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L’Otan s’engage officiellement contre la Chine

Pour l’Otan, la Chine représente désormais un «défi systémique pour l’ordre mondial». Faisant vraisemblablement référence à l’ordre unipolaire totalement dépassé par les événements en cours dans le cadre de la multipolarité. Pékin dénonce de son côté une mentalité de guerre froide du côté occidental.

La déclaration adoptée lundi dernier à Bruxelles – au siège de l’organisation otanesque – place la Chine comme rivale du bloc atlantiste, juste après la Russie.

Cette nouvelle approche, qui faut le dire, allait forcément arriver à un moment ou un autre, tant le concept multipolaire mondial continue de monter en puissance, et que des pays comme la Russie et la Chine y jouent un rôle clé et de plus en plus coordonné – et tant l’establishment occidental a du mal à accepter cette réalité – néanmoins cette nouvelle approche désormais officielle confirme que l’Occident politico-médiatique s’oppose ouvertement au bloc sino-russe, et plus généralement à celui des partisans assumés du monde multipolaire.

Dans leur communiqué de clôture, les dirigeants des pays membres de l’Otan ont donc confirmé que Pékin est leur rival le plus gênant après Moscou, compte tenu « de son arsenal nucléaire en rapide expansion, de l’intensification de sa coopération militaire avec la Russie et de l’augmentation du recours à la désinformation », écrit Politico.

Le point qui mentionne l’intensification de la coopération militaire entre la Chine et la Russie est d’ailleurs très révélateur. En effet, l’alliance sino-russe fait peur à l’Occident. Ou plus exactement à ses élites politiques et médiatiques en perte évidente de vitesse. Cela sans oublier que des grandes puissances régionales – devenant désormais de plus en plus des acteurs importants sur la scène internationale – comme l’Iran, se joignent eux aussi aux efforts de Pékin et de Moscou.

La Chine n’a pas manqué à réagir à la démarche otanesque. Ainsi, la mission chinoise auprès de l’UE a rejeté l’affirmation de l’Otan selon laquelle la Chine représenterait des «défis systémiques», la qualifiant de calomnie visant le développement pacifique de la Chine et de continuation de la mentalité de guerre froide.

Le porte-parole de la mission chinoise a ajouté par ailleurs que la Chine s’attache à une politique de défense de nature défensive et que la poursuite de la modernisation de sa défense et de son armée est justifiée, raisonnable, ouverte et transparente. Le représentant chinois n’a pas manqué d’ailleurs de faire remarquer que les dépenses militaires totales de l’Otan équivalent à plus de la moitié des dépenses militaires mondiales et restent 5,6 fois supérieures à celles de la Chine.

Au-delà des dépenses, l’implantation des bases militaires occidentales a également été pointée du doigt par la mission diplomatique chinoise: «Les populations du monde peuvent voir clairement qui a des bases militaires partout dans le monde et qui montre ses muscles en envoyant des porte-avions partout au niveau mondial».

Maintenant en termes de perspectives, ce positionnement otanesque à l’encontre de la Chine, à l’instar du club du G7 que nous avons déjà abordé précédemment, démontre clairement cette volonté de l’establishment occidental à vouloir contenir la montée en puissance chinoise, et ce dans des domaines variés : allant de l’économie jusqu’aux capacités militaires.

Le souci pour l’Occident, est que désormais la Chine – nommée expressément comme une cible pour les diverses manœuvres pro-unipolaires occidentales – ne tardera certainement pas à prendre des mesures efficaces afin de faire face à ces défis. Ne pas comprendre cette réalité – c’est tout simplement très mal connaitre la Chine et le peuple chinois.

D’autre part, cette initiative étasunienne confirme une autre réalité déjà abordée: celle d’absence d’une quelconque amélioration digne de ce nom dans les relations sino-étasuniennes après le départ de l’administration Trump, comme le laissaient présager certains analystes occidentaux.

Et à l’heure d’une Eurasie qui a pris toutes ses responsabilités en qualité de force motrice et promotrice de l’ordre multipolaire, notamment dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) – que l’Occident politique ne soit guère surpris de la suite des événements. Une chose demeure certaine : il n’y aura pas de quelconque retour à l’ordre unipolaire auquel continuent de faire référence les plus radicaux des représentants occidentaux. Bien qu’ils comprennent parfaitement qu’un tel retour est simplement impossible dans les circonstances actuelles du monde contemporain. Ce diktat washingtonien si souhaité par les révisionnistes à Washington n’a aucune chance d’être ravivé, même à travers un massage cardiaque intense.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2839

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Donnant-donnant: la Russie se retire du traité Ciel ouvert

Après le retrait unilatéral des Etats-Unis du traité international Ciel ouvert, la Russie a à son tour annoncé le 15 janvier dernier sa décision de se retirer dudit accord. Une réaction attendue et comprise par les alliés de Moscou. Une chose est néanmoins certaine – le niveau de confiance entre la Russie et l’Occident est au point mort.

Les Etats-Unis ont officiellement quitté le traité international Ciel ouvert le 22 novembre 2020, sous l’administration Trump. Ledit traité, signé par 35 Etats et entré en vigueur en janvier 2002, avait mis en place un programme de vols de surveillance non armés sur la totalité du territoire des Etats signataires – visant ainsi à renforcer la compréhension et la confiance mutuelle entre ses participants, notamment dans le cadre de la collecte d’informations au sujet des forces militaires et des activités qui y sont liées.

Signé initialement dans la capitale finlandaise Helsinki le 24 mars 1992 – à une époque où nombreux se trouvaient encore dans l’euphorie d’une prétendue fin de la guerre froide et d’autres avaient l’espoir d’une nouvelle page relationnelle entre l’Occident et la Russie. Cet optimisme fut évidemment rapidement dissipé lorsqu’en lieu et place d’un dialogue honnête, l’Occident politique – USA à sa tête – avait commencé les atrocités liées au concept unipolaire du nouvel ordre mondial. Plusieurs pays souverains en paieront les frais. Parmi les premières fut la Yougoslavie.

L’Otan quant à elle, ayant pourtant donné des promesses non-réalisées au dernier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, notamment de ne pas aller à l’élargissement vers l’Est – fera tout le contraire – pour se retrouver un jour tout simplement aux portes des frontières russes. Evidemment et tant qu’en Russie se trouvait en place un pouvoir libéral pro-occidental, cela paraissait «bon enfant». Après tout pourquoi y voir un quelconque danger? Mais il a suffi que la Russie reprenne sa place au sein du concert des nations pour que cette présence devienne la source de multiples provocations. Et que l’implantation otanesque le long des frontières russes prenne une forme bien moins «amicale».

Les événements observés au cours des vingt dernières années ont confirmé une réalité simple : le monde avait indéniablement besoin de contrepoids. Dans le but de pouvoir bloquer lorsque cela est nécessaire les appétits néocoloniaux d’une minorité à l’échelle planétaire. Avec comme résultat une animosité sans précédent à l’heure actuelle, entre les Etats partisans du concept multipolaire du monde – devenu réalité, d’un côté, et les nostalgiques de l’unipolarité révolue de l’autre.

Mais malgré la nouvelle phase des tensions sans précédent entre l’Occident politique et la Russie, que nombre d’analystes appellent la Guerre froide 2.0, Moscou continuait à maintenir ses engagements dans le cadre des accords signés. Notamment celui du traité Ciel ouvert.

Plus que cela, après le retrait unilatéral de Washington du traité, ce dernier espérant faire de Moscou le dindon de la farce, les autorités russes avaient maintenu un dialogue sur le sujet avec les partenaires européens, également signataires et alliés des USA dans le cadre otanesque. Espérant obtenir des garanties sur la non-transmission des informations de la part des élites européennes – en vain. Pour autant, il serait fortement naïf que de croire que les Européens n’auraient pas partagé les informations recueillies sur la Russie avec leur maitre étasunien, d’autant plus que selon nombre de sources Washington aurait déjà mis en place un mécanisme lui permettant de collecter les informations sur la Russie, à travers des vols de reconnaissance effectués par les pays européens signataires du traité et alliés des Etats-Unis.

La Russie a donc pris ses responsabilités relatives à sa sécurité en annonçant à son tour les procédures de retrait du traité Ciel ouvert. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé le 27 janvier dernier le porte-parole du président russe Dmitri Peskov: «Le président Poutine avait souligné qu’après la décision de retrait des Etats-Unis du traité Ciel ouvert, la Russie continuait à chercher des moyens, une opportunité pour rester dans cet accord. Cependant, ces recherches n’ont donné aucun résultat et les négociations avec les Européens n’ont apporté aucun résultat positif. A partir de cela, la Russie a pris sa décision».

En d’autres termes – la Russie ne pourra plus réaliser de vols de surveillance coordonnés dans le cadre dudit traité au-dessus des USA, ni des pays européens signataires. Le fait est que ni Washington, ni ses alliés européens, ne pourront faire de même vis-à-vis de la Russie. Logique simple et réponse adéquate. Si certains pensaient que mettant à profit des sous-traitants, le résultat espéré pouvait être maintenu, ils se sont vraisemblablement trompés de calculs.

Du côté de la Chine, la décision russe a été soutenue. Ainsi, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a noté que le retrait de la Russie du traité Ciel ouvert était inévitable en raison de la position étasunienne sur cette question.

En conclusion, Washington, une fois de plus dans un style de poker raté n’a pas eu gain de cause. Mais en parlant du dindon de la farce, ne serait-ce pas la caractéristique, une fois de plus, des élites européistes? A force de vouloir appliquer les prérogatives washingtoniennes, dans un pur rôle de sous-traitants, il est logique de se retrouver en qualité de perdants d’une stratégie qu’ils ne maitrisent simplement pas. Et sur laquelle ils n’ont aucune influence, si ce n’est que d’en faire l’application.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’histoire méconnue des relations russo-africaines

La bataille d'Adoua. Peinture éthiopienne

Alors que la Russie se fait plus présente en Afrique au plan diplomatique et économique et que les relations russo-africaines retrouvent petit à petit leur lustre d’antan, quelques rappels historiques s’imposent. Petite collection de faits que vous aurez peu de chances de trouver dans les manuels d’histoire occidentaux.

Si pour vous les relations russo-africaines remontent à la Guerre froide, au soutien stratégique et bien souvent décisif de l’URSS dans la lutte pour la libération nationale des peuples d’Afrique contre le colonialisme et le néocolonialisme occidental, révisez vos préjugés. Elles ont en réalité commencé bien avant.

Citons tout d’abord cette formidable histoire du prince africain Abram Hannibal, devenu aristocrate russe et l’un des plus proches amis et conseillers de l’Empereur Pierre Ier, dit le Grand. Abram Hannibal qui n’est autre que l’arrière-grand-père du grand poète russe Alexandre Pouchkine, l’un des principaux symboles de la culture et de la civilisation russe. En Russie d’ailleurs on dit: «Pouchkine —nashe vsio» («Pouchkine est notre tout»). Le tout à une époque où les clichés racistes étaient omniprésents en Occident, à tous les niveaux, à simple titre de comparaison.

Autre histoire largement méconnue, celle du soutien stratégique de l’Empire russe à l’Éthiopie, le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé, notamment durant la Première Guerre italo-éthiopienne (1895-1896). On le voit, l’alliance entre l’URSS et l’Éthiopie socialiste a donc des racines profondes. En effet, l’Empereur russe Nicolas II, par solidarité religieuse et spirituelle —les Éthiopiens étant comme les Russes majoritairement chrétiens orthodoxes-, a accordé un soutien sans faille et décisif afin de stopper le colonialisme italien en terre éthiopienne.

Nikolay Leontiev (en photos ci-dessous), talentueux conseiller militaire russe, jouera un rôle clé dans la formation des soldats éthiopiens pour le compte de l’Empereur d’Éthiopie Menelik II et dans la victoire des forces éthiopiennes face aux forces coloniales italiennes. Il prendra d’ailleurs part, avec plusieurs autres volontaires russes, à la bataille décisive d’Adoua, qui scella le sort de la guerre.

Leontiev à l'Éthiopie

L’Éthiopie garde donc à ce jour le titre de seul pays africain qui a toujours su résister efficacement à la pénétration coloniale occidentale. Et malgré la distance géographique qui sépare les deux nations, la Russie n’a jamais été vraiment loin de l’Éthiopie, que ce soit à l’époque de la Russie tsariste ou soviétique. À la lumière de ces quelques rappels historiques, et en se souvenant aussi des relations URSS-Afrique, il n’est pas étonnant que l’interaction russo-africaine soit appelée à renaître et à retrouver leur niveau d’antan, voire aller plus loin encore. Les peuples africains le souhaitent, la Russie aussi. Aucune raison donc de ne pas passer à la prochaine étape, et ce ne sont pas les forces radicalement opposées à ce plein retour de la Russie sur le continent africain qui y pourront faire quoi que ce soit: le monde n’est plus celui de 1992!

À titre personnel, j’ai eu la chance durant mon enfance et mon adolescence de suivre deux programmes d’études scolaires: français et russe. Et en analysant depuis cette période et à ce jour les différentes interprétations historiques, on arrive à se forger sa propre opinion. Une chose est certaine: plus on étudie l’histoire et plus on découvre le pourquoi du comment de l’actualité. Et notamment les explications des différences d’approche de tels ou tels pays, car au fond peu de choses changent.

Analysez donc l’histoire et forgez-vous votre propre opinion!

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712111034267876-russie-afrique-relations/

Mikhail Gamandiy-Egorov