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La complémentarité sino-russe en Afrique

La Chine et la Russie renforcent leur interaction avec les pays du continent africain. A la différence de ce que certains experts occidentaux auraient pu présager, Pékin comme Moscou, au vu de leur savoir-faire respectif, peuvent beaucoup plus travailler dans un cadre de complémentarité, plutôt que de concurrence.

Le récent plein retour de la Russie sur le continent africain a représenté un véritable casse-tête pour l’establishment occidental – qui déjà mécontent de la puissante présence chinoise sur le continent – se retrouve à devoir faire face à un autre de ses principaux concurrents géopolitiques. Et si certains des représentants de cet establishment avaient espéré voir croitre des contradictions entre la Chine et la Russie, compte tenu du fait que l’Afrique représente l’une des principales orientations de la politique extérieure chinoise et du fait que la présence russe se fait de plus en plus sentir – tout semble indiquer au contraire que les deux grandes puissances non-occidentales soient prêtes à travailler ensemble sur le continent.

L’axe sino-russe dans les affaires internationales se positionne aujourd’hui comme le centre majeur de la promotion et du renforcement du concept multipolaire mondial, ayant en face le bloc atlantiste-occidental – nostalgique de la période unipolaire dans les relations internationales. Cette interaction entre Pékin et Moscou est fortement diversifiée: une solidarité nette depuis plusieurs années au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU, une relation privilégiée et de confiance entre les leaderships des deux pays, qui attachent par ailleurs une importance de premier plan à cette relation, des échanges économico-commerciaux annuels de plus de 100 milliards d’équivalent de dollars, ainsi qu’un partenariat stratégique dans la sphère militaro-technique.

Cela évidemment sans oublier l’interaction des deux pays dans des grandes structures internationales, devenues elles aussi des symboles de première importance du concept multipolaire : l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS. Concrètement en ce qui concerne la stratégie commune des deux pays en Afrique, il faut noter que le mois dernier a été publié un rapport de 66 pages, rédigé conjointement par le Conseil russe des Affaires internationales (RIAC) et l’Institut d’études internationales et stratégiques de l’Université de Pékin (ISS).

Pour en savoir plus sur les principaux éléments de cette stratégie, il est possible de se référer au site Afrique du Futur de Sébastien Périmony, auteur du livre Voir l’Afrique avec les yeux du futur, et par ailleurs membre du bureau Afrique de l’Institut Schiller.

Le principal à retenir, c’est que les experts chinois comme russes convergent sur plusieurs orientations dans la relation qui caractérise leurs pays respectifs avec ceux du continent africain. A savoir le respect de la souveraineté des Etats africains, une interaction multilatérale dans l’objectif de contribuer ensemble au renforcement du concept multipolaire, ainsi que de promouvoir activement la voix de l’Afrique dans les affaires internationales.

En ce qui concerne les domaines d’interaction avec les pays africains, la complémentarité sino-russe touche à de nombreux domaines. Si économiquement et commercialement parlant, l’interaction chinoise avec le continent africain ait déjà atteint 200 milliards d’équivalent de dollars – faisant de la Chine en tant qu’Etat le premier partenaire économico-commercial de l’Afrique, dans le cas de la Russie le chiffre est actuellement autour de 20 milliards, sachant que dans le cas de Moscou la montée en puissance dans l’histoire récente post-soviétique des échanges avec les Etats africains est bien plus récente que dans le cas de Pékin.

La Chine, en qualité de première puissance économique mondiale en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat, investit beaucoup en Afrique, notamment dans les projets industriels et d’infrastructure. Déjà en 2020, Pékin a participé à la construction dans les pays africains de plus de 6000 km de voies ferrées, 6000 km de routes, 20 ports, 80 grandes centrales électriques, 130 installations médicales et hôpitaux, 45 stades et 170 écoles, cela sans même parler des autres bâtiments publics.

La Russie de son côté apporte son savoir-faire unique dans le domaine sécuritaire et dans le partenariat militaro-technique. Le tout à l’heure où de nombreux pays africains font justement face à des défis sécuritaires importants, notamment dans la lutte antiterroriste. Un domaine dans lequel l’Occident non seulement a fait preuve d’un manque flagrant d’efficacité, mais bien souvent a contribué à faire croitre les problèmes existants, y compris à travers des interférences et des pratiques néocoloniales dans les affaires intérieures africaines.

Cette opinion est d’ailleurs partagée aussi bien par Moscou que Pékin. La Russie développe également un intérêt pour l’exportation de ses services et de ses technologies, que ce soit les solutions numériques, mais également son savoir-faire dans la construction de centrales nucléaires, hydroélectriques, sans oublier les technologies liées au secteur pétrolier et gazier, ainsi que le domaine spatial – notamment dans le cadre de lancement des satellites pour le compte des Etats d’Afrique. Par ailleurs, le marché russe s’ouvre de plus en plus pour les exportations en provenance de pratiquement tout le continent.

Les deux pays contribuent également à la formation des cadres africains. En ce sens, l’Etat chinois accueille annuellement environ 50 000 étudiants en provenance du continent, la plaçant parmi les principales destinations pour les étudiants africains. Côté russe et rien que pour l’année 2020 – plus de 10 000 étudiants du continent se sont inscrits dans les établissements russes de l’enseignement supérieur. Un nombre appelé à croitre dans les prochaines années.

L’essentiel à retenir dans la relation de l’Afrique avec la Chine et la Russie, c’est qu’effectivement les domaines de fortes compétences chinoises ne sont pas forcément ceux de la Russie, et ceux de Moscou pas forcément ceux de Pékin. Et même dans le secteur stratégique de l’enseignement, il est aujourd’hui beaucoup plus possible de parler de complémentarité, que de concurrence.

Dans une Afrique en plein développement, mais dont le potentiel véritable n’a toujours pas été atteint en raison des périodes sombres allant de la colonisation jusqu’aux méthodes néocoloniales d’interférence et de déstabilisation courantes, il est plus jamais important de pouvoir unir les efforts conjoints sino-russes afin de soutenir les visions panafricaines de la large partie des peuples de l’Afrique. Le tout dans un esprit gagnant-gagnant.

L’implication de la Chine et de la Russie auprès des partenaires africains, dans un cadre aussi bien bilatéral que multilatéral, pourra à terme apporter deux résultats majeurs: faire de l’Afrique un bloc continental puissant et renforcer plus que jamais le concept multipolaire mondial. Et au vu de la dynamique observée actuellement, y compris malgré les défis existants, ces objectifs sont aujourd’hui pleinement réalisables.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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OCS: le leader chinois mise sur la diplomatie populaire

Le président chinois Xi Jinping souhaite promouvoir la diplomatie non-gouvernementale au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), mettant un accent particulier sur les échanges entre les personnes appartenant aux nations composant la grande structure internationale eurasienne.

Le Forum de l’amitié non-gouvernementale de l’OCS a débuté il y a quelques jours, à Wuhan, sur le thème de la promotion de l’amitié entre les peuples et de la poursuite de l’esprit de Shanghai. A ce titre, le président chinois Xi Jinping avait transmis une lettre de félicitations aux participants dudit événement, comme le rapporte l’agence de presse Xinhua.

«J’ai proposé l’initiative d’organiser un forum de l’amitié non-gouvernementale de l’OCS en novembre dernier, laquelle a reçu une réponse enthousiaste et le soutien de tous les Etats membres de l’Organisation de coopération de Shanghai», a déclaré Xi Jinping. Il s’est dit confiant sur le fait que le forum deviendrait une plate-forme importante permettant à toutes les parties d’améliorer la compréhension mutuelle, d’approfondir l’amitié et de renforcer la coopération.

Le leader chinois a également insisté sur la nécessité de profiter des avantages de la diplomatie non-gouvernementale et d’élargir les canaux d’échanges entre les personnes afin de contribuer au développement de l’OCS.

En termes de perspectives, l’initiative du président chinois est très certainement à saluer car dans le cadre de la grande intégration eurasienne, devenue par ailleurs l’un des principaux centres du concept multipolaire mondial, l’interaction encore plus active des peuples concernés représente sans le moindre doute la condition nécessaire pour un plus grand renforcement de la multipolarité, ainsi qu’une réponse de poids aux défis existants.

En effet et en dehors du cadre purement politique, les peuples d’Eurasie restent liés par une grande similitude d’intérêts. C’est d’ailleurs ce qui traduit la facilité avec laquelle se déroule cette intégration, qui au-delà des décisions politico-économiques, reste à l’écoute des aspirations humaines du grand espace eurasien. Cette réalité est d’ailleurs propre aussi bien à l’Organisation de coopération de Shanghai qu’à l’Union économique eurasiatique (UEEA).

Les exemples ne manquent pas. Observateur Continental avait à ce titre relayé le sondage réalisé l’année dernière en Ouzbékistan, où les ¾ des citoyens ouzbèks déclaraient soutenir l’intégration de leur pays au sein de l’Union économique eurasiatique. Parmi les partisans à cette intégration – aussi bien les jeunes n’ayant pas connu la période soviétique, que les moins jeunes.

Et c’est justement là que l’on arrive à la justesse de l’initiative du leader chinois. Les grands processus en Eurasie se doivent de renforcer les liens entre les peuples appartenant audit espace, mais également rester à l’écoute de leurs aspirations. Le tout au moment où l’interaction eurasienne dans les volets politique, économique, sécuritaire et culturel, entre autres, a atteint un niveau probablement le plus élevé dans l’histoire contemporaine. Et peut-être même dans toute l’histoire de l’Eurasie.

En ce sens, la diplomatie populaire eurasienne répond effectivement à de nombreuses problématiques. Mais plus que cela encore – elle contribue à ne pas répéter les erreurs du passé, à compléter les décisions inter-gouvernementales par une solidarité humaine – et vice-versa, et barrer la route aux tentatives de déstabilisation extérieure.

A titre d’exemple, au début des années 1990, la grande majorité des citoyens de l’URSS refusaient l’idée de la dislocation. Leur voix n’a pour autant pas été entendue – avec toutes les conséquences que l’on connait. Aussi bien sur le plan intérieur pour les peuples concernés, que sur le volet extérieur avec l’apparition de l’ordre unipolaire ayant apporté d’innombrables souffrances et injustices à la planète toute entière.

Depuis les dernières années – cette page est fort heureusement tournée. D’où l’importance de l’initiative chinoise d’accompagner fermement les alliances géopolitiques par l’interaction humaine des peuples.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Malabo et le modèle équato-guinéen. Entretien avec Luc Michel (Partie 2)

Malabo et le modèle équato-guinéen. Entretien avec Luc Michel (Partie 2)

LVdlR : Parlons maintenant de votre visite à Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale. Quelles impressions le pays vous a laissé ? Votre visite a-t-elle confirmé les thèses selon lesquelles la Guinée équatoriale reprendrait le flambeau du panafricanisme, après le décès tragique de Mouammar Kadhafi en Libye ?

Luc Michel : Une grande impression, un pays en pleine émergence et un gigantesque chantier ! La Guinée Equatoriale, qui propose son modèle alternatif de développement et d’émergence, est le nouveau centre du Panafricanisme et son président Obiang Nguema Mbasogo l’héritier de Mouammar Kadhafi. Je le confirme. Le pays et son président ont les capacités à reprendre le flambeau du panafricanisme, après la chute de la Jamahiriya libyenne.

On connaît mal la Guinée équatoriale, pays important dans l’Afrique de l’Ouest, « nouvel eldorado pétrolier » qui entend incarner aujourd’hui un nouveau modèle de développement pour l’Afrique. Dans une Afrique qui va mal, où les interventions et les manipulations occidentales déstabilisent le continent – Libye, Mali, Côte d’Ivoire, Centrafrique, sans oublier le « laboratoire » somalien -, la Guinée Equatoriale est un contre-exemple de stabilité. Depuis 2011, un processus de reconstruction de l’Etat et de développement de la vie démocratique de la République est en marche. Derrière toutes ces réalisations, dont a témoigné le sommet de Malabo et sa parfaite organisation, il y a une Afrique qui gagne : celle du modèle équato-guinéen. Et l’homme qui l’a construit : le président Obiang Nguema Mbasogo.

Je souligne que la Guinée Equatoriale est un Etat en reconstruction, où un processus élaboré de développement de la vie démocratique de la république est en cours. Dans un livre très dur pour le gouvernement, Samuel Denantes Teulade évoquait déjà en 2009 à propos de Malabo la possibilité d’« un nouveau modèle de développement pour l’Afrique ». Le président Obiang Nguema, qui définit son pays comme « un état social et de droit », développe aujourd’hui incontestablement une vision pour son pays. Ce qui lui vaut inévitablement la haine des régimes occidentaux. La Guinée Equatoriale et son président sont l’objet de la haine permanente de l’Occident, France en tête, car Obiang Nguema gêne les restes de la Françafrique, repliée sous la protection de l’Africom et de l’OTAN. Et l’empire néocolonial du Franc CFA. Campagnes de dénigrement, manœuvres de déstabilisation. Une haine qui rappelle celle qui entourait la Jamahiriya libyenne de feu Kadhafi !

LVdlR : Quels sont les aspects de la politique équato-guinéenne à mettre en avant ? Aussi bien sur le plan des politiques intérieure qu’extérieure, ainsi que dans le domaine économique.

Luc Michel : J’ai produit deux émissions spéciales avec EODE-TV et AFRIQUE MEDIA sur le modèle équato-guinéen. J’y ai diffusé des extraits d’un film-choc de nos excellents confrères de la TV de Guinée Equatoriale intitulé « Sur le chemin de l’émergence ». On connaît hélas trop bien cette Afrique dévalorisée, où tout va mal, des médias occidentaux … Voici l’Afrique qui gagne ! Un film décoiffant, avec des images que l’Occident dissimule totalement, de la RTVGE. Celle de la réussite du modèle guinéo-équatorien. D’un gigantesque chantier où l’argent du pétrole sert le peuple et ouvre la voie de l’émergence.

L’œuvre d’un homme au service de son peuple, le Président Obiang Nguema Mbasogo, l’alternative équato-guinéenne, qui sert de référence déjà notamment à son voisin camerounais. Mais la Guinée Equatoriale ce n’est pas uniquement Malabo, Sipopo ou Bata. Partout le pays émerge. Nous avons été sur les routes, au cœur du pays, dans les villages et la forêt équatoriale. Partout c’est aussi le spectacle de l’émergence : routes modernes, infrastructures, services, logements sociaux…

Comment ce modèle fonctionne-t-il économiquement et socialement ? Par une économie dirigée, par l’argent du pétrole mis au service du développement national, par un Etat social, appuyé notamment sur une politique de grands travaux (infrastructures, logements sociaux…). Obiang Nguema Mbasogo, c’est aussi le combat pour le panafricanisme, le refus des ingérences occidentales, la défense de Kadhafi et de son héritage panafricain …

LVdlR : Vous avez écrit que le président Obiang Nguema Mbasogo rejoignait vos préoccupations géopolitiques et votre vision d’un monde futur plus juste ?

Luc Michel : Les positions du président de Guinée Equatoriale rejoignent en effet mes préoccupations. Je vois le processus d’unification de l’Europe et de l’Afrique comme deux voies similaires, qui doivent se réaliser en symbiose. Cela signifie pas d’intervention occidentale en Afrique et un vrai respect pour les Etats africains. Cela signifie aussi que la Méditerranée doit devenir un pont entre les deux continents et non une frontière, comme la conçoivent l’UE et l’OTAN. Cette vision de la Méditerranée, que nous avons été les premiers à développer au début des Années 90, comme un pont, était précisément celle de la Jamahiriya libyenne. Dans les Années 2000-2010, cette vision était aussi largement acceptée et partagée par tous les grands acteurs des unions européenne et africaine. Et agaçait énormément la diplomatie américaine. Mais la guerre en Libye marque le grand retournement : destruction de la Jamahiriya, retour aux agressions et expéditions militaires occidentales en Afrique, étouffement des idées panafricaines.

Tout cela va à l’encontre de ma vision d’un monde multipolaire constitué de grand Blocs géopolitiques. Le rôle central joué par le dialogue des cultures est bien oublié et nous assistons au retour en Méditerranée et en Afrique des thèses belligènes du « choc des civilisations ». Le retour des thèses panafricaines à Malabo, la défense de l’héritage de Kadhafi, que j’assume moi aussi, est donc pour moi un signe positif qui va dans l’autre sens.

LVdlR : Vous avez mentionné récemment « l’Axe Moscou-Téhéran-Malabo ». De quoi s’agit-il ?

Luc Michel : Je vais essayer de vous résumer ce nouveau concept géopolitique, révolutionnaire, – « L’Axe Eurasie-Afrique » -, que j’ai inventé il y a un an maintenant et qui émerge au niveau des panafricanistes. Car il a été conçu au départ pour l’Afrique. Ce sont des positions géopolitiques novatrices. L’alternative géopolitique du futur, « l’Axe Eurasie-Afrique », est centré sur le triangle Moscou-Malabo-Téhéran et basé sur les concepts « dimension – puissance – indépendance » et des « blocs continentaux autocentrés ».

L’Axe Eurasie-Afrique doit s’appuyer sur les pivots que sont ces trois capitales : Moscou, Malabo et Téhéran. En 2050, il y aura certainement un gros bloc nord-américain qui englobera le Canada et le Mexique, peut-être plus loin encore, et à côté de ça, une grande puissance chinoise avec certainement entre 1,5 et 2 milliards d’habitants. La dimension, c’est aussi la population. Face à ça, comment rester acteurs de l’histoire ? Il faut un bloc géopolitique qui puisse faire le contrepoids. Ce n’est pas l’Afrique seule, pas même l’Eurasie, qui le fera, c’est l’axe Eurasie-Afrique. Un bloc continental ayant pour pivots trois capitales : Moscou, Malabo – Pourquoi Malabo ? Parce qu’il n’y a qu’ici qu’on essaie de renouveler la pensée panafricaniste dans la ligne du colonel Kadhafi – et Téhéran, puisque l’Iran est la grande puissance qui émerge au Moyen-Orient en ce moment. Ce doit être un bloc égalitaire, avec des relations égalitaires entre l’Afrique et l’Eurasie. Si nous ne faisons pas cela, nous ne serons plus des acteurs de l’histoire…

LVdlR : Pourriez-vous nous dire aussi quelques mots sur la genèse de ce concept ? Vous dirigez en Europe un parti, le PCN, d’orientation eurasienne. Et on vous voit aussi émerger rapidement depuis deux ans comme théoricien et activiste panafricaniste. Est-ce la synthèse géopolitique et idéologique de ces deux dimensions de votre action ?

Luc Michel : J’ai de nombreuses vies politiques. Simultanées. Et je suis un internationaliste convaincu, un transnationaliste pour être plus précis.

L’une de mes vies est ce que la presse belge (hostile) appelle la « diplomatie parallèle » avec notre Ong EODE. Qui a une grande partie de ses activités depuis 2009 en Afrique, avec sa Branche EODE-AFRICA, dont l’administrateur, le Camerounais Gilbert Nkamto, est le n°2 d’EODE.

Une autre se développe depuis plus de 40 ans en Europe et s’est structurée autour d’un parti, le PCN, et d’une idée-force « la Grande-Europe de Vladivostok à Reykjavik ». En 1986, ma revue Conscience européenne – j’animais alors avec Jean Thiriart l’Ecole « euro-soviétique » de géopolitique (devenue aujourd’hui l’Ecole géopolitique de la « Grande-Europe ») – dans son n°9 consacré aux « théories géopolitiques des grands espaces » redécouvrait et réinventait l’Eurasisme. Huit ans avant que suite au voyage de Thiriart à Moscou en 1992, Ziouganov (le leader du Parti communiste russe, avec son Eurasisme de gauche, devenu celui de Poutine) et Douguine (Néo-Eurasisme de droite) adoptent cette idée réinventée à Bruxelles. Il y a huit ans, j’annonçais la naissance d’une « Seconde Europe » géopolitique, eurasiatique, autour de Moscou. Et annonçait le choc idéologique, politique et économique de Bruxelles et Moscou. Celui dont les événements présents de Kiev sont la manifestation la plus brutale …

Mais j’ai aussi une troisième vie.

Je suis à l’origine un « paneuropéiste », j’ai été initié au panafricanisme par le colonel Kadhafi. J’ai exercé des responsabilités sous la Jamahiriya (dès 1997) au sein des Comités Révolutionnaires libyens, dont je dirigeais le réseau paneuropéen (le MEDD-MCR qui s’est maintenu après 2011 et travaille toujours). Et depuis deux à trois ans, j’essaie d’avoir un rôle moteur dans la renaissance d’un nouveau panafricanisme. Je considère que l’Afrique est un des territoires-clé géopolitique du futur. C’est ici que se déroule un des grands affrontements qui devra déterminer le sort du monde. Et je pense que, même sans être d’origine africaine, on peut défendre le panafricanisme, il y a eu de grandes figures : Che Guevara qui n’était pas Africain et qui est venu se battre au Congo en 1965, ou des gens comme Nasser et Kadhafi, qui à l’origine sont des Arabes ou des panarabistes, qui ont été attirés comme moi par le sort du Continent noir. Kadhafi pensait en terme de géopolitique des continents. Il voulait une Afrique unie, et j’ajouterais, puisque je suis sur cette même ligne, pensait que le Panafricanisme et le Paneuropéisme doivent s’unir pour se dégager de la domination étasunienne. La Méditerranée doit redevenir le point de rencontre, la mer commune, la « Mare nostrum » des Romains.

On doit comprendre quelque chose, ce qu’on appelle actuellement l’Occident, c’est le bloc américain. Et dans ce bloc l’UE est la plus grande des colonies étasuniennes depuis 1945. Qu’est-ce qui fait la puissance américaine depuis 1945 ? C’est le contrôle de la seconde économie la plus puissante au monde qui est l’économie de l’Europe occidentale. Qu’est-ce qui permet aux Américains d’être une superpuissance ? C’est non seulement la puissance nord-américaine elle-même, mais (aussi) le contrôle de la puissance de l’Union européenne. Si voulez, pour prendre (l’exemple d’) un corps humain, l’Union européenne est le deuxième poumon des Américains. Cela s’exprime depuis 1944 au travers d’un système de domination coloniale en Europe. Il faut comprendre qu’en 1945 l’Europe est passée du statut de puissance coloniale au statut de colonie, c’est une colonie américaine. Ma position est assez simple, je ne me définis pas comme Occidental, je me définis comme un Européen et comme un décolonisateur et quelqu’un qui combat le colonialisme. En Europe, en Eurasie et en Afrique !

LVdlR : Merci d’avoir répondu à nos questions !

Luc Michel : C’est toujours un plaisir. La Voix de la Russie m’est chère et je m’y exprime souvent. Nous menons le même combat. Et j’apprécie votre orientation, la compréhension de l’importance de l’Afrique dans le combat pour la liberté du monde.

http://french.ruvr.ru/2014_07_25/Malabo-et-le-modele-equato-guineen-Entretien-avec-Luc-Michel-Partie-2-1289/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Damas et la résistance de la Syrie Ba’athiste. Entretien avec Luc Michel (Partie 1)

Damas et la résistance de la Syrie Ba’athiste. Entretien avec Luc Michel (Partie 1)

Aujourd’hui, nous nous entretenons de nouveau et depuis Bruxelles avec Luc Michel, grand spécialiste de la géopolitique et notamment de la Libye, qui revient de voyages à Damas, où il a été l’organisateur d’une mission d’observation aux élections présidentielles syriennes, ainsi que de Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale, où il était l’invité vedette de quatre grandes émissions spéciales de la RTVGE(télévision d’Etat équato-guinéenne).

La Voix de la Russie : Luc Michel, bonjour de nouveau ! Vous revenez de Syrie et de Guinée équatoriale. Pourriez-vous nous parler de vos missions dans ces deux pays ?

Luc Michel : Je suis allé en Syrie et au Liban du 1er au 13 juin avec une mission d’EODE, notre Ong « Eurasian Observatory for Democracy and Elections », pour le monitoring de l’élection présidentielle en Syrie. Mais j’étais aussi là-bas avec une équipe vidéo d’EODE-TVpour réaliser en partenariat avec AFRIQUE MEDIA TV une série de reportages et d’interviews sur la situation en Syrie, telle qu’elle est réellement et pour démonter les médiamensonges des journalistes occidentaux. J’ai notamment réalisé deux entretiens avec le président (speaker) du Parlement syrien et l’Ambassadeur de Syrie au Liban.

J’ai en effet démarré un nouveau secteur d’activités – une vie de plus – dans le domaine de la Télévision. Avec nos deux structures EODE-TV et PCN-TV et en partenariat avec AFRIQUE MEDIA TV, la plus grande des télévisions panafricaines. En particulier, je produis maintenant des émissions TV.

Je suis allé aussi à Malabo, Guinée Equatoriale, du 23 au 30 juin 2014, pour le XXIIIe Sommet de l’Union Africaine, avec deux équipes de Télévision – AFRIQUE MEDIA TV et EODE-TV. Occasion aussi de contacts et de rencontres de haut niveau pour développer mes réseaux panafricains. A l’invitation de la RTVGE, la TV d’Etat équato-guinéenne. J’ai aussi réalisé une série de reportages et d’analyses exclusives.

Je défends l’héritage de la Jamahiriya et je suis aussi un leader panafricaniste de plus en plus suivi sur tout le continent noir. J’ai été par ailleurs l’invité de 4 émissions spéciales – « Especial XXIII Cumbre de la Union Africa, 2014. Luces y Sombras de la Union Africana » – de la télévision d’Etat, la RTVGE, où j’ai pu développer mes positions géopolitiques devant un public enthousiaste. Le principal mensuel guinéo-équatorien, La Semenia de Guinea Ecuatorial, a également mentionné mes thèses en éditorial.

LVdlR : Parlons d’abord de la Syrie. Quelle est la situation qui prévaut à Damas et dans le reste du pays d’après ce que vous avez pu voir ?

Luc Michel : La situation à Damas et en Syrie, alors que Bachar Al-Assad vient de gagner le pari de la présidentielle contre les manouvres des Occidentaux, est bien différente de l’image que donnent les médias occidentaux de la réalité syrienne Il y a une guerre médiatique pugnace et vicieuse contre Damas. Les occidentaux, et singulièrement les politiciens de l’Union Européenne, n’ont que les mots de « tolérance et multiculturalité » à la bouche. Mais ils veulent détruire ce même modèle de société ouverte en Syrie ba’athiste, qui en est le modèle. La Syrie ba’athiste est une société ouverte, un Etat multi-religieux, multiculturel et pluriethnique. Où est née notre civilisation …

Il y a une grande symbiose entre l’Etat syrien, le peuple syrien et l’Armée arabe syrienne. Comme l’ont révélé les images chocs de la méga-fête des partisans du président Assad à Damas le 4 juin au soir. Cette symbiose est la clé de la résistance efficace du président Assad à l’agression impérialiste

LVdlR : Le fait que les terroristes wahhabites, notamment de l’EIIL, se concentrent désormais majoritairement sur l’Irak voisin, signifie que les forces de l’Armée arabe syrienne aient libéré en grande majorité le pays ? Ou des foyers sérieux de tension subsistent ?

Luc Michel : Les élections se sont déroulées dans toutes les grandes villes syriennes, à l’exception de Raqa, ville martyre entièrement tenue par les djihadistes ultra-radicaux de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), où la population vit un long calvaire. Le scrutin a été organisé dans 50 % du territoire, où vivent 70 % de la population. Les différentes factions islamistes et celles de la pseudo ASL contrôlent, outre Raqa, les zones désertiques du nord-est vers la Jordanie et l’Irak, précisément. Homs et Alep sont en cours de nettoyage complet. Après que l’ait été le Rif de Damas et les villes de la frontière libanaise, al-Qusseir et Qalamoun.Mais la Syrie, en dehors de Damas, où la vie est normale, est un pays détruit, qui attend sa reconstruction.

LVdlR : Comment avez-vous vécu les élections présidentielles en Syrie ? Et quelles sont les perspectives du pays pour les prochaines années à venir ?

L’élection, à Damas où notre mission était déployée, s’est faite dans le calme et la bonne organisation. Mais ensuite ce furent des heures extraordinaires, avec une fête de rues de toute la population toute la soirée et la nuit des 4-5 juin.

Le président syrien Bachar al-Assad, qui a remporté la présidentielle du 3 juin, est convaincu d’avoir sauvé sa Syrie ba’athiste face à une rébellion et à des pays occidentaux comme arabes – qui ont organisé et financé cette même rébellion – exigeant son départ. Il est persuadé que malgré la houle, il est le seul chef d’Etat arabe à être resté à la barre et il a voulu montrer en organisant ce scrutin en temps et en heure (son mandat se terminait en juillet) qu’il est le garant des institutions que ses adversaires veulent détruire. Face à une révolte organisée par les Occidentaux en mars 2011 dans le sillage du scénario US dit du « Printemps arabe », celui qui était un « moderniste » a du mener une guerre épuisante sur tous les fronts. Au fil de cette révolte qui s’est complètement militarisée, et qui a aussi débouché sur un terrorisme sanglant importé de l’étranger, faisant plus 162.000 morts, son caractère fort s’est affirmé. Secrétaire-général du Ba’ath, le Parti de la renaissance arabe, il voit la révolte comme un complot ourdi par l’Occident et les pays du Golfe pour briser la « chaîne de la résistance » contre Israël, dont il est l’un des maillons essentiels.

Il est clair qu’il a consolidé sa position et que ces élections ont eu lieu pour démontrer qu’il tient bien les régions sous son contrôle. Bachar voulait prouver qu’il est l’alternative politique et qu’il est capable de rétablir l’ordre et la légalité. Et il a gagné son pari. Cette élection, théoriquement la première depuis plus d’un demi-siècle, a été qualifiée de « farce » par l’opposition et l’Occident – les mêmes qui ont avalisé la comédie des élections afghanes et libyennes, et le théâtre électoral de Kiev -, et critiquée par le secrétaire général de l’ONU, dont on connaît le tropisme occidental.

LVdlR : Il y a eu aussi un tournant au niveau des réfugiés syriens, qui ont fui la guerre, et qui se comptent par millions ?

Luc Michel : Effectivement ! Les réfugiés syriens étaient censés être des anti-Assad pour les Occidentaux. Alors qu’ils ont fui la guerre et pas le gouvernement Assad. Dans de nombreux pays, ils sont venus massivement voter Assad, sans contrainte évidemment. Devant cette gifle annoncée aux Occidentaux, la France, l’Allemagne et la Belgique, mais aussi la Tunisie, ont interdit le vote dans leur pays, paniquant devant ce qui était incontestablement un plébiscite pour Assad.

Ainsi, Beyrouth a vécu au rythme de l’élection présidentielle syrienne le mercredi 28 mai, journée consacrée au vote des Syriens installés à l’étranger. Dans un phénomène – inattendu dit la presse libanaise -, des milliers de ressortissants syriens ont afflué vers l’ambassade de leur pays, à Yarzé, au sud-est de la capitale libanaise, provoquant un embouteillage monstre, qui a totalement bloqué la circulation (selon RFI).

LVdlR : Est-ce la situation militaire où Assad semble l’emporter qui a permis ce tournant politique ?

Luc MICHEL : Ce scrutin, dénoncé par l’Occident et des pays arabes qui organisent directement la guerre en Syrie, mais appuyé par Moscou et Téhéran, alliés indéfectibles de Damas, a eu lieu effectivement dans une situation militaire plutôt favorable à Damas. Le pouvoir peut aussi se féliciter de la guerre intestine sanglante opposant dans certaines régions l’EIIL au Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, ex-alliés dans le combat auprès de la rébellion syrienne.

Sans oublier la rupture intervenue entre ASL et djihadistes (alors alliés) et les forces d’auto-défense kurdes du PYD dès avril 2013. Et celle entre ASL et djihadistes radicaux. Le président syrien a démontré que cette consultation arrivait au bon moment, en expliquant qu’il y a « un tournant dans la crise au niveau militaire ainsi qu’au niveau politique », avec notamment des accords sécuritaires ponctuels entre rebelles non-djihadistes et l’armée.

LVdlR : Derrière la victoire et la résistance d’Assad, vous avez dit qu’il y avait la solidité des “alliances géopolitiques traditionnelles” de la Syrie ba’athiste ?

Luc MICHEL : Oui, c’est la clé de la solidité de la Syrie ba’athiste. Bachar al-Assad a suivi les traces de son père. Il s’est appuyé sur les alliances nouées par le général Hafez avec la Russie (alors l’URSS) dès les années 1970, avec l’Iran dans les années 1980, et avec le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah. Aujourd’hui, il récolte les fruits de ces alliances.

 Suite dans la seconde partie de l’entretien

http://french.ruvr.ru/2014_07_24/Damas-et-la-resistance-de-la-Syrie-Ba-athiste-Entretien-avec-Luc-Michel-Partie-1-1550/

Mikhail Gamandiy-Egorov