Archives du mot-clé Etats-Unis

Après l’Afrique du Sud, Pompeo s’attaque à la Chine

2-69

Suite aux récentes déclarations visant l’Afrique du Sud http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1406 , ayant provoqué un tollé au sein de la population de la puissance africaine et membre des BRICS, le secrétaire d’Etat étasunien Mike Pompeo est passé à de nouvelles accusations, cette fois-ci contre la Chine. Pékin n’a pas manqué d’y réagir vivement.

Ainsi, la Chine a exprimé, mercredi, son fort mécontentement et sa ferme opposition face aux accusations infondées du secrétaire d’Etat US, Mike Pompeo, à l’encontre du travail de prévention et de contrôle de la Chine face au nouveau coronavirus (COVID-19) et a exhorté la partie américaine à abandonner son biais idéologique et à cesser de saper la confiance et la coopération mutuelle, annonce l’agence de presse nationale chinoise Xinhua.

Pompeo est allé à proférer des accusations à l’encontre de Pékin suite à l’expulsion du territoire chinois des journalistes de Wall Street Journal (WSJ). Une expulsion qui selon lui «exposait les problèmes dans la réponse de la Chine au COVID-19» et que «si la Chine permettait à ses propres journalistes et aux journalistes étrangers de parler librement, la Chine et les autres pays seraient beaucoup mieux préparés pour relever ce défi».

La réponse du porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Zhao Lijian ne s’est pas fait attendre. En voici les points essentiels:

«Au moment où le peuple chinois met tout en œuvre pour lutter contre l’épidémie, M. Pompeo profère encore une fois des accusations infondées contre la Chine. Cela est odieux, et nous nous y opposons fermement»;

«Quant à l’article du WSJ avec son titre insultant, il ne s’agit pas d’une question de liberté d’expression et de la presse. Toutes les personnes, tant qu’elles ont une conscience et une ligne rouge, doivent rejeter et résister à ces paroles et actions racistes et injustifiées»;

«Même le WSJ a admis son erreur et a appris quelques leçons. Comment se fait-il que M. Pompeo, au mépris total de l’opinion publique de la communauté internationale, ait une nouvelle fois tenté de soutenir le WSJ en dénigrant la Chine ? On est en droit de se demander si le WSJ est une agence du département d’État américain»;

«Nous exhortons M. Pompeo à renoncer à son biais idéologique contre la Chine, à rejeter la mentalité de la Guerre froide et l’état d’esprit du jeu à somme nulle, à agir d’une manière qui convient à son statut, à cesser de saper la confiance mutuelle et la coopération entre la Chine et les Etats-Unis et à ne plus tenter de semer la discorde entre le Parti, le gouvernement chinois et le peuple chinois».

Maintenant pour parler perspectives, au-delà du fait qu’il est effectivement intéressant de se pencher sur la complicité entre les élites politiques et médiatiques étasuniennes, et plus généralement occidentales, notamment lorsqu’il s’agit d’attaquer les principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques de l’establishment US, bien que cela ne soit qu’un secret de polichinelle – la pseudo liberté d’expression dans les médias mainstream n’existe que pour ceux qui veulent encore y croire, ou font semblant d’y croire. Le fait est que du moment que l’establishment politique de l’Occident s’attaque aux intérêts de ses adversaires admis et déclarés, les médias mainstream ne manquent jamais l’occasion de le suivre au pays.

Maintenant et en ce qui concerne plus concrètement les récentes déclarations de Pompeo en tant que telles, rien de surprenant, ni de véritablement nouveau à l’horizon. S’attendre à une solidarité de la part d’un pays, qui souhaite se voir toujours comme le maître planétaire, vis-à-vis d’une grande nation qui fait de son mieux dans la gestion du fléau sanitaire actuel, ne relève tout simplement pas du sens réaliste. Au contraire, chaque défi qui concerne les nations indépendantes de la planète, y compris lorsque cela concerne un grand nombre de vies humaines, ne représente pour les élites occidentales, étasuniennes en tête, qu’une «opportunité» supplémentaire à pouvoir mettre de la pression sur les dites nations. Pour l’establishment US il y a quelques temps ce fut la Russie et la Chine – les deux principaux adversaires officiels et déclarés comme tels par Washington, puis ce fut le tour à l’Iran, la Syrie, plus récemment l’Afrique du Sud, et là nouvelle offensive contre Pékin. En effet, rien de nouveau à l’horizon.

Enfin et sans vouloir rentrer dans des thèses complotistes, néanmoins il est tout de même assez surprenant pourquoi à l’heure actuelle c’est la Chine et l’Iran qui subissent de plein fouet les conséquences du COVID-19, alors que l’obscurité continue de planer sur l’origine dudit virus, surtout lorsqu’on connait le haut niveau des médecines respectives de ces pays. Avouez tout de même qu’il y a de quoi se poser quelques questions. D’autant plus, que les seuls pays ayant exprimé véritablement leur solidarité avec la Chine dans cette situation ne sont autres que ses alliés: Russie, Iran, Cuba et nombre d’autres pays d’Amérique latine, ainsi que plusieurs pays africains. On arrive presque à croire que les malheurs humains en terre chinoise enchantent les élites occidentales. Peut-être même que si le virus ne se propageait pas au-delà des frontières chinoises, y compris maintenant en terre européenne, l’inquiétude sur leurs visages serait totalement inexistante.

Quoiqu’il en soit, la réponse du haut diplomate chinois Zhao Lijian à Pompeo est digne d’une grande puissance qui se respecte. Pour le reste, il est à croire que la Chine saura gérer de la meilleure manière qui soit le défi sanitaire du moment, avec l’assistance de ses véritables amis.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1418

L’interférence étasunienne dans les affaires sud-africaines

2-60

Lors de sa récente tournée africaine, le secrétaire d’Etat US Mike Pompeo s’est permis à donner des leçons à l’Afrique du Sud. Notamment sur la question de l’expropriation foncière sans compensation.

C’est ce que rapporte l’agence de presse étasunienne Bloomberg

Selon lui, « l’expropriation foncière sans compensation envisagée par le gouvernement serait catastrophique pour l’économie et plus encore pour le peuple sud-africain », provoquant une vague de colère au sein de la population de la puissance africaine. Sans rentrer dans ce débat – qui concerne une question interne de la République d’Afrique du Sud, Pompeo a vraisemblablement oublié quelques vérités.

S’il est vrai que la question de répartition des terres agraires reste un problème sérieux en Afrique du Sud, c’est au leadership et aux citoyens du pays concerné d’en décider, et certainement pas à Washington. D’autant plus qu’en termes de démocratie, Pretoria aurait bien plus à apprendre aux USA, que le contraire. Il faudrait aussi savoir que les problèmes existants en Afrique du Sud, notamment le taux de criminalité assez élevé, concernent les citoyens sud-africains de façon générale, et non pas un groupe ethnique en particulier. C’est le premier point. Et là aussi lorsqu’on connait l’énorme taux de criminalité en terre étasunienne, le cowboy ambulant ferait bien mieux à commencer de balayer devant sa porte.

Quant à la question pratique de la redistribution des terres – un sujet qui fait polémiquer la nation arc-en-ciel depuis de longues années, il serait probablement bon de rappeler un chiffre : 72% des fermes et exploitations agricoles en Afrique du Sud sont détenues par des fermiers blancs. Pour rappel, les Blancs d’Afrique du Sud représentant 9-10% de la population. Connaissant le haut professionnalisme de ces personnes dans le domaine qui les concerne, mais connaissant aussi de quelle façon ces terres ont été bien souvent obtenues, il est tout à fait normal que le leadership sud-africain cherche une solution qui pourrait satisfaire une majorité de citoyens. En démocratie réelle, c’est la majorité qui décide. Et dans un pays souverain, c’est à l’intérieur que sont prises les décisions, et non pas dans les capitales occidentales.

Mais de façon honnête, est-ce réellement le sort des fermiers blancs et la situation économique sud-africaine (par ailleurs loin d’être morose) qui inquiètent tellement l’establishment étasunien ? Il est à croire que non. Mais bel et bien la politique indépendante, souveraine et pro-multipolaire de Pretoria. Et ce sur de bien nombreux dossiers internationaux. A commencer par les critiques sud-africaines visant Washington d’interférer dans les affaires intérieures d’Etats souverains, y compris dans le cadre d’interventions militaires. Ajoutez à cela le soutien constant à la Palestine, la condamnation de l’assassinat par les USA du général iranien Qassem Soleimani, le soutien ferme au Venezuela et à son gouvernement légitime, l’appartenance et un rôle actif au sein des BRICS, coordination politico-diplomatique importante avec Pékin et Moscou – notamment au niveau onusien, et enfin une coordination militaire et sécuritaire de plus en plus poussée avec les deux derniers.

Le problème est donc avant tout géopolitique. Connaissant le poids de l’Afrique du Sud sur le continent africain, aussi bien sur le plan économique que politique – au moment même où le leader du pays Cyril Ramaphosa ait été élu président de l’Union africaine (UA), il est évident que la puissance africaine et souveraine, assumant pleinement son soutien au monde multipolaire, déplait fortement aux élites washingtoniennes.

Et en passant, lorsqu’on connait aussi le long soutien obscur des USA, et notamment des structures telles que la CIA au régime d’apartheid, la meilleure chose que Pompeo & Co. devrait faire, c’est de se taire. Et se focaliser sur les problèmes intérieurs US – qui ne manquent guère. Le monde ne se porterait que bien mieux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1406

Entre l’atlantisme et l’Eurasie, la Turquie doit faire un choix

12-35

La Turquie du président Erdogan se trouve aujourd’hui devant un choix stratégique. Membre de l’Otan, Ankara s’est pourtant beaucoup rapprochée de Moscou et Téhéran au cours de ces dernières années, confirmant à cette occasion l’existence d’une orientation eurasienne dans sa politique.

Mais les récents événements dans la province syrienne d’Idlib ont de nouveau ravivé les tensions existantes entre ces deux orientations, confirmant la pleine nécessité de devoir, à un moment ou un autre, faire un choix.

Lorsque fin 2015 les relations turco-russes étaient tombées au plus bas, toujours en rapport avec les événements en Syrie, la Turquie avait en l’espace de seulement une demi-année ressenti les conséquences d’une telle politique. Fort heureusement cette page difficile des relations bilatérales entre Ankara et Moscou a pu être surmontée. Plus que cela, les deux pays ont réussi en peu de temps à revenir au partenariat stratégique qui régissait leurs rapports. Et d’arriver même à un partenariat «très» stratégique, au grand désarroi de ceux qui veulent maintenir à tout prix la Turquie dans la «famille» atlantiste, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Aujourd’hui, les relations géoéconomiques et hautement stratégiques entre la Russie et la Turquie peuvent être réellement caractérisées comme un partenariat gagnant-gagnant, avec un volume des échanges commerciaux constamment en hausse (plus de 20 milliards de dollars en 2019 avec un objectif fixé d’atteindre dans les prochaines années les 100 milliards). Et compte tenu des millions de touristes russes visitant la Turquie chaque année et les nombreuses entreprises turques du BTP travaillant sur le marché russe (ce dernier représentant pas moins de 20% du volume total des commandes dans le domaine de la construction auprès des structures turques à l’étranger), on arrive à une balance commerciale bien équilibrée – sachant que le flux touristique russe vers la Turquie et les marchés du BTP turc en Russie ne rentrent pas dans le calcul du volume des échanges. Sans oublier que le volume des investissements russes en Turquie et turcs en Russie, dans le cadre des projets d’investissement mis en œuvre entre les deux pays, est d’environ 10 milliards de dollars chacun. Une autre nation eurasienne – l’Iran – fait également partie des principaux partenaires économico-commerciaux de la Turquie.

S’ajoutent à cela la coopération dans la sphère énergétique avec le gazoduc Turkish Stream, dans le nucléaire civil avec la centrale d’Akkuyu, sans oublier l’acquisition du système anti-missile russe des S-400 – une première dans la relation d’un pays-membre de l’Otan avec la Russie. Mais malgré tout cet impressionnant partenariat, il est encore prématuré de parler d’une véritable alliance entre la Turquie d’une part, et la Russie avec l’Iran de l’autre. Car au-delà des divergences existantes sur certains dossiers internationaux, dont bien évidemment la Syrie, le fait d’appartenir justement à l’Otan – organisme qui continue de considérer la Russie comme son principal adversaire et ennemi, ne peut permettre de prétendre à une véritable alliance.

Quant à la République arabe syrienne, elle est bel et bien une alliée aussi bien pour Moscou que Téhéran. Dans le cas avec la Russie, cette alliance ne date ni d’aujourd’hui, ni de 2015 – année d’intervention de Moscou dans la lutte antiterroriste dans ce pays, mais bien de plusieurs dizaines d’années. Et au-delà d’une alliance géopolitique, ni la Russie, ni l’Iran ne peuvent permettre à ce qu’un autre pays-civilisation, en l’occurrence la Syrie, puisse subir la présence de hordes barbares et terroristes sur son sol. Il en va non seulement de leur propre sécurité, mais aussi de leurs valeurs.

C’est pourquoi, et malgré les récentes menaces proférées par le leadership turc à l’encontre de Damas, les deux principaux alliés de la Syrie ne permettront certainement pas à ce que la situation dégénère. Compte tenu du rapport stratégique avec la Turquie, les deux puissances eurasiennes privilégient le dialogue et font en sorte d’apporter leur pleine médiation pour éviter une plus grande détérioration de la situation.

La Syrie, quant à elle, est en plein droit à poursuivre l’opération de libération de son territoire national. Conformément à sa souveraineté. Les hordes terroristes salafistes n’ont pas de place en terre syrienne. Il s’agit là aussi d’une question primordiale pour le leadership, l’armée et la population du pays. D’autant plus que ce dernier fief terroriste en terre syrienne – principalement affilié à Al-Qaida – continue de représenter un danger majeur pour la sécurité nationale. D’où l’extrême nécessité d’en finir une bonne fois pour toute.

En ce qui concerne la Turquie, elle se retrouve effectivement devant un choix stratégique. Bien sûr, il faut savoir que la pression sur le leadership turc n’est pas seulement extérieure – surtout de la part de ses pseudo-alliés otanesques. La pression est également intérieure. C’est un secret de polichinelle qu’une partie de l’élite politique turque – aussi bien issue du parti au pouvoir que de l’opposition – reste profondément pro-occidentale et pro-atlantiste. Et donc, à l’instar de leurs mentors n’approuvent guère le rapprochement sans précédent observé entre les grandes nations eurasiennes au cours de ces dernières années. Et aussi en faisant mine d’oublier par la même occasion la tentative de putsch pro-occidental de 2016 – une tentative pour rappel condamnée aussi bien par Moscou que Téhéran. D’autre part, la politique des deux chaises ne pourra pas elle aussi durer éternellement. Et ce choix devra se faire, à un moment ou un autre.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1380

«Deal du siècle»: la réaction mitigée des pays arabes

2-06

Depuis l’annonce du plan de l’administration étasunienne, communément appelé le «deal du siècle», censé résoudre le conflit israélo-palestinien, favorablement accueilli par l’Etat sioniste mais qui a provoqué une vive indignation de la Palestine, il est intéressant de se pencher sur la réaction très controversée des Etats arabes.

Certains analystes feront remarquer un changement d’attitude évident de la part de certaines capitales arabes vis-à-vis de la cause palestinienne, pourtant bien souvent décrite en grande pompe comme un dossier prioritaire de la cause des nations arabes. Certes, les ministres arabes des Affaires étrangères, réunis samedi dernier au siège de la Ligue des Etats arabes, avaient annoncé le rejet à l’unanimité du fameux «deal du siècle». Mais parallèlement à cela, les divers communiqués publiés séparément par les Etats concernés ont marqué, pour nombreux d’entre eux, un manque évident de solidarité à l’encontre de la Palestine.

Evidemment, plusieurs raisons sont avancées, à savoir la confrontation d’un certain nombre de pays du monde arabe avec l’Iran – faisant observer un rapprochement de plus en plus évident de ces Etats en direction d’Israël, ce dernier parlant nuit et jour quant au prétendu «danger iranien». D’autre part, la relation traditionnelle forte de ces pays, notamment du Golfe, avec Washington, allié traditionnel et de premier plan d’Israël et de ses intérêts, fait que les capitales en question restent sous large influence étasunienne, et donc indirectement des intérêts de Tel-Aviv.

Mais est-ce réellement nouveau Ou simplement une continuité qui date depuis un bon moment, faisant simplement apparaitre à l’horizon quelque chose qui était déjà actualité dans le passé, certes de façon un peu plus voilée? Beaucoup seraient amenés à penser que c’est bel et bien la seconde réalité qui serait bien plus proche de la vérité. Car dans les faits, et bien au-delà des mots « solidaires » envers les Palestiniens, seuls quelques Etats arabes ont, traditionnellement, réellement entrepris des actes concrets en soutien à cette cause, dépassant le simple concept des belles paroles.

Parmi ces pays – la République arabe syrienne. Allié indéfectible de la résistance palestinienne depuis de longues années, et malgré les dernières années de guerre sur son sol avec le déferlement de dizaines de milliers de terroristes en provenance de plusieurs dizaines de pays, Damas a maintenu sa position inchangée. D’ailleurs, il n’était pas rare que lorsque des drapeaux nationaux de Syrie aient été posés par les militaires de l’Armée arabe syrienne dans les localités libérées des terroristes, des drapeaux palestiniens soient souvent eux aussi placés aux côtés des drapeaux nationaux syriens. Très souvent en opposition totale avec les éléments terroristes, que ce soit de Daech, d’Al-Qaida ou d’autres qui, à l’époque où ils avaient encore la main se donnaient un vif plaisir à arracher les drapeaux syriens… comme palestiniens. Mais cela est une autre histoire. Au niveau officiel, la Syrie a exprimé sa vive condamnation et son rejet absolu du soi-disant «deal du siècle» qui constitue une soumission à l’entité d’occupation israélienne, et entre dans le cadre des tentatives continues des administrations américaines successives et de l’entité sioniste de liquider la cause palestinienne et d’ignorer la légalité internationale et ses résolutions concernant le conflit arabo-israélien https://www.sana.sy/fr/?p=174984

Une position traditionnellement ferme, bien loin donc des approches des pays du Golfe, entre autres. Parmi les voisins de la Syrie, le Liban et l’Irak – ce dernier ayant récemment appelé les USA à évacuer ses militaires présents sur son sol – ont rejeté de façon nette le plan étasunien, ainsi que dans une moindre mesure la Jordanie.

En ce qui concerne l’Afrique du Nord et notamment les pays du Maghreb, la réaction la plus vive a été observée du côté d’Alger – qui, à l’instar de Damas, a maintenu historiquement un soutien ferme en faveur de la cause palestinienne. Et ce aussi bien sur le plan politique, diplomatique que pratique. Réitérant son soutien «fort et indéfectible à la cause palestinienne et au droit imprescriptible et inaliénable du peuple palestinien frère à l’établissement d’un Etat indépendant et souverain avec Al-Qods (Jérusalem-Est, ndlr) comme capitale. Parallèlement, Alger a rappelé «qu’aucune solution ne saurait être envisagée sans l’association des Palestiniens, notamment lorsque il s’agit d’une solution contre leurs intérêts» – faisant ainsi une référence assez directe au fameux plan américano-israélien, qui ne prend aucunement en compte les intérêts légitimes d’une partie, normalement, impliquée dans le cadre d’un tel «plan». Une position avec laquelle la Tunisie voisine s’est dite solidaire.

Maintenant pour parler concrètement perspectives. Au-delà des relations traditionnellement fortes avec Washington des pays ayant adopté des positions pour le moins ambiguës sur cette question cruciale pour la dignité du monde arabo-musulman, et de l’opposition actuelle de ces capitales avec Téhéran (bien souvent là aussi sous pression US), il y a d’autres questions/raisons qu’il serait probablement possible à avancer. Comment des Etats n’ayant pas encore possession complète de leurs propres souverainetés respectives pourraient-ils être en mesure de défendre une véritable indépendance et souveraineté d’un autre Etat arabe, en l’occurrence la Palestine? Comment des Etats, qui tout en comprenant parfaitement la nouvelle réalité multipolaire et affirmant, de temps à autre, vouloir aller dans le sens de la diversification des relations avec les puissances non-occidentales, mais n’ayant pas le courage d’aller jusqu’au bout de ces déclarations, pourraient-ils jouer un rôle constructif pour la cause palestinienne, qui nécessite des positions solidaires, souveraines et pleinement indépendantes? Là est probablement toute la question.

Ce qui est néanmoins certain, c’est que le plan américano-israélien n’apportera aucun résultat réel au problème israélo-palestinien. Le monde unipolaire post-soviétique est un phénomène désormais révolu. Et dans cette réalité récente, il y a aujourd’hui des forces responsables qui sauront certainement apporter des solutions bien plus constructives, honnêtes et viables. Ce sera difficile, mais tout reste possible. Surtout avec encore un peu de patience.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1360

USA-Europe: les divergences s’accentuent. Quelle sera la suite?

Au moment où le monde multipolaire continue de s’imposer à divers endroits de la planète, devenant une réalité qu’il est aujourd’hui plus que difficile de nier, les divergences entre les partisans de l’unipolarité révolue ne font que s’accroitre, en premier lieu entre les USA et les principales puissances européennes.

Alors que les Etats-Unis s’attèlent de toutes leurs forces à maintenir leur domination mondiale, qui pourtant poursuit sa tendance à la baisse, ce désir de dominer s’étend largement à ses «alliés», en premier lieu européens. Au point de menacer par des sanctions non plus seulement ses adversaires géopolitiques et géoéconomiques – reconnus officiellement comme tels, comme la Chine et la Russie – mais également ses propres soutiens politico-diplomatiques-sécuritaires, en voulant frapper leurs intérêts économiques majeurs.

Dans ce paradigme, il est particulièrement intéressant d’observer les cas de l’Allemagne et de la France, des pays qui sont indiscutablement des leaders économiques au niveau de l’UE continentale. Les leaders de ces nations ont récemment tous les deux assez ouvertement critiqué certaines des politiques étasuniennes, tout en insistant sur la nécessité d’une politique plus souveraine et indépendante européenne.

Ainsi, en novembre 2019 le président français Emmanuel Macron, dans un entretien accordé au magazine britannique The Economist, est allé jusqu’à parler de «mort cérébrale de l’Otan». Les autres points importants soulevés par le chef de la Cinquième République concernaient eux la nécessité pour l’Europe de gagner en autonomie dans le domaine de la sécurité et des questions stratégiques, ainsi que de reprendre le dialogue avec la Russie. Son de cloche semblable en partie dans les déclarations d’Angela Merkel qui parledu besoin de développer le potentiel militaire européen dans le contexte de «l’évolution» des relations avec les Etats-Unis. Toujours selon elle, alors que «l’attention des Etats-Unis sur l’Europe s’affaiblit, les Européens devraient donc assumer davantage de responsabilités». Ceci étant dit, Merkel semble au contraire reconfirmer son ferme attachement à l’Otan, appelant par la même occasion à augmenter les dépenses des pays-membre de l’alliance, gardant ainsi une démarche toujours atlantiste.

Le souci maintenant c’est justement qu’il est tout simplement impossible de pouvoir parler d’une politique indépendante et souveraine de l’Europe, du moment que cela reste sous le parapluie otanesque. Sachant que l’Otan était, est et restera l’instrument par excellence des USA, non seulement dans le cadre des interventions néocoloniales – devenues tout de même plus difficiles à mettre en œuvre ayant en face la réalité multipolaire – mais aussi dans le but de maintenir la domination et le contrôle sur ses prétendus «alliés». A ce titre, il serait erroné de parler d’un manque d’intérêt des Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe, sachant que le désir de Washington de garder son pré-carré en terre européenne ne diminue aucunement. Et cela se traduit aussi bien par la présence militaire que la pression économique, sans oublier la volonté d’élargir fortement sa présence énergétique.

A ce titre, les sanctions récentes annoncées par l’establishment étasunien visant les compagnies européennes participant aux travaux du gazoduc Nord Stream 2, reliant la Russie à l’Allemagne, ne font que le confirmer pleinement. La question se devant d’être posée maintenant: les principales puissances européennes auront-elles le courage de dire à un moment stop à l’arrogance du grand frère outre-Atlantique, se permettant sans vergogne de frapper leurs intérêts économiques et énergétiques, sans parler même d’assumer leur souveraineté inexistante et inacceptable pour Washington? Rien n’est moins sûr. Car si la Turquie d’Erdogan, elle aussi membre de l’Otan, a eu le courage de ne pas céder aux pressions US, notamment dans le cadre de l’acquisition du système russe S-400, assumant sa souveraineté et agissant conformément à ses propres intérêts nationaux, et s’affirmant par la même occasion comme une puissance régionale et internationale, rien ne présage encore pour le moment une telle capacité d’indépendance du côté de Berlin et de Paris. Faisant d’eux par la même occasion des sortes de périphéries de la politique internationale.

Les dernières actions en date, notamment vis-à-vis de l’Iran, le confirment pleinement aussi. Le tout au grand dam de leurs propres populations et cercles d’affaires, fatigués de subir le diktat du maitre étasunien, de même que les conséquences en termes de pertes économiques fortement importantes. La question reste la même: les élites ouest-européennes continentales sauront-elles, un jour, être à l’écoute des citoyens qu’elles sont censées représenter? L’avenir nous le dira. Mais en attendant la réalité reste encore bien morose pour la souveraineté européenne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1325

Elargissement de l’Otan via l’ex-URSS, avec l’argent européen

Alors que les Etats-Unis maintiennent leur projet d’élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, notamment en vue d’y intégrer deux anciennes républiques soviétiques en la qualité de la Géorgie et de l’Ukraine, c’est vraisemblablement les pays européens qui devront mettre la main à la poche.

Si le sujet qu’à l’éventuelle admission de ces deux nouveaux membres potentiels a été de nouveau confirmé le mois dernier, et ce par le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, sans pour autant fixer un timing définitif, la question qui est elle aussi d’actualité aujourd’hui concerne elle les subventions accordées à Tbilissi et Kiev pour leur réarmement conformément aux normes de l’Otan.

Une situation «intéressante» s’impose, mais tellement propre au système préétabli. D’un côté, le principal intéressé dans cet élargissement n’est autre que Washington, qui prépare cette réalité depuis un bon moment déjà. Pour cela, il peut compter au sein de la famille otanesque sur ses sous-traitants infaillibles en la qualité d’Etats comme la Pologne, la Roumanie ou les pays baltes. La vieille Europe suit, en se posant de temps à autre les questions quant à l’intérêt stratégique d’un tel élargissement, mais continue d’appliquer. Maintenant, de l’autre côté s’impose la partie financière de la question. Et là Washington souhaite également s’en sortir grand gagnant, le tout aux moindres frais.

Sachant que l’élite étasunienne a maintes fois déclaré qu’il revient aux pays européens d’augmenter les charges dans le cadre otanesque, il devient donc assez évident que les subventions mentionnées ci-haut reviennent sans doute à la charge des portefeuilles européens. Lesquels plus particulièrement? Evidemment ceux des pays de la «vieille Europe», sachant que les membres de l’Est ne possèdent tout simplement pas les capacités financières dignes de ce nom.

Dans cette configuration, que gagne réellement l’Europe? Si ce n’est une augmentation des tensions déjà palpables avec la Russie, pas grand-chose. Le tout à l’heure où les pays clés de l’UE, comme la France ou encore l’Italie, appellent à revoir le relationnel avec la Russie – non pas par amour, mais par simples intérêts économico-pragmatiques. Et que la première économie de l’UE, en l’occurrence l’Allemagne – dont l’élite actuelle est elle aussi loin d’être une amie de Moscou, mais dont d’importantes entreprises nationales se retrouvent sous menaces de sanctions US, notamment en raison du projet du gazoduc Nord Stream 2 – un projet qui rentre parfaitement dans les intérêts économiques et énergétiques allemands.

Dans cette situation Berlin, Paris et Rome sont-ils en mesure de faire quoi que ce soit? Pour répondre à cette question, il faut surtout bien comprendre dans quelle tourmente se retrouvent les leaderships des capitales citées. D’un côté, l’appartenance pro-atlantiste d’une très large partie des élites politiques de ces pays ne sont pas à démontrer. D’un autre, ces mêmes élites se retrouvent sous pression de la part de leurs propres populations. Des populations qui bien souvent ne partagent aucunement leur solidarité dans les mouvances russophobes et qui souhaitent au contraire un renforcement des liens avec Moscou. S’ajoutent à cela les représentants des cercles d’affaires des dits pays qui ont soit possèdent déjà des projets importants en territoire russe, ou conjointement avec la Russie, soit prévoient d’en avoir dans un avenir proche. Ces cercles d’affaires, comme la société civile de la vieille Europe, en large partie n’approuvent donc pas l’application en terre européenne des prérogatives de Washington, surtout du moment que cela représente tout simplement des pertes financières fortement importantes. Et à ce titre, les Européens savent compter.

Les élites de la vieille Europe, quant à elles, connaissent parfaitement les sentiments régnants cités ci-haut, d’où des déclarations récentes remettant en cause certains projets en cours, décidés en terre étasunienne mais devant être appliqués en terre européenne. Comprenant parfaitement le cercle vicieux dans lequel elles se trouvent, du moins les pays et populations qu’elles sont censées représenter, elles se veulent de faire démonstration de pouvoir parler en voix indépendante, tout en étant incapables de passer sérieusement aux actes.

Quelles perspectives ressortent donc de cette situation, compte tenu des divergences et contradictions qui ne cessent de monter en puissance au sein de la famille européenne et otanesque? Tout dépendra de la capacité des élites européennes d’être à l’écoute de leurs propres populations et des cercles d’affaires – les deux étant au final les principaux contribuables des ambitions en sol européen d’une puissance outre-Atlantique ayant pris l’habitude d’imposer ses innombrables volontés à ses «alliés». S’il est peu probable que les élites ouest-européennes auront le courage dans un avenir proche de donner un non catégorique à ces ambitions washingtoniennes, il n’empêche qu’ils pourront certainement faire retarder des décisions qui n’apporteront aucunement la sécurité à l’Europe, mais au contraire continueront à imposer des murs inutiles, le tout avec des apports financiers qui peuvent incontestablement être utilisés à de meilleurs fins.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1310

Syrie: les USA et l’Europe poursuivent leurs accusations contre la Russie

Alors que l’armée gouvernementale syrienne continue d’étendre le contrôle sur le territoire national, les élites occidentales reviennent aux accusations traditionnelles à l’encontre de la Russie et de la Syrie quant aux frappes que ces dernières mènent à l’encontre des positions terroristes, notamment dans la province d’Idlib.

Bien que ces mêmes élites occidentales savent parfaitement qu’ils ont perdu la guerre qu’ils avaient imposé à la République arabe syrienne, il n’empêche que les attaques et pressions se poursuivent à ce jour, aussi bien sur le plan politique qu’informationnel. Les dernières accusations en date concernent des frappes aériennes syriennes et russes prétendument menées à l’encontre de quartiers-généraux d’organisations humanitaires, en vue de nuire à leur activité.

Pour autant, une question ressurgit assez logiquement dans toute cette situation. Sachant que de facto la dernière province syrienne qui échappe encore en partie au contrôle de l’armée syrienne – celle d’Idlib – est en large partie contrôlée par les éléments terroristes affiliés à Al-Qaida, comment se fait-il alors que ces organisations dites «humanitaires» se trouvent côte à côte de ces terroristes, et plus que cela qu’elles y entretiennent des relations tout à fait cordiales avec ces éléments? Aucun média mainstream occidental ou autre ne donne de réponse à cette question.

Sachant d’autant plus que bien souvent les données accusatoires vis-à-vis de Damas, comme de Moscou, ne sont reprises que via l’organisation obscure des Casques blancs, dont plusieurs membres sont soit ouvertement affiliés aux groupes salafistes, dont Al-Qaida, soit en sont des sympathisants semi-déclarés. Il est vrai que la Syrie fait aujourd’hui moins la une de l’actualité des médias mainstream, il n’empêche que les attaques informationnelles resurgissent à chaque fois que les restes terroristes en terre syrienne que l’Occident politique continue de soutenir se retrouvent en difficulté, comme c’est le cas actuellement.

Damas n’a jamais caché son intention de reprendre sous son contrôle l’intégralité du territoire du pays. Avec le soutien de ses alliés, la colonne vertébrale des terroristes a été cassée, la légitimité a pris le dessus. Et sachant que le gouvernement légitime contrôle désormais la grande partie du territoire national, sur lequel vivent plus des ¾ de la population syrienne, le leadership du pays est plus que jamais motivé à en finir avec les restes extrémistes se trouvant encore sur son sol, principalement à Idlib. Une réalité évidemment qui est loin d’être voulue par les capitales occidentales et dans une moindre mesure golfistes – ces dernières activant de plus en plus les contacts avec Damas en vue de la réalité sur le terrain. La Turquie fait également obstruction dans une certaine mesure aux processus en cours, et ce pour une raison simple: plusieurs factions armées pro-Ankara se trouvent elles aussi dans la province d’Idlib. Ceci étant dit et grâce au dialogue tripartite qui existe entre la Russie, la Turquie et l’Iran, Ankara sait parfaitement que la reprise totale par les forces gouvernementales syriennes des quelques territoires qui lui échappent encore n’est uniquement qu’une question de temps.

Quant aux organisations dites humanitaires, occidentales ou autres, il serait peut-être grand temps pour elles déjà de reconnaitre qu’un grand nombre de réfugiés syriens installés à l’étranger retournent sur leur terre, et plus spécifiquement dans les zones sous contrôle gouvernemental. Et qu’au lieu de lancer des accusations ridicules et sans fin en direction de Damas, Moscou ou Téhéran, elles feraient bien mieux de demander aux gouvernements des pays de leur appartenance de cesser de martyriser le peuple syrien, comme ce fut le cas depuis de longues années. Surtout lorsqu’on sait qu’au-delà d’avoir financé les groupes terroristes et d’avoir favorisé l’arrivée d’extrémistes de diverses contrées du monde sur le sol syrien, les régimes occidentaux ont également imposé des sanctions à l’encontre de la Syrie, des sanctions qui frappent justement la population civile du pays. Une population civile que ces mêmes régimes disent vouloir «aider».

La Syrie n’attend pas l’aide à la reconstruction de la part des régimes occidentaux et consorts. Pour cela elle peut compter sur ses alliés. D’autant plus qu’il est question tout simplement de dignité nationale: les destructeurs d’hier ne pourront jamais être les constructeurs de demain. Donc la moindre des choses que ces régimes pourraient faire, c’est soit d’accueillir sur leur propre sol les éléments terroristes en fin de vie en Syrie – une option bien peu probable, soit de ne plus mettre les bâtons dans les roues dans les processus du retour de la paix en terre syrienne. Sachant que de toutes les manières, la Syrie a gagné. Et que les régimes en question ont perdu. Point.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1309