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L’Iran compte adhérer à l’Union économique eurasiatique

Le président du Parlement iranien Mohammad Baqer Qalibaf avait récemment annoncé que son pays prévoit de rejoindre l’Union économique eurasiatique (UEEA). Si cette annonce suscite un évident enthousiasme pour les partisans de l’intégration eurasienne, du côté des puissances occidentales et d’Israël – l’heure est résolument à l’inquiétude.

L’éventualité d’une adhésion de la République islamique d’Iran à l’Union économique eurasiatique conforte l’idée du plein renforcement de la coopération eurasienne – aussi bien dans le sens d’une région plus que stratégique pour le renforcement du concept multipolaire du monde, ainsi que dans l’idée que c’est bel et bien en Eurasie que se forme la véritable notion de communauté internationale. Et ce aussi bien du point de vue géopolitique, géoéconomique, sécuritaire et démographique.

Pour rappel, l’Iran fait partie d’une autre grande organisation internationale eurasienne, à savoir l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) en qualité de membre-observateur, avec de très bonnes perspectives de devenir prochainement membre à part entière. Mais que représente concrètement du point de vue stratégique une adhésion de Téhéran au sein de l’UEEA? Il faut pour cela faire mention de plusieurs orientations.

Tout d’abord, il faut noter que désormais l’Union économique eurasiatique dépasse le cadre «promu» dans la vision des élites atlantistes, comme une simple renaissance de l’URSS. Sachant que l’Iran, à la différence des membres actuels de l’UEEA, n’a jamais fait partie de l’Union soviétique. Cela conforte donc l’idée que la notion même de l’intégration dans l’espace eurasiatique est un concept résolument tourné vers l’avenir et surtout qui attire les nations du grand espace eurasien.

D’autre part, et puisqu’on parle d’économie, il faut noter que pour l’Iran – la 21ème puissance économique mondiale en termes de PIB nominal, la 25ème en qualité de PIB à parité de pouvoir d’achat et l’une des principales économies parmi les pays du monde musulman, la perspective d’entrée dans l’UEEA ouvrira des perspectives économiques fortement intéressantes. Puissance énergétique de premier plan (avec une part de marché au niveau mondial des produits pétroliers de 5,5%), l’économie iranienne a connu une vive diversification au cours des dernières années. Cela sans oublier le potentiel scientifico-intellectuel de la nation perse qui n’est pas à démontrer. Y compris en comparaison avec certains de ses voisins régionaux. Ainsi qu’une capacité ferme à résister aux sanctions et pressions extérieures.

Quant à l’Union économique eurasiatique, il faut rappeler que l’organisation représente en soi une population de près de 200 millions de personnes, un PIB nominal de plus de 1700 milliards d’équivalent de dollars et un PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA) de près de 4800 milliards d’équivalent de dollars.

Cette intégration de l’Iran dans l’espace eurasien se déroule  au moment d’un renforcement stratégique avec des pays comme la Chine et la Russie. Ceci étant dit, Pékin et Moscou ne sont pas les seuls soutiens de cette alliance avec l’Iran, aussi bien sur le plan géoéconomique que géopolitique. Des pays comme l’Arménie voient d’excellentes perspectives pour leurs projets économiques dans le cas d’une entrée de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique.

Parmi les projets qui peuvent prendre forme ou être ravivés, on peut faire mention du projet ferroviaire reliant l’Iran et l’Arménie. Le coût de ce projet avait été estimé à 3,2 milliards d’équivalent de dollars. La longueur de cette route devrait être autour de 300 kilomètres, avec une infrastructure comprenant 64 ponts d’une longueur totale de 19,4 kilomètres, ainsi que 60 tunnels de 102,3 kilomètres et 27 stations.

Mais ce n’est pas tout. Si ce projet venait à être réalisé, l’Arménie n’aurait pas seulement une importante voie d’accès à l’Iran, mais également vers la Caspienne – en renforçant ainsi les liens par voie maritime avec les autres membres de l’UEEA – comme la Russie et le Kazakhstan. Ce qui est certain, c’est que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique ouvre des opportunités pour Erevan de booster son économie, surtout pour la période post-covid et post-conflit avec l’Azerbaïdjan. D’autant plus lorsqu’on connait l’importante et influente diaspora arménienne d’Iran et qui maintient des contacts étroits avec la nation d’origine. Tout cela ne peut être donc que fort positif pour les deux pays, et plus généralement pour le front eurasien.

Evidemment, l’intégration de l’Iran dans l’UEEA ne trouve pas que des partisans. Et suscite une inquiétude peu voilée du côté étasunien, ou encore israélien. Justement, le quotidien israélien Israel Hayom note que les Etats occidentaux craignent que l’adhésion de l’Iran à l’Union économique eurasiatique permette à Téhéran de contourner les sanctions étasuniennes et de faire progresser son programme nucléaire.

Le souci pour les opposants à ces processus de larges intégration et interaction en Eurasie, c’est qu’ils oublient que des pays-civilisations que sont la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres n’ont pas l’habitude de demander d’autorisation à qui que ce soit, en ce qui concerne leurs intérêts respectifs et ceux de leurs alliés. Et que si l’adhésion de l’Iran dans l’Union économique eurasiatique se concrétisera – ce n’est certainement pas Washington, Bruxelles ou Tel-Aviv qui pourront la faire stopper.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Iran ouvert au dialogue avec ses voisins du golfe Persique

Téhéran se déclare prêt à des négociations avec les Etats voisins du golfe Persique en vue de résoudre les différends dans la région. La position iranienne est confortée par des efforts de nombre d’autres Etats souhaitant qu’un tel dialogue prenne place au plus vite.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Djavad Zarif a déclaré que « l’Iran était toujours prêt à renforcer le dialogue avec les pays de la région du golfe Persique, en soulignant que la région et sa sécurité appartiennent à toutes les nations régionales. Il a également noté que pour cette raison, l’Iran avait accepté la proposition du Qatar de faciliter les dites négociations pour pouvoir résoudre les différends régionaux.

En ce qui concerne justement l’appel de Doha, c’est à travers le chef de la diplomatie qatarie Cheikh Mohammed Abderrahmane Al-Thani qu’il a été proposé aux autres pays arabes du golfe Persique à tenir des discussions avec Téhéran. Toujours selon lui, « c’est aussi un désir d’autres pays du Conseil de coopération du Golfe » (composé du Qatar, de l’Arabie saoudite, du Bahreïn, des Emirats arabes unis, de l’Oman et du Koweït). Bien qu’il n’ait pas précisé les autres pays intéressés par un tel dialogue, il faudrait certainement penser entre autres au sultanat d’Oman qui au-delà d’entretenir des relations diplomatiques et économiques avec l’Iran, ne le considère pas comme étant une menace pour les Etats arabes du Golfe.

Les puissances internationales comme la Russie et la Chine, intéressées par une région stable et sécurisée, soutiennent un tel dialogue et plus généralement une normalisation des relations entre la puissance perse et les pays arabes du golfe Persique. A ce titre, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de sa récente rencontre à Moscou avec son homologue saoudien avait fait un appel en ce sens. Auquel Riyad semble pour le moment réticent.

Parmi les raisons d’une telle réticence, plusieurs faits devraient être pris en compte. Tout d’abord, c’est effectivement l’Etat wahhabite qui s’était placé à la tête de la coalition arabe hostile à Téhéran. Mais au-delà des ambitions personnelles de l’establishment saoudien et de l’animosité qu’il puisse avoir en direction de l’Iran, il y a deux facteurs qui jouent dans le blocage de toute normalisation, même relative, entre Téhéran et Riyad. A savoir les USA et Israël.

Le dernier ne cache pas le fait qu’il voit en la République islamique le principal « danger » pour sa sécurité. Quant à Washington, il applique (et continuera certainement d’appliquer) une politique qui place Tel-Aviv non seulement comme une priorité dans sa politique au Proche-Orient, mais de façon générale sur l’arène internationale. Les récentes normalisations entre l’Etat sioniste et certains pays arabes sous la médiation washingtonienne le confirment d’ailleurs pleinement.

Le souci pour l’axe Washington-Tel-Aviv, c’est que le monde actuel n’est plus celui des années 1990, ni du début des années 2000. La preuve de cela, est qu’au-delà de la montée en force des puissances internationales reconnues comme telles, en premier lieu la Russie et la Chine, étant par ailleurs membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, une nation comme l’Iran – formant d’ailleurs un triumvirat avec les deux premiers cités, n’a probablement jamais eu autant d’influence sur la scène régionale et internationale dans son histoire contemporaine. Et ce malgré les innombrables pressions économico-politiques, agressions et intimidations la visant. Confirmant par la même occasion que le grand espace eurasien constitue le fer de lance du monde multipolaire actuel. Et qui d’ailleurs renforce chaque jour un peu plus l’idée que la vraie communauté internationale se trouve dans le camp eurasiatique.

Pour autant, il est pratiquement inconcevable que les représentants étasuniens et israéliens puissent s’adapter, de façon civilisée, à cette réalité mondiale. Et continueront sans aucun doute à défendre avec nostalgie le concept unipolaire définitivement révolu. Quant aux pays arabes qui restent des alliés de cet axe pro-unipolaire et néocolonial, il serait probablement légitime de poser la question s’ils ne seront tout simplement pas retardataires, avec tout ce que cela implique, vis-à-vis du train multipolaire roulant à grande allure.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Le comportement israélien et le silence de l’Occident

L’assassinat du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh a connu la condamnation dudit acte terroriste non seulement par les autorités iraniennes, mais également de nombre d’autres acteurs internationaux. Du côté occidental, le manque d’actions visant à sanctionner le commanditaire probable de l’assassinat confirme une approche tolérante vis-à-vis d’un comportement voyou, ne datant pas d’hier.

Si plusieurs pays ont déjà vivement condamné l’assassinat terroriste commis dans un pays souverain, l’establishment occidental, plus particulièrement européen, n’est pas à sa première contradiction. En effet, les condamnations qui émanaient de Bruxelles et de nombre d’autres capitales européennes se sont fait timides, ce que d’ailleurs n’ont pas manqué de faire remarquer les hauts responsables iraniens. 

Téhéran affirme avec certitude quant à l’implication israélienne dans ledit assassinat, en coordination probable avec Washington. Bien que l’enquête suive encore son cours, il n’empêche que l’implication de Tel-Aviv serait effectivement la plus plausible. Mais vraisemblablement pas une raison suffisante pour l’establishment européiste de parler de sanctions éventuelles visant l’Etat sioniste. A la grande différence de l’approche bruxelloise utilisant la notion du highly likely sur d’autres sujets, bien souvent sans preuves formelles.

Le cas du prétendu empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny, se trouvant actuellement en Allemagne, en représente d’ailleurs un exemple flagrant. Il serait bon de rappeler que depuis le malaise qu’il a subi alors qu’il se trouvait sur un vol intérieur russe, ce sont bien les médecins locaux qui lui ont procuré les premiers soins – lui permettant de partir par la suite en Allemagne pour poursuivre son traitement, avec l’accord des autorités de Russie. Depuis cette histoire, et alors que rien ne menace désormais sa vie, les élites occidentales-européistes, dont Merkel et Macron, ne cessent de pointer du doigt l’implication «probable» du gouvernement russe dans ce prétendu empoisonnement, sans aucune preuve formelle. Et par la même occasion en accentuant la rhétorique quant à de nouvelles sanctions occidentales devant viser la Russie.

Approche tout de même assez paradoxale, sachant qu’un pays comme Israël poursuive en coordination avec son allié washingtonien la réalisation d’assassinats ciblés, aux méthodes purement terroristes, dans des pays souverains, le tout en violation flagrante du droit international. Un comportement voyou que les élites occidentales non seulement ne sont vraisemblablement pas prêtes à sanctionner, mais même à condamner d’une façon digne de ce nom.

Evidemment, la géopolitique joue clairement un rôle majeur dans cette contradiction. Si des puissances non-occidentales sont régulièrement pointées du doigt par le camp atlantiste pour des comportements prétendument «anormaux», notamment la Chine, la Russie, l’Iran, le Venezuela, ou la Turquie, les représentants de ce même camp «moralisateur» préfèrent fermer les yeux, voire simplement approuver les violations commises par leurs alliés, qu’ils soient israéliens ou saoudiens.

Dans cette optique, les meilleures réponses aux comportements voyous et à l’hypocrisie qui couvre ces comportements, seraient probablement non seulement les condamnations politico-diplomatiques, mais des ripostes fermes – allant de la mise en place d’instruments de sanctions pouvant frapper sensiblement les intérêts des adversaires à la multipolarité, de structures d’enquêtes internationales indépendantes de centres occidentaux, ainsi que des capacités techniques et d’analyse d’interaction en vue de contrer les menaces visant les nations souveraines.

Ces mécanismes seraient d’autant plus nécessaires car les élites atlantistes continueront, pratiquement sans aucun doute, à faire les aveugles et les muets dans les dossiers impliquant leurs principaux partenaires, et à poursuivre la rhétorique accusatoire et moralisante vis-à-vis des adversaires géopolitiques, avec comme base bien souvent la notion du highly likely.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Coronavirus & renseignements: le Mossad ne reste pas de côté

Au moment de la lutte désormais mondiale contre le coronavirus (Covid-19), certains pays n’hésitent pas à faire appel à leurs services de renseignement. C’est vraisemblablement le cas en Israël, où le Mossad semble avoir été sollicité pour s’occuper des achats d’équipements médicaux.

Oui, le fléau planétaire du moment pousse les agences de renseignement à une bataille rude pour essayer de s’accaparer les meilleures technologies et équipements médicaux. Et à cet effet, Tel-Aviv semble miser sur son célèbre service de renseignement du Mossad. Ainsi, selon le journal israélien Yediot Aharonot, les services de renseignement ont réussi à acquérir et à ramener au pays un nombre important d’équipements médicaux destinés à combattre le coronavirus. Parmi lesquels 27 respirateurs artificiels, 10 millions de masques chirurgicaux, 25 000 masques de type N95, 20 000 ensembles destinés à la réalisation d’analyses, des bâtons d’analyse et 700 combinaisons spéciales, le tout destiné aux travailleurs du secteur médical israélien, notamment ceux de l’aide médicale urgente, qui réalisent des tests pour le coronavirus.

D’autres sources affirment également que le Mossad s’attelle à ramener des millions de masques de protection supplémentaires, confirmant par la même occasion le sérieux de la situation en Israël depuis l’apparition du coronavirus, si le gouvernement de l’Etat sioniste va jusqu’à en charger le Mossad pour de tels achats et livraisons. Les deux pays mentionnés par l’apparition d’émissaires israéliens en vue des achats mentionnés sont l’Inde et la Chine. La première étant reconnue comme étant un grand producteur mondial d’antibiotiques, la seconde étant tout simplement le plus grand producteur de tout ce qui concerne la lutte contre le coronavirus, y compris les respirateurs artificiels. D’autant plus qu’au cours des derniers mois, la Chine a justement considérablement augmenté la production de cette gamme de produits.

Fait intéressant repris par les dites sources est la concurrence à laquelle ont dû faire face les services israéliens. Notamment aux nombreux acheteurs en provenance des pays arabes, y compris du Golfe, avec beaucoup d’argent liquide à leur disposition, faisant par la même occasion flamber les prix, au grand désarroi des représentants de l’Etat sioniste. Et toujours d’après les informations reçues, les Israéliens ont même dû faire intervenir certains de leurs contacts arabes. Ainsi, un pays du Golfe «sympathisant» à Israël, aurait même facilité l’acquisition d’un certain nombre de positions au sein de l’équipement acheté.

Et vraisemblablement, cette intervention du Mossad ne serait pas la dernière, car aux récentes nouvelles Israël n’a réussi à résoudre son déficit en respirateurs artificiels qu’à hauteur de 20%. Ce qui lui laisse encore du pain sur la planche. La crise du Covid-19 aura au moins démontré une chose: lorsque l’humanité arrive au stade d’une pandémie globale, tous les moyens sont «bons» pour atteindre les objectifs immédiats. Y compris s’il faut pour cela faire appel à des structures qui dans leur tâches habituelles sont généralement loin des fonctions de responsables en achats. Le tout sans oublier le fait, qu’au même moment où certains Etats mènent cette rude bataille pour l’obtention du matériel nécessaire à la lutte contre le coronavirus, des Etats par ailleurs ayant souvent été caractérisés comme étant soi-disant «développés» et ayant complètement été pris au dépourvu, d’autres, si longtemps stigmatisés par l’establishment politico-médiatique occidental, au-delà de se battre pour leurs propres populations, apportent aujourd’hui une aide si précieuse, y compris à destination de ceux qui les stigmatisaient, sans pour autant attendre quelque chose en retour. Chacun se reconnaitra. L’histoire, elle, retiendra le tout.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1501

Les divergences entre la Turquie et plusieurs pays de la Méditerranée s’accentuent

3-32

Alors que les «alliés» occidentaux de la Turquie, sans pour autant entreprendre d’actions concrètes, lui ont juré leur «solidarité» en lien avec les affrontements récents dans la province syrienne d’Idlib, y compris dans le but de saper le partenariat russo-turc et mettre la pression sur le gouvernement syrien, ces mêmes partenaires maintiennent néanmoins plusieurs divergences évidentes avec Ankara sur d’autres dossiers, notamment la Libye et Chypre.

Un cas intéressant est celui de la France. D’un côté, l’establishment politique français avait exprimé son soutien «moral» à la Turquie lors des affrontements avec les forces gouvernementales syriennes, tout en condamnant le chantage d’Ankara vis-à-vis de l’Union européenne sur la question migratoire. On se souvient aussi des condamnations de Paris lors de l’offensive turque contre les militants kurdes de Syrie. S’ajoutent à cela des divergences claires sur la Libye et la question des frontières maritimes en Méditerranée, notamment en lien avec l’exploitation des réserves d’hydrocarbures.

Si en Libye, la Turquie du président Erdogan soutient ouvertement le gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli – contrôlant pas plus d’1/5 du territoire libyen, la France, elle, accorde plutôt ses sympathies à l’Armée nationale libyenne (LNA) commandée par le maréchal Khalifa Haftar. Bien que le soutien français à la LNA soit moins déclaré que celui des Emirats-arabes unis, de l’Egypte ou encore de l’Arabie saoudite, il n’empêche qu’il s’agit bel et bien d’un dossier d’intérêts divergents entre Ankara et Paris.

Mais ce n’est pas tout. L’autre pierre d’achoppement entre la Turquie et nombre de pays méditerranéens concerne la démarcation des frontières maritimes, ou plutôt une vision purement différente sur ces frontières, et notamment la question de forage dans une zone potentiellement riche en gaz naturel, comme c’est actuellement le cas autour de l’île chypriote. En effet et depuis que des réserves potentielles y ont été découvertes, une opposition nette subsiste entre les représentants de Chypre, de la Grèce et d’Israël d’un côté, la Turquie et son allié libyen (ou plutôt tripolitain) de l’autre.

Dans ce dernier cas, plusieurs pays de l’UE, dont la France, ont exprimé leur solidarité avec le trio gréco-israélo-chypriote. Pour rappel, le 2 janvier dernier, Chypre a signé un accord avec Israël et la Grèce pour la construction éventuelle du gazoduc Eastmed, qui pourrait acheminer le gaz extrait à destination de l’Europe continentale. Un accord que la Turquie conteste, en mettant en avant que ledit projet ne prend pas en compte la position de la partie nord de l’île en la qualité de la république turque de Chypre du Nord (RTCN). Et pour riposter, Ankara a tout simplement pris l’initiative de lancer ses propres activités de forage au large de l’île. Pour ce faire, le leadership turc a conclu avec son allié libyen du GNA une «entente» qui devrait lui permettre d’élargir sa zone économique exclusive en Méditerranée orientale. Une action condamnée par la République de Chypre, la Grèce, l’Egypte et Israël.

Dans ces situations, il faudrait probablement se poser la question sur comment la Turquie prévoit de gérer ces tensions existantes avec plusieurs de ses voisins de la Méditerranée. Et ce au moment même des tensions existantes en Syrie – certes un peu apaisées suite à l’accord de cessez-le-feu conclu entre les présidents Poutine et Erdogan à Moscou. La Turquie, dont les ambitions internationales ne sont pas à démontrer, sera-t-elle en mesure de jouer sur plusieurs tableaux indéfiniment et surtout pouvoir gérer l’aspect relationnel avec ses alliés de l’Otan, et ce au moment même où les partenaires eurasiens d’Ankara observent avec attention ses agissements? Là est toute la question.

Une chose est pour autant certaine, la politique de la multiple chaise et les contradictions existantes au sein de son propre «camp», ne vont pas lui faciliter la tâche.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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«Deal du siècle»: la réaction mitigée des pays arabes

2-06

Depuis l’annonce du plan de l’administration étasunienne, communément appelé le «deal du siècle», censé résoudre le conflit israélo-palestinien, favorablement accueilli par l’Etat sioniste mais qui a provoqué une vive indignation de la Palestine, il est intéressant de se pencher sur la réaction très controversée des Etats arabes.

Certains analystes feront remarquer un changement d’attitude évident de la part de certaines capitales arabes vis-à-vis de la cause palestinienne, pourtant bien souvent décrite en grande pompe comme un dossier prioritaire de la cause des nations arabes. Certes, les ministres arabes des Affaires étrangères, réunis samedi dernier au siège de la Ligue des Etats arabes, avaient annoncé le rejet à l’unanimité du fameux «deal du siècle». Mais parallèlement à cela, les divers communiqués publiés séparément par les Etats concernés ont marqué, pour nombreux d’entre eux, un manque évident de solidarité à l’encontre de la Palestine.

Evidemment, plusieurs raisons sont avancées, à savoir la confrontation d’un certain nombre de pays du monde arabe avec l’Iran – faisant observer un rapprochement de plus en plus évident de ces Etats en direction d’Israël, ce dernier parlant nuit et jour quant au prétendu «danger iranien». D’autre part, la relation traditionnelle forte de ces pays, notamment du Golfe, avec Washington, allié traditionnel et de premier plan d’Israël et de ses intérêts, fait que les capitales en question restent sous large influence étasunienne, et donc indirectement des intérêts de Tel-Aviv.

Mais est-ce réellement nouveau Ou simplement une continuité qui date depuis un bon moment, faisant simplement apparaitre à l’horizon quelque chose qui était déjà actualité dans le passé, certes de façon un peu plus voilée? Beaucoup seraient amenés à penser que c’est bel et bien la seconde réalité qui serait bien plus proche de la vérité. Car dans les faits, et bien au-delà des mots « solidaires » envers les Palestiniens, seuls quelques Etats arabes ont, traditionnellement, réellement entrepris des actes concrets en soutien à cette cause, dépassant le simple concept des belles paroles.

Parmi ces pays – la République arabe syrienne. Allié indéfectible de la résistance palestinienne depuis de longues années, et malgré les dernières années de guerre sur son sol avec le déferlement de dizaines de milliers de terroristes en provenance de plusieurs dizaines de pays, Damas a maintenu sa position inchangée. D’ailleurs, il n’était pas rare que lorsque des drapeaux nationaux de Syrie aient été posés par les militaires de l’Armée arabe syrienne dans les localités libérées des terroristes, des drapeaux palestiniens soient souvent eux aussi placés aux côtés des drapeaux nationaux syriens. Très souvent en opposition totale avec les éléments terroristes, que ce soit de Daech, d’Al-Qaida ou d’autres qui, à l’époque où ils avaient encore la main se donnaient un vif plaisir à arracher les drapeaux syriens… comme palestiniens. Mais cela est une autre histoire. Au niveau officiel, la Syrie a exprimé sa vive condamnation et son rejet absolu du soi-disant «deal du siècle» qui constitue une soumission à l’entité d’occupation israélienne, et entre dans le cadre des tentatives continues des administrations américaines successives et de l’entité sioniste de liquider la cause palestinienne et d’ignorer la légalité internationale et ses résolutions concernant le conflit arabo-israélien https://www.sana.sy/fr/?p=174984

Une position traditionnellement ferme, bien loin donc des approches des pays du Golfe, entre autres. Parmi les voisins de la Syrie, le Liban et l’Irak – ce dernier ayant récemment appelé les USA à évacuer ses militaires présents sur son sol – ont rejeté de façon nette le plan étasunien, ainsi que dans une moindre mesure la Jordanie.

En ce qui concerne l’Afrique du Nord et notamment les pays du Maghreb, la réaction la plus vive a été observée du côté d’Alger – qui, à l’instar de Damas, a maintenu historiquement un soutien ferme en faveur de la cause palestinienne. Et ce aussi bien sur le plan politique, diplomatique que pratique. Réitérant son soutien «fort et indéfectible à la cause palestinienne et au droit imprescriptible et inaliénable du peuple palestinien frère à l’établissement d’un Etat indépendant et souverain avec Al-Qods (Jérusalem-Est, ndlr) comme capitale. Parallèlement, Alger a rappelé «qu’aucune solution ne saurait être envisagée sans l’association des Palestiniens, notamment lorsque il s’agit d’une solution contre leurs intérêts» – faisant ainsi une référence assez directe au fameux plan américano-israélien, qui ne prend aucunement en compte les intérêts légitimes d’une partie, normalement, impliquée dans le cadre d’un tel «plan». Une position avec laquelle la Tunisie voisine s’est dite solidaire.

Maintenant pour parler concrètement perspectives. Au-delà des relations traditionnellement fortes avec Washington des pays ayant adopté des positions pour le moins ambiguës sur cette question cruciale pour la dignité du monde arabo-musulman, et de l’opposition actuelle de ces capitales avec Téhéran (bien souvent là aussi sous pression US), il y a d’autres questions/raisons qu’il serait probablement possible à avancer. Comment des Etats n’ayant pas encore possession complète de leurs propres souverainetés respectives pourraient-ils être en mesure de défendre une véritable indépendance et souveraineté d’un autre Etat arabe, en l’occurrence la Palestine? Comment des Etats, qui tout en comprenant parfaitement la nouvelle réalité multipolaire et affirmant, de temps à autre, vouloir aller dans le sens de la diversification des relations avec les puissances non-occidentales, mais n’ayant pas le courage d’aller jusqu’au bout de ces déclarations, pourraient-ils jouer un rôle constructif pour la cause palestinienne, qui nécessite des positions solidaires, souveraines et pleinement indépendantes? Là est probablement toute la question.

Ce qui est néanmoins certain, c’est que le plan américano-israélien n’apportera aucun résultat réel au problème israélo-palestinien. Le monde unipolaire post-soviétique est un phénomène désormais révolu. Et dans cette réalité récente, il y a aujourd’hui des forces responsables qui sauront certainement apporter des solutions bien plus constructives, honnêtes et viables. Ce sera difficile, mais tout reste possible. Surtout avec encore un peu de patience.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Occident aboie, la Syrie passe

Carte du Proche-Orient

Plus l’Occident sent la situation au Moyen-Orient lui échapper, plus il se montre menaçant et vindicatif. Alors que Damas nettoie les dernières poches de djihadistes les unes après les autres, les États-Unis menacent la Syrie de nouvelles frappes. Elles ne pourront néanmoins inverser l’issue de la guerre et la défaite des affidés de l’Occident.

Alors que l’Occident, USA en tête, menace la Syrie de nouvelles frappes, son comportement ne fait que confirmer qu’il a perdu sa mise dans ce pays proche-oriental. Et dans cette défaite qui se confirme de jour en jour, ce ne sont pas uniquement les États-Unis qui sortent perdants, mais tous ceux qui les ont suivis dans cette aventure criminelle et guerrière visant à déstabiliser un pays souverain.

La Turquie fait figure d’exception, après avoir retrouvé ses esprits et s’être largement rapprochée de la Russie et de l’Iran, aussi bien dans le cadre de ses relations bilatérales avec ces pays que dans le cadre d’initiatives conjointes, comme celles d’Astana. Cette même Astana dans laquelle les décisions coordonnées par la Syrie et le trio Russie-Turquie-Iran ont apporté plus de choses positives et concrètes à la population syrienne que les multiples «sommets» organisés par les Washington, Londres, Paris ou Riyad.

Parmi les indéniables perdants, on retrouve également la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie saoudite ou encore Israël —tous ceux qui ont misé sur la chute de Bachar al-Assad et qui pour y parvenir, se sont appuyés sur des groupes terroristes. Un scénario qui rappelle étrangement celui de la Libye, à une différence près. En Syrie, les forces atlantistes et affiliées n’ont pas pu, malgré leur volonté manifeste, intervenir de façon directe pour faire tomber les autorités légitimes syriennes. La Russie leur barrait la route.

Parlons justement du rôle de la Russie dans la résolution du conflit syrien et dans la victoire contre les groupes terroristes. À ce sujet, un petit rappel s’impose. En 2015 (avant l’intervention de la Russie), Raymond T. Odierno, alors chef d’état-major des forces armées américaines, avait déclaré dans une interview à la chaîne CBS que «la coalition sous commandement étasunien pourrait avoir besoin de 10 ans pour pouvoir vaincre Daech». Pour rappel, à cette période, ladite «coalition» de quelques dizaines de pays affiliés aux États-Unis prétendait déjà lutter contre la secte extrémiste depuis un an.

Puis intervint la Russie, fin septembre 2015, à la demande du gouvernement légitime de Syrie. Et grâce à cette intervention antiterroriste russe, avec le soutien de l’Iran et du Hezbollah libanais, la Syrie a réussi à anéantir Daech à plus de 95%, le tout en deux ans. Des barbares qui se comptaient par ailleurs en dizaines de milliers. Tout cela pour dire que les menaces verbales proférées par l’establishment occidental, du Pentagone à la CIA, de la Maison-Blanche à l’Élysée ou dans l’enceinte de l’Onu, ne signifient au final qu’une seule chose: ils ont perdu et cela fait mal. Très mal.

À croire que pour les élites occidentales, qu’elles soient politiques, financières ou médiatiques, il est difficile de se débarrasser d’une maladie chronique et génétique: l’esprit colonial. Le massacre de millions de personnes aux quatre coins du monde, la colonisation, la traite esclavagiste —tout cela, qu’on le veuille ou non, découle de la politique occidentale au cours des siècles à l’encontre des peuples eurasiens, africains, latino-américains.

Et malgré les tentatives de certains faux bien-pensants de présenter certains pays comme faisant partie du fameux «Axe du mal» pour les opposer à celui du «bien», en clair, l’Occident, le fait est, statistiques à l’appui, que les «champions» absolus en crimes de masse partout dans le monde sont bel et bien les Occidentaux, du moins leurs décideurs. Et ce aussi bien avant le XXe siècle, qu’au cours de celui-ci et jusqu’à ce jour.

Et pour cette minorité, trop habituée à dominer les affaires planétaires, il est évidemment fort difficile de devoir se faire, ou plutôt se refaire, à la nouvelle réalité multipolaire du monde. Se refaire, car il y avait déjà eu un contrepoids à leur hégémonie: l’URSS. Avec sa chute, les élites occidentales ont pensé qu’elles jouiraient pour toujours d’une certaine impunité. Mais il n’en fut rien. La Russie s’est relevée. Largement relevée. Et avec elle se lèvent toutes les autres nations non-occidentales, qui refusent et refuseront fermement le diktat unipolaire en ce XXIe siècle.

La Ghouta orientale est la nouvelle grande victoire de la Syrie et de ses alliés, au même titre qu’Alep, Palmyre, Homs ou Deir ez-Zor. Car elle représentait le dernier fief terroriste soutenu par l’amicale occidentalo-wahhabito-sioniste aux portes de Damas, ville sainte et millénaire. Une amicale qui a beau pester et menacer, les faits sont têtus: elle a perdu son leadership. La Syrie sera victorieuse. La Russie aussi.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201804101035885389-syrie-occident/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La nouvelle DCA syrienne: le cauchemar d’Israël?

Israël

Israël a vu une fois de plus sa prétendue «supériorité aérienne» être mise à mal. Les changements de rapports des derniers mois sur le front syrien et plus généralement régional ne font que s’affirmer chaque jour un peu plus.

Dans notre article de décembre dernier, nous avions justement abordé ce changement de donne qui devenait de plus en plus évident sur la scène régional, en rapport avec l’arrivée de la fin de la supériorité aérienne de l’Etat sioniste au Proche-Orient. Evidemment, les critiques n’ont pas manqué de mettre en doute ce processus, prétendant que même si la DCA syrienne se montrait plus efficace que dans le passé et qu’elle ait pu abattre plusieurs missiles israéliens lancés contre des sites en territoire syrien, cela ne changeait en rien la capacité israélienne à dominer le ciel régional.

Tout change désormais. En réalité tout a commencé à changer bien avant. Depuis que les avions du Tsahal n’osaient plus s’aventurer dans le ciel syrien et menaient toutes leurs attaques contre la Syrie depuis l’espace aérien libanais: c’était déjà le début fortement révélateur. Quant à la Syrie, et comme on le disait dans les analyses précédentes, tant qu’elle était avec ses alliés focalisée à détruire les principaux foyers terroristes sur son territoire, le principal étant Daech et cet objectif a été atteint à plus de 95%, il lui était évidemment difficile de se focaliser sur les attaques sporadiques israéliennes et d’y répondre efficacement. Surtout que pour rappel et comme l’avait dit plusieurs fois le président syrien Assad la DCA syrienne était fortement affaiblie suite aux destructions menées par les terroristes vis-à-vis de ces installations, et ce depuis le début du conflit.

Depuis, la Russie avait annoncé son intention de mettre à niveau la DCA syrienne avec la participation de spécialistes russes, et cela en complément de la présence des systèmes russes existants dans la République arabe — destinés à protéger les installations et le personnel russes en terre syrienne. Les ennemis de la Syrie, et aussi de la Russie, n’avaient pas manqué à chaque mauvaise occasion de mettre en doute les capacités défensives de la DCA russe, prétextant justement le manque d’action face aux attaques menées notamment par l’aviation israélienne contre des cibles syriennes. Ils souriront mois souvent dorénavant.

Tout d’abord, et n’importe quel expert en la matière le confirmera, mettre en place un système anti-aérien digne de ce nom demande du temps, ainsi qu’une formation adéquate pour le personnel qui va le gérer à terme. Surtout (!) en temps de guerre. Quoiqu’il en soit, l’événement qui s’est déroulé ce 10 février est plus que révélateur: lorsqu’un système de fabrication soviétique, le fameux S-200 utilisé par l’armée syrienne, vraisemblablement sérieusement amélioré par les spécialistes russes, a été en mesure d’abattre la fierté du Tsahal: en l’occurrence le fameux avion F-16 et ce d’autant plus dans le ciel israélien, seul un idiot pourrait encore mettre en doute les capacités des systèmes russes beaucoup plus sophistiqués.

Selon le commandement syrien, plusieurs avions israéliens auraient été touchés. Israël n’a reconnu que la perte d’un seul, ajoutant que les deux pilotes ont réussi à s’éjecter, tous deux étant hospitalisés, l’un deux dans un état grave. Connaissant la capacité du commandement militaire israélien à minimiser via ses communiqués officiels ses pertes, on peut effectivement se poser la question si seulement un avion ait été abattu par la DCA syrienne, ou à défaut d’être abattu comme le premier — mis hors d’état de nuire. En tout cas, le budget israélien peut désormais calculer les pertes mais surtout analyser la fameuse question: est-il encore maitre du ciel régional?

Par ailleurs et au-delà du F-16 abattu, la DCA modernisée de la République arabe a détruit durant ces derniers jours plusieurs dizaines de missiles israéliens tirés contre son territoire. Et là aussi c’est un changement majeur: si dans le passé un peu plus lointain la Syrie pouvait se vanter au mieux d’avoir abattu une partie des missiles tirés par les Israéliens à son encontre, depuis les derniers jours et avant même l’événement majeur du crash du F-16 en Galilée, Damas pouvait fièrement annoncer que la très grande majorité des missiles du Tsahal tirés contre les positions syriennes ont été interceptés.

Au-delà de ce succès stratégique indéniable, face à un Etat surarmé se permettant beaucoup plus qu’il ne devrait se permettre, la Syrie confirme une fois encore le statut de pays défendant la fierté et la dignité du monde arabe. Et ce après avoir cassé la colonne vertébrale des terroristes, issus d’une centaine de pays qui s’étaient déferlé en terre syrienne avec le « généreux » appui financier, militaire et médiatique des élites de grand nombre de pays: occidentaux, et golfistes. Sans oublier Israël — qui tout au long de ces dernières années n’a jamais été dérangé par la présence à ses « portes » de terroristes de Daech ou d’Al-Qaida, ne les ayant jamais frappé et en allant même à leur offrir des soins médicaux dans les meilleurs hôpitaux israéliens, tout en poursuivant à attaquer périodiquement l’armée gouvernementale syrienne, y compris lorsque celle-ci menait de rudes combats contre ces mêmes terroristes salafistes.

P.S. Simple supposition personnelle mais il est à penser que l’enquête russe sur l’origine des drones d’attaque utilisés par les terroristes dans la nuit de la célébration du Nouvel an 2018 contre la base russe de Hmeimim ait abouti. Et que le responsable ait été déterminé. Sachant que selon les experts militaires russes, les dits drones d’attaque sophistiqués ne pouvaient être que de production étasunienne, ou… israélienne. Sur le plan diplomatique, le ministère russe des Affaires étrangères, commentant les frappes israéliennes et la riposte syrienne, a rappelé que le respect de la souveraineté de la Syrie était primordial, tout en ajoutant qu’il était inacceptable de mettre en danger la vie de militaires russes opérant en Syrie contre les terroristes. A bon entendeur.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201802111035100550-dca-syrienne-israel/

Mikhail Gamandiy-Egorov

«Chine-Russie, l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde»

«Chine-Russie, l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde»

L’année 2017 s’achève. Une année riche en bouleversements, marquée par une opposition toujours plus nette entre pays partisans de la multipolarité et fervents opposants à cette nouvelle réalité. Retour sur les principaux événements de l’année et projections pour 2018 avec Bruno Guigue, spécialiste en relations internationales.

Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est un analyste politique français, enseignant en relations internationales à l’Université de La Réunion et chroniqueur en politique internationale. Il dresse pour Sputnik un bilan géopolitique de l’année 2017 et trace des perspectives pour 2018.

Sputnik: Commençons par la Syrie, qui a été à la Une de l’actualité depuis plusieurs années. Fait certainement majeur dans la guerre qui a été imposée à ce pays: l’anéantissement de Daech par les forces gouvernementales soutenues par ses alliés, en premier lieu la Russie. Quelle leçon en tirer? À travers ces événements, quel avenir pour la République arabe syrienne, mais aussi pour cette région, peut-on entrevoir, selon vous?

Bruno Guigue: L’impérialisme voulait détruire la Syrie, et il a échoué. Il voulait dépecer le territoire national, mais ce territoire est repris, village après village. L’armée est restée fidèle au gouvernement légal, elle s’est battue avec ténacité pour restaurer la souveraineté nationale. Il faut le dire: comme le Hezbollah face à Israël, l’armée syrienne a sauvé l’honneur du monde arabe face à la coalition impérialiste. Elle a payé le prix fort, mais elle a tenu bon. La solidité de son armée est un signe rassurant pour l’avenir du pays.

Les tentatives de subversion ont été balayées, il faut maintenant couper court aux tentatives de démembrement du pays. Washington a joué à la fois la carte terroriste et la carte kurde. Avec la liquidation de Daech, les «néocons» ont perdu leur principal atout. Mais les Kurdes ne sont pas des ennemis de la Syrie, et ils trouveront un compromis avec Damas. Quant aux dernières poches «rebelles», elles finiront par céder. La Syrie va renaître sur des bases nouvelles, et elle restera un État souverain et unitaire. Le coût de la reconstruction du pays est estimé à 250 milliards de dollars, et les Chinois ont déjà annoncé leur participation à cette vaste entreprise.

Sputnik: Au vu de ces changements majeurs dont nous avons été tous témoins, quel sera le nouveau rôle de la Russie au Moyen-Orient?

Bruno Guigue: Sans la Russie, jamais les Syriens n’auraient pu entrevoir le bout du tunnel. Avec 5.000 soldats et 70 avions, Moscou a fait basculer le rapport de forces militaires. Rares sont les victoires qui conjuguent rapidité d’exécution, économie de moyens et coopération optimale avec les alliés. La Russie a accompli ce tour de force. En septembre 2015, les médias occidentaux évoquaient avec gourmandise le spectre du «bourbier afghan». Ces oiseaux de mauvais augure en sont pour leurs frais. Deux ans plus tard, l’affaire est pliée. La guerre n’est pas terminée, mais Daech a rendu l’âme et la Syrie est sauvée du désastre.

Les Russes, en outre, ont accumulé les succès sur le plan politique. Les pourparlers sur l’avenir de la Syrie ont commencé à Astana, capitale d’un pays allié de la Russie, le Kazakhstan. Ils se prolongent à Sotchi, sur le littoral russe de la mer Noire. Avec une habileté consommée, Moscou a déplacé l’axe des négociations internationales. En endossant la responsabilité de la résolution de la crise syrienne, la Russie a pris des risques. Aujourd’hui, elle s’en sort avec les honneurs. Les USA, eux, sont condamnés à faire tapisserie, et leur influence se réduit plus que jamais à leur capacité de nuisance.

Sputnik: En tenant compte de ce nouveau rôle confié de plus en plus à la Russie, au Moyen-Orient comme ailleurs, que vont entreprendre les USA? On pense notamment à la récente décision de l’administration Trump de confirmer le transfert de l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem —une décision largement condamnée par plusieurs capitales régionales, dont Damas, Téhéran ou encore Ankara.

Bruno Guigue: La Russie se bat pour un monde multipolaire, tandis que les USA ont la nostalgie d’une hégémonie perdue. Les rodomontades de Donald Trump traduisent le déclin d’une puissance condamnée à passer la main. C’est le chant du cygne d’une domination qui s’effondre comme un château de cartes. Alliée fidèle depuis un demi-siècle, la Turquie se rebiffe. Washington n’a pu empêcher la discorde entre Riyad et Doha. Les diatribes contre l’Iran font du bruit, mais elles sont sans effet. La Corée du Nord défie les États-Unis, et Washington menace dans le vide. En fait, Donald Trump aboie, mais il ne mord pas. Il confond l’emphase verbale et le rapport de forces.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël est symptomatique. Cette décision est sans intérêt pour les USA. Elle mécontente ses alliés arabes et musulmans. Elle montre que Washington, au Proche-Orient, ne fait pas partie de la solution, mais du problème. Mais peu importe. Trump en a fait la promesse à Netanyahou en septembre 2016 pour compenser son désavantage face à Hillary Clinton. En un sens, c’est plus clair. Cette allégeance à l’État-colon rappelle à ceux qui l’auraient oublié que le lobby pro-israélien détermine la politique étrangère des États-Unis.

Sputnik: L’année 2017 a été aussi celle de la poursuite de la montée en puissance de la Chine, à tous les niveaux. Puissance économique, politique, diplomatique et militaire mondiale de premier rang, Pékin a désormais son mot à dire sur pratiquement toutes les questions internationales. L’année 2018 confirmera-t-elle cette dynamique? Et en quoi les rapports privilégiés et des positions souvent similaires, ou du moins proches, entre Pékin et Moscou pourront-ils continuer à renforcer la réalité multipolaire du monde?

Bruno Guigue: Si les médias occidentaux ne s’intéressent pas à la Chine, c’est pour une raison très simple. S’ils le faisaient, il leur faudrait expliquer comment un État souverain se réclamant du marxisme, en 30 ans, a multiplié son PIB/hab. par 17 et extrait 700 millions de personnes de la pauvreté. La Chine change à un rythme déconcertant. Un pays qui assure 30% de la croissance mondiale et dont on juge que sa croissance «fléchit» lorsqu’elle est à 6,5% mérite le détour. On peut ironiser sur un communisme qui fait la part belle au capitalisme, mais les Chinois se moquent des catégories dans lesquelles l’Occident désigne leur réalité.

Les Russes, eux, ont compris depuis longtemps l’intérêt stratégique du rapprochement entre les deux pays. L’alliance russo-chinoise n’est pas seulement une affaire de gaz et de pétrole. C’est l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde. L’hinterland stratégique prend sa revanche sur les puissances maritimes. C’est comme un déplacement de plaques tectoniques, les phénomènes s’enchaînent insensiblement. Le projet chinois de «Route de la soie» transasiatique donnera corps au projet eurasien de la Russie. Dans ce vaste mouvement vers l’Est, Moscou et Pékin ont une vision commune, et ils peuvent entraîner avec eux une grande partie de l’Asie.

Sputnik: En ce XXIe siècle, on continue d’observer des rapports entre certains États que l’on peut caractériser par une relation de vassal à suzerain. Plusieurs pays africains, par exemple, n’ont toujours pas de politiques nationale et internationale indépendantes, se trouvant sous le contrôle de certaines puissances occidentales, dont européennes.

Bruno Guigue: Ce qui est frappant, en Afrique, c’est le maintien de structures héritées de la colonisation dans les pays francophones. Les pays du Sahel sont à la fois les pays les plus pauvres de la planète et ceux où la présence militaire française n’a jamais été aussi forte depuis les indépendances. On va finir par se demander s’il n’y a pas une relation de cause à effet! Quelle est la crédibilité d’un État africain qui compte sur l’ancienne puissance coloniale pour assurer sa sécurité? Que signifie cette lutte contre le terrorisme menée par la France au Sahel, alors qu’elle a offert un arsenal aux terroristes en détruisant l’État libyen en 2011?

Le système monétaire du franc CFA est tout aussi aberrant. En arrimant la monnaie des pays-membres à l’euro, il leur impose une parité qui entrave le développement. Lorsqu’il fustigeait la dette, Thomas Sankara posait la question de la souveraineté économique de l’Afrique. Il faisait le procès d’un néocolonialisme qui continue de sévir aujourd’hui. Nous venons de commémorer le 40e anniversaire de son assassinat, et son message demeure d’une brûlante actualité.

Sputnik: Aujourd’hui, la notion de souveraineté est de plus en plus présente dans les discours aux quatre coins du monde. Selon vous l’année 2018 sera-t-elle l’année où la souveraineté continuera à remporter des victoires face au néocolonialisme?

Bruno Guigue: Le combat de la souveraineté contre l’impérialisme est un combat multiséculaire. C’est le combat des peuples contre ceux qui veulent les dominer, les exploiter, voire les anéantir. Il a connu trois périodes. La première est marquée par les conquêtes coloniales. Elles ont suscité des résistances farouches, comme celle de l’émir Abd-El-Kader en Algérie. La seconde période est celle de la décolonisation de l’Asie et de l’Afrique, dont la conférence de Bandoeng (1955) est le symbole. Enfin, nous sommes entrés dans la troisième période depuis les indépendances. Il s’agit d’une lutte sur plusieurs fronts.

Pour les pays du sud, c’est le contrôle de l’accès aux ressources naturelles et aux technologies modernes qui est prioritaire. Mais pour y parvenir, il leur faudra desserrer la double étreinte des marchés mondiaux et des institutions financières internationales. Pour maîtriser leur développement, ces États devront d’abord restaurer leur souveraineté, préalable de toute politique progressiste. Contre un économisme dogmatique, il faut réaffirmer la primauté du politique. L’abandon aux mécanismes aveugles de la mondialisation libérale a fait son temps. La poigne d’un État souverain vaudra toujours mieux, pour le développement, que la main invisible du marché.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712201034413515-chine-russie-annee-2017-bilan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Attaques aériennes: quand Israël se casse les dents sur l’os syrien

Un soldat israélien

Israël vient de voir sa supériorité aérienne au Proche-Orient sérieusement écorné. Damas, après avoir éliminé la menace terroriste, ne laisse plus sans réponse les agressions israéliennes et vient d’enregistrer un premier succès en la matière. La fin de l’impunité aérienne de Tel-Aviv est lourde de conséquences pour la région.

L’interception par la chasse syrienne de plusieurs missiles sol-sol israéliens est révélatrice des changements radicaux de rapports de force au Proche et au Moyen-Orient. Cette évolution militaire est en effet sous-tendue par des glissements des lignes de force géostratégiques, ce dont ne se plaindront pas les partisans de la multipolarité.

Pour aborder ce dernier point, relevons tout d’abord une hystérie de plus en plus évidente des dirigeants israéliens. Netanyahou, constatant l’échec de son scénario idéal, à savoir le pourrissement indéfini du conflit syrien, lance des menaces quasi-quotidiennes à Damas et à ses alliés, dont Téhéran. Des menaces parfois suivies de moments de silence, tant la nouvelle réalité semble frapper les responsables de l’État hébreu.

En effet, depuis quelques jours, Israël hausse le ton en affirmant «qu’il ne tolérera pas une quelconque présence iranienne en Syrie». Il oublie par là que la Syrie n’est pas une colonie israélienne, à l’instar de celles dont il dispose pour le moment encore en territoire palestinien. Il néglige aussi le fait que la République syrienne, en qualité d’État souverain, n’a aucunement à valider avec des tiers, qu’ils soient israéliens, américains ou européens, la présence sur son sol de forces alliées russes, iraniennes, ou du Hezbollah libanais.

Tel-Aviv semble de plus surpris que non seulement la Syrie a vaincu les dizaines de milliers de terroristes qui opéraient sur son sol depuis plusieurs années, grâce à l’aide décisive de la Russie et qu’elle ait déjà lancé de vastes chantiers de reconstruction à l’échelle nationale, mais aussi que Damas impose une nouvelle donne en matière de défense de son espace aérien.

Faut-il le rappeler que tout au long de la guerre menée par la Syrie et ses alliés contre le terrorisme international, l’aviation de l’Etat sioniste a mené plusieurs raids contre les positions de l’armée syrienne, sans jamais toucher un quelconque groupe terroriste, y compris Daech ou Al-Qaida? Damas n’a d’ailleurs pas manqué de pointer du doigt la complicité entre Tel-Aviv et lesdits groupes terroristes.

Mais au delà de ces condamnations, force est de constater que la Syrie ne fut en général pas en mesure de défendre convenablement son territoire des frappes israéliennes. De fait, l’armée syrienne était avant tout mobilisée par la lutte antiterroriste et, de l’aveu même du président Assad, plusieurs systèmes de défense aérienne avaient été détruits par les terroristes au début du conflit.

Certaines mauvaises langues n’hésitaient d’ailleurs pas à mettre en doute la capacité de la Russie, alliée de Damas, à faire face à ces attaques aériennes d’Israël, qui passent le plus souvent par l’espace aérien libanais. Seule action visible de Moscou, avoir convoqué l’ambassadeur israélien pour lui exprimer des protestations officielles. Personnellement, je suis assez convaincu que si le Kremlin à tenté —en vain- de convaincre Israël de stopper ses actions hostiles contre la Syrie, la principale raison de la «patience» russe était de rester concentré sur l’élimination des terroristes en Syrie. Mission accomplie, puisque les terroristes ont été éliminés à plus de 95%.

Concernant les raids aériens contre Damas, la Russie avait annoncé son intention de renforcer considérablement la DCA syrienne. Certains ont peut-être cru que ce ne serait que des paroles en l’air et Moscou Russie n’a rien fait pour les détromper. Mais les résultats sont là: avec plusieurs missiles israéliens interceptés, la Syrie a démontré qu’elle était en mesure de contrer les attaques israéliennes. CQFD.

La Russie, en bon allié, ne criera certainement pas sur les toits les raisons d’un tel changement dans les capacités antiaériennes de la République arabe. Cela ne rentre pas dans ses habitudes. Un peu comme au moment des victoires décisives à Alep, Palmyre, Homs ou Deir-ez-Zor, où la Russie avait toujours laissé la palme de la victoire au peuple, à l’armée et au gouvernement syrien.

Néanmoins, une chose est sûre: l’État sioniste ne domine plus l’espace aérien de la région. La pilule sera dure à avaler, mais il faudra s’y faire. Et au lieu de s’y casser les dents, Israël ferait mieux de repenser sa politique en direction de la Syrie, de la Palestine et plus généralement de toute la région. Dans le cas contraire, il risque de faire face à des conséquences qui lui seront très certainement préjudiciables.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712051034191573-israel-syrie-attaques/

Mikhail Gamandiy-Egorov