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Saïf al-Islam Kadhafi pourra-t-il sortir la Libye de l’ornière?

Saïf al-Islam Kadhafi

Après des années de ruine, de violence et de marasme, la Libye pourrait-elle entrevoir le bout du tunnel avec le retour de l’un des fils de Kadhafi au pouvoir ? Un retour sur le devant de la scène libyenne qui symboliserait en tout cas l’échec de la stratégie du chaos menée par l’Occident dans ce pays et ailleurs. Essayons d’y voir plus clair.

Une chose est certaine. Après l’intervention dans la tradition purement néocoloniale de l’Otan contre la Jamahiriya de Kadhafi — qui fut un temps l’un des pays les plus prospères d’Afrique — la désillusion des Libyens, y compris de ceux qui auraient pensé que la chute du colonel Kadhafi serait bénéfique, est totale. Terrorisme, insécurité, crise économique, instabilité, racisme et la liste est bien loin d’être exhaustive — telles sont les résultats de la énième intervention occidentale contre un pays souverain.

La désillusion est d’ailleurs telle qu’aujourd’hui les mêmes Libyens, qui pouvaient sous Kadhafi accueillir un large nombre de migrants, issus aussi bien de pays africains qu’au-delà, se retrouvent eux-mêmes obligés de fuir leur pays par manque de sécurité, mais aussi d’opportunités — à moins d’appartenir à un groupe armé salafiste. Telle est la bien triste réalité de la « nouvelle » Libye, ou du moins de ce qu’il en reste.

Et alors que l’ex-Président français Nicolas Sarkozy vient d’être mis en examen dans le cadre d’une enquête sur le financement de sa campagne par des fonds libyens, Saïf al-Islam, second fils de Mouammar Kadhafi et survivant du massacre de sa famille, a annoncé par le biais de l’un de ses représentants basé à Tunis, son intention de présenter sa candidature à la présidentielle libyenne, prévue cette année. En outre, il n’a pas manqué de rappeler qu’il possède toujours des preuves « solides » contre Sarkozy et qu’il est prêt, de même qu’Abdallah Senoussi et Bachir Salah — respectivement ex-directeur des services de renseignements libyens et ex PDG de la Libya Investment (fonds souverain de Libye), à les diffuser.

L’avenir de Sarkozy m’intéressant peu, surtout qu’il est bien peu probable de le voir être jugé par une justice internationale digne de ce nom, à l’instar d’autres « leaders » occidentaux, il est donc plus intéressant de se focaliser sur l’éventuel avenir politique de Saïf al-Islam dans son pays. Ses chances d’un retour réussi dans la politique libyenne sont tout à fait réalistes, alors qu’il jouit d’une popularité réelle au sein d’une large partie de la population, surtout au regard des défis auxquels doit faire face le pays depuis l’intervention otanesque. Néanmoins, son éventuel retour sur la scène libyenne ne résout pas la question de fond: une Libye unie est-elle encore envisageable?

En effet, depuis la destruction de la Jamahiriya par les Occidentaux et leurs alliés salafistes locaux, ce pays a suivi la voie d’une somalisation et d’une division évidentes. Une chose qui ne serait évidemment jamais arrivée si les élites occidentales n’avaient pas décidé en mars 2011 d’anéantir la souveraineté et la prospérité de cette nation pour pouvoir ensuite piller impunément des ressources naturelles ne leur appartenant pas (un cas d’école). L’occasion de se débarrasser par la même occasion d’un leader panafricain, dont les projets, à bien des niveaux révolutionnaires aussi bien pour la Libye que pour toute l’Afrique, ne rentraient aucunement dans la vision des concepteurs de l’unipolarité (cas d’école aussi).

Le chemin sera long. Mais rien n’est impossible. Une chose est pour autant sûre: pour retrouver un minimum de stabilité et vaincre le terrorisme qui se développe telle une gangrène en terre libyenne, la Libye aura besoin d’assistance. Mais certainement pas celle de l’Occident, surtout que ce dernier sait tellement bien détruire, mais tellement moins bien réparer les dégâts créés.
D’ailleurs, au-delà de la triste réalité libyenne, relevons que la stratégie adoptée par l’establishment atlantiste, pensant pouvoir sauver son concept du monde unipolaire par ses instruments traditionnels de pression — interventions militaires, violations des souverainetés, sanctions économiques, campagnes diffamatoires médiatiques,… tombe de plus en plus clairement à l’eau.

Même la puissance médiatico-financière de cet establishment n’est aujourd’hui tout simplement plus en mesure de donner des justifications convaincantes à ces pratiques néocolonialistes. Lorsque l’on observe l’émergence de grandes puissances alternatives, dont la vision des relations internationales diffère radicalement de celle des atlantistes, et la volonté évidente d’un grand nombre de peuples à changer une bonne fois pour toute la donne, la chute des anciens maitres planétaires apparaît d’autant plus inévitable et brutale que le processus est déjà enclenché.

Rien ne sera plus comme avant. C’est un fait. Et dans le cas concret de Saïf al-Islam Kadhafi, il ne reste qu’à lui souhaiter bonne chance pour la suite. Mais aussi et surtout de ne plus faire confiance à ceux, qui ont détruit son pays, massacré des milliers de ses concitoyens, tué son père et plusieurs membres de sa famille. Après tout, l’erreur est humaine, mais l’essentiel est d’en tirer des leçons pour entreprendre les actions nécessaires à mettre fin, à terme, au chaos.

Et de porter un coup final à ceux qui l’ont amplement mérité.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201803221035611713-kadhafi-libye/

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Esclavage en Libye : que les vrais responsables assument leurs actes !

Des réfugiés, le port de Benghazi, Libye. Photo d'archive

L’Occident se rend à l’évidence: le chaos qu’il a créé en Libye par son intervention militaire de 2011 a les pires conséquences: trafic d’esclaves et développement de l’islamisme radical. Si l’on constate un début de prise de conscience, elle restera insuffisante tant que les vrais responsables de cette tragédie ne répondront pas de leurs actes.

Le cas de la Libye est désormais un cas d’école —d’école néocoloniale, faut-il le préciser?— . Il s’agit d’un échec occidental considérable.

En mars 2011, l’Otan lance une intervention militaire contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Un viol de la souveraineté d’un pays, outrepassant le mandat onusien accordé sous prétexte «d’intervention humanitaire» qui aboutira à l’assassinat sauvage de Kadhafi, de milliers de Libyens et d’autres Africains. Ce pays était l’un des plus prospères sur le continent africain: il accueillait un grand nombre de migrants d’Afrique et même de l’UE et pratiquait une politique sociale assez unique.

Tout cela est du passé.

Il est maintenant détruit et connaît l’une des pires formes de «somalisation» qui puissent être. La Libye actuelle, si on peut encore parler de Libye, est devenue une plaque tournante de trafics en tout genre, notamment d’êtres humains. Et l’un des hauts lieux du terrorisme salafiste international. Un pays que chaos, racisme et extrémisme caractérisent, comme le démontrent les dernières révélations des médias mainstream.

Tout récemment, ce qui se disait déjà depuis longtemps dans les médias alternatifs a été confirmé par la chaîne étasunienne CNN, probablement car l’évidence était devenue impossible à cacher: l’existence d’un sinistre système de marchés d’esclaves sur le territoire libyen. En effet, des ressortissants d’Afrique subsaharienne transitant par la Libye pour tenter d’arriver en Europe et y trouver une vie meilleure, venant le plus souvent de pays se trouvant toujours sous mandat occidental, car vous n’y trouverez pas de Sud-Africains, d’Angolais ou de Namibiens (ceux que l’URSS avait soutenus en son temps), sont vendus quelques centaines de dollars par des extrémistes salafistes —les mêmes sur lesquels l’Otan s’est appuyés pour éliminer Kadhafi.

C’est une honte. Pour ne pas revenir sur des sujets précédemment traités, à savoir que la Russie et certains autres pays responsables ne permettront certainement plus au Far-West d’agir impunément, parlons justement de responsabilité.

Un millier de personnes est descendu dans les rues de Paris pour manifester; notamment devant l’ambassade de Libye. C’est bien, mais est-ce suffisant? Probablement pas. Car tous les responsables de la tragédie libyenne doivent rendre des comptes et notamment l’ex-président Nicolas Sarkozy ou encore le «philosophe» de guerre Henri-Levy, alias BHL (persona non grata en Russie), tous deux de grands «artisans» de la guerre contre la Libye.

Car même si ces fameux représentants de l’establishment occidental pensent encore être intouchables, ils doivent bien garder une chose en tête: dans ce Nouveau Monde et le système qui l’accompagne, il n’y a plus «d’élus». Ce qui signifie que d’une façon ou d’une autre, il va falloir rendre des comptes. D’autant plus que ces élites occidentales refusent de faire leur mea culpa. Et lorsqu’ils le feront, il sera déjà trop tard, sans aucune possibilité de pardon.

Et ce n’est pas à La Haye qu’ils seront jugés, mais bien dans l’un de ces pays ayant souffert de cette arrogance occidentale. Ils ne manquent pas, tant il est vrai que l’histoire de l’Occident se répète ad nauseam: possédant peu de ressources naturelles, l’objectif a toujours été de les chercher et de les trouver ailleurs, même si pour cela il fallait massacrer les populations locales.

Et même aujourd’hui, en ce XXIe siècle, l’Occident arrogant ne souhaite toujours pas accepter une autre réalité: celle d’une concurrence loyale où chacun pourrait présenter au mieux ses atouts, dans une optique gagnant-gagnant. Cette logique ne rentre évidemment aucunement dans la mentalité des élites occidentales, pour qui seule la force paie.

Quant à la Libye, personne ne peut aujourd’hui dire quand est-ce qu’elle pourra retrouver ne serait-ce qu’une partie de sa stabilité d’antan. Personne. De plus en plus de Libyens regardent de nouveau en direction de Moscou, mais aussi de Pékin pour tenter de sauver la situation de leur pays. Rien n’est à exclure.

Mais pour commencer, il faudra déjà éliminer les intérêts occidentaux responsables de ce chaos et les extrémistes salafistes, alliés par excellence de cet Occident politico-médiatique irresponsable.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711201033961981-libye-esclavage/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La crise du Qatar et ses enjeux régionaux

Doha, Qatar

Les meilleurs amis d’hier deviennent du jour au lendemain des ennemis. Les principaux sponsors de plusieurs groupes terroristes et grands amis des Etats-Unis s’accusent mutuellement. Que se passe-t-il vraiment entre le Qatar et l’Arabie saoudite ?

La dispute saoudo-qatarie n’en finit pas de faire du bruit. En effet, les principaux donateurs financiers de plusieurs groupes terroristes, opérant notamment en Syrie, et satellites déclarés de la politique étasunienne au Moyen-Orient, en sont arrivés à une crise sans précédent, allant jusqu’à la rupture diplomatique et à un blocus commercial.

Pour beaucoup, l’effet de surprise fut effectivement grand à l’annonce de l’Arabie saoudite et de plusieurs autres pays arabes de rompre les liens diplomatiques avec Doha, l’accusant d’être un soutien du terrorisme et de participer à des déstabilisations diverses. Ainsi, le 5 juin dernier, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l’Egypte ont annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar. Ils seront rapidement rejoints par une partie de la Libye (gouvernement d’al-Beïda contrôlant l’est du pays) et une partie du Yémen (gouvernement de Hadi contrôlant une partie du centre et l’est du pays). Ce ne sera pas tout: les Maldives, la Mauritanie, les Comores ont eux aussi annoncédans la foulée la rupture de leurs relations avec Doha. Le Djibouti et la Jordanie ont abaissé le niveau des relations diplomatiques, tandis que le Sénégal, le Niger et le Tchad ont rappelé leurs ambassadeurs.

Ce faisant, on parle d’une des plus sérieuses crises dans le monde musulman sunnite. Tout en sachant qu’il est très difficile de considérer les Saoudiens comme membres du clergé sunnite, étant wahhabites. Mais ceci est une autre histoire. En outre, la crise entre le clan wahhabite (saoudien) et les Frères musulmans (qatari) est également mentionnée comme l’une des raisons à cette dispute. Parallèlement à ces événements, la Turquie, considérée à juste titre comme l’une des principales puissances du monde musulman sunnite, prend fait et cause pour le Qatar en critiquant ouvertement la ligne menée par les initiateurs de la crise à l’égard de Doha. En outre, la Turquie assure désormais d’importantes livraisons alimentaires à l’émirat qui fait face au blocus des livraisons décidé par Riyad et Abu Dhabi. L’Iran, grande puissance régionale et leader admis du monde musulman chiite, a profité lui aussi de la détérioration « fraternelle » saoudo-qatarie pour offrir son soutien au Qatar, à travers des livraisons alimentaires.

En parlant justement de l’Iran, considéré comme l’une des causes des manœuvres punitives des Saoudiens en direction des Qataris (ces derniers étant accusés de privilégier un rapprochement avec la République islamique), il en sort évidement gagnant et renforcé. Rappelons à ce titre toutes les tentatives, le plus souvent vaines, de Riyad d’isoler Téhéran au sein du monde musulman. Pour autant, non seulement ces tentatives n’ont pas apporté au leadership saoudien (et bien sûr américain) le résultat escompté, mais au contraire le rôle prédominant de l’Iran ne cesse d’augmenter dans les affaires régionales, que ce soit en Syrie, au Yémen ou dans le cadre du processus d’Astana (en coordination avec la Russie et la Turquie). De plus, cette main tendue de Téhéran envers Doha a sérieusement renforcé les sentiments pro-iraniens à l’intérieur même du Qatar.

Du côté de la Russie, la position est plus nuancée. Moscou n’ayant pas pris fait et cause pour l’un des deux groupes de belligérants, en appelant uniquement au dialogue et en maintenant le contact avec toutes les parties du « conflit ». En ce sens, le chef de la diplomatie qatarie s’est même rendu en visite à Moscou il y a quelques jours. La position russe diffère en ce sens considérablement des Etats-Unis, qui vraisemblablement ont donné le feu vert à Riyad pour ses actions anti-qataries, tout en se gardant de prendre des mesures radicales vis-à-vis de Doha — sachant que la plus grande base US du Moyen-Orient se trouve précisément au Qatar.

Dans ce casse-tête évident pour certains, le tableau est grosso modo le suivant. La Turquie confirme qu’elle souhaite jouer sa propre politique, tout en étant un membre clé de l’OTAN (et donc « allié » des USA). L’Iran renforce ses cartes sur la scène régionale en donnant un camouflet supplémentaire à l’Arabie saoudite, et en jouant sur les dissensions entre les alliés d’hier. Enfin, la Russie se positionne clairement comme un médiateur d’envergure globale, confortant ainsi sa position retrouvée en tant que l’une des principales puissances mondiales, dont la politique ne cesse de monter en popularité dans pratiquement tout le monde musulman. Le Moyen-Orient n’étant pas une exception, tout au contraire.

Quant aux accusations lancées par les pays arabes déjà cités en direction du Qatar, qu’y a-t-il de nouveau par rapport à ce que l’on disait déjà ces derniers mois et années? Rien. Oui, le Qatar faisait jusqu’à maintenant partie des principaux sponsors des terroristes à divers endroits, en premier lieu en Syrie. Nous l’avons dit et répété. Mais les Saoudiens sont-ils bien placés pour accuser leurs cousins de terrorisme, sachant qu’ils font clairement partie de la catégorie « supérieure » des sponsors du terrorisme, notamment sur le territoire syrien? C’est évidemment l’hôpital qui se fout de la charité. D’ailleurs, l’un des rares pays de cette « coalition » anti-qatarie qui a une réelle légitimité à accuser Doha de soutien au terrorisme, c’est bel et bien l’Egypte, clairement visé par le danger takfiriste, notamment sa minorité chrétienne. Et compte tenu des relations positives entre les leaderships russe et égyptien, et une approche beaucoup plus responsable envers le conflit syrien de la part du Caire, il est clair que la Russie n’a pas vraiment intérêt à prendre position en faveur du Qatar. Parallèlement à cela, il est également clair qu’il n’y a absolument aucune raison de prendre position en faveur de l’Etat wahhabite — l’un des principaux satellites étasuniens, l’un des principaux sponsors des groupes terroristes en Syrie, fermement opposé à Assad et à l’Iran (alliés de la Russie).

Ce qui signifie une chose relativement simple. La Russie va devoir poursuivre ses efforts diplomatiques et ses manœuvres afin de maintenir un équilibre dans cette équation (ce que la Russie sait bien faire), tout en pensant évidemment à ses intérêts nationaux, et à ceux de ses alliés. Tout dépendra maintenant aussi de la nouvelle approche qatarie (si elle a lieu). Notamment en direction de la Syrie. Si Doha cesse son soutien massif aux groupes djihadistes en Syrie, ce sera indéniablement un pas fortement positif, en premier lieu pour la Syrie elle-même. Et si cela devait arriver, on pourrait alors entrevoir un rapprochement. D’autre part, le fait que l’Iran renforce ses positions sur la scène régionale ne peut qu’être salué, y compris dans ce dossier. C’est d’ailleurs l’une des raisons de l’inquiétude qui règne à Riyad, Abu Dhabi et évidemment Washington. A ce titre, le leadership saoudien commence déjà à atténuer sa rhétorique anti-qatarie en parlant même de l’éventualité de lever le blocus. Les cousins feront-ils alors la « paix » sous la pression de Washington? Ou la crise montera-t-elle d’un cran? Il conviendra de suivre la situation. Une chose est néanmoins certaine: cette dissension saoudo-qatarie renforce l’axe de la résistance. Et last but not least, l’une des raisons principales de cette dispute Riyad-Doha est évidemment à rechercher dans les victoires de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés sur le théâtre syrien. Et quand on a déversé des sommes colossales pour réaliser un scénario écrit (faire tomber Assad) et qu’il tombe à l’eau, il arrive souvent que des accusations réciproques entredéchirent une « famille ». Surtout que le grand maître, j’ai nommé les Etats-Unis, est loin d’être ravi de la situation lui aussi. A suivre donc…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706151031851854-qatar-crise-enjeux/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Victimes du terrorisme : pour le mainstream toujours loin d’être égales

Hommage aux victimes d'un terrible attentat sanglant a frappé l’Irak

Malheureux de revoir une énième fois à quel point le degré d’attention peut-être différent envers les victimes du terrorisme, en fonction du pays auquel ils appartiennent.

Lorsqu’on avait assisté à l’attaque terroriste d’Orlando, le buzz du mainstream s’est poursuivi des jours durant. Elites politiques, médiatiques, « éminents » experts du monde occidental, tous ne cessaient de condamner de la plus vive des manières ladite attaque. Il faut tout de même rappeler que cette attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés a touché une ville étasunienne, et en addition à cela un club de la communauté LGBT. Le buzz était donc assuré.

Puis nous avons eu droit à l’attaque djihadiste qui a visé un restaurant de la capitale du Bangladesh, Dacca: 20 tués, en majorité étrangers, principalement des Italiens et des Japonais. Une attaque également revendiquée par le groupe Etat islamique. Le buzz était déjà moins important. La question à se poser aussi y-aurait-il eu une attention quelconque si la majorité des victimes auraient été locales? Connaissant l’approche particulière des médias occidentaux en ce sens, il faut bien se poser cette question.

Et puis tout dernièrement, un terrible attentat sanglant a frappé l’Irak, toujours l’œuvre de Daech, avec plus de 200 morts. L’une des plus sanglantes attaques terroristes de la secte takfiriste, plus que jamais sous pression depuis les revers sur les fronts syrien et irakien. Ici, nous n’avons observé pratiquement aucune marque de solidarité sérieuse. Et après cela, on se demande juste comment cela est possible?

On avait parlé précédemment du degré fortement différent des approches médiatiques mainstrimoises selon l’appartenance ethnique des victimes. Les exemples n’ont jamais manqué: l’énorme buzz pour Charlie Hebdo et presque une banalité lorsque cela frappe la Syrie, l’Irak, la Libye, le Nigeria ou le Pakistan. Le temps passe mais vraisemblablement les approches ne comptent guère évoluer. L’exceptionnalisme occidental a la tête dure. Et bien que nombre de personnes en Occident s’indigent de plus en plus de telles approches, les élites elles poursuivent leur ligne sans aucune morale.

Il est vrai que depuis l’invasion US & consorts de 2003 en Irak, la violence y est devenue monnaie courante. Mais est-ce une raison valable pour ne pas accorder l’attention que cela mérite? Les plus de 200 victimes irakiennes valent-elles moins que la cinquantaine d’Orlando? A notre avis certainement pas. Il est à croire qu’il y a aussi une autre raison pour un tel manque d’attention. Les liens importants des autorités irakiennes avec celles d’Iran ne plaisent évidemment guère à l’administration de Washington, et donc du reste (des suiveurs).

Bref, le monde des élites occidentales n’est pas prêt à suivre les évolutions du monde contemporain. A savoir d’un monde multipolaire, où chacun a droit à sa dignité et où on ne fait pas de différence selon l’appartenance ethnique ou religieuse de la personne. C’est le monde que la grande majorité de l’humanité souhaite. Ce monde est déjà là. Bien que s’oppose ardemment à lui les restes de l’unipolarité, refusant de reconnaitre l’avènement du nouvel ordre.

Pour revenir aux victimes du terrorisme, puisque c’est d’elles qu’il s’agit en premier lieu, nous ne faisons pas de différence entre elles sur une base ethnique, confessionnelle ou raciale. Cela n’est pas humain. Et tant qu’il y aura ceux qui poursuivront leur lignée néocoloniale envers le reste du monde, il y aura toujours ceux qui répondront à ces défis.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201607061026444935-terrorisme-victimes-irak/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Bachar al-Assad, la seule option possible

Portrait de président syrien Bashar al-Assad, Damas, Syrie

A l’heure où la Syrie est de nouveau au premier plan, non sans la crise des migrants comme l’une des raisons à cela, et au moment des nombreuses discussions occidentales sur la présence militaire russe en Syrie, il serait juste une fois encore de remettre plusieurs points sur les « i ».

Les élites occidentales s’enfoncent une fois de plus dans la contradiction pure et simple. Et même les spécialistes occidentaux, loin d’être pro-russes ou pro-syriens, commencent par l’avouer. D’un côté, les leaders occidentaux affirment leur volonté à combattre l’Etat islamique, de l’autre continuent encore de réclamer le départ du président syrien Assad.

Mais ce n’est de loin pas la seule contradiction observée. Tout d’abord, souvenons-nous de l’invasion US et consorts en Irak, en 2003 (à une époque d’ailleurs lorsque un pays comme la France ne faisait pas automatiquement le suiveur de la politique étasunienne). Il a fallu bien peu de temps aux forces de cette coalition pour arriver à leur fin, à savoir faire chuter l’Irak Baathiste et son leader Saddam Hussein. Certains diront à juste titre que c’était une opération terrestre et c’est vrai. Mais on a eu aussi il y a quelques années la Libye. L’OTAN, qui menait les opérations de bombardement du territoire libyen en visant les forces de l’armée régulière, n’a eu en outre aucun mal à détecter et viser le cortège où se trouvait feu colonel Mouammar Kadhafi. On connait la suite.

Et en Syrie malgré toutes les déclarations déclarées de mener la guerre à l’EI en bombardant ses positions, on a vraiment dû mal jusqu’à maintenant (pourtant ce n’est pas la volonté qui manque) à voir un quelconque résultat notable. Certains diront même que ces bombardements nuisent plus aux forces gouvernementales de l’Armée arabe syrienne, sans oublier les civils, qu’aux terroristes. Il y a donc de quoi à se poser des questions: quelle est la véritable cible de la coalition occidentalo-golfiste? Les barbares de l’EI ou les militaires syriens avec Bachar al-Assad? Sans oublier l’implication d’Israël qui a maintes fois bombardé les positions de l’armée syrienne, sans jamais toucher aux terroristes. Etonnant?

Autre question tout aussi importante. Les élites de l’Occident jouant aux aveugles affirment jusqu’à maintenant que la Syrie n’aura pas d’avenir avec Assad. Le problème c’est que jusqu’à maintenant ils n’ont aucune alternative à proposer. Absolument aucune. Tous les groupes soi-disant non liés à l’Etat islamique et combattant également l’armée régulière de Syrie, les Occidentaux les appellent eux-mêmes être « des islamistes modérés ». Assez incroyable comme notion. C’est vrai qu’en terme de barbarie et de cruauté, difficile de concurrencer l’EI (même Al-Qaida est devenue un peu ringarde), mais en suivant cette « logique », on arrive à croire qu’il devient presque possible de classer les terroristes en plusieurs groupes, selon leur niveau de radicalité ou de « modération »: terroristes modérés, semi-modérés, plutôt modérés, pas vraiment modérés, pas du tout modérés, radicaux, ultra-radicaux et ainsi de suite. Cela peut même paraitre drôle pour certains, si derrière cette pseudo-logique il n’y avait pas des centaines de milliers de vies en jeu. Mais l’Occident vraisemblablement ne peut plus faire marche arrière, de peur de se retrouver une fois de plus dans le ridicule. Même si parfois il est bien mieux de reconnaitre ses erreurs, ne serait-ce que pour sauver tellement de vies humaines.

Maintenant pourquoi le président al-Assad reste la seule option possible? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord car il reste le leader légitime de son pays. Un pays pour rappel indépendant et souverain. D’autre part, car il est bien soutenu par la grande majorité de la population, aussi bien en Syrie qu’au sein de la diaspora syrienne. Qui le dit? Le rapport datant de 2013 (alors que la Syrie était déjà en pleine guerre) de la CIA (!) repris entre autres par Wikileaks et un certain nombre de médias, qui confirme que le président Assad aurait au moins 75% de soutien de la part de ses concitoyens. Alors après, les « bienpensants démocratiques » devraient nous répondre à une question: de quel droit un leader ayant le soutien avéré des ¾ de son peuple peut être considéré « illégitime » (terme employé par plusieurs chefs d’Etat occidentaux)?
Un autre exemple confirmant lui aussi la légitimité d’Assad et lié à l’aspect ethnico-religieux. On sait qu’il appartient à la minorité religieuse alaouite, qui représente à peu près 20% de la population de Syrie. L’Occident tente par tous les moyens de faire croire que c’est cette minorité qui dirige, les autres représentants ethniques et religieux seraient soi-disant tous ou presque opposés à elle. Pourtant, la grande majorité des Syriens (environ 75%) sont eux musulmans sunnites, 10% sont chrétiens. Alors en analysant ne serait-ce qu’avec un minimum de logique, les 20% d’alaouites et les 10% de chrétiens ne pourraient jamais assurer à Assad une si longue résistance si la grande majorité des musulmans sunnites syriens n’étaient pas eux aussi majoritairement derrière leur président. Cela est tout simplement impossible. L’Armée arabe syrienne est également fort représentative de ce puzzle multiethnique et multiconfessionnel de la Syrie. La grande majorité des militaires syriens sont eux aussi musulmans sunnites. Et il serait tout simplement illusoire de croire que si ces militaires sunnites ne soutenaient pas eux aussi Assad et avec une telle ardeur, jamais il n’aurait pu tenir ne serait-ce que quelques mois.
Donc la propagande occidentale s’écroule comme un château de cartes, notamment sur le fait que la Syrie serait dominé par un « dictateur » (un dictateur ayant tout de même 75% au moins de soutien, y compris au sein de la diaspora, y compris celle vivant en Occident) et que c’est une minorité religieuse qui impose sa volonté aux autres. Tout cela est faux. La Syrie, en plus d’être l’un des berceaux de l’humanité, c’est aussi un pays multiculturel, multiethnique et multiconfessionnel. Mais c’est aussi fort malheureusement un pays martyrisé depuis plusieurs années maintenant par la volonté unipolaire du néocolonialisme occidental et le salafisme importé du Golfe et de quelques autres pays. Et dans ce pays de la diversité, un homme continue de représenter l’unité de tous les Syriens, peu importe leur appartenance ethnique ou religieuse et qu’ils soient musulmans sunnites, alaouites, chiites, chrétiens ou yézidis. C’est bien Bachar al-Assad. Les dirigeants occidentaux devront donc bien à un moment ou un autre reconnaitre cette réalité que beaucoup de Syriens tentent de leur faire entendre. Et une réalité qu’ils devront accepter. Entre temps, il faut se débarrasser des terroristes égorgeurs. Et pour cela, aux côtés de l’armée syrienne et du peuple de Syrie, ce sera vraisemblablement une autre coalition.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150917/1018226891.html

Mikhail Gamandiy-Egorov

Entretien accordé à Jean-Marc Soboth

INTERVIEW. Mikhaïl Gamandiy-Egorov, journaliste russe: «Afrique: la Russie de retour!»

Posted on juil 2, 2015 @ 16:40

sobothPropos recueillis par Jean-Marc Soboth

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Fondateur du projet BRICS Dream présenté comme la «première marque vestimentaire au monde pour les citoyens et partisans des BRICS», Mikhaïl Gamandiy-Egorov est un journaliste-chroniqueur russe travaillant pour le Service francophone de l’Agence internationale Rossiya Segodnya (Sputnik France). Il est un fervent activiste du partenariat Afrique-Russie et, de manière générale, de la souveraineté des Etats face au«néocolonialisme sous toutes ses formes». Il s’exprime ici sur la nouvelle place de la Russie dans la géopolitique internationale et africaine.

Mikhaïl Gamandiy-Egorov

Jean-Marc Soboth: Dans la lutte des Africains contre la secte salafiste Boko Haram, les autorités nigérianes et, plus tard, camerounaises ont dû recourir in extremis à la diplomatie russe pour recevoir du matériel de guerre et de surveillance supplémentaires. Abuja avait déjà avoué publiquement s’être vu refuser tout achat d’armes de guerre parce que les Américains s’y opposaient. La Russie deviendra-t-elle, ainsi, progressivement, le recours le plus décisif des Africains en matière de lutte contre le terrorisme et de stabilité ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Je l’espère fortement. Mais cela va dépendre de la volonté de chacun. En effet, la situation autour de Boko Haram a montré un certain nombre de choses aux pays menant une lutte contre cette secte, dont le Cameroun et le Nigeria. Tout d’abord les liens obscurs qui existent entre ladite secte et l’Occident. D’autre part, les tentatives occidentales de profiter de la présence de cette secte pour jouer le rôle de « faiseurs de paix » et pouvoir s’installer militairement dans les deux pays. Un scénario qui ne date pas d’aujourd’hui. Et enfin, le refus des élites occidentales d’aider véritablement les pays dont les forces armées mènent une lutte sans relâche contre le terrorisme ont fait comprendre qu’il faut peut-être se tourner vers ceux qui respectent votre souveraineté et pour qui la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme n’est pas liée à des plans d’intervention néocolonialistes.

Jean-Marc Soboth: Pendant que les attaques meurtrières de Boko Haram battent leur plein en début décembre 2014, un aéronef cargo Antonov 124 doté d’un équipage russe est arraisonné à l’aéroport international de Kano par les autorités nigérianes. Paradoxalement, l’appareil russe contient du matériel de guerre français dont un hélicoptère de guerre Gazelle. On ne sait toujours pas exactement ni la provenance ni la destination finale dudit matériel. Toujours est-il que l’affaire fait l’objet d’âpres négociations diplomatiques dans lesquelles aurait été impliquée la Maison-Blanche et, semble-t-il, le Kremlin puisque le président François Hollande s’oblige à cet effet une escale imprévue à Moscou quelques jours plus tard. Avez-vous appris ce que charriait cette affaire étrange ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: C’est une affaire assez étrange effectivement. Mais je pense que pour connaitre la provenance et la destination finale du matériel de guerre qui se trouvait dans l’avion Antonov, il faut aller voir du côté de la Maison-Blanche et de l’Élysée. Quant au fait que l’avion ait été russe, il faut savoir que les avions Antonov, qui sont de très grands avions, sont très utilisés en Afrique dans le cadre de différentes missions internationales, y compris celles de l’ONU. Mais il faut savoir que leur utilisation se fait bien souvent sans la participation de la Russie. Lesdits avions peuvent être sous leasing et donc dans ce cas précis, il faut demander à la partie à qui appartenait le matériel de guerre à qui tout cela était destiné. D’ailleurs le ministère russe des Affaires étrangères avait également bien précisé que l’utilisation desAntonov en Afrique est une affaire courante et que la coordination avec la Russie est bien souvent minime. Quant à l’escale de François Hollande à Moscou, je pense qu’il y avait un certain nombre de questions qui devaient alors être discutées. Notamment l’affaire des Mistral et, peut-être aussi, cette question liée au matériel de guerre français transporté vers un destinataire qui nous laisse perplexes. En tout cas, la Russie n’avait rien à cacher dans cette affaire. À la différence de la partie française dont on voyait beaucoup de zones d’ombre.

Jean-Marc Soboth: L’Arabie saoudite et le Qatar sont officiellement soupçonnés par tous de financerla secte Boko Haram; or, la secte fondamentaliste est une cible déclarée des alliés de l’OTAN. Le même Qatar ainsi que la monarchie saoudienne accompagnent pourtant l’OTAN dans toutes ses campagnes militaires. On n’a pas oublié l’implication massive de l’armée et des forces spéciales qataries en Libyedans le cadre de l’opération United Protectors de l’OTAN, laquelle a fait le lit au chaos islamiste qui en a découlé. Que faut-il comprendre de la complexité de ces alliances pro-islamiques à multiples vitesses de l’Occident ?

 Mikhaïl Gamandiy-Egorov: L’Occident, ou plutôt ses élites, jouent à un jeu très dangereux: celui de s’allier avec des pays qui financent des groupes terroristes. Plus encore, permettre à ces pays d’investir massivement dans les pays occidentaux. Prenez l’exemple du capital qatari en France, pour ne citer que celui-là. Il y a pire: utiliser carrément des groupes terroristes pour déstabiliser et faire chuter les pays dont les gouvernements n’arrangent pas leurs intérêts néocolonialistes. On l’a parfaitement vu en Libye. On l’a vu et on le voit encore en Syrie. Les USA sont les champions des alliances avec les terroristes. Il suffit d’ailleurs d’aller un peu plus loin dans l’histoire et se rappeler leur « alliance » avec le mouvement extrémiste des Talibans en Afghanistan. Ils étaient présentés par les médias étasuniens comme de véritables « combattants de la liberté » à l’époque où ces Talibans combattaient le pouvoir socialiste afghan soutenu par l’Union Soviétique. Ces mêmes « combattants de la liberté » selon le mainstream étasunien sont devenus les ennemis à éliminer à tout prix pour les mêmes USA. Voilà leur politique.

Pour reprendre l’expression d’un certain nombre d’experts russes dans le domaine de la Défense, avec qui on a plusieurs fois discuté, il s’agit de « Laisser le djinn sortir de la bouteille pour atteindre leurs objectifs à court terme. Le problème c’est qu’après être sorti et avoir réalisé les vœux de ses maîtres, le djinn ne veut pas revenir dans la bouteille. Il devient donc lui aussi un ennemi à éliminer ». C’est l’une des caractéristiques de la politique étasunienne. Quant aux Européens, je parle bien évidemment de l’Union européenne, ce ne sont que des suiveurs. Ils n’ont pas de politique extérieure souveraine et indépendante. Tout est décidé à Washington. Bruxelles, Londres, Berlin et Paris ne font qu’appliquer.

Jean-Marc Soboth: Peut-on dire aujourd’hui qu’il y a au Kremlin, en cette ère post-soviétique, l’émergence progressive d’une véritable politique africaine de la Russie, au moins dans une optique de contrepoids au diktat unipolaire des alliés de l’OTAN ? S’agit-il simplement d’une politique des besoins ponctuels des Africains comme on l’a vu avec Boko Haram ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Je crois que oui. La politique africaine de la Russie commence à revoir le jour. Et vous savez que je suis l’un des plus grands partisans d’une véritable alliance entre l’Afrique et la Russie, de l’axe Afrique-Russie. Depuis déjà un certain temps, on a vu une volonté réciproque de récréer des relations privilégiées entre les deux parties, semblable au temps de l’Union Soviétique. Beaucoup de spécialistes soviétiques avaient été actifs à différents endroits du continent africain. Je connais personnellement un certain nombre de ces gens qui, aujourd’hui, sont de hauts cadres de la Russie post-soviétique, mais qui, au temps de leur jeunesse durant la période soviétique, avaient été présents aux côtés des principaux mouvements de libération en Afrique, notamment le MPLA en Angola, l’ANC en Afrique du Sud, la SWAPO en Namibie

Durant la transition post-soviétique, nous avons effectivement perdu pratiquement toutes les positions que nous avions en Afrique. Il faut le dire, notre pays était bien mal en point à cette époque qui a suivi l’éclatement de l’Union Soviétique.

Aujourd’hui, c’est une autre Russie qui est née : forte, indépendante, souveraine, fière d’elle. Et il y a toutes les raisons de croire que nous allons, ensemble, retrouver le niveau des relations que nous avions dans un passé pas si lointain que cela. Il faut de la volonté des deux côtés: c’est cela même le sens des relations entre nations souveraines. Mais ce qui me rend particulièrement heureux, c’est que la Russie a enfin compris qu’il faut renforcer très largement nos relations extérieures et ne pas se limiter à la proximité géographique. Seulement ainsi, la Russie pourra aller de l’avant et renforcer définitivement la place qui est la sienne dans l’arène internationale.

Jean-Marc Soboth: La Russie fait l’objet de sanctions économiques et diplomatiques multiformes des alliés de l’OTAN depuis l’année dernière au moins. Elles se sont étendues à certains méandres de l’économie comme le mécanisme de crédit américain Visa et Mastercard. Chaque jour, on clame dans les médias occidentaux que l’économie russe subit, subséquemment, une crise sans précédent qui fragilise lepays. On ajoute que la Russie ne peut, toutefois, pas se passer des revenus provenant de la livraison du gaz en Europe. Suspendre la livraison serait signer le suicide. La Russie est-elle vraiment asphyxiée?Comment fait-elle pour se protéger d’une nouvelle implosion aux causes exogènes du type que nous avons vécue sous Mikhaïl Gorbatchev ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Vous savez, les Occidentaux aiment souvent prendre leurs désirs pour la réalité. Le problème c’est qu’aujourd’hui leur hystérie atteint tellement le summum que cela tourne au ridicule… Non, l’économie russe est loin de se porter mal. Au contraire et j’assume pleinement ce que je dis :ces sanctions occidentales visant la Russie sont une véritable bénédiction pour nous. Et je pèse mes mots.

Comme je l’ai déjà dit précédemment, la Russie a enfin lancé le renforcement des alliances et des partenariats stratégiques avec les pays qu’on peut véritablement appeler pays amis. Personnellement, je faisais ces appels depuis plusieurs années. Les pays de l’espace eurasiatique, la Chine, l’Inde et les autres pays BRICS, l’Amérique latine et plusieurs États du continent asiatique (en dehors de la Chine et l’Inde), comme par exemple le Vietnam et l’Iran ou encore certains pays du monde arabe, et bien évidemment l’Afrique aussi, voilà notre priorité aujourd’hui. Ce sont là des pays et groupes de pays avec lesquels on peut parler de relations sincères et non pas une relation de «donneur de leçons à élève».

Maintenant parlons des pseudos « grands problèmes économiques de la Russie ». La monnaie russe, le rouble, avait effectivement perdu une partie considérable de sa valeur.  Elle a récupéré une bonne partie de cette valeur perdue face aux devises étrangères. Même les élites financières occidentales avouent que le rouble a prouvé toute sa fiabilité (Bloomberg par exemple). Quant aux livraisons de gaz, il faut se poser la question: qui a plus besoin de l’autre? Je dirais plutôt que c’est l’Union Européenne qui ne pourra pas se passer des livraisons de gaz russe. C’est une évidence. Les tentatives de Bruxelles de trouver d’autres options depuis plusieurs années n’ont abouti à rien. Quant à la Russie, on commence déjà à réorienter les priorités de livraison de notre gaz. Cette priorité est connue et c’est le géant gazier russe Gazprom qui le dit: il s’agit de la République populaire de Chine qui, au fil des années, augmente considérablement ses besoinsen gaz. Je crois que vous m’avez compris.

Et pour finir, je crois que c’est l’Europe qui est en train de se faire véritablement asphyxier. Les élites bruxelloises, en suivant les prérogatives des USA, ont créé une situation véritablement catastrophique pour leurs producteurs. Car comme vous le savez, la Russie, en réponse aux sanctions occidentales, a fermé son marché à un certain nombre de produits agroalimentaires en provenance des pays occidentaux.

Cette mesure a frappé de plein fouet l’Union Européenne. Juste quelques chiffres pour comprendre: si l’Union Européenne poursuit à terme sa politique de sanctions contre la Russie, elle risque de se retrouver avec deux millions d’emplois perdus et 100 milliards d’euros de pertes financières. À vous de juger si c’est peu ou pas. Quant à la Russie, elle poursuit d’une manière efficace la politique donnant la priorité aux producteurs nationaux (qui sont d’ailleurs très ravis de l’aubaine) et aux producteurs des pays amis que j’avais déjà cités plus haut. Et je dois vous avouer que même si dans un avenir proche l’Union Européenneretrouve la raison et annule les sanctions visant la Russie, les producteurs européens auront énormément de mal à retrouver leurs positions d’antan sur le marché russe. Je crois d’ailleurs qu’ils ne pourront jamais retrouver la plupart des positions. C’est bien dommage pour les PME européennes. Il faut qu’ils disent « merci » à leurs élites !

La Russie, elle, ne fait que défendre ses intérêts nationaux.

Jean-Marc Soboth: Le vote de la résolution 1973 de l’ONU, prétexte à l’action militaire historique de l’OTAN contre la Libye du colonel Mouammar el-Kadhafi, n’a fait l’objet que d’une simple abstention russe, à côté des Chinois, des Cubains, des Vénézuéliens... La résolution fut, on s’en souvient, soutenue par des homologues de l’Union Africaine: Gabon, Nigéria et Afrique du Sud... Cette dernière est l’unique pays africain votant à en avoir dénoncé l’usage militaire frauduleux par l’OTAN. Mais alors que la Libye sombre dans le chaos islamiste, les références aux origines de ce drame semblent plutôt inexistantes de toutes parts. Qu’est-ce qui explique ce processus dilatoire dont l’objectif à terme est d’oublier qui a détruit la Libye ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Il y avait également d’autres pays africains en plus de l’Afrique du Sud qui avaient dénoncé l’intervention armée de l’OTAN, notamment le Zimbabwe et la Guinée équatoriale. Si on parle de la Russie, je dois vous dire que personne n’a oublié l’histoire tragique de la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Au contraire, en suivant les différents débats entre experts russes, ce rappel revientsouvent. Ce qui est arrivé à la Libye de Kadhafi est une véritable tragédie. Aussi bien pour le pays lui-même, que pour toute la région et tout le continent.

Jean-Marc Soboth: La Russie de Vladimir Poutine continue d’être critiquée en Afrique pour n’être pas intervenue à temps afin d’arrêter le massacre des Libyens par l’OTAN et, ainsi, éviter le chaos actuel? Que répondez-vous à cette accusation récurrente lorsqu’on sait qu’au Venezuela de Hugo Chavez ou en Syrie de Bachar el-Assad, la réaction russe fut plus concrète ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: C’est une question que l’on m’a déjà souvent posée et je vais être franc avec vous. La Russie a mal géré la crise libyenne. De même que la Chine. Dans le même temps, cela a servi de leçon aussi bien à Moscou qu’à Pékin et à tous les autres pays qui ne veulent plus accepter le diktat unipolaire de l’Occident.

En ce qui concerne la Russie, j’aimerai quand même rappeler que le président Vladimir Poutine n’était pas au pouvoir au moment des faits. Il était Premier-ministre. Et c’est là toute la différence. D’ailleurs, les critiques sur la façon dont nous avons géré la crise en Libye durant l’intervention de l’OTAN étaient nombreuses au sein du leadership russe. L’ambassadeur russe de l’époque en Jamahiriya libyenne(aujourd’hui ambassadeur en Mauritanie), Vladimir Tchamov, avait vivement critiqué l’inaction de notre pays pour empêcher l’intervention de l’OTAN en Libye.

En tout cas, la Russie et ses alliés ont définitivement compris qu’on ne peut pas permettre aux Occidentaux de faire ce que bon leur semble. Vous avez mentionné à juste titre le Venezuela et la Syrie. Il y a égalementun exemple plus récent en date: le Burundi. La Russie et la Chine ont bloqué au Conseil de sécurité de l’ONU la proposition de résolution française qui voulait interférer dans les affaires souveraines de cet Etat africain. 

Jean-Marc Soboth: L’offensive militaire française aux côtés d’alliés onusiens et des rebelles FRCI en Côte d’Ivoire en 2011 s’est dénouée par le déferrement à la Cour pénale internationale du président Laurent Gbagbo accusé de «n’avoir pas accepté le verdict des urnes» établissant la victoire du «président reconnu par la communauté internationale» Alassane Dramane Ouattara. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire s’apprête à se remettre en campagne présidentielle en Octobre 2015. L’objectif sera de sceller l’ordre entrepris par lesbombardements français de 2011. Quel est, à votre avis d’observateur russe, l’avenir d’une Côte d’Ivoire dont le leader sans doute le plus populaire se trouve exilé à la Haye avec le soutien des Occidentaux et dont les principales figures politiques ont été arrêtées et/ou lourdement condamnées à défaut de demeurer en exil 

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Je vais également être franc sur ce point. Seuls les citoyens de la Côte d’Ivoire pourront décider de l’avenir de leur pays. Mais si vous me posez la question en tant qu’observateur russe, je dirais que tant que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé seront emprisonnés à La Haye, il n’y aura pas de réconciliation véritable en Côte d’Ivoire. Tant que les partisans du président Gbagbo, dont beaucoup sont en exil, ne pourront pas rentrer chez eux et participer à la vie politique de leur pays, on verra toujours des tensions. Il n’y aura pas d’avenir stable tant que Laurent Gbagbo sera emprisonné et tant que les forces externes continueront de considérer la Côte d’Ivoire comme leur colonie.

Jean-Marc Soboth: Le président français François Hollande a entrepris ces jours-ci une tournée africaine au moment même où l’image de la France est écornée auprès d’un certain public africain du fait d’interventions colonialistes intempestives. Néanmoins Paris tient un discours du statu quo. Pas de repentance. On ne lâche rien… C’est la continuité des «affaires» avec quelques aménagements éventuels,devant permettre de mieux voiler le rôle d’une France toujours désireuse de maintenir sa prégnancemilitaire, politique, économique et monétaire en ex-colonies. Comment, à votre avis, la France entend-elle s’y prendre pour affiner cette mainmise en pré carré ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Tout d’abord, il ne faut pas oublier que la France, tout comme les USA, vont s’appuyer sur leurs agents locaux. La cinquième colonne a toujours existé et c’est une réalité partout. Pas seulement en Afrique. C’est le cas en Russie, en Europe occidentale, en Amérique latine... Partout, il existe des agents de l’étranger travaillant pour des intérêts néocoloniaux. Mais l’avantage aujourd’hui c’est qu’une partie importante de l’opinion publique africaine commence à comprendre les véritables enjeux qui visent leurs pays et leur continent. On le voit aujourd’hui notamment au Cameroun où la société civile s’est parfaitement organisée en résistance face aux prédateurs voulant déstabiliser leur nation. C’est un très bon signe. Donc, les Occidentaux auront de plus en plus de mal à garder indéfiniment leur mainmise. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faut relâcher les efforts. Tout au contraire. Les forces néocoloniales, étasuniennes comme européennes, feront tout le nécessaire pour ne pas perdre leurs positions en Afrique. Ils vont employer tous les moyens pour étendre et renforcer leur diktat. Aux Africains de dire leur mot.

Jean-Marc Soboth: La Russie est pointée du doigt par la diplomatie américaine pour «l’annexion de la Crimée». On l’accuse de vouloir s’adjuger, en surcroît, les provinces russophones de l’Ukraine, voire plus encore. Cette partie du monde est, donc, de plus en plus militarisée par les alliés de l’OTAN en prévision. Les Américains disent vouloir anticiper sur les visées militaristes de la Russie. La Russie a-t-elle, d’après vous, des visées militaires annexionnistes non avouées dans cette région 

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Pour commencer par la Crimée, l’écrasante majorité des habitants de la Crimée se considèrent Russes et ce depuis plusieurs siècles. Le fait que la Crimée, au moment de l’éclatement de l’Union Soviétique, s’est retrouvée au sein de l’Ukraine était une erreur historique. D’ailleurs, les Criméens avaient déjà, au début des années 1990, organisé un référendum pour rejoindre la Fédération de Russie. Mais à l’époque et comme je l’ai déjà dit, la Russie était tellement mal en point que cette demande n’a pas été entendue comme il le fallait par les autorités russes de l’époque, si on peut parler d’autorités.

Quant au ralliement de mars 2014, ou ce «retour à la Mère-Patrie» comme le disent aussi bien les Criméens que les autres Russes, la conjoncture géopolitique a joué son rôle. S’il n’y avait pas eu de putsch armé à Kievorganisé et soutenu par les élites occidentales, il se peut que la réparation historique n’aurait pas eu lieu. Mais l’histoire ne tolère pas le conditionnel. Il y a eu un putsch armé dans la capitale ukrainienne réalisépar des extrémistes néonazis et ultra-nationalistes applaudis par l’Occident. Les habitants de la Crimée ont alors refusé de continuer à vivre au sein d’un tel « État ». Ils ont pris l’initiative d’organiser un référendum durant lequel l’écrasante majorité des habitants de la presqu’île: Russes, Ukrainiens, Tatars de Crimée, Arméniens, Grecs, Biélorusses, Karaïmes, ont exprimé le désir d’un retour à la Russie. Le gouvernementrusse a soutenu cette demande.

D’ailleurs si cela n’avait pas été fait, cela aurait tout simplement été un acte criminel. Les Occidentaux oublient souvent ou font semblant d’oublier le Kosovo, une bande armée, sans aucun référendum, avait arraché le berceau historique de la Serbie, le tout sous les applaudissements des élites occidentales et de leurs valets.

En Crimée, c’est l’écrasante majorité de la population qui a exprimé son désir et son droit à l’autodétermination (un droit reconnu par l’ONU) à travers un référendum démocratique durant lequel même des observateurs internationaux étaient présents et ont pu témoigner de la volonté populaire des Criméens.

Quant au Donbass, il a également préféré quitter l’Ukraine actuelle pour se focaliser sur l’indépendance. On a alors vu apparaître les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, formant ensemble ce qui est appelé « Novorossia » (Nouvelle-Russie), et qui constituaient dans le passé le poumon économique et industriel de l’Ukraine.

Et que ce soit en Crimée ou dans le Donbass, l’initiative de quitter l’Ukraine pour rejoindre dans le premier cas la Russie et dans le second opter pour l’indépendance, est due aux seuls habitants concernés. Dans le cas de la Crimée, il n’y a jamais eu d’annexion. Les Occidentaux comme leurs marionnettes kiéviennes le savent parfaitement. Il suffit d’ailleurs d’aller aujourd’hui en Crimée et parler aux habitants pour comprendre leurs motivations et leurs sentiments actuels.

Non, la Russie n’a pas de visées annexionnistes! Aucune. Bien que l’on observe aujourd’hui un désir du vouloir revivre ensemble au sein de plusieurs peuples de l’ex-Union Soviétique. Mais cela n’est pas dû à la Russie mais bien aux différentes populations ayant composé l’Empire russe puis l’Union Soviétique, ycompris nous, les nouvelles générations.

Jean-Marc Soboth: Pendant la guerre froide, la Russie s’investissait massivement en Afrique noire aux plans militaire, politique, diplomatique voire culturel – formation en socialisme scientifique,assistance technique, apprentissage gratuit de la langue russe-pushkine, etc. Tout ceci relève du passé.Avec la conjoncture actuelle, jusqu’où pensez-vous que la Russie puisse revenir en scène en Afrique au moins dans une optique de contrepoids à l’unilatéralisme proaméricain pour défendre les peuplesployant sous le joug du capitalisme néocolonialiste 

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Avec la volonté de tous les concernés, on y arrivera. Personnellement, je travaille avec un certain nombre de mes proches et amis dans ce sens. Je sais qu’un nombre important d’intellectuels africains, de panafricanistes, ainsi que de représentants de la société civile souhaitent une participation plus importante de la Russie en Afrique. Cette volonté est partagée par un nombre considérable de représentants russes, y compris au plus haut niveau. Donc on y arrivera, je suis optimiste. D’ailleurs, et vous l’avez bien noté en terme de contrepoids, la multipolarité c’est aussi cela face au diktat du néocolonialisme étasunien et plus largement occidental.

Jean-Marc Soboth: D’une manière générale, très peu de Russes suivent les informations sur les chaînes occidentales. À Moscou, à Saint-Pétersbourg et ailleurs, on s’exprime très peu en anglais. Comment est néanmoins perçue en Russie la campagne des médias mainstream ou l’activisme desdémocraties occidentales à l’égard du régime du président Vladimir Poutine qui, du côté des peuples du tiers-monde, semble considéré comme un héros ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: Vous savez, je pense qu’un nombre non moindre de Russes suivent les chaînes occidentales. Prenez Euronews, pratiquement chaque foyer russe peut suivre cette chaine de télévision. Mais ce qui est certain, c’est que l’écrasante majorité des citoyens de Russie soutiennent aujourd’hui la politique de leur président. Ce n’est donc une surprise pour personne qu’aux tout derniers sondages, le niveau de soutien à Poutine approche désormais les 90% de citoyens russes. Un chiffre à l’opposé total des niveaux d’appréciation des Obama, Cameron, Hollande & Co. par leurs propres peuples.

Cela prouve donc que malgré toutes les campagnes occidentales menées contre Vladimir Poutine et la Russie en général, relayées par la cinquième colonne sur place, ils n’aboutissent pas. Cela ne mène à rien. La société russe, au contraire, se cimente. La popularité du président russe, elle, bat les records en Russie,et également dans beaucoup d’autres pays, notamment en Chine, en Amérique latine, en Afrique et même dans ces mêmes pays occidentaux dont les élites politiques et médiatiques font pourtant tout pour ternir son image.

Jean-Marc Soboth: Que vous suggère le rapprochement historique entre Cuba, pays symbolique pour les peuples dominés en lutte, et leur ennemi de toujours américain? Dans le change, les peuples dominés ne perdront-ils pas un allié de taille suite au retrait définitif de l’homme qui a bâti le système anti-impérialiste: Fidel Castro ?

Mikhaïl Gamandiy-Egorov: On connaît bien Cuba et le peuple cubain. C’est un peuple digne et fier qui a d’ailleurs tellement fait de bonnes choses aussi bien en Amérique latine qu’en Afrique lors des luttes de libération nationale. J’en ai discuté avec mes amis et collègues cubains. On voit parfaitement qu’ils ne se font aucune illusion quant aux intentions des USA. Au contraire, les Cubains voient cette tentative de rapprochement initiée par les USA comme une victoire de leur dignité nationale, de leur révolution, face à l’impérialisme qui a fini par céder malgré l’énorme pression qui a été exercée sur Cuba.

Ce pays a dû vivre une période très difficile, non seulement après plus d’un demi-siècle d’embargoaméricain, mais également au moment de l’éclatement de l’Union Soviétique. Malgré tout cela, Cuba a réussi à rester ce qu’elle est. Et c’est aujourd’hui les USA qui finissent par céder tout en ayant des plans malsains vis-à-vis de Cuba. On peut en être certain.

Mais Cuba et le peuple cubain sont sur leurs gardes. Cuba est devenue une grande source d’inspiration pour la très grande majorité des pays d’Amérique latine qui, aujourd’hui, sont unis contre le diktat étasunien, ayant réussi à former ensemble un bloc à part entière dans notre monde multipolaire devenu réalité.

Jean-Marc Soboth, journaliste

http://allainjules.com/2015/07/02/interview-mikhail-gamandiy-egorov-journaliste-russe-afrique-la-russie-de-retour/

Terrorisme en Tunisie: conséquence de l’intervention de l’OTAN en Libye

Après l'attentat de Sousse

La belle Tunisie a été de nouveau frappée par la vermine terroriste. Cette fois-ci, l’attaque a visé le site touristique Marhaba Beach Hotel à Sousse, ayant fait près de 40 victimes décédées et autant de blessés, de différentes nationalités.

Une touriste russe faisait également partie des victimes n’ayant pas survécu. Le tout après l’attentat contre le musée du Bardo à Tunis, en mars de cette année, qui a fait 22 morts.

Une fois encore donc la Tunisie a été visée par les terroristes salafistes et a dû payer le prix fort. Un coup dur pour ce pays, d’abord sur le plan humain car toute perte humaine est une rude épreuve. D’autant plus que cela touche l’un des secteurs les plus importants de l’économie tunisienne, en l’occurrence celui du tourisme.

La gangrène extrémiste s’exporte donc à différents endroits du globe. Et la Tunisie, pays connu et reconnu pour son accueil chaleureux, doit aujourd’hui réagir d’une manière radicale. C’est le désir de la grande majorité des Tunisiens, sortis massivement pour exprimer leur colère et leur ferme opposition au terrorisme et à tous ceux qui ternissent leur pays.

Mais ce qu’il faut chercher aussi dans toute cette situation tragique, aussi bien pour la Tunisie que globalement l’Afrique du Nord, ce sont les raisons de l’expansion du terrorisme. Et ce depuis le soi-disant « printemps arabe » jusqu’à aujourd’hui avec la montée en puissance des différentes sectes pseudo-religieuses, y compris l’Etat islamique, le plus « coté » en ce moment parmi elles.

L’une des principales raisons du chaos créé dans la région et ailleurs, ainsi que le renforcement des mouvements terroristes, réside sans aucun doute dans l’intervention de l’OTAN contre la Jamahiriya de Mouammar Kadhafi. Aujourd’hui, plus aucun « intellectuel » terroriste occidental ne devrait avoir le droit de s’exprimer publiquement après tous les mensonges qu’ils avaient lancé contre ce pays pour justifier l’intervention impérialiste. Un pays pour rappel qui avait véritablement du succès dans tellement de domaines. Rien à avoir avec ce qu’il est devenu aujourd’hui: un pays ouvertement raciste et terroriste. Et l’une des nouvelles bases de l’Etat islamique. Les Libyens rencontrés à Moscou et partageant comme feu Kadhafi les valeurs panafricaines regrettent énormément la perte de leur leader et la destruction de leur pays par les prédateurs néocolonialistes alliés avec les salafistes.

Plus encore, même certains journalistes du mainstream occidental aujourd’hui finissent par reconnaître la responsabilité de leurs gouvernements dans le chaos en Libye. Ainsi que dans l’expansion du terrorisme, aussi bien en Afrique du Nord qu’au Moyen-Orient, et au-delà. Fini donc les « cris de joie » célébrant la mort honteuse du leader libyen. Fini les belles « promesses » d’un avenir « radieux » pour la Libye et la région. Aujourd’hui, comprenant parfaitement que le terrorisme qui a déjà frappé l’Europe et notamment la France risque de monter encore plus en puissance avec toutes les conséquences qui en découlent, on commence à voir un début de bon sens, ne serait-ce que minime, chez certains. Bienvenue maintenant dans la réalité.

Pourquoi les pays occidentaux ne se pressent-ils pas d’en finir avec l’Etat islamique aussi bien en Syrie/Irak qu’en Libye? Ont-ils encore besoin de ces terroristes comme ce fut le cas en Libye contre Mouammar Kadhafi et en Syrie contre Bachar al-Assad (qui fort heureusement résiste toujours et malgré tout)? Il est à croire que la réponse est évidente. Pourtant le cynisme est une fois de plus au summum. S’étant pressé pour détruire la Jamahiriya libyenne, le tout dans des justifications habituelles d’une intervention humanitaire, pour soi-disant protéger les civils, alors qu’en réalité dans le pur objectif de prendre contrôle des ressources du pays et éliminer un leader dont les idées très révolutionnaires ne pouvaient en aucun cas être acceptées par ces élites occidentales. Aujourd’hui? Des civils sont tués et torturés quotidiennement. Et rien. Tant que les puits du pétrole restent sous contrôle, pas de raison d’intervenir.

Pendant ce temps, les vrais intéressés pour en finir avec la vermine terroriste continuent le combat. A ce titre, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, était en visite à Moscou où il a rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov, ainsi que le président Vladimir Poutine. Le thème principal lors de la discussion avec le président russe a justement concerné les efforts communs pour éliminer la secte du pseudo Etat islamique. Il est pratiquement certain que des résultats concerts, même si cela risque de prendre du temps, viendront de l’axe Moscou-Damas-Téhéran-Pékin, mais certainement pas des « exceptionnels » USA et des suiveurs bruxellois.

Quant à la Tunisie, une fois de plus, condoléances au pays et aux familles de toutes les victimes, quelles que soient les nationalités. A souhaiter également que les autorités tunisiennes fassent les efforts nécessaires pour empêcher que de telles tragédies se répètent. Et que ce beau pays qu’est la Tunisie puisse continuer à recevoir les touristes du monde entier sous son attrayant soleil. Les extrémistes eux doivent être anéantis.

http://fr.sputniknews.com/points_de_vue/20150630/1016776473.html

Mikhail Gamandiy-Egorov