand intérêt. Cuba fait partie des pays possédant l’une des meilleures espérances de vie au monde: une moyenne de 78,66 ans, devant les USA. Par ailleurs et selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le pays peut se vanter d’avoir le meilleur taux mondial pour la densité médicale, ou en d’autres termes le nombre de médecins pour 1000 habitants: 8,19 en l’occurrence. A titre de comparaison: 5,4 pour la Suède (4ème mondial), 4,24 pour la Suisse, 4,21 pour l’Allemagne, 3,23 pour la France, 2,81 pour le Royaume-Uni, 2,59 pour les Etats-Unis… Le tout pour un pays ayant été considéré, un temps, comme «le bordel de l’Amérique» – lors de la dictature pro-US de Batista, l’époque où le pays était incontestablement l’un des moins développés au monde.

Cela sans oublier que Cuba post-Batista a également formé de nombreux médecins et chercheurs étrangers, et continue de partager son savoir-faire, surtout avec les pays se trouvant dans le plus grand besoin. Le coronavirus a eu le mérite de nous rappeler à tous notre vulnérabilité face à de nouvelles épidémies et aussi à quel point chaque vie compte, surtout lorsque les morts sont aux quatre coins du monde. Et donc de l’importance d’un système médical de haut niveau. Et dans ce cadre-là, qui est aujourd’hui une puissance incontestable? La réponse ne devrait pas être difficile à trouver. Quant à la solidarité, la vraie, sans distinction, ni calculs politiques, La Havane là aussi pourrait donner bien de leçons à nombre de pays.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1548