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France vs Turquie: Macron a-t-il les moyens de ses ambitions?

Alors que le ton est récemment une nouvelle fois monté entre le leadership français et turc, la France qui essaie de continuer à se positionner comme une puissance internationale est-elle vraiment à l’heure des changements mondiaux ? Rien n’est moins sûr.

La vérité dans toute cette situation intra-otanesque, puisqu’il s’agit bel et bien de deux pays membres de l’Otan, concerne à dire vrai plusieurs volets, et non des moindres. Ambitions personnelles de ses dirigeants, notamment sur l’arène géopolitique mondiale, niveau de souveraineté, attrayance internationale, puissance militaire et économique – tous ces points constituent des orientations clés pour comprendre le conflit opposant de plus en plus ouvertement Paris et Ankara.

Tout d’abord, il serait juste de rappeler qu’en termes de niveau de souveraineté, la France est aujourd’hui certainement bien derrière la Turquie. Si cette dernière reste toujours membre de l’Otan, ce n’est pas pour autant qu’elle applique à la lettre les prérogatives voulues par la force se considérant maitre absolu à bord – en la qualité des USA. Beaucoup pensent évidemment au dossier de l’acquisition par la Turquie des S-400 russes, à la grande colère non seulement de Washington, mais également de ses satellites européens, dont la France.

Mais ce n’est pas le seul dossier dans lequel Ankara se désolidarise de ses alliés otanesques. En effet, la Turquie entretient d’assez bons rapports avec l’Iran – l’un des principaux adversaires géopolitiques des USA – et ce aussi bien sur le plan économique que politique. Ankara soutient le gouvernement vénézuélien en la personne du président Nicolas Maduro. En Biélorussie, le leadership turc fut parmi les premiers à féliciter Aleksandre Loukachenko lors de sa récente réélection à la tête du pays – là aussi en étant sur la même ligne que les pays partisans de la multipolarité. Le tout à la grande différence de Paris qui continue d’appliquer la même mentalité libérale, pro-atlantiste et donneuse de leçons vis-à-vis des nations non-occidentales.

En parlant de l’Otan, si la Turquie ne déclare pas, du moins pour le moment et trop ouvertement, sa volonté à quitter cette organisation, représentant les vestiges de la guerre froide, c’est uniquement dans le cadre des intérêts qui lui sont propres. Ankara comprend parfaitement la peur des élites étasuniennes, et plus généralement occidentales, de la voir quitter le navire otanesque. Sachant qu’elle représente non seulement le pilier sud de l’Otan, mais également et tout simplement sa deuxième force armée en termes d’effectifs. Cela sans oublier un autre point fortement important: un départ éventuel de la Turquie donnerait un coup à l’organisation atlantiste, dont il sera très difficile de se relever. Et c’est là alors que les mots du président français Macron, sur la mort cérébrale de l’Otan, seraient, il faut le reconnaitre, plus que jamais d’actualité.

C’est d’ailleurs là que se trouve tout le paradoxe relationnel entre la Turquie et les autres membres de l’Organisation de l’Atlantique nord. La plupart de ces derniers la voit désormais comme un cheval de Troie au sein de l’alliance, mais n’osent pas dépasser certaines limites – qui pousseront Ankara à riposter.

C’est en ce sens qu’il faut voir les actions et déclarations hostiles à la Turquie, et personnellement au président Recep Tayyip Erdogan, de la part d’Emmanuel Macron ayant pris une initiative dans cette direction – lui qui tente par tous les moyens de redorer le blason tricolore et faire repositionner la France comme une puissance internationale majeure. Mais en-est-il capable? Pour répondre à cette question, il serait juste de rappeler plusieurs points.

Pour qu’un pays soit reconnu comme une véritable puissance internationale, il se doit d’être réellement souverain dans ses décisions. Ce n’est pas le cas de la France depuis un bon moment. L’attachement à l’atlantisme et aux intérêts outre-Atlantique de la large partie de ses élites n’est aujourd’hui pas à démontrer. La perte de prestige au niveau international représente un autre point de première importance. En effet, si dans ses anciennes colonies africaines, Paris continue d’entretenir des relations privilégiées avec certaines élites en place via le réseau obscur de la Françafrique, ce n’est certainement plus le cas au niveau de la majorité évidente de la société civile des pays africains francophones. Plus que cela, les panafricanistes et souverainistes africains considèrent la France, du moins ses élites, comme étant les principaux responsables des problèmes de leurs pays respectifs – allant de la question de la souveraineté monétaire jusqu’aux défis sécuritaires.

Le prestige de la France dans la géopolitique internationale est donc bel et bien en chute libre. D’ailleurs et dans le bras de fer qui l’oppose à la Turquie, si certains analystes de l’Hexagone continuent de promouvoir l’idée que leur pays reste une puissance de premier plan et la Turquie de deuxième, cet avis est très loin d’être partagé par les observateurs internationaux non-occidentaux, et ce aux quatre coins du monde. Ce n’est d’ailleurs pas le président turc qui dira le contraire, pour qui Emmanuel Macron est un «ambitieux incapable». 

Last but not least – concerne l’aspect économique. Si la France est aujourd’hui classée, en tant que dixième puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA), tandis que la Turquie est treizième dans le même classement, de nombreux économistes (y compris occidentaux) prévoient que dans les 5-10 prochaines années (et peut-être même avant) la France quittera le Top 10 mondial. Tandis que la Turquie l’intégrera – augmentant ainsi la part majoritaire des puissances non-occidentales au sein des dix principales puissances économiques du monde.

Tout cela pour dire que si la France de Macron avait misé sur l’éventualité de gagner des points sur l’arène internationale multipolaire en défiant la Turquie de Recep Erdogan, la mise semble vraisemblablement perdante.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Mali-Russie ou les peurs occidentales

Il n’a pas fallu longtemps pour que la presse mainstream ressorte toutes sortes de théories, dont bien évidemment le prétendu rôle de la Russie dans le changement de pouvoir au Mali. Pour rappel – l’establishment occidental parle de coup d’Etat inacceptable dans ce pays d’Afrique de l’Ouest après des mois de manifestations populaires, tout en applaudissant les actions antigouvernementales dans un pays comme la Biélorussie.

Il fallait certainement s’y attendre, les médias mainstream commencent désormais à voir « la main de Moscou » dans les récents événements au Mali. En effet et du moment qu’un changement de pouvoir ne soit pas orchestré depuis une / des capitale(s) occidentale(s), y compris si un tel changement vient des aspirations populaires, il sera pratiquement sans aucun doute condamné et les intéressés occidentaux vont vouloir y trouver la main d’un adversaire géopolitique. Cela a été d’ailleurs abordé dans l’émission Edition spéciale du 19 août sur la grande chaine de télévision panafricaine Afrique Média.

Comme prévu, les médias occidentaux mettent la main à la pâte. Côté étasunien, le site The Daily Beast annonce la couleur: « Les dirigeants du coup d’Etat malien ont pris le pouvoir après leur retour d’un camp d’entrainement militaire en Russie. Qui était aux commandes?» En oubliant évidemment de rappeler dans l’article que de nombreux militaires maliens, dont de hauts officiers, suivent des formations en Russie, et ce depuis un long moment.

Pour rappel, les USA étaient parmi les premiers à condamner l’écartement d’Ibrahim Boubakar Keïta du pouvoir. A ce titre, l’émissaire étasunien pour le Sahel, Peter Pham, avait déclaré «que les Etats-Unis s’opposent à tout changement extraconstitutionnel de gouvernement, que ce soit par ceux qui sont dans la rue ou par les forces de défense et de sécurité». Assez incroyable d’entendre ces déclarations venant du représentant d’un pays «champion» dans l’organisation de divers coups d’Etat, révolutions de couleur et déstabilisations en tout genre de pays souverains. Mais l’establishment US reste ce qu’il est.

Par ailleurs, les Etats-Unis ont déclaré «la suspension de leur coopération militaire avec le Mali en réponse au renversement du président Keïta». Le tout au moment où selon le propre aveu des médias mainstream, des milliers de citoyens maliens se rassemblaient dans la capitale du pays pour célébrer les actions de leurs militaires.

L’espace mainstream français n’est pas en reste. Après les condamnations de l’establishment politique, RFI publie un article avec un titre annonciateur: «Le Mali est-il séduit par la Russie?» En indiquant que l’ambassadeur de Russie au Mali fut l’un des premiers diplomates étrangers à avoir été reçu par ce qu’ils appellent la «junte». L’une des principales voix médiatiques françaises à l’international reconnait tout de même que de nombreux Maliens souhaitent le renforcement de la coopération militaire de leur nation avec Moscou.

Au final et quelle que soit la suite de l’interaction russo-malienne, ne serait-il pas grand temps pour l’establishment occidental dans son ensemble de comprendre une réalité assez simple. A savoir que les véritables aspirations populaires ne se conçoivent pas à la Maison-Blanche, ni au Département d’Etat US, pas plus qu’au sein de la CIA, des structures Soros ou à l’Elysée. Et que c’est une réalité avec laquelle il faudra compter. Et que d’autre part le fait d’adopter une posture ouvertement hypocrite et injuste – comme celle qui les caractérise, notamment lorsqu’on fait une fois de plus le parallèle de la différence radicale d’approche vis-à-vis des manifestations biélorusses et maliennes – cela ne fera qu’encore plus éloigner les peuples du monde des intérêts occidentaux. Les menaces, ultimatums, pressions et sanctions – finiront par se rouiller à un tel point, que leurs initiateurs n’en auront qu’à leurs têtes.

Enfin il serait aussi grand temps pour l’élite politico-médiatique atlantiste d’apprendre, ne serait-ce que progressivement, car il faut évidemment tenir compte des capacités d’adaptation et d’apprentissage de chacun, à respecter de façon réelle la souveraineté des peuples. Et comprendre par la même occasion que les tons condescendants vis-à-vis des populations non-occidentales seront de moins en moins tolérés.

Dernier point : la réalité multipolaire du monde permet non seulement la prise en main par les peuples de leurs affaires souveraines et l’établissement de plusieurs blocs d’influence régionaux et continentaux, mais le rappel nécessaire à faire consiste aussi dans le fait qu’il y a aujourd’hui dans la multipolarité suffisamment de puissances indépendantes capables de bloquer les tentatives de ceux qui n’arrivent toujours pas à se débarrasser de leurs complexes néocoloniaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Evènements au Mali et hypocrisie occidentale

Les événements récents à divers endroits du monde ont eu le mérite indéniable de montrer au grand jour et une fois de plus toutes les contradictions caractérisant les élites occidentales. Avec la notion du deux poids, deux mesures comme fondement de base de leur politique.

Au moment même où l’Occident maintient la pression sur la Biélorussie tout en applaudissant les manifestations anti-gouvernementales, dans le cas du Mali l’establishment occidental adopte une toute autre approche. Tout en sachant que les manifestations de la population malienne ont été régulièrement organisées au cours des derniers mois par la société civile de ce pays. Des manifestations qui étaient loin de trouver le même enthousiasme et approbation du côté des capitales occidentales.

Et alors même que ces capitales – se considérant toujours comme étant la prétendue communauté internationale (tout en étant une extrême minorité) appellent ouvertement à un changement de pouvoir à Minsk, dans le cas de Bamako ce sont les condamnations qui sont tombées depuis que le président Ibrahim Boubakar Keïta a été destitué par les militaires maliens en soutien aux revendications populaires.

Les Etats-Unis ont déclaré à travers l’émissaire étasunien pour le Sahel, Peter Pham, «qu’ils s’opposent à tout changement extra-constitutionnel de gouvernement, que ce soit par ceux qui sont dans la rue ou par les forces de défense et de sécurité». Ni plus, ni moins. Washington prend-t-il les observateurs au sérieux sachant qu’en ce qui le concerne c’est tout simplement le champion des organisations de coups d’Etat et de déstabilisations en tout genre de pays souverains. De Belgrade à Bagdad, de Tbilissi à Caracas, de Damas à Kiev, de Sucre à Minsk…

Où sont donc passés les appels au respect des revendications légitimes du peuple? La prétendue défense des droits humains? L’hypocrisie par excellence quand tu nous tiens. Ou c’est tout simplement l’intérêt géopolitique qui prime sur le reste? Si tel est le cas, et c’est vraisemblablement le cas, peut-être que cette prétendue et fausse communauté internationale (précisons occidentale) devrait cesser cette extrême hypocrisie et assumer son vrai visage ?

Un son de cloche similaire du côté de Paris, l’ancienne métropole coloniale que de très nombreux citoyens maliens voient comme la source même des problèmes sécuritaires auxquels le pays fait face et comme une entité n’ayant toujours pas abandonné une approche ouvertement néocoloniale vis-à-vis de leur pays et plus généralement des pays africains francophones.

La réalité est que les événements en cours au Mali, aussi bien avec la participation de la société civile que des militaires du pays, doit apprendre une bonne fois pour toute à l’Occident politico-médiatique que son hypocrisie ouverte et déclarée ne peut plus désormais être voilée. Et que par la même occasion toutes les belles paroles de cet establishment atlantiste ne représentent dans le fond absolument rien.

D’autre part, Washington comme Paris, sans oublier les autres acteurs occidentaux, devraient apprendre à respecter la souveraineté des Etats africains. Car dans ce XXIème siècle, désormais multipolaire, il n’y aura plus de place à terme pour ces pratiques non seulement totalement hypocrites, mais également et purement néocoloniales.

Enfin, il serait bon de savoir que la voix populaire, la vraie, ne s’achète pas. Et les peuples africains qui se mobilisent aujourd’hui le confirment pleinement. Par contre les financements, soutiens politiques, médiatiques, et dans bien de cas armés, d’une minorité radicale active dans nombre de pays souverains, des pays qui se trouvent dans le viseur des élites atlantistes et pro-unipolaires, tentant de donner une impression de masse face à une vraie majorité, non pas passive mais surtout travailleuse, en essayant de voiler tant bien que mal un agenda géopolitique clairement affiché – devront, à un moment ou un autre finir dans les poubelles de l’histoire. Mais connaissant l’incapacité de ces mêmes élites à apprendre et analyser l’histoire, et d’assumer les crimes commis, il est évident que les déstabilisations se poursuivront avec une hypocrisie toujours au summum.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les dissensions au sein de l’Otan devenues évidentes

L’histoire est finalement un processus dans lequel on retrouve bien souvent des phénomènes qui paraissaient être propres au passé, mais qui ne font que réapparaitre, y compris même si certains le croyaient impossible.

A la chute de l’URSS et du Pacte de Varsovie, nombreux des experts – principalement occidentaux, présageaient un bien long règne du monde occidental et ce sur tous les plans: politique, économique, militaire, culturel, idéologique. S’il est vrai que depuis la fin officielle de la guerre froide et l’apparition du monde unipolaire, l’Occident politique avec les Etats-Unis à sa tête pouvait se vanter d’un tel pouvoir, depuis que le concept multipolaire du monde s’est imposé, l’Occident n’a probablement jamais été aussi divisé. Y compris son bras armé de l’Otan.

Les événements en cours le confirment pleinement. Les dissensions récentes et actuelles entre la Turquie – deuxième force otanesque en termes d’effectifs armés et plusieurs membres d’Europe occidentale, dont la France, sont loin de représenter le seul dossier conflictuel. Les raisons peuvent être variées – de l’acquisition du système des S-400, le flux migratoire ou plus récemment des désaccords évidents dans la guerre libyenne, le fait est que rien pour le moment ne laisse présager un quelconque assouplissement des positions, même si le leadership de l’Otan se veut toujours rassurant. Ce qui est logique – ce même establishment ne veut surtout pas donner l’impression de sérieux conflits entre alliés. Bien que les sujets de dissension sont aujourd’hui loin de se limiter aux désaccords franco-turcs, et concernent également ceux entre Washington avec Berlin, ou encore avec Ottawa.

Le récent épisode conflictuel opposant Paris à Ankara en Libye a poussé le président français Emmanuel Macron à reparler d’une «mort cérébrale» de l’Otan. Un son de cloche assez semblable côté allemand, où la chancelière Angela Merkel demande à se préparer à vivre dans un monde sans le leadership étasunien. Pour autant, Frau Merkel est loin dans cette rhétorique à adopter une position hostile à l’Otan, bien loin de là, surtout connaissant son positionnement pro-atlantiste. Mais la réalité est telle qu’elle est. Au point où il est devenu impossible, indéfiniment, de la renier.

Rajoutons à cela la lutte intérieure aux Etats-Unis, avec la participation de l’Etat profond US – ce dernier ne souhaitant surtout pas renoncer au diktat mondial, et on arrive vite à comprendre les difficultés et les dissensions en cours dans le camp occidentalo-atlantiste. Evidemment, nombreux sont ceux qui oublient le principal – l’avènement de la multipolarité n’est pas le fruit de l’affaiblissement de l’Occident, mais bel et bien celui d’un renforcement économique, défensif, politico-diplomatique des puissances non-occidentales souveraines et des blocs qui se sont formés et affirmés au cours de l’histoire contemporaine, notamment dans le grand espace eurasien.

D’autres blocs de résistance se sont entre temps formés sur d’autres espaces géographiques et civilisationnels, notamment en Amérique latine ou dans une partie de l’Afrique. Et c’est justement ce rapprochement, voire l’alliance pure et simple des blocs régionaux et continentaux souverains pro-multipolaires qui font tellement peur aujourd’hui aux élites atlantistes. Car au-delà du poids politique, économique, historico-civilisationnel, militaire des blocs opposés à l’unilatéralisme occidental, il ne faut pas oublier un autre motif de taille : la démographie. L’Occident politique, qui s’était tellement habitué à parler au nom de la communauté internationale aujourd’hui se voit obligé de se rendre à l’évidence – il n’en a aucune légitimité. Car quoiqu’on en dise, un bloc, mêmes aux larges habitudes de domination mais ne représentant pas beaucoup plus que 10% de la planète, ne peut se proclamer gestionnaire des affaires internationales. D’autant plus lorsqu’on sait qu’une part fort notable de ses propres populations approuve le concept de la multipolarité.

Et que donc la raison principale des dissensions à l’intérieur même de l’Otan, qui voulait à tout prix se positionner en alliance inébranlable, n’est autre que due au fait que le monde multipolaire s’est bel et bien imposé. Et lorsque cette compréhension de la réalité arrive, bien qu’avec quelques années de retard, à destination de ceux qui ne l’imaginaient simplement pas, il est tout à fait normal que les désaccords concernant l’avenir, ou plus exactement comment le vivre cet avenir, se forment et s’intensifient.

Dans cette optique, il serait assez primitif que de croire que les partisans de la multipolarité avaient cherché à créer les dites dissensions, y compris au sein de l’Otan. La meilleure conclusion plutôt à faire c’est tout simplement de comprendre qu’il était normal que des nations au large bagage historique et civilisationnel, ne pouvaient accepter le diktat d’une extrême minorité, bien souvent ne représentant réellement pas sa propre population. Pour atteindre l’objectif de l’avènement de l’ère multipolaire, ses partisans ont travaillé dur. Et c’est cela qu’il faut retenir en premier lieu.

Il faut tout de même reconnaitre une chose. Dans ce paradigme contemporain, le plus difficile sera pour ceux ayant volontairement choisi le rôle de sous-traitants des intérêts atlantistes, pensant que le pouvoir unipolaire serait éternel. La chute sera dure.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Covid-19: l’arrogance occidentale ne diminue pas

Au moment où le coronavirus continue de se propager à divers endroits du monde, et que jusqu’à maintenant la gestion la plus inefficace était justement celle des pays occidentaux, le niveau d’arrogance des élites atlantistes ne semble guère aller à la baisse.

Les élites de l’Occident, aussi bien washingtoniennes que bruxelloises, sont tout de même des organismes assez spéciaux et dont il est fort difficile de trouver l’équivalent. Alors qu’à l’heure actuelle, les pays ayant été touchés de plein fouet les premiers par l’apparition et la propagation du coronavirus semblent reprendre en main la situation – la Chine en premier lieu, mais également l’Iran ou encore la Corée du Sud, les pays occidentaux eux, qui pourtant avaient la possibilité de limiter les dégâts par des mesures de prévention, ne semblent toujours pas en mesure de pouvoir gérer efficacement la situation qui prévaut. A ce titre, sur les dix pays comptant le plus grand nombre de cas de contaminations, sept sont des Etats occidentaux, dont pour nombre d’entre eux pour le moment incapables d’inverser la tendance.

Parallèlement à cela, alors qu’il est devenu évident d’une nécessité absolue de cohésion et de large solidarité internationale, les élites politiques de l’Ouest restent obstinées à maintenir leur approche traditionnelle vis-à-vis des pays non-occidentaux, surtout si ces derniers constituent des adversaires géopolitiques déclarés de l’Occident. Ainsi, les sanctions visant l’Iran restent toujours en vigueur. Les appels de la Chine à mettre de côté, au moins le temps de gestion de cette crise, les divergences géopolitiques et géoéconomiques restent sans réponse côté occidental. Quant au projet de Déclaration au niveau de l’Assemblée générale de l’ONU proposé par la Russie et coparrainé par 28 pays membres onusiens afin d’annuler les sanctions unilatérales en vue de se concentrer ensemble sur la lutte contre le coronavirus a été rejeté par la clique habituelle: USA, Union européenne, Ukraine et Géorgie. Et ce malgré les appels également du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, qui appelait à l’abandon des sanctions imposées aux pays pour mieux lutter contre la propagation du Covid-19.

Là aussi ce n’est pas tout. Le soutien accordé dans la lutte contre la pandémie du moment par la Chine, la Russie et Cuba à divers endroits du monde – y compris dans les pays occidentaux les plus touchés comme l’Italie, a été l’objet de vives critiques de la part de l’establishment pro-atlantiste, notamment étasunien et français – certainement furieux de ne pas voir, dans cette crise internationale sanitaire majeure, leurs intérêts géopolitiques se concrétiser. En parlant de la France, ou plus précisément de l’arrogance de ses élites, elles sont loin d’être à leur première sortie. Déjà le mois dernier, le président français Macron s’est fait remarquer par un tweet condescendant à l’égard du Maroc, en oubliant une fois encore que la période de colonisation était normalement terminée. Un geste ayant soulevé une vague de colère au niveau de la société civile marocaine.

Les «experts» ne sont pas en reste. Ainsi, un certain Francis Ghilès, chercheur au Centre des relations internationales de Barcelone, a provoqué une vive polémique en commentant sur l’antenne de la chaîne France 24 l’aide chinoise envoyée à destination de l’Algérie. Suite à quoi l’ambassadeur de France à Alger fut convoqué par le ministère algérien des Affaires étrangères et l’ambassade d’Algérie à Paris a été instruite à l’effet d’intenter une action en justice contre cette chaîne de télévision et l’individu auteur des propos injurieux à l’égard de l’Algérie. Du côté de la représentation diplomatique chinoise d’Alger, les propos dudit personnage ont été jugés mensongers et pleins d’ignorance, en ajoutant que «tous les complots visant à noircir l’aide chinoise et à saper la coopération entre la Chine et l’Algérie en semant la discorde entre les deux pays sont voués à l’échec».

Le plus incroyable aussi dans cette arrogance évidente de la part de la nomenklatura française, est que jusqu’à maintenant la France peut tout, sauf se vanter de sa propre gestion de la crise de propagation du coronavirus. 6ème pays le plus touché au niveau mondial en termes du nombre de personnes contaminées (plus de 68 000 cas) et 4ème pour le nombre de décès à ce jour (plus de 7500, plus de deux fois plus qu’en Chine).

Dernière «sortie» en date, visant cette fois-ci le continent africain dans son ensemble. Il s’agit d’une séquence diffusée sur la chaîne TV française LCI il y a quelques jours de cela et qui a suscité la colère de très nombreux Africains. Ainsi, Jean-Paul Mira, chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin à Paris pose à l’autre invité de la chaîne la question suivante: «Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique (autour du vaccin anti-tuberculose BCG, pour le Covid-19), où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées?». La réponse de son collègue Camille Locht, directeur de recherche à l’Institut nationale de la Santé et de la Recherche médicale (Inserm) est tout aussi surprenante: «Vous avez raison, d’ailleurs on est en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d’approche, ça n’empêche pas qu’on puisse réfléchir en parallèle à une étude en Europe et en Australie».

Des déclarations qui n’ont pas manqué de faire réagir de très nombreux internautes et personnalités publiques africaines, rappelant aux dits chercheurs français que les Africains ne sont pas des cobayes. Certains comptent même entreprendre une action de justice, à l’instar du Club des avocats au Maroc qui a annoncé sur sa page Facebook porter plainte pour diffamation raciale.

En conclusion, probablement la principale chose à retenir est qu’au-delà d’avoir perdu nombre de positions géopolitiques et géoéconomiques dans la réalité multipolaire actuelle, ce qui conduira inévitablement à la chute à terme des intérêts occidentaux au niveau mondial, c’est justement cette arrogance qui caractérise aussi bien ses élites politiques, médiatiques, comme «intellectuelles». D’autre part, et cela est tout aussi important à noter, si les représentants de ces élites espéraient qu’avec l’apparition du coronavirus la Chine perdrait nombre de ses positions sur le plan géoéconomique et géopolitique, ils doivent désormais se rendre à l’évidence qu’il n’en sera rien. Plus généralement parlant, au lieu de continuer à rester focalisés dans la confrontation avec les partisans de la multipolarité, les élites occidentales feraient bien mieux de s’occuper en urgence de leurs propres citoyens, qui ont en besoin plus que quiconque.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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USA-Europe: les divergences s’accentuent. Quelle sera la suite?

Au moment où le monde multipolaire continue de s’imposer à divers endroits de la planète, devenant une réalité qu’il est aujourd’hui plus que difficile de nier, les divergences entre les partisans de l’unipolarité révolue ne font que s’accroitre, en premier lieu entre les USA et les principales puissances européennes.

Alors que les Etats-Unis s’attèlent de toutes leurs forces à maintenir leur domination mondiale, qui pourtant poursuit sa tendance à la baisse, ce désir de dominer s’étend largement à ses «alliés», en premier lieu européens. Au point de menacer par des sanctions non plus seulement ses adversaires géopolitiques et géoéconomiques – reconnus officiellement comme tels, comme la Chine et la Russie – mais également ses propres soutiens politico-diplomatiques-sécuritaires, en voulant frapper leurs intérêts économiques majeurs.

Dans ce paradigme, il est particulièrement intéressant d’observer les cas de l’Allemagne et de la France, des pays qui sont indiscutablement des leaders économiques au niveau de l’UE continentale. Les leaders de ces nations ont récemment tous les deux assez ouvertement critiqué certaines des politiques étasuniennes, tout en insistant sur la nécessité d’une politique plus souveraine et indépendante européenne.

Ainsi, en novembre 2019 le président français Emmanuel Macron, dans un entretien accordé au magazine britannique The Economist, est allé jusqu’à parler de «mort cérébrale de l’Otan». Les autres points importants soulevés par le chef de la Cinquième République concernaient eux la nécessité pour l’Europe de gagner en autonomie dans le domaine de la sécurité et des questions stratégiques, ainsi que de reprendre le dialogue avec la Russie. Son de cloche semblable en partie dans les déclarations d’Angela Merkel qui parledu besoin de développer le potentiel militaire européen dans le contexte de «l’évolution» des relations avec les Etats-Unis. Toujours selon elle, alors que «l’attention des Etats-Unis sur l’Europe s’affaiblit, les Européens devraient donc assumer davantage de responsabilités». Ceci étant dit, Merkel semble au contraire reconfirmer son ferme attachement à l’Otan, appelant par la même occasion à augmenter les dépenses des pays-membre de l’alliance, gardant ainsi une démarche toujours atlantiste.

Le souci maintenant c’est justement qu’il est tout simplement impossible de pouvoir parler d’une politique indépendante et souveraine de l’Europe, du moment que cela reste sous le parapluie otanesque. Sachant que l’Otan était, est et restera l’instrument par excellence des USA, non seulement dans le cadre des interventions néocoloniales – devenues tout de même plus difficiles à mettre en œuvre ayant en face la réalité multipolaire – mais aussi dans le but de maintenir la domination et le contrôle sur ses prétendus «alliés». A ce titre, il serait erroné de parler d’un manque d’intérêt des Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe, sachant que le désir de Washington de garder son pré-carré en terre européenne ne diminue aucunement. Et cela se traduit aussi bien par la présence militaire que la pression économique, sans oublier la volonté d’élargir fortement sa présence énergétique.

A ce titre, les sanctions récentes annoncées par l’establishment étasunien visant les compagnies européennes participant aux travaux du gazoduc Nord Stream 2, reliant la Russie à l’Allemagne, ne font que le confirmer pleinement. La question se devant d’être posée maintenant: les principales puissances européennes auront-elles le courage de dire à un moment stop à l’arrogance du grand frère outre-Atlantique, se permettant sans vergogne de frapper leurs intérêts économiques et énergétiques, sans parler même d’assumer leur souveraineté inexistante et inacceptable pour Washington? Rien n’est moins sûr. Car si la Turquie d’Erdogan, elle aussi membre de l’Otan, a eu le courage de ne pas céder aux pressions US, notamment dans le cadre de l’acquisition du système russe S-400, assumant sa souveraineté et agissant conformément à ses propres intérêts nationaux, et s’affirmant par la même occasion comme une puissance régionale et internationale, rien ne présage encore pour le moment une telle capacité d’indépendance du côté de Berlin et de Paris. Faisant d’eux par la même occasion des sortes de périphéries de la politique internationale.

Les dernières actions en date, notamment vis-à-vis de l’Iran, le confirment pleinement aussi. Le tout au grand dam de leurs propres populations et cercles d’affaires, fatigués de subir le diktat du maitre étasunien, de même que les conséquences en termes de pertes économiques fortement importantes. La question reste la même: les élites ouest-européennes continentales sauront-elles, un jour, être à l’écoute des citoyens qu’elles sont censées représenter? L’avenir nous le dira. Mais en attendant la réalité reste encore bien morose pour la souveraineté européenne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Elargissement de l’Otan via l’ex-URSS, avec l’argent européen

Alors que les Etats-Unis maintiennent leur projet d’élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, notamment en vue d’y intégrer deux anciennes républiques soviétiques en la qualité de la Géorgie et de l’Ukraine, c’est vraisemblablement les pays européens qui devront mettre la main à la poche.

Si le sujet qu’à l’éventuelle admission de ces deux nouveaux membres potentiels a été de nouveau confirmé le mois dernier, et ce par le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, sans pour autant fixer un timing définitif, la question qui est elle aussi d’actualité aujourd’hui concerne elle les subventions accordées à Tbilissi et Kiev pour leur réarmement conformément aux normes de l’Otan.

Une situation «intéressante» s’impose, mais tellement propre au système préétabli. D’un côté, le principal intéressé dans cet élargissement n’est autre que Washington, qui prépare cette réalité depuis un bon moment déjà. Pour cela, il peut compter au sein de la famille otanesque sur ses sous-traitants infaillibles en la qualité d’Etats comme la Pologne, la Roumanie ou les pays baltes. La vieille Europe suit, en se posant de temps à autre les questions quant à l’intérêt stratégique d’un tel élargissement, mais continue d’appliquer. Maintenant, de l’autre côté s’impose la partie financière de la question. Et là Washington souhaite également s’en sortir grand gagnant, le tout aux moindres frais.

Sachant que l’élite étasunienne a maintes fois déclaré qu’il revient aux pays européens d’augmenter les charges dans le cadre otanesque, il devient donc assez évident que les subventions mentionnées ci-haut reviennent sans doute à la charge des portefeuilles européens. Lesquels plus particulièrement? Evidemment ceux des pays de la «vieille Europe», sachant que les membres de l’Est ne possèdent tout simplement pas les capacités financières dignes de ce nom.

Dans cette configuration, que gagne réellement l’Europe? Si ce n’est une augmentation des tensions déjà palpables avec la Russie, pas grand-chose. Le tout à l’heure où les pays clés de l’UE, comme la France ou encore l’Italie, appellent à revoir le relationnel avec la Russie – non pas par amour, mais par simples intérêts économico-pragmatiques. Et que la première économie de l’UE, en l’occurrence l’Allemagne – dont l’élite actuelle est elle aussi loin d’être une amie de Moscou, mais dont d’importantes entreprises nationales se retrouvent sous menaces de sanctions US, notamment en raison du projet du gazoduc Nord Stream 2 – un projet qui rentre parfaitement dans les intérêts économiques et énergétiques allemands.

Dans cette situation Berlin, Paris et Rome sont-ils en mesure de faire quoi que ce soit? Pour répondre à cette question, il faut surtout bien comprendre dans quelle tourmente se retrouvent les leaderships des capitales citées. D’un côté, l’appartenance pro-atlantiste d’une très large partie des élites politiques de ces pays ne sont pas à démontrer. D’un autre, ces mêmes élites se retrouvent sous pression de la part de leurs propres populations. Des populations qui bien souvent ne partagent aucunement leur solidarité dans les mouvances russophobes et qui souhaitent au contraire un renforcement des liens avec Moscou. S’ajoutent à cela les représentants des cercles d’affaires des dits pays qui ont soit possèdent déjà des projets importants en territoire russe, ou conjointement avec la Russie, soit prévoient d’en avoir dans un avenir proche. Ces cercles d’affaires, comme la société civile de la vieille Europe, en large partie n’approuvent donc pas l’application en terre européenne des prérogatives de Washington, surtout du moment que cela représente tout simplement des pertes financières fortement importantes. Et à ce titre, les Européens savent compter.

Les élites de la vieille Europe, quant à elles, connaissent parfaitement les sentiments régnants cités ci-haut, d’où des déclarations récentes remettant en cause certains projets en cours, décidés en terre étasunienne mais devant être appliqués en terre européenne. Comprenant parfaitement le cercle vicieux dans lequel elles se trouvent, du moins les pays et populations qu’elles sont censées représenter, elles se veulent de faire démonstration de pouvoir parler en voix indépendante, tout en étant incapables de passer sérieusement aux actes.

Quelles perspectives ressortent donc de cette situation, compte tenu des divergences et contradictions qui ne cessent de monter en puissance au sein de la famille européenne et otanesque? Tout dépendra de la capacité des élites européennes d’être à l’écoute de leurs propres populations et des cercles d’affaires – les deux étant au final les principaux contribuables des ambitions en sol européen d’une puissance outre-Atlantique ayant pris l’habitude d’imposer ses innombrables volontés à ses «alliés». S’il est peu probable que les élites ouest-européennes auront le courage dans un avenir proche de donner un non catégorique à ces ambitions washingtoniennes, il n’empêche qu’ils pourront certainement faire retarder des décisions qui n’apporteront aucunement la sécurité à l’Europe, mais au contraire continueront à imposer des murs inutiles, le tout avec des apports financiers qui peuvent incontestablement être utilisés à de meilleurs fins.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Macron accusé par la Pologne d’être le «cheval de Troie» de la Russie

Quoiqu’on en dise, les relations entre alliés de l’Otan sont désormais loin d’être au beau fixe. Si depuis déjà un certain temps, c’est la Turquie du président Erdogan qui est pointé du doigt par les ultra-atlantistes d’être un cheval de Troie dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, désormais certains pays vont jusqu’à en accuser la France de Macron. Que se passe-t-il vraiment au sein de la famille atlantiste?

Lors du dernier Sommet de l’Otan à Londres, les débats houleux n’ont pas manqué. Si les innombrables pressions visant la Turquie ont été maintes fois abordées, notamment celles venant des USA, pour qu’Ankara mette fin à son contrat avec la Russie dans le cadre de la livraison des systèmes S-400 – pressions auxquelles la Turquie a répondu par un non catégorique, désormais la dispute «familiale» s’élargit, y compris là où l’on s’attendait le moins. Ainsi, le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a déclaré que la France actuelle est le «cheval de Troie» de la Russie https://www.nytimes.com/2019/12/04/world/europe/nato-future-trump-macron.html. Ni plus, ni moins.

Essayons maintenant de comprendre qu’est-ce qui a pu pousser à ce que la famille otanesque, qui paraissait tellement unie et infaillible à la chute de l’URSS, en arrive là. Et pourquoi Emmanuel Macron, celui qui était jusqu’à alors récemment chouchouté par les principaux médias mainstream, et notamment anglo-saxons, soit aujourd’hui sujet à critiques de la part de ces mêmes médias, notamment Financial Times ou encore Bloomberg.

Plusieurs raisons peuvent probablement être mentionnées. Si au départ, l’actuel chef de l’Elysée paraissait un partisan déclaré et assumé de l’establishment occidental général, avec à sa tête les USA, aujourd’hui plusieurs faits lui sont reprochés par les mêmes qui lui applaudissaient encore hier. Tout d’abord, sa volonté de remplir le manque de leadership à l’échelle européenne, ce que lui a valu d’être plusieurs fois comparé à Napoléon par les analystes anglo-saxons. Et connaissant le manque d’amour de ces mêmes Anglo-Saxons, surtout des Britanniques, pour ce personnage historique important de l’histoire française et européenne, le parallèle ne peut donc être considéré comme étant un compliment. D’autre part, ses appels à stopper pour le moment l’élargissement de l’Union européenne à de nouveaux membres, ne peut aucunement plaire à Washington. Sachant que c’est justement ce dernier qui tire profit d’un tel élargissement. De même qu’il a déjà tiré un large profit de l’élargissement de l’UE aux membres de « l’Est », que ce soit la Pologne, la Roumanie, ou encore les pays baltes – représentant tous les promoteurs par excellence des intérêts étasuniens au sein de la famille européenne. Et ce aussi bien sur le plan sécuritaire, énergétique ou économique.

Enfin, et il faut le reconnaitre à Macron – il fut pour le moment l’un des rares, sinon le seul, membre des élites occidentales à avoir reconnu de facto la fin du monde unipolaire. Evidemment, cela est quelque chose que nous avons annoncé il y a de cela plusieurs années, mais vaut mieux tard que jamais pour la reconnaitre cette réalité. Cette reconnaissance de fait évidemment ne peut que déplaire aux partisans jusqu’au-boutistes de l’ordre unipolaire. Ceci étant dit, cette déclaration du président français n’a jamais été une déclaration d’amour pour la nouvelle réalité multipolaire. Cela fut simplement une reconnaissance pragmatique de ce que le monde est devenu. Ceci étant dit aussi, Macron avait par la même occasion déclaré que dans le cadre de cette nouvelle réalité l’Europe doit être un acteur, et non pas un simple observateur. Une autre déclaration qui évidemment ne peut que déplaire aux élites washingtoniennes, pour qui toute volonté d’émancipation, aussi réduite soit-elle, de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis représente toujours un danger de premier degré. Ajoutez à cela les appels au renforcement de la coopération militaire intra-européenne, autre domaine auquel Washington accorde une attention particulière, et le tour est joué. Sachant que jusqu’à aujourd’hui la présence de troupes étasuniennes sur le sol européen est justifiée par la nécessité «de protéger ses alliés», une présence qui d’ailleurs permet largement aux USA de maintenir jusqu’à ce jour un contrôle sur la politique européenne dans son ensemble et dans divers secteurs.

Evidemment, le fait de considérer la France de Macron comme un «cheval de Troie» de la Russie est pour le moins assez ridicule. Car même si l’on puisse reconnaitre les quelques déclarations logiques et pragmatiques du leader français, cela ne fait aucunement de lui pour le moment un allié du monde multipolaire. D’ailleurs, ses nombreuses autres déclarations visant la Russie et d’autres nations indépendantes pro-multipolaires, ainsi que des intérêts clairement divergents à divers endroits du monde, d’Amérique latine en Afrique, en passant par le monde arabe, le confirment pleinement. Tout comme ses critiques de la Turquie, toujours lors du dernier sommet otanesque, pour avoir «osé» acheter des systèmes antimissiles russes.

Le fait donc d’entendre cette accusation visant la France de la part d’un pays comme la Pologne – cheval de Troie déclaré et assumé des USA en Europe, fait sérieusement sourire et démontre une sorte de division en groupes en termes d’assujettissement à Washington au sein de la famille otanesque. D’un côté la Turquie qui mène aujourd’hui une politique indépendante et souveraine dans le cadre de ses propres intérêts, tout en maintenant son « membership » au sein de l’Otan, la France et certains autres pays de la « vieille Europe » qui tout en étant sous large influence US se cherchent dans un monde en pleine ébullition, et enfin les marionnettes pleinement assumées des Etats-Unis dans ce cercle en la personne des Pologne, Roumanie et autres pays baltes. Des divisions en groupes en termes de russophobie par la même occasion.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Christophe Raineteau: visage contemporain du mercenariat français en Afrique

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La France, en tant qu’Etat ayant une longue histoire coloniale et néocoloniale, dont une large partie en Afrique, est aussi connue pour ses tristement célèbres mercenaires, ayant opéré durant de longues années sur le continent africain, notamment dans le cadre du système communément appelé «Françafrique».

Le plus connu d’entre eux est certainement Bob Denard, dont les activités au service du néocolonialisme de son pays s’étendirent à nombre de pays africains: Congo, Nigéria, Bénin, Gabon, Angola ou encore les Comores. Décédé en 2007, sa mort pour de nombreux observateurs signifiait une sorte de fin d’une longue page de mercenariat français en Afrique. Mais ce fut loin d’être le cas. Dans le refus d’accepter le respect de la souveraineté de ses anciennes colonies, Paris a aujourd’hui de nouveaux personnages sur qui il peut miser. L’un de ces mercenaires contemporains n’est autre qu’un certain Christophe Raineteau, surnommé Alpha.

Actif dans plusieurs pays africains, c’est en République centrafricaine que ses activités de déstabilisation feront particulièrement parler de lui, au point que Bangui accusera ledit citoyen français de terrorisme et lancera un mandat d’arrêt à son encontre, ainsi que de son compatriote Bernard Cousin.

Déjà fin mai 2018, le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, dans un entretien à la chaine de télévision France 24, a fait mention de ces deux citoyens français en qualité de déstabilisateurs de son pays: «ils manipulent certains hommes politiques, des groupes armés et une partie de la société civile en Afrique centrale dans le seul but de déstabiliser le gouvernement démocratique de Bangui» https://youtu.be/jTQF42IIKVA

Les tentatives de déstabilisation françaises contre la Centrafrique, via notamment ces mercenaires, ne sont pas anodines. La RCA, longtemps considérée comme la chasse gardée de Paris, est rentrée depuis les dernières années en alliance avec la Russie, dont les instructeurs participent à la formation des Forces armées centrafricaines (FACA), sans oublier plusieurs projets bilatéraux en cours de développement entre les deux pays, sur une base légale et conformément à la souveraineté des deux nations.

Il n’est donc aucunement surprenant qu’un Raineteau soit utilisé par des cercles obscurs de l’Elysée dans des opérations visant à déstabiliser un Etat africain qui assume de plus en plus sa souveraineté, y compris dans le choix de ses partenaires extérieurs. Et ce malgré le fait que le président centrafricain Touadéra est connu pour être un intellectuel qui s’est fixé le ferme objectif d’apporter la paix et le développement pour son pays, après des années de chaos et d’affrontements, notamment inter-religieux. Et malgré aussi le fait d’avoir été élu dans un cadre démocratique. Mais peu importe la démocratie et la volonté réelle de sortir son pays des années sombres récentes, Paris et ses hommes de main n’ont que faire de la souveraineté de cet Etat.

A noter qu’un mandat d’arrêt a été émis par la RCA à l’encontre de ces deux personnages en décembre dernier, sur la base de dix paragraphes d’accusation, parmi lesquels les actes de terrorisme, les meurtres et la destruction de la sécurité intérieure de l’Etat. Christophe Raineteau se trouvant de passage au Madagascar sera même arrêté par les autorités malgaches en vue d’une extradition vers la Centrafrique pour y être jugé, mais sous pression des autorités françaises fut relâché et a pu regagner la métropole, au grand dam des autorités centrafricaines https://www.nofi.media/2019/03/christophe-raineteau-2/63723

Evidemment, Raineteau nie les accusations qui sont portées à son encontre depuis Bangui. Il se présente lui-même comme un «aventurier humaniste», et dont les activités sont avant tout liées au «consulting de géopolitique africaine» pour des entreprises clientes. Quoi qu’il en soit et malgré la poursuite vraisemblable de ses activités dans nombre de pays africains, il n’est pas prêt à remettre les pieds sur le sol centrafricain.

L’histoire de ce mercenaire français est en réalité bien plus qu’une nouvelle page de mercenariat occidental en Afrique. Elle est surtout l’image d’une politique qui prétend parler au nom des valeurs dites «universelles» et de promotion de la «démocratie», mais avec comme fond un néocolonialisme aujourd’hui pratiquement impossible à voiler. Qu’un chef d’Etat d’un pays souverain soit élu démocratiquement et ayant pour objectif de changer radicalement les choses, d’y apporter la paix, la sécurité et le développement – tout cela préoccupe bien peu l’Elysée, et plus généralement les élites politiques occidentales. Les objectifs de ces derniers restent les mêmes et ne sont pas prêts de changer : maintenir le contrôle des anciennes colonies sous le diktat politique, armé et économique, sans oublier le contrôle des ressources naturelles des pays en question. Et peu importe si pour cela il faille maintenir la souffrance des populations locales, qui à défaut d’être massacrées, n’auront d’autre choix que de prendre la voie de l’immigration. «L’humanisme» libéral-occidental dans toute sa splendeur.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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La Centrafrique vers la paix, la Russie et le Soudan à la manœuvre

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La Centrafrique se dirige vers une solution à la crise qui la frappe. Avec le soutien de la Russie et du Soudan, les principaux groupes armés centrafricains ont en effet signé une déclaration d’entente. Alors que les pays occidentaux n’ont jamais causé que des problèmes, la Russie et ses alliés autres apportent des solutions.

Vers une sortie de crise en Centrafrique? La mission de bons offices de la Russie semble avoir porté ses fruits, malgré les tentatives de la diplomatie française de stopper la montée en puissance des relations russo-centrafricaines.

En effet, les principaux représentants des groupes armés centrafricains viennent de signer à Khartoum, la capitale soudanaise une déclaration d’entente. Parmi les signataires figurent Nourredine Adam (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), Ali Darassa (l’Union pour la paix en Centrafrique), Mahamat al-Khatim (Mouvement patriotique pour la Centrafrique) et Maxime Mokom (l’un des représentants du groupe anti-balaka). Ils ont apposé leurs signatures respectives en indiquant leur volonté d’une paix durable et d’une réconciliation. Une approche d’ailleurs saluée par les autorités centrafricaines.

Par son rôle dans cette affaire, Moscou a démontré toute sa détermination à non seulement défendre ses propres intérêts, mais également ceux de ses alliés. Finalement, l’efficacité russe en Syrie, aussi bien dans le cadre de la lutte antiterroriste, qu’au niveau politico-diplomatique, s’exporte sur le continent africain.

En effet, la Russie souhaite voir une Afrique stable, prospère, et avec laquelle il sera possible de collaborer dans un cadre gagnant-gagnant, et sans imposer quoi que ce soit. Sinon, comment expliquer que moins de 200 spécialistes russes aient pu, aussi rapidement, faire tellement plus pour la stabilisation de la Centrafrique, que les 15.000 militaires français passés par là depuis de nombreuses années? Le Quai d’Orsay aura très certainement du mal à donner une réponse digne de ce nom.

Ne doutons pourtant pas que Paris, à l’instar d’autres capitales occidentales, tente, comme dans le passé récent, d’entraver ce processus de paix en Centrafrique. Et ce pour plusieurs raisons. Au-delà de perdre définitivement un pays majeur issu de son prétendu «pré-carré», l’élite française comprend parfaitement aussi que ce processus essaimera au-delà de la République centrafricaine.

Pourtant, le peuple centrafricain est plus que jamais mobilisé à faire face à toute tentative néocoloniale de diviser la société centrafricaine sur une base religieuse ou ethnique. De plus, il peut compter sur des alliés sûrs, respectant sa souveraineté et apportant des solutions à des problèmes créés exclusivement par les représentants occidentaux. Des problèmes créés d’ailleurs à tellement d’autres endroits de l’Afrique, avec toujours le même objectif: diviser pour mieux régner. Et… piller.

Mais le monde évolue: le système multipolaire s’impose de jour en jour. Et les nations du monde, notamment africaines, refusent désormais la manipulation. La Russie est un acteur majeur dans ce renouveau mondial, et avec elles ceux ayant décidé de la suivre.

D’ailleurs, le Soudan, l’autre allié africain de Moscou, qui a aussi beaucoup contribué à ce que cette rencontre ait lieu, sort lui aussi gagnant. Et son président Omar el-Béchir, tellement diabolisé par le petit monde occidental, se positionne désormais en médiateur de paix de premier plan. Après avoir grandement contribué à la signature de l’accord de paix au Sud Soudan, qui s’est séparé de Khartoum en 2011, non sans «l’aide» occidentale et est depuis plongé dans le chaos, le leader soudanais a largement contribué à ce processus de stabilisation si nécessaire à la République centrafricaine.

Les solutions aux problèmes africains peuvent et doivent être africaines, avec le soutien d’alliés sincères.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808311037887343-afrique-centrafrique-crise-russie-paix-soudan/

Mikhail Gamandiy-Egorov