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Pétition pour la libération de Laurent Gbagbo. Entretien exclusif avec Alphonse Douati

Alphonse Douati

Né en 1955, Alphonse Douati est un homme politique ivoirien. Secrétaire général du FPI (Front populaire ivoirien), parti politique fondé et dirigé par le président Laurent Gbagbo, il a occupé différents postes ministériels d’octobre 2000 à novembre 2010 en Côte d’Ivoire.

Il est aujourd’hui le coordonnateur de la pétition internationale pour la libération de Laurent Gbagbo, incarcéré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.

Sputnik: Vous êtes le coordonnateur de la pétition internationale pour la libération de Laurent Gbagbo. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre projet? Et quel est l’objectif visé?

Alphonse Douati : Avant tout propos, je voudrais vous exprimer mes remerciements et ma reconnaissance pour l’opportunité et le privilège qui me sont accordés à travers cet entretien. Une pétition est l’expression d’une liberté d’opinion utilisée par tout citoyen et tout démocrate pour faire connaître sa position sur une thématique qui concerne la société. Elle a aussi une valeur interpellatrice dont dispose les populations pour s’adresser aux décideurs. La présente pétition répond à cette double attente. Mais au-delà, il s’agit de mettre en lumière aux yeux de l’opinion publique nationale et internationale et par ricochet de la communauté internationale, l’ampleur du plus grand scandale politique de ce début du 21ème siècle que représente la détention de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé à la CPI (La Haye), de l’incarcération de Simone Gbagbo (épouse du premier cité), de centaines de citoyens ivoiriens emprisonnés au seul motif qu’ils sont adeptes des idées de Laurent Gbagbo. Ainsi que l’exil forcé de 100.000 Ivoiriens. De par les signataires, l’opinion se fera entendre pour obtenir la libération du président Laurent Gbagbo.

Sputnik: Combien de signatures avez-vous recueilli jusqu’à maintenant? Et quel est la géographie des signataires?

Alphonse Douati: La pétition est l’initiative de l’écrivain patriarche Bernard Binlin Dadié et de l’ex-Premier ministre togolais Joseph Koffigoh à qui est réservée la primeur des résultats. Pour le moment, je n’en dirai pas plus. Mais sachez que l’engouement est grand partout en Côte d’Ivoire, dans plusieurs pays africains, européens et américains.

Sputnik : Vous êtes basé en Côte d’Ivoire. Durant votre campagne, avez-vous subi des pressions, aussi bien sur le plan intérieur qu’extérieur?

Alphonse Douati: Les pressions voire les empêchements ne nous ont pas été rapportés des pays étrangers. Mais en Côte d’Ivoire, c’est à un véritable parcours de combattant qui nous est servi: saisie de fiches de pétition vierges, destruction de 500 000 fiches signées, brimades, bastonnades, arrestations et incarcérations sont servies au quotidien. 3 jeunes gens ont été incarcérés à la prison centrale d’Abidjan pour cause de pétition et libérés après une semaine pour délit non constitué. Mais malgré tous ces obstacles, la pétition crée de l’enthousiasme dans tout le pays.

Sputnik : Vous suivez certainement le procès en cours actuellement à la Cour pénale internationale de La Haye contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Comment voyez-vous la suite de ce procès? Et pensez-vous que des pétitions comme la vôtre auront un effet sur cette suite?

Alphonse Douati : Comme tout le monde et en particulier comme adepte de la vision politique du président Laurent Gbagbo, je suis avec beaucoup d’intérêt et d’assiduité le procès conjoint du président Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé devant la CPI. Au plan de la formation des preuves, le passage de 12 témoins à charge n’a pas permis de donner la moindre preuve de la culpabilité des co-accusés. Au contraire, tout montre leur innocence et tout….les réhabilite. Sur le plan procédure, le procureur peine à construire son accusation. Il est souvent désolant de voir la cour privilégier le huis clos perturbant la publicité des débats, gage d’équité et de transparence. Or, il faut un débat à la fois contradictoire et public pour que la vérité soit connue de l’opinion publique pour l’honorabilité des co-accusés. Malgré ces vices que nous condamnons, je demeure serein et optimiste pour au moins deux raisons: la principale est que les preuves n’existent point et ne sauraient s’inventer, secundo, l’observation politique et sociale de la Côte d’Ivoire à elle seule rétablit la vérité et disculpe Laurent Gbagbo et son co-accusé. La pétition comme instrument de pression populaire et démocratique mais aussi comme outil de sondage finira par interpeller les pays membres du Conseil de sécurité comme la Russie pour soutenir une action qui concourra à la libération du président Laurent Gbagbo, de même que de tous les 400 prisonniers politiques et le retour apaisé, sécurisé et digne des 100.000 exilés en Côte d’Ivoire sans oublier la restitution des biens illégalement confisqués notamment les maisons, plantations et les terres comme à l’ouest par les partisans de l’actuel pouvoir en place en Côte d’Ivoire.

Sputnik : Quel avenir entretenez-vous pour votre pays la Cote d’Ivoire? Et voyez-vous Laurent Gbagbo faire partir de cet avenir?

Alphonse Douati : L’avenir de mon pays, la Côte d’Ivoire, demeure ancré dans la réconciliation et la paix. Dans cette dynamique, le président Laurent Gbagbo demeure le moteur de cette réconciliation et donc le Levin de cet avenir. Il ne peut en être autrement. Penser le contraire, c’est se tromper de chemin. Laurent Gbagbo doit revenir dans son pays pour le réconcilier afin que ce pays se réhabilite et se reconstruise.

Sputnik : Quelle serait selon vous la solution dans la protection des leaders patriotes et souverainistes africains?

Alphonse Douati : La protection des leaders patriotes et souverainistes africains passe avant tout par le renforcement de la démocratie en Afrique, le renforcement de la solidarité des peuples autour de ces leaders mais aussi la diversification du partenariat politique, économique et culturel avec les autres peuples du monde dans un esprit d’équité et de respect réciproque, en un mot un partenariat gagnant-gagnant, ouvert et libre.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201608051027173449-cote-d-ivoire-petition-liberation-laurent-gbagbo/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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« En Afrique, on salue avec satisfaction la politique actuelle de la Russie »

Simplice Zokohi Zadi est un historien, spécialiste des relations internationales et militant politique ivoirien. Partisan du Front populaire ivoirien (FPI), parti historique de Laurent Gbagbo. Il est aujourd’hui exilé au Maroc. On parlera de l’actualité ivoirienne, africaine et plus globalement internationale.

Sputnik : La Côte d’Ivoire a connu il y a peu des élections présidentielles. Alassane Ouattara, soutenu par les Occidentaux, garde le pouvoir. Une forte abstention était l’une des principales caractéristiques de ces élections. Votre avis?

Simplice Zokohi Zadi: Merci de l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer sur l’actualité brûlante de la Côte d’ivoire, mon pays, en ce qui est convenu d’appeler élection présidentielle du 25 octobre 2015. Au vu de la réalité du terrain et des différents protagonistes, nous ne sommes pas surpris des résultats. Celui qui devrait être proclamé vainqueur, à savoir Alassane Ouattara, le protégé de la communauté occidentale, s’est taillé la part du lion avec 83,66% des suffrages exprimés contre 16,44% pour les autres candidats qu’il a lui-même choisi pour l’accompagner. Pour nous autres qui n’étions pas partie prenante à cette « élection » nous ne sommes guère surpris des résultats. Pour notre part, nous tirons une grande satisfaction parce que l’enjeu était le taux de participation et de ce côté-là record absolu jamais enregistré pour une élection de cette envergure, ni dans ce pays, ni dans d’autres pays d’Afrique: 80% de taux d’abstention. Oui sur ce plan ma satisfaction est grande. Je fais partie de ceux qui ont appelé au boycott massif du scrutin. Cet objectif est donc largement atteint.

Sputnik : Vous qui surveillez la politique ivoirienne et plus généralement africaine, comment était vue cette élection à l’intérieur, ainsi que dans d’autres pays africains, notamment voisins?

Simplice Zokohi Zadi: Sur le plan local cette élection n’était pas du goût des Ivoiriens. La preuve, le fort taux d’abstention. Si nous analysons cela, il y a beaucoup de leçons à tirer. Mais pour répondre à votre question, il faut noter que sur le plan interne, les Ivoiriens avaient d’autres priorités que cette soi-disant élection car ils ont besoin de paix et de réconciliation. Sur le plan sous régional, certains pays de la CEDEAO voulaient que Ouattara qu’ils ont contribué à installer dans la violence en 2011, se maintienne au pouvoir pour faire de la Côte d’ivoire un territoire conquis. Donc pour eux en envoyant des observateurs, ils approuvaient cette élection que les Ivoiriens dans leur ensemble ont rejetée.

Sputnik : Beaucoup admettent, y compris en Occident, qu’il n’y a pas en Côte d’Ivoire de réconciliation nationale, après la crise de 2010-avril 2011. D’autres rappellent qu’Alassane Ouattara a été tout simplement installé à la tête du pays par les armes d’une puissance étrangère occidentale, en violant la souveraineté nationale d’un pays souverain. Comment voyez-vous l’avenir de votre pays?

Simplice Zokohi Zadi: Merci pour cette question capitale. L’histoire de la Côte d’ivoire depuis ces vingt dernières années est douloureuse.En effet ce pays, jadis, vitrine de la sous-région ouest africaine est meurtri par une crise politique, militaire et sociale depuis 1993, l’année de la mort du premier président Félix Houphouet-Boigny qui avait réussi, par le parti unique à imposer un semblant de stabilité et de paix relatives. Malheureusement, l’Occident, surtout la France dont il était l’agent n’avait pas intérêt à ce que notre pays s’émancipe après son décès. Elle avait vu en son successeur, en l’occurrence Konan Bédié, un digne continuateur de la politique de défense et de monopole des intérêts français dans la région. Mais ce dernier ne se montra pas apte pour a mission à lui confiée comme agent de l’impérialisme français. Ainsi, ils ont choisi, Ouattara Alassane, agent aussi des intérêts américains. La France et Ouattara organisèrent un coup d’Etat militaire en décembre 1999, pour évincer, l’inapte et incompétent Bédié. Malheureusement, le général Guéi choisi pour faire écran et cacher le jeu des Français, se montra patriote et sous la surveillance, la vigilance du peuple et des partis démocratiques comme le FPI de Laurent Gbagbo, amena le pays à une élection démocratique après une transition de 10 mois. Et c’est Laurent Gbagbo, qui incarnait au mieux les aspirations du peuple, qui sortira vainqueur de la présidentielle en octobre 2000.

Dès son élection et jusqu’en 2011, son pouvoir ne connut véritablement de répit, attaqué constamment et permanemment par une rébellion conçue par Ouattara, parrainée par la France et des intérêts néocolonialistes.

Pour arriver à la paix, Laurent Gbagbo, accepta de dépecer son pouvoir par les accords de Marcoussis (signés en 2003 entre la rébellion et le pouvoir) en faisant de Ouattara, inéligible de par la constitution en son article 35, un candidat pour la seule élection de 2010. Les Ivoiriens choisirent Laurent Gbagbo, comme président. Ouattara, sûr de ses soutiens françafricains, étasuniens et européens créa alors une violente et grave crise post-électorale en se déclarant vainqueur parallèlement au Conseil Constitutionnel. La France qui attendait en embuscade, saisit l’occasion pour faire la guerre à la Côte d’Ivoire ouvertement en bombardant le palais présidentiel. La suite on la connait. Ouattara fut installé au pouvoir.

Commença une période d’acier pour le pays où beaucoup d’Ivoiriens moins chanceux ont trouvé la mort, d’autres ont été contraints à l’exil, quand plus de 500 dont des personnalités politiques du FPI, notamment Simone Gbagbo, l’épouse du président renversé, croupissent dans les prisons. En outre, et c’est également important pour les Ivoiriens, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé (ex-ministre de la Jeunesse, ndlr) sont détenus injustement à La Haye où ils attendent un procès le 10 novembre prochain.

Comme on le voit l’avenir du pays est sombre. Les Ivoiriens ne connaissent pas de liberté individuelle et collective du fait d’une dictature. Ils espéraient que Ouattara ayant atteint ses objectifs de prendre le pouvoir allait réaliser la réconciliation nationale. Aussi espéraient ils que cette communauté occidentale qui l’a installé par la violence au palais d’Abidjan allait jouer le jeu pour l’amener à réconcilier les Ivoiriens. Là encore la déception fut grande. Et avec cette parodie d’élection qui donne un semblant de légitimité démocratique à Ouattara l’avenir du pays ne peut qu’être sombre. Mais attendons les jours à venir pour nous prononcer. Pour l’instant, nous ne sommes pas optimistes car nous ne faisons pas confiance au détenteur du pouvoir actuel.

Sputnik : A l’heure actuelle, le monde observe avec grande attention la Syrie, où deux coalitions, voire deux visions s’affrontent, surtout depuis le début des frappes russes contre les terroristes dans ce pays. Votre commentaire?

Simplice Zokohi Zadi : Merci beaucoup pour l’occasion donnée d’exprimer ma position sur ce qui se passe en Syrie.En Afrique, on salue avec beaucoup de satisfaction la politique actuelle ouverte de la Russie en Syrie. Parce qu’en 2011, la Russie n’a pas bien joué son rôle de contrepoids à la politique impérialiste des Occidentaux, ce qui a fait que Kadhafi a été tué par l’OTAN en Libye. C’est parce que la Russie a été attentiste que la France s’est arrogée le droit d’intervenir abusivement en Côte d’Ivoire.

En effet quand il y avait le pacte de Varsovie et que l’équilibre de la terreur était assuré, les Occidentaux faisaient attention. Mais depuis la fin de l’URSS, l’OTAN s’était érigée en gendarme du monde. On peut trouver des circonstances atténuantes à la Russie car depuis 1991 le pays se devait de se reconstruire. Elle était en phase de reconstruction et de stabilisation. Aujourd’hui elle joue pleinement son rôle de grande puissance mondiale à même d’équilibrer la terreur des forces occidentales dans le monde.

Pour la Syrie, au départ les Occidentaux voulaient être toujours maîtres en sortant leur jeu favori: le mensonge distillé par les élites occidentales. Mais la diplomatie russe a pris le dessus en montant au créneau pour faire échec à une intervention de l’OTAN contre le président Assad agressé.

Les Occidentaux voulaient encore prendre prétexte de combattre l’Etat islamique dans la région pour porter l’estocade à Damas en se dissimulant. Mais encore leur jeu a été découvert. Ainsi l’intervention de l’aviation russe a complétement mis en déroute les plans de l’OTAN. C’est une victoire à la fois militaire, politique et diplomatique qui ramène Moscou au premier plan des relations internationales. Aussi c’est une revanche que la Russie prend en renforçant sa position dans une région stratégique.

Sputnik: Vous avez mentionné la Libye. On sait que l’Afrique et beaucoup de gens dans le monde gardent en tête l’intervention de l’OTAN dans ce pays avec les conséquences que l’on connait. Le continent africain peut-il tolérer encore cette optique pour l’avenir?

Simplice Zokohi Zadi: Comme je l’ai dit précédemment, l’intervention de l’OTAN en Libye ayant occasionné la mort de Mouammar Kadhafi a été mal ressentie par tout Africain digne. Comme je l’ai également dit précédemment, nous regrettons que la Russie et la Chine n’aient pas été aussi actives qu’elles le sont aujourd’hui. Mais heureusement, tout change. Il appartient aux Africains de traiter ouvertement avec la Russie car en relations internationales, on signe ce qu’on appelle des accords. Dès lors qu’il existe des accords bilatéraux entre deux pays, ceux-là jouent automatiquement en cas de besoin. Nous ne pouvons plus rêver en nous basant sur le passé où du temps des guerres de décolonisation et de libération, lorsque l’ex-URSS intervenait automatiquement en Afrique. Non, les données ont changé et la Fédération de Russie traite désormais officiellement avec les gouvernements formellement constitués et légaux. Il appartient donc aux gouvernements africains de sortir de leur esclavage occidental pour regarder aussi du côté de Moscou. Il y aussi de bonnes chose à prendre à Saint Pétersbourg, Rostov, Krasnodar, Sotchi, Vladivostok, Kazan…Yalta, en terme de coopération universitaire, scientifique, militaire, économique et culturelle. Il faut diversifier la coopération si nous ne voulons pas que l’OTAN ou la France nous fasse ce qui s’est passé en Lybie et en Côte d’ivoire en 2011.

Sputnik: Beaucoup de gens dans le monde, et l’Afrique ne fait pas exception, regardent avec espoir en direction de la Russie et des BRICS. Partagez-vous cette vision? Si oui, pourquoi?

Simplice Zokohi Zadi: Oui, je suis de ceux qui ont salué la naissance des BRICS. En effet depuis longtemps, le monde est dominé par les élites occidentales qui ont mis les Etats sous l’éteignoir au nom de leurs intérêts impérialistes. Les Occidentaux font la guerre aux pays moins nantis militairement et économiquement mais plus riches en matières premières énergétiques, agricoles et minières. Pour ces richesses, ces pays sont déstabilisés. La naissance des BRICS peut être une chance en ce sens qu’ils peuvent équilibrer économiquement le monde par la mise en place de nouveaux mécanismes de marchés. Il faut de nouvelles politiques de mise à marchés des produits des pays en développement, ainsi qu’une juste répartition et rémunération de ces produits. Les BRICS sont une chance car leur existence permettra à coup sûr de diversifier la coopération commerciale et économique du monde.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20151031/1019209524/afrique-cote-d-ivoire-ouattara-elections.html

Mikhail Gamandiy-Egorov