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L’UEEA: l’intégration de l’Ouzbékistan renforcera l’indépendance agroalimentaire

La République d’Ouzbékistan, devenue membre-observateur de l’Union économique eurasiatique (UEEA) en décembre dernier, pourrait, dans le cas d’une adhésion à venir en qualité de membre à part entière de l’organisation, renforcer considérablement l’autonomie de tous les pays membres de l’union vis-à-vis des importations agroalimentaires. Surtout dans le secteur des fruits et des baies.

Il est important de noter qu’à l’heure d’aujourd’hui, le niveau d’autosuffisance pour les principaux types de produits agricoles et alimentaires au sein de l’Union économique eurasiatique se trouve à hauteur de 93,1%. Pour les experts et les hauts responsables de l’espace eurasien, dont Artak Kamalyan – ministre de l’Industrie et du complexe agro-industriel de la Commission économique eurasienne (l’organe exécutif de l’UEEA, chargé de la mise en œuvre des décisions, du respect des traités et de la gestion des activités économiques de l’organisation, ndlr), ce chiffre devrait dépasser 97% en 2021 pour pratiquement tous les produits alimentaires.

Pour les produits tels que les céréales, le sucre, les huiles végétales, les viandes de porc et de mouton, ainsi que les œufs et les pommes de terre – les pays de l’Union économique eurasiatique sont totalement autosuffisants grâce à leur propre production. L’exception concerne justement les fruits et les baies, sur lesquels le niveau d’autosuffisance se trouve au niveau de 43% et qui restent importés en grandes quantités, y compris en provenance d’Ouzbékistan. A noter que le surplus de fruits et de baies dans ce pays est d’environ un million de tonnes par an.

Par ailleurs, les légumes et les fruits représentent près de 90% de la structure des exportations de denrées alimentaires de l’Ouzbékistan. En ce sens, si l’adhésion de Tachkent en qualité de membre à part entière au sein de l’UEEA se confirme, cela aura indéniablement un effet positif sur tout le marché agroalimentaire de l’Union économique eurasiatique – augmentant significativement l’indépendance agroalimentaire des pays de l’organisation eurasienne vis-à-vis des importations hors-union. Tout en offrant des avantages certains aux exportateurs ouzbèks pour qui les exportations des produits agroalimentaires représentent l’une des principales priorités.

Tout cela permet pour Artak Kamalyan de considérer que grâce au secteur agro-industriel, l’intégration future de l’Ouzbékistan au sein de l’UEEA peut se faire de manière très harmonieuse. Ainsi, cette pleine intégration permettra à Tachkent de jouir de tout son potentiel pour l’approvisionnement du marché des pays membres sur les positions qui représentent son point fort, tout en répondant à ses besoins internes grâce aux capacités des autres pays de l’union en divers types de denrées alimentaires.

Evidemment, la question très importante de l’indépendance alimentaire totale pour l’Union économique eurasiatique, n’est pas le seul avantage qu’offrirait cette pleine adhésion de l’Ouzbékistan à lui-même et les autres pays membres. L’intégration de Tachkent faciliterait largement la vie aux plus de deux millions de citoyens ouzbèks vivant et travaillent dans l’espace de l’UEEA, principalement en Russie. Parmi ces avantages on peut citer l’absence de permis de travail – nécessaire à tous les citoyens étrangers en provenance de pays non-membres de l’union, sans oublier les atouts destinés à leurs familles.

Pour revenir à la question d’indépendance dans le secteur agroalimentaire, elle est importante à bien d’égards. Tout d’abord et à l’heure des tensions montantes avec les pays occidentaux, les pays de l’espace eurasien se doivent de diminuer les liens de dépendance avec les partenaires nostalgiques de l’unipolarité – aussi petite que cette dépendance puisse être. Notamment dans le cas d’imposition de nouvelles sanctions et de contre-sanctions réciproques.

L’autre aspect et pas des moindres, concerne une fort possible adhésion de l’Iran au sein de l’UEEA. Si cette intégration se confirme, il est certain qu’elle ne fera pas plaisir à un certain nombre de pôles pro-unipolaires – Washington en tête, sans oublier ses principaux alliés. D’où l’importance évidente d’augmenter encore plus l’autonomie au sein du grand espace eurasien, qui se positionne comme l’un des principaux acteurs de la montée en puissance du concept multipolaire mondial devenu réalité.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le Xinjiang et toute la Chine – acteurs importants dans la sécurité et la stabilité de l’OCS

Plus d’une trentaine de diplomates étrangers ont tout récemment visité la Région autonome ouïghoure du Xinjiang. Les hauts représentants diplomatiques n’ont pas manqué de saluer le travail remarquable des autorités chinoises dans le développement de la région.

Parmi les hôtes de cette visite, se trouvait le secrétaire général de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Vladimir Norov. Il a déclaré que «Le Xinjiang, ainsi que le reste de la Chine, jouent un rôle important dans la sécurité et la stabilité de l’OCS et de ses pays membres». Ajoutant par ailleurs, que la région fait un bon travail dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Tout en étant convaincu que le Xinjiang fera des progrès plus grands encore dans son développement social et économique.

Moin ul Haque, l’ambassadeur du Pakistan en Chine, a pour sa part déclaré qu’il avait été témoin de la liberté religieuse dont jouissent les habitants du Xinjiang lors de sa visite sur le terrain, et que les développements de la région dans les transports et l’agriculture l’ont profondément impressionné. «Les êtres humains sont confrontés à de nombreux défis et ce dont nous avons besoin, c’est de coopération, pas de diffamation, d’unilatéralisme ou d’hégémonisme», a-t-il noté.

Pour Shohrat Zakir, président du gouvernement régional du Xinjiang, il est important qu’un plus grand nombre de personnes visitent la région afin de découvrir le vrai Xinjiang. En ajoutant que la région connait le meilleur moment de développement de son histoire. En rappelant notamment que de 2010 à 2018 – la population ouïghoure du Xinjiang est passée de 10,17 millions à 12,72 millions de personnes, soit une augmentation de 25,04%.

Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a quant à elle affirmé que le Xinjiang est un lieu ouvert et que les étrangers y étaient les bienvenus. Pour elle, ce que les diplomates ont vu prouve qu’il n’y a pas de violation des droits de l’homme, de discrimination religieuse, de travail forcé ou de génocide dans la région. En ajoutant que l’intention recherchée dans de telles accusations était de créer le chaos dans la région afin de contenir le développement de la Chine, tout en notant qu’au cours de leur visite, les diplomates ont estimé que le Xinjiang jouissait désormais de la stabilité sociale, du développement économique et de la solidarité ethnique.

Maintenant pour parler des perspectives. Cette visite de hauts représentants étrangers dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang démontre tout simplement un autre son de cloche que celui si souvent promu par l’establishment politico-médiatique occidental. Tout en accentuant le fait que ce dernier ne peut aucunement représenter la voix mondiale en étant une extrême minorité planétaire. La communauté internationale, dans son véritable sens, représente beaucoup plus que la simple communauté occidentale.

D’autre part, et en ce qui concerne plus particulièrement le traitement de l’information visant cette province chinoise au niveau des élites occidentales, on retrouve – comme si souvent – les mêmes techniques de manipulation qui avaient visé d’autres pays et régions du monde. Libye, Syrie, Venezuela, Bolivie, désormais et face aux succès des forces gouvernementales contre les groupes armés – en Centrafrique aussi. La liste est évidemment loin d’être exhaustive.

Encore une fois, ce qui provoque la vive inquiétude du côté des forces atlantistes et plus généralement des nostalgiques de l’unipolarité terminée, c’est que les partisans de l’ordre multipolaire mondial actuel ne cherchent plus à se justifier devant les propagandistes occidentaux, mais arrivent sans grand mal à démontrer les faits réels, mettre les instigateurs du chaos international devant leurs propres contradictions, et avoir le soutien d’une large partie de l’opinion publique internationale.

Ce sont, entre autres, les raisons qui pousseront certainement l’establishment washingtonien et atlantiste à attaquer avec encore plus d’agressivité la véritable communauté internationale et l’ordre multipolaire mondial. Et ce sur différents fronts. Il n’empêche que le contrepoids existant désormais dans les sphères économique, militaro-sécuritaire, politico-diplomatique et de plus en plus informationnel, permettra certainement à gérer les défis existants – y compris ceux venant de la part des nostalgiques radicaux pro-unipolaires.

En parlant justement du domaine médiatique, il faut reconnaitre que certains médias occidentaux mainstrimois commencent à user de la tactique d’ouverture à l’objectivité. Aussi bien dans le traitement de l’information que de la mise à disposition de la parole aux experts ne partageant pas la vision unilatéraliste des élites de l’Occident. Il s’agit bien évidemment d’une tactique, mais aussi d’une tentative à sauver tout simplement la face devant une opinion publique internationale de plus en plus hostile à ces médias et aux instruments de manipulation – qui fonctionnent aujourd’hui avec beaucoup moins d’efficacité pour ses créateurs et exécutants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’agression de l’Otan en Libye: dix ans après

Dix années après l’intervention otanesque en Libye, qu’est-il advenu du pays longtemps considéré comme l’un des plus prospères d’Afrique? Cette intervention qui a non seulement créé le chaos sécuritaire en terre libyenne, mais également dans nombre de pays de la région, a par ailleurs tout simplement détruit les fondements étatiques de base. Pour autant, les responsables de cette agression ne se sentent pas coupables jusqu’à aujourd’hui.

Fait assez symbolique – cette période commémore aussi bien les dix années depuis l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, que le 22ème anniversaire des bombardements de la même structure contre la Yougoslavie.

S’il est difficile de dire que les responsables de ces agressions répondront un jour pour les crimes commis – aussi bien à l’encontre des civils et militaires des pays concernés, mais également pour les destructions en masse des infrastructures, le fait est qu’à l’heure d’aujourd’hui il est clairement devenu beaucoup plus difficile pour les cerveaux de ces opérations de mener le même type de campagnes sans avoir à en rendre des comptes. Contrepoids des puissances non-occidentales et réalité multipolaire obligent.

Néanmoins et pour revenir à la Libye, mars 2011 peut effectivement être considéré comme le début de la fin de l’Etat libyen en tant que tel. Depuis, d’un Etat qui pouvait se permettre d’accueillir non seulement des migrants issus de pays régionaux et continentaux, mais même un nombre considérable de citoyens issus de l’UE, on est passé à un pays divisé, devenu un large émetteur de migrants – aussi bien locaux qui fuient l’insécurité et l’absence d’opportunités, qu’étrangers utilisant le sol libyen comme terrain de transit.

Ces derniers se retrouvent d’ailleurs bien souvent en situation terrible, allant jusqu’à l’esclavage pur et simple – dans nombre de cas d’ailleurs pratiqué par les anciens alliés locaux de l’Otan dans l’opération de la chute de Mouammar Kadhafi, parmi lesquels des bandits et des terroristes. La traite d’êtres humains étant devenue monnaie courante dans la nouvelle Libye post-Kadhafi. Une chose est sûre – la Libye d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à avoir avec la Jamahiriya.

Un rappel, et non des moindres, s’impose également. A savoir que l’opération otanesque de 2011 affirmait vouloir « protéger les civils ». Pour autant, Foreign Policy affirme que nombre de civils ont justement été tués lors de l’opération militaire de l’Otan et qu’il est temps de faire face aux responsabilités.

Un autre auteur de Foreign Policy, souligne quant à lui que «l’intervention en Libye de 2011 a plongé la région dans une décennie de chaos et a sapé la confiance des Etats-Unis quant au bien-fondé d’utiliser la force militaire pour sauver des vies». Ceci étant dit, il serait sans aucun doute fort naïf que de croire que l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne était destinée à sauver des vies. Quant au manque actuel de confiance des USA à pouvoir intervenir à divers endroits du monde sans impunité – cette époque est effectivement terminée, comme rappelé ci-haut, et cela est très principalement dû au contrepoids désormais existant sur l’arène internationale.

Pour revenir à mars 2011, l’objectif était clair dès le début: se débarrasser d’un Etat souverain et prospère pour s’accaparer autant que possible de ses ressources naturelles et prendre d’autres «opportunités d’affaires», ainsi que d’éliminer un leader africain et arabe révolutionnaire, dont non seulement les idées, mais également les actions avaient beaucoup contribué à aider nombre d’autres pays africains. Cela sans même parler des énormes projets que Mouammar Kadhafi comptait réaliser pour le bienfait non seulement de son pays, mais aussi pour tout le continent africain. Désormais, cela ne représente plus que des rêves non-réalisés.

Mais l’autre chose marquante et qui est toujours si propre à la mentalité des élites atlantistes, c’est l’arrogance permanente qui les caractérise. Tout comme, encore une fois, l’hypocrisie extrême. A ce titre, l’appel d’Emmanuel Macron afin «que les forces turques et russes quittent le sol libyen au plus vite», est pour le moins ridicule – lorsqu’on sait quelle énorme responsabilité porte justement son pays dans la crise et le chaos qui perdurent en Libye depuis l’intervention de l’Otan de 2011. Une intervention dans laquelle la France de Sarkozy a joué d’ailleurs un rôle de premier plan.

Et que si l’Elysée souhaite réellement avoir un quelconque rôle positif dans le dossier libyen – qui malgré la mise en place d’un gouvernement de transition – est encore loin d’être réglé, peut-être qu’il faudrait commencer par faire un sincère mea-culpa pour la situation qui perdure dans ce pays depuis les conséquences de l’intervention otanesque.

Ces excuses doivent aller aussi bien à l’encontre du peuple libyen, mais également tous les autres peuples d’Afrique dont les pays ont connu une vive recrudescence de terrorisme – notamment dans la région du Sahel, dont l’une des principales raisons est justement le «résultat» de l’intervention en Libye. Notamment au Mali – où la présence militaire française date depuis déjà de longues années, au motif de «lutter contre le terrorisme», sans y obtenir de résultats réellement convaincants. La société civile malienne en sait quelque chose. D’où sa vive opposition à cette présence.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Moscou-Pékin: le diktat washingtonien est terminé

La tentative évidente de l’establishment washingtonien de forcer un retour à l’ordre unipolaire des affaires internationales ramène ce dernier à la triste réalité – pour lui-même – à savoir qu’il n’y aura tout simplement pas d’un tel retour.

La mentalité relative à un comportement de cowboy, propre faut bien le dire, à chaque administration US, ne compte pas changer. Cela est devenu aujourd’hui totalement évident. Les récentes attaques verbales des élites étasuniennes à l’encontre de la Russie et de la Chine ne font que le confirmer. Ceci étant dit ces élites atlantistes doivent effectivement se rendre à l’évidence que la tentative de réimposer de nouveau une domination étasunienne et occidentale dans les relations internationales est pleinement vouée à l’échec.

Dans le cas de la Russie et de son leadership, la récente sortie verbale de Joe Biden, ne représente ni plus ni moins qu’une approche réellement primitive et surtout indigne pour un chef d’Etat – d’autant plus d’un pays qui continue à prétendre représenter l’une des principales forces mondiales. En ce sens, la réponse du président russe a été d’un niveau inatteignable pour les représentants étasuniens, dans leur ensemble.

Mais si certains pensaient que les hostilités verbales washingtoniennes se limiteraient surtout à la Russie, leur pronostic vient d’en être, une fois de plus, complètement mis à mal. Les tout récents échanges de haut niveau entre les représentants US et chinois ont au contraire mis en évidence la haine portée par Washington vis-à-vis de Pékin, et que nombre d’analystes pensaient uniquement propre à la précédente administration étasunienne, mais aussi et surtout la détermination du leadership chinois à répondre, de manière ferme, à ces attaques visant la Chine. Et ce désormais même de l’aveu des médias mainstream proches de l’establishment politique occidental.

Pour The Guardian, «tout espoir que la réunion à Anchorage (Alaska), aurait pu réinitialiser les relations bilatérales (sino-étasuniennes, ndlr), après des années de tensions dans le volet commercial, les droits de l’homme et la cybersécurité durant la présidence de Donald Trump, s’est évaporé lorsque le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, et le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, ont ouvert leur rencontre avec le haut diplomate chinois Yang Jiechi (ex-ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui directeur du Bureau de la Commission centrale des Affaires étrangères, ndlr) et le conseiller d’Etat Wang Yi (par ailleurs l’actuel ministre des Affaires étrangères de Chine, ndlr)».

Le ton accusatoire et condescendant des représentants étasuniens lors de cette rencontre a poussé immédiatement la partie chinoise à la riposte. Pour l’anecdote, et c’est ce qui confirme pleinement la nostalgie et le révisionnisme des élites étasuniennes, c’est la référence faite par les représentants US à «l’ordre international et aux lois qui en ressortent». Mais également que la compétition avec la Chine se poursuivra dans les domaines où cela sera nécessaire, et que la collaboration aura lieu également là où ce sera nécessaire. Mettant ainsi en exergue que le partenariat se fera là où Washington le jugera utile – et sur la base de conditions étasuniennes. Cette tentative évidente à tenter de réimposer l’ordre unipolaire a trouvé une réponse ferme des hauts représentants chinois.

«En ce qui concerne le sujet des cyber-attaques, en termes aussi bien de la capacité d’en lancer ou des technologies qui peuvent être déployées, les USA sont le champion en la matière», a déclaré Yang Jiechi. En ajoutant «que nous espérons qu’en parlant de valeurs universelles ou d’opinion publique internationale de la part des Etats-Unis, la partie américaine se demandera si elle se sent rassurée en disant ces choses, parce que les Etats-Unis ne représentent pas le monde, mais ne représentent que le gouvernement des Etats-Unis».

Les réponses des hauts diplomates chinois aux attaques verbales étasuniennes, rejoignent justement à ce titre la réponse donnée par le président russe Vladimir Poutine – considérée d’ailleurs comme étant «splendide» par son homologue turc Recep Tayyip Erdogan ayant fermement condamné les déclarations de Biden – dont l’un des points principaux a été de dire que nous allons trouver des terrains de collaboration – dans les domaines qui ont un intérêt pour la Russie, et sur la base de conditions qui correspondent aux intérêts russes. Et non pas l’inverse.

Au-delà donc du primitivisme assez évident de l’establishment étasunien dans sa manière de parler à ses homologues, et d’une mentalité propre aux films anciens sur le Far West n’ayant rien à avoir avec le monde contemporain, l’essentiel a été effectivement dit – aussi bien par le leadership russe, que chinois, en réponse à la nostalgie pro-unipolaire et au révisionnisme étasunien. Le message est clair: descendez de votre petit monde, car le monde dans sa globalité ne vous appartient pas. Vous n’en êtes ni ses porte-paroles, ni le gendarme, et n’avez aucune légitimité à parler au nom de la communauté internationale.

Il est évidemment plus qu’improbable que cette mentalité de cowboys ambulants puisse être surmontée et traitée rapidement – le traitement nécessaire doit être vraisemblablement radical. Le fait est que les partisans du monde multipolaire devenu réalité ne comptent pas baisser la garde, ni diminuer les efforts, notamment conjoints, pour montrer justement aux admirateurs du Far West leur véritable place dans le concert des nations du monde.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: 10 années de résistance

La République arabe syrienne se remet progressivement des dix années de guerre imposée sur son sol. Si les dernières années ont permis justement à Damas, avec le soutien de ses alliés, de prendre le dessus sur le terrorisme et l’interférence extérieure, des défis persistent. Que retenir pour la Syrie de ces dix dernières années?

Ce qu’il faudrait certainement retenir, c’est qu’au-delà d’avoir dû courageusement résister à une arrivée massive de terroristes en provenance de pas moins d’une centaine de pays et au scénario promu par les régimes occidentaux et affiliés – à savoir faire tomber le gouvernement syrien de Bachar al-Assad, c’était incontestablement aussi une guerre psychologique, où la manipulation et la propagande de la part de médias se considérant comme étant «l’élite» mondiale en la matière, faisaient partie intégrante du scénario si voulu par les régimes initiateurs de cette agression visant la république arabe.

Tout d’abord, il faudrait rappeler comment les représentants des dits régimes et les grands «experts» occidentaux présageaient la chute du leadership syrien. Si on relit les déclarations et les articles de la période des premières années de conflit, cela paraissait comme quelque chose «d’inévitable et d’irréversible». Pourtant, le pouvoir syrien a bel et bien tenu, et ce avant même l’entrée de la Russie dans la lutte antiterroriste à l’invitation officielle de Damas. Bien qu’il soit vrai de reconnaitre que la situation d’avant septembre 2015 était fortement difficile. Mais ce que les médias occidentaux oubliaient souvent de rappeler, c’est que justement l’armée gouvernementale syrienne devait faire face à plusieurs dizaines de milliers de terroristes, en provenance de plus d’une centaine de pays, le tout avec le soutien politico-diplomatique, financier, logistique, armé et médiatique de l’establishment occidental et des autres pays intéressés par la chute de Damas.

L’autre élément de manipulation durant cette période de la part des médias mainstream était incontestablement la tentative de diviser la nation syrienne, notamment sur la base confessionnelle. Sinon comment expliquer la propagande hostile à la Syrie qui répétait jour et nuit qu’une minorité alaouite «martyrisait» une large majorité sunnite? En omettant presque toujours de rappeler que l’armée gouvernementale de Syrie, à l’instar de la population du pays, est fort majoritairement composée justement de musulmans sunnites. Et que si la population sunnite du pays, de même que la grande partie de l’armée, se seraient retournées contre le président syrien – il n’aurait jamais pu, de ses propres aveux, tenir aussi longtemps. Y compris avec le soutien de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. Evidemment, les médias mainstream ne reconnaitront jamais cette manipulation mensongère évidente.

Là aussi ce n’est pas tout. L’autre message largement véhiculé par les élites politico-médiatiques occidentales – c’est le fait que les civils fuyaient aussi bien Daech que l’armée gouvernementale syrienne. Ces personnages pourraient-ils alors aujourd’hui expliquer pourquoi c’est justement dans les territoires sous contrôle gouvernemental (représentant désormais la grande partie du pays) que les réfugiés rentrent en nombre important? Et ce malgré le fait que la reconstruction du pays n’a pas encore pleinement débuté.

Le souci de cette mentalité purement néocoloniale, arrogante et méprisante vis-à-vis des peuples non-occidentaux, c’est que justement l’Occident politico-médiatique n’arrive toujours pas à se faire à l’idée que quelque chose puisse se faire sans son implication. Plus précisément – à l’heure d’aujourd’hui à beaucoup de choses sans sa participation. En ce sens, la Syrie n’en est qu’un exemple.

Le mérite indéniable de la Syrie et de la large partie de son peuple, c’est justement d’avoir été cet exemple de résistance et de la défense de la souveraineté nationale qui a pu inspirer nombre d’autres peuples à l’échelle planétaire. Notamment sur le point de ne pas céder aux attaques et déstabilisations extérieures – même lorsqu’elles paraissent inarrêtables. La guerre en Syrie a justement pleinement démontré qu’il est possible de stopper les appétits néocoloniaux de ceux qui, tout en représentant une extrême minorité mondiale, continuent de manière autoproclamée à se positionner comme le centre décisionnel en termes de vie ou de mort de la planète toute entière.

Cette époque est bel et bien terminée. Et malgré les défis qui continuent d’exister pour la nation syrienne – beaucoup moins aujourd’hui sur le plan sécuritaire, mais bien plus justement dans le domaine économique, de la reconstruction des infrastructures, et de la poursuite du retour des réfugiés, la Syrie continuera certainement de tenir et d’aller de l’avant. Quant au soutien extérieur, Damas pourra certainement continuer de compter sur les pays sincèrement amis. Quant à ses ennemis, leur défaite en Syrie a ouvert la voie à nombre d’autres échecs pour les élites occidentales sur l’arène internationale. C’est ce que nous retenons aujourd’hui.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les USA perdent «la bataille pour l’Afrique»

Les analystes US ne cachent pas leur vive inquiétude quant à la perte d’influence de Washington sur le continent africain. Et ce face notamment à ses principaux adversaires géopolitiques, parmi lesquels la Chine et la Russie.

Dans un article récent paru sur Foreign Affairs – les auteurs s’inquiètent vivement du décroissement des positions étasuniennes en Afrique, face aux grandes puissances internationales comme la Chine et la Russie.

Les auteurs dudit article ne sont pas des inconnus: Marcus Hicks est un général de division de l’armée de l’air US à la retraite, ayant servi en qualité de dirigeant du Commandement des opérations spéciales US en Afrique, de 2017 à 2019. Kyle Atwell est quant à lui un officier en service de l’armée américaine, doctorant à la School of Public and International Affairs de l’Université de Princeton, co-animateur du podcast Irregular Warfare. Enfin, Dan Collini est un officier de l’armée US également en service actif et associé des chefs d’état-major interarmées.

Tous les trois s’inquiètent donc de l’affaiblissement de la position étasunienne en Afrique, affirmant qu’à l’heure actuelle c’est la Chine et la Russie qui remportent la compétition. Toujours selon eux, les USA ont un besoin urgent à développer une nouvelle stratégie africaine globale: «En tant que militaires, anciens et actifs, dont l’un a dirigé le Commandement des opérations spéciales des Etats-Unis en Afrique de 2017 à 2019, nous considérons que les USA devraient se positionner comme le partenaire privilégié des pays africains à une époque de rivalité croissante entre les grandes puissances. Ne pas le faire mettrait en péril les intérêts américains sur le continent et, possiblement, la sécurité intérieure des Etats-Unis».

Il existe en effet nombre de raisons de considérer que les USA perdent «la bataille pour l’Afrique». La Chine est depuis déjà un bon moment le principal partenaire économico-commercial du continent africain. A titre d’exemple, si en 1999 le volume des échanges entre la République populaire de Chine et les pays africains n’était que de 6 milliards d’équivalent de dollars, en 2010 – le chiffre dépassait déjà les 100 milliards, et avoisinait les 200 milliards en 2019. Et selon le cabinet McKinsey – les flux financiers de la Chine à destination de l’Afrique seraient d’environ 15% plus importants que les chiffres officiels, lorsqu’on y inclut les flux non-traditionnels.

D’ailleurs et toujours selon ce cabinet de conseil en stratégie d’envergure internationale, la Chine est également une source d’aides à croissance rapide, ainsi que la plus importante source de financements des projets de construction dans les pays africains. Des contributions qui ont soutenu nombre des développements les plus ambitieux en matière d’infrastructure en Afrique au cours des dernières années.

Egalement sur la base de pays comme l’Ethiopie et l’Afrique du Sud, Pékin considère ces Etats africains comme de véritables partenaires, engagés de manière fiable et stratégique pour les intérêts économiques et politiques de la Chine. Ces pays ont également créé une plateforme solide pour un engagement chinois continu grâce à leur participation de premier plan à des stratégies comme La Ceinture et la Route (appelée également La nouvelle route de la soie) – leur permettant de bénéficier à une croissance rapide et continue des investissements chinois.

Pour Forbes, la Chine est incontestablement et de loin le principal acteur du boom des infrastructures en Afrique, revendiquant une part de 40% qui continue d’augmenter. Et que pendant ce temps, les parts des acteurs occidentaux chutent brutalement: l’Europe est passée de 44% à 34%, dans le cas étasunien la chute est encore plus évidente: de 24% à seulement 6,7%.

Retournons à l’article de Foreign Affairs, qui mentionne que le rôle de la Russie augmente considérablement aussi: «Ces dernières années, la Russie a considérablement étendu sa présence en Afrique, signant des accords militaires avec au moins 19 pays depuis 2014 et devenant le principal fournisseur d’armements du continent». En ajoutant: «que quelques jours seulement après l’annonce des Etats-Unis de retirer leurs troupes de Somalie en décembre 2020, la Russie a déclaré avoir conclu un accord pour établir une nouvelle base navale à Port-Soudan».

A ce titre, la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch est arrivée tout récemment au Soudan. Un positionnement russe qui selon les experts, notamment occidentaux, donnera à la Russie de nombreux avantages, le tout à un emplacement stratégique.

Le partenariat russo-africain ne se limite évidemment pas qu’à la sphère militaro-sécuritaire. Pour rappel, en 2019 la Russie a accueilli dans la ville de Sotchi, le premier sommet Russie-Afrique de l’histoire, ayant réuni près de 10 000 participants, représentant pratiquement tous les pays du continent africain. Le volume des échanges entre la Russie et les pays africains continue lui aussi d’aller à la hausse: de seulement 760 millions d’équivalent de dollars en 1993 à plus de 20 milliards en 2018.

A titre de comparaison des mouvements des échanges, il faudrait noter que le volume des échanges entre les USA et l’Afrique en 2020 représentait moins d’un 1/3 de ce qu’il était en 2008.

Pour finir, il serait certainement juste de rappeler que la perte d’influence US sur le continent africain, n’est pas seulement due à la montée en puissance de la Chine et de la Russie, ou au désintérêt vis-à-vis de l’Afrique durant l’administration Trump. Histoire oblige: les USA ont au même titre que les pays d’Europe de l’Ouest, joué un rôle majeur dans le commerce honteux lié à l’esclavage. D’Afrique vers les USA évidemment. Et que ce rôle néfaste ne s’est pas seulement limité à cette période douloureuse pour la mémoire des Africains et des Afro-descendants, mais s’est largement poursuivi durant le XXème siècle.

Faudrait-il oublier l’implication étasunienne dans l’assassinat du grand homme d’Etat congolais Patrice Lumumba? Ou la contribution de la CIA à l’arrestation de Nelson Mandela par les services secrets sud-africains de la période d’apartheid? D’ailleurs, ce fut loin d’être la seule collaboration de Washington avec le régime raciste de Prétoria de l’époque – la guerre d’Angola après l’obtention de son indépendance vis-à-vis du Portugal en 1975 – n’en représente qu’une preuve supplémentaire.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les USA tentent d’entraver les projets russo-soudanais?

Les événements d’il y a quelques jours témoignent des nouvelles tentatives washingtoniennes de jouer le rôle du gendarme mondial – à l’heure où il n’en est tout simplement plus capable. Pour cause: la base navale russe au Soudan dont la mise en œuvre inquiète sérieusement l’establishment washingtonien.

Les actions des administrations US toutes confondues se répètent et se ressemblent. Y compris dans le sens d’un refus d’avoir à accepter la réalité multipolaire mondiale – qui, qu’elle plaise ou non à Washington, est désormais une réalité. Ou encore dans le sens que des nations souveraines du monde puissent choisir librement leurs partenaires privilégiés, sans en demander l’avis ou d’autorisation auprès des élites occidentales, étasuniennes en premier lieu.

Depuis l’annonce du projet de création de la base navale russe au Soudan, Washington et ses principaux alliés ont mené toutes sortes de campagnes de lobbying pour nuire à la mise en œuvre dudit accord. Mais face à l’échec de ces tentatives des lobbyistes pro-washingtoniens, les responsables étasuniens ont alors vraisemblablement décidé à tenter de rattraper le retard.

Ainsi, un navire de guerre étasunien a accosté au Port-Soudan un jour après l’arrivée de la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch dans le même port. Pour de nombreux médias internationaux et d’analystes, le timing choisi par la partie étasunienne n’est pas due au hasard, ni à une quelconque coïncidence, mais s’inscrit clairement dans le positionnement washingtonien à nuire à l’accord russo-soudanais de base navale. Ou du moins tenter à faire retarder sa pleine mise en œuvre.

Le cas du Soudan est évidemment assez spécifique dans le sens que depuis la chute de l’ex-président Omar el-Béchir, le pouvoir au pays balance entre les militaires – traditionnellement proches de Moscou et de certains «représentants civils» ayant participé à l’éviction d’el-Béchir, se trouvant sous influence de Washington.

En effet, les USA ont retiré l’année dernière le gouvernement soudanais de sa liste d’Etats «parrainant le terrorisme», notamment dans le cadre du deal pour la normalisation des relations entre Khartoum et Tel-Aviv. Une normalisation sous médiation washingtonienne au bénéfice son allié israélien.

Dans cette perspective, l’establishment étasunien comprend parfaitement que la mise en œuvre d’une base navale russe en terre soudanaise renforcera non seulement l’influence de Moscou sur l’arène régionale concernée et internationale, mais également les liens bilatéraux avec Khartoum, qui pourront incontestablement nuire aux intérêts US, et possiblement à leurs principaux alliés – dont Israël. Après tout, les nostalgiques de l’ère unipolaire révolue voient tous avec vive inquiétude le rôle de plus en plus déterminant de pays comme la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres sur la scène internationale.

Evidemment, dans cette nouvelle phase de la confrontation stratégique et géopolitique entre Moscou et Washington, et dans le cas plus particulier du Soudan, plusieurs avantages restent à l’acquis du positionnement russe. Tout d’abord du point de vue de la relation privilégiée déjà mentionnée entre les militaires soudanais et russes, mais également du fait que le Soudan ne peut oublier les tensions et les pressions diplomatiques, économiques et sécuritaires à grande échelle qui émanaient encore récemment du côté de Washington – et qui restent en partie toujours d’actualité, malgré les campagnes de lobbying qui émanent du camp étasunien et de ses proxys.

Une chose demeure certaine : le bouleversement stratégique dans le monde arabe et musulman après les événements en Syrie, où la coalition menée par les Etats-Unis n’a pas pu réaliser le scénario si voulu au départ – à savoir faire tomber le gouvernement légitime syrien pour asseoir la domination étasunienne sur la région, se fait ressentir jusqu’à présent. D’autres régimes, notamment israélien, sont quant à eux également inquiets de l’interaction régionale russo-iranienne dont l’intensité non seulement ne diminue pas – mais continue de croître, et ce aussi bien sur le plan militaire, que diplomatique, géopolitique et géoéconomique.

Et bien que Washington et ses principaux alliés refusent obstinément de reconnaitre officiellement la réalité multipolaire mondiale, la détermination du camp des nations pleinement souveraines ne fera certainement qu’accélérer les nouveaux succès stratégiques.  Le monde arabe et l’Afrique ne feront pas exception.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nord Stream 2: la patience russe n’est pas éternelle

L’Allemagne encourt non seulement d’importantes pertes financières, mais également énergétiques et politiques, si le gazoduc Nord Stream 2 ne sera pas finalisé et mis en exploitation. C’est l’avis de nombre d’analystes, y compris européens.

Les pays de l’Union européenne, et surtout sa première économie en la qualité de l’Allemagne, se retrouvent de nouveau devant un choix stratégique: soit avoir accès à un approvisionnement énergétique fiable et à moindre coût, soit de nouveau céder aux pressions washingtoniennes qui cherchent à asseoir définitivement sur l’Europe bruxelloise leur mainmise non seulement géopolitique et militaire, mais également géoéconomique. La question actuelle à se poser est la suivante: est-ce que Washington prendra de nouveau le dessus sur la prétendue souveraineté européenne?

Pour le journaliste croate D. Marjanović, si Berlin allait à renoncer au gazoduc Nord Stream 2, la Russie le prendra comme un signal clair pour une réponse ferme. Toujours selon l’auteur, l’Allemagne est désormais confrontée à un choix difficile, et même impossible, à savoir comment faire en sorte de faire terminer les travaux et mettre en service Nord Stream 2 et parallèlement être en mesure de rétablir les relations avec les Etats-Unis, endommagées sous l’administration Trump.

Le journaliste croate dans son éditorial se pose également la question de savoir si l’Allemagne «n’essaie pas de s’asseoir sur deux chaises en même temps». En ajoutant que si Berlin pouvait choisir, il sera « le plus ardent des alliés des USA en public, tout en restant un partenaire loyal des Russes dans les coulisses ». Toujours selon lui, la Russie peut accepter une telle équation.

D. Marjanović ajoute également que sur l’exemple de la Turquie, l’Allemagne a compris que les Etats-Unis restaient implacables sur leurs positions, et que s’il fallait comparer le lien avec la Russie via le nouveau gazoduc dans le cas allemand avec l’acquisition de systèmes russes anti-missiles dans le cas turc, le premier étant un «péché» plus important.  

Evidemment et à ce sujet, il serait juste de rajouter ce que l’auteur croate n’a pas mentionné dans son article, à savoir que la politique de la Turquie reste incomparablement plus indépendante et souveraine, aussi bien dans ses relations avec la Russie que le reste du monde, que celle des élites européistes. Et cela se traduit aussi bien dans le dossier des S-400, que sur le plan énergétique également. Après tout, le gazoduc TurkStream, reliant la Russie à la Turquie par la mer Noire est lui bel et bien opérationnel, et ce depuis l’année dernière déjà.

D’autre part, et cela a été rappelé par le leadership russe, c’est que Washington et ses principaux alliés atlantistes veulent maintenir leur projet géopolitique réalisé en Ukraine grâce au budget russe. A savoir maintenir à tout prix le transit du gaz russe à destination de l’UE par le territoire ukrainien. En d’autres termes – maintenir la politique russophobe de Kiev depuis le coup d’Etat de 2014, en maintenant à flot l’économie ukrainienne non pas avec les fonds occidentaux, mais bel et bien avec les finances de Moscou.

Néanmoins, ce dont l’éditorialiste croate voit juste, c’est qu’en cas de non finalisation du gazoduc Nord Stream 2, la Russie ripostera, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Et si cette option devra être activée, cette riposte sera multiple. Sur le plan financier, l’Allemagne devra compenser les importants investissements du projet. Mais ce ne sera pas tout – Moscou pourra également revoir ses approvisionnements énergétiques à destination de l’Europe bruxelloise, tout en sachant que si l’UE pouvait effectivement se passer des livraisons gazières russes – elle l’aurait fait depuis un bon moment. Mais elle ne le peut pas. Ainsi est la puissance énergétique de l’Etat russe.

L’auteur D. Marjanović se pose à juste titre la question: «Et si les Russes se fâchent et ferment les vannes? Qui fournira de l’énergie à l’Allemagne? Les Etats-Unis? Oui, certainement les USA «s’occuperont» de l’Europe de la même manière qu’ils l’ont fait par la mise à disposition du vaccin contre le coronavirus (il y a des données qui indiquent que l’UE n’a pas reçu les doses commandées, car les Etats-Unis ont payé les groupes pharmaceutiques une somme plus importante, et ce malgré le fait que des accords avec l’Union européenne pour ces livraisons étaient déjà signés».

En résumé, si l’auteur croate mentionne plusieurs faits à très juste titre, il n’empêche que la décision que l’Allemagne devra prendre quant à l’avenir du gazoduc Nord Stream 2 – n’est pas si compliquée que cela. Reste à savoir si le pragmatisme économique traditionnel des Allemands aura une chance à s’en sortir face à l’absence d’une souveraineté digne de ce nom. Mais si à la différence de la Turquie, la première économie de l’UE optera pour le renoncement audit projet, elle devra effectivement faire face aux conséquences financières, énergétiques, voire même économico-commerciales, sachant que le business allemand et européiste de façon générale reste toujours fortement implanté sur le marché russe. Et rien n’empêchera Moscou en cas de nécessité d’élargir ses contre-sanctions visant les intérêts occidentaux.

Mais il y a un point tout aussi important. Si les Européens céderont de nouveaux aux prérogatives washingtoniennes, alors l’UE n’aura qu’un rôle d’extrême nain sur l’arène internationale, dans le cadre du monde multipolaire. Après tout, peut-être que les élites européistes ne soient pas opposées à un tel avenir. Quant aux peuples concernés, ils pourront alors en juger de l’efficacité de leurs prétendus représentants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Chine appelle les USA à assumer leurs problèmes intérieurs

Pékin exhorte les Etats-Unis à améliorer leur propre situation en matière de droits de l’homme. Le tout au moment où Washington continue d’interférer dans les affaires intérieures d’Etats souverains.

Les Etats-Unis doivent faire face à leurs problèmes intérieurs profondément enracinés, dont la discrimination raciale et l’application violente de la loi, et prendre des mesures concrètes pour améliorer leur situation en matière de droits de l’homme. C’est ce qu’a déclaré Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse Xinhua.

Ces remarques ont été faites lors d’un point de presse en réponse à une question selon laquelle la présidente de la Chambre US des représentants Nancy Pelosi, connue pour ses attaques contre la Chine, la Russie et nombre d’autres pays qui ne se trouvent pas dans l’orbite washingtonienne, a récemment rejoint les soi-disant «défenseurs des droits des Ouïghours», représentant une énième tentative d’interférer dans les affaires intérieures chinoises, notamment dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang.

«Nous nous opposons fermement à l’attaque des Etats-Unis sur la politique chinoise concernant le Xinjiang et à leur ingérence dans les affaires intérieures de la Chine sous le prétexte de la question des droits de l’homme, et au mépris des énormes efforts de la partie chinoise pour protéger les droits de l’homme et promouvoir l’emploi des habitants du Xinjiang», a également déclaré le représentant diplomatique chinois.

En parlant de perspectives, y compris dans le cas plus particulier des relations sino-étasuniennes, pour le moment rien ne laisse donc entrevoir une amélioration digne de ce nom dans la relation Pékin-Washington. Si la Chine renvoie à juste titre les USA vers leurs propres et énormes problèmes intérieurs, à l’heure d’ailleurs d’une division sans précédent de la société étasunienne, il faudrait sans doute rappeler aussi que la présence US à divers endroits du monde continue d’être la source de problèmes de première importance.

C’est le cas notamment en Syrie, où la présence militaire étasunienne – en toute illégalité internationale, continue d’être une source de certains problèmes sécuritaires, y compris avec la recrudescence des éléments restants de Daech, dans une zone où se trouve justement une base US illégale. Cela sans oublier l’exploitation – elle aussi complètement illégale – de ressources naturelles syriennes par des compagnies US dans le nord-est du pays, en complicité avec certains éléments kurdes.

La présence étasunienne est également une source de sérieux problèmes chez le voisin de la Syrie – l’Irak. Pour rappel, le Parlement irakien avait voté en majorité le départ de toutes les troupes US de son sol suite à l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani et de son compagnon irakien Abou Mehdi al-Mouhandis. Cette décision date de janvier 2020. Les troupes US, elles, sont toujours en Irak.

Cette réalité de la politique étasunienne qui n’est vraisemblablement pas prête de changer, peu importe l’administration en place, contraste avec les toutes récentes déclarations du secrétaire d’Etat US Antony Blinken, qui a affirmé que les Etats-Unis «ne favoriseront pas la démocratie par des interventions militaires coûteuses ou en tentant de renverser des régimes autoritaires par la force». En ajoutant que les USA «ont essayé ces tactiques dans le passé et qu’aussi bien intentionnées soient-elles, elles n’ont pas fonctionné».

Le chef actuel de la diplomatie US n’a pourtant pas précisé si l’establishment de son pays allait cesser à utiliser les instruments des révolutions de couleur. Ceci étant dit et même s’il l’aurait affirmé, le croire serait pour le moins naïf. D’ailleurs, la reconnaissance même des échecs des interventions armées à divers endroits du monde n’a pas été faite dans le cadre d’un mea-culpa, mais plutôt d’une réalité amère pour l’élite étasunienne. Lorsque dans le cadre du monde multipolaire, nombre d’acteurs internationaux ont pris les choses en main dans le but de bloquer les interminables interférences, déstabilisations et agressions des USA vis-à-vis de nations souveraines.

En ce sens, le rappel à l’ordre des Etats-Unis par la Chine est sans aucun doute à saluer. Si la Chine, comme la Russie, l’Iran et d’autres grandes puissances indépendantes n’ont toujours pas fermé la porte à un dialogue honnête sur les principales questions internationales avec Washington, il n’empêche que si un tel dialogue éventuellement se maintiendra – ce ne sera pas sur la base de conditions unilatérales étasuniennes. Epoque et réalité contemporaines obligent.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: la plateforme d’Astana reprend ses travaux à Sotchi

La 15ème rencontre internationale du processus d’Astana sur la Syrie a repris ses travaux dans la ville russe de Sotchi. Malgré les critiques existantes dudit processus de la part de certains acteurs, notamment occidentaux – cette formule reste jusqu’à maintenant la plus efficace sur le plan d’actions concrètes pour la République arabe.

Le règlement politique en Syrie et le sort du Comité constitutionnel sont devenus les principaux sujets des premières négociations depuis plus d’un an dans le cadre du «format d’Astana», qui ont été déplacées du Kazakhstan dans la cité balnéaire russe de Sotchi en raison de la pandémie du Covid-19. Si jusqu’à présent, la mission principale de la plateforme d’Astana était de résoudre les questions sur le terrain, désormais les accents ont connu une certaine évolution.

Pour rappel, les pays garants de ces négociations entre le gouvernement syrien et les représentants de l’opposition dite modérée sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Avec le Liban, l’Irak et la Jordanie qui participent aux travaux en qualité d’observateurs. La délégation onusienne participe également aux rencontres de la plateforme.

Avant le début de cette 15ème rencontre internationale du processus d’Astana, le représentant spécial du président russe pour la Syrie Aleksandre Lavrentiev a noté que les participants «comptent donner une certaine impulsion – non pas au travail du processus d’Astana en tant que tel, mais plutôt au processus de règlement syrien».

Si la situation sur le terrain a effectivement radicalement évolué au cours des dernières années – avec une reprise sous contrôle de la grande partie du territoire syrien par le gouvernement et la destruction des principales forces terroristes, les défis se maintiennent dans la République arabe, et ce pour plusieurs raisons. L’une d’elles étant la province d’Idlib, dont une partie échappe encore au contrôle du gouvernement. Mais plus que cela encore, ladite zone continue d’abriter un nombre assez important d’éléments terroristes, notamment affiliés à Al-Qaida (bien que leur affiliation ne soit plus aussi «officielle» qu’auparavant). A ce sujet, le principal problème pour Moscou reste la démarcation entre l’opposition armée syrienne modérée et ces groupes terroristes, présents côte à côte.

Les responsabilités sur cette démarcation et l’élimination à Idlib de ces éléments terroristes incombent justement à l’opposition armée syrienne représentée dans les pourparlers d’Astana, ainsi qu’à leur soutien turc. Il faut reconnaitre que jusqu’à maintenant pratiquement rien n’a été fait en ce sens et les dits éléments continuent de «cohabiter» dans la partie d’Idlib n’ayant pas encore été reprise par Damas.

Mais ce n’est pas tout. Les autres problèmes majeurs étant la présence étasunienne illégale sur le sol syrien, en alliance avec une partie des représentants kurdes. Ainsi que l’exploitation des gisements pétroliers dans cette zone par des compagnies US – là aussi en totale illégalité. Sans oublier la base étasunienne d’al-Tanf dans le sud du pays – une zone qui a connu une certaine activation récente des éléments de Daech.

Enfin les sanctions washingtoniennes à l’encontre de Damas continuent de fragiliser la situation humanitaire et le plein lancement de la reconstruction du pays. Bien que cela ne soit aucunement une surprise – l’objectif initial des USA en Syrie n’a jamais été la stabilisation du pays, mais bien la tentative (échouée) de faire tomber le gouvernement légal, y compris si cela devait se produire par une multiplication du chaos et du terrorisme – aussi bien en Syrie, que dans toute la région concernée.

La vision de Damas et de Moscou est également partagée par l’Iran, l’autre principal allié de la République arabe. D’ailleurs et dans le cadre des travaux à Sotchi, la délégation de la Syrie, présidée par Aymane Soussane, ministre adjoint des Affaires étrangères et des Expatriés, a tenu une réunion avec la délégation iranienne présidée par le haut assistant du ministre des Affaires étrangères pour les affaires politiques spéciales, Ali Asghar Khaji.

Les points de vue des deux parties étaient identiques quant à la nécessité de poursuivre l’action conjointe à tous les niveaux, notamment celui de la lutte contre le terrorisme – jusqu’à son élimination de tout le territoire syrien. Les deux responsables ont par ailleurs mis l’accent sur la responsabilité de la communauté internationale de mettre fin à la politique d’imposition des mesures coercitives unilatérales, suivie par certains pays occidentaux et qui visent les peuples, ainsi que sur la nécessité de ne pas politiser le dossier des aides humanitaires et ne pas permettre en même temps l’accès de ces aides aux réseaux terroristes. Les représentants syrien et iranien ont également insisté sur l’importance du respect des références de ce processus, notamment en ce qui concerne le refus de toute intervention étrangère ou la fixation des calendriers fabriqués.

Dans toute cette situation, une chose demeure certaine: la détermination de Damas, comme de Moscou et Téhéran de trouver des solutions pour la pleine relance de l’économie syrienne et la reconstruction du pays, ainsi que l’élimination des derniers éléments terroristes encore présents sur le sol syrien. Si la Turquie ne partage pas pleinement le même agenda et continue de retarder, entre autres, la résolution des problèmes dans la province d’Idlib, sa participation dans le processus d’Astana reste certainement justifiée. En ce sens en qualité de garants dudit processus, le trio Russie-Iran-Turquie a été jusqu’à présent indéniablement plus efficace que toutes les autres plateformes promues par les pays occidentaux et affiliés. Confirmant par la même occasion que l’interaction eurasienne reste sans aucun doute la meilleure des options dans la résolution de nombreuses crises régionales et internationales.

Pour ce qui est des USA et de leurs alliés occidentaux, il serait certainement juste de dire que leur rôle jusqu’à maintenant a été surtout d’entraver les processus en cours. Et ce pour deux raisons principales – la première étant l’échec du projet géopolitique initial de faire tomber le gouvernement officiel syrien. La seconde étant le fait d’avoir été écartés des questions majeures visant le règlement en Syrie. Mais malgré les obstacles mis sur le chemin des partisans de la multipolarité – les choses se poursuivent au détriment des nostalgiques de l’unipolarité révolue. Certes, plus longuement que cela aurait été possible. Mais il demeure peu probable que l’Occident politique puisse faire quoi que ce soit dans la défaite évidente subie dans le cadre du scénario si souhaité au départ par l’establishment occidental en terre syrienne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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