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Après l’échec syrien, les USA souhaitent-ils allumer la mèche dans le Caucase du Sud?

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Alors que l’establishment étasunien perd nettement en notoriété dans la région stratégique du Moyen-Orient, il semblerait que Washington porte un regard de plus en plus intéressé sur l’espace transcaucasien. Connaissant le «champion» de propagation du chaos mondial, cet intérêt est à prendre avec grande attention.

Selon l’analyste d’Heritage Foundation (l’un des plus importants think-tanks néo-conservateurs basé à Washington) Luke Coffey, par ailleurs un vétéran de l’armée US, les Etats-Unis doivent élargir leur présence dans cette partie du monde et ce pour plusieurs «raisons»:

– Intensification des tensions entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en raison du territoire disputé du Haut-Karabakh («occupé» par l’Arménie selon les termes de l’analyste étasunien)

– Un possible référendum sur l’éventuelle «annexion» du territoire «séparatiste» de l’Ossétie du Sud par la Russie (reconnu comme Etat indépendant par la Russie et plusieurs autres pays)

– La montée de «l’ingérence» iranienne dans la région

– Ainsi qu’une présence militaire croissante de la Russie en Arménie

Cette position dudit analyste date de 2016. Sauf qu’il revient à la charge avec les récents développements moyen-orientaux, notamment en Syrie, en proposant par exemple d’envoyer la partie du contingent américain ayant quitté le territoire syrien dans la région administrative du sud de la Géorgie, majoritairement peuplée d’Arméniens, la Samtskhé-Djavakhétie, se trouvant d’une part à la frontière avec l’Arménie, de l’autre avec la Turquie. Evidemment, on peut se limiter au fait de dire qu’il s’agit simplement d’une opinion d’un expert US sur la question, plutôt que d’une confirmation d’agir ou d’un avertissement, il n’empêche que l’Heritage Foundation est connue pour avoir souvent influencé les preneurs de décisions étasuniens dans leurs actions à divers endroits du monde.

Maintenant essayons de parler perspectives. Si le choix de la Géorgie parait en effet peu surprenant, sachant que depuis le temps de la «révolution des Roses» de 2003, faisant partie de la série des révolutions de couleur dans l’ex-URSS orchestrée par les USA en vue de mettre en place des régimes pro-étasuniens et pro-occidentaux, le pays est sous la coupe de Washington. Mais pourquoi choisir plus particulièrement une région avec une population majoritairement arménienne, d’autant plus aux frontières avec l’Arménie et la Turquie ?

Eh bien, la réponse est déjà donnée en partie ci-haut. A savoir «la présence militaire croissante de la Russie en Arménie». Cette dernière étant effectivement un des alliés stratégiques de Moscou dans l’ex-URSS et plus généralement parlant dans l’espace eurasien. Plus que cela, l’Arménie abrite une base militaire russe sur son sol – la base de Gyumri – et fait partie intégrante de l’Union économique eurasiatique (UEEA), ainsi que de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) – des organisations à vocation géoéconomique, géopolitique et politico-militaire dont l’Occident politique, Washington en premier lieu, ne cache pas le désamour.

Et malgré le fait que depuis déjà plusieurs années l’establishment étasunien a activé les réseaux pro-occidentaux en Arménie, jusqu’à maintenant le pays est resté fidèle dans ses relations avec Moscou.

Cette idée donc de créer une présence militaire américaine supplémentaire et non-négligeable dans un pays sous contrôle des élites étasuniennes, en l’occurrence la Géorgie, permettant de mettre la pression sur l’Arménie qui reste encore un allié de la Russie, en basant cette présence dans une zone à forte population arménienne, n’est donc aucunement anodine. Mais ce n’est pas tout. Sachant que ladite région est à la frontière aussi avec la Turquie – la pression se fera donc également sur cet «allié» et membre de l’Otan, dont l’Occident politique ne peut plus tolérer la politique indépendante.

En effet, Ankara ne laisse plus dormir tranquilles ses supposés alliés otanesques, et ce depuis déjà plusieurs années. Que ce soit par rapport à ses relations stratégiques avec la Russie et l’Iran, notamment dans le volet géoéconomique influant de plus en plus sur le géopolitique, que dans la manière d’agir sans devoir rendre des comptes ni à Washington, ni Bruxelles.

Et là aussi ce n’est pas tout. Il s’agit évidemment aussi d’une nette volonté étasunienne de frapper les intérêts russes, comme iraniens, à un moment où l’Eurasie devient tout simplement une réalité géopolitique majeure dans un monde multipolaire, et dont le rôle de premier plan dans la résolution des principales affaires internationales est appelé à croitre. Au grand dam de Washington et de ses suiveurs.

Que cela reste une simple opinion d’un expert proche du pouvoir US, d’un avertissement ou d’une réalité prochaine, le fait est que l’espace eurasien est de toute façon appelé à être prêt à relever de nouveaux défis. Dans son ensemble. Car si effectivement certains pays ont accepté, à l’instar de nombre de pays de l’Europe bruxelloise, à être de simples instruments dans la politique étasunienne, les pays refusant cette réalité devront joindre leurs efforts en vue de contrer de nouveau le chaos et l’insécurité – caractéristiques de premier plan du pouvoir étasunien, et plus généralement des élites occidentales nostalgiques de l’unipolarité révolue.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Vol du pétrole syrien par les USA: un voleur reste un voleur

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Se sachant vaincus et ne pouvant plus influer d’une quelconque façon sur le départ tellement souhaité du président Bachar al-Assad, les Etats-Unis continuent néanmoins de faire ce qu’ils savent le mieux: voler les ressources des autres nations.

Bien que l’annonce du départ des troupes US de Syrie faite par Donald Trump ait été non pas un geste de «bonne» volonté étasunienne, mais surtout due à la compréhension de ne plus pouvoir y rester éternellement, sachant que le terrorisme que les Occidentaux ont eux-mêmes fait prospéré en terre syrienne dans le but de faire tomber le gouvernement légitime a été vaincu par la Syrie et ses alliés, il fallait néanmoins s’y attendre: même en partant les Américains poursuivent leur rôle néfaste.

Les administrations étasuniennes changent, la réalité elle reste la même. Celle d’un pays néocolonialiste à l’extrême, pilleur des ressources naturelles de pays à divers endroits du monde. Pétrole en Irak, facilitation de production et exportation de drogue à partir d’Afghanistan, diamants, coltan, cobalt et autres ressources stratégiques en République démocratique du Congo, les exemples ne manquent guère. Bien que le cas syrien soit tout de même différent.

En effet, le scénario voulu au départ par Washington n’a pu être mené à bien. Le leader syrien, stigmatisé en Occident par ses élites politico-médiatiques, est toujours debout. Plus que cela, il a repris la grande partie de son territoire, sur lequel vivent les ¾ de citoyens syriens, en éliminant avec l’aide des pays alliés la menace terroriste qui paraissait invincible il y a encore quelques années, au vu du nombre de terroristes étrangers ayant fait le déplacement dans ce pays et des moyens qu’ils se procuraient aussi bien de la part de leurs mentors extérieurs, que des ressources qu’ils s’accaparaient sur place.

Désormais les Etasuniens partent. Car vaincus et incapables de faire chavirer radicalement la situation. Avec eux, leurs autres «amis  occidentaux, notamment français. Et en laissant tomber par la même occasion leurs «alliés» kurdes des FDS qui se sont retrouvés face à la puissance de guerre turque, déterminée à en finir avec des éléments hostiles à ses frontières, obligeant ces derniers à reprendre le dialogue avec Damas et accepter les conditions du pouvoir légitime. Ceci étant dit, Trump est évidemment sous pression aussi. En premier lieu par l’Etat-profond étasunien. Sans oublier de toute manière que ce même Trump et son administration font eux-mêmes, qu’on le veuille ou non, partie du système mafieux US. Avec les méthodes connues et reconnues.

Et à ce titre, l’annonce faite par l’administration washingtonienne quant au fait de garder une certaine présence sur les champs pétroliers syriens de l’est, confirme plusieurs choses. Les USA, savent parfaitement que leur rôle au Moyen-Orient a sérieusement diminué – on est loin des années 2001-2006. L’Irak, voisin de la Syrie et jadis occupé par les troupes américaines, affirme ne plus vouloir ces troupes chez lui. Au moment même où l’influence de l’Iran en Irak comme dans d’autres pays est clairement à la hausse. Les alliés arabes traditionnels de Washington commencent de plus en plus à porter leur regard en direction d’autres partenaires, notamment Pékin et Moscou. Certes, sans mouvement brusque. Mais le processus est bien là. Quant au principal allié des USA dans la région, en l’occurrence Israël, il ne cache pas sa déception sur le fait que le garant de sa sécurité, perd sérieusement en puissance et en notoriété. Surtout que Tel-Aviv comprend parfaitement aussi que malgré les années de guerre, de souffrances et de destructions, la République arabe syrienne récupère peu à peu son statut de puissance régionale, avec là aussi le soutien de ses alliés. Notamment sur le plan militaire. Sans oublier la puissance iranienne qui lui donne toujours un peu plus d’insomnie. Tous ces éléments ne peuvent être ignorés par l’administration de Washington.

D’autre part et il ne faut pas l’oublier aussi: un voleur reste un voleur. Au vu des informations relayées par diverses sources bien informées, les services secrets et les sociétés militaires privées US «gagnent» plus de 30 millions de dollars par mois via le vol des ressources pétrolières syriennes. Soyons franc : qu’attendre d’un Etat dont l’histoire de base se résume par le vol de territoires et de ressources aux autochtones par des migrants européens majoritairement anglo-saxons, bien souvent au passé criminel et marginal ? Aussi, ce «business» permet en quelque sorte de se laver des accusations d’avoir lâché ses alliés kurdes dans le nord syrien, sachant que lesdites zones pétrolières sont contrôlées par les Etasuniens en compagnie des FDS.

Maintenant parlons justement des FDS. Si les éléments kurdes en question n’ont pas attendu longtemps et ont fait appel à Damas en vue de venir les protéger contre la puissance militaire turque, ces éléments doivent comprendre une bonne fois pour toute aussi que la poursuite d’un double-jeu de traitres, ne leur apportera au final rien de positif. Evidemment, se sentir protégés d’une part par les unités régulières de l’armée gouvernementale syrienne dans les zones frontalières avec la Turquie, et de l’autre la poursuite du sale jeu qui les caractérise en coordination avec Washington, Paris et Tel-Aviv, ne sera tolérée.

En attendant, le travail continue. Damas a repris sous son contrôle des territoires supplémentaires du nord syrien, ainsi qu’une large zone frontalière avec la Turquie. Et vraisemblablement, rien ne saura stopper la détermination de la République arabe dans la reprise de la totalité de ses territoires. Pour cela, il peut compter sur le soutien de ses principaux alliés, russe et iranien en l’occurrence. La Turquie, elle, a déjà vraisemblablement accepté l’idée d’un maintien d’Assad à la tête du pays. Quant à la présence étasunienne et de ses proxys kurdes dans une zone majoritairement arabe, cela ne saurait durer trop longtemps. D’ailleurs, plusieurs manifestations de la population syrienne contre l’occupation illégale des USA/FDS ont déjà été observées dans la zone concernée. Un peu de patience donc encore. Les Etasuniens seront forcés de partir. Quant aux pseudo-FDS, soit ils auront compris la leçon récente, soit devront assumer les conséquences méritées.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Bataille médiatique sino-étasunienne en Afrique: lorsque le nombre ne signifie pas résultat

MEDIA

Si les Etats-Unis en particulier, et l’Occident politique de façon générale, s’inquiètent ardemment de la puissance géoéconomique et géopolitique de Pékin sur le continent africain, un autre domaine auquel l’Empire du Milieu attache aujourd’hui de l’importance fait lui aussi trembler les élites occidentales.

Si le paysage médiatique africain était jusqu’à encore récemment dominé par les médias mainstream occidentaux et leurs partenaires locaux, quel que soit le type de médias d’ailleurs: télévision, radio, presse écrite, aujourd’hui on assiste réellement à une révolution dans ce secteur. En effet, les Africains, jeunes et moins jeunes, s’intéressent avec grande attention aux informations des médias dits alternatifs, étrangers comme africains, dont la ligne éditoriale inquiète fortement les intérêts de l’Occident.

Pourtant les moyens financiers sont incomparables. Face aux principaux médias étasuniens, britanniques, français, allemands et autres, les projets médiatiques des pays BRICS et des médias panafricains ont nettement un poids financier inférieur. Mais malgré cette évidence, l’Occident politico-médiatique continue de perdre des points. Pour quelle raison?

Eh bien la réponse est assez surprenante. A l’instar d’une perte de confiance massive des populations des pays occidentaux vis-à-vis des médias les plus puissants appartenant à leur «monde», au sein des sociétés africaines le rejet parait encore plus important. Et vraisemblablement, cela est loin d’être dû au simple fait du passé colonial et néocolonial des pays d’origine des médias mainstream, mais surtout à la façon que ces structures médiatiques avaient pris l’habitude de traiter l’information.

Pour exemple, les nombreuses campagnes médiatiques hostiles aux projets chinois sur le continent africain n’ont non seulement pas apporter le résultat souhaité par les commanditaires des dites campagnes, mais ont au contraire renforcé les sympathies de nombreux citoyens africains vis-à-vis de Pékin. Et ce, pas tellement par «amour» envers l’Empire du Milieu, mais plutôt en raison d’une part d’un rejet des méthodes occidentales sur le continent, de l’autre une volonté d’avoir une alternative digne de ce nom parmi les partenaires extracontinentaux, enfin et cela est tout aussi important il s’agit vraisemblablement d’une ferme volonté de l’écrasante majorité d’Africains de pouvoir faire le choix, sans interférence extérieure, de leurs partenaires.

Au fil des années écoulées, Pékin n’a pas adopté un simple rôle d’observateur. Si dans un premier temps, la Chine se contentait de réaliser ses innombrables projets de partenariat avec les pays africains, lui ayant permis de devenir aujourd’hui tout simplement le principal partenaire économico-commercial de l’Afrique avec un volume d’échange de 200 milliards de dollars, depuis un temps plus récent elle a décidé d’imposer sa présence médiatique, tout en restant fidèle à sa philosophie.

Mis à part le lancement en 2012 du bureau africain de la chaine internationale chinoise CGTN dans la capitale kenyane Nairobi, et d’un travail de plus en plus orienté sur l’Afrique de ses agences de presse, notamment Xinhua, Pékin a aussi beaucoup misé sur l’enseignement destiné aux jeunes africains. Ainsi, chaque année près d’un millier de journalistes originaires de divers pays d’Afrique suivent des programmes de formation en terre chinoise http://www.slate.fr/story/180855/afrique-chine-renforcement-presence-mediatique-numerique

Ce n’est évidemment pas tout car Pékin investit aussi dans nombre de médias locaux, principalement dans les pays où la présence de ses intérêts économico-commerciaux est la plus importante. De façon plus générale, la Chine a pleinement accepté le défi de ceux qui dès le départ souhaitaient lui mettre des bâtons dans les roues dans son expansion géoéconomique. Le tout à un moment où l’opposition nette et évidente entre les partisans d’un monde multipolaire devenu réalité et ceux qui désirent un retour à l’ordre unipolaire post-guerre froide rentre chaque jour un peu plus dans sa phase active. Et à ce titre, le domaine des médias n’y échappe pas. Bien qu’il faille garder à l’esprit que face aux CNN, Bloomberg, CNBC ou encore Voice of America, pour ne citer que ceux-là, sans oublier les instruments médiatiques des autres pays occidentaux, les projets médiatiques chinois en Afrique restent en nombres nettement inférieurs. Tout comme du point de vue des budgets alloués.

Mais ce que les USA et plus globalement parlant l’Occident politique n’arrivent (toujours) pas à réaliser, c’est que dans le monde contemporain les grands moyens, notamment financiers, ne suffisent plus pour imposer sa donne. A l’heure d’une information pouvant être obtenue à grande vitesse, et via différents instruments, les peuples du monde deviennent eux-mêmes des analystes potentiels. Et c’est justement dans ce cadre analytique que tout se joue. En ce sens, les sociétés africaines ont non seulement aucun retard quant aux prétendus pays «développés», mais sur nombre de points sont même en avance. Cela est dû peut-être au fait qu’à force d’être la visée d’un grand nombre d’intérêts, les Africains comprennent aujourd’hui toutes les potentialités et les atouts que possède leur continent. Et qu’à partir de cette réalité, vient ensuite la partie analytique et comparative des partenaires – certains jurant d’apporter «liberté, justice et démocratie» sous le couvercle de prétendues valeurs «universelles», le tout avec un agenda qui diffère fortement des intentions annoncées. De l’autre ceux qui évitent de donner des leçons et tout en pensant évidemment à leurs propres intérêts, apportent des projets qui donnent un certain sens au mot «développement».

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’avoir le plus grand budget militaire pour avoir les armes les plus sophistiquées. Et dans la nouvelle réalité mondiale, le domaine médiatique le confirme pleinement aussi. Les capacités budgétaires allouées aux campagnes médiatiques ne sont plus vraiment en mesure de voiler des pratiques allant à l’encontre des belles paroles prononcées. Et à ce titre, Pékin a une nette longueur d’avance sur Washington et consorts.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: victoire de la légitimité

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Suite à la décision du président étasunien Donald Trump de retirer la majeure partie des troupes US de Syrie, leurs alliés kurdes des dites Forces démocratiques syriennes (FDS) se sont retrouvés sous le feu de la puissance militaire turque. En effet, la Turquie avait rappelé à plusieurs reprises qu’elle ne permettra pas d’avoir des groupes «terroristes» hostiles à ses frontières. La suite a donné raison à la stratégie de l’axe Moscou-Damas.

Alors que les mêmes FDS refusaient jusqu’à encore récemment tout dialogue digne de ce nom avec le gouvernement syrien, en ayant à l’esprit d’être «intouchables» grâce à la protection de Washington, et se permettant même de lancer des ultimatums à Damas, la nouvelle réalité du monde multipolaire a fini par payer. Abandonnés par leurs «alliés» étasuniens, et devant la perspective d’être écrasés par la force de frappe turque, aujourd’hui c’est eux qui ont fait appel aux forces de l’armée gouvernementale syrienne avec la médiation russe, pour qu’elles puissent entrer dans les localités jusqu’ici contrôlées par la coalition FDS-USA-France.

C’est désormais chose faite et le processus se poursuit. A l’heure actuelle, les forces de l’Armée arabe syrienne sont déjà entrées à Minbej, la plus grande ville du nord de la Syrie, ainsi qu’à Raqqa – un temps «capitale» de la nébuleuse terroriste de Daech – et ce pour la première fois depuis 2014. Le déploiement de l’armée syrienne dans les zones précédemment sous contrôle des forces kurdes se fait en compagnie de la police militaire russe, qui patrouille déjà les localités en question.

Au-delà d’un développement positif pour la Syrie, à savoir la reprise sous contrôle par le pouvoir légitime des territoires appartenant à la République arabe et le départ des troupes occidentales non invitées, le fait est que c’est, une fois encore, une victoire géopolitique pour la Russie, et bien évidemment ses alliés.

D’une part, la Russie a démontré, et ce tout au long du conflit en Syrie, que c’est un allié fiable, qui ne lâche justement pas ses alliés. De l’autre, qu’au-delà d’être une puissance militaire de première taille, ayant joué un rôle de loin déterminant dans la lutte antiterroriste, notamment dans la victoire aux côtés de l’armée syrienne contre Daech, Moscou a prouvé que sa stratégie qui vise à défendre ses intérêts, et ceux de ses alliés, par la voie politico-diplomatique est d’un niveau bien supérieur que celle de ses adversaires.

Maintenant résumons un peu les vainqueurs et les perdants dans cette guerre, bien qu’il soit toujours difficile de parler de succès lorsqu’on parle de guerre. Mais sur ce point, force est de constater que celle-ci n’a pas été réalisée à l’initiative ni de la Syrie, ni de la Russie, ni de l’Iran. Mais bien à l’initiative d’une large coalition néocoloniale, et de ses suiveurs.

La Syrie, malgré les énormes pertes humaines et matérielles, a été sauvée en tant qu’Etat. Le terrorisme takfiriste a été écrasé, avec l’assistance cruciale de ses alliés, dont évidemment la Russie. Le pays est à reconstruire, mais là aussi il pourra très certainement compter sur l’assistance des pays-amis. N’empêche que malgré les souffrances et les destructions, la vie reprend en Syrie. Notamment à Alep, qui fut longtemps le poumon économique syrien et l’un des principaux centres industriels de la région. De nombreux réfugiés retournent dans le pays. Il y a donc de quoi être optimiste.

La Russie, alliée de Damas, conforte désormais son rôle de superpuissance militaire et de puissance politico-diplomatique de premier plan au niveau mondial. Le nier ne fait que ridiculiser encore plus ses adversaires et ceux qui portent une haine traditionnelle à son encontre. L’Iran, conforte lui son rôle de puissance régionale majeure. La Turquie, bien qu’ayant été au départ dans le camp de ceux qui voulaient faire tomber le président Bachar al-Assad, a vraisemblablement fait depuis les bonnes conclusions. A cet effet, le partenariat stratégique russo-turc a montré toute sa viabilité. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que désormais une normalisation serait même envisageable entre Damas et Ankara, avec, là aussi, le soutien de Moscou. Une éventualité ouvertement abordée par les hauts responsables, dont le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. Lorsque cela arrivera, la victoire sera alors totale. Pour les pays concernés, pour l’Eurasie.

Les perdants, eux, sont connus et reconnus. Et pas seulement les terroristes écrasés. Mais aussi tous ceux qui ont misé sur eux. Dont bien évidemment les puissances occidentales, qui doivent aujourd’hui reconnaitre l’amertume de la défaite, compter les pertes financières parties en fumée, mais aussi et cela est très important la perte de confiance de leurs propres populations. Sans parler même des pertes de prestige et de notoriété quant à leur supposée «exclusivité» face au reste du monde. Le président français Emmanuel Macron a récemment reconnu la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. Avec du retard, puisque cela fut annoncé il y a plusieurs années, mais vaut mieux un peu tard, que jamais.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les exportateurs africains et l’eldorado russe

Un supermarché à Moscou

La crise entre l’Occident et la Russie ouvre des perspectives prometteuses à d’autres acteurs économiques. La place laissée libre par les producteurs occidentaux, notamment dans l’agroalimentaire, pourrait ainsi bénéficier aux pays africains.

La Russie représente encore un marché clé pour de nombreux exportateurs européens, qu’ils soient français, allemands, italiens, grecs ou autres. Pourtant, les pays de l’UE ont perdu pour très longtemps, voire pour toujours, de larges parts de marché dans le secteur agroalimentaire.

Les producteurs nationaux russes ont parfaitement su tirer leur épingle du jeu, au point qu’au-delà de l’autosuffisance dans plusieurs secteurs-clés, la Russie est devenue une puissance exportatrice de premier plan: elle s’est même hissée en 2017 à la première place mondiale des exportations de blé, devant les États-Unis, son principal concurrent à l’export.

Mais il serait également juste de rappeler que plusieurs pays non-occidentaux ont su profiter des occasions que représentent les contre-sanctions russes aux sanctions occidentales, y compris dans le secteur agroalimentaire. Parmi eux et hormis des pays voisins d’ex-URSS —hors Ukraine et pays baltes-, on retrouve la Turquie, l’Égypte, le Maroc, l’Afrique du Sud, la Chine, le Vietnam, le Brésil, l’Argentine, entre autres. L’Algérie voit aussi s’ouvrir des perspectives intéressantes et l’Afrique subsaharienne, en plus de l’Afrique du Sud, y aurait toute sa place.

De plus, commercer avec la Russie ouvre potentiellement les portes d’un marché encore plus vaste, celui de l’Union économique eurasiatique, qui comprend déjà la Russie, le Kazakhstan, la Biélorussie, l’Arménie et le Kirghizistan. Le Tadjikistan, lui, est candidat officiel à l’adhésion et la Moldavie est quant à elle membre observateur. Au total un marché de plus de 180 millions de personnes.

L’Afrique dispose d’un climat unique, propice notamment à la production de fruits exotiques —appréciés des consommateurs russes. Et à condition de créer des conditions favorables, les producteurs d’Afrique subsaharienne auraient toutes les chances de réussir. Et si jusqu’ici les exportateurs africains étaient surtout focalisés sur les pays européens ou du Moyen-Orient, il serait probablement temps aujourd’hui de penser à tisser des liens avec des partenaires russes. À cet effet, une intensification de contacts d’affaires entre les producteurs et entrepreneurs des deux parties, avec le soutien de leurs autorités respectives, serait sans aucun doute la solution.

Et à l’heure du retour de la Russie sur le continent africain, les opportunités mutuellement bénéfiques vont se multiplier, et pas uniquement dans l’agroalimentaire. Les voyages de délégations africaines en Russie, comme russes en Afrique, se sont multipliés au cours de ces derniers mois, des contacts facilités par plusieurs facteurs. Tout d’abord, l’Afrique dispose d’un nombre conséquent de cadres ayant été formés en URSS et en Russie. De plus, de tels échanges bénéficient du soutien des opinions publiques respectives de chaque pays: on sait par exemple que la Russie, notamment grâce à sa politique actuelle, est grandement appréciée dans pratiquement l’intégralité du continent africain.

Côté russe, les élites libérales de l’ère Eltsine, ayant crié et juré que l’avenir de la Russie est «uniquement avec l’Europe et l’Occident», ayant été écartées, le temps des illusions est bel et bien terminé. La Russie coopérera avec ceux qui respectent sa souveraineté, ses intérêts et ses valeurs —comme la Russie respecte et respectera les leurs.

Tout cela pour dire qu’il ne faudra pas s’étonner que la Russie et l’Afrique multiplient dans un avenir proche leurs échanges bilatéraux. De l’aveu des intéressés, il est aujourd’hui évident que la Russie peut beaucoup apporter à l’Afrique, comme l’Afrique peut beaucoup apporter à la Russie. Et cela concerne notamment les domaines sécuritaire, technologique, agroalimentaire, énergétique, minier, éducatif, culturel, du nucléaire civil. L’essentiel étant que la Russie, tout en pensant évidemment à ses intérêts, saura indéniablement aussi respecter et tenir compte ceux de ses partenaires africains. Ce fut le cas lors de la période soviétique, cela restera le cas avec la Russie contemporaine.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804271036133999-afrique-eldorado-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Occident aboie, la Syrie passe

Carte du Proche-Orient

Plus l’Occident sent la situation au Moyen-Orient lui échapper, plus il se montre menaçant et vindicatif. Alors que Damas nettoie les dernières poches de djihadistes les unes après les autres, les États-Unis menacent la Syrie de nouvelles frappes. Elles ne pourront néanmoins inverser l’issue de la guerre et la défaite des affidés de l’Occident.

Alors que l’Occident, USA en tête, menace la Syrie de nouvelles frappes, son comportement ne fait que confirmer qu’il a perdu sa mise dans ce pays proche-oriental. Et dans cette défaite qui se confirme de jour en jour, ce ne sont pas uniquement les États-Unis qui sortent perdants, mais tous ceux qui les ont suivis dans cette aventure criminelle et guerrière visant à déstabiliser un pays souverain.

La Turquie fait figure d’exception, après avoir retrouvé ses esprits et s’être largement rapprochée de la Russie et de l’Iran, aussi bien dans le cadre de ses relations bilatérales avec ces pays que dans le cadre d’initiatives conjointes, comme celles d’Astana. Cette même Astana dans laquelle les décisions coordonnées par la Syrie et le trio Russie-Turquie-Iran ont apporté plus de choses positives et concrètes à la population syrienne que les multiples «sommets» organisés par les Washington, Londres, Paris ou Riyad.

Parmi les indéniables perdants, on retrouve également la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie saoudite ou encore Israël —tous ceux qui ont misé sur la chute de Bachar al-Assad et qui pour y parvenir, se sont appuyés sur des groupes terroristes. Un scénario qui rappelle étrangement celui de la Libye, à une différence près. En Syrie, les forces atlantistes et affiliées n’ont pas pu, malgré leur volonté manifeste, intervenir de façon directe pour faire tomber les autorités légitimes syriennes. La Russie leur barrait la route.

Parlons justement du rôle de la Russie dans la résolution du conflit syrien et dans la victoire contre les groupes terroristes. À ce sujet, un petit rappel s’impose. En 2015 (avant l’intervention de la Russie), Raymond T. Odierno, alors chef d’état-major des forces armées américaines, avait déclaré dans une interview à la chaîne CBS que «la coalition sous commandement étasunien pourrait avoir besoin de 10 ans pour pouvoir vaincre Daech». Pour rappel, à cette période, ladite «coalition» de quelques dizaines de pays affiliés aux États-Unis prétendait déjà lutter contre la secte extrémiste depuis un an.

Puis intervint la Russie, fin septembre 2015, à la demande du gouvernement légitime de Syrie. Et grâce à cette intervention antiterroriste russe, avec le soutien de l’Iran et du Hezbollah libanais, la Syrie a réussi à anéantir Daech à plus de 95%, le tout en deux ans. Des barbares qui se comptaient par ailleurs en dizaines de milliers. Tout cela pour dire que les menaces verbales proférées par l’establishment occidental, du Pentagone à la CIA, de la Maison-Blanche à l’Élysée ou dans l’enceinte de l’Onu, ne signifient au final qu’une seule chose: ils ont perdu et cela fait mal. Très mal.

À croire que pour les élites occidentales, qu’elles soient politiques, financières ou médiatiques, il est difficile de se débarrasser d’une maladie chronique et génétique: l’esprit colonial. Le massacre de millions de personnes aux quatre coins du monde, la colonisation, la traite esclavagiste —tout cela, qu’on le veuille ou non, découle de la politique occidentale au cours des siècles à l’encontre des peuples eurasiens, africains, latino-américains.

Et malgré les tentatives de certains faux bien-pensants de présenter certains pays comme faisant partie du fameux «Axe du mal» pour les opposer à celui du «bien», en clair, l’Occident, le fait est, statistiques à l’appui, que les «champions» absolus en crimes de masse partout dans le monde sont bel et bien les Occidentaux, du moins leurs décideurs. Et ce aussi bien avant le XXe siècle, qu’au cours de celui-ci et jusqu’à ce jour.

Et pour cette minorité, trop habituée à dominer les affaires planétaires, il est évidemment fort difficile de devoir se faire, ou plutôt se refaire, à la nouvelle réalité multipolaire du monde. Se refaire, car il y avait déjà eu un contrepoids à leur hégémonie: l’URSS. Avec sa chute, les élites occidentales ont pensé qu’elles jouiraient pour toujours d’une certaine impunité. Mais il n’en fut rien. La Russie s’est relevée. Largement relevée. Et avec elle se lèvent toutes les autres nations non-occidentales, qui refusent et refuseront fermement le diktat unipolaire en ce XXIe siècle.

La Ghouta orientale est la nouvelle grande victoire de la Syrie et de ses alliés, au même titre qu’Alep, Palmyre, Homs ou Deir ez-Zor. Car elle représentait le dernier fief terroriste soutenu par l’amicale occidentalo-wahhabito-sioniste aux portes de Damas, ville sainte et millénaire. Une amicale qui a beau pester et menacer, les faits sont têtus: elle a perdu son leadership. La Syrie sera victorieuse. La Russie aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804101035885389-syrie-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov