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L’Iran brise le blocus étasunien du Venezuela

Malgré les sanctions étasuniennes visant la République islamique d’Iran et la République bolivarienne du Venezuela, les dernières actions des deux pays démontrent la détermination d’outrepasser ces pressions, et ce malgré les menaces de Washington.

Le premier des cinq pétroliers iraniens est arrivé au Venezuela, transportant des carburants nécessaires pour la nation latino-américaine. L’information est confirmée par Tareck El Aissami, le ministre vénézuélien du Pétrole. Il a également indiqué que le navire a été escorté par les forces armées à son entrée dans les eaux territoriales du pays.

A cet effet, l’ambassade iranienne à Caracas a également publié un communiqué et a remercié les militaires vénézuéliens: «Le premier pétrolier iranien a atteint les côtes vénézuéliennes. Nous sommes reconnaissants aux Forces armées bolivariennes pour l’avoir escorté». La télévision pan-latino-américaine Telesur a en outres diffusé les images correspondantes.

L’arrivée des quatre autres navires est prévue dans les prochains jours. Au total, 1,5 million de barils de carburant font partie des livraisons en cours. Le tout à un moment où les pénuries de carburant en République bolivarienne se sont aggravées avec la propagation du Covid-19. Pour rappel, les USA ont imposé des sanctions visant les exportations de brut de l’Iran et du Venezuela. Tout en proférant des menaces de recours armé. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué de rappeler le représentant permanant du Venezuela à l’ONU, en déclarant que les pétroliers iraniens transportant le carburant à destination de son pays font l’objet d’une «menace d’un usage imminent de la force militaire par les Etats-Unis». Le représentant vénézuélien parle également de «crime d’extermination», puisque ces actions visent à priver le peuple du Venezuela d’un moyen vital de subsistance.

Ceci étant dit, les deux pays ne comptent pas reculer. Et se disent, en cas de nécessité, à être prêts d’utiliser leurs capacités défensives. C’est ce que d’ailleurs n’a pas manqué d’affirmer le président iranien Hassan Rouhani, lors d’une conversation téléphonique avec l’émir du Qatar samedi, cité par l’agence Mehr, en avertissant que la République islamique d’Iran répondrait à toute éventuelle agression étasunienne contre les pétroliers iraniens dans la mer des Caraïbes ou tout autre point du monde.

Si les deux pays se montrent prêts à s’entraider sur le plan énergétique, économique et militaire, il serait également important de rappeler que malgré l’hostilité de Washington et de ses alliés occidentaux, Caracas peut aussi compter, entre autres, sur le soutien de la Russie, de la Chine, de Cuba, de la Turquie ou encore du Mexique – dans le cas des deux premiers y compris au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Cela sans oublier plusieurs secteurs d’importance stratégique qui lient Moscou et Pékin aux autorités vénézuéliennes, parmi lesquels on retrouve également les projets de partenariat économico-énergétique, sans oublier la coopération militaro-technique.

Une chose est certaine. Le refus de suivre les prérogatives de Washington et des capitales occidentales, aussi bien de la part de Téhéran que de Caracas, conforte l’idée que la réalité multipolaire mondiale est bel et bien une réalité admise, et non pas un projet en cours de construction. Malgré cela, et au moment d’énormes défis dont font face à l’heure actuelle les USA, l’establishment de ces derniers n’est toujours pas en mesure, et probablement ne le sera pas, à reconnaitre cette réalité. Quoiqu’il en soit, ce refus égocentré d’un nombre limité de pays de la planète ne pourra vraisemblablement stopper le processus naturel des choses en cours. Les seuls perdants de la réalité présente n’étant que ceux qui la refusent.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Union économique eurasiatique: l’Ouzbékistan en tant que nouveau pays membre?

Selon un sondage récent, effectué par le Centre de recherches et de réformes économiques, basé à Tachkent – la capitale de la République d’Ouzbékistan, ¾ des citoyens ouzbèques soutiennent l’intégration de leur pays au sein de l’Union économique eurasiatique (UEEA).

En effet, les processus d’intégration au sein de l’ex-URSS se poursuivent, notamment dans le cadre eurasien. La principale union économique au sein de l’espace des anciennes républiques soviétiques, qui regroupe actuellement la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizistan en tant que membres à part entière, ainsi que la Moldavie en qualité de membre-observateur, pourrait être élargie à la nation d’Asie centrale ex-soviétique ouzbèque.

Les résultats dudit sondage affichent un soutien de 74% des répondants à l’intégration de leur pays au sein de l’UEEA, 16% y sont opposés, 4% ont répondu par la neutralité et 6% n’ont pas donné de réponse. A noter que le soutien en faveur de l’intégration est plus important chez les femmes interrogées que chez les hommes (82% contre 73%). L’essentiel des partisans de l’adhésion est au sein des groupes d’âges suivants : les jeunes de moins de 20 ans et les plus de 40 ans.

L’analyse des résultats a également révélé que parmi les partisans de l’intégration de l’Ouzbékistan au sein de l’Union économique eurasiatique, le plus grand nombre était parmi les enseignants, les étudiants, ainsi que les représentants du secteur privé (76%).

Parmi les avantages cités par les répondants du sondage, 51% estiment que l’adhésion à l’UEEA aura comme résultat une baisse significative des prix des biens et services, ainsi qu’une augmentation de la qualité des produits due à une amélioration de l’environnement concurrentiel. Le deuxième avantage cité, par 24% des citoyens ouzbèques, étant l’élargissement du marché d’exportation des produits nationaux, avec le potentiel supplémentaire de créer de nouveaux emplois. Enfin 15% des répondants sont convaincus que ladite adhésion améliorera les conditions pour les travailleurs-migrants (pour information sur les près de 2,5 millions de citoyens ouzbèques travaillant en dehors de leur pays, environ 2 millions vivent et travaillent en Russie).

A noter qu’en juin 2019, le président du pays Shavkat Mirziyoyev avait déclaré qu’en vue de prendre une décision sur l’adhésion de l’Ouzbékistan à l’Union économique eurasiatique, le pays devait analyser tous les défis. En janvier 2020, le chef de l’Etat avait annoncé que la question de la participation du pays à l’union devait être étudiée de manière approfondie par le parlement national. Début mars, le Cabinet des ministres a décidé de soumettre à l’examen des deux chambres du Parlement la proposition concernant la participation de l’Ouzbékistan à l’UEEA en qualité d’observateur. Fin avril, la Chambre législative du Parlement a approuvé la participation du pays en qualité d’observateur au sein de l’union.

Maintenant et pour parler perspectives, il serait juste d’aborder plusieurs points. Tout d’abord, un petit rappel historique s’impose. Celui qu’au moment de la chute de l’URSS, l’écrasante majorité des habitants des républiques soviétiques d’Asie centrale, dont l’Ouzbékistan, étaient radicalement opposés à la dislocation de l’Union soviétique. Deuxième point, et cela est tout aussi important : le fait que parmi les partisans de l’adhésion de l’Ouzbékistan à l’Union économique eurasiatique on retrouve une bien large part de jeunes, notamment de moins de 20 ans – la génération qui de facto n’a pas connu l’URSS, confirme pleinement que le processus d’intégration dépasse largement, comme certains pourraient le penser, le cadre des nostalgiques de l’URSS. Si bien que certainement on peut retrouver de nombreuses personnes ayant cette nostalgie au sein des habitants plus âgés, dans le cas des jeunes il s’agit avant tout d’une compréhension logique de l’importance de l’intégration dans l’espace eurasien, y compris évidemment dans le cadre historico-civilisationnel, mais aussi tout simplement une réalité pragmatique des opportunités économiques, commerciales et d’emploi.

Enfin, et malgré la ferme volonté de l’establishment atlantiste de stopper cette intégration dans l’espace post-soviétique eurasien, la réalité est telle que malgré les énormes programmes économiques mis en place par les USA et certains de leurs alliés afin de détourner la jeunesse d’Asie centrale, y compris d’Ouzbékistan, d’un quelconque soutien vis-à-vis d’une intégration eurasiatique, vraisemblablement les résultats de ces tentatives occidentales restent pour le moins… médiocres. Au final, les réalités économiques, alliées à une lecture commune sur de nombreux points de l’histoire, y compris commune, le facteur humain, mental et civilisationnel, restent les atouts qu’il est très difficile d’anéantir, y compris à coups de millions, voire de milliards de billets verts.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Covid-19 aux USA: révélateur des divisions raciales omniprésentes

La propagation du coronavirus au niveau mondial a non seulement montré toute la vulnérabilité de l’humanité face aux pandémies liées à l’apparition de nouveaux virus, mais a également mis en avant les divisions criantes qui continuent d’exister, y compris au sein d’Etats se prétendant être des modèles pour la planète entière.

Alors qu’à l’heure actuelle, les Etats-Unis sont de loin le pays au monde comptant le plus grand nombre de contaminés – plus d’un 1,4 million de personnes (un tiers du total mondial) et le plus grand nombre de décès – plus de 85 000 personnes à ce jour (un peu moins d’un tiers du total mondial), ladite pandémie a révélé que cet Etat reste profondément divisé sur le plan racial et ethnique.

Là encore, il ne s’agit que de statistiques. Ainsi et à titre d’exemple, dans l’Etat de Caroline du Sud (sud-est étasunien), un habitant sur trois est Afro-Américain. Mais à ce jour ils représentent près de la moitié des personnes infectées par le coronavirus dans cet Etat et la moitié des personnes décédées. Autre exemple: dans l’Etat du Wisconsin, les représentants de la population noire comptent seulement pour 7% de la population de l’Etat – mais près du quart des malades et du tiers des morts.

De façon générale, le taux élevé de mortalité dû au coronavirus au sein de la population afro-américaine est reconnu y compris par les experts étasuniens, dont les analystes de l’Université John Hopkins – source de nombreuses publications, statistiques et analyses en rapport avec le Covid-19. D’ailleurs, les exemples des Etats de Caroline du Sud ou du Wisconsin sont bien loin d’être des cas uniques. Ainsi, dans l’Illinois, où les citoyens afro-américains représentent 15% de la population, ils représentaient au même temps 40% des décès dus au Covid-19 (données du mois dernier).

Et de l’aveu de nombreux Afro-Américains, y compris ceux ayant perdu plusieurs membres de leurs familles suite aux conséquences de la pandémie, les soins nécessaires n’ont pas été accordés de manière appropriée pour nombre d’entre eux. Plus que cela, certains hôpitaux auraient même refusé l’hospitalisation pour des personnes contaminées, stipulant qu’il n’y avait pas de certitude qu’elles soient atteintes du coronavirus.

Le souci supplémentaire, c’est que ce sérieux problème d’inégalités criantes et souvent même de discrimination pure et simple, ne se limite pas à l’exemple afro-américain. Car les populations de souche, pour beaucoup vivant toujours dans des réserves qui leur avaient été créées suite à la spoliation de leurs terres par les colons blancs anglo-saxons, font face également à un risque majeur dans le cadre de la propagation du Covid-19 aux USA. De même que la population latino-américaine.

Cela signifiant qu’un pays qui se prétend être le modèle mondial par excellence en termes de démocratie ne peut être considéré comme tel alors qu’en 2020 une partie de ses citoyens se retrouvent ouvertement, pour des raisons raciales, ethniques et sociales, par-dessus-bord des droits les plus élémentaires. Mais surtout qu’un pays ayant de tels problèmes à l’interne, et qui ne font que réapparaitre de façon plus notable à la surface au moment d’une pandémie globale, ne peut et ne doit pouvoir prétendre à posséder le droit de vie ou de mort vis-à-vis de nations du monde qui ne lui ont rien demandé.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La grande puissance médicale nommée Cuba

A l’heure de la propagation du coronavirus– sujet phare de l’actualité mondiale, et des différentes approches des pays à lutter contre la pandémie, il y a une nation qui sort incontestablement du lot.

En effet, lorsqu’on fait référence à Cuba, ce n’est pas seulement sa beauté touristique, culturelle et humaine qui soit mis en avant, mais c’est aussi son savoir-faire scientifique et médical. Le tout alors que l’île de la Liberté continue de subir, depuis plus d’un demi-siècle, l’embargo étasunien. Ce qui n’empêche aucunement le pays d’être une puissance reconnue au niveau mondial pour ses capacités dans le secteur de la santé et de la recherche scientifique.

Depuis le début de la pandémie du Covid-19 et jusqu’à maintenant, La Havane participe à la lutte contre ce fléau dans 21 pays, avec la présence sur le terrain de ses spécialises médicaux. Y compris dans les Etats les plus touchés en termes de nombre de contaminations, que ce soit l’Italie ou la France (pour cette dernière plus exactement au sein de ses départements d’outre-mer). Les médecins cubains remplissent également leur mission dans nombre de pays d’Amérique latine, notamment au Venezuela, sans oublier l’Afrique – continent avec lequel le pays partage depuis longtemps une relation privilégiée.

Mais si les citoyens concernés expriment sincèrement leur gratitude envers Cuba, côté washingtonien cela ne fait que provoquer colère. Ainsi, les représentants de l’establishment étasunien accusent La Havane d’utiliser ses médecins comme des esclaves et de réaliser par ces actions d’aides des campagnes de « propagande » pro-cubaines. Parmi les personnages faisant de telles affirmations, on retrouve le secrétaire d’Etat US Mike Pompeo – ayant entre temps accusé nombre d’entre pays, dont la Chine et la Russie, certainement pour faire voiler la terrible gestion de la crise sanitaire liée au coronavirus sur le territoire étasunien (aux dernières statistiques: plus de 867 000 cas de contaminations et plus de 48 000 décès, étant à ce titre le pays le plus touché aujourd’hui au niveau mondial).

Mais cela fait bien longtemps que Cuba ne réagit plus vraiment avec grand intérêt à ces accusations, et continue d’agir et de largement contribuer à la lutte cruciale du moment. Ceci étant dit, il serait peut-être intéressant de se pencher vraiment sur le fait si les médecins cubains seraient des «esclaves» et si les opérations d’aide internationale seraient des opérations de «propagande». Sur le premier point, il serait important de mentionner que nombre de médecins cubains se trouvant à l’étranger sont jeunes et pour nombreux célibataires. Donc logiquement parlant, s’ils se trouvaient réellement dans un état d’esclavage ou d’exploitation, rien ou peu pourrait les stopper à demander massivement l’asile dans les pays où ils se trouvent. Sauf que cela ne se produit pas et les spécialistes médicaux cubains préfèrent dans leur grande majorité à rentrer chez eux à la fin de leurs missions à l’étranger.

Quant aux actions de «propagande» – il y a bien longtemps que ni les autorités, ni le peuple de Cuba ne se font d’illusions quant au fait de voir les sanctions injustement imposées contre leur pays se terminer. Le comportement des élites étasuniennes et plus généralement occidentales ne changera pas, du moins sur le court-moyen terme. Donc si certains pensent sérieusement que Cuba envoie de l’aide, y compris dans les pays occidentaux, pour espérer la fin ou au moins un allègement de l’embargo subi, c’est mal, très mal, connaitre le peuple cubain.

Pour finir, quelques chiffres de grand intérêt. Cuba fait partie des pays possédant l’une des meilleures espérances de vie au monde: une moyenne de 78,66 ans, devant les USA. Par ailleurs et selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le pays peut se vanter d’avoir le meilleur taux mondial pour la densité médicale, ou en d’autres termes le nombre de médecins pour 1000 habitants: 8,19 en l’occurrence. A titre de comparaison: 5,4 pour la Suède (4ème mondial), 4,24 pour la Suisse, 4,21 pour l’Allemagne, 3,23 pour la France, 2,81 pour le Royaume-Uni, 2,59 pour les Etats-Unis… Le tout pour un pays ayant été considéré, un temps, comme «le bordel de l’Amérique» – lors de la dictature pro-US de Batista, l’époque où le pays était incontestablement l’un des moins développés au monde.

Cela sans oublier que Cuba post-Batista a également formé de nombreux médecins et chercheurs étrangers, et continue de partager son savoir-faire, surtout avec les pays se trouvant dans le plus grand besoin. Le coronavirus a eu le mérite de nous rappeler à tous notre vulnérabilité face à de nouvelles épidémies et aussi à quel point chaque vie compte, surtout lorsque les morts sont aux quatre coins du monde. Et donc de l’importance d’un système médical de haut niveau. Et dans ce cadre-là, qui est aujourd’hui une puissance incontestable? La réponse ne devrait pas être difficile à trouver. Quant à la solidarité, la vraie, sans distinction, ni calculs politiques, La Havane là aussi pourrait donner bien de leçons à nombre de pays.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Coronavirus: qui présentera une facture à qui?

Au moment où plusieurs voix s’élèvent au sein de l’establishment occidental afin de faire «payer» la Chine pour la propagation du Covid-19, nombreux sont ceux qui considèrent cette prise de position comme une énième tentative de nuire aux positions internationales de Pékin, et surtout de fuir ses propres responsabilités.

Parmi les pays où ses voix, issues aussi bien de l’élite politique, médiatique «qu’intellectuelle», sont les plus intenses, on retrouve comme souvent les mêmes: Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne. Plusieurs appellent ouvertement à présenter une facture à la République populaire de Chine en vue de la faire payer pour la propagation du fléau du moment.

En observant ces appels de faire d’un pays le bouc émissaire d’un problème aujourd’hui mondial, les élites occidentales ne se discréditent-elles pas encore plus? Cette question est légitime, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord et jusqu’à maintenant l’origine de l’apparition du coronavirus reste obscure – pratiquement chaque jour qui passe de nouvelles théories apparaissent, y compris dans la communauté scientifique, allant dans toutes les directions. D’autre part, et au vue de la gestion de ce fléau global dans divers pays, on est en droit de se poser la question si de tels appels ne sont tout simplement pas une tentative de voiler ouvertement la terrible gestion de la situation dans nombre de pays – en premier lieu les appelants à cette punition collective.

Comment se fait-il qu’un pays comme la Corée du Sud, voisin géographique et dont l’intensité des relations économiques et des flux réciproques avec Pékin n’est pas à démontrer, a fait preuve jusqu’à maintenant d’une capacité de gestion pratiquement excellente? Et où la situation semble désormais totalement sous contrôle. Le Singapour – autre pays possédant d’énormes intérêts conjoints avec la Chine, avec un flux humain et commercial de part et d’autre qui n’est également pas à démontrer – de même. Ou encore le Vietnam, ayant lui aussi une situation de proximité géographique, humaine, économique avec l’Empire du Milieu: 268 cas de contaminations à l’heure actuelle, 214 guérisons et 0 décès…

Comment se fait-il que la Russie, qui possède plus de 4200 kilomètres de frontières communes avec la Chine, un flux humain dans les deux sens important, et des échanges économiques plus qu’intenses – la Chine étant tout simplement le premier partenaire économico-commercial de Moscou, ait vu l’apparition et la propagation du Covid-19 depuis l’Europe? En effet, le patient zéro en sol russe est arrivé de l’UE. Tout cela alors que les autorités de Russie avaient été informées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le risque que présentait la propagation du nouveau virus exactement au même moment que celles de l’UE, des USA, et du monde entier. Suite à quoi la Russie, malgré les intérêts économiques très importants la liant à Pékin, n’a pas hésité à fermer temporairement la frontière sino-russe, après rapide concertation avec l’allié chinois. L’erreur a été certainement de ne pas avoir fait de même du côté occidental de ses frontières – ayant espéré une approche responsable de la part des «responsables» européistes.

Car si aujourd’hui la Russie, comme nombre d’autres pays, notamment africains, voient la propagation du coronavirus sur leurs sols respectifs – c’est uniquement en raison de l’incompétence et de la négligence au plus haut niveau des représentants de l’establishment occidental. N’est-ce pas d’ailleurs les mêmes représentants qui d’un ton moqueur commentaient les mesures prises par les autorités chinoises dans le cadre du confinement dans la province de Wuhan ? Et par la suite des capacités chinoises de gérer la situation liée à la propagation du coronavirus? Aujourd’hui, les chiffres et statistiques parlent d’eux-mêmes.

Donc à partir du moment que de nombreux pays aient vu l’apparition et la propagation du coronavirus sur leurs territoires depuis le sol européen – alors qu’au départ ils avaient bien plus de «chances» de le voir arriver depuis le territoire de Chine, cela confirme d’une part que les autorités chinoises ont géré avec efficacité le fléau, tout en apportant aujourd’hui un soutien médical, technique et économique à de nombreux Etats du monde, et que les élites occidentales en ont été complètement incapables. Et que donc les pays concernés par l’arrivée du Covid-19 depuis les Etats occidentaux devraient donc présenter une facture à ces derniers? Si on se base sur la logique et la mentalité de l’establishment atlantiste – la réponse est incontestablement oui.

Mais plus sérieusement parlant, la meilleure chose à faire aujourd’hui serait d’unir les efforts en vue de vaincre le coronavirus. Les élites occidentales en-sont-elles capables? Au vue des gesticulations récentes et des accusations voulant faire voiler leur propre incompétence et négligence, de la mentalité propre à la guerre froide, et de l’incapacité à adopter une approche sans complexe de supériorité, la réponse est sans aucun doute – non.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Nouvel accord OPEP+ : ni Riyad, ni Washington, en vainqueurs

C’est fait, le nouvel accord entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et les pays producteurs non-membres de ladite organisation, destiné à réguler le marché du pétrole en période de crise mondiale, a été bel et bien coordonné. Et ce malgré les actions récentes de l’Arabie saoudite d’une part et la politique US qui visait à dominer le marché énergétique mondial, de l’autre.

Au final, ni le royaume wahhabite, ni l’establishment US n’ont obtenu gain de cause. Les premiers sont revenus à la table des négociations en vue de trouver la solution qui puisse convenir à toutes les parties impliquées. Les USA, eux, se voient quant à eux obligés de s’adapter désormais à la dynamique des prix mondiaux sur le pétrole et surtout à comprendre que leur volonté de domination sur ce marché stratégique ne pourra se réaliser.

Dans le cas plus particulier de l’Arabie saoudite et de la Russie – chefs de file respectifs des groupes OPEP et non-OPEP, les deux pays vont baisser la production jusqu’à 23%, pour atteindre une production réciproque de 8,5 millions de barils par jour, représentant une baisse de 2,5 millions de barils par jour pour chacun – 11 millions de barils de production journalière ayant été pris comme la référence à partir de laquelle la baisse aura lieu.

Ceci étant dit, l’engagement à baisser la production pétrolière est de facto plus importante côté saoudien: ayant récemment augmenté la production journalière à hauteur de 12,3 millions de barils, suite au refus du mois de mars de la Russie et nombre de ses alliés de signer l’accord dans sa forme de l’époque, la baisse côté saoudien est donc plutôt de 3,8 millions de barils par jour, depuis le tout récent accord. Quant à la Russie, dont la production journalière récente était de 11,3 millions de barils par jour (chiffres de mars, sans augmentation en avril), la baisse suite au nouvel accord OPEP+ est de facto de 2,8 millions de barils, soit une baisse d’un million de moins que du côté saoudien.

La mission saoudienne donc de tenter de prendre des parts de marché à l’international à la Russie… n’a simplement pas abouti. Quant aux USA, bien qu’ayant souhaité jusqu’au bout montré leur indépendance vis-à-vis du groupe OPEP+, la réalité a fait qu’ils ont été obligés de suivre la nouvelle marche énergétique et accepter, malgré eux, de baisser leur production. Avec un coût de production du pétrole de schiste – ayant permis dans un passé proche de devenir le premier producteur mondial et de prendre des parts de vente sur le marché pétrolier international – bien supérieur aux coûts russe et saoudien, les USA entrevoient désormais une baisse, qu’ils appellent «technique», à hauteur de 2-3 millions de barils par jour. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré Aleksandre Novak, ministre russe de l’Energie, ayant joué un rôle majeur dans les négociations de l’accord:

«Les Américains eux-mêmes soutiennent désormais activement l’accord et se disent prêts à contribuer à la réduction de la production: on a entendu des chiffres allant de 2 à 3 millions de barils par jour. Les Américains sont très intéressés, car pour eux il s’agirait sinon (si l’accord n’était pas conclu) d’énormes pertes d’emplois».

Plus que cela, les Etats-Unis ont par ailleurs accepté de prendre sur leur propre responsabilité une partie de la baisse de production dédiée au Mexique. En effet, les représentants du pays latino-américain étaient opposés jusqu’au dernier moment à accepter le quota de réduction à hauteur de 350 000 barils journaliers. Et c’est là que les USA ont dû accepter d’intervenir, en acceptant de prendre à leur charge 250 000 barils supplémentaires en termes de réduction, permettant au Mexique de ne limiter sa production qu’à hauteur de 100 000 barils par jour.

Last but not least, trois pays membres de l’OPEP – en l’occurrence l’Iran, la Libye et le Venezuela – sont quant à eux exemptés des réductions de production de pétrole en raison de «problèmes politiques», le premier et le dernier étant surtout sous le coup des sanctions washingtoniennes. Et lorsqu’on sait que par exemple le Venezuela commercialise activement son pétrole via l’allié russe, pour Moscou il s’agit évidemment d’un atout supplémentaire. A noter d’ailleurs que les actifs pétroliers russes en République bolivarienne appartiennent désormais non plus à la compagnie Rosneft, mais directement… à l’Etat russe. Le tout après une transmission récente des parts.

Et donc dans toute cette situation, où tellement d’analyses et d’opinions avaient surgi à la suite du désaccord du mois dernier entre la Russie et l’Arabie saoudite, et de la guerre des prix qui s’en est suivi, la victoire n’est certainement pas du côté de Riyad, ni de Washington. Le temps où ce duo pouvait avec un simple claquement de doigts déstabiliser l’économie de pays entiers est vraisemblablement révolu. Le Far-West saoudo-étasunien doit désormais s’habituer à une autre réalité et de nouvelles règles.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Covid-19: l’arrogance occidentale ne diminue pas

Au moment où le coronavirus continue de se propager à divers endroits du monde, et que jusqu’à maintenant la gestion la plus inefficace était justement celle des pays occidentaux, le niveau d’arrogance des élites atlantistes ne semble guère aller à la baisse.

Les élites de l’Occident, aussi bien washingtoniennes que bruxelloises, sont tout de même des organismes assez spéciaux et dont il est fort difficile de trouver l’équivalent. Alors qu’à l’heure actuelle, les pays ayant été touchés de plein fouet les premiers par l’apparition et la propagation du coronavirus semblent reprendre en main la situation – la Chine en premier lieu, mais également l’Iran ou encore la Corée du Sud, les pays occidentaux eux, qui pourtant avaient la possibilité de limiter les dégâts par des mesures de prévention, ne semblent toujours pas en mesure de pouvoir gérer efficacement la situation qui prévaut. A ce titre, sur les dix pays comptant le plus grand nombre de cas de contaminations, sept sont des Etats occidentaux, dont pour nombre d’entre eux pour le moment incapables d’inverser la tendance.

Parallèlement à cela, alors qu’il est devenu évident d’une nécessité absolue de cohésion et de large solidarité internationale, les élites politiques de l’Ouest restent obstinées à maintenir leur approche traditionnelle vis-à-vis des pays non-occidentaux, surtout si ces derniers constituent des adversaires géopolitiques déclarés de l’Occident. Ainsi, les sanctions visant l’Iran restent toujours en vigueur. Les appels de la Chine à mettre de côté, au moins le temps de gestion de cette crise, les divergences géopolitiques et géoéconomiques restent sans réponse côté occidental. Quant au projet de Déclaration au niveau de l’Assemblée générale de l’ONU proposé par la Russie et coparrainé par 28 pays membres onusiens afin d’annuler les sanctions unilatérales en vue de se concentrer ensemble sur la lutte contre le coronavirus a été rejeté par la clique habituelle: USA, Union européenne, Ukraine et Géorgie. Et ce malgré les appels également du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, qui appelait à l’abandon des sanctions imposées aux pays pour mieux lutter contre la propagation du Covid-19.

Là aussi ce n’est pas tout. Le soutien accordé dans la lutte contre la pandémie du moment par la Chine, la Russie et Cuba à divers endroits du monde – y compris dans les pays occidentaux les plus touchés comme l’Italie, a été l’objet de vives critiques de la part de l’establishment pro-atlantiste, notamment étasunien et français – certainement furieux de ne pas voir, dans cette crise internationale sanitaire majeure, leurs intérêts géopolitiques se concrétiser. En parlant de la France, ou plus précisément de l’arrogance de ses élites, elles sont loin d’être à leur première sortie. Déjà le mois dernier, le président français Macron s’est fait remarquer par un tweet condescendant à l’égard du Maroc, en oubliant une fois encore que la période de colonisation était normalement terminée. Un geste ayant soulevé une vague de colère au niveau de la société civile marocaine.

Les «experts» ne sont pas en reste. Ainsi, un certain Francis Ghilès, chercheur au Centre des relations internationales de Barcelone, a provoqué une vive polémique en commentant sur l’antenne de la chaîne France 24 l’aide chinoise envoyée à destination de l’Algérie. Suite à quoi l’ambassadeur de France à Alger fut convoqué par le ministère algérien des Affaires étrangères et l’ambassade d’Algérie à Paris a été instruite à l’effet d’intenter une action en justice contre cette chaîne de télévision et l’individu auteur des propos injurieux à l’égard de l’Algérie. Du côté de la représentation diplomatique chinoise d’Alger, les propos dudit personnage ont été jugés mensongers et pleins d’ignorance, en ajoutant que «tous les complots visant à noircir l’aide chinoise et à saper la coopération entre la Chine et l’Algérie en semant la discorde entre les deux pays sont voués à l’échec».

Le plus incroyable aussi dans cette arrogance évidente de la part de la nomenklatura française, est que jusqu’à maintenant la France peut tout, sauf se vanter de sa propre gestion de la crise de propagation du coronavirus. 6ème pays le plus touché au niveau mondial en termes du nombre de personnes contaminées (plus de 68 000 cas) et 4ème pour le nombre de décès à ce jour (plus de 7500, plus de deux fois plus qu’en Chine).

Dernière «sortie» en date, visant cette fois-ci le continent africain dans son ensemble. Il s’agit d’une séquence diffusée sur la chaîne TV française LCI il y a quelques jours de cela et qui a suscité la colère de très nombreux Africains. Ainsi, Jean-Paul Mira, chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin à Paris pose à l’autre invité de la chaîne la question suivante: «Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique (autour du vaccin anti-tuberculose BCG, pour le Covid-19), où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées?». La réponse de son collègue Camille Locht, directeur de recherche à l’Institut nationale de la Santé et de la Recherche médicale (Inserm) est tout aussi surprenante: «Vous avez raison, d’ailleurs on est en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d’approche, ça n’empêche pas qu’on puisse réfléchir en parallèle à une étude en Europe et en Australie».

Des déclarations qui n’ont pas manqué de faire réagir de très nombreux internautes et personnalités publiques africaines, rappelant aux dits chercheurs français que les Africains ne sont pas des cobayes. Certains comptent même entreprendre une action de justice, à l’instar du Club des avocats au Maroc qui a annoncé sur sa page Facebook porter plainte pour diffamation raciale.

En conclusion, probablement la principale chose à retenir est qu’au-delà d’avoir perdu nombre de positions géopolitiques et géoéconomiques dans la réalité multipolaire actuelle, ce qui conduira inévitablement à la chute à terme des intérêts occidentaux au niveau mondial, c’est justement cette arrogance qui caractérise aussi bien ses élites politiques, médiatiques, comme «intellectuelles». D’autre part, et cela est tout aussi important à noter, si les représentants de ces élites espéraient qu’avec l’apparition du coronavirus la Chine perdrait nombre de ses positions sur le plan géoéconomique et géopolitique, ils doivent désormais se rendre à l’évidence qu’il n’en sera rien. Plus généralement parlant, au lieu de continuer à rester focalisés dans la confrontation avec les partisans de la multipolarité, les élites occidentales feraient bien mieux de s’occuper en urgence de leurs propres citoyens, qui ont en besoin plus que quiconque.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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