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Pourquoi une intervention directe US au Venezuela est peu probable ?

Venezuela

Au moment où l’armée de la République arabe syrienne poursuit ses succès, toujours plus à l’Est, contre les terroristes de Daech, annonçant une victoire imminente dans cette guerre imposée à la Syrie non seulement par le terrorisme international mais aussi par la politique néocoloniale d’un certain nombre d’Etats.

Les Etats-Unis passent aux menaces vis-à-vis d’autres pays du monde.

En effet, Donald Trump a menacé le Venezuela d’une possible intervention militaire US en vue de « défendre la démocratie » dans ce pays. Au-delà du fait que cette « belle excuse » ne passe plus car de moins en moins de personnes ne se font d’illusions sur une « démocratie » à l’occidentale imposée par les bombes dans la pure violation du droit international et de la souveraineté des Etats, les Etats-Unis, se sentant clairement menacés par l’avènement de l’ère multipolaire, commencent à menacer un peu beaucoup de pays simultanément. D’abord l’Iran, grande puissance du Moyen-Orient et alliée (surtout depuis les événements syriens) avec la Russie, puis la Corée du Nord dont le leadership ne cache pas sa détermination à utiliser des moyens fortement radicaux en cas d’attaque le visant (bien qu’il n’attaquera pas en premier), et maintenant le Venezuela. L’élite US aurait certainement aimé ajouter à cette liste la Russie et la Chine, les deux grands avant-postes de la multipolarité, mais un minimum de raison les en empêche évidemment, les Etats-Unis comprenant parfaitement ne pas être en mesure d’affronter directement ni la Russie, ni la Chine, même séparément. Si ce n’est par des sanctions, qui dans le cas russe boostent plus la Russie vers une indépendance de plus en plus grandissante vis-à-vis de l’Occident qu’autre chose.

Maintenant parlons un peu des perspectives. Le principal partenaire de la Corée du Nord est bel et bien la Chine. C’est donc principalement à elle que revient la gestion de ce dossier à l’heure des tensions grandissantes entre Washington et Pyongyang. La Russie suit évidemment de près la situation, sachant que les dites tensions ont lieu tout près des frontières est du territoire russe mais laisse assez clairement l’allié chinois traiter prioritairement ce dossier. Ce qui est d’ailleurs assez logique. Dans le cas du Venezuela, cela est différent. La République bolivarienne est un allié officiel de la Fédération de Russie, tout comme l’est la République arabe syrienne. Cela se traduit notamment par une vision similaire sur les principaux dossiers internationaux, y compris au niveau de l’ONU. Mais ce n’est pas tout. Au-delà de l’aspect politico-idéologique et de soutien commun à la multipolarité, Moscou possède avec Caracas plusieurs intérêts: coopération dans le domaine militaro-technique, pétrolier (Rosneft notamment), dans le domaine des infrastructures et du transport, ainsi qu’agricole (la Russie fournit d’ailleurs actuellement d’importantes quantités de blé à ce pays). Plus généralement, il est admis que le Venezuela fait partie des principaux partenaires de la Russie en Amérique latine.

Par ailleurs, récemment le président russe a transmis son soutien au leader vénézuélien faisant face à une large pression occidentale couplée à une opposition largement libérale et pro-occidentale. Tout cela pour dire que la Russie surveille de près la situation dans cet Etat, dans le viseur de Washington depuis de longues années. Dans le viseur pour plusieurs raisons: premières réserves mondiales de pétrole, fer de lance d’une intégration latino-américaine ouvertement hostile à la politique US dans la région et dans le monde depuis Hugo Chavez, alliance avec la Russie — rival reconnu des USA. Parallèlement, la CIA tout comme le Département d’Etat US n’ont pas cessé de considérer toute l’Amérique latine comme l’arrière-cour étasunienne. C’est une raison supplémentaire de l’hystérie américaine en vue de se débarrasser de tous les leaders latino-américains, aussi progressistes soient-ils, pour avoir des représentants radicaux mais dociles aux intérêts de Washington, à la sauce Batista ou Pinochet.

Maintenant pourquoi une intervention directe des Etats-Unis au Venezuela est peu probable. Un compatriote et collègue russe d’Algérie, ancien militaire, m’avait dit il y a quelques jours la chose suivante: une agression ouverte américaine contre le Venezuela serait le meilleur cadeau que Washington pourrait faire à toute la résistance latino-américaine. Et je dois avouer que je rejoins cette position. Pourquoi? Pour plusieurs raisons. Connaissant les sentiments profondément anti-américains d’une large coalition de leaders de cette région du monde, sans oublier des populations concernées, une telle intervention risque d’exacerber ces sentiments à un tel niveau que les conséquences se feront sentir jusque dans les territoires étasuniens. C’est la première chose. D’autre part, si l’Amérique latine s’est déjà habituée aux déstabilisations étasuniennes via la CIA en coordination avec la cinquième colonne locale, cela n’a rien à avoir avec une intervention armée d’agression directe qui créera immédiatement une très large solidarité régionale face à une telle agression. Sachant d’ailleurs qu’une telle agression pourrait créer une résistance peut-être plus radicale encore au néocolonialisme US que c’est actuellement le cas au Moyen-Orient.

D’autant plus que le Venezuela est loin d’être seul dans sa politique d’opposition à Washington dans cette région, avec là aussi des conséquences pouvant être dramatiques aussi bien pour les intérêts américains (y compris même dans les pays où les élites restent encore pro-US) mais également pour les citoyens étasuniens. Enfin, et au-delà de l’alliance régionale évidente, le Venezuela peut compter sur un soutien diplomatique de son allié russe et très probablement chinois au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Last but not least, les technologies russes d’armement présents au Venezuela et l’expérience acquise en coordination avec les conseillers russes, y compris en tenant compte de l’expérience syrienne, font que les Etats-Unis non seulement devront mais vont réfléchir trois fois avant de s’engager dans une nouvelle aventure guerrière.

Le monde n’est plus même. Et ne sera plus jamais comme avant. En raison de cela, plusieurs forces à l’intérieur des USA seraient prêts à plonger l’humanité entière dans une guerre totalement destructive car comprenant que leur hégémonie sur le monde est arrivée à sa fin. Parallèlement, ils comprennent aussi qu’une telle guerre sera dévastatrice pour eux-mêmes et leurs intérêts. Quant à Trump, il aura montré qu’il ne diffère pratiquement en rien des autres présidents US. Le temps des illusions (de certains) est définitivement clos. Pour reprendre les paroles du ministre de la Défense du Venezuela: « Toute l’élite US est extrémiste ».

Soyons francs une fois encore, l’élite étasunienne n’acceptera pas officiellement l’ère nouvelle sous peu. C’est la raison pour laquelle le temps est probablement venu pour non seulement être aux aguets mais passer pleinement à l’offensive. D’autant plus que dans la vision des partisans de la multipolarité, ces offensives peuvent être très variées.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708141032637549-venezuela-intervention-us/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Contre-sanctions russes, symbole d’un monde multipolaire en marche

Ministère russe des Affaires étrangères

Chaque patience a des limites. Chaque comportement insolent mérite une réponse adéquate. Les États-Unis commencent à entrevoir le résultat de leurs actions.

Après l’expulsion en décembre dernier de 35 diplomates russes en poste aux USA, décidée par l’Administration Obama, le gouvernement russe avait décidé de ne pas réagir immédiatement. Pourtant, des mesures de rétorsion avaient été préparées par le ministère russe des Affaires étrangères et se trouvaient déjà sur la table. Le Kremlin voulait ainsi donner un minimum de capacité d’action à la nouvelle administration étasunienne.

Les mois ont passé, mais l’État profond étasunien poursuit sa politique de russophobie hystérique, Moscou incarnant sans doute à ses yeux le bouleversement multipolaire des relations internationales. Les États-Unis sont ce qu’ils sont et cela n’est pas encore prêt à changer. Le temps est donc venu pour de nouvelles mesures de riposte.

En quoi consistent-elles d’ailleurs? En réponse aux nouvelles sanctions étasuniennes visant la Russie, ainsi qu’à la limitation d’accès aux propriétés diplomatiques russes aux USA, la Russie a annoncé le blocage de plusieurs bâtiments utilisés par la mission diplomatique US en Russie.

Mais ce n’est pas tout. La Russie annonce une nette diminution du personnel diplomatique US en Russie. Enfin, l’État russe se garde le droit de frapper les intérêts commerciaux des entreprises étasuniennes et d’adopter d’autres mesures pouvant frapper les intérêts américains.

En parlant de la diminution plus que conséquente à venir du personnel diplomatique étasunien sur le sol russe, voici quelques chiffres. Après l’expulsion en décembre 2016, à la veille du Nouvel An, de 35 diplomates russes en poste aux USA, l’effectif total actuel de la mission diplomatique russe aux États-Unis comptabilisait 455 personnes. Qu’en est-il de la mission diplomatique US en Russie? Son effectif total à l’heure actuelle représente 1.210 personnes, basées à Moscou, Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg et Vladivostok. Désormais, la Russie donne jusqu’au 1er septembre afin que son «partenaire» étasunien ajuste ses effectifs diplomatiques sur ceux des diplomates russes se trouvant aux USA. Cela représente 755 cadres de la mission «diplomatique» US qui vont devoir assez rapidement faire leurs bagages et rentrer chez eux.

En passant, voilà qui évoque le single de 1986 interprété par la chanteuse Desireless «Voyage, voyage» avec un léger remix: «Bagages, bagages»… Bref, la Russie a confirmé que malgré toute la patience et l’ouverture au dialogue dont elle avait fait preuve, le temps d’une riposte adéquate à l’attitude provocatrice des USA était venu. Certains y voient un retour aux meilleurs temps de la Guerre froide.

Guerre froide ou pas, l’essentiel est qu’il n’y aura certainement pas de retour aux années 1990, lorsqu’un seul pays s’était retrouvé en position hégémonique avec des conséquences dramatiques pour une très large partie de l’humanité. Cela n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Difficile évidemment de l’accepter pour les défenseurs du concept unipolaire, notamment ceux qui appartiennent à ce fameux «État profond». Mais les faits s’imposent d’eux-mêmes. Et les pays partisans actifs de la multipolarité, dont évidemment la Russie, confirment chaque jour un peu plus qu’ils ne toléreront plus l’insolence, le diktat et les actions criminelles de ceux qui s’étaient habitués à un comportement hégémonique.

Dernier point pour clore le thème des États-Unis. Laissons parler à ce sujet Nelson Mandela, grand héros sud-africain, longtemps considéré comme «terroriste» par les gouvernements occidentaux, y compris étasunien:

«S’il y a un pays qui a commis des atrocités indicibles dans le monde, c’est bien les États-Unis d’Amérique. Ils n’ont rien à faire des êtres humains (…). Si l’on étudie ces choses, on arrive à la conclusion que le comportement des USA est une menace pour la paix dans le monde».

Le temps est donc effectivement venu que des forces responsables puissent y mettre un terme et promouvoir une relation de justice dans les relations internationales. Point.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707311032469527-russie-sanctions-monde-multipolaire/

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

Nouvelles sanctions, la Russie dit… merci et garde le cap

Stop

Ceux qui ont peu ou mal étudié l’histoire s’imaginent qu’ils peuvent faire fléchir la Russie à coups de pressions extérieures. C’est gravement sous-estimer la capacité de résilience du pays, qui en profite pour se renforcer. Les sanctions antirusses, que les USA viennent encore de renforcer, en sont l’éclatante démonstration.

Le temps passe, mais l’Occident, et avant tout les États-Unis, semble déterminé à vouloir poursuivre ses attaques contre la Russie. En témoignent naturellement les nouvelles sanctions votées par les USA à l’encontre de Moscou. Ses dirigeants n’ont visiblement toujours pas compris que la Russie version 2017 ne reculera pas, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, une large majorité de citoyens russes soutient clairement la politique actuelle de la Russie. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas de problèmes à régler, comme chaque pays la Russie fait face à des défis à relever. Néanmoins, l’écrasante majorité de la population refuse catégoriquement toute idée d’un retour aux années libérales pro-occidentales 1990, tellement applaudies en Occident.

L’idée de la démocratie souveraine, développée en Russie dans les années 2000, a fait du chemin et aujourd’hui ne se limite plus à la seule Russie, mais à un nombre sans cesse croissant de nations, qui souhaitent bâtir un État de droit dans le respect des valeurs et des traditions propres à chacune et dans lesquelles la voix de la majorité décide du chemin à suivre. Parallèlement à cela, le leadership occidental privilégie quant à lui de moins en moins le vote populaire, tout en continuant à donner des leçons de vie au reste de l’humanité (représentant la majorité de la population terrestre) et à vouloir exporter des «valeurs» dont cette même majorité du globe terrestre ne veut pas.

Revenons à la Russie. Au-delà de la fierté nationale, les Russes savent aussi analyser et comparer et peut-être sur beaucoup de points mieux qu’en Occident. En effet, les citoyens russes refusent l’hypocrisie des élites occidentales qui affirment que les années de honte postsoviétiques étaient les meilleures de l’histoire russe. Ces mêmes années où une grande partie de la population vivait d’une façon indigne pour un pays comme la Russie, lorsque le marasme économique était ambiant et les règlements de comptes mafieux quotidiens. Et c’est aussi à cette période peu glorieuse de l’histoire contemporaine de la Russie, qu’une classe ultralibérale et largement pro-occidentale s’est enrichie de façon spectaculaire et le plus souvent criminelle.

Puis changement de cap, politique comme économique. Tout en restant attachée à l’économie de marché, la Russie post années 2000 a limité l’approche ultralibérale du gouvernement précédent. Le niveau de vie moyen a alors augmenté considérablement. La Russie a retrouvé non seulement le statut de grande puissance internationale du point de vue de ses capacités défensives, et notamment nucléaires, mais s’est à nouveau retrouvée dans le Top 10 des puissances économiques mondiales. Évidemment, certains «analystes» du mainstream n’ont pas manqué de dénigrer les résultats obtenus, affirmant qu’ils étaient dus presque uniquement aux prix élevés des hydrocarbures.

Vraiment? Et aujourd’hui donc? Alors que ces mêmes prix sont maintenus au plus bas et que la Russie fait face à une pression hors normes émanant des élites occidentales depuis plusieurs années, comment se fait-il alors que le pays non seulement tienne bon économiquement, mais en plus alloue des sommes très importantes, aussi bien pour des projets à l’intérieur de la Russie qu’à l’étranger?

Encore une fois, grand merci aux élites peu prévoyantes de l’Occident, qui connaissent bien mal la mentalité russe. Car au final, ils ont donné ce petit coup de pouce dont la Russie avait besoin. Lorsque je suis revenu à Moscou après mes études en France, j’ai insisté sur le fait que nous avions besoin d’une large diversification non seulement de notre économie, mais aussi de nos liens économiques. Malheureusement, il a fallu attendre un certain temps pour aller dans cette direction, mais le processus a bien été lancé.

Résultats, les pays instigateurs des sanctions perdent bien plus économiquement parlant que la Russie grâce à des contre-mesures efficaces. Mais ce n’est même pas l’essentiel. L’essentiel étant que les représentants d’un large nombre de secteurs de l’économie russe prient pour la poursuite des sanctions et contre-sanctions. En premier lieu le secteur agroalimentaire russe, qui a su tirer profit des occasions qui s’offraient à lui du fait des sanctions. Mais il est loin d’être le seul et désormais, la Russie mise à fond sur les exportations, créant même une sérieuse concurrence aux entreprises occidentales.

Et il ne s’agit pas là que d’hydrocarbures et d’armement, deux secteurs qui demeurent bien sûr stratégiques. La Russie est de plus en plus à la «mode» à tous les niveaux: automobile (notamment des 4×4), nouvelles technologies (produits IT et autres), jusqu’aux services éducationnels. Même les experts onusiens reconnaissant que le gouvernement russe a réussi à adapter efficacement son économie à la suite des sanctions engagées à son encontre.

Pendant ce temps, les entrepreneurs européens continuent à compter leurs pertes après avoir perdu le marché russe pour bien longtemps, pour certains probablement pour toujours. Leur niche a été rapidement prise par les producteurs nationaux russes et avec eux les professionnels d’un certain nombre de pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique.

Enfin, et bien qu’étant un produit du système éducatif européen, plus précisément français, je suis heureux que mes compatriotes aient dans l’ensemble cessé d’idéaliser nos voisins occidentaux. Nous avons beaucoup en commun avec les peuples d’Europe, mais tant que les gouvernements qui parlent et prennent des décisions au nom de ces peuples poursuivront leur politique hostile vis-à-vis de la Russie, nous serons obligés d’y répondre avec efficacité.

Oui, aujourd’hui nous pensons à nos propres intérêts et aux intérêts de nos alliés. Dernier point: que vous soyez désormais en Chine, au Venezuela, en Algérie, au Vietnam, en Iran ou ailleurs, ne soyez plus surpris d’entendre parler russe. La Russie est une puissance globale et le restera, n’en déplaise à certains.

La concurrence sera ferme. Certains vont devoir faire de la place.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707261032384577-sanctions-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Le fossé se creuse entre Ankara et Washington

Ankara

La Turquie et les États-Unis font partie d’un bloc militaire commun, mais dans lequel les USA s’estiment être le chef absolu. Aussi, quand Ankara assume de plus en plus sa souveraineté, les divergences se concrétisent rapidement: Syrie, Qatar, sanctions antirusses, les pommes de discorde s’accumulent.

Officiellement, les États-Unis et la Turquie demeurent alliés dans le cadre de l’OTAN. Pourtant, la Turquie confirme une fois de plus qu’elle est à ce jour probablement le seul pays membre de l’alliance nord-atlantique à mener une politique globalement indépendante. Du moins certainement plus que tous les pays Ouest et Est-européens.

Quelques rappels s’imposent: tout d’abord, la Turquie a été le seul pays membre de l’OTAN à ne pas s’être joint aux sanctions contre la Russie voulues par Washington et largement suivies par les capitales de l’Europe bruxelloise. Un manque de «solidarité» clairement mal vu par le bloc occidental. Et malgré une crise majeure dans ses relations avec Moscou, qui a duré de novembre 2015 à juin 2016, Ankara a fait le premier pas vers la réconciliation et un retour à son partenariat stratégique avec la Russie. Mais ce n’est pas tout. Parallèlement au renforcement de ses liens avec la Russie, la Turquie a connu une vive détérioration de ses relations avec plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne.

Mieux encore, la Russie et la Turquie, en coordination avec l’Iran, ont joué un rôle clé dans le cessez-le-feu observé en Syrie depuis fin décembre 2016 et qui reste globalement respecté à ce jour. D’ailleurs, plusieurs groupes armés soutenus par la Turquie continuent à se joindre audit cessez-le-feu, ce qui permet à l’armée gouvernementale syrienne de poursuivre son offensive dans le désert de Syrie en vue d’anéantir une bonne fois pour toutes la secte Daech sur le sol syrien.

Par ailleurs et selon les informations toutes récentes émanant de hauts responsables syriens, plusieurs groupes dits de «l’opposition» syrienne, soutenue par la Turquie, se disent prêts à combattre l’autre secte takfiriste —Al-Qaida- en coordination avec Damas et Moscou. En d’autres termes, ils ont compris qu’ils ne pourront pas réaliser leur projet initial, à savoir faire tomber Bachar al-Assad et que la meilleure solution pour eux est donc d’initier un réel dialogue avec le pouvoir légitime syrien afin de pouvoir prétendre à son amnistie.

Revenons aux tensions de plus en plus évidentes de la Turquie avec les pays occidentaux. Elles ne se limitent désormais plus aux seuls pays ouest-européens et aux échanges de critiques virulentes, entorses aux droits de l’homme contre ingérence dans la politique intérieure turque. C’est désormais avec Washington que les relations se dégradent franchement. En effet, et depuis l’important soutien annoncé par les États-Unis aux groupes kurdes notamment les FDS opérant en Syrie, Ankara ne cache pas son inquiétude, voire son énervement. En effet et tout récemment, l’agence Anadolu —l’une des deux principales agences de presses turques- a publié les informations sur la localisation des forces spéciales américaines et françaises en Syrie. Washington s’est dit inquiet sur ces fuites qui selon lui «peuvent menacer les forces américaines». Fait qui confirme les désaccords de plus en plus évidents entre les deux pays, membres-clés de l’OTAN.

Sur le Qatar aussi, les positions semblent diverger. Si Washington semble privilégier son allié saoudien, Ankara (et Téhéran…) a pris fait et cause pour Doha dans la crise qui oppose cette dernière à plusieurs pays arabes, principalement l’Arabie Saoudite. Au point d’augmenter considérablement le contingent militaire turc présent au Qatar, le faisant passer de 150 à près de 3.000 soldats aux toutes dernières nouvelles.

Cela ne signifie pas pour autant que la Turquie quittera le navire de l’OTAN du jour au lendemain. Le pouvoir turc joue sur les contradictions entre ses partenaires pour servir ses intérêts nationaux. Une chose est sûre: vu le nombre de projets en cours et à venir avec la Russie, dans le domaine économico-commercial et même militaire, Ankara ne semble plus vouloir de tensions avec Moscou. Si au départ de la crise syrienne, la Turquie voulait absolument la chute du gouvernement syrien, depuis la normalisation des relations russo-turques et le retour au partenariat stratégique entre les deux pays, Ankara a beaucoup modéré sa position envers Damas, tout en coordonnant de plus en plus ses intérêts avec la Russie et l’Iran. Fait d’ailleurs reconnu avec inquiétude par plusieurs médias centraux.

Par ailleurs, la Turquie ne se fait pratiquement plus d’illusions quant à un éventuel avenir au sein de l’Union européenne, dans lequel d’ailleurs elle aurait certainement plus à perdre qu’à gagner. Enfin, ses relations avec «l’allié» étasunien deviennent de plus en plus compliquées. Reste évidemment la carte eurasiatique, de plus en plus soutenue par les citoyens de Turquie. Au pouvoir turc de bien l’utiliser. Pour quel résultat? Seul le temps nous le dira.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707211032312993-usa-turquie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La crise du Qatar et ses enjeux régionaux

Doha, Qatar

Les meilleurs amis d’hier deviennent du jour au lendemain des ennemis. Les principaux sponsors de plusieurs groupes terroristes et grands amis des Etats-Unis s’accusent mutuellement. Que se passe-t-il vraiment entre le Qatar et l’Arabie saoudite ?

La dispute saoudo-qatarie n’en finit pas de faire du bruit. En effet, les principaux donateurs financiers de plusieurs groupes terroristes, opérant notamment en Syrie, et satellites déclarés de la politique étasunienne au Moyen-Orient, en sont arrivés à une crise sans précédent, allant jusqu’à la rupture diplomatique et à un blocus commercial.

Pour beaucoup, l’effet de surprise fut effectivement grand à l’annonce de l’Arabie saoudite et de plusieurs autres pays arabes de rompre les liens diplomatiques avec Doha, l’accusant d’être un soutien du terrorisme et de participer à des déstabilisations diverses. Ainsi, le 5 juin dernier, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l’Egypte ont annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar. Ils seront rapidement rejoints par une partie de la Libye (gouvernement d’al-Beïda contrôlant l’est du pays) et une partie du Yémen (gouvernement de Hadi contrôlant une partie du centre et l’est du pays). Ce ne sera pas tout: les Maldives, la Mauritanie, les Comores ont eux aussi annoncédans la foulée la rupture de leurs relations avec Doha. Le Djibouti et la Jordanie ont abaissé le niveau des relations diplomatiques, tandis que le Sénégal, le Niger et le Tchad ont rappelé leurs ambassadeurs.

Ce faisant, on parle d’une des plus sérieuses crises dans le monde musulman sunnite. Tout en sachant qu’il est très difficile de considérer les Saoudiens comme membres du clergé sunnite, étant wahhabites. Mais ceci est une autre histoire. En outre, la crise entre le clan wahhabite (saoudien) et les Frères musulmans (qatari) est également mentionnée comme l’une des raisons à cette dispute. Parallèlement à ces événements, la Turquie, considérée à juste titre comme l’une des principales puissances du monde musulman sunnite, prend fait et cause pour le Qatar en critiquant ouvertement la ligne menée par les initiateurs de la crise à l’égard de Doha. En outre, la Turquie assure désormais d’importantes livraisons alimentaires à l’émirat qui fait face au blocus des livraisons décidé par Riyad et Abu Dhabi. L’Iran, grande puissance régionale et leader admis du monde musulman chiite, a profité lui aussi de la détérioration « fraternelle » saoudo-qatarie pour offrir son soutien au Qatar, à travers des livraisons alimentaires.

En parlant justement de l’Iran, considéré comme l’une des causes des manœuvres punitives des Saoudiens en direction des Qataris (ces derniers étant accusés de privilégier un rapprochement avec la République islamique), il en sort évidement gagnant et renforcé. Rappelons à ce titre toutes les tentatives, le plus souvent vaines, de Riyad d’isoler Téhéran au sein du monde musulman. Pour autant, non seulement ces tentatives n’ont pas apporté au leadership saoudien (et bien sûr américain) le résultat escompté, mais au contraire le rôle prédominant de l’Iran ne cesse d’augmenter dans les affaires régionales, que ce soit en Syrie, au Yémen ou dans le cadre du processus d’Astana (en coordination avec la Russie et la Turquie). De plus, cette main tendue de Téhéran envers Doha a sérieusement renforcé les sentiments pro-iraniens à l’intérieur même du Qatar.

Du côté de la Russie, la position est plus nuancée. Moscou n’ayant pas pris fait et cause pour l’un des deux groupes de belligérants, en appelant uniquement au dialogue et en maintenant le contact avec toutes les parties du « conflit ». En ce sens, le chef de la diplomatie qatarie s’est même rendu en visite à Moscou il y a quelques jours. La position russe diffère en ce sens considérablement des Etats-Unis, qui vraisemblablement ont donné le feu vert à Riyad pour ses actions anti-qataries, tout en se gardant de prendre des mesures radicales vis-à-vis de Doha — sachant que la plus grande base US du Moyen-Orient se trouve précisément au Qatar.

Dans ce casse-tête évident pour certains, le tableau est grosso modo le suivant. La Turquie confirme qu’elle souhaite jouer sa propre politique, tout en étant un membre clé de l’OTAN (et donc « allié » des USA). L’Iran renforce ses cartes sur la scène régionale en donnant un camouflet supplémentaire à l’Arabie saoudite, et en jouant sur les dissensions entre les alliés d’hier. Enfin, la Russie se positionne clairement comme un médiateur d’envergure globale, confortant ainsi sa position retrouvée en tant que l’une des principales puissances mondiales, dont la politique ne cesse de monter en popularité dans pratiquement tout le monde musulman. Le Moyen-Orient n’étant pas une exception, tout au contraire.

Quant aux accusations lancées par les pays arabes déjà cités en direction du Qatar, qu’y a-t-il de nouveau par rapport à ce que l’on disait déjà ces derniers mois et années? Rien. Oui, le Qatar faisait jusqu’à maintenant partie des principaux sponsors des terroristes à divers endroits, en premier lieu en Syrie. Nous l’avons dit et répété. Mais les Saoudiens sont-ils bien placés pour accuser leurs cousins de terrorisme, sachant qu’ils font clairement partie de la catégorie « supérieure » des sponsors du terrorisme, notamment sur le territoire syrien? C’est évidemment l’hôpital qui se fout de la charité. D’ailleurs, l’un des rares pays de cette « coalition » anti-qatarie qui a une réelle légitimité à accuser Doha de soutien au terrorisme, c’est bel et bien l’Egypte, clairement visé par le danger takfiriste, notamment sa minorité chrétienne. Et compte tenu des relations positives entre les leaderships russe et égyptien, et une approche beaucoup plus responsable envers le conflit syrien de la part du Caire, il est clair que la Russie n’a pas vraiment intérêt à prendre position en faveur du Qatar. Parallèlement à cela, il est également clair qu’il n’y a absolument aucune raison de prendre position en faveur de l’Etat wahhabite — l’un des principaux satellites étasuniens, l’un des principaux sponsors des groupes terroristes en Syrie, fermement opposé à Assad et à l’Iran (alliés de la Russie).

Ce qui signifie une chose relativement simple. La Russie va devoir poursuivre ses efforts diplomatiques et ses manœuvres afin de maintenir un équilibre dans cette équation (ce que la Russie sait bien faire), tout en pensant évidemment à ses intérêts nationaux, et à ceux de ses alliés. Tout dépendra maintenant aussi de la nouvelle approche qatarie (si elle a lieu). Notamment en direction de la Syrie. Si Doha cesse son soutien massif aux groupes djihadistes en Syrie, ce sera indéniablement un pas fortement positif, en premier lieu pour la Syrie elle-même. Et si cela devait arriver, on pourrait alors entrevoir un rapprochement. D’autre part, le fait que l’Iran renforce ses positions sur la scène régionale ne peut qu’être salué, y compris dans ce dossier. C’est d’ailleurs l’une des raisons de l’inquiétude qui règne à Riyad, Abu Dhabi et évidemment Washington. A ce titre, le leadership saoudien commence déjà à atténuer sa rhétorique anti-qatarie en parlant même de l’éventualité de lever le blocus. Les cousins feront-ils alors la « paix » sous la pression de Washington? Ou la crise montera-t-elle d’un cran? Il conviendra de suivre la situation. Une chose est néanmoins certaine: cette dissension saoudo-qatarie renforce l’axe de la résistance. Et last but not least, l’une des raisons principales de cette dispute Riyad-Doha est évidemment à rechercher dans les victoires de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés sur le théâtre syrien. Et quand on a déversé des sommes colossales pour réaliser un scénario écrit (faire tomber Assad) et qu’il tombe à l’eau, il arrive souvent que des accusations réciproques entredéchirent une « famille ». Surtout que le grand maître, j’ai nommé les Etats-Unis, est loin d’être ravi de la situation lui aussi. A suivre donc…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706151031851854-qatar-crise-enjeux/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand les succès syriens mettent à mal le double jeu US

Carte du Proche-Orient

L’armée syrienne et ses alliés, dont la Russie, enregistrent de nouveaux succès face aux terroristes de Daech. Certains d’entre eux sont révélateurs des complicités presque non voilées entre les djihadistes et ceux qui prétendent les « combattre ».

Aux dernières nouvelles sur le front syrien, un groupe militaire russe a coupé la voie aux terroristes de Daech qui quittaient Raqqa via un corridor offert par les soi-disant Forces démocratiques syriennes, une coalition principalement kurde, soutenue par les États-Unis, à condition qu’ils se dirigent vers Palmyre.

« Le 25 mai, un convoi de terroristes composé de 39 camionnettes avec des armes se dirigeant vers Palmyre a été repéré et anéanti par les avions des forces aérospatiales russes. 32 pick-up dotés de mitrailleuses lourdes ont été détruits et plus de 120 terroristes abattus », a communiqué à Sputnik une source du ministère russe de la Défense.

Mis à part l’efficacité des forces aériennes russes opérant en Syrie, un autre fait saute aux yeux: la complicité, elle aussi une fois de plus, entre la pseudo-coalition « anti-Daech » dirigée par les USA, les FDS soutenus par les USA et le groupe terroriste Daech, que les deux premiers sont censés « combattre ».

Parallèlement à cela, Le Parisien annonçait la reprise par l’armée syrienne de la route reliant Damas à Palmyre. Comme le note le quotidien français, « les troupes syriennes, appuyées par l’aviation russe, ont réussi à chasser les combattants de l’EI d’une zone désertique de plus de 1 000 km2. Les djihadistes se sont retirés face à l’intensité des frappes russes. »

L’offensive promise par le président syrien Assad en vue de reprendre les territoires en zone désertique à faible densité se confirme et suit donc son cours avec le soutien de ses alliés, dont évidemment la Russie. Et c’est vraisemblablement cela qui pose de nouveaux problèmes aux « braves partenaires » de la coalition US.

Bref rappel des péripéties de la guerre syrienne. Les terroristes, ayant obtenu un très large soutien extérieur, avançaient sur plusieurs fronts, l’armée gouvernementale se retrouvant acculée à la défensive. Les principaux médias et experts occidentaux donnaient « quelques semaines », voire « au maximum quelques mois » avant qu’Assad ne tombe. Les risques de voir la grande cité historique de Damas tomber dans les mains des barbares de Daech ou d’Al-Qaida étaient effectivement élevés. Puis intervient la Russie à la demande officielle du gouvernement légal syrien. Cela a permis une bascule militaire: L’armée gouvernementale retrouve l’initiative et passe à l’offensive en libérant plusieurs villes et localités. Évidemment, les plus grands succès seront les libérations d’Alep, la deuxième ville du pays et de la cité antique de Palmyre, patrimoine culturel aussi bien de la Syrie que de toute l’humanité.

Dans ce nouveau schéma que l’Occident et ses acolytes n’avaient guère prévu, le gouvernement syrien a retrouvé le contrôle sur pratiquement toute la Syrie dite « utile », à savoir les cinq plus grandes villes du pays et les territoires sur lesquels se trouvent 80 à 85 % de la population. Mais il ne compte pas en rester là et annonce poursuivre la libération de tout le territoire national et au vu des derniers événements, l’offensive en zone désertique se poursuit avec succès.

Des victoires qui provoquent une nouvelle hystérie de côté de ceux dont les objectifs n’ont jamais changé, à savoir faire tomber Assad, y compris si pour cela des villes millénaires ayant vu la civilisation naître devaient tomber aux mains des barbares coupeurs de têtes.

Quoi qu’il en soit, la Russie et ses alliés surveillent de près la situation. Et ce malgré toutes les complicités, voilées ou non, entre les terroristes et ceux qui prétendent les combattre sur le théâtre de guerre syrien. Quant à la Syrie, elle semble plus que jamais déterminée à vaincre le terrorisme, malgré les pertes subies au cours de toutes ces dernières années. Pour cela, elle sait sur qui elle peut compter.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705291031585189-usa-syrie-daech/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Syrie et Donbass, quand l’ingérence US se grippe

Donbass

Le chaos est un instrument de prédilection de certaines élites occidentales, notamment étasuniennes. La seule différence entre les années 90 et maintenant, c’est qu’aujourd’hui la résistance est plus déterminée que jamais. Les exemples de la Syrie et de l’Ukraine l’illustrent parfaitement.

Certains diront que le conflit dans l’Est ukrainien, plus précisément dans le Donbass et en Syrie sont deux moins différentes qu’il n’y paraît de prime abord. Si les régions, les mentalités, les rapports ethnico-religieux n’ont effectivement rien à voir, on y retrouve pourtant beaucoup de similarité. Parlons-en.

Tout d’abord, la Syrie et l’Ukraine, à laquelle appartenait dans un passé encore récent le Donbass, son poumon industriel et économique, ont connu des tentatives non voilées de destitution violente des dirigeants légitimes, reconnus par la communauté internationale. Les instigateurs de ces tentatives sont bien connus : États-Unis et leurs soutiens.

En Syrie, l’objectif n’a pas été atteint, malgré un pays à feu et à sang et un très grand nombre de victimes, militaires comme civiles. En Ukraine, par contre, la fameuse « révolution du Maїdan » a fonctionné : Viktor Ianoukovitch, le président démocratiquement élu, a été écarté du pouvoir par un coup d’État armé, réalisé principalement par des forces extrémistes, néonazies et ultra-nationalistes. Ianoukovitch a évité de peu l’élimination physique pure et simple, d’où son exil en Russie.

Les fameuses révolutions de couleur sont devenues, de notoriété publique, une spécialité étasunienne. Un certain nombre d’organismes américains prennent une part active dans ce processus malsain : département d’Etat, CIA, Fondation Soros, entre autres.

Selon le propre aveu de l’ex porte-parole du département d’État, Victoria Nuland, (la même qui avait « envoyé l’UE se faire foutre » à propos de la crise ukrainienne), les USA ont déboursé 5 milliards de dollars pour que l’Ukraine choisisse « la bonne voie », en d’autres termes pour organiser le coup d’Etat.

En ce sens, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Ukraine ou plus récemment du Venezuela, les étasuniens adoptent à peu près les mêmes méthodes, en les adaptant au contexte local.
Qu’en est-il de la Russie, que tout ou presque oppose aujourd’hui aux Etats-Unis, y compris en Syrie ou dans le Donbass ?

Moscou a soutenu le gouvernement légitime syrien et a répondu favorablement à l’appel lancé par ce dernier pour l’aider à mener la lutte antiterroriste, notamment contre des sectes salafistes telles que Daech ou Al-Qaida. Une intervention qui a permis de stopper l’avancée des groupes terroristes et de rendre l’initiative aux forces gouvernementales.

Dans le Donbass, les chancelleries occidentales et le mainstream médiatique affirment voir une « présence russe » aux côtés des « séparatistes pro-russes », selon leurs termes. Pourtant, ni les uns ni les autres n’ont à ce jour présenté la moindre preuve de l’implication russe dans les combats en faveur des républiques populaires de Donetsk & Lougansk. On attend toujours. La Russie accorde par contre effectivement un soutien humanitaire et diplomatique à ces régions, ce qui est peu surprenant, compte tenu du fait que la population concernée est russophone et très généralement prorusse.

On le voit, dans un cas comme dans l’autre, le leitmotiv étasunien consiste essentiellement à semer le chaos pour déstabiliser des pays insoumis. Examinons maintenant des différences.

En Syrie, l’Occident, USA en tête, mais aussi plusieurs régimes du Golfe et Israël, soutiennent ouvertement ceux qu’ils appellent « l’opposition modérée ». Pourtant, depuis le début de la guerre civile, la plupart de leurs pupilles ont montré qu’ils n’avaient rien de modéré. Exécutions sommaires, massacres des populations soutenant le pouvoir syrien, exécutions barbares filmées, décapitation des militaires syriens et… attaques terroristes, visant aussi bien l’armée gouvernementale que les civils. En ce sens, les prétendus « opposants » que l’Occident soutient ouvertement, n’ont souvent rien à envier en termes de cruauté et de barbarie à leurs collègues de Daech ou d’Al-Qaida.

A l’inverse, les Résistants, désormais forces armées officielles, des républiques populaires du Donbass se distinguent par leur retenue. A ce jour, ils n’ont commis aucune attaque terroriste contre des civils dans les parties ukrainiennes plus ou moins pro-Maїdan. Pourtant, pratiquement tous les territoires sous contrôle de Kiev comprennent de nombreux sympathisants de la DNR et LNR (les abréviations des deux républiques du Donbass), qui auraient pu déraper. Car en face, l’armée ukrainienne putschiste et des bataillons « punitifs » néonazis et ultra-nationalistes ont, eux, commis de nombreux massacres contre la population civile du Donbass. La réponse de Donetsk et de Lougansk a toujours visé uniquement les adversaires au front.

Quand j’ai posé cette question aux représentants du Donbass, leur réponse a été simple : « Malgré la guerre, malgré les atrocités subies, nous ne voulons pas devenir comme eux. Nous défendons et allons continuer à défendre notre terre. Les séparatistes, ce sont eux (le pouvoir kiévien, ndlr). Ceux qui ont réalisé le coup d’Etat, pour diviser la population sur une base ethnique et linguistique, sous les ordres des atlantistes. Et à chacune de leur attaque, y compris aux actes terroristes, nous répondrons par des victoires au front ».

Telle était leur réponse.

Et c’est pourquoi, que ce soit en Syrie ou dans le Donbass, les forces obscures finiront certainement par perdre. Et avec elles — leurs maîtres.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705221031479749-donbass-ingerence/

Mikhail Gamandiy-Egorov