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Les exportateurs africains et l’eldorado russe

Un supermarché à Moscou

La crise entre l’Occident et la Russie ouvre des perspectives prometteuses à d’autres acteurs économiques. La place laissée libre par les producteurs occidentaux, notamment dans l’agroalimentaire, pourrait ainsi bénéficier aux pays africains.

La Russie représente encore un marché clé pour de nombreux exportateurs européens, qu’ils soient français, allemands, italiens, grecs ou autres. Pourtant, les pays de l’UE ont perdu pour très longtemps, voire pour toujours, de larges parts de marché dans le secteur agroalimentaire.

Les producteurs nationaux russes ont parfaitement su tirer leur épingle du jeu, au point qu’au-delà de l’autosuffisance dans plusieurs secteurs-clés, la Russie est devenue une puissance exportatrice de premier plan: elle s’est même hissée en 2017 à la première place mondiale des exportations de blé, devant les États-Unis, son principal concurrent à l’export.

Mais il serait également juste de rappeler que plusieurs pays non-occidentaux ont su profiter des occasions que représentent les contre-sanctions russes aux sanctions occidentales, y compris dans le secteur agroalimentaire. Parmi eux et hormis des pays voisins d’ex-URSS —hors Ukraine et pays baltes-, on retrouve la Turquie, l’Égypte, le Maroc, l’Afrique du Sud, la Chine, le Vietnam, le Brésil, l’Argentine, entre autres. L’Algérie voit aussi s’ouvrir des perspectives intéressantes et l’Afrique subsaharienne, en plus de l’Afrique du Sud, y aurait toute sa place.

De plus, commercer avec la Russie ouvre potentiellement les portes d’un marché encore plus vaste, celui de l’Union économique eurasiatique, qui comprend déjà la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizistan. Le Tadjikistan, lui, est candidat officiel à l’adhésion et la Moldavie est quant à elle membre observateur. Au total un marché de plus de 180 millions de personnes.

L’Afrique dispose d’un climat unique, propice notamment à la production de fruits exotiques —appréciés des consommateurs russes. Et à condition de créer des conditions favorables, les producteurs d’Afrique subsaharienne auraient toutes les chances de réussir. Et si jusqu’ici les exportateurs africains étaient surtout focalisés sur les pays européens ou du Moyen-Orient, il serait probablement temps aujourd’hui de penser à tisser des liens avec des partenaires russes. À cet effet, une intensification de contacts d’affaires entre les producteurs et entrepreneurs des deux parties, avec le soutien de leurs autorités respectives, serait sans aucun doute la solution.

Et à l’heure du retour de la Russie sur le continent africain, les opportunités mutuellement bénéfiques vont se multiplier, et pas uniquement dans l’agroalimentaire. Les voyages de délégations africaines en Russie, comme russes en Afrique, se sont multipliés au cours de ces derniers mois, des contacts facilités par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’Afrique dispose d’un nombre conséquent de cadres ayant été formés en URSS et en Russie. De plus, de tels échanges bénéficient du soutien des opinions publiques respectives de chaque pays: on sait par exemple que la Russie, notamment grâce à sa politique actuelle, est grandement appréciée dans pratiquement l’intégralité du continent africain.

Côté russe, les élites libérales de l’ère Eltsine, ayant crié et juré que l’avenir de la Russie est «uniquement avec l’Europe et l’Occident», ayant été écartées, le temps des illusions est bel et bien terminé. La Russie coopérera avec ceux qui respectent sa souveraineté, ses intérêts et ses valeurs —comme la Russie respecte et respectera les leurs.

Tout cela pour dire qu’il ne faudra pas s’étonner que la Russie et l’Afrique multiplient dans un avenir proche leurs échanges bilatéraux. De l’aveu des intéressés, il est aujourd’hui évident que la Russie peut beaucoup apporter à l’Afrique, comme l’Afrique peut beaucoup apporter à la Russie. Et cela concerne notamment les domaines sécuritaire, technologique, agroalimentaire, énergétique, minier, éducatif, culturel, du nucléaire civil. L’essentiel étant que la Russie, tout en pensant évidemment à ses intérêts, saura indéniablement aussi respecter et tenir compte ceux de ses partenaires africains. Ce fut le cas lors de la période soviétique, cela restera le cas avec la Russie contemporaine.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804271036133999-afrique-eldorado-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Occident aboie, la Syrie passe

Carte du Proche-Orient

Plus l’Occident sent la situation au Moyen-Orient lui échapper, plus il se montre menaçant et vindicatif. Alors que Damas nettoie les dernières poches de djihadistes les unes après les autres, les États-Unis menacent la Syrie de nouvelles frappes. Elles ne pourront néanmoins inverser l’issue de la guerre et la défaite des affidés de l’Occident.

Alors que l’Occident, USA en tête, menace la Syrie de nouvelles frappes, son comportement ne fait que confirmer qu’il a perdu sa mise dans ce pays proche-oriental. Et dans cette défaite qui se confirme de jour en jour, ce ne sont pas uniquement les États-Unis qui sortent perdants, mais tous ceux qui les ont suivis dans cette aventure criminelle et guerrière visant à déstabiliser un pays souverain.

La Turquie fait figure d’exception, après avoir retrouvé ses esprits et s’être largement rapprochée de la Russie et de l’Iran, aussi bien dans le cadre de ses relations bilatérales avec ces pays que dans le cadre d’initiatives conjointes, comme celles d’Astana. Cette même Astana dans laquelle les décisions coordonnées par la Syrie et le trio Russie-Turquie-Iran ont apporté plus de choses positives et concrètes à la population syrienne que les multiples «sommets» organisés par les Washington, Londres, Paris ou Riyad.

Parmi les indéniables perdants, on retrouve également la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie saoudite ou encore Israël —tous ceux qui ont misé sur la chute de Bachar al-Assad et qui pour y parvenir, se sont appuyés sur des groupes terroristes. Un scénario qui rappelle étrangement celui de la Libye, à une différence près. En Syrie, les forces atlantistes et affiliées n’ont pas pu, malgré leur volonté manifeste, intervenir de façon directe pour faire tomber les autorités légitimes syriennes. La Russie leur barrait la route.

Parlons justement du rôle de la Russie dans la résolution du conflit syrien et dans la victoire contre les groupes terroristes. À ce sujet, un petit rappel s’impose. En 2015 (avant l’intervention de la Russie), Raymond T. Odierno, alors chef d’état-major des forces armées américaines, avait déclaré dans une interview à la chaîne CBS que «la coalition sous commandement étasunien pourrait avoir besoin de 10 ans pour pouvoir vaincre Daech». Pour rappel, à cette période, ladite «coalition» de quelques dizaines de pays affiliés aux États-Unis prétendait déjà lutter contre la secte extrémiste depuis un an.

Puis intervint la Russie, fin septembre 2015, à la demande du gouvernement légitime de Syrie. Et grâce à cette intervention antiterroriste russe, avec le soutien de l’Iran et du Hezbollah libanais, la Syrie a réussi à anéantir Daech à plus de 95%, le tout en deux ans. Des barbares qui se comptaient par ailleurs en dizaines de milliers. Tout cela pour dire que les menaces verbales proférées par l’establishment occidental, du Pentagone à la CIA, de la Maison-Blanche à l’Élysée ou dans l’enceinte de l’Onu, ne signifient au final qu’une seule chose: ils ont perdu et cela fait mal. Très mal.

À croire que pour les élites occidentales, qu’elles soient politiques, financières ou médiatiques, il est difficile de se débarrasser d’une maladie chronique et génétique: l’esprit colonial. Le massacre de millions de personnes aux quatre coins du monde, la colonisation, la traite esclavagiste —tout cela, qu’on le veuille ou non, découle de la politique occidentale au cours des siècles à l’encontre des peuples eurasiens, africains, latino-américains.

Et malgré les tentatives de certains faux bien-pensants de présenter certains pays comme faisant partie du fameux «Axe du mal» pour les opposer à celui du «bien», en clair, l’Occident, le fait est, statistiques à l’appui, que les «champions» absolus en crimes de masse partout dans le monde sont bel et bien les Occidentaux, du moins leurs décideurs. Et ce aussi bien avant le XXe siècle, qu’au cours de celui-ci et jusqu’à ce jour.

Et pour cette minorité, trop habituée à dominer les affaires planétaires, il est évidemment fort difficile de devoir se faire, ou plutôt se refaire, à la nouvelle réalité multipolaire du monde. Se refaire, car il y avait déjà eu un contrepoids à leur hégémonie: l’URSS. Avec sa chute, les élites occidentales ont pensé qu’elles jouiraient pour toujours d’une certaine impunité. Mais il n’en fut rien. La Russie s’est relevée. Largement relevée. Et avec elle se lèvent toutes les autres nations non-occidentales, qui refusent et refuseront fermement le diktat unipolaire en ce XXIe siècle.

La Ghouta orientale est la nouvelle grande victoire de la Syrie et de ses alliés, au même titre qu’Alep, Palmyre, Homs ou Deir ez-Zor. Car elle représentait le dernier fief terroriste soutenu par l’amicale occidentalo-wahhabito-sioniste aux portes de Damas, ville sainte et millénaire. Une amicale qui a beau pester et menacer, les faits sont têtus: elle a perdu son leadership. La Syrie sera victorieuse. La Russie aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804101035885389-syrie-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Moscou et Ankara se rapprochent, Washington et Bruxelles enragent

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan

À l’occasion d’une nouvelle visite de Vladimir Poutine en Turquie, Moscou et Ankara renforcent plus que jamais leur partenariat économique, énergétique, militaire, géopolitique et culturel. Un rapprochement qui ne fait pas les affaires de l’Occident, qui observe avec colère et impuissance cette évolution.

La récente visite de Vladimir Poutine en Turquie est d’autant plus symbolique que c’est sa première visite officielle à l’étranger après sa réélection haut la main, il y a un mois. Elle s’ajoute aux innombrables rencontres Poutine-Erdogan qui ont eu lieu depuis ces deux dernières années —après une normalisation qui s’est traduite aussi bien dans leurs relations bilatérales que multilatérales, notamment dans le cadre de sommets internationaux.

Depuis cette normalisation, les gouvernements des deux pays ont fait un bien grand, sinon un énorme saut en avant. Ils sont devenus les acteurs incontournables —avec l’Iran- de la résolution de la crise en Syrie, laissant par la même occasion les Occidentaux et leurs amis du golfe persique pratiquement hors-jeu —au grand dam de ces derniers. Cette nouvelle réalité eurasienne et proche-orientale s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans le contexte multipolaire. Les pays extérieurs et surtout non invités dans telle ou telle région du monde feraient bien mieux de rester chez eux et de se limiter à observer… Clin d’œil en direction de Washington, Londres et Paris.

Il sera bien évidemment question de la Syrie lors de cette énième rencontre Poutine-Erdogan avant que le duo ne devienne un trio, puisque les deux chefs d’État seront rejoints par le Président iranien Hassan Rohani. Alors que les tensions entre Ankara et ses «partenaires» de l’Otan, dont les USA, la Grande-Bretagne et la France, n’ont jamais été aussi vives, il est certain que Moscou, Ankara et Téhéran comptent poursuivre leurs efforts conjoints en vue de mettre un terme à la guerre en Syrie. Un conflit de toute manière remporté dignement par le gouvernement syrien, là encore au grand dam des instigateurs habituels du chaos international. À ce titre, les récents événements dans la Ghouta orientale —libérée à plus de 90% des terroristes par l’opération encore en cours de l’armée gouvernementale syrienne, ne font que le confirmer. D’autre part, la baisse évidente de l’animosité entre Damas et Ankara est indéniablement un succès supplémentaire de la Russie.

Mais l’interaction russo-turque ne s’arrête pas là. Poutine et Erdogan ont ainsi assisté à la cérémonie de lancement de la construction de la centrale nucléaire d’Akkuyu, l’un des projets stratégiques entre les deux pays, dans la province turque de Mersin. Cette centrale, qui sera construite et mise en exploitation par Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique, assurera 10% des besoins en électricité de la Turquie. Le tout sans oublier bien évidemment le projet du gazoduc Turkish Stream, dont les travaux avancent plus que bien, un projet qui déplaît autant à Washington, Bruxelles qu’à Kiev. Ce dernier perdra en conséquence de larges sommes dues au transit gazier.

Quant aux deux premiers, ils devront mettre la main à la proche s’ils souhaitent continuer à maintenir à flot le régime de Kiev issu du coup d’État ukrainien de février 2014. Eh oui —pour les ambitions géopolitiques, il faut payer.

Et ce n’est pas tout. Le Président turc Erdogan a une fois de plus confirmé l’achat par la Turquie des systèmes russes de défense antiaérienne et antimissile S-400 Triumph. Fait inacceptable aussi bien pour Washington que Bruxelles, qui ont tout fait pour tenter de convaincre Ankara de renoncer à cet achat, connaissant parfaitement ce que peut apporter une coopération militaro-technique russo-turque à terme. Poutine, de son côté, a annoncé lors de cette visite que la Russie allait accélérer les livraisons de ces systèmes, ajoutant que cette décision avait été prise «à la demande de nos partenaires et amis turcs».

Dans tout cela, une chose est certaine: la Turquie d’Erdogan, malgré d’évidentes erreurs dans le passé, notamment concernant la Syrie, a su analyser les faits et prendre des mesures efficaces, dans le cadre de ses intérêts nationaux souverains. Des mesures qui ont en outre permis de réparer certaines de ces erreurs. En effet, la Turquie est et demeure certainement le seul pays membre de l’Otan à disposer d’une politique indépendante et souveraine, à l’énorme différence des Berlin, Paris, etc. Londres? N’en parlons même pas…

Alors que des millions de touristes russes reviennent en Turquie —de loin les favoris des hôteliers locaux- et que les investissements fleurissent dans divers domaines —infrastructures, textile, produits agroalimentaires, services bancaires et financiers, projets éducatifs…- l’heure est à l’optimisme quant au futur des relations turco-russes. N’en déplaise à Washington et Bruxelles: Moscou et Ankara n’ont guère besoin de l’avis des tiers pour avancer. À bon entendeur…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804041035800235-russie-turquie-usa/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Ukraine: le temps de l’argent facile touche à sa fin

hryvnia

Après des années à bénéficier des revenus stables et importants de la rente gazière russe, l’Ukraine doit se préparer à un réveil douloureux. Cette manne devrait en effet se tarir ou du moins considérablement diminuer. L’Occident, qui a encouragé le divorce entre Kiev et Moscou, devra en assumer les conséquences.

Les années passent, la rhétorique russophobe atteint désormais son summum au niveau des élites de Washington, mais aussi de tous leurs affidés —la fameuse affaire Skripal n’en est qu’un épisode supplémentaire. Les satellites étasuniens ont beau reprendre en chœur les chants antirusses, il suffit que leur portefeuille soit menacé pour qu’une vive inquiétude s’installe…

C’est notamment le cas du pouvoir de Kiev, issu d’un coup d’État armé soutenu par l’Occident. L’année 2019 approche et avec elle la perspective de la fin du transit gazier russe via le territoire ukrainien, qui ne sera utilisé dans le meilleur des cas qu’en qualité de hub supplémentaire avec des volumes nettement moins importants que ce n’était le cas jusqu’ici. Et même ces volumes réduits d’au moins quatre fois ne seront aucunement garantis.

Et malgré toutes les belles promesses faites à l’Ukraine par Washington et Bruxelles sur leur avenir commun «radieux», ces derniers ne souhaitent vraisemblablement guère en prendre la responsabilité économique. Alors que la diminution significative des relations à tous les niveaux entre Kiev et Moscou a considérablement désavantagé en termes économiques la première, mais pas la deuxième, le fait de devoir sur le court terme perdre près de 3 milliards de dollars annuels supplémentaires ou l’équivalent de 3% du PIB ukrainien (selon l’aveu de l’ambassadrice étasunienne en poste à Kiev) n’arrange en rien les choses.

En passant, le montant de ces recettes annuelles que l’Ukraine reçoit grâce au transit du gaz russe est plus ou moins équivalent au budget annuel ukrainien de l’éducation et dépasse de 1,5 fois les dépenses destinées à la santé, au sport et à la protection de l’environnement. Ajoutez à cela les millions de crédits qui pèsent sur le budget ukrainien et que Kiev ne peut simplement pas rembourser, et vous comprendrez les peu radieuses perspectives du régime de Kiev.

Au sud, les travaux du gazoduc Turkish Stream reliant la Russie à la Turquie —le deuxième principal marché gazier pour Gazprom- via la mer Noire, avancent rapidement. La première conduite est destinée à acheminer le gaz russe sur le marché turc, la deuxième fournira en gaz plusieurs pays de l’UE en passant par la Turquie —permettant par la même occasion à cette dernière de devenir un important hub gazier. En mars 2018, 53% des deux conduites de la section offshore du gazoduc avaient déjà été installées et tant Moscou qu’Ankara souhaitent que le Turkish Stream soit opérationnel aussi vite que possible. Techniquement, il n’existe aucune raison pour que le projet soit retardé, surtout connaissant le degré d’indépendance du gouvernement turc, malgré l’appartenance du pays à l’Otan.

Pour sa part, le projet Nord Stream 2, qui a pour objectif de doubler d’ici fin 2019 les capacités de son «grand frère» Nord Stream 1, qui passe sur le fond de la mer Baltique, avance bien. Berlin vient de donner son feu vert pour la construction du pipeline sur les 31 km appartenant à la zone économique allemande. Et malgré une pression étasunienne sans précédent en vue de faire retarder ce projet à tout prix, avec le soutien de ses «meilleurs» satellites européens —en l’espèce, la Pologne et des pays baltes- le fait est que le pragmatisme économique allemand semble de plus en plus prendre le dessus. Évidemment, c’est tout sauf l’amour pour la Russie qui motive Berlin, mais bel et bien l’absence d’alternative digne de ce nom en termes du rapport prix/logistique/sécurité de l’approvisionnement gazier. Sachant que l’Allemagne est elle-même un très grand consommateur de gaz, et malgré tout «l’amour» que Berlin dit porter à Kiev, notamment en termes de «solidarité» antirusse, il est évident que sa priorité est d’assurer ses habitants en chauffage à un tarif raisonnable plutôt que de penser aux gains, ou plutôt aux pertes économiques ukrainiennes. C’est connu, les Allemands savent très bien compter.

Bien sûr, Washington comme Bruxelles auraient souhaité maintenir aussi longtemps que possible cette relation de gagnant/perdant: faire miroiter le rêve occidental à Kiev tout en poursuivant leurs avancées géopolitiques et en maintenant l’Ukraine ne serait-ce qu’un minimum à flot avec l’argent de la «méchante» Russie.

Eh bien non. Soyez responsables de vos promesses, messieurs et mesdames de l’establishment occidental. Si, comme vous le prétendez, le «meilleur» avenir se trouve à l’Ouest, prouvez-le par les faits, et surtout par des opportunités économiques réelles pour les pauvres Ukrainiens. On connaît cependant déjà le résultat: la Géorgie et la Moldavie, qui ont également misé sur l’intégration atlantiste n’ont pas mis longtemps pour finalement vouloir raviver au maximum leurs relations économico-commerciales avec la Russie.

Pour finir, une simple question logique: comment se fait-il que le pays qui à la chute de l’URSS était la république ex-soviétique la plus développée économiquement —oui, oui, il s’agit bel et bien de l’Ukraine- ait pu si rapidement se retrouver dans un tel marasme économique? Et le comble, c’est que c’est depuis l’intégration «historique», annoncée en grande pompe, avec l’Occident et le divorce avec la Russie, que la situation économique et sociale est la plus terrible, mettant l’Ukraine au niveau de certains des pays les plus pauvres du monde. À méditer.

Peu étonnant d’ailleurs que le rêve à l’occidentale impressionne de moins en moins de peuples du monde, y compris leur jeunesse. Le temps des illusions appartient au passé. Pour le reste, il est aujourd’hui évident qu’il faut toujours réfléchir deux à trois fois avant de cracher dans sa soupe.
Quant aux technocrates occidentaux, vos ambitions géopolitiques, vous les paierez de votre propre poche.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201803291035717311-ukraine-argent/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Multipolarité, la fin de l’apartheid dans les relations internationales?

globe

Un système injuste qui prétend agir au nom du bien de tous, un système où une minorité entend imposer sa volonté à la majorité, un système par là même condamné. À l’instar du régime d’apartheid en Afrique du Sud, la vision unipolaire du monde porte en elle sa propre fin, comme le confirment les succès des tenants de la multipolarité.

Monde unipolaire = apartheid? Le parallèle entre le système politique raciste d’Afrique du Sud et la gestion internationale du monde voulu par les élites occidentales a de quoi étonner, il n’est pourtant pas si absurde. Qu’on en juge.

Lorsque l’apartheid s’installe en Afrique du Sud, une minorité ethnique, issue de l’immigration occidentale en Afrique, domine tous les domaines du pays —politique, économie, défense…- aux dépens de l’écrasante majorité de la population, et notamment celle de souche. Prenez maintenant le système de gestion du monde qui s’est imposé à la chute de l’URSS, le fameux système unipolaire. À ce moment, les élites de pays ne représentant pas plus de 10% de la population terrestre se sont instituées décideurs de toutes les affaires de la planète, à commencer par les USA, devenus les gendarmes autoproclamés du monde.

Autre similitude. Malgré la base raciste et injuste du régime d’apartheid sud-africain, qui a oppressé de longues années durant les représentants aussi bien de la majorité noire que ceux issus des minorités indiennes, métisses et blanches opposées audit système, le gouvernement sud-africain de l’époque affirmait toujours penser au «bien-être» de toutes les composantes ethniques du pays. Vraisemblablement une habitude au sein des élites occidentales, qui après avoir détruit tellement de pays pour le compte de leurs intérêts géopolitiques et géoéconomiques, continuent malgré tout de crier haut et fort que tout cela se fait pour y apporter «la démocratie, les droits de l’homme et les valeurs universelles».
Des «valeurs universelles» dont eux seuls ont le secret. Et même si la majorité de l’humanité ne veut pas de ces prétendues «valeurs», on pense notamment au «mariage pour tous» et à d’autres exemples, eh bien tant pris: cette majorité terrestre est alors taxée d’extrémisme et déclarée non conforme à la prétendue «communauté internationale», une communauté qui ne rassemble, rappelons-le, tout au plus 10% de la population planétaire. Ceci sans même compter la large opposition, au sein même des pays occidentaux et notamment européens, des citoyens qui refusent d’être associés à la politique de leurs gouvernements et qui rejoignent volontiers le groupe des partisans de la multipolarité.

Après ces parallèles politico-historiques, évoquons maintenant les perspectives d’avenir.

Le régime raciste sud-africain d’apartheid, bien qu’ayant existé des dizaines d’années et pensant pouvoir encore perdurer autant, a fini par tomber. Et c’était tout à fait logique et prévisible. Car malgré toute la puissance oppressive dudit régime, il était devenu clair qu’une minorité ne pouvait pas dominer éternellement une majorité. Et c’est ce qui confirme qu’au niveau global, le système occidental de gestion du monde est appelé lui aussi à tomber.

(Géo) politiquement, c’est déjà de facto le cas. Observez notamment la stricte séparation au sein du Conseil de sécurité de l’ONU (CS) où le bloc Russie/Chine réussit de plus en plus à restreindre les appétits néocoloniaux de la coalition USA/Grande-Bretagne/France. Cette coalition tripartite est d’ailleurs fermement opposée à toute idée d’élargissement du CS, comprenant parfaitement le rôle qui lui serait alors laissé. L’élargissement est au contraire soutenu par Moscou et Pékin (dont la population dépasse, en passant, de plus de trois fois celle du bloc occidental). Pour ces deux capitales, les pays asiatiques, africains et latino-américains, ont également leur mot à dire sur l’avenir du monde, de façon permanente et non pas en qualité d’invités de passage. C’est cela aussi, l’idée de la multipolarité.

Une chose est pour autant certaine: plus le temps passe et plus les réformes observées à divers endroits du monde confirment le succès du bloc russo-chinois, dans sa volonté de modifier définitivement les réalités géopolitiques et géoéconomiques du monde.

Prenons l’exemple de deux structures qui, précisément, jouent un rôle clé dans ce bouleversement du système néocolonial, à savoir l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS.

Quelques statistiques éclairent le débat: la première (Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Inde, Pakistan + certainement bientôt l’Iran) représente 60% du territoire eurasien et presque la moitié de la population terrestre. L’OCS dispose de 20% des ressources mondiales de pétrole, 38% du gaz naturel, 40% du charbon et 30% de l’uranium sur la planète.
La seconde (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) représente quant à elle 26% de la surface terrestre, plus d’un tiers du PIB mondial (appelé à augmenter dans les années à venir) et près de la moitié de la population du monde. Ajoutez à cela les pays qui rejoignent —et rejoindront prochainement- ces deux blocs et vous comprendrez que les injustices néocoloniales de l’unipolarité sont destinées à devenir de mauvais souvenirs.
En attendant, le travail doit se poursuivre.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201803121035469310-multipolarite-relations-internationales/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La Turquie poursuit son éloignement de l’Otan

La Turquie poursuit son éloignement de l'Otan

Les tensions entre la Turquie et ses «alliés» de l’Otan restent plus vives que jamais. Après celles entre Ankara et Bruxelles, c’est désormais avec Washington que les choses se corsent. Dans la recomposition géopolitique en cours dans la région, La Turquie et les États-Unis se retrouvent face à face.

Soyons clairs: jamais les USA n’ont été populaires auprès de Turquie. Ces dernières années, cette tendance s’est confirmée, aussi bien dans la majorité que d’une partie de l’opposition, notamment d’obédience républicaine. Et le fait d’encore appartenir à l’alliance Atlantique ne semble plus être en mesure de stopper la rhétorique hostile entre Ankara et Washington. Une chose est néanmoins certaine: le gouvernement turc ne compte pas reculer dans la défense de ses intérêts nationaux.

En effet, les récents propos du Président Erdogan et de plusieurs hauts responsables de son gouvernement à l’encontre des États-Unis soulignent une fois de plus la fracture au sein de l’Alliance nord-atlantique, dans laquelle Ankara représente indéniablement le seul acteur menant une politique indépendante vis-à-vis du chef étasunien.

Depuis le début de son opération militaire «Rameau d’olivier» dans le Nord syrien contre les Kurdes, préalablement coordonnée avec la Russie, le ton du pouvoir turc ne cesse de monter contre les USA, ces derniers étant les alliés déclarés des forces kurdes combattues par la Turquie. Des forces kurdes qui par ailleurs n’ont pas le soutien de Damas, après avoir ouvertement décidé d’être des éléments de déstabilisation étasunienne.

La Turquie est allée jusqu’à avertir les USA du risque de voir ses soldats frappés s’ils ne quittaient pas les zones du Nord syrien, où ils se trouvent en compagnie des YPG kurdes:

«Si les terroristes ne se retirent pas de Manbij en Syrie, nous lancerons une opération militaire dans cette région également [après celle du canton d’Afrine, ndlr]. Dans ce cas, les militaires américains en uniforme de YPG seront eux aussi la cible de notre opération», avait prévenu Bekir Bozdag, vice-Premier ministre turc. Un message réitéré par Mevlüt Çavuşoğlu, le chef de la diplomatie turque.

Puis, ce fut au tour du président Erdogan d’en rajouter, en condamnant ouvertement la présence US en Syrie: «On nous pose la question de savoir quand nous achèverons notre opération en Syrie. Et vous [les États-Unis, ndlr], êtes-vous partis de l’Afghanistan ou de l’Irak? Daech n’existe plus. Alors pourquoi restez-vous? Vous avez donc des projets contre la Turquie, contre l’Iran, ou peut-être, contre la Russie. Mais nous sommes fermes. Tant que le terrorisme menace notre sécurité, nous agirons avec détermination», avait-il dit, en intervenant devant les députés du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement.

La mention de l’Iran et de la Russie, qui selon Erdogan seraient eux aussi visés par les actions hostiles de Washington ne doit rien au hasard: Ankara poursuit son rapprochement géopolitique avec Moscou et Téhéran, en plus de liens économiques déjà intenses. Cela s’est d’ailleurs traduit avec l’organisation du Congrès des peuples de la Syrie à Sotchi, dans lequel la Turquie a apporté une sérieuse contribution, en coordination avec les gouvernements russe, et iranien.
Plus récemment encore, le dirigeant turc a ouvertement accusé Trump d’avoir menti à la Turquie, comme l’avait fait son prédécesseur Obama, faisant référence au large soutien militaire accordé par Washington aux éléments armés kurdes, considérés par Ankara comme étant terroristes.

En conséquence, depuis plusieurs années, les tensions entre la Turquie —deuxième armée de l’Otan en termes d’effectifs- et ses «partenaires» occidentaux, y compris étasuniens, ne font que s’exacerber. Parallèlement à cela, le rapprochement intraeurasien se poursuit. Et c’est d’ailleurs logique. La Turquie comprend aujourd’hui parfaitement qu’elle n’a rien de positif à attendre dans ses relations avec les élites politiques occidentales, qu’elles soient à Washington ou à Bruxelles. Dans cette situation, cette puissance régionale de premier plan sait qu’elle doit construire son avenir avec des partenaires de confiance, sur lesquels elle pourra compter en cas de difficulté. Surtout qu’elle sait parfaitement qu’elle est elle-même dans le collimateur de ceux qui ont initié le chaos dans cette région.

Néanmoins, il y a indéniablement encore des actions à entreprendre pour la Turquie. La première serait d’annoncer officiellement son désir de normaliser ses relations avec les autorités syriennes. En effet, plusieurs politiciens haut placés, aussi bien au sein du gouvernement que de certaines forces de l’opposition, reconnaissent que ce serait la meilleure solution et dans l’intérêt de la Turquie. Et cela porterait un coup certain aux ennemis de la stabilité dans cette région.

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Mikhail Gamandiy-Egorov

Iran : l’énième tentative de révolution colorée ne passera pas

Protestations en Iran

Alors que la situation en Syrie se stabilise et que la majorité des terroristes ont subi une défaite cinglante, et avec eux leurs soutiens extérieurs. Ces derniers tentent une nouvelle fois de punir l’Iran, l’un des principaux acteurs de la victoire sur le terrorisme en Syrie et l’une des principales puissances indépendantes de la région.

Les mois et les années passent mais les méthodes de certains acteurs gardent toute leur « stabilité », voire même un manque évident de fantaisie. En effet et à l’heure du numérique qui ne cesse d’impressionner à chaque fois un peu plus et au moment où les informations alternatives s’imposent face aux courants « mainstrimois », les partisans de la déstabilisation et du chaos n’ont toujours pas trouvé de meilleure méthode afin d’atteindre leurs objectifs.

Et ces méthodes sont déjà bien connues, étudiées et réétudiées. Et ce qui avait pu marcher en son temps en Serbie, en Géorgie, dans certains pays du monde arabe ou en partie en Ukraine, ne marche plus vraiment aujourd’hui. Les peuples sont aux aguets, tout comme les gouvernements. Et malgré toute la volonté de pays comme les USA, la Grande-Bretagne, Israël ou encore l’Arabie Saoudite de tenter de jouer la carte anti-iranienne, ne serait-ce que prendre une mini-revanche pour leur défaite en Syrie, de même que pour les pertes financières massives sans résultat escompté, vraisemblablement là aussi le résultat espéré ne saurait être atteint. De l’avis de nombreux experts, tout comme des représentants du gouvernement iranien, les manifestations des derniers jours à différents endroits de l’Iran sont appelés à fondre.

Et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, car en face d’une mobilisation anti-gouvernementale — souvent agressive mais fortement limitée en nombre, plusieurs contre-manifestations de soutien au gouvernement et aux forces de l’ordre de l’Iran ont eu lieu — certes elles peu relayées sur les écrans des chaines TV mainstream — pourtant ayant réuni incomparablement plus de monde. D’autre part, les forces de sécurité suivent de près la situation et veillent à la souveraineté du pays. Et pour finir, malgré l’acharnement de la coalition Trump-Netyanhahou-Saoud contre Téhéran, la République islamique sait qu’elle peut compter sur la solidarité avec plusieurs pays, dont les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU — en la qualité de la Russie et de la Chine, toutes deux partenaires stratégiques de l’Iran.

A ce sujet, la réaction de la diplomatie russe n’a pas tardé: « Toute interférence extérieure dans les affaires intérieures de l’Iran est inacceptable », pour reprendre le communiqué sur le sujet du ministère russe des Affaires étrangères. Une réaction qui d’ailleurs ne fait que confirmer la présence dans cette région stratégique de deux axes clairement antagonistes, de par leurs approches ainsi que de leurs visions du présent et de l’avenir des relations régionales, comme mondiales. Si le premier, dans lequel on retrouve la Russie, la Chine et l’Iran, soutient clairement l’approche multipolaire ou comme aiment dire certains multilatérale des affaires internationales, en mettant un accent important sur le respect de la souveraineté des Etats, le second est lui révisionniste dans le sens du refus de la nouvelle réalité géopolitique du monde, avec un désir toujours aussi ardent d’interférer dans les affaires intérieures d’Etats souverains, qui refusent le diktat unipolaire révolu.

Au final, tout cela pour dire que malgré tout le matraquage du mainstream sur les événements en Iran, il est fortement à penser que dans les prochains jours le calme sera retrouvé. Et non pas parce que les dites manifestations seront matées dans la violence, mais tout simplement parce que l’écrasante majorité des citoyens iraniens n’auront pas soutenu les provocations d’une petite minorité, bien souvent manipulée de l’extérieur. Chaque pays peut faire face à des problèmes courants, et l’Iran ne fait pas exception, mais ce n’est pas certainement pas à Washington, Londres, Tel-Aviv ou Riyad de jouer aux donneurs de leçons.

Et d’ailleurs en parlant justement des donneurs de leçons. Essayez ne serait-ce qu’une fois au centre de Paris de lever la main sur un CRS — vous aurez peu de chances d’y échapper. Pire, si cela devait arriver en terre étasunienne, vous aurez peu de chances d’y échapper vivant. En Iran, des coups de feu ont été tirés en direction des forces l’ordre, avec comme résultat au moins un policier tué et plusieurs autres blessés. Donc le mythe d’une manifestation pacifique (clin d’œil au Maidan kiévien) ne tient tout simplement pas. Par contre, je me souviens à ce jour comment durant ma période estudiantine à Paris, en 2008, des amis serbes ont eu droit à des coups de matraque des CRS parisiens sur la Place de la République lors de la manifestation contre la reconnaissance unilatérale « d’indépendance » du Kosovo, berceau de la Serbie, par l’Occident politique. Des manifestants ayant été pour information sans aucune arme, ni objets pouvant poser un quelconque danger pour l’ordre publique. Certainement « démocratie » oblige. On connait la chanson.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201801031034601390-iran-tentative-revolutions-coloree/

Mikhail Gamandiy-Egorov