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Le G7 s’attaque au projet chinois de la nouvelle Route de la soie

L’influence grandissante de la Chine dans les affaires mondiales, tant sur le plan géoéconomique que géopolitique inquiète de plus en plus l’establishment occidental. Le récent sommet du G7 en Angleterre ne fait que le confirmer. L’Occident a-t-il sérieusement une quelconque chance de contrer la Chine? Rien n’est moins sûr.

Les soubresauts des élites occidentales confirment une réalité assez simple et désormais bien connue: celle d’une compréhension de leur part que le monde actuel n’est plus du tout celui ayant suivi l’éclatement de l’URSS. Et qu’au-delà du fait de la fin de l’impunité sur la scène internationale sur le plan sécuritaire et géopolitique, l’establishment de l’Occident doit également faire face à un autre défi de taille pour ses intérêts – celui qui concerne les bouleversements économiques globaux.

Faut-il pour autant rappeler que le concept multipolaire mondial – devenu réalité depuis les dernières années – reste comme un os dans la gorge pour l’élite politico-médiatique occidentale et atlantiste, et ce malgré la compréhension évidente que le renforcement de ce processus est irréversible? Probablement rentrer dans les détails sur ce fait est complètement inutile. Ce qui est néanmoins sûr, c’est que l’Occident essaie de s’accrocher autant qu’il peut – afin de réduire le plus possible le rythme de sa chute d’influence dans les affaires internationales, en mettant les bâtons dans les roues de la locomotive multipolaire.

C’est justement dans ce sens qu’il faut certainement voir la toute récente initiative du G7 visant «à proposer aux pays en développement un vaste programme en faveur de leurs infrastructures». Avec un objectif clairement affiché: contrer l’influence grandissante de la Chine, et notamment son vaste projet eurasien et international de la nouvelle Route de la soie.

Le New-York Times, l’un des porte-flambeaux médiatiques du libéralisme unipolaire occidental, note de son côté «que c’était la première fois que les nations les plus riches du monde ont discuté de l’organisation d’une alternative directe à l’initiative chinoise Ceinture et Route et à la campagne d’investissements à l’étranger du président Xi Jinping, qui s’est maintenant étendue à travers l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe même».

Le quotidien étasunien rajoute par ailleurs que «M. Biden a fait de l’opposition à une Chine montante et une Russie perturbatrice la pièce maîtresse d’une politique étrangère conçue pour édifier les démocraties dans le monde comme rempart contre la propagation de l’autoritarisme». En d’autres termes: le libéralisme occidental, nostalgique de l’ère unipolaire, opposé au bloc des souverainistes et partisans assumés de l’ordre international multipolaire actuel.

Evidemment, dans cette attaque occidentale contre la puissance chinoise, il y a un nombre évident de faiblesses, que l’establishment politico-médiatique de l’Occident n’aime pas soulever. Revenons-y. Tout d’abord, et malgré toutes les campagnes politiques et médiatiques occidentales visant à contrer le rôle grandissant de Pékin dans les affaires internationales – cela n’a pas apporté le résultat escompté pour ses initiateurs. Bien au contraire. Que ce soit du côté anglo-saxon ou hexagonal. On se rappelle tous des reportages à la sauce des de la Villardière, dont l’objectif était de perturber l’interaction chinoise avec les pays francophones du continent africain.

Pour quel résultat? Pour que le sentiment anti-occidental ne fasse que monter encore plus en intensité au sein de l’opinion publique africaine et que les sympathies aillent clairement en faveur de la Chine. Du moins pour une large part de la société civile africaine. Pour l’anecdote, ces sentiments étaient d’ailleurs apparus bien avant les accusations des prétendues campagnes de dénigrement de la présence française et plus généralement occidentale en Afrique, affirmées entre autres par Emmanuel Macron, visant la Russie, la Chine ou encore la Turquie.

Cela pour dire que l’Occident aura énormément de mal à pouvoir convaincre les peuples non-occidentaux, quant au bienfondé d’un tel projet. Au-delà de cet aspect, l’autre faiblesse évidente du camp occidental réside dans le point qu’il ne représente pas le monde dit «démocratique». Plus généralement, la démocratie n’est aucunement une propriété occidentale. Tout comme d’ailleurs la notion de communauté internationale.

Plusieurs pays appartenant à la majorité non-occidentale de la planète sont considérés comme étant des Etats aux systèmes démocratiques – l’Inde, l’Afrique du Sud, la Namibie, la Bolivie, l’Argentine, le Mexique et nombreux d’autres. La plupart de ces nations appartiennent par ailleurs aux partisans de la multipolarité.

Plus généralement et sur le plan purement économique – le club du G7 n’est certainement plus en position à parler en qualité de pays les plus riches de la planète. Et ce pour une raison simple: depuis la fin de l’époque unipolaire, le basculement des rapports de force a largement touché aussi à la sphère économique internationale. Faut-il le rappeler: sur les dix principales puissances économiques mondiales actuelles en termes de PIB à parité du pouvoir d’achat (PPA) – cinq ne sont pas des pays occidentaux. Dans un classement d’ailleurs où la Chine occupe déjà la première place du classement.

Et encore – ce, en tenant compte du fait que l’on associe le Japon à l’alliance pro-occidentale, y compris dans le cadre du fameux G7 ou du fait de se trouver sous la coupe washingtonienne sur le plan sécuritaire, bien que la civilisation japonaise ne fasse pas partie de l’Occident. Et que selon nombre de prévisions, y compris d’économistes occidentaux, des pays comme la France ou le Royaume-Uni seront amenés à quitter ce Top 10 mondial dans les 5-10 prochaines années, tandis que des pays comme la Turquie ou le Mexique (actuellement respectivement 11ème et 12ème) ont toutes les chances de l’intégrer.

Tout en se rappelant que l’on assiste au cours des dernières années à la dédollarisation progressive dans les échanges internationaux – un processus dans lequel des pays comme la Chine ou la Russie jouent un rôle résolument important.

Enfin, et au sein même du club dépassé du G7 – on est bien loin de l’unanimité quant à l’initiative étasunienne visant à contrer les initiatives économiques chinoises. Selon même l’aveu occidental, l’Allemagne, l’Italie et même le Japon ne partagent pas le même enthousiasme que Washington, Londres, Paris ou Ottawa.

En conclusion: il est bien peu probable que ladite initiative puisse réellement stopper la puissance chinoise, ainsi que son interaction avec les Etats aux quatre coins du monde. Et plus généralement que le vieux jeu des nostalgiques de l’unipolarité puisse sérieusement retarder la défaite totale du bloc atlantiste et affiliés.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=2822

https://t.me/observateur_continental/1251

La nouvelle Route de la soie, la multipolarité économique en marche

Caravane sur la Route de la soie

Plus le temps passe et plus la multipolarité gagne du terrain. Au-delà des changements de grande envergure qui s’opèrent au niveau de la politique internationale, le volet économique n’est pas en reste, comme le démontre le projet de nouvelle Route de la soie.

L’OCS, les BRICS, l’Union économique eurasiatique, tous ces projets ont déjà confirmé leur solvabilité. Les puissances que les Occidentaux avaient tendance à appeler émergentes, pèsent de plus en plus sur l’économie internationale. Selon plusieurs cabinets et centres d’analyse occidentaux importants, à l’horizon 2040-2050, 6 des 10 principales économies mondiales seront celles de pays non-occidentaux (Chine, Inde, Russie, Brésil, Indonésie, Mexique), à condition que l’on mette le Japon dans le « camp occidental », car membre du G7.

Mais plusieurs projets en cours ont pour objectif d’accélérer encore plus les choses. Il s’agit évidemment de la nouvelle Route de la soie, nommée aussi « Ceinture », « La Route » ou encore « Le pont terrestre eurasiatique ». Il s’agit d’un plan de très grande envergure voulu par la Chine et à portée ouvertement eurasienne, puisque c’est bel et bien l’Eurasie qui y jouera un rôle clé, comme dans un passé lointain.

Son principal axe? Une liaison de fret ferroviaire qui part de la Chine, passe par le Kazakhstan, la Russie et la Biélorussie (les trois pays membres-fondateurs de l’Union économique eurasiatique) pour arriver en Europe centrale et occidentale (les consommateurs finaux). Les trois pays cités jouent ainsi un rôle de hub commercial majeur. La route s’inscrit aussi dans l’objectif de sécuriser les approvisionnements de gaz russe en direction de la Chine, dont la consommation ne cesse de croître.

D’autres voies additionnelles devraient s’y ajouter, notamment le réseau routier, qui devrait permettre à d’autres pays de l’espace eurasien de contribuer au projet, à savoir le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, ainsi que l’Iran et la Turquie. Sans surprise, les pays cités y voient de grandes opportunités économico-commerciales.

Qu’en est-il des autres, notamment des pays occidentaux?

Washington y voit une façon pour Pékin d’augmenter considérablement un poids sur l’économie mondiale déjà très important, ce qui évidemment ne peut la ravir. D’autre part via ce projet, la Chine diminuera non seulement ses coûts de transport, mais en plus réduira considérablement les risques liés à d’éventuelles tensions en mer avec les USA, qui pourraient évidemment affecter ses approvisionnements.

Quant à Bruxelles, elle n’est pas ravie d’être réduite au rôle d’observateur ou de consommateur final. Et selon la dernière information relayée par RFI, les six pays de l’UE qui participent en ce moment même au Sommet international sur les nouvelles routes de la soie à Pékin (Allemagne, France, Grèce, Portugal, Royaume-Uni et Estonie) n’ont pas souhaité signer le communiqué commun sur le commerce. Elles prétendent que Pékin « ne prend pas en compte ce que l’Union européenne réclame depuis longtemps, à savoir que la Chine accorde un accès plus libre à son propre marché ».

Il est pour autant peu probable que l’Europe bruxelloise puisse faire quoi que ce soit contre le grand projet eurasiatique face à une Chine, deuxième puissance économique mondiale, extrêmement déterminée et ouvertement soutenue par des pays partisans de l’ordre multipolaire. Et ce d’autant moins que les pays de l’UE ont eux aussi clairement besoin du marché chinois pour écouler de leurs produits et services. Pour rappel, le coût total du projet s’élèverait à plusieurs trillions de dollars et, selon CNN, englobera à terme 68 pays, représentant 4,4 milliards d’habitants et 62 % du PIB mondial, justifiant une fois de plus la détermination chinoise et eurasienne.

Le cas intéressant est celui de l’Ukraine, qui se retrouve de plus en plus isolée. En effet, de l’aveu même des élites ukrainiennes issues du coup d’État de février 2014, le gazoduc Turkish Stream fermera la page qui avait fait de ce pays un important hub gazier entre la Russie et l’Union européenne. Mais Kiev semble aussi être hors-jeu dans le projet de nouvelle Route de la soie, puisqu’après le Kazakhstan et la Russie, c’est la Biélorussie qui sera vraisemblablement privilégiée.

Tout cela pour dire que les énormes problèmes économiques actuels de la « new Ukraine » ne sont pas prêts d’être résolus. Restera alors pour Kiev à compter sur une aide économique que l’Occident est de plus en plus réticent à fournir, ainsi que tenter de profiter du régime sans-visa qui a été validé le 11 mai dernier par l’UE, régime qui ne donne pour autant pas droit de résider, ni de travailler dans l’Europe de Bruxelles. Mais cela est une autre histoire et il sera difficile aux élites de Bruxelles d’expliquer aux millions de citoyens ukrainiens du Centre et de l’Ouest du pays, ayant soutenu le Maidan, que ce qu’ils avaient espéré n’est pas exactement ce qu’ils auront obtenu, avec les conséquences migratoires qui en découlent.

Après tout, la meilleure analyse se fait après expérience personnelle. Un peu comme dans la Moldavie voisine, où après sept années de pouvoir pro-occidental, un président résolument prorusse a pris le pouvoir via des élections démocratiques, sans coup d’État. Chaque chose en son temps.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705161031400522-route-de-la-soie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les alliés étasuniens se bousculent en Russie

Premier ministre japonais Shinzo Abe et le président russe Vladimir Poutine

J’ose espérer que personne ne remettra en doute le fait que des pays comme le Qatar et le Japon soient des alliés confirmés des USA ?

Plus que cela, il s’agit de pays coordonnant activement leurs actions avec Washington, voire appliquant souvent les désirs de ce dernier. Mais le temps actuel les pousse vraisemblablement à commencer à chercher ailleurs.

Il y a quelques jours le ministre qatari des Affaires étrangères Mohammed bin Jassim al-Thani et le premier ministre japonais Shinzo Abe ont tous deux débarqué le même jour en Russie pour rencontrer le président Vladimir Poutine. Dans le cas qatari il était surtout question de Syrie et notamment du processus de paix (certains experts ont également supposé que les discussions ont touché le thème du marché pétrolier mais ce ne fut pas confirmé). Le développement des relations bilatérales était également à l’ordre du jour. En outre, le chef de la diplomatie qatarie a proposé d’organiser en 2018 l’année de la Russie au Qatar et du Qatar en Russie. 

Il est connu que le Qatar est responsable de soutien de plusieurs groupes armés terroristes en Syrie, notamment d’obédience takfiriste. Mais depuis les revers de ces derniers et les succès enregistrés par l’armée arabe syrienne sur différents axes du pays avec le soutien de ses alliés, le Qatar commence-t-il à réaliser que ses énormes investissements dans le but d’en finir avec le président syrien ne mèneront au final à rien et que donc il faut chercher le meilleur moyen de sortie du bourbier auquel il a grandement contribué? Pas certain mais affaire à suivre.

Dans le cas du premier ministre du Japon, les discussions ont porté sur les questions territoriales, thème traditionnel dans les pourparlers russo-japonais. Mais Abe est également arrivé avec toute une liste de mesures que le Japon compte proposer pour relancer le partenariat économique russo-nippon. Ce qui d’ailleurs n’a pas manqué de lui faire subir de grandes critiques de la part des autres membres du G7, USA bien évidemment en tête. A en croire d’ailleurs l’agence de presse japonaise Kyodo, le président US sortant Barack Obama aurait « déconseillé » à Abe de se rendre en Russie estimant qu’il ne s’agissait pas « du bon moment ». Mais Abe a pris la décision souveraine d’y aller quand même. 

Il ne faudra d’ailleurs pas s’étonner que les grands médias du mainstream, anglophones comme francophones, s’attaques ardemment sous peu à la personnalité d’Abe, ayant osé saper « l’unité » atlantiste. Pour rappel, le Japon s’est lui aussi joint aux sanctions occidentales contre la Russie après le ralliement de la Crimée à la mère patrie, mais cherche depuis tous les moyens d’en sortir connaissant les énormes intérêts économiques du Japon en Russie et voyant notamment comment en profite son voisin sud-coréen qui a refusé de se joindre aux sanctions anti-russes et ce malgré la grande pression exercée une fois encore depuis Washington. Mais Séoul n’ayant pas cédé.

Il est certain que ni le Qatar, ni le Japon ne sont pas des alliés de la Russie. Pas même des partenaires stratégiques, plutôt le contraire, connaissant le rôle fortement néfaste du Qatar en Syrie, à l’instar de l’Arabie saoudite, de la Turquie, des pays occidentaux et de l’Etat sioniste. Le Japon bien qu’étant un important partenaire économique, reste lui aussi encore dans le camp opposé. Pour longtemps? Cela est une autre question.

En tout cas et depuis que la Russie a prouvé une fois de plus au monde que personne ne pourra jamais la subordonner et depuis la favorisation fortement positive de ses relations extérieures avec pas moins des ¾ de l’humanité (Eurasie, pays BRICS, Asie, Afrique, Amérique latine), les adversaires commencent un à un à faire marche arrière. Et n’hésitent plus à saper leur propre « unité » imposée depuis les USA. Après évidemment cela fait bien sourire lorsque des Clinton ou Obama parlent d’une « Russie isolée » et qu’au même moment les principaux alliés des USA (bien que représentant une minorité dans le cadre de l’humanité toute entière) se bousculent pour venir dans cette même Russie. Ah, que le monde a changé en une quinzaine d’années!