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Attaques aériennes: quand Israël se casse les dents sur l’os syrien

Un soldat israélien

Israël vient de voir sa supériorité aérienne au Proche-Orient sérieusement écorné. Damas, après avoir éliminé la menace terroriste, ne laisse plus sans réponse les agressions israéliennes et vient d’enregistrer un premier succès en la matière. La fin de l’impunité aérienne de Tel-Aviv est lourde de conséquences pour la région.

L’interception par la chasse syrienne de plusieurs missiles sol-sol israéliens est révélatrice des changements radicaux de rapports de force au Proche et au Moyen-Orient. Cette évolution militaire est en effet sous-tendue par des glissements des lignes de force géostratégiques, ce dont ne se plaindront pas les partisans de la multipolarité.

Pour aborder ce dernier point, relevons tout d’abord une hystérie de plus en plus évidente des dirigeants israéliens. Netanyahou, constatant l’échec de son scénario idéal, à savoir le pourrissement indéfini du conflit syrien, lance des menaces quasi-quotidiennes à Damas et à ses alliés, dont Téhéran. Des menaces parfois suivies de moments de silence, tant la nouvelle réalité semble frapper les responsables de l’État hébreu.

En effet, depuis quelques jours, Israël hausse le ton en affirmant «qu’il ne tolérera pas une quelconque présence iranienne en Syrie». Il oublie par là que la Syrie n’est pas une colonie israélienne, à l’instar de celles dont il dispose pour le moment encore en territoire palestinien. Il néglige aussi le fait que la République syrienne, en qualité d’État souverain, n’a aucunement à valider avec des tiers, qu’ils soient israéliens, américains ou européens, la présence sur son sol de forces alliées russes, iraniennes, ou du Hezbollah libanais.

Tel-Aviv semble de plus surpris que non seulement la Syrie a vaincu les dizaines de milliers de terroristes qui opéraient sur son sol depuis plusieurs années, grâce à l’aide décisive de la Russie et qu’elle ait déjà lancé de vastes chantiers de reconstruction à l’échelle nationale, mais aussi que Damas impose une nouvelle donne en matière de défense de son espace aérien.

Faut-il le rappeler que tout au long de la guerre menée par la Syrie et ses alliés contre le terrorisme international, l’aviation de l’Etat sioniste a mené plusieurs raids contre les positions de l’armée syrienne, sans jamais toucher un quelconque groupe terroriste, y compris Daech ou Al-Qaida? Damas n’a d’ailleurs pas manqué de pointer du doigt la complicité entre Tel-Aviv et lesdits groupes terroristes.

Mais au delà de ces condamnations, force est de constater que la Syrie ne fut en général pas en mesure de défendre convenablement son territoire des frappes israéliennes. De fait, l’armée syrienne était avant tout mobilisée par la lutte antiterroriste et, de l’aveu même du président Assad, plusieurs systèmes de défense aérienne avaient été détruits par les terroristes au début du conflit.

Certaines mauvaises langues n’hésitaient d’ailleurs pas à mettre en doute la capacité de la Russie, alliée de Damas, à faire face à ces attaques aériennes d’Israël, qui passent le plus souvent par l’espace aérien libanais. Seule action visible de Moscou, avoir convoqué l’ambassadeur israélien pour lui exprimer des protestations officielles. Personnellement, je suis assez convaincu que si le Kremlin à tenté —en vain- de convaincre Israël de stopper ses actions hostiles contre la Syrie, la principale raison de la «patience» russe était de rester concentré sur l’élimination des terroristes en Syrie. Mission accomplie, puisque les terroristes ont été éliminés à plus de 95%.

Concernant les raids aériens contre Damas, la Russie avait annoncé son intention de renforcer considérablement la DCA syrienne. Certains ont peut-être cru que ce ne serait que des paroles en l’air et Moscou Russie n’a rien fait pour les détromper. Mais les résultats sont là: avec plusieurs missiles israéliens interceptés, la Syrie a démontré qu’elle était en mesure de contrer les attaques israéliennes. CQFD.

La Russie, en bon allié, ne criera certainement pas sur les toits les raisons d’un tel changement dans les capacités antiaériennes de la République arabe. Cela ne rentre pas dans ses habitudes. Un peu comme au moment des victoires décisives à Alep, Palmyre, Homs ou Deir-ez-Zor, où la Russie avait toujours laissé la palme de la victoire au peuple, à l’armée et au gouvernement syrien.

Néanmoins, une chose est sûre: l’État sioniste ne domine plus l’espace aérien de la région. La pilule sera dure à avaler, mais il faudra s’y faire. Et au lieu de s’y casser les dents, Israël ferait mieux de repenser sa politique en direction de la Syrie, de la Palestine et plus généralement de toute la région. Dans le cas contraire, il risque de faire face à des conséquences qui lui seront très certainement préjudiciables.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712051034191573-israel-syrie-attaques/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Quand l’Iran et la Russie mènent la danse du monde multipolaire

Vladimir Poutine et Ali Khamenei

Énergie, commerce, mais aussi diplomatie internationale, autant de thèmes abordés au Sommet Iran-Russie-Azerbaïdjan qui vient de se clore. Un sommet qui a renforcé sur tous ces sujets le basculement vers un monde multipolaire, et dans lequel les rapports russo-iraniens jouent un rôle clé.

«Nous sommes en mesure de parer les sanctions américaines et d’isoler l’Amérique en renonçant au dollar pour le remplacer par nos devises nationales aussi bien lors de transactions bilatérales que multilatérales». Par ces mots prononcés après sa rencontre avec Vladimir Poutine l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d’Iran, donne la mesure des ambitions du Sommet Iran-Russie-Azerbaïdjan. La promotion d’un monde multipolaire —multilatéral, dit Ali Khamenei-, qui ne ferait plus des États-Unis et du dollar le pivot du monde et de son économie, était en effet le fil conducteur de ce sommet qui s’est clos à Téhéran le premier novembre.

Un défi qui requiert de solides qualités, selon Ali Khamenei: «Poutine est une personnalité forte, c’est justement pour cela qu’il est possible de coopérer avec la Russie sur les questions d’envergure qui demandent de la détermination et de la persévérance en tant que superpuissance. Et on peut coopérer avec elle d’une manière logique».

Cette plateforme, qui s’est tenue pour la première fois en 2016 à Bakou, capitale azérie, a abordé de nombreux thèmes d’intérêt pour L’Iran, La Russie et l’Azerbaïdjan. Citons notamment le projet de corridor de transport international «Nord-Sud», qui est parmi les canaux de transport les plus importants au monde du point de vue économique. Énergie, électricité, coopération pétrolière et gazière étaient eux aussi à la une des discussions.

En effet, ces trois nations sont des puissances déclarées en ressources pétrolières et gazières. Mais ce n’est pas leur seul point commun. Ainsi, l’Azerbaïdjan est un pays musulman laïque, ayant fait partie de l’Empire russe et de l’URSS (liens étroits avec Moscou), turcophone (liens étroits avec Ankara) et dont les 85% des plus de 94% de musulmans du pays sont chiites (similitude évidente avec l’Iran voisin). Ajoutez à cela des liens économico-commerciaux étroits aussi bien avec la Russie, l’Iran et la Turquie et vous commencerez à comprendre le puzzle qui se forme.

Pour en revenir aux relations entre la Russie et l’Iran, soulignons que Moscou et Téhéran ont signé un mémorandum portant sur les livraisons de gaz iranien à destination de l’Inde, projet dans lequel le géant gazier russe Gazprom compte s’engager. À ce titre, Aleksandr Novak, ministre russe de l’Énergie, a affirmé que Gazprom prévoyait de participer à l’extraction du gaz iranien et de construire un gazoduc en Inde d’une longueur de 1.200 kilomètres. Les gisements spécifiques sur le territoire iranien seront déterminés dans le cadre d’étude de faisabilité du projet. L’autre géant russe, le pétrolier Rosneft, prévoit lui aussi d’élargir considérablement sa participation dans des projets en territoire iranien.

L’énergie n’a toutefois pas été le seul point de convergence entre Moscou et Téhéran. Le président iranien Hassan Rohani, qui a discuté en détail avec Vladimir Poutine de la Syrie, a déclaré que «la coopération entre l’Iran et la Russie se poursuivra jusqu’à la victoire complète sur le terrorisme». Il a ajouté «qu’il est très agréable qu’outre leurs relations bilatérales, nos deux pays jouent un rôle important dans la garantie de la paix et de la stabilité dans la région». Hassan Rohani soulignait ainsi que la Russie et l’Iran sont les acteurs clés dans la lutte contre le terrorisme salafiste et dans la résolution du conflit syrien.

Cela s’est traduit par les victoires sur le terrain, où la secte de Daech vit ses dernières heures. Un groupe qui contrôlait plus de 70% du territoire national syrien il y a deux ans de cela, avant que les Forces aérospatiales russes n’interviennent. Le rôle positif de la Russie et de l’Iran dans la région se traduit aussi au niveau diplomatique avec les pourparlers d’Astan, bien plus efficaces, y compris en ce qui concerne l’aspect humanitaire, que ceux de Genève. Des pourparlers auxquels s’est également jointe la Turquie, l’autre puissance eurasienne qui s’éloigne progressivement de son «entourage» atlantiste.

Une situation sur laquelle peu de monde aurait parié en 1992 et même au début des années 2000, tant l’Occident politico-économico-médiatico-militaire paraissait invincible. Tout a changé aujourd’hui. Et les gesticulations des élites atlantistes ne changeront pas grand-chose au processus déjà lancé, dans lequel des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie, la Turquie, l’Inde, plusieurs pays ex-soviétiques d’Asie centrale et tous ceux qui souhaiteront se joindre à eux décideront de la marche à suivre, sans pour autant l’imposer aux autres, y compris à ceux qui préféreront encore jouer les suiveurs de Washington.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711031033731410-iran-russie-azerbaidjan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi Israël ne peut pas être un partenaire de confiance de la Russie?

Benjamín Netanyahu

Nouvelle visite de Netanyahu en Russie est une nouvelle tentative de convaincre le leadership russe de changer de cap géopolitique. Pourquoi probablement en vain ?

Avant de rentrer dans les détails des cartes contemporaines, il est essentielde rappeler brièvement l’historique des relations entre l’URSS et l’État sioniste. Le principal à retenir étant que depuis l’apparition de l’État d’Israël et dans le contexte de la Guerre froide, les relations diplomatiques entre l’État sioniste et l’URSS se remarquaient surtout par leur absence. L’opposition était nette: les USA soutenant Israël (qui est encore leur principal allié à ce jour dans la région et l’un des principaux en général), l’URSS ayant au contraire toujours soutenu la cause des pays arabes opposés à Israël.

Mais les tensions existantes ne se limitaient pas à l’absence des relations diplomatiques. Il est en effet important de rappeler que plusieurs attaques visant des représentations soviétiques à différents endroits du monde et imputées aux extrémistes radicaux sionistes ont eu lieu durant cette période. Les relations diplomatiques n’ont été officiellement rétablies qu’à l’éclatement de l’Union soviétique, avec l’arrivée dans la Russie post-soviétique d’une équipe dirigeante ouvertement libérale et orientée vers l’Occident. Depuis lors tout semblait aller bien dans ces relations bilatérales mais qu’en était-il vraiment? Et surtout qu’en est-il aujourd’hui?

Si la Russie tente de garder un maximum de contacts avec les citoyens israéliens russophones, c’est effectivement dans le cadre du concept de « Monde russe » visant à garder un maximum de liens avec les personnes parlant la langue russe où qu’ils soient, tout en assurant la promotion de la langue et de la culture russes dans divers endroits du monde. Mais politiquement parlant, les relations russo-israéliennes étaient-elles si « appaisées », notamment à partir des années 2000 — période à partir de laquelle la Russie commence, progressivement, à récupérer la place qui lui revient dans l’arène internationale? Pas vraiment. Ne serait-ce que pour la raison que la Russie continue d’insister sur la création d’un État palestinien en bonne et due forme, avec Jérusalem-Est pour capitale. Et les nombreux votes à ce sujet au niveau de l’Organisation des Nations Unies, comme les nombreux rappels de la diplomatie russe à ce sujet ne font que le confirmer. Et même les représentants du lobby pro-israélien basés à Moscou n’ont pas réussi à faire abandonner à la Russie cette position que ce soit au niveau politique ou diplomatique.

Tout s’accélère avec la crise en Syrie, la République arabe syrienne étant un allié de Moscou depuis des dizaines d’années. C’est dans le cadre de cette alliance que la Russie intervient militairement en Syrie à la demande officielle du gouvernement légitime de Damas afin de l’aider à lutter contre les groupes terroristes présents sur son territoire. Israël, de son côté, faisait partie dès le départ de ce conflit de la «coalition» de pays souhaitant faire tomber le président al-Assad (ennemi de longue date de Tel-Aviv), mais aussi faire perdurer le chaos autant que possible. Sachant d’autant plus que la République syrienne a le soutien (en plus de celui de la Russie) de l’Iran et du Hezbollah libanais — ennemis jurés de l’État sioniste.

Pour cela, Israël ne s’est pas seulement limité à une rhétorique hostile à Damas et à un soutien verbal aux terroristes: il l’a confirmé par les faits. En effet, des représentants de plusieurs groupes terroristes ont reçu des soins dans des hôpitaux israéliens, tandis que des armements et des moyens de transport de production israélienne ont été retrouvés au sein de plusieurs groupes terroristes. Enfin, et cela est le comble: l’aviation israélienne a effectué plusieurs frappes en territoire syrien, visant les forces gouvernementales sans jamais (!) s’attaquer à un quelconque groupe terroriste, Daech ou Al-Qaida compris. Évidemment, ces actions ont fait apparaitre au grand jour les tensions existantes entre Moscou et Tel-Aviv.

Et là encore ce n’est pas tout. Alors qu’Israël reste l’allié par excellence de Washington au Proche et au Moyen-Orient (dépassant par la même occasion l’Arabie Saoudite), un rapprochement évident a été observé entre Téhéran et Moscou. Aussi bien en raison d’une vision de facto similaire en ce qui concerne la lutte antiterroriste en Syrie, mais également d’une convergence de points de vue sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux. À ce titre, il ne faut pas oublier qu’au-delà de la lutte armée fructueuse contre le terrorisme en terre syrienne, les deux pays jouent (avec la Turquie) un rôle clé dans l’espace diplomatique en charge de résoudre une bonne fois pour toute la crise syrienne dans le cadre des pourparlers d’Astana. D’ailleurs, là aussi les résultats sont plus qu’encourageants.

Tout cela ne plait pas à Israël, qui ne cache pas son opposition à l’accord de cessez-le-feu en Syrie (qui ne concerne évidemment pas Daech, Al-Qaida et affiliés), ce qui revient à dire que Tel-Aviv souhaite tout simplement la poursuite du bain de sang en territoire syrien. Évidemment, sa peur est motivée par plusieurs facteurs: l’alliance russo-iranienne, le renforcement de l’État syrien qui aura lieu après la victoire totale sur les groupes terroristes et la relance de l’économie (avec le soutien des alliés de la Syrie). Mais aussi par le fait que désormais il y aura face à l’État sioniste un Hezbollah encore plus expérimenté et renforcé par l’expérience unique des combats acquise grâce à la lutte contre les terroristes en territoire syrien (d’autant que la douloureuse expérience de 2006 n’est toujours pas oubliée du côté des responsables à Tel-Aviv).

Plus récemment, un autre dossier a ravivé les tensions russo-israéliennes. L’ambassadeur israélien en Russie, Gary Koren, a été convoqué par le ministère russe des Affaires étrangères, suite à la décision de la Pologne de ne pas autoriser la Russie à participer à la construction d’un musée et d’un lieu commémoratif pour les victimes du camp d’extermination de Sobibor. Décision qu’Israël a soutenu. Voici sur ce sujet le commentaire de Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères: « À titre personnel, je refuse d’accepter la position d’Israël. La décision des autorités israéliennes est inacceptable et cynique. Cette position est à la limite d’une trahison historique ». Trahison historique en effet lorsqu’on connait les sacrifices de l’armée rouge et du peuple soviétique pour anéantir la peste brune nazie. Et lorsqu’on sait ce qui aurait pu advenir du peuple juif sans les sacrifices consentis par l’URSS.

Plusieurs choses sont certaines: Israël reste l’un des principaux alliés des États-Unis — dont la Russie reste un adversaire indiscutable et de premier plan. En outre, il est fermement opposé à l’ère multipolaire qui s’ouvre et dans laquelle il voit clairement un danger pour lui (création tant attendue de l’État de Palestine, évolution des alliances et des réalités régionales). Tout cela pour dire que Netanyahou peut faire autant de visites en Russie qu’il le souhaite, Moscou sait ce qu’il a à faire. Les changements au niveau international ne sauront être stoppés, Tel-Aviv doit en prendre bonne note.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708241032775850-israel-russie-partenaire/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La crise du Qatar et ses enjeux régionaux

Doha, Qatar

Les meilleurs amis d’hier deviennent du jour au lendemain des ennemis. Les principaux sponsors de plusieurs groupes terroristes et grands amis des Etats-Unis s’accusent mutuellement. Que se passe-t-il vraiment entre le Qatar et l’Arabie saoudite ?

La dispute saoudo-qatarie n’en finit pas de faire du bruit. En effet, les principaux donateurs financiers de plusieurs groupes terroristes, opérant notamment en Syrie, et satellites déclarés de la politique étasunienne au Moyen-Orient, en sont arrivés à une crise sans précédent, allant jusqu’à la rupture diplomatique et à un blocus commercial.

Pour beaucoup, l’effet de surprise fut effectivement grand à l’annonce de l’Arabie saoudite et de plusieurs autres pays arabes de rompre les liens diplomatiques avec Doha, l’accusant d’être un soutien du terrorisme et de participer à des déstabilisations diverses. Ainsi, le 5 juin dernier, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l’Egypte ont annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar. Ils seront rapidement rejoints par une partie de la Libye (gouvernement d’al-Beïda contrôlant l’est du pays) et une partie du Yémen (gouvernement de Hadi contrôlant une partie du centre et l’est du pays). Ce ne sera pas tout: les Maldives, la Mauritanie, les Comores ont eux aussi annoncédans la foulée la rupture de leurs relations avec Doha. Le Djibouti et la Jordanie ont abaissé le niveau des relations diplomatiques, tandis que le Sénégal, le Niger et le Tchad ont rappelé leurs ambassadeurs.

Ce faisant, on parle d’une des plus sérieuses crises dans le monde musulman sunnite. Tout en sachant qu’il est très difficile de considérer les Saoudiens comme membres du clergé sunnite, étant wahhabites. Mais ceci est une autre histoire. En outre, la crise entre le clan wahhabite (saoudien) et les Frères musulmans (qatari) est également mentionnée comme l’une des raisons à cette dispute. Parallèlement à ces événements, la Turquie, considérée à juste titre comme l’une des principales puissances du monde musulman sunnite, prend fait et cause pour le Qatar en critiquant ouvertement la ligne menée par les initiateurs de la crise à l’égard de Doha. En outre, la Turquie assure désormais d’importantes livraisons alimentaires à l’émirat qui fait face au blocus des livraisons décidé par Riyad et Abu Dhabi. L’Iran, grande puissance régionale et leader admis du monde musulman chiite, a profité lui aussi de la détérioration « fraternelle » saoudo-qatarie pour offrir son soutien au Qatar, à travers des livraisons alimentaires.

En parlant justement de l’Iran, considéré comme l’une des causes des manœuvres punitives des Saoudiens en direction des Qataris (ces derniers étant accusés de privilégier un rapprochement avec la République islamique), il en sort évidement gagnant et renforcé. Rappelons à ce titre toutes les tentatives, le plus souvent vaines, de Riyad d’isoler Téhéran au sein du monde musulman. Pour autant, non seulement ces tentatives n’ont pas apporté au leadership saoudien (et bien sûr américain) le résultat escompté, mais au contraire le rôle prédominant de l’Iran ne cesse d’augmenter dans les affaires régionales, que ce soit en Syrie, au Yémen ou dans le cadre du processus d’Astana (en coordination avec la Russie et la Turquie). De plus, cette main tendue de Téhéran envers Doha a sérieusement renforcé les sentiments pro-iraniens à l’intérieur même du Qatar.

Du côté de la Russie, la position est plus nuancée. Moscou n’ayant pas pris fait et cause pour l’un des deux groupes de belligérants, en appelant uniquement au dialogue et en maintenant le contact avec toutes les parties du « conflit ». En ce sens, le chef de la diplomatie qatarie s’est même rendu en visite à Moscou il y a quelques jours. La position russe diffère en ce sens considérablement des Etats-Unis, qui vraisemblablement ont donné le feu vert à Riyad pour ses actions anti-qataries, tout en se gardant de prendre des mesures radicales vis-à-vis de Doha — sachant que la plus grande base US du Moyen-Orient se trouve précisément au Qatar.

Dans ce casse-tête évident pour certains, le tableau est grosso modo le suivant. La Turquie confirme qu’elle souhaite jouer sa propre politique, tout en étant un membre clé de l’OTAN (et donc « allié » des USA). L’Iran renforce ses cartes sur la scène régionale en donnant un camouflet supplémentaire à l’Arabie saoudite, et en jouant sur les dissensions entre les alliés d’hier. Enfin, la Russie se positionne clairement comme un médiateur d’envergure globale, confortant ainsi sa position retrouvée en tant que l’une des principales puissances mondiales, dont la politique ne cesse de monter en popularité dans pratiquement tout le monde musulman. Le Moyen-Orient n’étant pas une exception, tout au contraire.

Quant aux accusations lancées par les pays arabes déjà cités en direction du Qatar, qu’y a-t-il de nouveau par rapport à ce que l’on disait déjà ces derniers mois et années? Rien. Oui, le Qatar faisait jusqu’à maintenant partie des principaux sponsors des terroristes à divers endroits, en premier lieu en Syrie. Nous l’avons dit et répété. Mais les Saoudiens sont-ils bien placés pour accuser leurs cousins de terrorisme, sachant qu’ils font clairement partie de la catégorie « supérieure » des sponsors du terrorisme, notamment sur le territoire syrien? C’est évidemment l’hôpital qui se fout de la charité. D’ailleurs, l’un des rares pays de cette « coalition » anti-qatarie qui a une réelle légitimité à accuser Doha de soutien au terrorisme, c’est bel et bien l’Egypte, clairement visé par le danger takfiriste, notamment sa minorité chrétienne. Et compte tenu des relations positives entre les leaderships russe et égyptien, et une approche beaucoup plus responsable envers le conflit syrien de la part du Caire, il est clair que la Russie n’a pas vraiment intérêt à prendre position en faveur du Qatar. Parallèlement à cela, il est également clair qu’il n’y a absolument aucune raison de prendre position en faveur de l’Etat wahhabite — l’un des principaux satellites étasuniens, l’un des principaux sponsors des groupes terroristes en Syrie, fermement opposé à Assad et à l’Iran (alliés de la Russie).

Ce qui signifie une chose relativement simple. La Russie va devoir poursuivre ses efforts diplomatiques et ses manœuvres afin de maintenir un équilibre dans cette équation (ce que la Russie sait bien faire), tout en pensant évidemment à ses intérêts nationaux, et à ceux de ses alliés. Tout dépendra maintenant aussi de la nouvelle approche qatarie (si elle a lieu). Notamment en direction de la Syrie. Si Doha cesse son soutien massif aux groupes djihadistes en Syrie, ce sera indéniablement un pas fortement positif, en premier lieu pour la Syrie elle-même. Et si cela devait arriver, on pourrait alors entrevoir un rapprochement. D’autre part, le fait que l’Iran renforce ses positions sur la scène régionale ne peut qu’être salué, y compris dans ce dossier. C’est d’ailleurs l’une des raisons de l’inquiétude qui règne à Riyad, Abu Dhabi et évidemment Washington. A ce titre, le leadership saoudien commence déjà à atténuer sa rhétorique anti-qatarie en parlant même de l’éventualité de lever le blocus. Les cousins feront-ils alors la « paix » sous la pression de Washington? Ou la crise montera-t-elle d’un cran? Il conviendra de suivre la situation. Une chose est néanmoins certaine: cette dissension saoudo-qatarie renforce l’axe de la résistance. Et last but not least, l’une des raisons principales de cette dispute Riyad-Doha est évidemment à rechercher dans les victoires de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés sur le théâtre syrien. Et quand on a déversé des sommes colossales pour réaliser un scénario écrit (faire tomber Assad) et qu’il tombe à l’eau, il arrive souvent que des accusations réciproques entredéchirent une « famille ». Surtout que le grand maître, j’ai nommé les Etats-Unis, est loin d’être ravi de la situation lui aussi. A suivre donc…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706151031851854-qatar-crise-enjeux/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pendant qu’Astana s’impose, l’Occident regarde passer le train

Astana

Si à la chute de l’URSS et à l’apparition du système unipolaire, il paraissait impossible de résoudre une crise internationale majeure sans l’intervention… ou l’interférence , des élites occidentales, en premier lieu étasuniennes, cette approche est révolue. C’est ce que nous enseigne le succès d’Astana.

Beaucoup de regards étaient une fois de plus fixés sur la nouvelle rencontre d’Astana. Et si la presse mainstream, y compris francophone, s’est fait un malin plaisir à prédire un échec avant même le début du nouveau round des pourparlers, il a été extrêmement intéressant d’observer l’accalmie, pour ne dire le silence total de la plupart d’entre eux à l’annonce de la signature dans la capitale kazakhe de l’accord sur les zones de désescalade. Un projet voulu par la Russie et qui a été soutenu par les deux autres pays-garants des accords d’Astana, à savoir la Turquie et l’Iran.

La délégation gouvernementale syrienne a elle aussi soutenu l’initiative. Du côté des groupes armés soutenus par la Turquie, l’accueil fut plus mitigé. Selon les témoins sur place, certains « opposants » ont même exprimé leur désaccord par des cris au moment de la cérémonie de signature dudit accord. Mais ils étaient clairement en infériorité et les trois pays-garants ont bel et bien apposé leurs signatures.

Le côté occidental, au niveau politique et diplomatique, souffle le chaud et le froid. Certains saluent l’accord avec réserve, d’autres disent « attendre plus d’informations », d’autres jouent les « méfiants », d’autres encore préfèrent simplement se taire, à l’instar de leurs collègues du mainstream médiatique. Ce qui sans doute les gêne, c’est qu’il s’agit d’une nouvelle victoire de la multipolarité.

Astana a confirmé une fois de plus qu’elle demeure à ce jour la seule plateforme crédible pour résoudre, certes progressivement, la crise syrienne. On mesure le chemin parcouru quand on se rappelle qu’elle n’a été lancée que fin décembre 2016 pour établir un cessez-le-feu — globalement respecté — sur le territoire syrien, hors zones contrôlées par Daech, Al-Qaida et affiliés. Pour rappel, le lancement d’Astana 1 était au départ une initiative personnelle de Poutine. Une initiative qui sera soutenue par les présidents kazakh et turc, ainsi que par les gouvernements syrien et iranien.

Pour autant, ce n’est pas les bâtons dans les roues qui ont manqué aux différentes étapes d’Astana, au cours de tous ces derniers mois. Du mécontentement mal voilé côté français, saoudien, qatari au mécontentement déclaré de la diplomatie allemande affirmant qu’il est dommage que les pays occidentaux ne soient pas invités à Astana en tant que participants à part entière.
Pour rappel, seuls les États-Unis et la Jordanie ont été conviés en tant qu’observateurs et il est peu probable que leur statut soit réévalué. Quant aux représentants français, britanniques, saoudiens, qataris ou allemands, les succès obtenus sans eux laissent à penser que leur présence n’est pas souhaitable à ce stade.

Quoiqu’il en soit, Astana avance et s’impose. Et ce n’est pas un analyste de Sputnik qui le dit, mais les résultats sur le terrain. En quelques mois de travail intensif, la plateforme d’Astana a prouvé son efficacité concrète et opérationnelle. Les terroristes continuent de perdre du terrain en Syrie. Les autres territoires retrouvent peu à peu une stabilité relative. N’est-ce pas l’objectif que tous auraient dû rechercher? Quand on connaît les motivations de tout un groupe de pays vis-à-vis de la Syrie, il est permis d’en douter. Mais aujourd’hui, alors que tous, y compris les instigateurs du conflit en Syrie, qui ont perdu la partie, parlent de la « nécessité » de la paix en Syrie, il faut cesser alors de jouer les hypocrites.

Pour finir, il serait bon de rappeler que d’autres plateformes internationales, à l’instar de l’eurasienne Astana, pourraient voir le jour à différents endroits du monde pour résoudre des crises régionales: en Afrique, en Amérique latine notamment. C’est l’idée même du concept multipolaire. Le principal étant de vouloir régler les problèmes existants et de laisser les forces instigatrices de conflits de côté, même si ces dernières persistent à dire que leur présence est indispensable. C’est la leçon qu’il faut tirer d’Astana.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705111031333924-astana-crise-internationale/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi Erdogan est-il à nouveau en Russie?

Erdogan

Trois rencontres Poutine-Erdogan en neuf mois, le dialogue Moscou-Ankara s’intensifie. En effet, au-delà des convergences économiques et des divergences sur la Syrie, les deux pays partagent de vrais intérêts stratégiques. La Turquie ira-t-elle au bout de cette logique de dialogue ? Éléments de réponse.

Le président turc Erdogan sera de nouveau en Russie le 3 mai prochain. Il s’agit tout de même de la troisième visite officielle du président turc en Russie en seulement neuf mois. Après la rencontre d’août 2016 à Saint-Pétersbourg qui a officialisé la normalisation des relations entre les deux pays, puis celle de Moscou en mars dernier dans le cadre de la réunion du Conseil de coopération de haut niveau Russie-Turquie, c’est désormais à Sotchi qu’aura lieu cette nouvelle rencontre Poutine-Erdogan.

Les deux présidents ont un ordre du jour chargé, à commencer par la poursuite de la levée des sanctions commerciales russes décidées après la crise de novembre-décembre 2015. Les projets stratégiques et commerciaux sont aussi nombreux: Turkish Stream, centrale nucléaire d’Akkuyu, achat par la Turquie des systèmes russes S-400. Si sur la plupart de ces points, les chances de succès sont plutôt importantes, la Syrie reste, elle, une pierre d’achoppement entre les deux États.

En effet, la Russie reste ferme sur sa position qui stipule que seul le peuple syrien peut décider de son avenir, ce qui passe au préalable par l’éradication du terrorisme en Syrie. La Turquie, elle, campe sur ses positions anti-Assad. Néanmoins et malgré ce désaccord évident, les deux pays continuent de collaborer dans le cadre du processus d’Astana, en coordination également avec l’Iran.

Plus généralement, Erdogan doit se faire à l’idée que la Russie ne changera pas son approche vis-à-vis de la Syrie. Et tenant compte de cette réalité, il devrait en effet surtout se focaliser sur la poursuite du développement des relations bilatérales, aussi bien dans les sphères économique, que politique et culturelle. Les intérêts réciproques sont flagrants. Beaucoup d’entreprises turques attendent avec impatience la levée totale des restrictions pour pouvoir revenir à leur chiffre d’affaires avec la Russie d’avant les sanctions, voire de le développer plus encore: les 100 milliards de dollars d’échange à l’horizon 2020-2023 restent l’objectif déclaré des deux côtés.

Certains se demandent à juste titre si la Russie peut faire confiance à la Turquie, notamment en raison du jeu trouble qu’elle mène depuis plusieurs années en Syrie, l’allié de la Russie, sans oublier aussi le coup de poignard dans le dos de novembre 2015. Certes, il y a des choses qui ne s’oublient pas facilement et seul le temps pourra rétablir une confiance totale entre les deux pays. Néanmoins, les dirigeants des deux pays savent que les deux peuples sont liés l’un à l’autre et qu’il faut en tenir compte.

Gardons aussi à l’esprit que la Turquie a été le seul pays membre de l’OTAN à ne pas s’être joint aux sanctions occidentales contre la Russie. Dans un intérêt purement commercial direz-vous. Certes, mais le fait est là: le leadership turc n’a pas suivi aveuglement les élites occidentales, notamment bruxelloises, qui ont préféré sacrifier les intérêts de leurs producteurs en suivant aveuglement les prérogatives de Washington.
Il faut reconnaître aussi à l’AKP d’Erdogan que c’est bien sous sa direction que les relations russo-turques avaient augmenté considérablement, pour atteindre un niveau sans précédent avant la crise de fin 2015. La Turquie reste également le seul pays membre de l’OTAN qui s’est « permis » une collaboration militaire, certes limitée, avec la Russie. Les frappes conjointes contre Daech dans le Nord syrien, de même que les exercices entre marines militaires des deux pays ont prouvé qu’il y a une perspective réelle, à condition de ne pas mettre de l’huile sur le feu là où il faut éviter d’en mettre: la Syrie.

Enfin, le tout dernier référendum national donnant désormais à Erdogan encore plus de pouvoir ne semble pas changer sa politique en direction de la Russie, tout au contraire. En témoigne une nouvelle visite prévue pour le 3 mai. En passant et en lisant la presse mainstream, on constate que les relations russo-turques font souffler un vent d’inquiétude évident au sein des élites occidentales. Cela est évidemment leur problème, mais c’est très révélateur.

Pour récapituler, Ankara doit se faire définitivement à l’idée que Moscou ne lâchera pas son allié syrien. Ankara doit également admettre qu’Assad représente la seule option fiable pour l’avenir de la Syrie. Ankara doit ensuite contribuer plus efficacement à faire pression sur les groupes armés, notamment ceux participant au processus d’Astana, pour qu’ils se joignent une bonne fois pour toutes à la réconciliation nationale lancée par Damas. Enfin, la Turquie doit commencer à respecter pleinement la souveraineté de son voisin syrien, sachant que plus vite la Syrie retrouvera la paix et la stabilité, mieux ce sera pour la Turquie, qui doit aussi faire face aujourd’hui à la menace terroriste et au séparatisme.

La Turquie ne peut pas manquer de s’apercevoir que la Russie est probablement son seul partenaire important, qui respecte réellement sa souveraineté, malgré les divergences entre les deux pays. Le temps de prendre une décision stratégique pour le futur de l’État turc s’approche. Le leadership turc le fera-t-il? C’est une autre question.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705021031187849-erdogan-russie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand la diplomatie occidentale se plaint de l’isolement

globe

Le monde multipolaire est ouvert à tous. Cela a été rappelé maintes fois par ses partisans. Néanmoins, plus les supporters de l’ordre unipolaire dépassé refuseront la réalité, plus ils finiront par se plaindre de se retrouver isolés des principales décisions internationales.

Voici un tout récent communiqué de la diplomatie allemande  : «  Le fait que la Russie, l’Iran et la Turquie coordonnent leurs activités, notamment dans le cadre des pourparlers d’Astana, sans inviter l’Europe, la coalition internationale anti-Daech et les États-Unis, ne peut que provoquer notre inquiétude. Selon nous, c’est seulement en joignant nos efforts que l’on peut arriver à une solution dans la crise syrienne.  »

Vraiment  ? Le leadership occidental, en l’occurrence ici ouest-européen, commence-t-il à se plaindre d’isolement  ? Les mêmes qui aiment tellement menacer les nations non-obéissantes de se retrouver «  isolées  »  ? Une chose est néanmoins certaine  : ce communiqué confirme la justesse de l’approche d’Astana. En effet, les trois pays cités plus haut, ainsi que la Syrie (puisque c’est d’elle qu’il s’agit en premier lieu), sans oublier le Kazakhstan, qui a fourni ladite plateforme de travail, ont prouvé en quelques mois qu’il était possible d’obtenir des résultats tout à fait encourageants, sans pour autant inviter les élites occidentales, si ce n’est en tant qu’observateurs.

La preuve saute aux yeux  : en quelques mois de pourparlers à Astana, certes difficiles, les résultats obtenus sont bien meilleurs que ceux de Genève et d’autres plateformes montées par l’Occident et les pays du Golfe depuis plusieurs années, plateformes où se croisent inlassablement des représentants étasuniens, britanniques, français, saoudiens, qataris, ainsi que leurs «  protégés  syriens  », qui n’ont aucune valeur réelle dans leur propre pays.

La raison  ? Elle est simple. Les élites occidentales et du Golfe n’ont pas autre objectif que de tenter par tous les moyens de faire tomber les autorités légitimes de Syrie, ou à défaut de réussir la première option, de maintenir et de faire perdurer le chaos. C’est tout.

C’est pourquoi la plateforme d’Astana doit certainement poursuivre son travail dans le format choisi initialement  : délégation gouvernementale syrienne, représentants des groupes armés soutenus par la Turquie, les pays-garants (Russie, Iran, Turquie), et bien évidemment le Kazakhstan en tant que pays hôte. Le fait d’avoir permis aux représentants étasuniens et jordaniens d’assister aux pourparlers en tant qu’observateurs est sans aucun doute un beau geste. L’Égypte est également mentionnée en tant que grande puissance du monde arabe. Mais afin d’éviter justement de plonger Astana dans le même chaos que les plateformes des pseudo — «  amis de la Syrie  », il faut certainement s’en tenir à ce qu’on a déjà.

Pour autant, la Russie tout comme l’Iran, a bien indiqué que la porte restait ouverte, à condition évidemment de contribuer à des approches cohérentes en vue de stabiliser la situation et pouvoir contribuer à un retour progressif de la paix en territoire syrien. Les élites occidentales et certains de leurs amis du Golfe ont en-ils été capables jusqu’à maintenant  ? Réponse  : non. Aucune raison donc d’élargir le format. Certains diront que la Turquie, l’un des pays garants des accords d’Astana, joue également un jeu trouble. C’est en partie vrai. Mais la Turquie se rapproche de la Russie et elle comprend enfin que tant que la crise perdurera en Syrie, cela touchera directement sa sécurité. En conséquence, Ankara finit par jouer un rôle réellement plus positif que dans le passé, tout en gardant, malheureusement, encore une approche anti-Assad.

Quoi qu’il en soit, la toute récente rencontre des experts russes, iraniens et turcs à Téhéran en vue de préparer la prochaine rencontre d’Astana au mois de mai a été selon les diplomates des trois pays fortement positive. Le travail doit donc se poursuivre dans ce cadre, tout en continuant évidemment la lutte anti-terroriste. Quant aux élites occidentales qui se sentent «  rejetées  », la seule solution aurait été de se ressaisir, en reconnaissant la multipolarité comme faisant désormais partie intégrante des relations internationales. Mais les connaissant, ils auront encore besoin de temps. Peut-être même de beaucoup de temps. Au risque de finir réellement isolés et d’accepter réalité du moment lorsqu’il sera déjà un peu tard.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201704211031011888-diplomatie-isolement/

Mikhail Gamandiy-Egorov