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Le Xinjiang et toute la Chine – acteurs importants dans la sécurité et la stabilité de l’OCS

Plus d’une trentaine de diplomates étrangers ont tout récemment visité la Région autonome ouïghoure du Xinjiang. Les hauts représentants diplomatiques n’ont pas manqué de saluer le travail remarquable des autorités chinoises dans le développement de la région.

Parmi les hôtes de cette visite, se trouvait le secrétaire général de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), Vladimir Norov. Il a déclaré que «Le Xinjiang, ainsi que le reste de la Chine, jouent un rôle important dans la sécurité et la stabilité de l’OCS et de ses pays membres». Ajoutant par ailleurs, que la région fait un bon travail dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme. Tout en étant convaincu que le Xinjiang fera des progrès plus grands encore dans son développement social et économique.

Moin ul Haque, l’ambassadeur du Pakistan en Chine, a pour sa part déclaré qu’il avait été témoin de la liberté religieuse dont jouissent les habitants du Xinjiang lors de sa visite sur le terrain, et que les développements de la région dans les transports et l’agriculture l’ont profondément impressionné. «Les êtres humains sont confrontés à de nombreux défis et ce dont nous avons besoin, c’est de coopération, pas de diffamation, d’unilatéralisme ou d’hégémonisme», a-t-il noté.

Pour Shohrat Zakir, président du gouvernement régional du Xinjiang, il est important qu’un plus grand nombre de personnes visitent la région afin de découvrir le vrai Xinjiang. En ajoutant que la région connait le meilleur moment de développement de son histoire. En rappelant notamment que de 2010 à 2018 – la population ouïghoure du Xinjiang est passée de 10,17 millions à 12,72 millions de personnes, soit une augmentation de 25,04%.

Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a quant à elle affirmé que le Xinjiang est un lieu ouvert et que les étrangers y étaient les bienvenus. Pour elle, ce que les diplomates ont vu prouve qu’il n’y a pas de violation des droits de l’homme, de discrimination religieuse, de travail forcé ou de génocide dans la région. En ajoutant que l’intention recherchée dans de telles accusations était de créer le chaos dans la région afin de contenir le développement de la Chine, tout en notant qu’au cours de leur visite, les diplomates ont estimé que le Xinjiang jouissait désormais de la stabilité sociale, du développement économique et de la solidarité ethnique.

Maintenant pour parler des perspectives. Cette visite de hauts représentants étrangers dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang démontre tout simplement un autre son de cloche que celui si souvent promu par l’establishment politico-médiatique occidental. Tout en accentuant le fait que ce dernier ne peut aucunement représenter la voix mondiale en étant une extrême minorité planétaire. La communauté internationale, dans son véritable sens, représente beaucoup plus que la simple communauté occidentale.

D’autre part, et en ce qui concerne plus particulièrement le traitement de l’information visant cette province chinoise au niveau des élites occidentales, on retrouve – comme si souvent – les mêmes techniques de manipulation qui avaient visé d’autres pays et régions du monde. Libye, Syrie, Venezuela, Bolivie, désormais et face aux succès des forces gouvernementales contre les groupes armés – en Centrafrique aussi. La liste est évidemment loin d’être exhaustive.

Encore une fois, ce qui provoque la vive inquiétude du côté des forces atlantistes et plus généralement des nostalgiques de l’unipolarité terminée, c’est que les partisans de l’ordre multipolaire mondial actuel ne cherchent plus à se justifier devant les propagandistes occidentaux, mais arrivent sans grand mal à démontrer les faits réels, mettre les instigateurs du chaos international devant leurs propres contradictions, et avoir le soutien d’une large partie de l’opinion publique internationale.

Ce sont, entre autres, les raisons qui pousseront certainement l’establishment washingtonien et atlantiste à attaquer avec encore plus d’agressivité la véritable communauté internationale et l’ordre multipolaire mondial. Et ce sur différents fronts. Il n’empêche que le contrepoids existant désormais dans les sphères économique, militaro-sécuritaire, politico-diplomatique et de plus en plus informationnel, permettra certainement à gérer les défis existants – y compris ceux venant de la part des nostalgiques radicaux pro-unipolaires.

En parlant justement du domaine médiatique, il faut reconnaitre que certains médias occidentaux mainstrimois commencent à user de la tactique d’ouverture à l’objectivité. Aussi bien dans le traitement de l’information que de la mise à disposition de la parole aux experts ne partageant pas la vision unilatéraliste des élites de l’Occident. Il s’agit bien évidemment d’une tactique, mais aussi d’une tentative à sauver tout simplement la face devant une opinion publique internationale de plus en plus hostile à ces médias et aux instruments de manipulation – qui fonctionnent aujourd’hui avec beaucoup moins d’efficacité pour ses créateurs et exécutants.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’agression de l’Otan en Libye: dix ans après

Dix années après l’intervention otanesque en Libye, qu’est-il advenu du pays longtemps considéré comme l’un des plus prospères d’Afrique? Cette intervention qui a non seulement créé le chaos sécuritaire en terre libyenne, mais également dans nombre de pays de la région, a par ailleurs tout simplement détruit les fondements étatiques de base. Pour autant, les responsables de cette agression ne se sentent pas coupables jusqu’à aujourd’hui.

Fait assez symbolique – cette période commémore aussi bien les dix années depuis l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi, que le 22ème anniversaire des bombardements de la même structure contre la Yougoslavie.

S’il est difficile de dire que les responsables de ces agressions répondront un jour pour les crimes commis – aussi bien à l’encontre des civils et militaires des pays concernés, mais également pour les destructions en masse des infrastructures, le fait est qu’à l’heure d’aujourd’hui il est clairement devenu beaucoup plus difficile pour les cerveaux de ces opérations de mener le même type de campagnes sans avoir à en rendre des comptes. Contrepoids des puissances non-occidentales et réalité multipolaire obligent.

Néanmoins et pour revenir à la Libye, mars 2011 peut effectivement être considéré comme le début de la fin de l’Etat libyen en tant que tel. Depuis, d’un Etat qui pouvait se permettre d’accueillir non seulement des migrants issus de pays régionaux et continentaux, mais même un nombre considérable de citoyens issus de l’UE, on est passé à un pays divisé, devenu un large émetteur de migrants – aussi bien locaux qui fuient l’insécurité et l’absence d’opportunités, qu’étrangers utilisant le sol libyen comme terrain de transit.

Ces derniers se retrouvent d’ailleurs bien souvent en situation terrible, allant jusqu’à l’esclavage pur et simple – dans nombre de cas d’ailleurs pratiqué par les anciens alliés locaux de l’Otan dans l’opération de la chute de Mouammar Kadhafi, parmi lesquels des bandits et des terroristes. La traite d’êtres humains étant devenue monnaie courante dans la nouvelle Libye post-Kadhafi. Une chose est sûre – la Libye d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à avoir avec la Jamahiriya.

Un rappel, et non des moindres, s’impose également. A savoir que l’opération otanesque de 2011 affirmait vouloir « protéger les civils ». Pour autant, Foreign Policy affirme que nombre de civils ont justement été tués lors de l’opération militaire de l’Otan et qu’il est temps de faire face aux responsabilités.

Un autre auteur de Foreign Policy, souligne quant à lui que «l’intervention en Libye de 2011 a plongé la région dans une décennie de chaos et a sapé la confiance des Etats-Unis quant au bien-fondé d’utiliser la force militaire pour sauver des vies». Ceci étant dit, il serait sans aucun doute fort naïf que de croire que l’intervention de l’Otan contre la Jamahiriya libyenne était destinée à sauver des vies. Quant au manque actuel de confiance des USA à pouvoir intervenir à divers endroits du monde sans impunité – cette époque est effectivement terminée, comme rappelé ci-haut, et cela est très principalement dû au contrepoids désormais existant sur l’arène internationale.

Pour revenir à mars 2011, l’objectif était clair dès le début: se débarrasser d’un Etat souverain et prospère pour s’accaparer autant que possible de ses ressources naturelles et prendre d’autres «opportunités d’affaires», ainsi que d’éliminer un leader africain et arabe révolutionnaire, dont non seulement les idées, mais également les actions avaient beaucoup contribué à aider nombre d’autres pays africains. Cela sans même parler des énormes projets que Mouammar Kadhafi comptait réaliser pour le bienfait non seulement de son pays, mais aussi pour tout le continent africain. Désormais, cela ne représente plus que des rêves non-réalisés.

Mais l’autre chose marquante et qui est toujours si propre à la mentalité des élites atlantistes, c’est l’arrogance permanente qui les caractérise. Tout comme, encore une fois, l’hypocrisie extrême. A ce titre, l’appel d’Emmanuel Macron afin «que les forces turques et russes quittent le sol libyen au plus vite», est pour le moins ridicule – lorsqu’on sait quelle énorme responsabilité porte justement son pays dans la crise et le chaos qui perdurent en Libye depuis l’intervention de l’Otan de 2011. Une intervention dans laquelle la France de Sarkozy a joué d’ailleurs un rôle de premier plan.

Et que si l’Elysée souhaite réellement avoir un quelconque rôle positif dans le dossier libyen – qui malgré la mise en place d’un gouvernement de transition – est encore loin d’être réglé, peut-être qu’il faudrait commencer par faire un sincère mea-culpa pour la situation qui perdure dans ce pays depuis les conséquences de l’intervention otanesque.

Ces excuses doivent aller aussi bien à l’encontre du peuple libyen, mais également tous les autres peuples d’Afrique dont les pays ont connu une vive recrudescence de terrorisme – notamment dans la région du Sahel, dont l’une des principales raisons est justement le «résultat» de l’intervention en Libye. Notamment au Mali – où la présence militaire française date depuis déjà de longues années, au motif de «lutter contre le terrorisme», sans y obtenir de résultats réellement convaincants. La société civile malienne en sait quelque chose. D’où sa vive opposition à cette présence.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Haut-Karabakh: y-a-t-il de la place pour une implication politique turque?

Les tensions dans le Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont mis en avant plusieurs aspects importants – qui concernent aussi bien le côté militaire que politique du dossier. A ce titre, l’implication turque reste un sujet de vaste discussion.

Si dans le dossier du Haut-Karabakh, la Turquie s’est ouvertement placée comme soutien infaillible de Bakou, et ce aussi bien sur le plan du soutien militaire, que politico-diplomatique, le rôle d’Ankara reste à bien de titres mitigé.

Il est vrai que d’un côté la Turquie d’Erdogan continue d’élargir sa présence dans plusieurs zones conflictuelles du monde, renforçant par la même occasion son poids sur l’arène régionale et internationale. Pour autant, la participation turque dans les campagnes militaires en Syrie, Libye et désormais en Transcaucasie n’a pu être décisive pour le camp auquel elle apportait son soutien. En Syrie, le président Bachar Al-Assad – que la Turquie souhaitait absolument faire tomber au début du conflit, est non seulement toujours au pouvoir, mais plus que cela – contrôle la grande majorité du pays. Et Ankara sait parfaitement aujourd’hui qu’elle doit accepter cette réalité.

Sur le théâtre libyen, bien que l’intervention turque aux côtés du gouvernement tripolitain ait permis de stopper l’offensive sur la capitale du pays de l’Armée nationale libyenne dirigée par Khalifa Haftar et même de reprendre certains territoires, le constat reste également clair: l’allié libyen d’Ankara contrôle toujours moins de la moitié du territoire de la Libye. Avec peu d’espoir que cela puisse changer prochainement.

Dans le Haut-Karabakh, où la Turquie s’est fermement engagée du côté de son allié azerbaïdjanais, la situation à bien d’égards est semblable. En effet et bien que l’Azerbaïdjan possède une économie et une armée plus puissantes que son voisin arménien, notamment grâce à la rente pétrolière et gazière, la victoire sur le terrain n’a pas été enregistrée. Et ce malgré l’appui turc. Bakou – tout en ayant le soutien militaro-politique turc, avec la participation de conseillers militaires envoyés par Ankara, de nombreux équipements – notamment les drones d’attaque comme le Bayraktar TB2, et des mercenaires syriens et libyens parrainés par la Turquie – n’a effectivement pas pu venir à bout de la résistance arménienne dans la région du Haut-Karabakh, que l’Azerbaïdjan continue de considérer comme lui appartenant.

Et fait notable, cela sans même l’implication de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) – à laquelle l’Arménie appartient – dans le conflit. Au final, l’art diplomatique russe a été bien plus décisif que les émotions turques. A savoir mettre à la table des négociations les représentants des belligérants – avec l’obtention d’un cessez-le-feu et un espoir d’une normalisation progressive de la situation. 

Confirmant par la même occasion non seulement le poids que possède toujours Moscou aussi bien sur Erevan, que Bakou, mais également et justement le fait que parfois la finesse diplomatique est bien plus puissante que les coups de feu des armes.

Un succès diplomatique, bien qu’il reste encore du travail à faire, qui a laissé Ankara bouche bée, surtout à en suivre la presse locale suite à l’annonce dudit cessez-le-feu. Mais une question importante persiste tout de même: la Turquie a-t-elle un rôle politique à jouer dans de quelconques négociations à venir, comme le souhaite le duo Ankara-Bakou?

Pour répondre à cette question, il faut mentionner plusieurs points. Tout d’abord, si Ankara souhaite réellement jouer un rôle positif dans la région, il lui faut oublier sa tactique de mettre en premier lieu de l’huile sur le feu, pour ensuite parler d’une voix plus raisonnable. En ce sens, la raison devrait prévaloir dès le départ, et non pas au milieu ou en fin de processus. D’autre part, si la Turquie prétend pouvoir jouer un rôle constructif dans la région, y compris à la place des puissances n’appartenant pas à la région, il lui faudra compter avec les intérêts de la Russie et de l’Iran, dont l’appartenance à ladite région n’est pas à présenter. Ce schéma de travail a déjà fait ses preuves, notamment lors du processus d’Astana sur la Syrie. Reste à savoir si Ankara en sera prête. Enfin, il serait peut-être grand temps à la Turquie de comprendre que seul un espace eurasien pacifique permettra à l’ensemble de l’Eurasie – à laquelle la Turquie appartient – de consolider les intérêts de tous, dans un cadre multipolaire. C’est la seule approche sérieuse qui prévaudra.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les dissensions au sein de l’Otan devenues évidentes

L’histoire est finalement un processus dans lequel on retrouve bien souvent des phénomènes qui paraissaient être propres au passé, mais qui ne font que réapparaitre, y compris même si certains le croyaient impossible.

A la chute de l’URSS et du Pacte de Varsovie, nombreux des experts – principalement occidentaux, présageaient un bien long règne du monde occidental et ce sur tous les plans: politique, économique, militaire, culturel, idéologique. S’il est vrai que depuis la fin officielle de la guerre froide et l’apparition du monde unipolaire, l’Occident politique avec les Etats-Unis à sa tête pouvait se vanter d’un tel pouvoir, depuis que le concept multipolaire du monde s’est imposé, l’Occident n’a probablement jamais été aussi divisé. Y compris son bras armé de l’Otan.

Les événements en cours le confirment pleinement. Les dissensions récentes et actuelles entre la Turquie – deuxième force otanesque en termes d’effectifs armés et plusieurs membres d’Europe occidentale, dont la France, sont loin de représenter le seul dossier conflictuel. Les raisons peuvent être variées – de l’acquisition du système des S-400, le flux migratoire ou plus récemment des désaccords évidents dans la guerre libyenne, le fait est que rien pour le moment ne laisse présager un quelconque assouplissement des positions, même si le leadership de l’Otan se veut toujours rassurant. Ce qui est logique – ce même establishment ne veut surtout pas donner l’impression de sérieux conflits entre alliés. Bien que les sujets de dissension sont aujourd’hui loin de se limiter aux désaccords franco-turcs, et concernent également ceux entre Washington avec Berlin, ou encore avec Ottawa.

Le récent épisode conflictuel opposant Paris à Ankara en Libye a poussé le président français Emmanuel Macron à reparler d’une «mort cérébrale» de l’Otan. Un son de cloche assez semblable côté allemand, où la chancelière Angela Merkel demande à se préparer à vivre dans un monde sans le leadership étasunien. Pour autant, Frau Merkel est loin dans cette rhétorique à adopter une position hostile à l’Otan, bien loin de là, surtout connaissant son positionnement pro-atlantiste. Mais la réalité est telle qu’elle est. Au point où il est devenu impossible, indéfiniment, de la renier.

Rajoutons à cela la lutte intérieure aux Etats-Unis, avec la participation de l’Etat profond US – ce dernier ne souhaitant surtout pas renoncer au diktat mondial, et on arrive vite à comprendre les difficultés et les dissensions en cours dans le camp occidentalo-atlantiste. Evidemment, nombreux sont ceux qui oublient le principal – l’avènement de la multipolarité n’est pas le fruit de l’affaiblissement de l’Occident, mais bel et bien celui d’un renforcement économique, défensif, politico-diplomatique des puissances non-occidentales souveraines et des blocs qui se sont formés et affirmés au cours de l’histoire contemporaine, notamment dans le grand espace eurasien.

D’autres blocs de résistance se sont entre temps formés sur d’autres espaces géographiques et civilisationnels, notamment en Amérique latine ou dans une partie de l’Afrique. Et c’est justement ce rapprochement, voire l’alliance pure et simple des blocs régionaux et continentaux souverains pro-multipolaires qui font tellement peur aujourd’hui aux élites atlantistes. Car au-delà du poids politique, économique, historico-civilisationnel, militaire des blocs opposés à l’unilatéralisme occidental, il ne faut pas oublier un autre motif de taille : la démographie. L’Occident politique, qui s’était tellement habitué à parler au nom de la communauté internationale aujourd’hui se voit obligé de se rendre à l’évidence – il n’en a aucune légitimité. Car quoiqu’on en dise, un bloc, mêmes aux larges habitudes de domination mais ne représentant pas beaucoup plus que 10% de la planète, ne peut se proclamer gestionnaire des affaires internationales. D’autant plus lorsqu’on sait qu’une part fort notable de ses propres populations approuve le concept de la multipolarité.

Et que donc la raison principale des dissensions à l’intérieur même de l’Otan, qui voulait à tout prix se positionner en alliance inébranlable, n’est autre que due au fait que le monde multipolaire s’est bel et bien imposé. Et lorsque cette compréhension de la réalité arrive, bien qu’avec quelques années de retard, à destination de ceux qui ne l’imaginaient simplement pas, il est tout à fait normal que les désaccords concernant l’avenir, ou plus exactement comment le vivre cet avenir, se forment et s’intensifient.

Dans cette optique, il serait assez primitif que de croire que les partisans de la multipolarité avaient cherché à créer les dites dissensions, y compris au sein de l’Otan. La meilleure conclusion plutôt à faire c’est tout simplement de comprendre qu’il était normal que des nations au large bagage historique et civilisationnel, ne pouvaient accepter le diktat d’une extrême minorité, bien souvent ne représentant réellement pas sa propre population. Pour atteindre l’objectif de l’avènement de l’ère multipolaire, ses partisans ont travaillé dur. Et c’est cela qu’il faut retenir en premier lieu.

Il faut tout de même reconnaitre une chose. Dans ce paradigme contemporain, le plus difficile sera pour ceux ayant volontairement choisi le rôle de sous-traitants des intérêts atlantistes, pensant que le pouvoir unipolaire serait éternel. La chute sera dure.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’Egypte prête à une intervention militaire directe en Libye

Au moment où la violence en terre libyenne ne faiblit pas, et que cet Etat – tantôt l’un des plus prospères d’Afrique – est devenu une zone d’affrontement entre plusieurs puissances régionales et internationales, rien pour le moment ne semble pouvoir stopper la spirale de cette violence.

La guerre sur le front libyen se poursuit. Récemment, le Gouvernement d’accord national (GAN) – soutenu principalement par la Turquie, le Qatar et l’Italie, a réussi à repousser l’offensive sur Tripoli de l’Armée nationale libyenne (ANL) commandée par Khalifa Haftar et à reprendre plusieurs territoires de l’Ouest libyen – accentuant par la même occasion un peu plus la division entre les territoires sous contrôle du gouvernement tripolitain d’un côté et ceux de l’Est de l’autre.

Le soutien turc au GAN a vraisemblablement permis ces succès, bien que la majorité du territoire libyen reste toujours sous contrôle des forces du maréchal Haftar et de ses alliés.  L’autre fait important à noter dans cet affrontement entre puissances sur le sol libyen n’est autre que les tensions qui s’accentuent entre alliés de l’Otan, notamment entre la France et la Turquie. Poussant par la même occasion le président français à relancer l’idée d’une «mort cérébrale» de l’alliance atlantiste.

Mais face aux récents échecs de l’ANL, ses principaux soutiens internationaux ne prévoient pas de rester les bras croisés. Ainsi, l’Egypte, voisin et justement l’un de ces principaux soutiens, a d’ores et déjà fait comprendre que si la contre-offensive des milices du GAN allaient tenter de prendre la ville de Syrte, Le Caire se garde le droit d’une intervention militaire directe en soutien au gouvernement de l’Est, dont il reconnait la légitimité. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi l’a d’ailleurs explicitement fait comprendre: «Ce droit est fondé sur la nécessité de protéger les frontières de l’Egypte contre les groupes terroristes, ainsi que d’aider les frères libyens à rétablir la sécurité et la stabilité, à mettre fin aux effusions de sang parmi les Libyens, aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest du pays, et également soutenir le cessez-le-feu et le lancement d’un processus politique global sous les auspices de l’ONU».

Entre temps, Aguila Salah Issa, président de la Chambre des représentants, a déclaré que «le peuple libyen demandait officiellement à l’Egypte d’intervenir militairement si cela s’avère nécessaire». Toujours selon lui, ce serait une intervention légitime si les milices soutenues par la Turquie et le GAN franchissaient «la ligne rouge».

En termes de perspectives, certains experts estiment que l’Egypte rentrera dans un bourbier dans le cas d’un tel engagement militaire, surtout au vu des risques d’un affrontement direct ou semi-direct avec la Turquie. Il n’empêche que Le Caire semble déterminé à agir fermement en cas de besoin et à ne pas permettre la présence de milices salafistes près de ses frontières. Et malgré certaines difficultés auxquelles fait face le pays des Pharaons à l’heure actuelle, que ce soit sur le plan économique ou sanitaire lié à la propagation du Covid-19, il n’empêche que l’Egypte possède une force de frappe indéniable, et un certain nombre d’atouts face à la Turquie. Ne serait-ce qu’une proximité géographique directe avec le sol libyen, lui permettant d’avoir un avantage logistique sur l’adversaire turc. D’autre part, les Forces armées égyptiennes ne sont pas à présenter : principale puissance militaire africaine et du monde arabe, et selon le dernier classement pour 2020 du portail américain de référence sur l’analyse et le classement des principales puissances militaires du monde Global Fire Power, l’Egypte serait désormais la 9ème puissance militaire mondiale (12ème en 2019).

Quant à la discussion sur la légitimité ou non d’une telle intervention, il faudrait probablement noter qu’elle ne serait certainement pas moins légitime que celle des autres pays impliqués dans l’interminable conflit libyen, notamment ceux qui soutiennent le GAN. Et surtout probablement plus légitime que l’agression de l’Otan de 2011 – ayant détruit les bases étatiques d’un Etat qui inspirait de nombreux pays africains lors de l’existence de la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Libye: l’Otan en soutien à el-Sarraj?

Au moment où le communément appelé Gouvernement d’accord national (GAN) connait des difficultés de plus en plus importantes dans la guerre civile incessante en Libye, son Premier ministre Fayez el-Sarraj semble vouloir appeler à son secours l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.

En effet, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est entretenu au téléphone avec el-Sarraj, et a assuré «que l’alliance est prête à contribuer à la défense et à la reconstruction des établissements de sécurité en Libye». Stoltenberg a également ajouté que «l’Otan agirait en Libye en tenant compte de la situation de sécurité et de défense».

Evidemment, la situation est tout de même assez paradoxale, et ce pour plusieurs raisons. Le représentant otanesque parle de «défense et de reconstruction des établissements de sécurité libyens», en faisant mine d’oublier qui avait justement détruit les établissements de sécurité et la stabilité de façon générale de ce pays. Pour ceux qui l’auraient oublié, un rappel s’impose: cela s’est fait dans le cadre justement de l’intervention de l’Otan, en mars 2011, en violation de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, que l’organisation atlantiste était pourtant censée faire appliquer.

Depuis, et cela est connu de tous, le pays qui fut longtemps l’un des plus prospères d’Afrique, et qui pouvait se permettre d’accueillir un large nombre de migrants – aussi bien d’autres pays africains, que d’Europe (Roumanie, Bulgarie, Ukraine, entre autres), est devenu depuis l’intervention otanesque synonyme de chaos, d’extrémisme, de terrorisme, de racisme et l’un des terrains les plus fertiles pour l’immigration clandestine – avec en prime le trafic d’êtres humains et l’esclavage pur et simple.

D’autre part, ce qui est anecdotique, c’est que justement le dirigeant du GAN, qui connait parfaitement l’état de son pays depuis ladite intervention, espère obtenir l’aide de cette même organisation ayant détruit son pays. Mais connaissant les intérêts qui le soutiennent, il serait probablement erroné de s’en étonner. Mais les paradoxes ne s’arrêtent pas là.

Enième question à se poser: le GAN possède-t-il encore une légitimité digne de ce nom dans le cadre libyen? Au moment où il contrôle moins de 20% du territoire national, alors que son adversaire en la qualité de l’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, en contrôle justement plus de 80%. D’autant plus, qu’à la différence de la situation syrienne d’avant septembre 2015, en face du GAN ne se trouve pas des éléments de Daech, d’Al-Qaida ou d’autres nébuleuses extrémistes, mais au contraire un leadership militaire opposé aux divers groupes terroristes qui opèrent aujourd’hui sur le sol libyen, et ce depuis la chute de la Jamahiriya de Kadhafi.

Du côté du GAN au contraire, nombre de groupes combattant à ses côtés, sont justement d’obédience extrémiste, et même terroriste. A en croire que l’Otan aurait un faible pour les groupes extrémistes de diverses couleurs. Même si cela depuis la destruction de l’Etat libyen de Mouammar Kadhafi, en passant par la Syrie, n’est autre qu’un secret de polichinelle.

Mais concrètement parlant, l’Otan pourrait-il contribuer d’une quelconque façon positive à la résolution de l’interminable conflit libyen? Pour répondre à cette question, il serait probablement juste d’en répondre à une autre: un pyromane insoignable, pourrait-il sérieusement parlant devenir un pompier professionnel?

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Les divergences entre la Turquie et plusieurs pays de la Méditerranée s’accentuent

3-32

Alors que les «alliés» occidentaux de la Turquie, sans pour autant entreprendre d’actions concrètes, lui ont juré leur «solidarité» en lien avec les affrontements récents dans la province syrienne d’Idlib, y compris dans le but de saper le partenariat russo-turc et mettre la pression sur le gouvernement syrien, ces mêmes partenaires maintiennent néanmoins plusieurs divergences évidentes avec Ankara sur d’autres dossiers, notamment la Libye et Chypre.

Un cas intéressant est celui de la France. D’un côté, l’establishment politique français avait exprimé son soutien «moral» à la Turquie lors des affrontements avec les forces gouvernementales syriennes, tout en condamnant le chantage d’Ankara vis-à-vis de l’Union européenne sur la question migratoire. On se souvient aussi des condamnations de Paris lors de l’offensive turque contre les militants kurdes de Syrie. S’ajoutent à cela des divergences claires sur la Libye et la question des frontières maritimes en Méditerranée, notamment en lien avec l’exploitation des réserves d’hydrocarbures.

Si en Libye, la Turquie du président Erdogan soutient ouvertement le gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli – contrôlant pas plus d’1/5 du territoire libyen, la France, elle, accorde plutôt ses sympathies à l’Armée nationale libyenne (LNA) commandée par le maréchal Khalifa Haftar. Bien que le soutien français à la LNA soit moins déclaré que celui des Emirats-arabes unis, de l’Egypte ou encore de l’Arabie saoudite, il n’empêche qu’il s’agit bel et bien d’un dossier d’intérêts divergents entre Ankara et Paris.

Mais ce n’est pas tout. L’autre pierre d’achoppement entre la Turquie et nombre de pays méditerranéens concerne la démarcation des frontières maritimes, ou plutôt une vision purement différente sur ces frontières, et notamment la question de forage dans une zone potentiellement riche en gaz naturel, comme c’est actuellement le cas autour de l’île chypriote. En effet et depuis que des réserves potentielles y ont été découvertes, une opposition nette subsiste entre les représentants de Chypre, de la Grèce et d’Israël d’un côté, la Turquie et son allié libyen (ou plutôt tripolitain) de l’autre.

Dans ce dernier cas, plusieurs pays de l’UE, dont la France, ont exprimé leur solidarité avec le trio gréco-israélo-chypriote. Pour rappel, le 2 janvier dernier, Chypre a signé un accord avec Israël et la Grèce pour la construction éventuelle du gazoduc Eastmed, qui pourrait acheminer le gaz extrait à destination de l’Europe continentale. Un accord que la Turquie conteste, en mettant en avant que ledit projet ne prend pas en compte la position de la partie nord de l’île en la qualité de la république turque de Chypre du Nord (RTCN). Et pour riposter, Ankara a tout simplement pris l’initiative de lancer ses propres activités de forage au large de l’île. Pour ce faire, le leadership turc a conclu avec son allié libyen du GNA une «entente» qui devrait lui permettre d’élargir sa zone économique exclusive en Méditerranée orientale. Une action condamnée par la République de Chypre, la Grèce, l’Egypte et Israël.

Dans ces situations, il faudrait probablement se poser la question sur comment la Turquie prévoit de gérer ces tensions existantes avec plusieurs de ses voisins de la Méditerranée. Et ce au moment même des tensions existantes en Syrie – certes un peu apaisées suite à l’accord de cessez-le-feu conclu entre les présidents Poutine et Erdogan à Moscou. La Turquie, dont les ambitions internationales ne sont pas à démontrer, sera-t-elle en mesure de jouer sur plusieurs tableaux indéfiniment et surtout pouvoir gérer l’aspect relationnel avec ses alliés de l’Otan, et ce au moment même où les partenaires eurasiens d’Ankara observent avec attention ses agissements? Là est toute la question.

Une chose est pour autant certaine, la politique de la multiple chaise et les contradictions existantes au sein de son propre «camp», ne vont pas lui faciliter la tâche.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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L’UE souhaite interférer dans la crise libyenne. Pompier pyromane en action?

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A en croire certaines fuites publiées dans les médias occidentaux, les fonctionnaires bruxellois entrevoient la possibilité d’une nouvelle intervention militaire en Libye. Le tout à un moment où vraisemblablement l’Union européenne observe avec vive inquiétude la réalité dans laquelle les nouvelles forces géopolitiques majeures parviennent à faire basculer les choses, sans que les Occidentaux soient «consultés».

Ainsi, l’agence de presse étasunienne Bloomberg, selon ses sources au sein de «responsables de l’UE» qu’elle ne nomme pas, affirme que des plans d’action militaire sont en cours de discussion à Bruxelles:

«L’Union européenne pourrait déployer une mission militaire pour contribuer à faire respecter l’embargo sur les armes et un possible cessez-le-feu en Libye, alors que le bloc (l’UE) tente de contenir le conflit dans lequel sont impliquées la Russie et la Turquie et qui menace de déstabiliser la Méditerranée». Toujours selon ces sources, bien qu’aucune décision n’ait été prise à ce sujet, deux responsables présents lors de la discussion ont déclaré qu’un consensus s’est dégagé sur le fait qu’il fallait commencer la préparation de l’expansion de la mission de patrouille navale et aérienne.

Maintenant analysons les perspectives d’une telle éventualité. Tout d’abord il serait bon de rappeler une fois de plus que vraisemblablement les erreurs du passé n’ont rien appris aux têtes chaudes européistes. A savoir que tout le chaos observé à ce jour et depuis la chute de la Jamahiriya de Kadhafi est en majorité écrasante la responsabilité des preneurs de décision bruxellois, et plus généralement occidentaux. De l’autre, et c’est quelque chose de flagrant aussi, les responsables bruxellois n’avaient jusqu’à encore récemment que faire des souffrances du peuple libyen et de ce pays jadis prospère devenu plaque tournante pour nombre de groupes extrémistes, sans oublier la violence, l’instabilité constante et le trafic d’êtres humains. Mais il a suffi que des acteurs non-occidentaux s’activent pour tenter d’apporter des solutions concrètes à ce pays martyrisé, notamment Moscou et Ankara, pour que les bureaucrates bruxellois se prennent pour des acteurs ayant eux aussi à dire leur mot, oubliant par la même occasion toute leur action extrêmement néfaste du passé récent.

En effet, la coordination russo-turque dépasse maintenant le cadre syrien. Et même si les deux pays partagent parfois des intérêts qui peuvent diverger, il n’empêche que cette interaction est incomparablement plus efficace que toute la cuisine européiste réunie. Evidemment et au-delà des intérêts géopolitiques, Bruxelles cherche à ne pas perdre ses intérêts géoéconomiques, que ce soit par rapport aux importantes ressources naturelles libyennes, surtout pétrolières, que dans le cadre des contrats de reconstruction que les élites occidentales adorent également. Avec à la clé toujours le même principe : détruisons, puis reconstruisons en obtenant des milliards de bénéfices, et une image de bons «samaritains» humanistes. Si en Syrie, les élites occidentales, y compris européistes, savent déjà qu’elles ne seront pas les bienvenues pour toute participation à la reconstruction, elles espèrent néanmoins arracher encore leur morceau en terre libyenne.

Le souci dans ce paradigme est pourtant simple. Si les responsables bruxellois possèdent, à l’instar de leurs alliés outre-Atlantique, une fort grande expérience dans la déstabilisation d’Etats souverains, il n’en est rien dans le schéma visant à apporter la paix, la stabilité et le développement. D’autre part et cela est très important, si les élites européistes se décideront en effet à prendre part à une action militaire en territoire libyen ou à ses abords, elles devront obtenir pour cela l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Et dans cette optique, le véto russo-chinois va très certainement calmer leurs ardeurs, sachant que les deux membres permanents non-occidentaux du CS onusien ne permettront pas la répétition du scénario de 2011. Suite auquel le leader d’un pays souverain a été sauvagement assassiné et que le pays qui pouvait à l’époque se permettre même d’accueillir des migrants de diverses contrées sur son sol, y compris des ressortissants de pays-membres de l’UE, est devenu une plateforme d’exportation de migrants, étrangers comme nationaux, et un territoire où la violence n’a cessé depuis ce jour.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Moyen-Orient, Afrique du Nord: l’Eurasie s’impose

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A un moment où de nombreux regards sont portés en direction de la région stratégique du Moyen-Orient, sans oublier l’Afrique du Nord et notamment la Libye, il apparait de plus en plus clairement que les puissances eurasiennes deviennent les acteurs clés dans les affaires internationales.

Peu l’auraient cru dans les années 1990, voire même au début des années 2000. Que des pays comme la Russie, la Turquie, l’Iran et bien évidemment la Chine deviendront des puissances de premier plan. Si la première, à la chute de l’URSS, était considérée comme une superpuissance devenue une puissance régionale sans avenir, et que l’Empire du Milieu n’avait pas encore atteint la puissance actuelle, quant à la Turquie et à l’Iran, peu les voyaient capables de jouer un rôle réellement important sur l’arène internationale.

Mais les années ont passé, le monde a évolué. Au-delà du développement propre à chacun de ces pays, il y a aujourd’hui des caractéristiques qui les rassemblent. Mis à part le fait d’appartenir à la grande famille eurasienne des peuples, ce sont des nations pleinement souveraines et maitres de leurs destins respectifs. Enfin, et cela est tout aussi important, ces nations soutiennent l’idée que seul un monde multipolaire peut apporter un développement juste à l’humanité. En rejetant le fait qu’un seul pays puisse se proclamer en hégémon mondial, comme ce fut le cas lors de la dislocation de l’Union soviétique, et forcer les autres nations à adopter son agenda sans demander l’avis des pays concernés, au risque de se retrouver devant le feu d’une attaque militaire ou économique dudit hégémon autoproclamé, en la qualité des USA.

Mais comment ces puissances eurasiennes collaborent-elles entre elles à l’heure d’aujourd’hui? Si l’interaction russo-chinoise n’est plus vraiment à présenter, depuis plusieurs années déjà elle couvre pratiquement tous les secteurs possibles : politico-diplomatique, économique, militaire et sécuritaire. Les deux nations étant des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, leur solidarité à ce niveau a été sans précédent depuis plusieurs années maintenant. Sur pratiquement tous les dossiers internationaux, Moscou et Pékin ont adopté des positions communes, ou très proches: Syrie, Venezuela, Burundi, et bien évidemment l’Iran. Le tout presque toujours en opposition au trio occidental du CS onusien USA-Royaume-Uni-France. Equilibrant ainsi définitivement la balance internationale. Au niveau économico-commercial, le volume annuel des échanges entre les deux pays dépasse 100 milliards de dollars, tout en sachant que les présidents chinois et russe ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. S’ajoutent à cela les très réguliers exercices militaires conjoints entre les deux nations.

Dans le cas de l’Iran, Pékin comme Moscou partagent avec la puissance perse des relations étroites et privilégiées. Que ce soit sur le plan économique: à l’heure des nombreuses sanctions économiques étasuniennes, y compris sur les exportations pétrolières iraniennes, des sanctions suivies et appliquées par les alliés de Washington, y compris européens, la Russie et la Chine au contraire continuent d’augmenter leur interaction respective avec Téhéran. Sur le plan militaro-sécuritaire, les trois nations ont mené récemment des exercices militaires conjoints à grande échelle – des exercices qui, sans surprise, n’ont pas trouvé appréciation auprès des élites étasuniennes et otanesques. Et ce n’est pas tout: lors des tensions actuelles entre l’Iran et les Etats-Unis, Moscou comme Pékin n’ont pas manqué d’afficher leur solidarité avec l’allié iranien, notamment en bloquant le texte occidental à l’ONU – qui visait à condamner la prétendue attaque contre l’ambassade US dans la capitale irakienne Baghdad, sans faire aucune mention de la violation flagrante du droit international lors du lâche assassinat du général iranien Qassem Soleimani dans une frappe étasunienne. Cela sans oublier l’alliance stratégique anti-terroriste entre la Russie et l’Iran en Syrie, une alliance militaire, aux côtés de l’armée gouvernementale syrienne, ayant été décisive dans la défaite des terroristes de Daech et d’Al-Qaida dans ce pays-civilisation.

Enfin et dans le cas de la Turquie, le pays a fait un long chemin lui aussi depuis les années 1990. D’un pays considéré par beaucoup comme «périphérique», devenu aujourd’hui une puissance régionale incontestable, politique comme économique, et ayant son mot à dire sur de bien nombreux dossiers internationaux. Bien que restant pour le moment membre de l’Otan, le leadership turc a choisi la voie d’une véritable indépendance et souveraineté, aussi bien dans ses prises de décisions politiques, que dans le cadre de son interaction avec les partenaires étrangers. La Turquie s’étant beaucoup rapprochée de la Russie, au point que les deux pays aujourd’hui sont indiscutablement des partenaires stratégiques, que ce soit sur les plans économique, énergétique, et plus incroyable encore militaro-technique. A ce titre l’acquisition par Ankara du système antimissile russe S-400 a semé le désarroi au sein de ses partenaires otanesques, USA en tête. Et malgré toute la pression qui fut exercée sur la Turquie pour mettre un terme à ce contrat, le leadership turc n’a pas fléchi. Sur le plan des dossiers internationaux, la Turquie partage la position de la Russie, de la Chine et de l’Iran en soutenant le gouvernement légitime du Venezuela, en opposition avec les Occidentaux. Si dans le dossier syrien et plus récemment libyen, Ankara avait des intérêts parfois divergents, le dialogue de confiance et pratiquement permanent qui existe entre la Russie et la Turquie laisse présager que les deux pays continueront à trouver des solutions, y compris là où personne ne s’y attendait. Dans le cas de la Libye – pays détruit suite à l’intervention occidentale de 2011 et plongé depuis dans le chaos – les deux nations semblent avancer vers une solution qui puisse permettre à terme à ce pays nord-africain de sortir de la violence permanente. Faisant par la même occasion de Moscou et d’Ankara une fois encore des acteurs clés dans cet autre dossier international. Le tout au moment du lancement du gazoduc Turkish Stream, au grand dam des USA. Et de la déclaration conjointe adoptée par les deux présidents à Istanbul, juste avant la cérémonie de lancement du gazoduc, qui condamne l’assassinat étasunien du général Qassem Soleimani.

Une chose est certaine. La puissance de l’Eurasie n’a pas encore atteint son apogée. Mais représente d’ores et déjà très vraisemblablement la solution aux différentes crises internationales, bien souvent lancées et entretenues par l’Occident politique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chaos libyen: quel avenir?

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Au moment où la Syrie retrouve progressivement la paix et que le noyau dur du terrorisme y a été anéanti, la Libye post-Kadhafi continue, elle, à se maintenir dans le chaos. Le tout sans perspectives d’avenir vraiment radieuses. Après l’intervention militaire de l’Otan de 2011 contre la Jamahiriya libyenne – en son temps l’un des pays les plus prospères et stables d’Afrique, les choses continuent de se détériorer. Dans cette réalité chaotique, qui en portera responsabilité et quelles perspectives d’avenir attendent la Libye?

En effet, la République arabe syrienne a non seulement survécu en tant qu’Etat, alors que nombre d’observateurs, principalement occidentaux, lui prédisaient la fin pure et simple. Il est vrai que les raisons de le penser étaient plausibles : devant une force internationale terroriste composée de ressortissants de plusieurs dizaines d’Etats, le tout avec un «généreux» financement extérieur, la Syrie se trouvait dans une situation extrêmement critique. Néanmoins, la colonne vertébrale du terrorisme a été cassée de plein fouet, surtout après l’intervention de la Russie de septembre 2015 à la demande officielle du gouvernement légitime syrien. Plus que cela, ce grand pays civilisationnel, a aujourd’hui toutes les chances de redevenir au fil du temps une importante puissance régionale, avec le soutien de ses alliés. Le tout au grand dam de ceux qui voulaient justement anéantir cette civilisation multiethnique et multiconfessionnelle.

Dans le cas libyen, le processus suit un cours vraisemblablement inverse. Beaucoup avaient d’ailleurs parlé de la «somalisation» de la Libye. Mais au-delà de cette somalisation, les conséquences eux risquent de s’avérer peut-être même pires qu’en son temps en Somalie. Et ce pour plusieurs raisons. De un, la Libye est une puissance pétrolière et ses ressources naturelles ne manquent pas de susciter l’appétit des puissances extérieures. De deux, sa situation géographique, entre l’Afrique du Nord et le Sud de l’Europe, sans oublier les frontières communes avec les pays du Sahel, en fait une place stratégique pour divers intérêts géopolitiques. De trois, toujours cette proximité avec l’Europe, en fait un pont pour les nombreux migrants africains fuyant guerres et misère. Et compte tenu du chaos régnant aujourd’hui en Libye et du fait que de nombreux commandants de guerre (soutenus d’ailleurs en leur temps par l’Otan dans le but d’éliminer Mouammar Kadhafi) en ont fait un business très lucratif, le flux de migrants à destination des pays européens se poursuit sans cesse.

En parlant d’ailleurs de migration, il serait important de noter qu’à l’époque de la Jamahiriya de Kadhafi, la Libye pouvait non seulement se permettre d’accueillir un large nombre de migrants issus d’autres pays africains, mais également d’autres contrées, y compris européennes : de nombreux Roumains, Bulgares et d’autres représentants de cette partie d’Europe travaillaient avec joie dans ce pays. Les Libyens, eux, n’immigraient pas ou peu. A l’inverse d’aujourd’hui, où de nombreux citoyens du pays se voient pratiquement obligés de quitter leur terre, non seulement en raison de problèmes financiers et du manque d’opportunités (à moins de rejoindre les divers groupes armés qui sévissent dans le pays), mais aussi et surtout par manque pure et simple de sécurité. Et si à l’époque de Kadhafi, les autorités du pays réussissaient à gérer le flux migratoire en offrant aux migrants des opportunités de travail sur place, aujourd’hui le pays est devenu tout simplement une plaque tournante pour les migrants de différentes contrées à destination d’Europe. Beaucoup d’ailleurs ne réussissent pas la traversée : nombreux sont ceux qui décèdent en mer Méditerranée, d’autres tombent dans l’esclavage sur le sol libyen au profit de groupes armés, souvent d’obédience extrémiste, d’autres meurent tout simplement dans des conditions inhumaines avant même d’avoir eu l’occasion de tenter la traversée.

Maintenant, parlons un peu de responsabilité. Si dans le passé, au-delà d’avoir détruit l’Etat libyen et de l’avoir plongé dans le chaos, y compris terroriste – car faut-il le rappeler aussi la «Libye» actuelle devient un terrain privilégié d’implantation de sympathisants de Daech, surtout après leur défaite en Syrie, les Etats concernés ont non seulement rien fait pour ne serait-ce que tenter d’apporter une quelconque stabilisation dans ce pays, mais au contraire le chaos persistant rentre parfaitement dans l’agenda de certains d’entre eux.

Et dans la confrontation actuelle entre le Gouvernement d’union nationale, basé à Tripoli, et soutenu principalement par la Turquie et le Qatar – d’un côté. Et de l’autre la Chambre des représentants basée à Benghazi, dont est associée l’Armée nationale libyenne sous le commandement du maréchal Khalifa Haftar – soutenue principalement par les Emirats arabes unis et l’Egypte, rien ne présage une résolution rapide de la crise libyenne et d’un retour digne de ce nom à une vie normale pour la population du pays. Cela sans même parler des conséquences néfastes pour les pays de la région. Bien que l’Armée nationale libyenne contrôle une large partie du territoire libyen, la tentative de prendre la capitale nationale Tripoli n’a pas donné de résultat pratique jusqu’à maintenant. Le tout au moment où les groupes terroristes takfiristes s’activent et comme dit plus haut misent entre autres sur le territoire libyen pour leur implantation ultérieure.

Compte tenu de la multitude d’acteurs intérieurs comme extérieurs, ces derniers dépassant la liste des pays cités ci-haut, de l’implantation d’un nombre important d’éléments terroristes liés à Al-Qaida et Daech sur le sol libyen – un processus accéléré après leur débâcle en Syrie, sans oublier le fait que le gouvernement tripolitain est lié lui-même à plusieurs groupes armés d’obédience salafiste, l’optimisme sur l’avenir de la Libye est loin d’être au rendez-vous. Dans cette situation, beaucoup parlent de la nécessité d’un rôle accru de la Russie, surtout après le succès de son opération militaire, mais aussi politico-diplomatique sur le front syrien. Plusieurs experts parlent d’un soutien russe au maréchal Haftar, notamment grâce à l’efficacité de son armée contre les éléments terroristes. Mais du côté de la position officielle de Moscou, l’objectif est surtout de permettre à la Libye d’en finir avec la guerre civile et d’éliminer les groupes terroristes présents sur son sol – conditions inévitables pour que la Libye puisse un jour sortir du chaos dans lequel elle a été plongée depuis 2011, suite à l’intervention otanesque. D’autant plus que selon nombre d’experts, Haftar aura du mal à représenter les intérêts de l’ensemble des Libyens.

Dans ces conditions, le retour à l’ère kadhafiste serait peut-être la solution. En effet, le fils de Mouammar Kadhafi – Saïf al-Islam, a annoncé ses ambitions de prendre le pouvoir dans le pays dans le cadre d’élections présidentielles qui devraient avoir lieu prochainement, bien qu’il soit très difficile de parler d’élections dans un pays déchiré et se trouvant en guerre civile. Néanmoins, grand nombre de Libyens regrettent en effet aujourd’hui avec nostalgie le temps de la Jamahiriya. Et au vu des sondages d’opinion menés en Libye, Saïf al-Islam fait figure de personnalité politique favorite aux yeux d’un large nombre de citoyens libyens.

Au vu de la réalité actuelle, il est très difficile de pouvoir faire des prévisions sur l’avenir libyen. Tout dépendra de la suite des événements, au moins des prochains mois. Une chose reste néanmoins sûre : les responsables du chaos libyen devraient un jour répondre au vu de leur responsabilité directe dans ce chaos.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1188