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Ordre mondial: l’avant et l’après crise syrienne

Syrie

Après des années de guerre, de pertes humaines et économiques, la Syrie commence à entrevoir le bout du tunnel. Soutenue par ses alliés et grâce aux victoires sur le terrain face aux groupes extrémistes, la Syrie aura joué un rôle crucial dans le changement des équilibres mondiaux. Le monde unipolaire s’est peut-être effondré aux portes de Damas.

Il fut un temps où les élites et les experts autoproclamés de l’Occident ne donnaient que quelques semaines, quelques mois tout au plus, à Bachar el-Assad. Pourtant, les années ont passé et au prix d’innombrables sacrifices, la République arabe syrienne a réussi à sauvegarder sa souveraineté. Évidemment, le soutien stratégique de ses alliés, au premier rang desquels la Russie, a été d’une importance cruciale dans cette équation, au grand dam des Occidentaux et de leurs acolytes.

Le constat est simple: l’armée gouvernementale syrienne a récupéré plus des 2/3 de son territoire national et ne compte aucunement s’arrêter en si bon chemin. Au fur et à mesure, les dernières poches «rebelles» sont résorbées. Et malgré toutes les tentatives étasuniennes, israéliennes, françaises, britanniques ou saoudiennes de faire perdurer le conflit et de tenter de repousser autant que possible la victoire finale, tout le monde se rend à l’évidence, y compris au sein du mainstream: Assad et ses alliés ont gagné.

Quant aux forces étrangères non invitées en Syrie, elle doivent également se rendre à l’évidence: leur présence ne saurait durer éternellement. Après avoir vu partir en fumée des sommes folles, la coalition occidentalo-golfiste sait dorénavant qu’elle investit à fonds perdu dans la déstabilisation en Syrie. Cette opération qui ne mènera à rien sur le moyen terme: il n’y aura pas de scénario irakien ou libyen en Syrie. Et c’est bien cela que représente la Syrie dans l’optique du monde nouveau. Un monde dans lequel des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran et plusieurs autres joueront un rôle de plus en plus décisif.

Après cela, devrait-on s’étonner que de plus en plus de pays, ayant longtemps appartenu au bloc occidental, se rapprochent progressivement des principaux acteurs de la gestion multipolaire du monde? Certes pas. C’est un processus qu’il sera désormais très difficile de stopper. L’Occident politico-économico-médiatique a, lui, montré toutes ses limites. Sous le couvercle de valeurs dites «universelles», cette partie du monde, qui ne représente pas plus de 10% de la planète, s’est autoproclamée «communauté internationale», dans la pure tradition coloniale. Elle ne cesse pourtant de perdre la confiance et le respect d’une large partie de la population planétaire non-occidentale.

Une chose est certaine. Il y a un avant et un après la crise syrienne. Le cas syrien a définitivement démontré qu’il était possible de résister à l’arrogance néocoloniale occidentale, à condition d’y être déterminé et d’avoir des alliés fiables, qui respectent votre dignité et votre souveraineté.

Il est très probable que l’Occident n’acceptera pas rapidement ce nouveau paradigme. Cela signifie que les tentatives de déstabilisations se poursuivront. Il faut y être prêt. Mais dans cette bataille, les élites occidentales n’ont plus la main. Et c’est pour cela que nous vivons une époque assez unique: celle d’un passage définitif à un ordre nouveau, plus juste et plus égalitaire.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201806051036675092-syrie-crise-monde-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’irrésistible montée en puissance de l’Eurasie

escalier

L’espace eurasiatique renforce son intégration. Géopolitique, économie, Défense, liens culturels: rien ne semble pouvoir entraver ce processus, qui se nourrit du renforcement de la multipolarité. Pour la Russie, pour la région et pour le monde, quelles perspectives?

Alors que les relations internationales sont à un tournant, l’Eurasie va être de plus en plus amenée à occuper une position stratégique, pas seulement pour la région qui la concerne, mais plus généralement pour la planète tout entière. Union eurasiatique, Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), Nouvelle route de la soie, les projets dans l’espace eurasien ne manquent pas. Une chose est certaine, les peuples eurasiens se rassemblent. Et ce, aux dépens des ambitions occidentales.

Faut-il rappeler que les intellectuels russes du début du XXe siècle, et notamment à partir des années 1920, ont activement promu l’idée que la Russie était culturellement et idéologiquement plus proche des peuples turcophones et iranophones d’Asie centrale que de l’Occident? Avaient-ils tort ou raison, le débat se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Le fait est que la Russie actuelle, après avoir surmontée les années de marasme des années 1990, arrive bien plus facilement à trouver des intérêts communs au plus haut niveau avec la Chine, l’Iran et la Turquie qu’avec les pays d’Europe dite bruxelloise. C’est un fait.

Cela sans même parler des liens étroits historico-culturels entre la Russie et les pays d’Asie centrale d’ex-URSS, qui font partie aussi bien de la Communauté des États indépendants (CEI) que de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et pour certains également de l’Union économique eurasiatique. Tout cela sont des choses qui ne s’effacent pas.

Les libéraux russes des années 1990 avaient beau faire miroiter l’intégration européenne et pro-occidentale à la Russie, au final, on revient aux sources. Et qu’on se le dise très clairement: l’avenir de la Russie se trouve bel et bien en Eurasie. La vraie. Évidemment, on peut toujours penser aux idées gaullistes d’une «Grande Europe» allant de Lisbonne à Vladivostok, le fait est que cela représente une utopie pure et simple sur le moyen et même le long terme. L’Europe dans sa version bruxelloise reste tellement assujettie aux intérêts de Washington que les «belles» déclarations des Merkel, Macron & Co. n’y changeront rien.

L’Eurasie, elle, continuera naturellement son chemin, comme l’avaient voulu et souhaité les intellectuels Troubetskoï, Savitsky, Alexeïev et d’autres qui les soutenaient. Elle collaborera avec les autres grands ensembles du monde multipolaire que sont l’Afrique, l’Amérique latine et le monde arabe, entre autres. L’Occident n’impressionne plus grand monde. D’ailleurs ce fut vraiment amusant que d’observer les délégations occidentales venues récemment en masse au Forum économique international de Saint-Pétersbourg pour parler de collaboration économico-commerciale avec la Russie, tout en maintenant des sanctions contre cette même Russie.

Évidemment, la vaste diversification de ses relations extérieures entreprise par la Russie fait peur. Les Occidentaux craignent réellement de perdre leurs parts de marché, tout en devant désormais faire face à l’offensive russe dans les régions que les élites occidentales considéraient jusqu’à maintenant comme étant leur «pré carré». Eh bien oui, la vieille approche, c’est fini. Le grand marché russe est ouvert à tous. Aux exportateurs asiatiques, africains, latino-américains —et pas moins qu’aux Européens.

D’autre part si les Occidentaux pensaient qu’en venant soutenir un coup d’État armé et anticonstitutionnel à Kiev —la mère des villes russes- la Russie resterait les bras croisés, en continuant à croire aux illusions de relations honnêtes avec cette même Europe, c’était vraiment sous-estimer Moscou.

Tout cela, c’est désormais fini. La Russie ira partout où elle sera la bienvenue —et ces endroits ne manquent pas aux quatre coins du monde, dans le cadre des intérêts mutuels qu’elle entretient avec ses partenaires. Quant à l’Eurasie, elle représente indéniablement l’une des principales priorités de Moscou. Et dans cette prolongation du concept eurasien, il n’y a pas de place pour les retardataires européens.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201805301036590408-puissance-eurasie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

L’Occident aboie, la Syrie passe

Carte du Proche-Orient

Plus l’Occident sent la situation au Moyen-Orient lui échapper, plus il se montre menaçant et vindicatif. Alors que Damas nettoie les dernières poches de djihadistes les unes après les autres, les États-Unis menacent la Syrie de nouvelles frappes. Elles ne pourront néanmoins inverser l’issue de la guerre et la défaite des affidés de l’Occident.

Alors que l’Occident, USA en tête, menace la Syrie de nouvelles frappes, son comportement ne fait que confirmer qu’il a perdu sa mise dans ce pays proche-oriental. Et dans cette défaite qui se confirme de jour en jour, ce ne sont pas uniquement les États-Unis qui sortent perdants, mais tous ceux qui les ont suivis dans cette aventure criminelle et guerrière visant à déstabiliser un pays souverain.

La Turquie fait figure d’exception, après avoir retrouvé ses esprits et s’être largement rapprochée de la Russie et de l’Iran, aussi bien dans le cadre de ses relations bilatérales avec ces pays que dans le cadre d’initiatives conjointes, comme celles d’Astana. Cette même Astana dans laquelle les décisions coordonnées par la Syrie et le trio Russie-Turquie-Iran ont apporté plus de choses positives et concrètes à la population syrienne que les multiples «sommets» organisés par les Washington, Londres, Paris ou Riyad.

Parmi les indéniables perdants, on retrouve également la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie saoudite ou encore Israël —tous ceux qui ont misé sur la chute de Bachar al-Assad et qui pour y parvenir, se sont appuyés sur des groupes terroristes. Un scénario qui rappelle étrangement celui de la Libye, à une différence près. En Syrie, les forces atlantistes et affiliées n’ont pas pu, malgré leur volonté manifeste, intervenir de façon directe pour faire tomber les autorités légitimes syriennes. La Russie leur barrait la route.

Parlons justement du rôle de la Russie dans la résolution du conflit syrien et dans la victoire contre les groupes terroristes. À ce sujet, un petit rappel s’impose. En 2015 (avant l’intervention de la Russie), Raymond T. Odierno, alors chef d’état-major des forces armées américaines, avait déclaré dans une interview à la chaîne CBS que «la coalition sous commandement étasunien pourrait avoir besoin de 10 ans pour pouvoir vaincre Daech». Pour rappel, à cette période, ladite «coalition» de quelques dizaines de pays affiliés aux États-Unis prétendait déjà lutter contre la secte extrémiste depuis un an.

Puis intervint la Russie, fin septembre 2015, à la demande du gouvernement légitime de Syrie. Et grâce à cette intervention antiterroriste russe, avec le soutien de l’Iran et du Hezbollah libanais, la Syrie a réussi à anéantir Daech à plus de 95%, le tout en deux ans. Des barbares qui se comptaient par ailleurs en dizaines de milliers. Tout cela pour dire que les menaces verbales proférées par l’establishment occidental, du Pentagone à la CIA, de la Maison-Blanche à l’Élysée ou dans l’enceinte de l’Onu, ne signifient au final qu’une seule chose: ils ont perdu et cela fait mal. Très mal.

À croire que pour les élites occidentales, qu’elles soient politiques, financières ou médiatiques, il est difficile de se débarrasser d’une maladie chronique et génétique: l’esprit colonial. Le massacre de millions de personnes aux quatre coins du monde, la colonisation, la traite esclavagiste —tout cela, qu’on le veuille ou non, découle de la politique occidentale au cours des siècles à l’encontre des peuples eurasiens, africains, latino-américains.

Et malgré les tentatives de certains faux bien-pensants de présenter certains pays comme faisant partie du fameux «Axe du mal» pour les opposer à celui du «bien», en clair, l’Occident, le fait est, statistiques à l’appui, que les «champions» absolus en crimes de masse partout dans le monde sont bel et bien les Occidentaux, du moins leurs décideurs. Et ce aussi bien avant le XXe siècle, qu’au cours de celui-ci et jusqu’à ce jour.

Et pour cette minorité, trop habituée à dominer les affaires planétaires, il est évidemment fort difficile de devoir se faire, ou plutôt se refaire, à la nouvelle réalité multipolaire du monde. Se refaire, car il y avait déjà eu un contrepoids à leur hégémonie: l’URSS. Avec sa chute, les élites occidentales ont pensé qu’elles jouiraient pour toujours d’une certaine impunité. Mais il n’en fut rien. La Russie s’est relevée. Largement relevée. Et avec elle se lèvent toutes les autres nations non-occidentales, qui refusent et refuseront fermement le diktat unipolaire en ce XXIe siècle.

La Ghouta orientale est la nouvelle grande victoire de la Syrie et de ses alliés, au même titre qu’Alep, Palmyre, Homs ou Deir ez-Zor. Car elle représentait le dernier fief terroriste soutenu par l’amicale occidentalo-wahhabito-sioniste aux portes de Damas, ville sainte et millénaire. Une amicale qui a beau pester et menacer, les faits sont têtus: elle a perdu son leadership. La Syrie sera victorieuse. La Russie aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804101035885389-syrie-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Iran : l’énième tentative de révolution colorée ne passera pas

Protestations en Iran

Alors que la situation en Syrie se stabilise et que la majorité des terroristes ont subi une défaite cinglante, et avec eux leurs soutiens extérieurs. Ces derniers tentent une nouvelle fois de punir l’Iran, l’un des principaux acteurs de la victoire sur le terrorisme en Syrie et l’une des principales puissances indépendantes de la région.

Les mois et les années passent mais les méthodes de certains acteurs gardent toute leur « stabilité », voire même un manque évident de fantaisie. En effet et à l’heure du numérique qui ne cesse d’impressionner à chaque fois un peu plus et au moment où les informations alternatives s’imposent face aux courants « mainstrimois », les partisans de la déstabilisation et du chaos n’ont toujours pas trouvé de meilleure méthode afin d’atteindre leurs objectifs.

Et ces méthodes sont déjà bien connues, étudiées et réétudiées. Et ce qui avait pu marcher en son temps en Serbie, en Géorgie, dans certains pays du monde arabe ou en partie en Ukraine, ne marche plus vraiment aujourd’hui. Les peuples sont aux aguets, tout comme les gouvernements. Et malgré toute la volonté de pays comme les USA, la Grande-Bretagne, Israël ou encore l’Arabie Saoudite de tenter de jouer la carte anti-iranienne, ne serait-ce que prendre une mini-revanche pour leur défaite en Syrie, de même que pour les pertes financières massives sans résultat escompté, vraisemblablement là aussi le résultat espéré ne saurait être atteint. De l’avis de nombreux experts, tout comme des représentants du gouvernement iranien, les manifestations des derniers jours à différents endroits de l’Iran sont appelés à fondre.

Et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, car en face d’une mobilisation anti-gouvernementale — souvent agressive mais fortement limitée en nombre, plusieurs contre-manifestations de soutien au gouvernement et aux forces de l’ordre de l’Iran ont eu lieu — certes elles peu relayées sur les écrans des chaines TV mainstream — pourtant ayant réuni incomparablement plus de monde. D’autre part, les forces de sécurité suivent de près la situation et veillent à la souveraineté du pays. Et pour finir, malgré l’acharnement de la coalition Trump-Netyanhahou-Saoud contre Téhéran, la République islamique sait qu’elle peut compter sur la solidarité avec plusieurs pays, dont les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU — en la qualité de la Russie et de la Chine, toutes deux partenaires stratégiques de l’Iran.

A ce sujet, la réaction de la diplomatie russe n’a pas tardé: « Toute interférence extérieure dans les affaires intérieures de l’Iran est inacceptable », pour reprendre le communiqué sur le sujet du ministère russe des Affaires étrangères. Une réaction qui d’ailleurs ne fait que confirmer la présence dans cette région stratégique de deux axes clairement antagonistes, de par leurs approches ainsi que de leurs visions du présent et de l’avenir des relations régionales, comme mondiales. Si le premier, dans lequel on retrouve la Russie, la Chine et l’Iran, soutient clairement l’approche multipolaire ou comme aiment dire certains multilatérale des affaires internationales, en mettant un accent important sur le respect de la souveraineté des Etats, le second est lui révisionniste dans le sens du refus de la nouvelle réalité géopolitique du monde, avec un désir toujours aussi ardent d’interférer dans les affaires intérieures d’Etats souverains, qui refusent le diktat unipolaire révolu.

Au final, tout cela pour dire que malgré tout le matraquage du mainstream sur les événements en Iran, il est fortement à penser que dans les prochains jours le calme sera retrouvé. Et non pas parce que les dites manifestations seront matées dans la violence, mais tout simplement parce que l’écrasante majorité des citoyens iraniens n’auront pas soutenu les provocations d’une petite minorité, bien souvent manipulée de l’extérieur. Chaque pays peut faire face à des problèmes courants, et l’Iran ne fait pas exception, mais ce n’est pas certainement pas à Washington, Londres, Tel-Aviv ou Riyad de jouer aux donneurs de leçons.

Et d’ailleurs en parlant justement des donneurs de leçons. Essayez ne serait-ce qu’une fois au centre de Paris de lever la main sur un CRS — vous aurez peu de chances d’y échapper. Pire, si cela devait arriver en terre étasunienne, vous aurez peu de chances d’y échapper vivant. En Iran, des coups de feu ont été tirés en direction des forces l’ordre, avec comme résultat au moins un policier tué et plusieurs autres blessés. Donc le mythe d’une manifestation pacifique (clin d’œil au Maidan kiévien) ne tient tout simplement pas. Par contre, je me souviens à ce jour comment durant ma période estudiantine à Paris, en 2008, des amis serbes ont eu droit à des coups de matraque des CRS parisiens sur la Place de la République lors de la manifestation contre la reconnaissance unilatérale « d’indépendance » du Kosovo, berceau de la Serbie, par l’Occident politique. Des manifestants ayant été pour information sans aucune arme, ni objets pouvant poser un quelconque danger pour l’ordre publique. Certainement « démocratie » oblige. On connait la chanson.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201801031034601390-iran-tentative-revolutions-coloree/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Attaques aériennes: quand Israël se casse les dents sur l’os syrien

Un soldat israélien

Israël vient de voir sa supériorité aérienne au Proche-Orient sérieusement écorné. Damas, après avoir éliminé la menace terroriste, ne laisse plus sans réponse les agressions israéliennes et vient d’enregistrer un premier succès en la matière. La fin de l’impunité aérienne de Tel-Aviv est lourde de conséquences pour la région.

L’interception par la chasse syrienne de plusieurs missiles sol-sol israéliens est révélatrice des changements radicaux de rapports de force au Proche et au Moyen-Orient. Cette évolution militaire est en effet sous-tendue par des glissements des lignes de force géostratégiques, ce dont ne se plaindront pas les partisans de la multipolarité.

Pour aborder ce dernier point, relevons tout d’abord une hystérie de plus en plus évidente des dirigeants israéliens. Netanyahou, constatant l’échec de son scénario idéal, à savoir le pourrissement indéfini du conflit syrien, lance des menaces quasi-quotidiennes à Damas et à ses alliés, dont Téhéran. Des menaces parfois suivies de moments de silence, tant la nouvelle réalité semble frapper les responsables de l’État hébreu.

En effet, depuis quelques jours, Israël hausse le ton en affirmant «qu’il ne tolérera pas une quelconque présence iranienne en Syrie». Il oublie par là que la Syrie n’est pas une colonie israélienne, à l’instar de celles dont il dispose pour le moment encore en territoire palestinien. Il néglige aussi le fait que la République syrienne, en qualité d’État souverain, n’a aucunement à valider avec des tiers, qu’ils soient israéliens, américains ou européens, la présence sur son sol de forces alliées russes, iraniennes, ou du Hezbollah libanais.

Tel-Aviv semble de plus surpris que non seulement la Syrie a vaincu les dizaines de milliers de terroristes qui opéraient sur son sol depuis plusieurs années, grâce à l’aide décisive de la Russie et qu’elle ait déjà lancé de vastes chantiers de reconstruction à l’échelle nationale, mais aussi que Damas impose une nouvelle donne en matière de défense de son espace aérien.

Faut-il le rappeler que tout au long de la guerre menée par la Syrie et ses alliés contre le terrorisme international, l’aviation de l’Etat sioniste a mené plusieurs raids contre les positions de l’armée syrienne, sans jamais toucher un quelconque groupe terroriste, y compris Daech ou Al-Qaida? Damas n’a d’ailleurs pas manqué de pointer du doigt la complicité entre Tel-Aviv et lesdits groupes terroristes.

Mais au delà de ces condamnations, force est de constater que la Syrie ne fut en général pas en mesure de défendre convenablement son territoire des frappes israéliennes. De fait, l’armée syrienne était avant tout mobilisée par la lutte antiterroriste et, de l’aveu même du président Assad, plusieurs systèmes de défense aérienne avaient été détruits par les terroristes au début du conflit.

Certaines mauvaises langues n’hésitaient d’ailleurs pas à mettre en doute la capacité de la Russie, alliée de Damas, à faire face à ces attaques aériennes d’Israël, qui passent le plus souvent par l’espace aérien libanais. Seule action visible de Moscou, avoir convoqué l’ambassadeur israélien pour lui exprimer des protestations officielles. Personnellement, je suis assez convaincu que si le Kremlin à tenté —en vain- de convaincre Israël de stopper ses actions hostiles contre la Syrie, la principale raison de la «patience» russe était de rester concentré sur l’élimination des terroristes en Syrie. Mission accomplie, puisque les terroristes ont été éliminés à plus de 95%.

Concernant les raids aériens contre Damas, la Russie avait annoncé son intention de renforcer considérablement la DCA syrienne. Certains ont peut-être cru que ce ne serait que des paroles en l’air et Moscou Russie n’a rien fait pour les détromper. Mais les résultats sont là: avec plusieurs missiles israéliens interceptés, la Syrie a démontré qu’elle était en mesure de contrer les attaques israéliennes. CQFD.

La Russie, en bon allié, ne criera certainement pas sur les toits les raisons d’un tel changement dans les capacités antiaériennes de la République arabe. Cela ne rentre pas dans ses habitudes. Un peu comme au moment des victoires décisives à Alep, Palmyre, Homs ou Deir-ez-Zor, où la Russie avait toujours laissé la palme de la victoire au peuple, à l’armée et au gouvernement syrien.

Néanmoins, une chose est sûre: l’État sioniste ne domine plus l’espace aérien de la région. La pilule sera dure à avaler, mais il faudra s’y faire. Et au lieu de s’y casser les dents, Israël ferait mieux de repenser sa politique en direction de la Syrie, de la Palestine et plus généralement de toute la région. Dans le cas contraire, il risque de faire face à des conséquences qui lui seront très certainement préjudiciables.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712051034191573-israel-syrie-attaques/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Quand l’Iran et la Russie mènent la danse du monde multipolaire

Vladimir Poutine et Ali Khamenei

Énergie, commerce, mais aussi diplomatie internationale, autant de thèmes abordés au Sommet Iran-Russie-Azerbaïdjan qui vient de se clore. Un sommet qui a renforcé sur tous ces sujets le basculement vers un monde multipolaire, et dans lequel les rapports russo-iraniens jouent un rôle clé.

«Nous sommes en mesure de parer les sanctions américaines et d’isoler l’Amérique en renonçant au dollar pour le remplacer par nos devises nationales aussi bien lors de transactions bilatérales que multilatérales». Par ces mots prononcés après sa rencontre avec Vladimir Poutine l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d’Iran, donne la mesure des ambitions du Sommet Iran-Russie-Azerbaïdjan. La promotion d’un monde multipolaire —multilatéral, dit Ali Khamenei-, qui ne ferait plus des États-Unis et du dollar le pivot du monde et de son économie, était en effet le fil conducteur de ce sommet qui s’est clos à Téhéran le premier novembre.

Un défi qui requiert de solides qualités, selon Ali Khamenei: «Poutine est une personnalité forte, c’est justement pour cela qu’il est possible de coopérer avec la Russie sur les questions d’envergure qui demandent de la détermination et de la persévérance en tant que superpuissance. Et on peut coopérer avec elle d’une manière logique».

Cette plateforme, qui s’est tenue pour la première fois en 2016 à Bakou, capitale azérie, a abordé de nombreux thèmes d’intérêt pour L’Iran, La Russie et l’Azerbaïdjan. Citons notamment le projet de corridor de transport international «Nord-Sud», qui est parmi les canaux de transport les plus importants au monde du point de vue économique. Énergie, électricité, coopération pétrolière et gazière étaient eux aussi à la une des discussions.

En effet, ces trois nations sont des puissances déclarées en ressources pétrolières et gazières. Mais ce n’est pas leur seul point commun. Ainsi, l’Azerbaïdjan est un pays musulman laïque, ayant fait partie de l’Empire russe et de l’URSS (liens étroits avec Moscou), turcophone (liens étroits avec Ankara) et dont les 85% des plus de 94% de musulmans du pays sont chiites (similitude évidente avec l’Iran voisin). Ajoutez à cela des liens économico-commerciaux étroits aussi bien avec la Russie, l’Iran et la Turquie et vous commencerez à comprendre le puzzle qui se forme.

Pour en revenir aux relations entre la Russie et l’Iran, soulignons que Moscou et Téhéran ont signé un mémorandum portant sur les livraisons de gaz iranien à destination de l’Inde, projet dans lequel le géant gazier russe Gazprom compte s’engager. À ce titre, Aleksandr Novak, ministre russe de l’Énergie, a affirmé que Gazprom prévoyait de participer à l’extraction du gaz iranien et de construire un gazoduc en Inde d’une longueur de 1.200 kilomètres. Les gisements spécifiques sur le territoire iranien seront déterminés dans le cadre d’étude de faisabilité du projet. L’autre géant russe, le pétrolier Rosneft, prévoit lui aussi d’élargir considérablement sa participation dans des projets en territoire iranien.

L’énergie n’a toutefois pas été le seul point de convergence entre Moscou et Téhéran. Le président iranien Hassan Rohani, qui a discuté en détail avec Vladimir Poutine de la Syrie, a déclaré que «la coopération entre l’Iran et la Russie se poursuivra jusqu’à la victoire complète sur le terrorisme». Il a ajouté «qu’il est très agréable qu’outre leurs relations bilatérales, nos deux pays jouent un rôle important dans la garantie de la paix et de la stabilité dans la région». Hassan Rohani soulignait ainsi que la Russie et l’Iran sont les acteurs clés dans la lutte contre le terrorisme salafiste et dans la résolution du conflit syrien.

Cela s’est traduit par les victoires sur le terrain, où la secte de Daech vit ses dernières heures. Un groupe qui contrôlait plus de 70% du territoire national syrien il y a deux ans de cela, avant que les Forces aérospatiales russes n’interviennent. Le rôle positif de la Russie et de l’Iran dans la région se traduit aussi au niveau diplomatique avec les pourparlers d’Astan, bien plus efficaces, y compris en ce qui concerne l’aspect humanitaire, que ceux de Genève. Des pourparlers auxquels s’est également jointe la Turquie, l’autre puissance eurasienne qui s’éloigne progressivement de son «entourage» atlantiste.

Une situation sur laquelle peu de monde aurait parié en 1992 et même au début des années 2000, tant l’Occident politico-économico-médiatico-militaire paraissait invincible. Tout a changé aujourd’hui. Et les gesticulations des élites atlantistes ne changeront pas grand-chose au processus déjà lancé, dans lequel des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, la Syrie, la Turquie, l’Inde, plusieurs pays ex-soviétiques d’Asie centrale et tous ceux qui souhaiteront se joindre à eux décideront de la marche à suivre, sans pour autant l’imposer aux autres, y compris à ceux qui préféreront encore jouer les suiveurs de Washington.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711031033731410-iran-russie-azerbaidjan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pourquoi Israël ne peut pas être un partenaire de confiance de la Russie?

Benjamín Netanyahu

Nouvelle visite de Netanyahu en Russie est une nouvelle tentative de convaincre le leadership russe de changer de cap géopolitique. Pourquoi probablement en vain ?

Avant de rentrer dans les détails des cartes contemporaines, il est essentielde rappeler brièvement l’historique des relations entre l’URSS et l’État sioniste. Le principal à retenir étant que depuis l’apparition de l’État d’Israël et dans le contexte de la Guerre froide, les relations diplomatiques entre l’État sioniste et l’URSS se remarquaient surtout par leur absence. L’opposition était nette: les USA soutenant Israël (qui est encore leur principal allié à ce jour dans la région et l’un des principaux en général), l’URSS ayant au contraire toujours soutenu la cause des pays arabes opposés à Israël.

Mais les tensions existantes ne se limitaient pas à l’absence des relations diplomatiques. Il est en effet important de rappeler que plusieurs attaques visant des représentations soviétiques à différents endroits du monde et imputées aux extrémistes radicaux sionistes ont eu lieu durant cette période. Les relations diplomatiques n’ont été officiellement rétablies qu’à l’éclatement de l’Union soviétique, avec l’arrivée dans la Russie post-soviétique d’une équipe dirigeante ouvertement libérale et orientée vers l’Occident. Depuis lors tout semblait aller bien dans ces relations bilatérales mais qu’en était-il vraiment? Et surtout qu’en est-il aujourd’hui?

Si la Russie tente de garder un maximum de contacts avec les citoyens israéliens russophones, c’est effectivement dans le cadre du concept de « Monde russe » visant à garder un maximum de liens avec les personnes parlant la langue russe où qu’ils soient, tout en assurant la promotion de la langue et de la culture russes dans divers endroits du monde. Mais politiquement parlant, les relations russo-israéliennes étaient-elles si « appaisées », notamment à partir des années 2000 — période à partir de laquelle la Russie commence, progressivement, à récupérer la place qui lui revient dans l’arène internationale? Pas vraiment. Ne serait-ce que pour la raison que la Russie continue d’insister sur la création d’un État palestinien en bonne et due forme, avec Jérusalem-Est pour capitale. Et les nombreux votes à ce sujet au niveau de l’Organisation des Nations Unies, comme les nombreux rappels de la diplomatie russe à ce sujet ne font que le confirmer. Et même les représentants du lobby pro-israélien basés à Moscou n’ont pas réussi à faire abandonner à la Russie cette position que ce soit au niveau politique ou diplomatique.

Tout s’accélère avec la crise en Syrie, la République arabe syrienne étant un allié de Moscou depuis des dizaines d’années. C’est dans le cadre de cette alliance que la Russie intervient militairement en Syrie à la demande officielle du gouvernement légitime de Damas afin de l’aider à lutter contre les groupes terroristes présents sur son territoire. Israël, de son côté, faisait partie dès le départ de ce conflit de la «coalition» de pays souhaitant faire tomber le président al-Assad (ennemi de longue date de Tel-Aviv), mais aussi faire perdurer le chaos autant que possible. Sachant d’autant plus que la République syrienne a le soutien (en plus de celui de la Russie) de l’Iran et du Hezbollah libanais — ennemis jurés de l’État sioniste.

Pour cela, Israël ne s’est pas seulement limité à une rhétorique hostile à Damas et à un soutien verbal aux terroristes: il l’a confirmé par les faits. En effet, des représentants de plusieurs groupes terroristes ont reçu des soins dans des hôpitaux israéliens, tandis que des armements et des moyens de transport de production israélienne ont été retrouvés au sein de plusieurs groupes terroristes. Enfin, et cela est le comble: l’aviation israélienne a effectué plusieurs frappes en territoire syrien, visant les forces gouvernementales sans jamais (!) s’attaquer à un quelconque groupe terroriste, Daech ou Al-Qaida compris. Évidemment, ces actions ont fait apparaitre au grand jour les tensions existantes entre Moscou et Tel-Aviv.

Et là encore ce n’est pas tout. Alors qu’Israël reste l’allié par excellence de Washington au Proche et au Moyen-Orient (dépassant par la même occasion l’Arabie Saoudite), un rapprochement évident a été observé entre Téhéran et Moscou. Aussi bien en raison d’une vision de facto similaire en ce qui concerne la lutte antiterroriste en Syrie, mais également d’une convergence de points de vue sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux. À ce titre, il ne faut pas oublier qu’au-delà de la lutte armée fructueuse contre le terrorisme en terre syrienne, les deux pays jouent (avec la Turquie) un rôle clé dans l’espace diplomatique en charge de résoudre une bonne fois pour toute la crise syrienne dans le cadre des pourparlers d’Astana. D’ailleurs, là aussi les résultats sont plus qu’encourageants.

Tout cela ne plait pas à Israël, qui ne cache pas son opposition à l’accord de cessez-le-feu en Syrie (qui ne concerne évidemment pas Daech, Al-Qaida et affiliés), ce qui revient à dire que Tel-Aviv souhaite tout simplement la poursuite du bain de sang en territoire syrien. Évidemment, sa peur est motivée par plusieurs facteurs: l’alliance russo-iranienne, le renforcement de l’État syrien qui aura lieu après la victoire totale sur les groupes terroristes et la relance de l’économie (avec le soutien des alliés de la Syrie). Mais aussi par le fait que désormais il y aura face à l’État sioniste un Hezbollah encore plus expérimenté et renforcé par l’expérience unique des combats acquise grâce à la lutte contre les terroristes en territoire syrien (d’autant que la douloureuse expérience de 2006 n’est toujours pas oubliée du côté des responsables à Tel-Aviv).

Plus récemment, un autre dossier a ravivé les tensions russo-israéliennes. L’ambassadeur israélien en Russie, Gary Koren, a été convoqué par le ministère russe des Affaires étrangères, suite à la décision de la Pologne de ne pas autoriser la Russie à participer à la construction d’un musée et d’un lieu commémoratif pour les victimes du camp d’extermination de Sobibor. Décision qu’Israël a soutenu. Voici sur ce sujet le commentaire de Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères: « À titre personnel, je refuse d’accepter la position d’Israël. La décision des autorités israéliennes est inacceptable et cynique. Cette position est à la limite d’une trahison historique ». Trahison historique en effet lorsqu’on connait les sacrifices de l’armée rouge et du peuple soviétique pour anéantir la peste brune nazie. Et lorsqu’on sait ce qui aurait pu advenir du peuple juif sans les sacrifices consentis par l’URSS.

Plusieurs choses sont certaines: Israël reste l’un des principaux alliés des États-Unis — dont la Russie reste un adversaire indiscutable et de premier plan. En outre, il est fermement opposé à l’ère multipolaire qui s’ouvre et dans laquelle il voit clairement un danger pour lui (création tant attendue de l’État de Palestine, évolution des alliances et des réalités régionales). Tout cela pour dire que Netanyahou peut faire autant de visites en Russie qu’il le souhaite, Moscou sait ce qu’il a à faire. Les changements au niveau international ne sauront être stoppés, Tel-Aviv doit en prendre bonne note.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201708241032775850-israel-russie-partenaire/

Mikhail Gamandiy-Egorov