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Macron digne héritier de la Françafrique

Emmanuel Macron

Les déclarations de Macron ne laissent guère de place au doute: pour lui, en Afrique, le changement, ce n’est pas maintenant. Il a revêtu avec aisance les habits de la Françafrique qui ont tant profité à ses prédécesseurs et une réelle souveraineté économique et diplomatique des peuples africains n’est pas à l’ordre du jour.

Deux questions importantes animent les débats à l’heure actuelle en Afrique au sein des cercles souverainistes et panafricanistes. Tout d’abord celle du franc CFA, considéré par de nombreuses personnes comme une monnaie néocoloniale qui permet à l’ex-métropole de maintenir ses «anciennes» colonies dans un état d’asservissement. La deuxième question concerne la souveraineté pure et simple des États africains, en premier lieu d’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre, notamment sur la possibilité de mener une politique internationale indépendante et de créer des partenariats forts avec un certain nombre de pays du monde, notamment non-occidentaux.

Si sur la première question, Emmanuel Macron avait déclaré dans un entretien à Jeune Afrique (une semaine avant le premier tour des élections présidentielles françaises) que «c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes», tout en laissant entendre que selon lui le franc CFA avait de l’avenir, puisqu’«il contribue à la stabilité économique et à l’intégration régionale». À ce niveau, tout laisserait entendre qu’il ne voyait rien de mal à ce que les peuples africains puissent prendre des décisions, dans le respect de leur prétendue souveraineté.

Mais le souci pour de nombreux observateurs africains, c’est que dès qu’un dirigeant a le courage de contester le système existant entre la France et certains pays d’Afrique, le risque pour lui de mal finir augmente en conséquence. Tout le monde garde en mémoire le triste sort réservé au président ivoirien Laurent Gbagbo, qui avait justement «osé» remettre en cause plusieurs aspects des rapports franco-ivoiriens. Il est aujourd’hui emprisonné par la CPI, alors que les accusations émises à son encontre sont plus que douteuses. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois.

Une déclaration plus récente de Macron, toujours en rapport avec l’Afrique, ravive encore les tensions. En effet, juste après le sommet du G20 à Hambourg, répondant à une question d’un journaliste africain, le président français déclara: «Dans des pays qui font encore sept enfants par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien…». Au-delà du débat sur la justesse ou non d’avoir sept enfants par femme et du mépris que traduit cette déclaration choquante, les questions véritables sont ailleurs.

Tout d’abord, chaque nation est en principe souveraine. Si dans telle ou telle société, la démographie reste élevée, c’est une question intérieure qui ne concerne que ladite nation. En même temps (pour reprendre une des antiennes favorites de Macron), il est vrai que faire beaucoup d’enfants alors que l’on est déjà dans une situation économique difficile n’est probablement pas la meilleure solution.

Mais alors posons-nous la question suivante: comment se fait-il que plusieurs pays africains possédant des ressources naturelles impressionnantes se retrouvent dans une telle situation? Certains diront qu’il s’agit de la mauvaise gestion et dans plusieurs cas c’est vrai. Mais comme par hasard, cette mauvaise gestion se retrouve principalement dans des pays encore sous influence occidentale et notamment française, en d’autres termes sous domination néocoloniale. Comment se fait-il que la Guinée équatoriale (très stigmatisée par les médias occidentaux) ait un niveau de vie de plusieurs fois supérieur à celui du Gabon voisin, considéré par certains experts comme «la réserve pétrolière de la France» et qui fait justement partie plus qu’intégrante de ce fameux système de la Françafrique? Relevons au passage que les deux pays ont une démographie et des ressources comparables. Comment se fait-il que la France puisse prendre jusqu’à 95% du revenu sur l’exploitation de telle ou telle ressource africaine et affirmer que cela est normal?

Examinons aussi le cas de l’Angola. Ce pays lusophone, avec un taux de fécondité de 5,3 enfants par femme a traversé de très longues années de guerre, d’abord pour son indépendance contre le Portugal, puis une guerre civile de 27 ans, provoquée par la CIA et le régime d’apartheid sud-africain de l’époque. Il se permet pourtant d’accueillir des dizaines de milliers de migrants portugais (plus de 200.000 aux dernières nouvelles) et même d’en expulser plusieurs milliers par an pour violation des délais de séjour, tandis que d’autres Africains au péril de leur vie sont prêts à tout pour se retrouver en Europe? Beaucoup d’ailleurs périssent en mer Méditerranée, parmi eux beaucoup de représentants d’Afrique francophone. La réponse est relativement simple: l’Angola, au prix de nombreux sacrifices et du soutien accordé par l’URSS et Cuba, a pu arracher sa souveraineté tellement convoitée par les forces néocoloniales. Les pays francophones de l’Ouest et du Centre africain en sont encore loin.

Reconnaissons que la critique va dans les deux sens. D’un côté, la France, ou plutôt les élites de l’Élysée, font tout pour garder leur mainmise sur leurs «ex» colonies, au besoin par la force armée si un dirigeant africain dérange lesdits intérêts. Ce fut le cas en Côte d’Ivoire, pays riche en termes de ressources naturelles, mais dont les citoyens, surtout les jeunes, continuent à émigrer en masse.

D’un autre côté, certains Africains gagneraient à comprendre que le combat pour la souveraineté est une lutte de longue haleine. Si les Angolais, tout comme plusieurs peuples d’Amérique latine, ne s’étaient pas battus jusqu’au bout contre les forces néocoloniales, ils feraient certainement encore partie de l’arrière-cour néocoloniale. De même, ils doivent réaliser que ce ne sont certainement pas des forces extérieures qui viendront libérer l’Afrique à la place des Africains eux-mêmes. Ce n’est qu’une fois que l’on dispose de sa souveraineté qu’il est possible de forger des alliances et des partenariats qui assureront au mieux les intérêts des peuples concernés. Ce qu’on appelle aussi le partenariat gagnant-gagnant.

Quant au fait d’avoir une démographie élevée, mis à part l’exemple africain de l’Angola, il suffit de prendre l’exemple de l’Inde. Avec ses 1,3 milliard d’habitants, elle est une grande puissance régionale et internationale, dont le développement ne cesse d’impressionner. Mais différence de taille: l’Inde comme l’Angola sont des nations souveraines. D’ailleurs, ce sont loin d’être les seuls exemples. Pour se défendre, les élites occidentales, y compris françaises, aiment agiter «la menace chinoise» dans les médias mainstream, à savoir que la Chine les pousseraient définitivement hors d’Afrique s’ils laissaient faire les choses. Mais un partenariat honnête s’impose non pas par les armes et la menace, mais bien par une concurrence loyale, en présentant au mieux ses atouts. Et la France n’en manque pas. Pourtant, sa politique ouvertement néocoloniale et agressive en Afrique d’un côté et de soumission aux intérêts atlantistes US de l’autre, peuvent anéantir ses chances. Quant à la Chine, son respect de la souveraineté de l’Afrique et son principe de non-ingérence dans les affaires intérieures africaines, tout en pensant évidemment à ses propres intérêts, font qu’elle est de plus en plus appréciée sur le continent africain, malgré les campagnes médiatiques contre elle.

Les sondages d’opinion organisés dans plusieurs pays africains montrent d’ailleurs bien qui à, la cote et qui l’a de moins en moins.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201707101032177408-macron-francafrique/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Ayrault & Co. ou la vassalisation désormais totale de la France

Situation en Syrie

Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a récemment appelé la Russie et l’Iran «à faire preuve de responsabilité» en Syrie. Dans le cas contraire et toujours selon le «brave» monsieur, les deux pays «seront complices des crimes de guerre commis à Alep».

Un « commentaire » pas si étonnant que cela lorsqu’on connait l’état des lieux des élites françaises actuelles et lorsqu’on se souvient aussi des déclarations inacceptables d’autres responsables français : un certain Manuel Valls qui traitait le président syrien Bachar al-Assad de « boucher » ou l’ex-ministre des Affaires étrangères Fabius qui avait déclaré « qu’Assad ne méritait pas de vivre sur Terre » et que le Front al-Nosra (désormais Front Fatah al-Cham, filiale d’Al-Qaïda en Syrie) « faisait du bon boulot ». Sauf que désormais cette fois-ci l’attaque des mots du ministre Ayrault vise ouvertement deux pays, alliés de la Syrie, en la qualité de l’Iran et de la Russie.

Sans trop s’attarder même sur ce énième exemple de la vassalisation pure et simple des élites françaises à celles de Washington, il serait certainement bon de rappeler l’opinion du président syrien à ce sujet, dans une interview qu’il avait accordé à la chaine TV France 2, en avril 2015 en répondant justement au fait d’avoir été traité de « boucher » par Valls, Premier ministre français : « Je vais être franc avec vous. Personne ne prend plus au sérieux les déclarations des responsables français. Pour une simple raison : c’est que la France est devenue un satellite de la politique étasunienne dans la région. Elle n’est pas indépendante, et n’a aucun poids. Elle n’a plus aucune crédibilité ». Difficile, même très difficile, de dire mieux ou d’y ajouter quelque chose.

En Russie, mes compatriotes me posent parfois la question du pourquoi de cette soumission des responsables politiques français (si ce n’étaient que les responsables politiques), aux ordres émis depuis l’outre-Atlantique, sachant qu’ils vont bien souvent à l’inverse des intérêts du peuple français, ou en tout cas d’une large partie des citoyens de France. Ma réponse est relativement simple : car ils sont vendus. Un rôle de conférencier-animateur payé des dizaines, voire des centaines de milliers d’euros aux USA par différentes fondations « démocratiques » étasuniennes, dont celles de Soros, est certainement plus motivant pour ces « responsables » que celui d’être des leaders défendant les intérêts du peuple français. Plus que cela, les élites françaises d’aujourd’hui sont aussi bien vendues aux différentes fondations US, qu’aux pétrodollars wahhabites saoudiens ou qataris.

En parlant justement des alliés golfistes de la France actuelle, a-t-on entendu ne serait-ce qu’une fois de la part de ce même Ayrault ou d’un autre condamner les bombardements aveugles saoudiens contre les civils du Yémen ? Des bombardements qui tuent hommes, femmes et enfants quotidiennement. Jamais. Ils préfèrent bien sûr s’attaquer au leadership syrien, ainsi qu’à la Russie et l’Iran, les seuls pays qui luttent réellement et sans figuration contre le terrorisme takfiriste dans cette région. Le tout pour la simple et bonne raison de l’hystérie montante en flèche côté Washington, Riyad et Doha, avec les suiveurs de Londres et Paris, n’arrivant toujours à réaliser leur seul et unique objectif en Syrie : faire tomber le président Bachar al-Assad. Et malgré les dizaines de milliards investis à cette fin, toujours rien. Damas, Moscou et Téhéran ne cèdent pas.

On me pose aussi parfois la question du pourquoi la Russie et l’Iran ont plus de facilité à trouver un langage commun avec Erdogan, le très controversé président turc, qu’avec les représentants des élites de l’Occident, dont de la France. La réponse est également relativement simple : malgré toute la contradiction de la politique turque aux cours de ces dernières années et des actions souvent criminelles du leadership turc qui avait largement contribué au chaos en Syrie, Erdogan reste un politicien attaché à son peuple. Avec sa vision des choses, souvent erronée, mais une chose est sûre, il ne se prépare pas au rôle de conférencier de figuration pour le compte de Washington. A l’énorme différence des Ayrault & Co. Et parler avec des leaders même controversés mais souverains de leurs décisions est malgré tout plus facile qu’avec des marionnettes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201609281027955336-ayrault-france-russie-iran/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Euro 2016 : mauvaise foi des médias une fois encore

Supporters ont mis le centre de Marseille dans un état épouvantable

Vraisemblablement la politique n’en finira pas de rentrer dans le sport (d’autant plus lorsqu’il s’agit de la haine pure et simple envers la Russie). Le tout accompagné d’une mauvaise foi sans limites des médias occidentaux.

Pendant que les milliers de hooligans anglais n’en reviennent toujours pas de leur humiliation par les supporters ultras russes à Marseille, la haine contre la Russie atteint de nouveau le summum. Et pas seulement côté anglais. Exemple sur France 24.

D’abord n’est-ce pas ces mêmes médias qui nous annonçaient il y a quelques jours que les hooligans anglais venus en masse dans la cité phocéenne, avaient créé des troubles et actes de vandalisme à différents endroits de la ville, qu’ils avaient attaqué les forces de l’ordre et les habitants marseillais? La ville de Marseille était tout simplement saccagée. Les supporters russes sont arrivés plus tard et c’est alors que les affrontements anglo-russes ont commencé lors desquels environ 150 Russes ont fait reculer plus de 1000 hooligans d’Angleterre.

Hier, on pouvait voir une intervention de la présentatrice Vanessa Burggraf sur France 24 qui annonçait sans vergogne que la différence entre les hooligans russes et anglais, c’est que les premiers font tous « partie de l’extrême-droite » alors que dans le cas anglais, il s’agit surtout « d’une tradition hooligan sans visée politique ». Certes, parmi les ultras russes on trouve des membres nationalistes, parfois ultra-nationalistes. Il faut se le dire. Tout en sachant que les ultras représentent une minorité évidente au sein des supporters russes. Mais tout le reste n’est que mensonge. Déjà mis à part le fait que la plupart des hooligans anglais ont toujours été liés à l’extrême-droite anglaise et notamment au mouvement skinhead, ce qui échappe vraisemblablement à notre « brave » journaliste française, mais d’autre part il y a surtout d’autres points:

— est-ce les supporters russes qui ont mis pratiquement tout le centre de Marseille dans un état épouvantable, et ce deux jours durant?

— est-ce que c’est les supporters russes qui ont jeté des bouteilles dans la fenêtre d’une maison marseillaise où était arboré le drapeau turc?— est-ce les supporters russes qui ont attaqué un jeune garçon algérien avec son père pour leur arracher le drapeau de l’Algérie et proférer des insultes racistes?

— est-ce que les supporters russes ont été remarqués ne serait-ce que dans une attaque à caractère raciste sur Marseille? Pas à notre connaissance. Totalement à l’inverse des « braves et durs » hooligans anglais qui le faisaient à leur habitude mais ayant reçu une forte résistance des supporters ultras russes.

Pour finir et connaissant la composition multiculturelle de la ville de Marseille, comment ça s’est fait que nombre d’habitants locaux ont pris fait et cause pour les supporters russes (considérés pourtant par certains tellement « extrémistes ») et non pas en faveur des hooligans outre-Manche? Tout est là.Le monde tourne mais il y aura toujours des propagandistes propageant leur haine gratuite et qui en retour amène la haine de l’Occident. Un énième exemple de médias dits « libres, démocratiques et objectifs » et pourtant tellement loin des valeurs qu’ils disent représenter.

On vient de l’apprendre: la Russie est disqualifiée avec sursis de l’Euro 2016. En cas de « récidives », elle risque de quitter la compétition. Quant à l’Angleterre, les menaces de l’UEFA qui pesaient sur elle quant à une sanction similaire n’ont tout simplement pas été confirmées. Et ce après que les hooligans anglais aient mis Marseille dans un état plus que déplorable et selon les témoignages de nombreuses personnes ont dès le départ provoqué les dites violences… Sans oublier la façon dont l’hymne russe ait été sifflé juste avant le début du match au stade Vélodrome, toujours par les mêmes: autre violation évidente. Après cela, on reste bien dans le sport? Sans oublier une fois de plus l’hypocrisie tellement caractéristique des élites occidentales.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201606151025854505-euro-2016-medias-occident/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

Victimes du terrorisme à différents endroits du monde : tous égaux

Un officier de police sécurise la zone en dehors du théâtre Bataclan à Paris, France, le mercredi 13 novembre 2015

On a tous appris avec consternation les terribles attentats ayant frappé la ville de Paris. Comme toute attaque terroriste, ces attentats étaient cruels et barbares, et ont arraché un grand nombre de vies humaines.

La solidarité internationale avec les Parisiens, avec la France, était pratiquement immédiate aux quatre coins du monde, dont en Russie où un très grand nombre de personnes ont affiché leur soutien au peuple français. Mais ce qui est véritablement dommage, c’est qu’une fois de plus on observe vraisemblablement des approches et des réactions différentes, notamment au niveau des médias, selon la géographie des attentats.

Nombreuses personnes ont constaté une évidente différence d’approche entre l’attentat de Paris et celui de Beyrouth, capitale libanaise, qui a précédé de vingt-quatre heures celui de la capitale française. Tout d’abord dans le cas de Beyrouth, une annonce a certes été faite dans les principaux médias mais assez banale: « Attentat terroriste dans le sud de Beyrouth ». En ajoutant juste que le sud de la capitale libanaise est le fief du mouvement Hezbollah. Le fait que ce soit le Liban, voisin de la Syrie, qui soit visé par les terroristes takfiristes (les mêmes ayant frappé Paris), et plus particulièrement le sud de sa capitale n’est pas dû au hasard: les combattants du Hezbollah constituent l’une des principales forces de combat sur le terrain en Syrie contre les terroristes de l’EI, du Front al-Nosra et d’autres sectes extrémistes. Les terroristes ont donc spécialement visé l’endroit où se trouvent la plupart des sympathisants libanais du Hezbollah.

Mais ce qui a choqué bon nombre d’observateurs, c’est le manque évident de solidarité globale avec les victimes de Beyrouth. Beaucoup de personnes interrogées dans différents pays ont d’ailleurs reconnu qu’ils n’étaient même pas au courant de l’attentat à Beyrouth, d’autres ont avoué l’avoir appris seulement après celui de Paris. L’autre aspect qui a créé un véritable débat houleux concerne lui le réseau social Facebook. D’une part et après les attentats terroristes commis à Paris, les utilisateurs français de Facebook ont reçu une notification liée à l’activation de l’outil « Safety Check ». Ainsi, les personnes vivant ou se trouvant de passage à Paris, pouvaient indiquer qu’ils sont bien en sécurité. Sur le coup, excellente initiative. Mais ce qui est effectivement révoltant, c’est que rien de tel n’a été fait pour les habitants ou les visiteurs de Beyrouth…

Second aspect, également sources d’importants débats: Facebook a développé un outil afin d’apposer un filtre aux couleurs du drapeau français, permettant de pouvoir exprimer son soutien après les attaques de Paris. Une fois de plus, bonne initiative. Mais pourquoi rien de tel n’a été fait pour les victimes au Liban? Pourquoi rien n’a été fait de tel pour les passagers du vol 9268 reliant la ville égyptienne de Charm el-Cheikh à Saint-Pétersbourg, principalement des touristes russes qui rentraient en Russie après leurs vacances en Egypte et qui ont tous trouvé la mort au-dessus de la péninsule du Sinaï, avec pour rappel 224 morts, dont de nombreux enfants? Certains diront que dans ce cas concret et immédiatement après la tragédie, il n’était pas clair si c’était un acte terroriste ou une panne technique la raison du drame. Mais que ce soit l’un ou l’autre, le fait qu’il y ai eu autant de victimes ne méritait-il plus de solidarité de la part de ces mêmes réseaux sociaux ou moteurs de recherches internationaux (Google par exemple)?

Beaucoup de personnes ont heureusement exprimé leurs condoléances au peuple russe à différents endroits du monde et cela ne pouvait ne pas être remarqué. Mais côté médias occidentaux et réseaux sociaux, l’attention était surtout donnée aux discussions des causes qui auraient pu être la raison du crash, l’aspect de solidarité humaine lui était bien loin. D’autres, sans aucune honte, comme un certain Charlie Hebdo, ont préféré carrément se moquer des victimes du drame.

Et l’attentat récent d’Ankara, en Turquie, du 10 octobre dernier, également l’œuvre de l’Etat islamique, ayant fait plus de 100 morts et environ 500 blessés, a-t-il provoqué un « buzz » ne serait-ce que semblable à celui de Paris? Et la mort de 148 étudiants kenyans, tués lors de l’attaque de l’université de Garissa par des terroristes membres de la secte salafiste somalienne Al-Shabbab? Bien-sûr, des personnes sensibles et informés dans différents pays du monde s’étaient mobilisés pour exprimer leur solidarité avec le Kenya, mais pourquoi ce même Facebook ne pouvait-il pas proposer d’arborer alors aux utilisateurs du réseau le drapeau kenyan, ce qui aurait d’ailleurs permis de relayer beaucoup plus cette terrible tragédie? Et la série d’attaques et d’attentats terroristes de janvier dernier de la secte islamiste Boko Haram (alliée de Daech) qui a fait plusieurs milliers de victimes au Nigeria, ne méritait-elle pas plus d’attention et de solidarité avec ce pays? Là encore, ne serait-ce que juste en proposant d’arborer le drapeau nigérian sur les profils de ce même Facebook. On peut en dire de même des attaques terroristes en Syrie, en Irak, au Cameroun, en Tunisie et dans bien d’autres pays…

Tout cela aucunement pour diminuer la tragédie parisienne qui nous a touché tous mais une fois de plus se poser certaines questions, qui il est à penser ont leur raison d’être. Le principal étant: chaque vie humaine est une vie humaine, peu importante notre appartenance ethnique, raciale, religieuse ou le pays de notre citoyenneté. Toute attaque terroriste mérite notre attention.

Que ce soit bien clair, nous condamnons tous les attentats commis à Paris. Ville d’autant plus qui m’est chère car étant la ville de mes études universitaires et qui abrite grand nombre de mes ami(e)s. Condoléances et soutien une fois encore à tous les Parisiens, à tous les Français, à toutes les personnes touchées, et bien sûr aux proches des victimes. Repos éternel à toutes les personnes ayant perdu la vie.

Mais je pense qu’en aucun cas les attentats commis à Paris ne doivent avoir plus d’importance et d’attention que ceux commis en Syrie, en Irak, au Liban, en Turquie, en Egypte, au Nigeria, au Cameroun, en Centrafrique, en Tunisie, et partout ailleurs. C’est bien d’attacher autant d’importance aux atrocités commises à Paris. J’y adhère pleinement. Ce qui n’est pas bien, c’est le manque parfois catastrophique d’attention envers les victimes des autres endroits du monde, surtout lorsque ces victimes appartiennent aux pays ne faisant pas partie du monde occidental. Dieu nous a créé tous égaux!

 

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151117/1019584028/victimes-terrorisme-attentats-paris.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

Lutte contre le terrorisme et le respect de la souveraineté des Etats

La campagne anti-terroriste russe en Syrie bat son plein et les résultats sont plus qu’encourageants, surtout en tenant compte du début tout récent de cette campagne.

Beaucoup de voix s’élèvent pour dire que la Russie en à peine deux semaines de frappes contre les positions terroristes en Syrie a obtenu des résultats concrets et efficaces, à la grande différence de la coalition menée par les Etats-Unis, avec leurs alliés européens et de certains pays du Golfe, qui prétendent « lutter » aussi contre Daech, depuis plus d’un an. En effet, l’Etat islamique, le Front al-Nosra (filiale d’Al-Qaïda) et les autres groupes salafistes ne se sont probablement jamais portés aussi mal qu’actuellement. La panique atteint grand nombre de terroristes, beaucoup d’entre eux fuient vers la frontière turque pour s’y réfugier, d’autres se préparent carrément à quitter le théâtre des opérations pour rejoindre leurs pays d’origine, notamment européens. Cela est confirmé par les services de renseignement syrien. Et tout cela, après le début de la participation russe aux combats contre les terroristes.

Revenons à la « coalition » étasunienne. Etonnant tout de même qu’après plus d’une année « d’action », les terroristes non seulement n’ont pas été affaibli, mais au contraire n’ont fait que se renforcer, étendre leur contrôle sur nombre de territoires, et activement développer leurs activités commerciales. Comment expliquer d’une façon censée cette différence de résultats, d’autant plus lorsque ceux n’ayant rien obtenu de concret, avait l’avantage évident du timing?

La première raison est la motivation. Les Occidentaux, USA en tête, leurs alliés européens (Grande-Bretagne, France) et du Golfe (Qatar, Arabie saoudite) n’avaient jamais caché que leur but principal en Syrie était de se débarrasser du président Bachar al-Assad, leader arabe laïc et patriotique. Les discussions côté occidental sur la nécessité de combattre Daech n’ont commencé que lorsque le niveau des atrocités commises par cette secte a atteint des proportions énormes et que leurs exactions barbares ont été découvertes au grand jour par l’humanité (tout en fermant les yeux sur les crimes et exactions des autres groupes takfiristes). La Russie de son côté est restée fidèle à ses principes. Dès le début de la crise syrienne, elle n’a pas caché son soutien au gouvernement légitime de Syrie. Ce soutien se caractérisait par un soutien diplomatique, humanitaire et par la livraison d’armement. Et n’a pas changé sa position en réaffirmant la priorité de combattre le terrorisme.

L’autre raison concerne la coordination des frappes aériennes contre les terroristes avec les troupes au sol. Et sur ce plan-là également, la Russie a un avantage de taille. L’aviation russe coordonne directement ses frappes avec l’Armée arabe syrienne. Et n’est intervenue qu’après réception d’une demande officielle émanant du gouvernement syrien. Rien de tel côté occidental & golfiste. Plus encore, ces derniers ne possèdent aucun mandat de l’ONU pour mener des frappes en Syrie. Mais après tout, est-ce si nouveau? En 2003, lorsque les USA avaient accusé l’Irak de Saddam Hussein de posséder des armes de destruction massive, l’ONU n’avait accordé aucun mandat aux USA pour envahir ce pays. Peu importe, les USA & satellites le feront malgré tout. Les prétendus armes de destruction massive ne seront jamais trouvés. Le pays sera néanmoins déjà envahi et en très grande partie détruit.

Cette différence d’approche pousse aujourd’hui justement le voisin de la Syrie, l’Irak, à réfléchir sur une éventuelle demande à la Russie de bombarder les positions des terroristes en territoire irakien. La volonté a déjà été exprimée par le premier ministre irakien, Haider al-Abadi, lors d’un échange avec France 24. Le ministre irakien de la Défense, Khaled al-Obaidi, partage aussi cette opinion. La Russie de son côté avait déclaré via le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, que si l’Irak transmettait, à l’instar de la Syrie, une demande officielle en ce sens, la Russie l’étudierait avec le plus grand soin.

Comme quoi la lutte anti-terroriste russe séduit et pour deux raisons principales: son efficacité et le respect de la souveraineté des pays concernés. La Russie ne se permet pas d’intervenir à droite ou à gauche sans avoir été invitée. Le terrorisme est un défi pour toute l’humanité, mais là aussi il faut avoir d’une part une approche franche et non pas hypocrite comme certains. Et coordonner le tout avec les gouvernements des pays en question. Voilà la différence.

Certains hystériques tenteront de faire reparler de l’Ukraine, certes un peu oubliée ces temps-ci, en accusant une fois encore la Russie d’être soi-disant intervenue dans le Donbass. Le problème pour ces propagandistes, c’est que jusqu’à maintenant personne n’a pu présenter ne serait-ce qu’un semblant de preuve valable sur la prétendue « présence » russe dans le Donbass, pas même l’OTAN.

Pour revenir à l’approche russe dans le combat contre le terrorisme en Syrie et conclure, il faut dire que cette approche séduit également en dehors de la région du Moyen-Orient. Notamment en Afrique. Le Cameroun par exemple dont les forces armées mènent une lutte sans relâche contre la secte islamiste de Boko Haram ont déjà pu apprécier le soutien militaire russe, après n’avoir obtenu aucun soutien véritable de la part des « partenaires traditionnels ». Des partenaires traditionnels qui risquent d’être revus par nombre d’Etats africains dans un avenir plus ou moins proche.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151013/1018807556/terrorisme-lutte-russie-syrie.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Inde: le contrat pour les Rafale français en danger d’annulation

Un avion Rafale

« Suspens maximal sur le contrat indien », titrait il y a tout peu le quotidien français d’information économique et financière Les Echos.

En effet, les discussions sur le contrat de livraison de chasseurs français à la République indienne se poursuivent depuis déjà trois ans pour en arriver à la situation où il y a plus de chances que l’Inde annule la transaction que la France obtienne les 20 milliards de dollars initialement prévus…

Les raisons avancées par la partie indienne sont relativement simples: coût trop important pour le rapport qualité/prix, refus de la France de se conformer aux exigences de l’Inde en matière de transferts de technologie et d’offset, et puis surtout des alternatives existantes certainement plus intéressantes. Ces alternatives ont d’ores et déjà étaient nommés: les chasseurs russes Sukhoi Su-30MKI. Dans les couloirs de la récente visite de Vladimir Poutine chez l’allié indien, les bruits couraient déjà sur cette éventualité. Une « preuve » supplémentaire d’ailleurs que « l’isolation de la Russie sur l’arène internationale » est plus « qu’évidente »…

« La Russie est prête à signer un contrat avec l’Inde sur la livraison d’un lot supplémentaire de chasseurs Sukhoi Su-30MKI qui remplaceraient les Rafale français », c’est ce qu’a déclaré le directeur général adjoint de l’Agence russe d’exportation d’armements (Rosoboronexport), Sergueï Goreslavski, à RIA Novosti. Pour rappel, la Russie est traditionnellement le plus important partenaire de la République indienne dans le domaine de la Défense et cette dernière est tout simplement le plus important acheteur d’armements russes au niveau mondial (devant la Chine).Mais ce risque d’annulation avancé par le gouvernement indien est-il uniquement lié aux raisons citées plus haut? Probablement pas. Nous avons déjà mentionné dans nos articles précédents à ce sujet que dans tout domaine et surtout dans un secteur aussi crucial que celui de la Défense, l’aspect réputationnel joue un rôle prépondérant. Et la France d’aujourd’hui, ou plutôt son élite politique, ont déjà prouvé aux yeux de tous que sa réputation est gravement remise en cause, le tout au profit des intérêts outre-Atlantique mais aucunement français, ni européens.

L’affaire avec les Mistral en est la preuve nette. Ne pas honorer un contrat pour lequel le paiement est déjà dans les mains n’est pas digne d’un partenaire, quel qu’il soit. Jusqu’ici, la Russie a fait preuve de très grande patience dans cette affaire et n’a pas encore engagé de poursuites judiciaires contre la France. Des poursuites qui non seulement rendront à la Fédération de Russie la somme engagée mais également feront payer au gouvernement « français » de bien lourdes pénalités: au total environ trois milliards d’euros. Après tout, la patience a des limites.

L’Inde est à l’instar de la Russie, ainsi que des autres pays BRICS, une nation qui a toujours placé le respect de sa souveraineté et la défense de ses intérêts nationaux au plus haut. Son élite sait aussi parfaitement observer et analyser les événements qui se déroulent dans notre nouveau monde multipolaire, dont l’Inde est elle aussi l’un des principaux architectes. Il était donc trop simpliste de croire que l’Inde allait s’engager définitivement dans une transaction à onze chiffres sans être certaine de le faire avec le bon partenaire. Il est tout à fait normal de chercher la diversification dans ses partenariats extérieurs, c’est aussi à cela que sert la concurrence, et l’Inde ne fait pas exception sur ce point, néanmoins cette diversification ne peut se faire que lorsque le client est assuré que son cahier des charges et les conditions du contrat seront en intégralité respectés par l’autre partie.

Il est certain qu’au vu de la situation, la diplomation hexagonale et les professionnels de la Défense française vont engager de gros moyens pour tenter de convaincre l’Inde de finaliser ladite transaction. Néanmoins et vu l’état de sous-traitance dans laquelle se trouve la douce France à l’heure d’aujourd’hui, elle aura bien de mal à obtenir des résultats qui satisferont ses intérêts nationaux et à rendre la fierté méritée aux citoyens français.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150218/1014777994.html#ixzz3S6eu2wIt

Mikhail Gamandiy-Egorov

De nouvelles révolutions de couleur en Afrique et ailleurs à l’horizon. Entretien avec Luc Michel (Partie 2)

De nouvelles révolutions de couleur en Afrique et ailleurs à l’horizon

LVdlR : Vous avez affirmé aussi dans l’une de vos interventions que « l’ombre de la marionnette française cache la réalité du marionnettiste étasunien ». Expliquez-nous.

Luc Michel : Je suis aussi, comme vous le savez, au terme d‘un parcours commencé en Jamahiriya libyenne il y a 20 ans, devenu un leader panafricaniste écouté. Mon jugement n’est donc pas ici celui d’un observateur externe. Beaucoup de panafricanistes ont une vision du passé, un logiciel bloqué il y a 10, 20 ou 50 ans. La haine justifiée de la Françafrique leur occulte la réalité de la recolonisation de l’Afrique par les USA. Le retour de la France dans l’OTAN organisé par Sarkozy en 2007, la création de l’Africom, le commandement unifié de l’US Army pour l’Afrique par Bush en 2007-2008, sont les marques de naissance d’une nouvelle donne géopolitique en Afrique. Lors du « sommet USA-African Leaders » de Washington début août 2014, Obama a annoncé une vague de changements de régime sur le continent. Les cibles principales annoncées sont toutes, à part Mugabe et Kagame, des présidents des pays de l’ex « pré carré français » : Obiang Nguema Mbasogo, Kabila, Biya, Idriss Déby Itno … Le Gabon est la première tentative d’imposer ce changement de régime par les méthodes habituelles des USA : révolution de couleur ou soi-disant « printemps arabe ». Et le livre de Péan est le détonateur, volontaire ou involontaire il est encore trop tôt pour le dire, d’une opération de déstabilisation politique

LVdlR : On a suivi les événements du Burkina-Faso. Après les cris de joie qui ont suivi la chute du dictateur Blaise Compaoré, marionnette néocoloniale, responsable par ailleurs de l’assassinat de l’un des plus grands leaders du pays et d’Afrique, Thomas Sankara, le père de la révolution burkinabè. Responsable aussi de déstabilisation et d’organisation de rébellion en Côte d’Ivoire voisine. Pourtant aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les tentatives de voler cette révolution. Un commentaire là-dessus ?

Luc Michel : Dans les prémisses de la révolution burkinabè on retrouve incontestablement les réseaux Soros, notamment l’ICG (au conseil duquel le financier siège).

Dès les premières heures de la Révolution Burkinabé, j’avais exprimé sur les plateaux d’AFRIQUE MEDIA TV mes inquiétudes sur la récupération du soulèvement par les hommes des Occidentaux, l’armée en tête. J’affirmais que ce seraient les agendas de Washington et Paris – qui ne sont pas identiques – qui domineraient in fine. La suite des événements a confirmé mes craintes. La transition civile, imposée par Washington sous peine de sanctions, et contre le plan français initial (intervention des troupes françaises), à peine entamée au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Isaac Zida, qui avait pris le pouvoir fin octobre à la chute de Blaise Compaoré, a été nommé Premier ministre, signe que l’armée va conserver toute son influence dans le jeu politique.

Le colonel Zida, devenu général, est surtout l’homme des Occidentaux, aussi bien de Paris que de Washington : « Dans les heures qui avaient suivi la chute de Compaoré, les hauts gradés de l’armée avaient préféré Zida au chef d’état-major des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, qui s’était déclaré mais que beaucoup considéraient comme trop proche de l’ancien président. Le lieutenant-colonel est, lui, connu pour être un proche du général Gilbert Diendéré, le chef d’état-major particulier de l’ex-chef de l’Etat. Zida a exercé entre 2008 et 2009 comme Casque bleu au sein de la Mission onusienne en République démocratique du Congo ». Durant la crise ivoirienne (2002-2011), il fut un officier de liaison dans le cadre de la médiation menée par Blaise Compaoré. Et plus grave encore, il a suivi en 2012 une formation antiterroriste en Floride (Etats-Unis), c’est-à-dire sous le contrôle des grandes agences US, dont la CIA, à la tristement célèbre « Ecole des USA », la fabrique des tortionnaires made in USA.

LVdlR : Autre cas intéressant, le Cameroun. Paul Biya qui était longtemps considéré, à tort ou à raison, comme étant l’un des favoris du système néocolonial français, s’éloigne aujourd’hui de plus en plus de ce système. On le voit notamment avec la Chine qui est devenue le partenaire privilégié du Cameroun et le rapprochement récent avec la Russie. Parallèlement, on assiste à des tentatives de déstabilisation de plus en plus visibles et évidentes contre ce pays, notamment via ladite organisation terroriste islamiste « Boko Haram ». Le Cameroun doit-il s’attendre selon vous à une déstabilisation agressive dans un avenir plus ou moins proche bien que et il faut le noter beaucoup de Camerounais comprennent aujourd’hui la réalité de la déstabilisation extérieure qui vise leur pays, y compris au sein de l’opposition au gouvernement ?

Luc Michel : Une première remarque. Le Cameroun a vu aussi l’intervention des réseaux Soros et de son ICG, qui a publié un rapport sur le Cameroun.

Le mode politique et la presse camerounaise ont pris aujourd’hui conscience de ce qui est une politique néocoloniale agressive des USA au Cameroun et ailleurs. Par exemple, Orientations Hebdo expliquait en octobre dernier qu’ « Obama somme Biya de quitter le pouvoir en 2015 s’il ne veut pas connaître une fin tragique par assassinat comme Kadhafi ou la CPI comme Gbagbo ». Pourtant du point de vue légal, les prochaines échéances électorales pour la présidentielle au Cameroun sont prévues seulement en 2018. Ce qui revient à dire que Barack Obama demande à Paul Biya de laisser son siège à quelqu’un de son choix. « Alors dans ce cas Obama prône t-il la démocratie ou la dictature ? » interrogeait l’hebdo camerounais…

Cette semaine encore c’est un média d’influence occidentale, l’hebdo parisien Jeune Afrique qui lance une grande offensive contre le régime de Paul Biya…

LVdlR : Et en République démocratique du Congo, Kabila est aussi ciblé ?

Luc Michel : Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, qui a été un des tous premiers ciblés par Washington et tancé par John Kerry lors du sommet de Washington début août dernier, a déclaré il y a dix jours à Kinshasa qu’il n’acceptait pas les « injonctions » de l’étranger relatives à la tenue des prochaines élections dans son pays. « De nos partenaires, et pourvu que cela soit fait dans le respect de notre souveraineté, nous sommes toujours prêts à recevoir des avis, conseils et suggestions, mais jamais des injonctions », a déclaré M. Kabila dans un discours devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès.

C’est un NON définitif à Obama. Et cela laisse augurer d’une future tentative de « révolution de couleur » à l’africaine contre le régime Kabila. Depuis la Conférence Afrique de la NED, les 5-6 août dernier, un appareil de presse anti-Kabila s’organise en tout cas très rapidement.

LVdlR : Le Burundi est aussi dans le collimateur de Washington ?

Luc Michel : John Kerry s’est entretenu dès l’ouverture du Sommet de Washington avec le président burundais Pierre Nkurunziza devant qui il a plaidé pour le « respect de la loi, de l’appareil judiciaire, de l’armée et d’institutions qui protègent les citoyens ». Le chef de l’Etat burundais lui a répondu, en français, que son pays était en « post-conflit » et qu’il « savourait aujourd’hui les dividendes de la paix ».

Depuis de nombreux mois, les capitales occidentales et des organisations occidentales des droits de l’homme, toujours les mêmes, « s’inquiètent d’une montée des tensions sur fond de violence politique et d’entraves aux libertés au Burundi », à l’approche du scrutin de 2015 dans ce pays des Grands Lacs sorti en 2006 de 13 ans de guerre civile.

LVdlR : Pour en terminer avec l’Afrique, ce Sommet de Washington en août dernier, qui revient sans cesse, a donc été un véritable piège pour les dirigeants africains ?

Luc Michel : Indubitablement ! Au premier jour des discussions, le vice-président Joe Biden a d’abord appelé les leaders africains à lutter contre « le cancer de la corruption » tandis que le secrétaire d’Etat américain John Kerry insistait sur la nécessité d’ « une société civile forte, le respect pour la démocratie, l’Etat de droit et les droits de l’homme ». Un thème cher à Soros avec son Open Society. Au fur et à mesure que la grand-messe du sommet battait son plein à Washington, de plus en plus la cible américaine apparaissait en pleine lumière : implication US en Afrique, contre la Chine mais aussi l’UE, et surtout les changements de régime.

Le 5 août, Kabila rencontrait John Kerry. Et le président de la RDC a du se faire sonner les cloches sans aucun doute. La RDC est, avec le Rwanda, le centre de la nouvelle implication des USA dans la région des Grands Lacs. Et Washington ne veut pas d’un troisième mandat de Kabila et le fait savoir inlassablement. Le 5 août, Obama, lui, dans une journée pourtant consacrée à l’économie, a réussi à insister lourdement sur les changements de régime. Obama a insisté sur « la responsabilité des dirigeants africains dans la mise en place d’un environnement politique propice au développement économique ».

La grande messe américaine sur l’Afrique s’est terminée le 6 août.

Les chefs d’Etat africains, mêlés à une multitude d’intervenants américains et africains, ONG, intellectuels, militants pro-américains, tous qualifiés indistinctement de « leaders africains », ont assisté aux trois sessions du Sommet proprement dit : « investir dans l’avenir de l’Afrique », « paix et stabilité régionale » et « bonne gouvernance ». Un grand show de communication de l’administration Obama. Certains diront de propagande.

LVdlR : Passons maintenant sur deux autres continents, en Asie et en Amérique du Sud. La récente tentative d’une révolution de couleur à Hong-Kong et les maintes tentatives de renversement de gouvernements légitimes en Amérique latine, notamment au Venezuela, nous annoncent-elles dans un avenir proche des déstabilisations au niveau global contre tous ceux qui refusent le diktat étasunien ? Et après le putsch anticonstitutionnel en Ukraine, et donc aux frontières russes, doit-on s’attendre à une tentative de scénario semblable chez notre allié chinois ?

Luc Michel : C’est déjà fait avec la « révolution des parapluies » à Hong-Kong ! C’est la version chinoise des « révolutions de couleur » qui a démarré avec « Occupy Honk-Kong » et la soi-disant « révolution des parapluies ». Une déstabilisation qui vise Pékin et fait la Une de l’actualité depuis septembre dernier. On en est très conscient en Chine. J’ai aussi consacré une émission duGrand Jeu à Hong-Kong. J’y ai diffusé un document qui fait le buzz sur les réseaux sociaux : « THE FALSE FLAG », les « révolutions de couleur » décryptées par une TV chinoise. Car en Chine comme en Russie, on a appris à identifier la subversion made in USA.

Quant au Venezuela, tentatives de révolutions de couleur sur tentatives s’enchaînent depuis plus de dix ans. Après Hugo Chavez, que l’oppositionmade in USA appelait « la bête », c’est Nicolás Maduro qui est visé. OTPOR a une section au Venezuela, la JAVU…

LVdlR : Les adversaires des USA sont souvent taxés de « complotisme ». Vous êtes connu pour être un adversaire des théories du complot. Mais confirmez-vous que ce sont les mêmes réseaux, les mêmes financiers, que l’on retrouve derrière toutes ces vagues de changements de régime depuis le début du siècle ?

Luc Michel : Ces changements de régime, orchestrés par des spécialistes de la subversion au bénéfice des USA, sont nés dans la Yougoslavie du président Milosevic en 2000. Depuis elles ont essaimé dans toutes l’Europe de l’Est, notamment en Géorgie et en Ukraine. Elles ont échoué au Belarus contre Loukachenko et en Russie contre Poutine. Elles ont aussi gagné l’Amérique latine contre Chavez et puis Maduro. Et elles ont connu une version moyen-orientale avec le soi-disant « printemps arabe ». Sans oublier les divers « Occupy » aux USA (Occupy Wall Street) et en Union Européenne (Occupy Madrid, Occupy Brussels), organisés par le sinistre Soros, l’un des financiers de ces « révolutions » avec son « Open Society », pour des raisons liées à des confrontations internes au sein des oligarchies financières internationales. Il y a bien incontestablement un « deus ex machina » américain derrière tous ces changements de régime.

LVdlR : Pour finir, quelles sont selon vous les solutions afin de contrer toutes ces déstabilisations macabres, aussi bien au niveau de l’Afrique que du reste du monde ? Quelles actions devraient entreprendre les panafricanistes pour pouvoir enfin libérer leur continent si longtemps martyrisé ?

Luc Michel : Il faut tout d’abord un travail d’information. Car le succès des révolutions de couleur repose sur l’ignorance par les masses des manipulations dont elles sont victimes. Comme le démontre la récupération de la révolution burkinabè. Il faut cibler, identifier, dévoiler les réseaux, les organisations et les hommes de la 5e colonne US en Afrique. C’est la première étape.

La seconde étape c’est un travail de lobbying pour faire adopter des législations interdisant le financement des campagnes de déstabilisation US par l’argent sale américain. Et l’obligation d’un statut public d’ « agent de l’étranger » pour la 5ecolonne US en Afrique. Il faut que l’Afrique s’inspire de ce qui s’est déjà fait en Russie, au Belarus et ailleurs pour contrer les révolutions de couleur et leurs agents.

LVdlR : Ne pensez-vous pas que la Russie, la Chine, les autres nations BRICS et nos alliés en général devraient en réponse aux déstabilisations qui nous visent, soutenir les mouvements de contestation dans les pays dont les gouvernements veulent nous forcer à retourner à l’ère unipolaire ? Je pense notamment à la mobilisation actuelle contre les crimes racistes aux USA. Ou bien notre approche serait trop différente de celle de nos ennemis ?

Luc Michel : Vous prêchez un convaincu. Nous ne sommes pas différents. Simplement l’ennemi est organisé, expérimenté, financé. Mais les capitales des BRICS, Russie en tête, subissent depuis 15 ans. C’est partout la défensive alors que la meilleure défense c’est l’attaque. En particulier il faudrait un véritable programme de soutien à l’opposition véritable et aux médias alternatifs dans les métropoles occidentales, à commencer par les pays de l’UE. L’ennemi américain, car il faut désigner l’ennemi sans hésitations, n’est fort que de notre manque de moyens. C’est l’un des soucis permanents depuis 30 ans de mon organisation transnationale.

LVdlR : Merci pour vos commentaires !

Luc Michel : Je vous remercie de m’avoir permis de m’exprimer sur ce sujet capital, qui nous concerne tous. Vous savez que mon action s’exerce en Eurasie et en Afrique. Mon point de vue est celui d’un acteur engagé sur tous les fronts. Je pense qu’un Front uni quadricontinental reste la solution efficace contre cette volonté US de domination mondiale, dont les révolutions de couleur ne sont qu’un des instruments.

Pour en savoir plus : http://vimeo.com/102962474

http://french.ruvr.ru/2014_12_24/De-nouvelles-revolutions-de-couleur-en-Afrique-et-ailleurs-a-l-horizon-8005/

Mikhail Gamandiy-Egorov