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L’histoire méconnue des relations russo-africaines

La bataille d'Adoua. Peinture éthiopienne

Alors que la Russie se fait plus présente en Afrique au plan diplomatique et économique et que les relations russo-africaines retrouvent petit à petit leur lustre d’antan, quelques rappels historiques s’imposent. Petite collection de faits que vous aurez peu de chances de trouver dans les manuels d’histoire occidentaux.

Si pour vous les relations russo-africaines remontent à la Guerre froide, au soutien stratégique et bien souvent décisif de l’URSS dans la lutte pour la libération nationale des peuples d’Afrique contre le colonialisme et le néocolonialisme occidental, révisez vos préjugés. Elles ont en réalité commencé bien avant.

Citons tout d’abord cette formidable histoire du prince africain Abram Hannibal, devenu aristocrate russe et l’un des plus proches amis et conseillers de l’Empereur Pierre Ier, dit le Grand. Abram Hannibal qui n’est autre que l’arrière-grand-père du grand poète russe Alexandre Pouchkine, l’un des principaux symboles de la culture et de la civilisation russe. En Russie d’ailleurs on dit: «Pouchkine —nashe vsio» («Pouchkine est notre tout»). Le tout à une époque où les clichés racistes étaient omniprésents en Occident, à tous les niveaux, à simple titre de comparaison.

Autre histoire largement méconnue, celle du soutien stratégique de l’Empire russe à l’Éthiopie, le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé, notamment durant la Première Guerre italo-éthiopienne (1895-1896). On le voit, l’alliance entre l’URSS et l’Éthiopie socialiste a donc des racines profondes. En effet, l’Empereur russe Nicolas II, par solidarité religieuse et spirituelle —les Éthiopiens étant comme les Russes majoritairement chrétiens orthodoxes-, a accordé un soutien sans faille et décisif afin de stopper le colonialisme italien en terre éthiopienne.

Nikolay Leontiev (en photos ci-dessous), talentueux conseiller militaire russe, jouera un rôle clé dans la formation des soldats éthiopiens pour le compte de l’Empereur d’Éthiopie Menelik II et dans la victoire des forces éthiopiennes face aux forces coloniales italiennes. Il prendra d’ailleurs part, avec plusieurs autres volontaires russes, à la bataille décisive d’Adoua, qui scella le sort de la guerre.

Leontiev à l'Éthiopie

L’Éthiopie garde donc à ce jour le titre de seul pays africain qui a toujours su résister efficacement à la pénétration coloniale occidentale. Et malgré la distance géographique qui sépare les deux nations, la Russie n’a jamais été vraiment loin de l’Éthiopie, que ce soit à l’époque de la Russie tsariste ou soviétique. À la lumière de ces quelques rappels historiques, et en se souvenant aussi des relations URSS-Afrique, il n’est pas étonnant que l’interaction russo-africaine soit appelée à renaître et à retrouver leur niveau d’antan, voire aller plus loin encore. Les peuples africains le souhaitent, la Russie aussi. Aucune raison donc de ne pas passer à la prochaine étape, et ce ne sont pas les forces radicalement opposées à ce plein retour de la Russie sur le continent africain qui y pourront faire quoi que ce soit: le monde n’est plus celui de 1992!

À titre personnel, j’ai eu la chance durant mon enfance et mon adolescence de suivre deux programmes d’études scolaires: français et russe. Et en analysant depuis cette période et à ce jour les différentes interprétations historiques, on arrive à se forger sa propre opinion. Une chose est certaine: plus on étudie l’histoire et plus on découvre le pourquoi du comment de l’actualité. Et notamment les explications des différences d’approche de tels ou tels pays, car au fond peu de choses changent.

Analysez donc l’histoire et forgez-vous votre propre opinion!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712111034267876-russie-afrique-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Ethiopie, grande nation et partenaire traditionnel de la Russie en Afrique

аддис-абеба Эфиопия Африка

L’Ethiopie. Son amitié avec la Russie date de plusieurs siècles. Un pays souvent caractérisé par de tristes clichés : famine, guerre, pauvreté. Pourtant, l’Ethiopie fait partie des pays possédant l’une des plus riches histoires et cultures, et ce au niveau mondial.

 Le pays est considéré comme le berceau de l’humanité : on y a découvert Lucy en 1974 ainsi que les plus anciens spécimens d’Homo Sapiens, en 2003. Autre fierté du pays : celle d’être déjà cité au IIIe siècle : le Royaume d’Aksoum, et qui dès le IVe siècle s’appellera Ethiopie. A l’époque, le royaume était considéré comme étant l’une des quatre plus grandes puissances du monde. La légendaire reine de Saba est également originaire de ce glorieux pays.

 Par ailleurs, l’Ethiopie est la deuxième plus ancienne nation chrétienne au monde après l’Arménie, et le premier grand empire à s’être converti au christianisme. Autre fait majeur : l’Ethiopie est un des rares pays d’Afrique à n’avoir jamais été colonisé, bien que plusieurs tentatives de colonisation aient eu lieu, notamment de la part de l’Italie. Ce sera d’ailleurs l’occasion pour un pays africain de donner une gifle humiliante au colonisateur, lors de la première guerre italo-éthiopienne à l’issue de laquelle l’Ethiopie remportera une grande victoire et obligera l’Italie à renoncer à la conquérir. Cette victoire permettra d’autre part de renforcer la monarchie éthiopienne. Une fierté majeur pour les Ethiopiens jusqu’à aujourd’hui. Les liens entre la monarchie russe et éthiopienne furent par ailleurs intenses, notamment en raison de la religion qui unit les deux nations : la majorité des Ethiopiens comme des Russes étant chrétiens orthodoxes.

 Le XXe siècle sera une période de grands changements et de bouleversements. Le dernier empereur éthiopien Haïlé Sélassié Ier fera en sorte que l’Ethiopie devienne le premier pays africain à adhérer à la Société des Nations, en 1923, au grand dam des colonialistes. Par ailleurs, Hailé Sélassié est considéré pour beaucoup jusqu’à aujourd’hui comme un Messie, et bien au-delà des frontières éthiopiennes, notamment aux Antilles, en Jamaïque. Néanmoins, la plus vieille monarchie du monde sera renversée en 1974 par un comité militaire. Le nouveau gouvernement sera basé sur une idéologie socialiste d’inspiration soviétique. Dès lors commencera une intense période de coopération entre l’Ethiopie et l’URSS sur le plan militaire, économique et idéologique. L’Ethiopie sera par ailleurs l’un des plus fervents soutiens de l’URSS et de Cuba en Afrique, y compris lors de la guerre d’Angola. Le pays accordera également un grand soutien à la lutte du peuple Sud-africain contre le régime raciste d’Apartheid (aussi bien durant la monarchie que la période socialiste).

 Le début des années 1990 signifiera la fin de la période socialiste, parallèlement aux mutations que connaîtra l’URSS. Le pouvoir socialiste tombe en mai 1991 et le chef de l’Etat, Mengistu Haile Mariam, se réfugie au Zimbabwe. Par la suite, l’Ethiopie connaitra des difficultés en raison de plusieurs conflits avec ses voisins : guerre avec l’Erythrée (1998-2000), et elle sera obligée d’intervenir maintes fois en Somalie, en raison de la menace islamiste. Le pays devra aussi faire face à de terribles famines, dans un pays où l’agriculture joue encore un rôle très important et lors d’années de grandes sécheresses, le risque étant particulièrement élevé. Tout cela ancrera le cliché sur l’Ethiopie et la pauvreté.

 Néanmoins, l’Ethiopie aujourd’hui est un des leaders parmi les économies africaines qui montent en force. En effet, le pays est classé septième sur le continent africain en terme de croissance du PIB (entre 8 et 10%). Le pays exporte massivement son café (l’un des plus appréciés au monde). L’extraction de l’or est également une source importante de recettes. En ce qui concerne ses relations avec la Russie, bien qu’elles aient été très réduites durant les années 1990, la Russie reste aujourd’hui malgré tout l’un des partenaires principaux de la République fédérale démocratique d’Ethiopie. Ces relations sont toujours restées très amicales malgré toutes les épreuves, d’une part pour des raisons historiques et d’autre part en raison des opportunités qui s’ouvrent aux deux pays dans leur relation bilatérale. Un grand nombre de spécialistes russes ont travaillé (ou travaillent toujours) dans ce pays d’Afrique de l’Est et grand nombre d’Ethiopiens ont été formés dans les universités soviétiques, et continuent de l’être aujourd’hui en Russie. En gros, une vraie histoire d’amour, notamment compte tenu du nombre important de couples mixtes russo-éthiopiens.

 L’Ethiopie, un des meilleurs exemples de dignité et de résistance aux interventions extérieures, ainsi qu’au colonialisme, et ce durant des siècles, poursuit aujourd’hui fièrement son chemin et surmontera certainement les nombreux défis auxquels elle fait face.

http://french.ruvr.ru/2013_07_22/LEthiopie-grande-nation-et-partenaire-traditionnel-de-la-Russie-en-Afrique-9213/

Mikhail Gamandiy-Egorov