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Le format des BRICS+ en tant qu’une des priorités des Etats membres

19.06.2022

L’organisation des BRICS semble promouvoir de plus en plus une approche multilatérale permettant une intégration maximale dans le cadre du concept BRICS+, donnant la priorité à la diversité géographique aux pays concernés par cette interaction, et renforçant la thèse d’un ordre multipolaire post-occidental.

L’un des points principaux de la présidence chinoise des BRICS (composée du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud) a été le lancement d’une réunion BRICS+ élargie au niveau des ministres des Affaires étrangères, dans laquelle au-delà des pays membres de l’organisation internationale, ont été conviés les représentants de l’Egypte, du Nigéria, du Sénégal, de l’Argentine, du Kazakhstan, d’Indonésie, d’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et de Thaïlande. Une perspective déjà abordée par Observateur Continental.

Mis à part cette initiative du leadership chinois, Pékin a également présenté un format de dialogue inclusif couvrant toutes les grandes parties du Sud global, réunissant des plateformes d’intégration régionale en Eurasie, en Afrique et en Amérique latine.

Anil Sooklal, ambassadeur spécial d’Afrique du Sud pour les BRICS et les pays d’Asie, en marge du Forum économique international de Saint-Pétersbourg auquel il participe, a déclaré «que le format actuel des BRICS permet aux Etats membres de répondre aux défis géopolitiques et financiers actuels».

Toujours selon lui, l’ignorance par les pays occidentaux de l’architecture multilatérale des affaires internationales en matière de sécurité, ainsi que l’imposition des sanctions contre la Russie – entraînent des problèmes dans les domaines de l’alimentation et de l’énergie. Tout en ajoutant «que nous avons été très souvent privés d’accès aux vaccins. Nous avons également vu l’impact dévastateur des changements climatiques et nous constatons que de nombreux pays dits développés ne partagent par les technologies avec les autres pour surmonter les problèmes existants. Notre président (le président sud-africain Cyril Ramaphosa, ndlr) avait expliqué que nous étions déjà confrontés à des problèmes de sécurité alimentaire et nous nous sommes tournés vers la Russie pour résoudre ce problème».

En termes de perspectives et au-delà d’un élargissement en cours du format de partenariat avec le BRICS+, un point très important concerne effectivement non seulement le maintien des relations stratégiques entre les Etats membres, mais également un renforcement encore plus notable de ces relations.

Ainsi, malgré les multiples tentatives occidentales de saper le développement des relations sino-russes, cela non seulement n’a pas abouti, mais au contraire suit le cours absolument inverse de celui souhaité par les nostalgiques de l’ère unipolaire. La toute récente discussion téléphonique entre les présidents russe et chinois n’a fait d’ailleurs que le confirmer. 

Une discussion durant laquelle le leader chinois a réitéré que la Chine est prête à travailler avec la Russie pour continuer à se soutenir mutuellement sur leurs intérêts fondamentaux respectifs concernant la souveraineté et la sécurité, ainsi que sur leurs préoccupations majeures, en approfondissant leur coordination stratégique et en renforçant la communication et la coordination dans des organisations internationales et régionales importantes telles que l’ONU, les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Autre point très important: la Chine est également disposée à travailler avec la Russie pour promouvoir la solidarité et la coopération entre les marchés émergents et les pays en développement, et pour faire avancer l’ordre international et la gouvernance mondiale vers une direction plus juste et plus raisonnable.

La réalité est devenue parfaitement évidente. Même nombre d’experts intervenant sur les plateaux des chaines occidentales le reconnaissent: la Chine et la Russie se trouvent sur la même longueur d’onde. Une réalité qui a au moins le mérite d’être honnête et comme résultat largement plus appréciée par les téléspectateurs.

De manière générale, il devient évident que les BRICS tout en représentant une large partie de l’humanité, aussi bien du point de vue démographique, économique qu’industriel – misent désormais sur une intégration encore plus large pour définitivement tourner la page d’une fausse communauté internationale, et mettre pleinement en pratique la seule et véritable.

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le monde arabe se prépare à intégrer la multipolarité

Dans le conflit ukrainien, les pays arabes s’adaptent déjà aux réalités de la nouvelle ère, en optant pour une posture neutre, voire neutre-engagée, et ce malgré les innombrables pressions de la communauté occidentale. La région stratégique du Moyen-Orient semble donc prendre progressivement ses distances avec les prérogatives de l’establishment occidental.

La Ligue arabe a annoncé la création d’un groupe de contact spécial pour servir de médiateur dans la résolution de la crise en Ukraine. La réunion a été organisée à l’initiative de l’Egypte. Si les Etats concernés ont exprimé leur inquiétude face aux événements en cours, l’essentiel à retenir est que la communauté a choisi d’adhérer de manière catégorique à une politique de neutralité.

De son côté, Financial Times note que la neutralité des Etats du Golfe vis-à-vis du dossier ukrainien reflète des liens profonds avec la Russie. Et que les Emirats arabes unis, ainsi que l’Arabie saoudite, alliés de longue date des Etats-Unis, veulent préserver la coopération avec Moscou sur les questions énergétiques et géopolitiques.

Le quotidien économique britannique note également qu’Abu Dhabi, qui occupe un siège non-permanent au Conseil de sécurité onusien actuellement, avait reçu l’appel du secrétaire d’Etat US Antony Blinken quant à «l’importance de construire une réponse internationale forte pour soutenir la souveraineté ukrainienne». Mais lors du récent vote au CS de l’ONU, les Emirats arabes unis ont finalement ignoré les appels de Washington et ont choisi de rejoindre la Chine et l’Inde qui s’étaient abstenues de soutenir l’initiative occidentale à l’encontre de la Russie, manifestant ainsi les frustrations d’Abu Dhabi à l’égard des politiques étasuniennes.

Il faut noter que la position émiratie était d’autant plus intéressante que cela ne s’est pas limité uniquement au vote au Conseil de sécurité onusien où la position de ce riche pays du Golfe a été vue par les observateurs comme un soutien à peine voilé à la Russie, aux côtés de la Chine et de l’Inde. Depuis le lancement de l’opération militaire russe en Ukraine, le prince héritier d’Abu Dhabi – Mohammed ben Zayed Al Nahyane – a eu une conversation téléphonique avec Vladimir Poutine. Et selon plusieurs sources – aurait même réaffirmé que la Russie a le droit d’assurer sa sécurité nationale.

Tous ces faits et événements doivent surtout être vus comme une capacité évidente des pays du Golfe et plus généralement de tout le monde arabe quant à leur ferme volonté de s’adapter à l’ère multipolaire, dans laquelle la Chine et la Russie jouent un rôle de premier plan, surtout à une période où les anciennes alliances avec l’Occident ne donnent plus satisfaction, à divers degrés.

Il faut également noter que le monde arabe dans son ensemble est intéressé par le maintien de la coopération avec Moscou, en considérant sur le long terme l’Etat russe comme un élément important dans la construction d’une nouvelle architecture de sécurité, y compris dans la région stratégique du Moyen-Orient. L’ancienne posture, souvent pro-occidentale, semble donc s’éloigner de plus en plus, y compris après le succès de l’opération antiterroriste russe en République arabe syrienne – pays avec lequel plusieurs de ces Etats cherchent désormais pour certains à normaliser, pour d’autres à développer sérieusement leurs relations.

Une chose est certaine: l’ordre international multipolaire continue à s’imposer dans un monde arabe qui d’un point de vue civilisationnel a beaucoup plus en commun avec la Chine et la Russie, qu’avec un monde occidental sans valeurs et beaucoup trop hypocrite.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=3638

La crise du Qatar et ses enjeux régionaux

Doha, Qatar

Les meilleurs amis d’hier deviennent du jour au lendemain des ennemis. Les principaux sponsors de plusieurs groupes terroristes et grands amis des Etats-Unis s’accusent mutuellement. Que se passe-t-il vraiment entre le Qatar et l’Arabie saoudite ?

La dispute saoudo-qatarie n’en finit pas de faire du bruit. En effet, les principaux donateurs financiers de plusieurs groupes terroristes, opérant notamment en Syrie, et satellites déclarés de la politique étasunienne au Moyen-Orient, en sont arrivés à une crise sans précédent, allant jusqu’à la rupture diplomatique et à un blocus commercial.

Pour beaucoup, l’effet de surprise fut effectivement grand à l’annonce de l’Arabie saoudite et de plusieurs autres pays arabes de rompre les liens diplomatiques avec Doha, l’accusant d’être un soutien du terrorisme et de participer à des déstabilisations diverses. Ainsi, le 5 juin dernier, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l’Egypte ont annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar. Ils seront rapidement rejoints par une partie de la Libye (gouvernement d’al-Beïda contrôlant l’est du pays) et une partie du Yémen (gouvernement de Hadi contrôlant une partie du centre et l’est du pays). Ce ne sera pas tout: les Maldives, la Mauritanie, les Comores ont eux aussi annoncédans la foulée la rupture de leurs relations avec Doha. Le Djibouti et la Jordanie ont abaissé le niveau des relations diplomatiques, tandis que le Sénégal, le Niger et le Tchad ont rappelé leurs ambassadeurs.

Ce faisant, on parle d’une des plus sérieuses crises dans le monde musulman sunnite. Tout en sachant qu’il est très difficile de considérer les Saoudiens comme membres du clergé sunnite, étant wahhabites. Mais ceci est une autre histoire. En outre, la crise entre le clan wahhabite (saoudien) et les Frères musulmans (qatari) est également mentionnée comme l’une des raisons à cette dispute. Parallèlement à ces événements, la Turquie, considérée à juste titre comme l’une des principales puissances du monde musulman sunnite, prend fait et cause pour le Qatar en critiquant ouvertement la ligne menée par les initiateurs de la crise à l’égard de Doha. En outre, la Turquie assure désormais d’importantes livraisons alimentaires à l’émirat qui fait face au blocus des livraisons décidé par Riyad et Abu Dhabi. L’Iran, grande puissance régionale et leader admis du monde musulman chiite, a profité lui aussi de la détérioration « fraternelle » saoudo-qatarie pour offrir son soutien au Qatar, à travers des livraisons alimentaires.

En parlant justement de l’Iran, considéré comme l’une des causes des manœuvres punitives des Saoudiens en direction des Qataris (ces derniers étant accusés de privilégier un rapprochement avec la République islamique), il en sort évidement gagnant et renforcé. Rappelons à ce titre toutes les tentatives, le plus souvent vaines, de Riyad d’isoler Téhéran au sein du monde musulman. Pour autant, non seulement ces tentatives n’ont pas apporté au leadership saoudien (et bien sûr américain) le résultat escompté, mais au contraire le rôle prédominant de l’Iran ne cesse d’augmenter dans les affaires régionales, que ce soit en Syrie, au Yémen ou dans le cadre du processus d’Astana (en coordination avec la Russie et la Turquie). De plus, cette main tendue de Téhéran envers Doha a sérieusement renforcé les sentiments pro-iraniens à l’intérieur même du Qatar.

Du côté de la Russie, la position est plus nuancée. Moscou n’ayant pas pris fait et cause pour l’un des deux groupes de belligérants, en appelant uniquement au dialogue et en maintenant le contact avec toutes les parties du « conflit ». En ce sens, le chef de la diplomatie qatarie s’est même rendu en visite à Moscou il y a quelques jours. La position russe diffère en ce sens considérablement des Etats-Unis, qui vraisemblablement ont donné le feu vert à Riyad pour ses actions anti-qataries, tout en se gardant de prendre des mesures radicales vis-à-vis de Doha — sachant que la plus grande base US du Moyen-Orient se trouve précisément au Qatar.

Dans ce casse-tête évident pour certains, le tableau est grosso modo le suivant. La Turquie confirme qu’elle souhaite jouer sa propre politique, tout en étant un membre clé de l’OTAN (et donc « allié » des USA). L’Iran renforce ses cartes sur la scène régionale en donnant un camouflet supplémentaire à l’Arabie saoudite, et en jouant sur les dissensions entre les alliés d’hier. Enfin, la Russie se positionne clairement comme un médiateur d’envergure globale, confortant ainsi sa position retrouvée en tant que l’une des principales puissances mondiales, dont la politique ne cesse de monter en popularité dans pratiquement tout le monde musulman. Le Moyen-Orient n’étant pas une exception, tout au contraire.

Quant aux accusations lancées par les pays arabes déjà cités en direction du Qatar, qu’y a-t-il de nouveau par rapport à ce que l’on disait déjà ces derniers mois et années? Rien. Oui, le Qatar faisait jusqu’à maintenant partie des principaux sponsors des terroristes à divers endroits, en premier lieu en Syrie. Nous l’avons dit et répété. Mais les Saoudiens sont-ils bien placés pour accuser leurs cousins de terrorisme, sachant qu’ils font clairement partie de la catégorie « supérieure » des sponsors du terrorisme, notamment sur le territoire syrien? C’est évidemment l’hôpital qui se fout de la charité. D’ailleurs, l’un des rares pays de cette « coalition » anti-qatarie qui a une réelle légitimité à accuser Doha de soutien au terrorisme, c’est bel et bien l’Egypte, clairement visé par le danger takfiriste, notamment sa minorité chrétienne. Et compte tenu des relations positives entre les leaderships russe et égyptien, et une approche beaucoup plus responsable envers le conflit syrien de la part du Caire, il est clair que la Russie n’a pas vraiment intérêt à prendre position en faveur du Qatar. Parallèlement à cela, il est également clair qu’il n’y a absolument aucune raison de prendre position en faveur de l’Etat wahhabite — l’un des principaux satellites étasuniens, l’un des principaux sponsors des groupes terroristes en Syrie, fermement opposé à Assad et à l’Iran (alliés de la Russie).

Ce qui signifie une chose relativement simple. La Russie va devoir poursuivre ses efforts diplomatiques et ses manœuvres afin de maintenir un équilibre dans cette équation (ce que la Russie sait bien faire), tout en pensant évidemment à ses intérêts nationaux, et à ceux de ses alliés. Tout dépendra maintenant aussi de la nouvelle approche qatarie (si elle a lieu). Notamment en direction de la Syrie. Si Doha cesse son soutien massif aux groupes djihadistes en Syrie, ce sera indéniablement un pas fortement positif, en premier lieu pour la Syrie elle-même. Et si cela devait arriver, on pourrait alors entrevoir un rapprochement. D’autre part, le fait que l’Iran renforce ses positions sur la scène régionale ne peut qu’être salué, y compris dans ce dossier. C’est d’ailleurs l’une des raisons de l’inquiétude qui règne à Riyad, Abu Dhabi et évidemment Washington. A ce titre, le leadership saoudien commence déjà à atténuer sa rhétorique anti-qatarie en parlant même de l’éventualité de lever le blocus. Les cousins feront-ils alors la « paix » sous la pression de Washington? Ou la crise montera-t-elle d’un cran? Il conviendra de suivre la situation. Une chose est néanmoins certaine: cette dissension saoudo-qatarie renforce l’axe de la résistance. Et last but not least, l’une des raisons principales de cette dispute Riyad-Doha est évidemment à rechercher dans les victoires de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés sur le théâtre syrien. Et quand on a déversé des sommes colossales pour réaliser un scénario écrit (faire tomber Assad) et qu’il tombe à l’eau, il arrive souvent que des accusations réciproques entredéchirent une « famille ». Surtout que le grand maître, j’ai nommé les Etats-Unis, est loin d’être ravi de la situation lui aussi. A suivre donc…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706151031851854-qatar-crise-enjeux/

Mikhail Gamandiy-Egorov