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Présidentielle en Syrie: la souveraineté ne se négocie pas

L’élection présidentielle en République arabe syrienne aura lieu le 26 mai prochain (le 20 mai pour les Syriens se trouvant à l’étranger). Ce scrutin dans lequel le président sortant Bachar al-Assad est largement favori constitue un élément de réponse indéniable aux déstabilisations extérieures ayant visé ce pays depuis plusieurs années.

Malgré toutes les critiques en cours de la part de nombre de régimes occidentaux et affiliés visant, comme à son habitude, la Syrie et notamment le scrutin présidentiel qui aura lieu sous peu, toutes les conditions ont été jusqu’à maintenant réunies pour une organisation digne de ce nom. Aussi bien sur le plan administratif que sécuritaire.

En effet, les autorités syriennes ont mis en place tout le dispositif nécessaire au bon déroulement de la présidentielle. Y compris au niveau des représentations diplomatiques à l’étranger. Ce dernier point mérite d’ailleurs une attention particulière connaissant l’attention accordée aux citoyens de Syrie se trouvant à l’extérieur du pays. Et ce pour la simple et bonne raison que cela constitue un élément de réponse évident que le leadership national n’a aucune peur quant au choix que pourrait faire valoir le vote de la diaspora syrienne.

C’est peut-être d’ailleurs la raison d’une obstruction pratiquée dans plusieurs pays occidentaux en vue de perturber le vote des Syriens vivant dans les pays concernés. Car si l’establishment politico-médiatique occidental aurait été convaincu que les représentants de la diaspora syrienne seraient largement hostiles au président al-Assad, il est assez évident que ce même establishment se serait activement mobilisé pour mettre un accent sur ce point.

Après tout il est pratiquement certain que si une large part des Syriens de l’étranger votera pour le président sortant – toute la propagande hostile à la République arabe et à son leadership en prendrait un sacré coup, supplémentaire. Et ce en premier lieu en terre occidentale, sans oublier les supplétifs.

Pendant ce temps et en Syrie, dans la capitale Damas comme à d’autres endroits du pays, la population semble largement prête à faire exprimer son choix le 26 mai. Et ce dans le cadre multiconfessionnel et multiethnique de la nation – une richesse que durant de longues années les groupes terroristes et leurs parrains extérieurs avaient tout fait pour détruire. Faut bien le dire – en vain.

Le fait même que de pouvoir organiser ces élections présidentielles dans un cadre sécuritaire n’ayant rien à avoir avec celui d’il y a encore quelques années constitue sans le moindre doute un élément supplémentaire de vive inquiétude pour toutes les forces hostiles à la Syrie. Et qui ne fait que confirmer la légitimité du scrutin.

Au moment où plusieurs Etats ayant participé à la déstabilisation du pays cherchent désormais à négocier en vue d’une possible normalisation, comme l’Arabie saoudite – le principal allié, après l’Etat sioniste, des Etats-Unis dans la région du Moyen-Orient, cela démontre également à quel point la donne a changé. Et ce après que plusieurs autres Etats arabes ont d’ores et déjà normalisé les relations avec Damas. Dont les Emirats arabes unis qui avaient déjà rouvert leur ambassade en Syrie en 2018.

Les régimes occidentaux, eux, restent à la traine. Ayant, comme certains de leurs supplétifs, beaucoup de mal à accepter une réalité sur laquelle ils n’ont pas de contrôle. Une réalité qui n’est autre que celle de la multipolarité mondiale. Evidemment, les défis restent très importants. La situation dans plusieurs pays du monde, notamment actuellement en Palestine, reste extrêmement préoccupante. Une chose demeure néanmoins certaine: la résistance et la promotion d’un concept international plus juste restent les meilleures réponses aux nostalgiques d’une époque révolue.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Accord de Vienne: l’Iran en position de force

Après plusieurs semaines de discussions, les conditions permettant à un plein retour à l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien ne sont toujours pas réunies. Si plusieurs experts occidentaux avaient pensé que Téhéran accepterait toutes les conditions étasuniennes, tout semble indiquer le contraire de la situation courante et des pronostics annoncés.

De nombreux experts et analystes occidentaux avaient émis la thèse que la République islamique d’Iran ferait preuve de beaucoup de flexibilité vis-à-vis de Washington, y compris dans le dossier du nucléaire, après le départ de la précédente administration US. Aujourd’hui il devient évident que Téhéran reste sur ses positions en défendant ses intérêts de façon ferme et efficace.

Désormais, les médias mainstream s’accordent à dire que Washington se retrouve effectivement dans une situation délicate. De façon générale, il serait juste de rappeler que les USA – en qualité de violateur des engagements pris dans le cadre de cet accord, car sortis unilatéralement il y a trois ans de cela, devraient certainement faire preuve d’une plus grande humilité dans ces discussions. Mais cette qualité est évidemment tout sauf caractéristique de l’establishment étasunien.

Quant aux positions de l’Iran, elles sont à bien d’égards logiques et légitimes. A savoir entre autres la levée totale des sanctions visant la République islamique, ainsi que plusieurs mois d’analyse du côté iranien en vue de se rendre compte que les sanctions ont bien été levées techniquement parlant. Et aussi des garanties du côté US qu’ils cesseront d’émettre des menaces visant des entreprises étrangères (le plus souvent non-étasuniennes) de travailler en ou avec l’Iran. Ce point mérite une attention particulière, connaissant la mentalité de l’establishment américain d’appliquer l’extraterritorialité de ses lois sur des parties tierces (sur les Européens notamment) en vue de contrer les intérêts de ses principaux adversaires géopolitiques et géoéconomiques.

Evidemment, la particularité de toute cette situation – est que l’administration Biden ne souhaite pas faire preuve de faiblesse vis-à-vis de l’un de ses principaux adversaires sur la scène internationale, avec la Chine et la Russie, et ce aussi bien vis-à-vis de l’opinion publique à l’intérieur des USA, que de par le monde. Tout en comprenant parfaitement ne pas être en mesure de dicter quoi que ce soit à Téhéran. D’ailleurs, la résistance iranienne aux attaques et pressions économiques et sécuritaires au cours de toutes ces dernières années ne fait que le confirmer.

La position de force est donc résolument aujourd’hui du côté de l’Iran. Le tout au moment même que tout le mythe sur la prétendue isolation de Téhéran sur la scène régionale et internationale s’est largement effondré. Au contraire, l’influence iranienne semble être aujourd’hui la plus grande de son histoire contemporaine. Au point que son rival régional l’Arabie saoudite, encore récemment – l’un des principaux initiateurs avec les Etats-Unis et Israël des tentatives visant à contenir l’Iran – semble faire des gestes en vue d’une possible amélioration des relations. Ainsi qu’avec la Syrie  – alliée de la Russie et de l’Iran.

Cette réalité, qui n’est autre que multipolaire, s’affirme donc de jour en jour et place effectivement l’establishment étasunien et plus généralement occidental dans une situation délicate : soit de se conformer aux nouvelles règles internationales, en mettant de côté l’égo surdimensionné et le prétendu exceptionnalisme, soit de poursuivre à jouer les maitres d’un jeu qu’ils ne maitrisent plus. Le monde observe.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Soudan: Washington tente de reprendre la main

L’establishment étasunien ne lésine pas sur les moyens afin de saper l’interaction de Khartoum avec Pékin et Moscou. Le même establishment qui, il y a encore récemment, considérait ce pays africain comme sponsor du terrorisme. Retour sur la question.

Depuis l’annonce en novembre dernier de la création d’une base navale russe près de Port-Soudan – principal port du pays situé sur la mer Rouge, Washington tente au maximum de nuire à ce projet. Pour cela, l’establishment étasunien mise sur plusieurs orientations: diplomatique, économique, sécuritaire, sans oublier le lobbying de ses proxys arabes et africains.

De façon plus générale, les Etats-Unis en tentant par tous les moyens de s’implanter au Soudan, ne visent pas seulement la Russie, mais également un autre des principaux adversaires officiels de Washington – la Chine, fortement présente sur le plan économique dans le pays. Sans oublier l’Iran.

Pour rappel, un navire de guerre US avait accosté en mars dernier au Port-Soudan – un jour seulement après l’arrivée au même endroit de la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch.Un peu plus tôt, en décembre dernier, les Etats-Unis avaient retiré le Soudan de leur liste des pays soutenant le terrorisme. Une liste dans lequel Khartoum se trouvait depuis 1993…

Ce n’est pas tout: Washington a mis à contribution le Fonds monétaire international (FMI). Après tout, tous les moyens sont bons pour tenter à contrer l’influence grandissante de Pékin et Moscou.

L’offensive washingtonienne et de ses supplétifs ne se limitera aux secteurs mentionnés, mais touchera même aux médias. Peu surprenant d’ailleurs lorsqu’on connait la complicité existante entre l’establishment politique occidental et la presse mainstream, sans oublier les affiliés. En ce sens, plusieurs médias arabes avaient annoncé la prétendue suspension par le Soudan de l’accord avec la Russie pour l’établissement de la base navale. Parmi eux Al-Arabiya et Sky News Arabia.

Une information rapidement démentie par l’ambassade russe à Khartoum, qui avait répondu que «les plans technico-militaires entre les deux pays sont toujours d’actualité». Tout en ajoutant que les déclarations contraires sont loin de la réalité. Les informations diffusées par les médias arabes cités n’ont reçu d’ailleurs aucune confirmation du côté des responsables soudanais.

Une chose demeure pour autant certaine. L’establishment US continuera de déployer tous les moyens à sa disposition pour tenter à faire saboter l’interaction de Khartoum dans ses projets stratégiques avec Moscou et Pékin. Le tout au moment où l’influence de l’axe des partisans de la multipolarité, devenue une réalité mondiale, ne cesse de monter en puissance, tout en affaiblissant les rêves des nostalgiques du retour à l’ordre unipolaire dépassé.

Il reste à ne pas oublier que la Russie, comme la Chine, disposent également de nombre d’instruments leur permettant d’aller jusqu’au bout de leurs projets. Géopolitiques, géoéconomiques comme sécuritaires. Le tout au moment même que dans la région concernée, Washington continue de perdre des positions, notamment en Ethiopie, où l’influence sino-russe bat son plein.

En conclusion il faudrait peut-être rappeler que sur le moyen-long terme, la stratégie propre à un jeu d’échecs aura toujours le dessus sur celle du poker qui quant à elle ne peut être que sur le court terme. En ce sens, l’axe non seulement des partisans de la multipolarité, mais également de grandes civilisations mondiales, fera fort probablement la différence. Au grand désarroi de Washington et de ses suiveurs jusqu’au-boutistes.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Sahel: nouvelles turbulences en perspectives?

La mort du président tchadien Idriss Deby fait planer le doute quant à une possible détérioration de la situation sécuritaire dans la région du Sahel. Le tout au moment où les forces occidentales présentes sur le terrain sont loin de contribuer à améliorer cette situation.

Le décès d’Idriss Deby, complètement inattendu pour de nombreux observateurs, dépasse aujourd’hui le cadre strictement tchadien et renvoie à l’incertitude quant aux perspectives régionales du Sahel. Notamment en raison de la considération que les événements à l’intérieur du Tchad risquent de rendre plus compliqué l’engagement du pays dans les campagnes régionales de lutte contre le terrorisme.

La France, dont le Tchad est officiellement un allié, n’avait pas tardé à réagir, en mettant en avant sa pleine solidarité avec N’Djamena suite au décès d’Idriss Deby, à qui un hommage a été rendu aussi bien par le président français Emmanuel Macron, qui saluait «un ami», que par la ministre française des Armées Florence Parly, qui parle de perte «d’un allié essentiel pour la France». Notamment pour l’opération Barkhane au Sahel.

D’autres pays ont également rendu un hommage au président défunt, notamment la Chine, via le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Wang Wenbin, en rappelant qu’Idriss Deby «avait attaché une grande importance au développement des relations d’amitié entre la Chine et le Tchad et avait apporté des contributions positives à la coopération amicale entre les deux pays».

Pour revenir à la France, partenaire clé du Tchad, et malgré une solidarité de Paris clairement affichée, pour nombre d’analystes africains – des questions persistent. Notamment sur les circonstances de la mort du président tchadien, et le fait qu’à la différence des fois précédentes – les militaires français n’avaient pas participé aux combats contre les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT) – nommés pour responsables de l’attaque ayant conduit à la mort d’Idriss Deby.

Certains vont même jusqu’à avancer l’idée que face aux récents échecs stratégiques subis sur le continent africain, notamment en République centrafricaine, l’establishment français ne chercherait-il pas des alliés plus dociles, dont il aurait un contrôle et une capacité de maniement plus importante. Tout est possible, le fait est de nombreux citoyens du Tchad refusent ce schéma relationnel avec Paris. Et leur voix se fait entendre.

En parlant des perspectives régionales, il est pratiquement certain que si la situation se détériorait au Tchad, cela aura des impacts pour le Sahel de façon générale. Le tout au moment où les défis sécuritaires restent de taille pour tous les pays concernés. A ce propos, les médias mainstream oublient comme si souvent de rappeler le pourquoi du comment de cette situation qui perdure. Et qui n’est autre que la conséquence directe de l’intervention de l’Otan contre la Libye de Mouammar Kadhafi.

L’autre question à se poser, c’est pourquoi la présence de troupes françaises, notamment dans le cadre de l’opération Barkhane, débutée en 2014 au Sahel, n’apporte pas de véritables résultats sur le terrain. Cette question mérite d’ailleurs d’être posée également aux forces étasuniennes présentes en Afrique, y compris dans les pays du Sahel, , appartenant au Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom).

Mais peut-être que l’objectif c’est justement de promouvoir encore plus de chaos pour «légitimer» la présence, de plus en plus remise en cause par la très grande partie de l’opinion publique des pays africains? Et à défaut de pouvoir réaliser des coups d’Etat et des déstabilisations en tout genre aussi facilement que dans le passé – reprendre la bonne vieille méthode d’augmenter les zones instables, pour ensuite se positionner en «solutions»?

Après tout, et s’il fallait faire un parallèle avec un pays comme la Syrie – la présence illégale américano-occidentale à certains endroits du pays utilise le justificatif de la lutte contre les éléments de Daech – dans la très grande majorité écrasés par la coalition Syrie-Russie-Iran-Hezbollah libanais, pour expliquer sa présence. Et comme par hasard, les cellules dormantes restantes de la nébuleuse terroriste se réactivent précisément dans la zone de la présence d’une base US – en l’occurrence d’al-Tanf, sans en être inquiétées par les militaires étasuniens.

Dans le cas plus particulier des pays du Sahel il devient donc assez évident que les solutions proposées par les partenaires occidentaux devraient être reconsidérées. La large part de l’opinion publique africaine ne dira pas le contraire.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Haut gradé US: Russie, Chine, Iran peuvent combler le vide au Moyen-Orient

Le chef du Commandement central des Etats-Unis reconnait la perte de la domination des USA sur le Moyen-Orient. Il insiste également sur le rôle croissant de Moscou, Pékin et Téhéran.

Comme souvent, ce que les politiciens n’oseront dire, les militaires l’exposent ouvertement. C’était il y a quelques jours le cas pour Frank McKenzie, l’un des principaux hauts gradés de l’armée étasunienne, et chef du Commandement central des USA (Centcom) – la structure du département de la Défense US responsable des opérations militaires des Etats-Unis au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Asie du Sud, qui a exprimé sa position auprès de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants des Etats-Unis.

Plusieurs points méritant intérêt ont été soulevés dans ces déclarations, notamment du point de vue du rôle croissant des grandes puissances partisanes de la multipolarité – Chine, Russie, Iran, qui ont été bien évidemment citées. En ce qui concerne Pékin et Moscou, McKenzie affirme que les deux pays pourraient remplir le vide dans la région stratégique du Moyen-Orient. Evidemment dans une constatation amère de la réalité pour les USA: «Les deux pays tirent parti de leur proximité avec la région, de leurs relations historiques et d’un déclin perçu des Etats-Unis, afin d’établir et renforcer des relations opportunistes».

Tout en précisant que selon lui la Russie «joue le rôle de spoiler pour les Etats-Unis, en utilisant des moyens militaires, des opérations d’influence et des activités de la zone grise pour saper et perturber l’influence américaine». La Chine, en revanche, «utilise principalement des moyens économiques pour établir des routes régionales, dans le but à long terme d’étendre sa présence militaire et ainsi sécuriser les routes vitales de l’énergie et du commerce».

Pour le général américain «le Moyen-Orient est, et a toujours été, un carrefour d’intérêts mondiaux et une arène historiquement privilégiée pour les puissances étrangères afin de rivaliser pour leur influence, leurs ressources et leur accès».

L’Iran n’a pas été lui aussi oublié. En effet, la République islamique représente sans le moindre doute, au même titre que Pékin et Moscou, un défi de taille pour Washington dans la région. McKenzie affirme que «l’Iran représente une menace quotidienne pour les Etats-Unis et leurs alliés au Moyen-Orient (on peut deviner – en premier lieu pour Israël et l’Arabie saoudite) alors que la supériorité militaire américaine dans la région diminue».

L’autre citation très révélatrice, toujours en rapport avec Téhéran, est la suivante: «L’utilisation généralisée par l’Iran de drones de petite et moyenne taille pour la surveillance et les attaques signifie que pour la première fois depuis la guerre de Corée (1950-1953, ndlr), nous opérons sans supériorité aérienne totale». Une constatation de la réalité qui peut sonner comme un véritable son de cloche des plus alarmants.

En termes d’analyses de ces propos du haut responsable militaire étasunien et de perspectives, il faut reconnaitre à McKenzie, malgré une hostilité non-voilée vis-à-vis des principaux adversaires sur l’arène internationale de Washington, que ses propos traduisent une réalité qu’une large partie des représentants de l’establishment politique US comme occidental de façon générale n’ose pas aborder. Ces derniers, préférant lancer constamment des accusations, le plus souvent sans présenter la moindre preuve tangible, s’obstinent par la même occasion à poursuivre la mission impossible de promotion du concept unipolaire terminé. Et ce aussi bien du côté des élites politiques que médiatiques de l’Occident.

La réalité est pourtant telle qu’elle est. Le concept multipolaire ne fera pas marche arrière pour faire plaisir aux nostalgiques d’une époque où une extrême minorité, bien souvent n’ayant même pas la légitimité de représenter ses propres peuples, dominait l’écrasante majorité planétaire. Il faudra donc accepter la libre concurrence, mais aussi les règles qui en ressortent.

Peut-être qu’à cet effet l’establishment politico-médiatique occidental devrait en effet être un peu plus à l’écoute des analyses de ses représentants militaires qui, pour certains d’entre eux, ont au moins le mérite de comprendre, et de facto – de reconnaitre, le basculement du monde contemporain. Evidemment sans en être des amis ou des partisans, mais c’est déjà mieux ainsi. Une constatation franche de la réalité dans l’adversité reste meilleure que les déclarations sans fin quant au prétendu rôle exceptionnel des USA et de ses acolytes – un discours dans lequel non seulement ne se retrouve pas la large majorité des peuples du monde, mais également une part importante des populations de pays occidentaux. Quant à la Chine, la Russie et l’Iran – les relations du triumvirat ne sont que propres au processus naturel pour trois grandes civilisations mondiales. Et cela – avec ou sans Washington sur leur chemin.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: 10 années de résistance

La République arabe syrienne se remet progressivement des dix années de guerre imposée sur son sol. Si les dernières années ont permis justement à Damas, avec le soutien de ses alliés, de prendre le dessus sur le terrorisme et l’interférence extérieure, des défis persistent. Que retenir pour la Syrie de ces dix dernières années?

Ce qu’il faudrait certainement retenir, c’est qu’au-delà d’avoir dû courageusement résister à une arrivée massive de terroristes en provenance de pas moins d’une centaine de pays et au scénario promu par les régimes occidentaux et affiliés – à savoir faire tomber le gouvernement syrien de Bachar al-Assad, c’était incontestablement aussi une guerre psychologique, où la manipulation et la propagande de la part de médias se considérant comme étant «l’élite» mondiale en la matière, faisaient partie intégrante du scénario si voulu par les régimes initiateurs de cette agression visant la république arabe.

Tout d’abord, il faudrait rappeler comment les représentants des dits régimes et les grands «experts» occidentaux présageaient la chute du leadership syrien. Si on relit les déclarations et les articles de la période des premières années de conflit, cela paraissait comme quelque chose «d’inévitable et d’irréversible». Pourtant, le pouvoir syrien a bel et bien tenu, et ce avant même l’entrée de la Russie dans la lutte antiterroriste à l’invitation officielle de Damas. Bien qu’il soit vrai de reconnaitre que la situation d’avant septembre 2015 était fortement difficile. Mais ce que les médias occidentaux oubliaient souvent de rappeler, c’est que justement l’armée gouvernementale syrienne devait faire face à plusieurs dizaines de milliers de terroristes, en provenance de plus d’une centaine de pays, le tout avec le soutien politico-diplomatique, financier, logistique, armé et médiatique de l’establishment occidental et des autres pays intéressés par la chute de Damas.

L’autre élément de manipulation durant cette période de la part des médias mainstream était incontestablement la tentative de diviser la nation syrienne, notamment sur la base confessionnelle. Sinon comment expliquer la propagande hostile à la Syrie qui répétait jour et nuit qu’une minorité alaouite «martyrisait» une large majorité sunnite? En omettant presque toujours de rappeler que l’armée gouvernementale de Syrie, à l’instar de la population du pays, est fort majoritairement composée justement de musulmans sunnites. Et que si la population sunnite du pays, de même que la grande partie de l’armée, se seraient retournées contre le président syrien – il n’aurait jamais pu, de ses propres aveux, tenir aussi longtemps. Y compris avec le soutien de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. Evidemment, les médias mainstream ne reconnaitront jamais cette manipulation mensongère évidente.

Là aussi ce n’est pas tout. L’autre message largement véhiculé par les élites politico-médiatiques occidentales – c’est le fait que les civils fuyaient aussi bien Daech que l’armée gouvernementale syrienne. Ces personnages pourraient-ils alors aujourd’hui expliquer pourquoi c’est justement dans les territoires sous contrôle gouvernemental (représentant désormais la grande partie du pays) que les réfugiés rentrent en nombre important? Et ce malgré le fait que la reconstruction du pays n’a pas encore pleinement débuté.

Le souci de cette mentalité purement néocoloniale, arrogante et méprisante vis-à-vis des peuples non-occidentaux, c’est que justement l’Occident politico-médiatique n’arrive toujours pas à se faire à l’idée que quelque chose puisse se faire sans son implication. Plus précisément – à l’heure d’aujourd’hui à beaucoup de choses sans sa participation. En ce sens, la Syrie n’en est qu’un exemple.

Le mérite indéniable de la Syrie et de la large partie de son peuple, c’est justement d’avoir été cet exemple de résistance et de la défense de la souveraineté nationale qui a pu inspirer nombre d’autres peuples à l’échelle planétaire. Notamment sur le point de ne pas céder aux attaques et déstabilisations extérieures – même lorsqu’elles paraissent inarrêtables. La guerre en Syrie a justement pleinement démontré qu’il est possible de stopper les appétits néocoloniaux de ceux qui, tout en représentant une extrême minorité mondiale, continuent de manière autoproclamée à se positionner comme le centre décisionnel en termes de vie ou de mort de la planète toute entière.

Cette époque est bel et bien terminée. Et malgré les défis qui continuent d’exister pour la nation syrienne – beaucoup moins aujourd’hui sur le plan sécuritaire, mais bien plus justement dans le domaine économique, de la reconstruction des infrastructures, et de la poursuite du retour des réfugiés, la Syrie continuera certainement de tenir et d’aller de l’avant. Quant au soutien extérieur, Damas pourra certainement continuer de compter sur les pays sincèrement amis. Quant à ses ennemis, leur défaite en Syrie a ouvert la voie à nombre d’autres échecs pour les élites occidentales sur l’arène internationale. C’est ce que nous retenons aujourd’hui.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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ONU: une nouvelle coalition pro-multipolaire se forme

La récente initiative à l’ONU de plusieurs pays voulant défendre la Charte des Nations unies et contrer les attaques visant le multilatéralisme dans les relations internationales confirme une fois de plus la détermination évidente des partisans du concept multipolaire mondial.

17 pays membres de l’ONU s’unissent dans la création du Groupe des amis pour la défense de la Charte des Nations unies, en mettant un accent particulier sur la défense du multilatéralisme, tout en repoussant le recours à la force ou même à sa menace, ainsi que l’imposition des sanctions unilatérales.

Les membres fondateurs du groupe étant: la Chine, la Russie, l’Iran, la Syrie, la Bolivie, l’Algérie, l’Angola, la Biélorussie, Cuba, le Cambodge, la Corée du Nord, l’Erythrée, le Laos, le Nicaragua, la Palestine, le Venezuela, ainsi que Saint-Vincent-et-les-Grenadines. D’autres nations sont par ailleurs invitées à se joindre à cette initiative dans le cadre onusien.

Les initiateurs de cette coalition indiquent dans une note explicative que «le multilatéralisme, se trouvant au cœur de la Charte des Nations unies subit actuellement une attaque sans précédent, ce qui menace à son tour la paix et la sécurité mondiales». En ajoutant que l’on observe aujourd’hui dans le monde le recours de plus en plus actif à des actions unilatérales, marqué par des mesures isolationnistes et arbitraires, y compris des mesures coercitives unilatérales ou le retrait d’accords historiques et d’institutions multilatérales.

Les auteurs notent également que le groupe d’amis s’efforcera de préserver, promouvoir et défendre la primauté et l’importance de la Charte des Nations unies, ce qui est indéniablement très important dans l’environnement international actuel. Le groupe s’efforcera par ailleurs d’assurer le respect intégral, de façon permanente et efficace, et non sur une base sélective ou purement bénéfique, des obligations découlant de la Charte onusienne, ainsi que le respect de sa lettre et de son esprit.

La note explicative à la lettre annonciatrice du lancement de cette coalition indique en outre que le groupe d’amis servira de plateforme pour discuter et coordonner des initiatives conjointes. Ces initiatives devront contribuer à assurer le respect des principes de souveraineté, d’égalité des Etats, et de non-ingérence dans leurs affaires intérieures. Les dites initiatives devraient également contribuer à la mise en œuvre du principe de règlement pacifique des différends.

Ainsi, il est prévu que le groupe coordonnera la préparation des déclarations conjointes, ainsi que l’organisation d’événements supplémentaires dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies. Le groupe se réunira régulièrement au niveau des représentants des pays concernés auprès de l’ONU – au moins une fois tous les trois mois. Les participants se réuniront également une fois par an au niveau des ministres des Affaires étrangères – si la situation à New York le permet en marge de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies. Le coordinateur du groupe sera l’un de ses membres au cours de l’année. Il changera chaque année sur une base de rotation.

Maintenant et en parlant de perspectives dans le cadre de cette initiative internationale, il serait juste de dire qu’elle est incontestablement à saluer. S’il est clair qu’elle réunit et réunira en soi les partisans affirmés de la multipolarité, et qu’elle vise indéniablement à contrer les actions des nostalgiques de l’ordre unipolaire révolu, en premier lieu les Etats-Unis, elle a le grand mérite supplémentaire de renforcer, une fois de plus, la véritable notion de communauté internationale, qui ne peut aucunement se limiter aux pays occidentaux et à leurs proxys. Surtout dans la réalité mondiale actuelle.

D’autre part, les actions coordonnées des pays initiateurs de ce groupe d’amis, ainsi que d’autres qui seraient amenés à rejoindre ledit groupe, représenteront sans aucun doute des réponses efficaces à l’unilatéralisme étasunien et occidental, y compris lorsqu’il s’agit justement pour ces derniers d’adopter des mesures de sanctions unilatérales visant des Etats souverains, ou encore dans le cas d’une interprétation purement néocoloniale du droit international, comme cela fut souvent le cas dans le passé. Et même d’ailleurs au présent bien qu’avec beaucoup moins de résultats pour les nostalgiques unipolaires – capacité de résistance des forces pro-multipolaires oblige. Comme le rappelle d’ailleurs à juste titre le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi durant la récente conférence de presse en marge de la quatrième session de la 13ème Assemblée populaire nationale (APN). Notamment sur la question de la défense et de la promotion du multilatéralisme dans les relations internationales.

Last but not least, cette initiative renforce considérablement les efforts conjoints sino-russes dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU – où l’axe occidental, y compris à travers ses instruments médiatiques, tente sans grand succès de présenter les capacités de blocages et de vétos de Pékin et Moscou comme une volonté minoritaire face à la prétendue «communauté internationale». Une notion qui continuera d’être dépassée pour la simple et bonne raison que la véritable communauté internationale est tout, sauf, la communauté occidentale. Et le monde, dans sa large majorité, n’a jamais adoubé l’Occident d’en être le porte-parole.

Justement et dans le cadre du Conseil de sécurité, bien que la Chine et la Russie réunies ont beaucoup plus de légitimité à parler pour une large part de la communauté réellement internationale, ne serait-ce que du point de vue démographique, économique, politique et sécuritaire que les trois membres occidentaux du CS, il n’empêche que voir une large solidarité internationale, aussi bien dans le cadre eurasien avec l’axe Moscou-Pékin-Téhéran, que de la part des nations africaines, latino-américaines et asiatiques – permettra indéniablement de remettre les pendules à l’heure vis-à-vis de ceux qui n’ont aucune légitimité à parler pour la planète.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les USA tentent d’entraver les projets russo-soudanais?

Les événements d’il y a quelques jours témoignent des nouvelles tentatives washingtoniennes de jouer le rôle du gendarme mondial – à l’heure où il n’en est tout simplement plus capable. Pour cause: la base navale russe au Soudan dont la mise en œuvre inquiète sérieusement l’establishment washingtonien.

Les actions des administrations US toutes confondues se répètent et se ressemblent. Y compris dans le sens d’un refus d’avoir à accepter la réalité multipolaire mondiale – qui, qu’elle plaise ou non à Washington, est désormais une réalité. Ou encore dans le sens que des nations souveraines du monde puissent choisir librement leurs partenaires privilégiés, sans en demander l’avis ou d’autorisation auprès des élites occidentales, étasuniennes en premier lieu.

Depuis l’annonce du projet de création de la base navale russe au Soudan, Washington et ses principaux alliés ont mené toutes sortes de campagnes de lobbying pour nuire à la mise en œuvre dudit accord. Mais face à l’échec de ces tentatives des lobbyistes pro-washingtoniens, les responsables étasuniens ont alors vraisemblablement décidé à tenter de rattraper le retard.

Ainsi, un navire de guerre étasunien a accosté au Port-Soudan un jour après l’arrivée de la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch dans le même port. Pour de nombreux médias internationaux et d’analystes, le timing choisi par la partie étasunienne n’est pas due au hasard, ni à une quelconque coïncidence, mais s’inscrit clairement dans le positionnement washingtonien à nuire à l’accord russo-soudanais de base navale. Ou du moins tenter à faire retarder sa pleine mise en œuvre.

Le cas du Soudan est évidemment assez spécifique dans le sens que depuis la chute de l’ex-président Omar el-Béchir, le pouvoir au pays balance entre les militaires – traditionnellement proches de Moscou et de certains «représentants civils» ayant participé à l’éviction d’el-Béchir, se trouvant sous influence de Washington.

En effet, les USA ont retiré l’année dernière le gouvernement soudanais de sa liste d’Etats «parrainant le terrorisme», notamment dans le cadre du deal pour la normalisation des relations entre Khartoum et Tel-Aviv. Une normalisation sous médiation washingtonienne au bénéfice son allié israélien.

Dans cette perspective, l’establishment étasunien comprend parfaitement que la mise en œuvre d’une base navale russe en terre soudanaise renforcera non seulement l’influence de Moscou sur l’arène régionale concernée et internationale, mais également les liens bilatéraux avec Khartoum, qui pourront incontestablement nuire aux intérêts US, et possiblement à leurs principaux alliés – dont Israël. Après tout, les nostalgiques de l’ère unipolaire révolue voient tous avec vive inquiétude le rôle de plus en plus déterminant de pays comme la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres sur la scène internationale.

Evidemment, dans cette nouvelle phase de la confrontation stratégique et géopolitique entre Moscou et Washington, et dans le cas plus particulier du Soudan, plusieurs avantages restent à l’acquis du positionnement russe. Tout d’abord du point de vue de la relation privilégiée déjà mentionnée entre les militaires soudanais et russes, mais également du fait que le Soudan ne peut oublier les tensions et les pressions diplomatiques, économiques et sécuritaires à grande échelle qui émanaient encore récemment du côté de Washington – et qui restent en partie toujours d’actualité, malgré les campagnes de lobbying qui émanent du camp étasunien et de ses proxys.

Une chose demeure certaine : le bouleversement stratégique dans le monde arabe et musulman après les événements en Syrie, où la coalition menée par les Etats-Unis n’a pas pu réaliser le scénario si voulu au départ – à savoir faire tomber le gouvernement légitime syrien pour asseoir la domination étasunienne sur la région, se fait ressentir jusqu’à présent. D’autres régimes, notamment israélien, sont quant à eux également inquiets de l’interaction régionale russo-iranienne dont l’intensité non seulement ne diminue pas – mais continue de croître, et ce aussi bien sur le plan militaire, que diplomatique, géopolitique et géoéconomique.

Et bien que Washington et ses principaux alliés refusent obstinément de reconnaitre officiellement la réalité multipolaire mondiale, la détermination du camp des nations pleinement souveraines ne fera certainement qu’accélérer les nouveaux succès stratégiques.  Le monde arabe et l’Afrique ne feront pas exception.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Iran compte adhérer à l’Union économique eurasiatique

Le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf avait récemment annoncé que son pays prévoit de rejoindre l’Union économique eurasiatique (UEEA). Si cette annonce suscite un évident enthousiasme pour les partisans de l’intégration eurasienne, du côté des puissances occidentales et d’Israël – l’heure est résolument à l’inquiétude.

L’éventualité d’une adhésion de la République islamique d’Iran à l’Union économique eurasiatique conforte l’idée du plein renforcement de la coopération eurasienne – aussi bien dans le sens d’une région plus que stratégique pour le renforcement du concept multipolaire du monde, ainsi que dans l’idée que c’est bel et bien en Eurasie que se forme la véritable notion de communauté internationale. Et ce aussi bien du point de vue géopolitique, géoéconomique, sécuritaire et démographique.

Pour rappel, l’Iran fait partie d’une autre grande organisation internationale eurasienne, à savoir l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en qualité de membre-observateur, avec de très bonnes perspectives de devenir prochainement membre à part entière. Mais que représente concrètement du point de vue stratégique une adhésion de Téhéran au sein de l’UEEA? Il faut pour cela faire mention de plusieurs orientations.

Tout d’abord, il faut noter que désormais l’Union économique eurasiatique dépasse le cadre «promu» dans la vision des élites atlantistes, comme une simple renaissance de l’URSS. Sachant que l’Iran, à la différence des membres actuels de l’UEEA, n’a jamais fait partie de l’Union soviétique. Cela conforte donc l’idée que la notion même de l’intégration dans l’espace eurasiatique est un concept résolument tourné vers l’avenir et surtout qui attire les nations du grand espace eurasien.

D’autre part, et puisqu’on parle d’économie, il faut noter que pour l’Iran – la 21ème puissance économique mondiale en termes de PIB nominal, la 25ème en qualité de PIB à parité de pouvoir d’achat et l’une des principales économies parmi les pays du monde musulman, la perspective d’entrée dans l’UEEA ouvrira des perspectives économiques fortement intéressantes. Puissance énergétique de premier plan (avec une part de marché au niveau mondial des produits pétroliers de 5,5%), l’économie iranienne a connu une vive diversification au cours des dernières années. Cela sans oublier le potentiel scientifico-intellectuel de la nation perse qui n’est pas à démontrer. Y compris en comparaison avec certains de ses voisins régionaux. Ainsi qu’une capacité ferme à résister aux sanctions et pressions extérieures.

Quant à l’Union économique eurasiatique, il faut rappeler que l’organisation représente en soi une population de près de 200 millions de personnes, un PIB nominal de plus de 1700 milliards d’équivalent de dollars et un PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) de près de 4800 milliards d’équivalent de dollars.

Cette intégration de l’Iran dans l’espace eurasien se déroule  au moment d’un renforcement stratégique avec des pays comme la Chine et la Russie. Ceci étant dit, Pékin et Moscou ne sont pas les seuls soutiens de cette alliance avec l’Iran, aussi bien sur le plan géoéconomique que géopolitique. Des pays comme l’Arménie voient d’excellentes perspectives pour leurs projets économiques dans le cas d’une entrée de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique.

Parmi les projets qui peuvent prendre forme ou être ravivés, on peut faire mention du projet ferroviaire reliant l’Iran et l’Arménie. Le coût de ce projet avait été estimé à 3,2 milliards d’équivalent de dollars. La longueur de cette route devrait être autour de 300 kilomètres, avec une infrastructure comprenant 64 ponts d’une longueur totale de 19,4 kilomètres, ainsi que 60 tunnels de 102,3 kilomètres et 27 stations.

Mais ce n’est pas tout. Si ce projet venait à être réalisé, l’Arménie n’aurait pas seulement une importante voie d’accès à l’Iran, mais également vers la Caspienne – en renforçant ainsi les liens par voie maritime avec les autres membres de l’UEEA – comme la Russie et le Kazakhstan. Ce qui est certain, c’est que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique ouvre des opportunités pour Erevan de booster son économie, surtout pour la période post-covid et post-conflit avec l’Azerbaïdjan. D’autant plus lorsqu’on connait l’importante et influente diaspora arménienne d’Iran et qui maintient des contacts étroits avec la nation d’origine. Tout cela ne peut être donc que fort positif pour les deux pays, et plus généralement pour le front eurasien.

Evidemment, l’intégration de l’Iran dans l’UEEA ne trouve pas que des partisans. Et suscite une inquiétude peu voilée du côté étasunien, ou encore israélien. Justement, le quotidien israélien Israel Hayom note que les Etats occidentaux craignent que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique permette à Téhéran de contourner les sanctions étasuniennes et de faire progresser son programme nucléaire.

Le souci pour les opposants à ces processus de larges intégration et interaction en Eurasie, c’est qu’ils oublient que des pays-civilisations que sont la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres n’ont pas l’habitude de demander d’autorisation à qui que ce soit, en ce qui concerne leurs intérêts respectifs et ceux de leurs alliés. Et que si l’adhésion de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique se concrétisera – ce n’est certainement pas Washington, Bruxelles ou Tel-Aviv qui pourront la faire stopper.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Syrie: la plateforme d’Astana reprend ses travaux à Sotchi

La 15ème rencontre internationale du processus d’Astana sur la Syrie a repris ses travaux dans la ville russe de Sotchi. Malgré les critiques existantes dudit processus de la part de certains acteurs, notamment occidentaux – cette formule reste jusqu’à maintenant la plus efficace sur le plan d’actions concrètes pour la République arabe.

Le règlement politique en Syrie et le sort du Comité constitutionnel sont devenus les principaux sujets des premières négociations depuis plus d’un an dans le cadre du «format d’Astana», qui ont été déplacées du Kazakhstan dans la cité balnéaire russe de Sotchi en raison de la pandémie du Covid-19. Si jusqu’à présent, la mission principale de la plateforme d’Astana était de résoudre les questions sur le terrain, désormais les accents ont connu une certaine évolution.

Pour rappel, les pays garants de ces négociations entre le gouvernement syrien et les représentants de l’opposition dite modérée sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Avec le Liban, l’Irak et la Jordanie qui participent aux travaux en qualité d’observateurs. La délégation onusienne participe également aux rencontres de la plateforme.

Avant le début de cette 15ème rencontre internationale du processus d’Astana, le représentant spécial du président russe pour la Syrie Aleksandre Lavrentiev a noté que les participants «comptent donner une certaine impulsion – non pas au travail du processus d’Astana en tant que tel, mais plutôt au processus de règlement syrien».

Si la situation sur le terrain a effectivement radicalement évolué au cours des dernières années – avec une reprise sous contrôle de la grande partie du territoire syrien par le gouvernement et la destruction des principales forces terroristes, les défis se maintiennent dans la République arabe, et ce pour plusieurs raisons. L’une d’elles étant la province d’Idlib, dont une partie échappe encore au contrôle du gouvernement. Mais plus que cela encore, ladite zone continue d’abriter un nombre assez important d’éléments terroristes, notamment affiliés à Al-Qaida (bien que leur affiliation ne soit plus aussi «officielle» qu’auparavant). A ce sujet, le principal problème pour Moscou reste la démarcation entre l’opposition armée syrienne modérée et ces groupes terroristes, présents côte à côte.

Les responsabilités sur cette démarcation et l’élimination à Idlib de ces éléments terroristes incombent justement à l’opposition armée syrienne représentée dans les pourparlers d’Astana, ainsi qu’à leur soutien turc. Il faut reconnaitre que jusqu’à maintenant pratiquement rien n’a été fait en ce sens et les dits éléments continuent de «cohabiter» dans la partie d’Idlib n’ayant pas encore été reprise par Damas.

Mais ce n’est pas tout. Les autres problèmes majeurs étant la présence étasunienne illégale sur le sol syrien, en alliance avec une partie des représentants kurdes. Ainsi que l’exploitation des gisements pétroliers dans cette zone par des compagnies US – là aussi en totale illégalité. Sans oublier la base étasunienne d’al-Tanf dans le sud du pays – une zone qui a connu une certaine activation récente des éléments de Daech.

Enfin les sanctions washingtoniennes à l’encontre de Damas continuent de fragiliser la situation humanitaire et le plein lancement de la reconstruction du pays. Bien que cela ne soit aucunement une surprise – l’objectif initial des USA en Syrie n’a jamais été la stabilisation du pays, mais bien la tentative (échouée) de faire tomber le gouvernement légal, y compris si cela devait se produire par une multiplication du chaos et du terrorisme – aussi bien en Syrie, que dans toute la région concernée.

La vision de Damas et de Moscou est également partagée par l’Iran, l’autre principal allié de la République arabe. D’ailleurs et dans le cadre des travaux à Sotchi, la délégation de la Syrie, présidée par Aymane Soussane, ministre adjoint des Affaires étrangères et des Expatriés, a tenu une réunion avec la délégation iranienne présidée par le haut assistant du ministre des Affaires étrangères pour les affaires politiques spéciales, Ali Asghar Khaji.

Les points de vue des deux parties étaient identiques quant à la nécessité de poursuivre l’action conjointe à tous les niveaux, notamment celui de la lutte contre le terrorisme – jusqu’à son élimination de tout le territoire syrien. Les deux responsables ont par ailleurs mis l’accent sur la responsabilité de la communauté internationale de mettre fin à la politique d’imposition des mesures coercitives unilatérales, suivie par certains pays occidentaux et qui visent les peuples, ainsi que sur la nécessité de ne pas politiser le dossier des aides humanitaires et ne pas permettre en même temps l’accès de ces aides aux réseaux terroristes. Les représentants syrien et iranien ont également insisté sur l’importance du respect des références de ce processus, notamment en ce qui concerne le refus de toute intervention étrangère ou la fixation des calendriers fabriqués.

Dans toute cette situation, une chose demeure certaine: la détermination de Damas, comme de Moscou et Téhéran de trouver des solutions pour la pleine relance de l’économie syrienne et la reconstruction du pays, ainsi que l’élimination des derniers éléments terroristes encore présents sur le sol syrien. Si la Turquie ne partage pas pleinement le même agenda et continue de retarder, entre autres, la résolution des problèmes dans la province d’Idlib, sa participation dans le processus d’Astana reste certainement justifiée. En ce sens en qualité de garants dudit processus, le trio Russie-Iran-Turquie a été jusqu’à présent indéniablement plus efficace que toutes les autres plateformes promues par les pays occidentaux et affiliés. Confirmant par la même occasion que l’interaction eurasienne reste sans aucun doute la meilleure des options dans la résolution de nombreuses crises régionales et internationales.

Pour ce qui est des USA et de leurs alliés occidentaux, il serait certainement juste de dire que leur rôle jusqu’à maintenant a été surtout d’entraver les processus en cours. Et ce pour deux raisons principales – la première étant l’échec du projet géopolitique initial de faire tomber le gouvernement officiel syrien. La seconde étant le fait d’avoir été écartés des questions majeures visant le règlement en Syrie. Mais malgré les obstacles mis sur le chemin des partisans de la multipolarité – les choses se poursuivent au détriment des nostalgiques de l’unipolarité révolue. Certes, plus longuement que cela aurait été possible. Mais il demeure peu probable que l’Occident politique puisse faire quoi que ce soit dans la défaite évidente subie dans le cadre du scénario si souhaité au départ par l’establishment occidental en terre syrienne.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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