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«Chine-Russie, l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde»

«Chine-Russie, l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde»

L’année 2017 s’achève. Une année riche en bouleversements, marquée par une opposition toujours plus nette entre pays partisans de la multipolarité et fervents opposants à cette nouvelle réalité. Retour sur les principaux événements de l’année et projections pour 2018 avec Bruno Guigue, spécialiste en relations internationales.

Ex-haut fonctionnaire, Bruno Guigue est un analyste politique français, enseignant en relations internationales à l’Université de La Réunion et chroniqueur en politique internationale. Il dresse pour Sputnik un bilan géopolitique de l’année 2017 et trace des perspectives pour 2018.

Sputnik: Commençons par la Syrie, qui a été à la Une de l’actualité depuis plusieurs années. Fait certainement majeur dans la guerre qui a été imposée à ce pays: l’anéantissement de Daech par les forces gouvernementales soutenues par ses alliés, en premier lieu la Russie. Quelle leçon en tirer? À travers ces événements, quel avenir pour la République arabe syrienne, mais aussi pour cette région, peut-on entrevoir, selon vous?

Bruno Guigue: L’impérialisme voulait détruire la Syrie, et il a échoué. Il voulait dépecer le territoire national, mais ce territoire est repris, village après village. L’armée est restée fidèle au gouvernement légal, elle s’est battue avec ténacité pour restaurer la souveraineté nationale. Il faut le dire: comme le Hezbollah face à Israël, l’armée syrienne a sauvé l’honneur du monde arabe face à la coalition impérialiste. Elle a payé le prix fort, mais elle a tenu bon. La solidité de son armée est un signe rassurant pour l’avenir du pays.

Les tentatives de subversion ont été balayées, il faut maintenant couper court aux tentatives de démembrement du pays. Washington a joué à la fois la carte terroriste et la carte kurde. Avec la liquidation de Daech, les «néocons» ont perdu leur principal atout. Mais les Kurdes ne sont pas des ennemis de la Syrie, et ils trouveront un compromis avec Damas. Quant aux dernières poches «rebelles», elles finiront par céder. La Syrie va renaître sur des bases nouvelles, et elle restera un État souverain et unitaire. Le coût de la reconstruction du pays est estimé à 250 milliards de dollars, et les Chinois ont déjà annoncé leur participation à cette vaste entreprise.

Sputnik: Au vu de ces changements majeurs dont nous avons été tous témoins, quel sera le nouveau rôle de la Russie au Moyen-Orient?

Bruno Guigue: Sans la Russie, jamais les Syriens n’auraient pu entrevoir le bout du tunnel. Avec 5.000 soldats et 70 avions, Moscou a fait basculer le rapport de forces militaires. Rares sont les victoires qui conjuguent rapidité d’exécution, économie de moyens et coopération optimale avec les alliés. La Russie a accompli ce tour de force. En septembre 2015, les médias occidentaux évoquaient avec gourmandise le spectre du «bourbier afghan». Ces oiseaux de mauvais augure en sont pour leurs frais. Deux ans plus tard, l’affaire est pliée. La guerre n’est pas terminée, mais Daech a rendu l’âme et la Syrie est sauvée du désastre.

Les Russes, en outre, ont accumulé les succès sur le plan politique. Les pourparlers sur l’avenir de la Syrie ont commencé à Astana, capitale d’un pays allié de la Russie, le Kazakhstan. Ils se prolongent à Sotchi, sur le littoral russe de la mer Noire. Avec une habileté consommée, Moscou a déplacé l’axe des négociations internationales. En endossant la responsabilité de la résolution de la crise syrienne, la Russie a pris des risques. Aujourd’hui, elle s’en sort avec les honneurs. Les USA, eux, sont condamnés à faire tapisserie, et leur influence se réduit plus que jamais à leur capacité de nuisance.

Sputnik: En tenant compte de ce nouveau rôle confié de plus en plus à la Russie, au Moyen-Orient comme ailleurs, que vont entreprendre les USA? On pense notamment à la récente décision de l’administration Trump de confirmer le transfert de l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem —une décision largement condamnée par plusieurs capitales régionales, dont Damas, Téhéran ou encore Ankara.

Bruno Guigue: La Russie se bat pour un monde multipolaire, tandis que les USA ont la nostalgie d’une hégémonie perdue. Les rodomontades de Donald Trump traduisent le déclin d’une puissance condamnée à passer la main. C’est le chant du cygne d’une domination qui s’effondre comme un château de cartes. Alliée fidèle depuis un demi-siècle, la Turquie se rebiffe. Washington n’a pu empêcher la discorde entre Riyad et Doha. Les diatribes contre l’Iran font du bruit, mais elles sont sans effet. La Corée du Nord défie les États-Unis, et Washington menace dans le vide. En fait, Donald Trump aboie, mais il ne mord pas. Il confond l’emphase verbale et le rapport de forces.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël est symptomatique. Cette décision est sans intérêt pour les USA. Elle mécontente ses alliés arabes et musulmans. Elle montre que Washington, au Proche-Orient, ne fait pas partie de la solution, mais du problème. Mais peu importe. Trump en a fait la promesse à Netanyahou en septembre 2016 pour compenser son désavantage face à Hillary Clinton. En un sens, c’est plus clair. Cette allégeance à l’État-colon rappelle à ceux qui l’auraient oublié que le lobby pro-israélien détermine la politique étrangère des États-Unis.

Sputnik: L’année 2017 a été aussi celle de la poursuite de la montée en puissance de la Chine, à tous les niveaux. Puissance économique, politique, diplomatique et militaire mondiale de premier rang, Pékin a désormais son mot à dire sur pratiquement toutes les questions internationales. L’année 2018 confirmera-t-elle cette dynamique? Et en quoi les rapports privilégiés et des positions souvent similaires, ou du moins proches, entre Pékin et Moscou pourront-ils continuer à renforcer la réalité multipolaire du monde?

Bruno Guigue: Si les médias occidentaux ne s’intéressent pas à la Chine, c’est pour une raison très simple. S’ils le faisaient, il leur faudrait expliquer comment un État souverain se réclamant du marxisme, en 30 ans, a multiplié son PIB/hab. par 17 et extrait 700 millions de personnes de la pauvreté. La Chine change à un rythme déconcertant. Un pays qui assure 30% de la croissance mondiale et dont on juge que sa croissance «fléchit» lorsqu’elle est à 6,5% mérite le détour. On peut ironiser sur un communisme qui fait la part belle au capitalisme, mais les Chinois se moquent des catégories dans lesquelles l’Occident désigne leur réalité.

Les Russes, eux, ont compris depuis longtemps l’intérêt stratégique du rapprochement entre les deux pays. L’alliance russo-chinoise n’est pas seulement une affaire de gaz et de pétrole. C’est l’axe autour duquel s’opère le basculement du monde. L’hinterland stratégique prend sa revanche sur les puissances maritimes. C’est comme un déplacement de plaques tectoniques, les phénomènes s’enchaînent insensiblement. Le projet chinois de «Route de la soie» transasiatique donnera corps au projet eurasien de la Russie. Dans ce vaste mouvement vers l’Est, Moscou et Pékin ont une vision commune, et ils peuvent entraîner avec eux une grande partie de l’Asie.

Sputnik: En ce XXIe siècle, on continue d’observer des rapports entre certains États que l’on peut caractériser par une relation de vassal à suzerain. Plusieurs pays africains, par exemple, n’ont toujours pas de politiques nationale et internationale indépendantes, se trouvant sous le contrôle de certaines puissances occidentales, dont européennes.

Bruno Guigue: Ce qui est frappant, en Afrique, c’est le maintien de structures héritées de la colonisation dans les pays francophones. Les pays du Sahel sont à la fois les pays les plus pauvres de la planète et ceux où la présence militaire française n’a jamais été aussi forte depuis les indépendances. On va finir par se demander s’il n’y a pas une relation de cause à effet! Quelle est la crédibilité d’un État africain qui compte sur l’ancienne puissance coloniale pour assurer sa sécurité? Que signifie cette lutte contre le terrorisme menée par la France au Sahel, alors qu’elle a offert un arsenal aux terroristes en détruisant l’État libyen en 2011?

Le système monétaire du franc CFA est tout aussi aberrant. En arrimant la monnaie des pays-membres à l’euro, il leur impose une parité qui entrave le développement. Lorsqu’il fustigeait la dette, Thomas Sankara posait la question de la souveraineté économique de l’Afrique. Il faisait le procès d’un néocolonialisme qui continue de sévir aujourd’hui. Nous venons de commémorer le 40e anniversaire de son assassinat, et son message demeure d’une brûlante actualité.

Sputnik: Aujourd’hui, la notion de souveraineté est de plus en plus présente dans les discours aux quatre coins du monde. Selon vous l’année 2018 sera-t-elle l’année où la souveraineté continuera à remporter des victoires face au néocolonialisme?

Bruno Guigue: Le combat de la souveraineté contre l’impérialisme est un combat multiséculaire. C’est le combat des peuples contre ceux qui veulent les dominer, les exploiter, voire les anéantir. Il a connu trois périodes. La première est marquée par les conquêtes coloniales. Elles ont suscité des résistances farouches, comme celle de l’émir Abd-El-Kader en Algérie. La seconde période est celle de la décolonisation de l’Asie et de l’Afrique, dont la conférence de Bandoeng (1955) est le symbole. Enfin, nous sommes entrés dans la troisième période depuis les indépendances. Il s’agit d’une lutte sur plusieurs fronts.

Pour les pays du sud, c’est le contrôle de l’accès aux ressources naturelles et aux technologies modernes qui est prioritaire. Mais pour y parvenir, il leur faudra desserrer la double étreinte des marchés mondiaux et des institutions financières internationales. Pour maîtriser leur développement, ces États devront d’abord restaurer leur souveraineté, préalable de toute politique progressiste. Contre un économisme dogmatique, il faut réaffirmer la primauté du politique. L’abandon aux mécanismes aveugles de la mondialisation libérale a fait son temps. La poigne d’un État souverain vaudra toujours mieux, pour le développement, que la main invisible du marché.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201712201034413515-chine-russie-annee-2017-bilan/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Un contingent eurasien en Syrie?

Damas

Dans le monde multipolaire qui se dessine pour le XXIe siècle, l’Eurasie fera entendre sa voix. Le projet de faire intervenir des contingents kazakhs et kirghiz dans le cadre d’une mission de maintien de la paix en Syrie va dans ce sens. S’il se concrétise, ce projet prouvera que le monde se passe très bien de l’occident pour régler ses conflits.

La Russie aurait suggéré d’envoyer des contingents kazakhs et kirghizs en Syrie.

Une proposition qui s’inscrit dans le cadre de la préparation du nouveau round des pourparlers d’Astana sur la Syrie, qui devrait avoir lieu début juillet. C’est Ibrahim Kalin, porte-parole du président turc, qui a révélé cette proposition, émise lors des échanges préparatoires russo-turcs.

Les troupes kazakh et kirghiz viendraient en appui de celles que la Russie, l’Iran et la Turquie ont prévu lors du précédent round d’Astana d’envoyer dans les zones de désescalade, sous réserve d’un accord de Damas.

Pour le moment, il ne s’agit que d’une proposition qui doit être encore discutée avec toutes les parties intéressées. Si la proposition devait aboutir, ce serait effectivement une mini-révolution. Les autorités du Kirghizistan, dont le président vient de terminer une visite en Russie, ont confirmé que cette idée d’envoyer des militaires en Syrie avait été discutée lors du Conseil permanent de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective, composée de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, du Kirghizistan, de l’Arménie et du Tadjikistan). Ce pays ex-soviétique d’Asie centrale voit en effet d’un œil favorable cette possible mission du maintien de la paix.

Mettons maintenant cette proposition en perspective et dans son contexte.

Relevons tout d’abord que le Kazakhstan et le Kirghizistan font, de notoriété publique, partie des principaux alliés de la Russie. Les deux nations sont également membres de toutes les organisations dans lesquelles la Russie joue un rôle de premier plan: l’Union économique eurasiatique, l’OTSC, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), la CEI.

D’autre part, ces deux pays turcophones d’ex-URSS ont de bonnes relations avec la Turquie, un des trois pays garants du processus d’Astana, avec la Russie et l’Iran. Avec ce dernier, les relations sont également cordiales. Enfin, et c’est tout aussi important, les deux États soutiennent l’approche multipolaire des relations internationales et le respect de la souveraineté des nations, ce qui signifie que le gouvernement syrien ne sera certainement pas opposé à voir des troupes kazakhs et kirghiz sur son territoire.

Enfin, les Kazakhs comme les Kirghizes sont majoritairement musulmans sunnites, à l’instar de la majorité de la population syrienne. Ce qui est indéniablement un facteur positif, comme le démontre l’accueil très favorable que la population locale a réservé à la police militaire russe en Syrie, composée majoritairement de Russes-Tchétchènes sunnites, et qui assure notamment la sécurité dans la ville d’Alep.

L’idée est donc excellente. Surtout qu’elle renforcera dans les faits la notion d’Eurasisme. L’Eurasie est amplement capable de résoudre les principaux conflits régionaux et internationaux sans la participation de ceux qui «pensent» toujours qu’ils sont irremplaçables… suivez mon regard.

Nous restons évidemment prudents en attendant que cette initiative se concrétise, mais si tel était le cas, elle serait sans aucun doute à saluer. Au moment où l’armée gouvernementale syrienne et ses alliés sont en train de venir à bout des terroristes sur le sol syrien, provoquant une hystérie totale des Américains et de leurs alliés, qui comprennent que le chaos en Syrie touche à sa fin et que leurs objectifs géopolitiques ne seront pas atteints, nous devons dès à présent anticiper le retour effectif à la paix et la reconstruction du pays. En ce sens, la solidarité de la famille eurasienne est plus qu’une nécessité.

Que les atlantistes notent bien que nous sommes en 2017, pas en 1992, et qu’il est possible de régler les principales questions internationales sans la participation des élites atlantistes.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706231031959072-conflits-kazakhs-kirghizs-syrie/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Pendant qu’Astana s’impose, l’Occident regarde passer le train

Astana

Si à la chute de l’URSS et à l’apparition du système unipolaire, il paraissait impossible de résoudre une crise internationale majeure sans l’intervention… ou l’interférence , des élites occidentales, en premier lieu étasuniennes, cette approche est révolue. C’est ce que nous enseigne le succès d’Astana.

Beaucoup de regards étaient une fois de plus fixés sur la nouvelle rencontre d’Astana. Et si la presse mainstream, y compris francophone, s’est fait un malin plaisir à prédire un échec avant même le début du nouveau round des pourparlers, il a été extrêmement intéressant d’observer l’accalmie, pour ne dire le silence total de la plupart d’entre eux à l’annonce de la signature dans la capitale kazakhe de l’accord sur les zones de désescalade. Un projet voulu par la Russie et qui a été soutenu par les deux autres pays-garants des accords d’Astana, à savoir la Turquie et l’Iran.

La délégation gouvernementale syrienne a elle aussi soutenu l’initiative. Du côté des groupes armés soutenus par la Turquie, l’accueil fut plus mitigé. Selon les témoins sur place, certains « opposants » ont même exprimé leur désaccord par des cris au moment de la cérémonie de signature dudit accord. Mais ils étaient clairement en infériorité et les trois pays-garants ont bel et bien apposé leurs signatures.

Le côté occidental, au niveau politique et diplomatique, souffle le chaud et le froid. Certains saluent l’accord avec réserve, d’autres disent « attendre plus d’informations », d’autres jouent les « méfiants », d’autres encore préfèrent simplement se taire, à l’instar de leurs collègues du mainstream médiatique. Ce qui sans doute les gêne, c’est qu’il s’agit d’une nouvelle victoire de la multipolarité.

Astana a confirmé une fois de plus qu’elle demeure à ce jour la seule plateforme crédible pour résoudre, certes progressivement, la crise syrienne. On mesure le chemin parcouru quand on se rappelle qu’elle n’a été lancée que fin décembre 2016 pour établir un cessez-le-feu — globalement respecté — sur le territoire syrien, hors zones contrôlées par Daech, Al-Qaida et affiliés. Pour rappel, le lancement d’Astana 1 était au départ une initiative personnelle de Poutine. Une initiative qui sera soutenue par les présidents kazakh et turc, ainsi que par les gouvernements syrien et iranien.

Pour autant, ce n’est pas les bâtons dans les roues qui ont manqué aux différentes étapes d’Astana, au cours de tous ces derniers mois. Du mécontentement mal voilé côté français, saoudien, qatari au mécontentement déclaré de la diplomatie allemande affirmant qu’il est dommage que les pays occidentaux ne soient pas invités à Astana en tant que participants à part entière.
Pour rappel, seuls les États-Unis et la Jordanie ont été conviés en tant qu’observateurs et il est peu probable que leur statut soit réévalué. Quant aux représentants français, britanniques, saoudiens, qataris ou allemands, les succès obtenus sans eux laissent à penser que leur présence n’est pas souhaitable à ce stade.

Quoiqu’il en soit, Astana avance et s’impose. Et ce n’est pas un analyste de Sputnik qui le dit, mais les résultats sur le terrain. En quelques mois de travail intensif, la plateforme d’Astana a prouvé son efficacité concrète et opérationnelle. Les terroristes continuent de perdre du terrain en Syrie. Les autres territoires retrouvent peu à peu une stabilité relative. N’est-ce pas l’objectif que tous auraient dû rechercher? Quand on connaît les motivations de tout un groupe de pays vis-à-vis de la Syrie, il est permis d’en douter. Mais aujourd’hui, alors que tous, y compris les instigateurs du conflit en Syrie, qui ont perdu la partie, parlent de la « nécessité » de la paix en Syrie, il faut cesser alors de jouer les hypocrites.

Pour finir, il serait bon de rappeler que d’autres plateformes internationales, à l’instar de l’eurasienne Astana, pourraient voir le jour à différents endroits du monde pour résoudre des crises régionales: en Afrique, en Amérique latine notamment. C’est l’idée même du concept multipolaire. Le principal étant de vouloir régler les problèmes existants et de laisser les forces instigatrices de conflits de côté, même si ces dernières persistent à dire que leur présence est indispensable. C’est la leçon qu’il faut tirer d’Astana.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201705111031333924-astana-crise-internationale/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Les perspectives de l’Union économique eurasiatique

Les drapeaux des états membres de l’Union économique eurasiatique

Au moment où le futur de l’Union européenne se trouble de plus en plus, à l’Est un autre ensemble se renforce chaque jour. Malgré l’opposition de certains responsables occidentaux à l’Union économique eurasiatique, celle-ci se renforce et va dans le sens de l’élargissement.

Non, l’Union économique eurasiatique (UEEA) n’est pas le jouet de la Russie, quoi qu’en pensent certains. Si Moscou a effectivement soutenu l’idée de l’intégration eurasienne à la naissance du projet, rappelons-nous que c’est bien le Kazakhstan, en la personne de son président Noursoultan Nazarbaïev, qui en fut l’initiateur.

Cinq pays (tous d’ex-URSS) composent aujourd’hui l’Union: la Russie, le Kazakhstan, l’Arménie, la Biélorussie et le Kirghizistan. Le Tadjikistan, autre république ex-soviétique d’Asie centrale ne devrait pas tarder à rejoindre l’organisation. Deux autres pays de la région, en l’occurrence l’Ouzbékistan et le Turkménistan, entrevoient eux aussi de suivre cette voie, surtout au vu des derniers développements régionaux et internationaux.

Cette intégration post-soviétique fait par ailleurs extrêmement peur à plusieurs représentants de l’élite occidentale, dont l’ex-secrétaire d’État et malheureuse perdante aux dernières élections américaines, Hillary Clinton. Pour elle, il s’agit ni plus ni moins d’une nouvelle URSS, qu’il faille absolument « stopper » ou du moins « retarder le processus ». Son avis est partagé par grand nombre de forces pro-atlantistes. Mais ces « braves » gens n’auraient-ils pas simplement oublié de poser la question aux peuples concernés? Car eux seuls ont le droit de créer (ou de récréer) ce qu’ils considèrent être le meilleur choix pour leur avenir commun, même si cela devait être une URSS 2.0. Mais ce n’est clairement pas de cela qu’il s’agit dans le cas de l’Union eurasiatique, une réalité qui s’impose à tous.

L’interaction eurasienne ne se limite d’ailleurs pas uniquement à l’ex-URSS. Un accord de libre-échange a été conclu entre l’UEEA et le Vietnam fin mai 2015. Des pourparlers sont également en cours avec l’Égypte, la Syrie, la Thaïlande, la Mongolie, la Serbie et l’Iran. Il ne serait d’ailleurs pas à exclure que l’Iran puisse à terme rejoindre pleinement l’organisation, au même titre que l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La Turquie s’intéresse elle aussi de plus en plus à l’Union économique eurasiatique, de l’aveu même de dirigeants turcs. Une hypothèse lointaine, Ankara restant encore officiellement candidate à une adhésion à l’UE, et demeure un des piliers de l’OTAN. Néanmoins, rien n’est également à exclure sur le moyen à long terme.

Quoi qu’il en soit, le développement de l’UEEA connaît une dynamique impressionnante. C’est aussi cela qui déplaît fortement aux partisans de l’unipolarité. Le fait de voir l’UEEA, l’OCS ou les BRICS prendre des responsabilités de plus en plus importantes, aussi bien dans un cadre régional que mondial, confirme que la multipolarité est la seule réalité désormais acceptable pour l’humanité. Une option qui réfute l’idée d’une gestion mondiale par une minorité évidente, ce qui conforte l’hystérie des opposants à ces projets.

Certains pensent aussi, qu’au moment où les divisions dans l’Europe bruxelloise deviennent de plus en plus évidentes et que l’espace eurasiatique opte pour le renforcement de son intégration aussi bien économique que politique, qu’il s’agit d’une revanche de la Russie. Qu’ils se rassurent: la Russie pense simplement à ses intérêts nationaux, tout comme les autres pays-membres de l’Union eurasienne. Des intérêts souverains et qui regardent avant tout les peuples concernés. Quant au fait de vouloir vivre ensemble, c’est aussi une réalité à laquelle certains observateurs extérieurs devraient se réhabituer. Beaucoup de peuples, notamment d’Asie centrale, étaient radicalement opposés à l’éclatement de l’URSS. On ne les a pas écoutés. Aujourd’hui, la logique des intérêts communs reprend le dessus. Et cette logique a un nom: l’Eurasisme.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201702201030169027-ueea-perspectives/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Rencontre d’Astana : l’espoir est permis

Alep

Les pourparlers sur la Syrie entre le gouvernement syrien et certains groupes dits de l’opposition auront bien lieu à Astana, la capitale kazakhe, le 23 janvier prochain.

En effet, les efforts conjoints de la Russie, la Turquie et l’Iran donnent leurs premiers résultats. Trop tôt encore de parler de retombées positives pour la suite des événements en Syrie, notamment en raison des positions troubles de certains groupes de la prétendue opposition, sans oublier de nouvelles éventuelles provocations visant à saper les efforts de paix entrepris par les trois pays déjà cités.

Une chose est sûre, le trio russo-irano-turc semble très motivé à déployer les efforts nécessaires au succès du processus de paix en Syrie. Et malgré les risques existants, il y a des raisons de garder un optimisme prudent. Tout d’abord, car il y a une réelle volonté des trois pays d’amener un résultat concret qui pourrait permettre à terme à la Syrie de retrouver la paix et la stabilité.

D’autre part, le gouvernement syrien est aujourd’hui plus que jamais en position de force. Il contrôle la grande majorité de la Syrie dite « utile » et les cinq plus grandes villes du pays (Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Hama). Compte tenu de cette réalité, sur le terrain et aussi du soutien russo-iranien, il est aujourd’hui pratiquement inconcevable de s’asseoir à la table des négociations en lançant des ultimatums réclamant le départ immédiat du président syrien al-Assad. La Turquie l’a vraisemblablement compris, surtout au regard des défis sécuritaires auxquels elle fait actuellement face.

Reste à espérer que certains éléments sains de l’opposition syrienne le comprennent aussi et seront ainsi prêts à mener des négociations constructives. Surtout que la Turquie semble désormais motivée à user de son influence dans ce sens. Et sans oublier aussi que le ministère russe de la Défense a été également explicite à cet égard, à savoir que tout groupe qui refusera de se joindre au cessez-le-feu observé globalement à l’heure actuelle en Syrie sera automatiquement associé aux terroristes de Daech ou d’Al-Qaida. Ces derniers ne sont en effet aucunement concernés par la trêve et les combats se poursuivent contre eux à différents endroits du territoire syrien. Résultat logique: ils n’ont pas été invités à Astana.

L’autre aspect positif, qui donne lui aussi une note supplémentaire d’optimisme, est l’absence des représentants de l’administration sortante américaine d’Obama dans ce processus, de même que celles des représentants ouest-européens, toujours résolument obstinés à faire tomber le leader syrien. La porte reste néanmoins ouverte à la nouvelle administration étasunienne de Trump, qui prendra officiellement le pouvoir sous peu, tout comme aux acteurs régionaux, à condition évidemment qu’ils acceptent de s’inscrire dans la logique du processus d’Astana. L’Égypte semble être intéressé à rejoindre ce dialogue une perspective que voit d’un bon œil la Russie. Qu’en sera-t-il des pays tels que l’Arabie Saoudite ou le Qatar, qui continuent de soutenir plusieurs groupes terroristes? À moins d’un revirement rapide, il est peu probable qu’ils puissent prétendre à brève échéance prendre part aux négociations d’Astana, voire à d’autres. Ultimatums envers le gouvernement légitime syrien, soutien et financement des extrémistes salafistes, tout cela fait que les Saoudiens et les Qataris devraient rester en dehors du processus engagé. D’autant plus que selon diverses sources, ces derniers entreprennent d’importants « efforts » en vue de saper la rencontre d’Astana.

Mais pourront-ils obtenir quoi que ce soit face à un leadership syrien plus que jamais renforcé, face à la détermination de la Russie et de l’Iran et face au rôle désormais de plus en plus constructif de la Turquie? N’oublions pas la nouvelle administration américaine, que l’on espère voir jouer un rôle au minimum positif dans le dossier syrien ou du moins s’abstenir de mettre des bâtons dans les roues du tout jeune processus de paix. Ajoutez à cela les changements possibles au niveau du leadership de certains pays européens et la réponse paraît assez logique.

Ceci étant dit, la lutte antiterroriste ne s’arrêtera pas puisque les takfiristes de Daech et d’Al-Qaida continueront à être combattus. Et plus vite certains pays comprendront l’utilité d’une large coordination dans cette lutte, dans un cadre multipolaire, plus vite il sera possible d’espérer un monde meilleur et plus sûr. En tout cas, l’espoir est effectivement permis et le choix d’Astana est aussi à saluer — le Kazakhstan étant l’un des meilleurs alliés de la Russie, c’est aussi l’un des principaux initiateurs de l’intégration eurasiatique. Enfin, et il ne faut pas l’oublier, le Kazakhstan a joué un rôle de premier choix dans la réconciliation russo-turque.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201701061029475915-rencontre-astana-pourparles-syrie/

https://fr.sputniknews.com/authors/mikhail_gamandiy_egorov/

L’Union économique eurasiatique est désormais un fait réel

L’Union économique eurasiatique est désormais un fait réel

C’est fait. C’est officiel. L’Union économique eurasiatique n’est désormais plus juste un projet ambitieux mais bien une réalité. Une réalité que personne ne pourra remettre en cause.

Les présidents de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan ont donc signé en ce jeudi 29 mai, à Astana, capitale du Kazakhstan, l’accord en question qui officialise d’un grand pas supplémentaire l’intégration eurasienne.

« Une nouvelle organisation économique a vu le jour sur la scène internationale », a déclaré le président russe Vladimir Poutine. Toujours selon lui, ledit accord « est d’une importance historique. En fait, nous formons désormais le plus important marché unique dans l’espace de la CEI avec un potentiel de production, technologique et scientifique énorme, ainsi qu’avec des ressources naturelles colossales ».

Vraisemblablement et après la nouvelle victoire géopolitique de la Russie d’il y a quelques jours, qui a suivi la signature d’un très grand nombre d’accords en Chine, confirmant ainsi l’alliance russo-chinoise, maintenant c’est au tour du projet eurasiatique de passer à l’étape supérieure dans le monde multipolaire, où nous vivons. Plusieurs pays ont déjà exprimé leur vif intérêt à former des liens privilégiés avec l’Union économique eurasiatique, y compris en formant des zones de libre-échange. Parmi ces pays, on peut citer la Chine, le Vietnam, l’Inde ou encore la Syrie.

A rappeler que l’Union économique eurasiatique de la Russie, de la Biélorussie et du Kazakhstan constituera une forme avancée d’intégration de ces trois pays, qui sont déjà membres de l’Union douanière. Il est également à noter que mis à part les trois pays ayant signé l’accord, de nouveaux membres rejoindront d’ici peu l’union. Tout d’abord l’Arménie. Puis le Kirghizistan. D’autres pays issus de l’ex-URSS expriment également leur désir d’intégration.

En parlant de l’aspect économique et comme l’a bien noté le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, le volume total des économies des trois pays représente à l’heure d’aujourd’hui 2,2 billions de dollars. Quant à la croissance du PIB global, elle pourrait atteindre 900 milliards de dollars d’ici 2030.

Mis à part l’aspect économique qui bien évidemment représente un rôle colossal, il faut tout de même aussi bien noter l’aspect géopolitique, que redoutent tellement les élites occidentales. En effet, on avance à grands pas vers l’Union eurasiatique, qui comprendra au moins six pays de l’ex-Union soviétique : la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, l’Arménie, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Un projet que les élites étasuniennes, dont Hillary Clinton, avait déjà promis de faire échouer…

Mais comme nous le montre l’actualité récente, les paroles sont une chose. Les actes en sont une autre. Le monde a énormément changé. L’Occident politique, financier et médiatique ne détient plus le monopole de la destinée du monde. Cette époque du diktat global est tout simplement révolue et hors-sujet. Les récentes et moins récentes déclarations et gestes de l’élite occidentale rappelle étrangement les actes de désespoir de gens en train de s’accrocher à tout ce qu’ils peuvent dans un bateau qui coule. On se souvient tous du tristement célèbre Titanic, que ses créateurs affirmaient insubmersible. On connait tous la fin tragique de son histoire.

Peut-être donc que les élites occidentales devraient sérieusement commencer à écouter la voix de leurs peuples et se concentrer sur la résolution de leurs problèmes internes plutôt que d’aller « prêcher » la mauvaise parole aux quatre coins du monde. Il est vrai qu’un certain nombre de pays du monde sont encore sous le joug et leurs peuples luttent activement pour arracher la liberté.

Mais au vu des événements des derniers mois, on vit non pas le début mais déjà la première phase active de la nouvelle réalité mondiale, celle du monde multipolaire, à laquelle tant de monde aspirait. Les projets de l’Union eurasiatique, de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), ainsi que bien évidemment des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai ne feront que renforcer et étendre cette nouvelle réalité. Le monde et l’humanité commencent enfin à respirer.

http://french.ruvr.ru/2014_05_30/L-Union-economique-eurasiatique-est-desormais-un-fait-reel-4881/

Mikhail Gamandiy-Egorov