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Les USA tentent d’entraver les projets russo-soudanais?

Les événements d’il y a quelques jours témoignent des nouvelles tentatives washingtoniennes de jouer le rôle du gendarme mondial – à l’heure où il n’en est tout simplement plus capable. Pour cause: la base navale russe au Soudan dont la mise en œuvre inquiète sérieusement l’establishment washingtonien.

Les actions des administrations US toutes confondues se répètent et se ressemblent. Y compris dans le sens d’un refus d’avoir à accepter la réalité multipolaire mondiale – qui, qu’elle plaise ou non à Washington, est désormais une réalité. Ou encore dans le sens que des nations souveraines du monde puissent choisir librement leurs partenaires privilégiés, sans en demander l’avis ou d’autorisation auprès des élites occidentales, étasuniennes en premier lieu.

Depuis l’annonce du projet de création de la base navale russe au Soudan, Washington et ses principaux alliés ont mené toutes sortes de campagnes de lobbying pour nuire à la mise en œuvre dudit accord. Mais face à l’échec de ces tentatives des lobbyistes pro-washingtoniens, les responsables étasuniens ont alors vraisemblablement décidé à tenter de rattraper le retard.

Ainsi, un navire de guerre étasunien a accosté au Port-Soudan un jour après l’arrivée de la frégate russe de classe Amiral Grigorovitch dans le même port. Pour de nombreux médias internationaux et d’analystes, le timing choisi par la partie étasunienne n’est pas due au hasard, ni à une quelconque coïncidence, mais s’inscrit clairement dans le positionnement washingtonien à nuire à l’accord russo-soudanais de base navale. Ou du moins tenter à faire retarder sa pleine mise en œuvre.

Le cas du Soudan est évidemment assez spécifique dans le sens que depuis la chute de l’ex-président Omar el-Béchir, le pouvoir au pays balance entre les militaires – traditionnellement proches de Moscou et de certains «représentants civils» ayant participé à l’éviction d’el-Béchir, se trouvant sous influence de Washington.

En effet, les USA ont retiré l’année dernière le gouvernement soudanais de sa liste d’Etats «parrainant le terrorisme», notamment dans le cadre du deal pour la normalisation des relations entre Khartoum et Tel-Aviv. Une normalisation sous médiation washingtonienne au bénéfice son allié israélien.

Dans cette perspective, l’establishment étasunien comprend parfaitement que la mise en œuvre d’une base navale russe en terre soudanaise renforcera non seulement l’influence de Moscou sur l’arène régionale concernée et internationale, mais également les liens bilatéraux avec Khartoum, qui pourront incontestablement nuire aux intérêts US, et possiblement à leurs principaux alliés – dont Israël. Après tout, les nostalgiques de l’ère unipolaire révolue voient tous avec vive inquiétude le rôle de plus en plus déterminant de pays comme la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres sur la scène internationale.

Evidemment, dans cette nouvelle phase de la confrontation stratégique et géopolitique entre Moscou et Washington, et dans le cas plus particulier du Soudan, plusieurs avantages restent à l’acquis du positionnement russe. Tout d’abord du point de vue de la relation privilégiée déjà mentionnée entre les militaires soudanais et russes, mais également du fait que le Soudan ne peut oublier les tensions et les pressions diplomatiques, économiques et sécuritaires à grande échelle qui émanaient encore récemment du côté de Washington – et qui restent en partie toujours d’actualité, malgré les campagnes de lobbying qui émanent du camp étasunien et de ses proxys.

Une chose demeure certaine : le bouleversement stratégique dans le monde arabe et musulman après les événements en Syrie, où la coalition menée par les Etats-Unis n’a pas pu réaliser le scénario si voulu au départ – à savoir faire tomber le gouvernement légitime syrien pour asseoir la domination étasunienne sur la région, se fait ressentir jusqu’à présent. D’autres régimes, notamment israélien, sont quant à eux également inquiets de l’interaction régionale russo-iranienne dont l’intensité non seulement ne diminue pas – mais continue de croître, et ce aussi bien sur le plan militaire, que diplomatique, géopolitique et géoéconomique.

Et bien que Washington et ses principaux alliés refusent obstinément de reconnaitre officiellement la réalité multipolaire mondiale, la détermination du camp des nations pleinement souveraines ne fera certainement qu’accélérer les nouveaux succès stratégiques.  Le monde arabe et l’Afrique ne feront pas exception.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les enjeux de la base navale russe au Soudan

La Russie a confirmé la création d’une base navale au Soudan. Cette nouvelle concerne plusieurs aspects – pratiques du point de vue de la marine militaire russe, mais touche également aux enjeux géostratégiques régionaux et internationaux.

Ledit projet d’accord russo-soudanais prévoit la construction près de Port-Soudan – principal port du pays, situé sur la mer Rouge, d’un carrefour logistique pour la marine russe. Appelé officiellement point d’appui matériel et logistique, il prévoit une capacité d’accueil simultané de 300 hommes (civils et militaires), ainsi que quatre navires, notamment à propulsion nucléaire. Son fonctionnement sera assuré par la partie russe.

L’accord restera en vigueur pour une période de 25 ans, avec un renouvellement automatique de 10 ans si aucune des parties ne demande sa cessation au préalable. La Russie aura également la possibilité de transporter, via les ports et aéroports soudanais, des armes, munitions et équipements destinés au fonctionnement de la base navale.

En termes de perspectives, cette annonce confirme plusieurs aspects. Tout d’abord il s’agit évidemment d’un renforcement des relations bilatérales entre Moscou et Khartoum, à l’heure où la Russie est redevenue un acteur international majeur sur le continent africain. Intérêt pratique pour la marine russe, pour nombre de médias occidentaux l’emplacement dudit site est également stratégique: près de 10% des marchandises commercialisées dans le monde passent par ce carrefour d’échanges maritimes entre l’Europe et l’Asie. 

Pour le Soudan, l’ouverture d’une telle base – au-delà de renforcer encore plus le partenariat bilatéral avec la Russie – accorde plus de sécurité au pays face aux interférences étrangères, notamment étasuniennes. Il est vrai que depuis le départ du président Omar el-Béchir, de nombreux analystes entrevoyaient une éventuelle prise de pouvoir par des forces orientées sur l’establishment occidental. Le site internet américain Military Watch Magazine, spécialisé dans les questions de la Défense, parle même d’un coup d’Etat soutenu par l’Occident en avril 2019 – ayant évincé el-Béchir du pouvoir. Tout en indiquant que l’élite militaire soudanaise est restée étroitement liée à Moscou dans le secteur de la Défense.

Cette remarque du média étasunien est d’autant plus intéressante qu’elle admet une interférence occidentale dans les affaires intérieures d’un pays souverain, tout en reconnaissant amèrement que l’élite militaire du pays en question a maintenu une relation d’alliance avec la Russie – concrétisée désormais par l’accord en lien avec la construction de la base navale.

Il est vrai que le Soudan a de quoi être rassuré – sachant que même après le départ forcé du président Omar el-Béchir, le pays est resté dans le viseur de l’establishment occidental, plus particulièrement étasunien – situation géographique stratégique oblige, sur terre comme sur mer. Sans oublier des relations fortes avec des pays comme la Chine ou la Russie. L’inquiétude, ou du moins l’amertume des analystes, et probablement bientôt des élites de l’Occident, peut donc être vue sur plusieurs points.

Tout d’abord l’ouverture d’une telle base compliquera les éventuelles nouvelles tentatives de déstabilisation du Soudan, voire de la région. Surtout lorsqu’on connait la durée de l’accord : un quart de siècle. D’autre part, la présence de la flotte militaire russe, y compris avec des armements de pointe, à proximité des bases militaires US – mais également des voies commerciales maritimes internationales, apporte un changement notable dans l’équilibre des forces sur la scène régionale et internationale.

Mais peut-être plus important encore – toutes les tentatives qui émanaient de Washington et de leurs alliés occidentaux d’isoler les principaux adversaires géopolitiques n’ont eu comme résultat que le renforcement de ces derniers sur la scène internationale. Et cela, vraisemblablement, les nombreux analystes des médias mainstream ayant beaucoup accentué sur ce sujet au cours des dernières années – n’avaient pas prévu.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/585

La Centrafrique vers la paix, la Russie et le Soudan à la manœuvre

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La Centrafrique se dirige vers une solution à la crise qui la frappe. Avec le soutien de la Russie et du Soudan, les principaux groupes armés centrafricains ont en effet signé une déclaration d’entente. Alors que les pays occidentaux n’ont jamais causé que des problèmes, la Russie et ses alliés autres apportent des solutions.

Vers une sortie de crise en Centrafrique? La mission de bons offices de la Russie semble avoir porté ses fruits, malgré les tentatives de la diplomatie française de stopper la montée en puissance des relations russo-centrafricaines.

En effet, les principaux représentants des groupes armés centrafricains viennent de signer à Khartoum, la capitale soudanaise une déclaration d’entente. Parmi les signataires figurent Nourredine Adam (Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique), Ali Darassa (l’Union pour la paix en Centrafrique), Mahamat al-Khatim (Mouvement patriotique pour la Centrafrique) et Maxime Mokom (l’un des représentants du groupe anti-balaka). Ils ont apposé leurs signatures respectives en indiquant leur volonté d’une paix durable et d’une réconciliation. Une approche d’ailleurs saluée par les autorités centrafricaines.

Par son rôle dans cette affaire, Moscou a démontré toute sa détermination à non seulement défendre ses propres intérêts, mais également ceux de ses alliés. Finalement, l’efficacité russe en Syrie, aussi bien dans le cadre de la lutte antiterroriste, qu’au niveau politico-diplomatique, s’exporte sur le continent africain.

En effet, la Russie souhaite voir une Afrique stable, prospère, et avec laquelle il sera possible de collaborer dans un cadre gagnant-gagnant, et sans imposer quoi que ce soit. Sinon, comment expliquer que moins de 200 spécialistes russes aient pu, aussi rapidement, faire tellement plus pour la stabilisation de la Centrafrique, que les 15.000 militaires français passés par là depuis de nombreuses années? Le Quai d’Orsay aura très certainement du mal à donner une réponse digne de ce nom.

Ne doutons pourtant pas que Paris, à l’instar d’autres capitales occidentales, tente, comme dans le passé récent, d’entraver ce processus de paix en Centrafrique. Et ce pour plusieurs raisons. Au-delà de perdre définitivement un pays majeur issu de son prétendu «pré-carré», l’élite française comprend parfaitement aussi que ce processus essaimera au-delà de la République centrafricaine.

Pourtant, le peuple centrafricain est plus que jamais mobilisé à faire face à toute tentative néocoloniale de diviser la société centrafricaine sur une base religieuse ou ethnique. De plus, il peut compter sur des alliés sûrs, respectant sa souveraineté et apportant des solutions à des problèmes créés exclusivement par les représentants occidentaux. Des problèmes créés d’ailleurs à tellement d’autres endroits de l’Afrique, avec toujours le même objectif: diviser pour mieux régner. Et… piller.

Mais le monde évolue: le système multipolaire s’impose de jour en jour. Et les nations du monde, notamment africaines, refusent désormais la manipulation. La Russie est un acteur majeur dans ce renouveau mondial, et avec elles ceux ayant décidé de la suivre.

D’ailleurs, le Soudan, l’autre allié africain de Moscou, qui a aussi beaucoup contribué à ce que cette rencontre ait lieu, sort lui aussi gagnant. Et son président Omar el-Béchir, tellement diabolisé par le petit monde occidental, se positionne désormais en médiateur de paix de premier plan. Après avoir grandement contribué à la signature de l’accord de paix au Sud Soudan, qui s’est séparé de Khartoum en 2011, non sans «l’aide» occidentale et est depuis plongé dans le chaos, le leader soudanais a largement contribué à ce processus de stabilisation si nécessaire à la République centrafricaine.

Les solutions aux problèmes africains peuvent et doivent être africaines, avec le soutien d’alliés sincères.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201808311037887343-afrique-centrafrique-crise-russie-paix-soudan/

Mikhail Gamandiy-Egorov