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L’agression de l’Otan en Libye: dix ans après

Dix années après l’intervention otanesque en Libye, qu’est-il advenu du pays longtemps considéré comme l’un des plus prospères d’Afrique? Cette intervention qui a non seulement créé le chaos sécuritaire en terre libyenne, mais également dans nombre de pays de la région, a par ailleurs tout simplement détruit les fondements étatiques de base. Pour autant, les responsables de cette agression ne se sentent pas coupables jusqu’à aujourd’hui.

Fait assez symbolique – cette période commémore aussi bien les dix années depuis l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, que le 22ème anniversaire des bombardements de la même structure contre la Yougoslavie.

S’il est difficile de dire que les responsables de ces agressions répondront un jour pour les crimes commis – aussi bien à l’encontre des civils et militaires des pays concernés, mais également pour les destructions en masse des infrastructures, le fait est qu’à l’heure d’aujourd’hui il est clairement devenu beaucoup plus difficile pour les cerveaux de ces opérations de mener le même type de campagnes sans avoir à en rendre des comptes. Contrepoids des puissances non-occidentales et réalité multipolaire obligent.

Néanmoins et pour revenir à la Libye, mars 2011 peut effectivement être considéré comme le début de la fin de l’Etat libyen en tant que tel. Depuis, d’un Etat qui pouvait se permettre d’accueillir non seulement des migrants issus de pays régionaux et continentaux, mais même un nombre considérable de citoyens issus de l’UE, on est passé à un pays divisé, devenu un large émetteur de migrants – aussi bien locaux qui fuient l’insécurité et l’absence d’opportunités, qu’étrangers utilisant le sol libyen comme terrain de transit.

Ces derniers se retrouvent d’ailleurs bien souvent en situation terrible, allant jusqu’à l’esclavage pur et simple – dans nombre de cas d’ailleurs pratiqué par les anciens alliés locaux de l’Otan dans l’opération de la chute de Mouammar Kadhafi, parmi lesquels des bandits et des terroristes. La traite d’êtres humains étant devenue monnaie courante dans la nouvelle Libye post-Kadhafi. Une chose est sûre – la Libye d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à avoir avec la Jamahiriya.

Un rappel, et non des moindres, s’impose également. A savoir que l’opération otanesque de 2011 affirmait vouloir « protéger les civils ». Pour autant, Foreign Policy affirme que nombre de civils ont justement été tués lors de l’opération militaire de l’Otan et qu’il est temps de faire face aux responsabilités.

Un autre auteur de Foreign Policy, souligne quant à lui que «l’intervention en Libye de 2011 a plongé la région dans une décennie de chaos et a sapé la confiance des Etats-Unis quant au bien-fondé d’utiliser la force militaire pour sauver des vies». Ceci étant dit, il serait sans aucun doute fort naïf que de croire que l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne était destinée à sauver des vies. Quant au manque actuel de confiance des USA à pouvoir intervenir à divers endroits du monde sans impunité – cette époque est effectivement terminée, comme rappelé ci-haut, et cela est très principalement dû au contrepoids désormais existant sur l’arène internationale.

Pour revenir à mars 2011, l’objectif était clair dès le début: se débarrasser d’un Etat souverain et prospère pour s’accaparer autant que possible de ses ressources naturelles et prendre d’autres «opportunités d’affaires», ainsi que d’éliminer un leader africain et arabe révolutionnaire, dont non seulement les idées, mais également les actions avaient beaucoup contribué à aider nombre d’autres pays africains. Cela sans même parler des énormes projets que Mouammar Kadhafi comptait réaliser pour le bienfait non seulement de son pays, mais aussi pour tout le continent africain. Désormais, cela ne représente plus que des rêves non-réalisés.

Mais l’autre chose marquante et qui est toujours si propre à la mentalité des élites atlantistes, c’est l’arrogance permanente qui les caractérise. Tout comme, encore une fois, l’hypocrisie extrême. A ce titre, l’appel d’Emmanuel Macron afin «que les forces turques et russes quittent le sol libyen au plus vite», est pour le moins ridicule – lorsqu’on sait quelle énorme responsabilité porte justement son pays dans la crise et le chaos qui perdurent en Libye depuis l’intervention de l’Otan de 2011. Une intervention dans laquelle la France de Sarkozy a joué d’ailleurs un rôle de premier plan.

Et que si l’Elysée souhaite réellement avoir un quelconque rôle positif dans le dossier libyen – qui malgré la mise en place d’un gouvernement de transition – est encore loin d’être réglé, peut-être qu’il faudrait commencer par faire un sincère mea-culpa pour la situation qui perdure dans ce pays depuis les conséquences de l’intervention otanesque.

Ces excuses doivent aller aussi bien à l’encontre du peuple libyen, mais également tous les autres peuples d’Afrique dont les pays ont connu une vive recrudescence de terrorisme – notamment dans la région du Sahel, dont l’une des principales raisons est justement le «résultat» de l’intervention en Libye. Notamment au Mali – où la présence militaire française date depuis déjà de longues années, au motif de «lutter contre le terrorisme», sans y obtenir de résultats réellement convaincants. La société civile malienne en sait quelque chose. D’où sa vive opposition à cette présence.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2567

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Esclavage en Libye : que les vrais responsables assument leurs actes !

Des réfugiés, le port de Benghazi, Libye. Photo d'archive

L’Occident se rend à l’évidence: le chaos qu’il a créé en Libye par son intervention militaire de 2011 a les pires conséquences: trafic d’esclaves et développement de l’islamisme radical. Si l’on constate un début de prise de conscience, elle restera insuffisante tant que les vrais responsables de cette tragédie ne répondront pas de leurs actes.

Le cas de la Libye est désormais un cas d’école —d’école néocoloniale, faut-il le préciser?— . Il s’agit d’un échec occidental considérable.

En mars 2011, l’Otan lance une intervention militaire contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Un viol de la souveraineté d’un pays, outrepassant le mandat onusien accordé sous prétexte «d’intervention humanitaire» qui aboutira à l’assassinat sauvage de Kadhafi, de milliers de Libyens et d’autres Africains. Ce pays était l’un des plus prospères sur le continent africain: il accueillait un grand nombre de migrants d’Afrique et même de l’UE et pratiquait une politique sociale assez unique.

Tout cela est du passé.

Il est maintenant détruit et connaît l’une des pires formes de «somalisation» qui puissent être. La Libye actuelle, si on peut encore parler de Libye, est devenue une plaque tournante de trafics en tout genre, notamment d’êtres humains. Et l’un des hauts lieux du terrorisme salafiste international. Un pays que chaos, racisme et extrémisme caractérisent, comme le démontrent les dernières révélations des médias mainstream.

Tout récemment, ce qui se disait déjà depuis longtemps dans les médias alternatifs a été confirmé par la chaîne étasunienne CNN, probablement car l’évidence était devenue impossible à cacher: l’existence d’un sinistre système de marchés d’esclaves sur le territoire libyen. En effet, des ressortissants d’Afrique subsaharienne transitant par la Libye pour tenter d’arriver en Europe et y trouver une vie meilleure, venant le plus souvent de pays se trouvant toujours sous mandat occidental, car vous n’y trouverez pas de Sud-Africains, d’Angolais ou de Namibiens (ceux que l’URSS avait soutenus en son temps), sont vendus quelques centaines de dollars par des extrémistes salafistes —les mêmes sur lesquels l’Otan s’est appuyés pour éliminer Kadhafi.

C’est une honte. Pour ne pas revenir sur des sujets précédemment traités, à savoir que la Russie et certains autres pays responsables ne permettront certainement plus au Far-West d’agir impunément, parlons justement de responsabilité.

Un millier de personnes est descendu dans les rues de Paris pour manifester; notamment devant l’ambassade de Libye. C’est bien, mais est-ce suffisant? Probablement pas. Car tous les responsables de la tragédie libyenne doivent rendre des comptes et notamment l’ex-président Nicolas Sarkozy ou encore le «philosophe» de guerre Henri-Levy, alias BHL (persona non grata en Russie), tous deux de grands «artisans» de la guerre contre la Libye.

Car même si ces fameux représentants de l’establishment occidental pensent encore être intouchables, ils doivent bien garder une chose en tête: dans ce Nouveau Monde et le système qui l’accompagne, il n’y a plus «d’élus». Ce qui signifie que d’une façon ou d’une autre, il va falloir rendre des comptes. D’autant plus que ces élites occidentales refusent de faire leur mea culpa. Et lorsqu’ils le feront, il sera déjà trop tard, sans aucune possibilité de pardon.

Et ce n’est pas à La Haye qu’ils seront jugés, mais bien dans l’un de ces pays ayant souffert de cette arrogance occidentale. Ils ne manquent pas, tant il est vrai que l’histoire de l’Occident se répète ad nauseam: possédant peu de ressources naturelles, l’objectif a toujours été de les chercher et de les trouver ailleurs, même si pour cela il fallait massacrer les populations locales.

Et même aujourd’hui, en ce XXIe siècle, l’Occident arrogant ne souhaite toujours pas accepter une autre réalité: celle d’une concurrence loyale où chacun pourrait présenter au mieux ses atouts, dans une optique gagnant-gagnant. Cette logique ne rentre évidemment aucunement dans la mentalité des élites occidentales, pour qui seule la force paie.

Quant à la Libye, personne ne peut aujourd’hui dire quand est-ce qu’elle pourra retrouver ne serait-ce qu’une partie de sa stabilité d’antan. Personne. De plus en plus de Libyens regardent de nouveau en direction de Moscou, mais aussi de Pékin pour tenter de sauver la situation de leur pays. Rien n’est à exclure.

Mais pour commencer, il faudra déjà éliminer les intérêts occidentaux responsables de ce chaos et les extrémistes salafistes, alliés par excellence de cet Occident politico-médiatique irresponsable.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711201033961981-libye-esclavage/

Mikhail Gamandiy-Egorov