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L’UE souhaite interférer dans la crise libyenne. Pompier pyromane en action?

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A en croire certaines fuites publiées dans les médias occidentaux, les fonctionnaires bruxellois entrevoient la possibilité d’une nouvelle intervention militaire en Libye. Le tout à un moment où vraisemblablement l’Union européenne observe avec vive inquiétude la réalité dans laquelle les nouvelles forces géopolitiques majeures parviennent à faire basculer les choses, sans que les Occidentaux soient «consultés».

Ainsi, l’agence de presse étasunienne Bloomberg, selon ses sources au sein de «responsables de l’UE» qu’elle ne nomme pas, affirme que des plans d’action militaire sont en cours de discussion à Bruxelles:

«L’Union européenne pourrait déployer une mission militaire pour contribuer à faire respecter l’embargo sur les armes et un possible cessez-le-feu en Libye, alors que le bloc (l’UE) tente de contenir le conflit dans lequel sont impliquées la Russie et la Turquie et qui menace de déstabiliser la Méditerranée». Toujours selon ces sources, bien qu’aucune décision n’ait été prise à ce sujet, deux responsables présents lors de la discussion ont déclaré qu’un consensus s’est dégagé sur le fait qu’il fallait commencer la préparation de l’expansion de la mission de patrouille navale et aérienne.

Maintenant analysons les perspectives d’une telle éventualité. Tout d’abord il serait bon de rappeler une fois de plus que vraisemblablement les erreurs du passé n’ont rien appris aux têtes chaudes européistes. A savoir que tout le chaos observé à ce jour et depuis la chute de la Jamahiriya de Kadhafi est en majorité écrasante la responsabilité des preneurs de décision bruxellois, et plus généralement occidentaux. De l’autre, et c’est quelque chose de flagrant aussi, les responsables bruxellois n’avaient jusqu’à encore récemment que faire des souffrances du peuple libyen et de ce pays jadis prospère devenu plaque tournante pour nombre de groupes extrémistes, sans oublier la violence, l’instabilité constante et le trafic d’êtres humains. Mais il a suffi que des acteurs non-occidentaux s’activent pour tenter d’apporter des solutions concrètes à ce pays martyrisé, notamment Moscou et Ankara, pour que les bureaucrates bruxellois se prennent pour des acteurs ayant eux aussi à dire leur mot, oubliant par la même occasion toute leur action extrêmement néfaste du passé récent.

En effet, la coordination russo-turque dépasse maintenant le cadre syrien. Et même si les deux pays partagent parfois des intérêts qui peuvent diverger, il n’empêche que cette interaction est incomparablement plus efficace que toute la cuisine européiste réunie. Evidemment et au-delà des intérêts géopolitiques, Bruxelles cherche à ne pas perdre ses intérêts géoéconomiques, que ce soit par rapport aux importantes ressources naturelles libyennes, surtout pétrolières, que dans le cadre des contrats de reconstruction que les élites occidentales adorent également. Avec à la clé toujours le même principe : détruisons, puis reconstruisons en obtenant des milliards de bénéfices, et une image de bons «samaritains» humanistes. Si en Syrie, les élites occidentales, y compris européistes, savent déjà qu’elles ne seront pas les bienvenues pour toute participation à la reconstruction, elles espèrent néanmoins arracher encore leur morceau en terre libyenne.

Le souci dans ce paradigme est pourtant simple. Si les responsables bruxellois possèdent, à l’instar de leurs alliés outre-Atlantique, une fort grande expérience dans la déstabilisation d’Etats souverains, il n’en est rien dans le schéma visant à apporter la paix, la stabilité et le développement. D’autre part et cela est très important, si les élites européistes se décideront en effet à prendre part à une action militaire en territoire libyen ou à ses abords, elles devront obtenir pour cela l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Et dans cette optique, le véto russo-chinois va très certainement calmer leurs ardeurs, sachant que les deux membres permanents non-occidentaux du CS onusien ne permettront pas la répétition du scénario de 2011. Suite auquel le leader d’un pays souverain a été sauvagement assassiné et que le pays qui pouvait à l’époque se permettre même d’accueillir des migrants de diverses contrées sur son sol, y compris des ressortissants de pays-membres de l’UE, est devenu une plateforme d’exportation de migrants, étrangers comme nationaux, et un territoire où la violence n’a cessé depuis ce jour.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Moyen-Orient, Afrique du Nord: l’Eurasie s’impose

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A un moment où de nombreux regards sont portés en direction de la région stratégique du Moyen-Orient, sans oublier l’Afrique du Nord et notamment la Libye, il apparait de plus en plus clairement que les puissances eurasiennes deviennent les acteurs clés dans les affaires internationales.

Peu l’auraient cru dans les années 1990, voire même au début des années 2000. Que des pays comme la Russie, la Turquie, l’Iran et bien évidemment la Chine deviendront des puissances de premier plan. Si la première, à la chute de l’URSS, était considérée comme une superpuissance devenue une puissance régionale sans avenir, et que l’Empire du Milieu n’avait pas encore atteint la puissance actuelle, quant à la Turquie et à l’Iran, peu les voyaient capables de jouer un rôle réellement important sur l’arène internationale.

Mais les années ont passé, le monde a évolué. Au-delà du développement propre à chacun de ces pays, il y a aujourd’hui des caractéristiques qui les rassemblent. Mis à part le fait d’appartenir à la grande famille eurasienne des peuples, ce sont des nations pleinement souveraines et maitres de leurs destins respectifs. Enfin, et cela est tout aussi important, ces nations soutiennent l’idée que seul un monde multipolaire peut apporter un développement juste à l’humanité. En rejetant le fait qu’un seul pays puisse se proclamer en hégémon mondial, comme ce fut le cas lors de la dislocation de l’Union soviétique, et forcer les autres nations à adopter son agenda sans demander l’avis des pays concernés, au risque de se retrouver devant le feu d’une attaque militaire ou économique dudit hégémon autoproclamé, en la qualité des USA.

Mais comment ces puissances eurasiennes collaborent-elles entre elles à l’heure d’aujourd’hui? Si l’interaction russo-chinoise n’est plus vraiment à présenter, depuis plusieurs années déjà elle couvre pratiquement tous les secteurs possibles : politico-diplomatique, économique, militaire et sécuritaire. Les deux nations étant des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, leur solidarité à ce niveau a été sans précédent depuis plusieurs années maintenant. Sur pratiquement tous les dossiers internationaux, Moscou et Pékin ont adopté des positions communes, ou très proches: Syrie, Venezuela, Burundi, et bien évidemment l’Iran. Le tout presque toujours en opposition au trio occidental du CS onusien USA-Royaume-Uni-France. Equilibrant ainsi définitivement la balance internationale. Au niveau économico-commercial, le volume annuel des échanges entre les deux pays dépasse 100 milliards de dollars, tout en sachant que les présidents chinois et russe ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. S’ajoutent à cela les très réguliers exercices militaires conjoints entre les deux nations.

Dans le cas de l’Iran, Pékin comme Moscou partagent avec la puissance perse des relations étroites et privilégiées. Que ce soit sur le plan économique: à l’heure des nombreuses sanctions économiques étasuniennes, y compris sur les exportations pétrolières iraniennes, des sanctions suivies et appliquées par les alliés de Washington, y compris européens, la Russie et la Chine au contraire continuent d’augmenter leur interaction respective avec Téhéran. Sur le plan militaro-sécuritaire, les trois nations ont mené récemment des exercices militaires conjoints à grande échelle – des exercices qui, sans surprise, n’ont pas trouvé appréciation auprès des élites étasuniennes et otanesques. Et ce n’est pas tout: lors des tensions actuelles entre l’Iran et les Etats-Unis, Moscou comme Pékin n’ont pas manqué d’afficher leur solidarité avec l’allié iranien, notamment en bloquant le texte occidental à l’ONU – qui visait à condamner la prétendue attaque contre l’ambassade US dans la capitale irakienne Baghdad, sans faire aucune mention de la violation flagrante du droit international lors du lâche assassinat du général iranien Qassem Soleimani dans une frappe étasunienne. Cela sans oublier l’alliance stratégique anti-terroriste entre la Russie et l’Iran en Syrie, une alliance militaire, aux côtés de l’armée gouvernementale syrienne, ayant été décisive dans la défaite des terroristes de Daech et d’Al-Qaida dans ce pays-civilisation.

Enfin et dans le cas de la Turquie, le pays a fait un long chemin lui aussi depuis les années 1990. D’un pays considéré par beaucoup comme «périphérique», devenu aujourd’hui une puissance régionale incontestable, politique comme économique, et ayant son mot à dire sur de bien nombreux dossiers internationaux. Bien que restant pour le moment membre de l’Otan, le leadership turc a choisi la voie d’une véritable indépendance et souveraineté, aussi bien dans ses prises de décisions politiques, que dans le cadre de son interaction avec les partenaires étrangers. La Turquie s’étant beaucoup rapprochée de la Russie, au point que les deux pays aujourd’hui sont indiscutablement des partenaires stratégiques, que ce soit sur les plans économique, énergétique, et plus incroyable encore militaro-technique. A ce titre l’acquisition par Ankara du système antimissile russe S-400 a semé le désarroi au sein de ses partenaires otanesques, USA en tête. Et malgré toute la pression qui fut exercée sur la Turquie pour mettre un terme à ce contrat, le leadership turc n’a pas fléchi. Sur le plan des dossiers internationaux, la Turquie partage la position de la Russie, de la Chine et de l’Iran en soutenant le gouvernement légitime du Venezuela, en opposition avec les Occidentaux. Si dans le dossier syrien et plus récemment libyen, Ankara avait des intérêts parfois divergents, le dialogue de confiance et pratiquement permanent qui existe entre la Russie et la Turquie laisse présager que les deux pays continueront à trouver des solutions, y compris là où personne ne s’y attendait. Dans le cas de la Libye – pays détruit suite à l’intervention occidentale de 2011 et plongé depuis dans le chaos – les deux nations semblent avancer vers une solution qui puisse permettre à terme à ce pays nord-africain de sortir de la violence permanente. Faisant par la même occasion de Moscou et d’Ankara une fois encore des acteurs clés dans cet autre dossier international. Le tout au moment du lancement du gazoduc Turkish Stream, au grand dam des USA. Et de la déclaration conjointe adoptée par les deux présidents à Istanbul, juste avant la cérémonie de lancement du gazoduc, qui condamne l’assassinat étasunien du général Qassem Soleimani.

Une chose est certaine. La puissance de l’Eurasie n’a pas encore atteint son apogée. Mais représente d’ores et déjà très vraisemblablement la solution aux différentes crises internationales, bien souvent lancées et entretenues par l’Occident politique.

Mikhail Gamandiy-Egorov

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Chaos libyen: quel avenir?

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Au moment où la Syrie retrouve progressivement la paix et que le noyau dur du terrorisme y a été anéanti, la Libye post-Kadhafi continue, elle, à se maintenir dans le chaos. Le tout sans perspectives d’avenir vraiment radieuses. Après l’intervention militaire de l’Otan de 2011 contre la Jamahiriya libyenne – en son temps l’un des pays les plus prospères et stables d’Afrique, les choses continuent de se détériorer. Dans cette réalité chaotique, qui en portera responsabilité et quelles perspectives d’avenir attendent la Libye?

En effet, la République arabe syrienne a non seulement survécu en tant qu’Etat, alors que nombre d’observateurs, principalement occidentaux, lui prédisaient la fin pure et simple. Il est vrai que les raisons de le penser étaient plausibles : devant une force internationale terroriste composée de ressortissants de plusieurs dizaines d’Etats, le tout avec un «généreux» financement extérieur, la Syrie se trouvait dans une situation extrêmement critique. Néanmoins, la colonne vertébrale du terrorisme a été cassée de plein fouet, surtout après l’intervention de la Russie de septembre 2015 à la demande officielle du gouvernement légitime syrien. Plus que cela, ce grand pays civilisationnel, a aujourd’hui toutes les chances de redevenir au fil du temps une importante puissance régionale, avec le soutien de ses alliés. Le tout au grand dam de ceux qui voulaient justement anéantir cette civilisation multiethnique et multiconfessionnelle.

Dans le cas libyen, le processus suit un cours vraisemblablement inverse. Beaucoup avaient d’ailleurs parlé de la «somalisation» de la Libye. Mais au-delà de cette somalisation, les conséquences eux risquent de s’avérer peut-être même pires qu’en son temps en Somalie. Et ce pour plusieurs raisons. De un, la Libye est une puissance pétrolière et ses ressources naturelles ne manquent pas de susciter l’appétit des puissances extérieures. De deux, sa situation géographique, entre l’Afrique du Nord et le Sud de l’Europe, sans oublier les frontières communes avec les pays du Sahel, en fait une place stratégique pour divers intérêts géopolitiques. De trois, toujours cette proximité avec l’Europe, en fait un pont pour les nombreux migrants africains fuyant guerres et misère. Et compte tenu du chaos régnant aujourd’hui en Libye et du fait que de nombreux commandants de guerre (soutenus d’ailleurs en leur temps par l’Otan dans le but d’éliminer Mouammar Kadhafi) en ont fait un business très lucratif, le flux de migrants à destination des pays européens se poursuit sans cesse.

En parlant d’ailleurs de migration, il serait important de noter qu’à l’époque de la Jamahiriya de Kadhafi, la Libye pouvait non seulement se permettre d’accueillir un large nombre de migrants issus d’autres pays africains, mais également d’autres contrées, y compris européennes : de nombreux Roumains, Bulgares et d’autres représentants de cette partie d’Europe travaillaient avec joie dans ce pays. Les Libyens, eux, n’immigraient pas ou peu. A l’inverse d’aujourd’hui, où de nombreux citoyens du pays se voient pratiquement obligés de quitter leur terre, non seulement en raison de problèmes financiers et du manque d’opportunités (à moins de rejoindre les divers groupes armés qui sévissent dans le pays), mais aussi et surtout par manque pure et simple de sécurité. Et si à l’époque de Kadhafi, les autorités du pays réussissaient à gérer le flux migratoire en offrant aux migrants des opportunités de travail sur place, aujourd’hui le pays est devenu tout simplement une plaque tournante pour les migrants de différentes contrées à destination d’Europe. Beaucoup d’ailleurs ne réussissent pas la traversée : nombreux sont ceux qui décèdent en mer Méditerranée, d’autres tombent dans l’esclavage sur le sol libyen au profit de groupes armés, souvent d’obédience extrémiste, d’autres meurent tout simplement dans des conditions inhumaines avant même d’avoir eu l’occasion de tenter la traversée.

Maintenant, parlons un peu de responsabilité. Si dans le passé, au-delà d’avoir détruit l’Etat libyen et de l’avoir plongé dans le chaos, y compris terroriste – car faut-il le rappeler aussi la «Libye» actuelle devient un terrain privilégié d’implantation de sympathisants de Daech, surtout après leur défaite en Syrie, les Etats concernés ont non seulement rien fait pour ne serait-ce que tenter d’apporter une quelconque stabilisation dans ce pays, mais au contraire le chaos persistant rentre parfaitement dans l’agenda de certains d’entre eux.

Et dans la confrontation actuelle entre le Gouvernement d’union nationale, basé à Tripoli, et soutenu principalement par la Turquie et le Qatar – d’un côté. Et de l’autre la Chambre des représentants basée à Benghazi, dont est associée l’Armée nationale libyenne sous le commandement du maréchal Khalifa Haftar – soutenue principalement par les Emirats arabes unis et l’Egypte, rien ne présage une résolution rapide de la crise libyenne et d’un retour digne de ce nom à une vie normale pour la population du pays. Cela sans même parler des conséquences néfastes pour les pays de la région. Bien que l’Armée nationale libyenne contrôle une large partie du territoire libyen, la tentative de prendre la capitale nationale Tripoli n’a pas donné de résultat pratique jusqu’à maintenant. Le tout au moment où les groupes terroristes takfiristes s’activent et comme dit plus haut misent entre autres sur le territoire libyen pour leur implantation ultérieure.

Compte tenu de la multitude d’acteurs intérieurs comme extérieurs, ces derniers dépassant la liste des pays cités ci-haut, de l’implantation d’un nombre important d’éléments terroristes liés à Al-Qaida et Daech sur le sol libyen – un processus accéléré après leur débâcle en Syrie, sans oublier le fait que le gouvernement tripolitain est lié lui-même à plusieurs groupes armés d’obédience salafiste, l’optimisme sur l’avenir de la Libye est loin d’être au rendez-vous. Dans cette situation, beaucoup parlent de la nécessité d’un rôle accru de la Russie, surtout après le succès de son opération militaire, mais aussi politico-diplomatique sur le front syrien. Plusieurs experts parlent d’un soutien russe au maréchal Haftar, notamment grâce à l’efficacité de son armée contre les éléments terroristes. Mais du côté de la position officielle de Moscou, l’objectif est surtout de permettre à la Libye d’en finir avec la guerre civile et d’éliminer les groupes terroristes présents sur son sol – conditions inévitables pour que la Libye puisse un jour sortir du chaos dans lequel elle a été plongée depuis 2011, suite à l’intervention otanesque. D’autant plus que selon nombre d’experts, Haftar aura du mal à représenter les intérêts de l’ensemble des Libyens.

Dans ces conditions, le retour à l’ère kadhafiste serait peut-être la solution. En effet, le fils de Mouammar Kadhafi – Saïf al-Islam, a annoncé ses ambitions de prendre le pouvoir dans le pays dans le cadre d’élections présidentielles qui devraient avoir lieu prochainement, bien qu’il soit très difficile de parler d’élections dans un pays déchiré et se trouvant en guerre civile. Néanmoins, grand nombre de Libyens regrettent en effet aujourd’hui avec nostalgie le temps de la Jamahiriya. Et au vu des sondages d’opinion menés en Libye, Saïf al-Islam fait figure de personnalité politique favorite aux yeux d’un large nombre de citoyens libyens.

Au vu de la réalité actuelle, il est très difficile de pouvoir faire des prévisions sur l’avenir libyen. Tout dépendra de la suite des événements, au moins des prochains mois. Une chose reste néanmoins sûre : les responsables du chaos libyen devraient un jour répondre au vu de leur responsabilité directe dans ce chaos.

Mikhail Gamandiy-Egorov

http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&action=view&id=1188

Saïf al-Islam Kadhafi pourra-t-il sortir la Libye de l’ornière?

Saïf al-Islam Kadhafi

Après des années de ruine, de violence et de marasme, la Libye pourrait-elle entrevoir le bout du tunnel avec le retour de l’un des fils de Kadhafi au pouvoir ? Un retour sur le devant de la scène libyenne qui symboliserait en tout cas l’échec de la stratégie du chaos menée par l’Occident dans ce pays et ailleurs. Essayons d’y voir plus clair.

Une chose est certaine. Après l’intervention dans la tradition purement néocoloniale de l’Otan contre la Jamahiriya de Kadhafi — qui fut un temps l’un des pays les plus prospères d’Afrique — la désillusion des Libyens, y compris de ceux qui auraient pensé que la chute du colonel Kadhafi serait bénéfique, est totale. Terrorisme, insécurité, crise économique, instabilité, racisme et la liste est bien loin d’être exhaustive — telles sont les résultats de la énième intervention occidentale contre un pays souverain.

La désillusion est d’ailleurs telle qu’aujourd’hui les mêmes Libyens, qui pouvaient sous Kadhafi accueillir un large nombre de migrants, issus aussi bien de pays africains qu’au-delà, se retrouvent eux-mêmes obligés de fuir leur pays par manque de sécurité, mais aussi d’opportunités — à moins d’appartenir à un groupe armé salafiste. Telle est la bien triste réalité de la « nouvelle » Libye, ou du moins de ce qu’il en reste.

Et alors que l’ex-Président français Nicolas Sarkozy vient d’être mis en examen dans le cadre d’une enquête sur le financement de sa campagne par des fonds libyens, Saïf al-Islam, second fils de Mouammar Kadhafi et survivant du massacre de sa famille, a annoncé par le biais de l’un de ses représentants basé à Tunis, son intention de présenter sa candidature à la présidentielle libyenne, prévue cette année. En outre, il n’a pas manqué de rappeler qu’il possède toujours des preuves « solides » contre Sarkozy et qu’il est prêt, de même qu’Abdallah Senoussi et Bachir Salah — respectivement ex-directeur des services de renseignements libyens et ex PDG de la Libya Investment (fonds souverain de Libye), à les diffuser.

L’avenir de Sarkozy m’intéressant peu, surtout qu’il est bien peu probable de le voir être jugé par une justice internationale digne de ce nom, à l’instar d’autres « leaders » occidentaux, il est donc plus intéressant de se focaliser sur l’éventuel avenir politique de Saïf al-Islam dans son pays. Ses chances d’un retour réussi dans la politique libyenne sont tout à fait réalistes, alors qu’il jouit d’une popularité réelle au sein d’une large partie de la population, surtout au regard des défis auxquels doit faire face le pays depuis l’intervention otanesque. Néanmoins, son éventuel retour sur la scène libyenne ne résout pas la question de fond: une Libye unie est-elle encore envisageable?

En effet, depuis la destruction de la Jamahiriya par les Occidentaux et leurs alliés salafistes locaux, ce pays a suivi la voie d’une somalisation et d’une division évidentes. Une chose qui ne serait évidemment jamais arrivée si les élites occidentales n’avaient pas décidé en mars 2011 d’anéantir la souveraineté et la prospérité de cette nation pour pouvoir ensuite piller impunément des ressources naturelles ne leur appartenant pas (un cas d’école). L’occasion de se débarrasser par la même occasion d’un leader panafricain, dont les projets, à bien des niveaux révolutionnaires aussi bien pour la Libye que pour toute l’Afrique, ne rentraient aucunement dans la vision des concepteurs de l’unipolarité (cas d’école aussi).

Le chemin sera long. Mais rien n’est impossible. Une chose est pour autant sûre: pour retrouver un minimum de stabilité et vaincre le terrorisme qui se développe telle une gangrène en terre libyenne, la Libye aura besoin d’assistance. Mais certainement pas celle de l’Occident, surtout que ce dernier sait tellement bien détruire, mais tellement moins bien réparer les dégâts créés.
D’ailleurs, au-delà de la triste réalité libyenne, relevons que la stratégie adoptée par l’establishment atlantiste, pensant pouvoir sauver son concept du monde unipolaire par ses instruments traditionnels de pression — interventions militaires, violations des souverainetés, sanctions économiques, campagnes diffamatoires médiatiques,… tombe de plus en plus clairement à l’eau.

Même la puissance médiatico-financière de cet establishment n’est aujourd’hui tout simplement plus en mesure de donner des justifications convaincantes à ces pratiques néocolonialistes. Lorsque l’on observe l’émergence de grandes puissances alternatives, dont la vision des relations internationales diffère radicalement de celle des atlantistes, et la volonté évidente d’un grand nombre de peuples à changer une bonne fois pour toute la donne, la chute des anciens maitres planétaires apparaît d’autant plus inévitable et brutale que le processus est déjà enclenché.

Rien ne sera plus comme avant. C’est un fait. Et dans le cas concret de Saïf al-Islam Kadhafi, il ne reste qu’à lui souhaiter bonne chance pour la suite. Mais aussi et surtout de ne plus faire confiance à ceux, qui ont détruit son pays, massacré des milliers de ses concitoyens, tué son père et plusieurs membres de sa famille. Après tout, l’erreur est humaine, mais l’essentiel est d’en tirer des leçons pour entreprendre les actions nécessaires à mettre fin, à terme, au chaos.

Et de porter un coup final à ceux qui l’ont amplement mérité.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201803221035611713-kadhafi-libye/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Esclavage en Libye : que les vrais responsables assument leurs actes !

Des réfugiés, le port de Benghazi, Libye. Photo d'archive

L’Occident se rend à l’évidence: le chaos qu’il a créé en Libye par son intervention militaire de 2011 a les pires conséquences: trafic d’esclaves et développement de l’islamisme radical. Si l’on constate un début de prise de conscience, elle restera insuffisante tant que les vrais responsables de cette tragédie ne répondront pas de leurs actes.

Le cas de la Libye est désormais un cas d’école —d’école néocoloniale, faut-il le préciser?— . Il s’agit d’un échec occidental considérable.

En mars 2011, l’Otan lance une intervention militaire contre la Jamahiriya libyenne de Mouammar Kadhafi. Un viol de la souveraineté d’un pays, outrepassant le mandat onusien accordé sous prétexte «d’intervention humanitaire» qui aboutira à l’assassinat sauvage de Kadhafi, de milliers de Libyens et d’autres Africains. Ce pays était l’un des plus prospères sur le continent africain: il accueillait un grand nombre de migrants d’Afrique et même de l’UE et pratiquait une politique sociale assez unique.

Tout cela est du passé.

Il est maintenant détruit et connaît l’une des pires formes de «somalisation» qui puissent être. La Libye actuelle, si on peut encore parler de Libye, est devenue une plaque tournante de trafics en tout genre, notamment d’êtres humains. Et l’un des hauts lieux du terrorisme salafiste international. Un pays que chaos, racisme et extrémisme caractérisent, comme le démontrent les dernières révélations des médias mainstream.

Tout récemment, ce qui se disait déjà depuis longtemps dans les médias alternatifs a été confirmé par la chaîne étasunienne CNN, probablement car l’évidence était devenue impossible à cacher: l’existence d’un sinistre système de marchés d’esclaves sur le territoire libyen. En effet, des ressortissants d’Afrique subsaharienne transitant par la Libye pour tenter d’arriver en Europe et y trouver une vie meilleure, venant le plus souvent de pays se trouvant toujours sous mandat occidental, car vous n’y trouverez pas de Sud-Africains, d’Angolais ou de Namibiens (ceux que l’URSS avait soutenus en son temps), sont vendus quelques centaines de dollars par des extrémistes salafistes —les mêmes sur lesquels l’Otan s’est appuyés pour éliminer Kadhafi.

C’est une honte. Pour ne pas revenir sur des sujets précédemment traités, à savoir que la Russie et certains autres pays responsables ne permettront certainement plus au Far-West d’agir impunément, parlons justement de responsabilité.

Un millier de personnes est descendu dans les rues de Paris pour manifester; notamment devant l’ambassade de Libye. C’est bien, mais est-ce suffisant? Probablement pas. Car tous les responsables de la tragédie libyenne doivent rendre des comptes et notamment l’ex-président Nicolas Sarkozy ou encore le «philosophe» de guerre Henri-Levy, alias BHL (persona non grata en Russie), tous deux de grands «artisans» de la guerre contre la Libye.

Car même si ces fameux représentants de l’establishment occidental pensent encore être intouchables, ils doivent bien garder une chose en tête: dans ce Nouveau Monde et le système qui l’accompagne, il n’y a plus «d’élus». Ce qui signifie que d’une façon ou d’une autre, il va falloir rendre des comptes. D’autant plus que ces élites occidentales refusent de faire leur mea culpa. Et lorsqu’ils le feront, il sera déjà trop tard, sans aucune possibilité de pardon.

Et ce n’est pas à La Haye qu’ils seront jugés, mais bien dans l’un de ces pays ayant souffert de cette arrogance occidentale. Ils ne manquent pas, tant il est vrai que l’histoire de l’Occident se répète ad nauseam: possédant peu de ressources naturelles, l’objectif a toujours été de les chercher et de les trouver ailleurs, même si pour cela il fallait massacrer les populations locales.

Et même aujourd’hui, en ce XXIe siècle, l’Occident arrogant ne souhaite toujours pas accepter une autre réalité: celle d’une concurrence loyale où chacun pourrait présenter au mieux ses atouts, dans une optique gagnant-gagnant. Cette logique ne rentre évidemment aucunement dans la mentalité des élites occidentales, pour qui seule la force paie.

Quant à la Libye, personne ne peut aujourd’hui dire quand est-ce qu’elle pourra retrouver ne serait-ce qu’une partie de sa stabilité d’antan. Personne. De plus en plus de Libyens regardent de nouveau en direction de Moscou, mais aussi de Pékin pour tenter de sauver la situation de leur pays. Rien n’est à exclure.

Mais pour commencer, il faudra déjà éliminer les intérêts occidentaux responsables de ce chaos et les extrémistes salafistes, alliés par excellence de cet Occident politico-médiatique irresponsable.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201711201033961981-libye-esclavage/

Mikhail Gamandiy-Egorov

La crise du Qatar et ses enjeux régionaux

Doha, Qatar

Les meilleurs amis d’hier deviennent du jour au lendemain des ennemis. Les principaux sponsors de plusieurs groupes terroristes et grands amis des Etats-Unis s’accusent mutuellement. Que se passe-t-il vraiment entre le Qatar et l’Arabie saoudite ?

La dispute saoudo-qatarie n’en finit pas de faire du bruit. En effet, les principaux donateurs financiers de plusieurs groupes terroristes, opérant notamment en Syrie, et satellites déclarés de la politique étasunienne au Moyen-Orient, en sont arrivés à une crise sans précédent, allant jusqu’à la rupture diplomatique et à un blocus commercial.

Pour beaucoup, l’effet de surprise fut effectivement grand à l’annonce de l’Arabie saoudite et de plusieurs autres pays arabes de rompre les liens diplomatiques avec Doha, l’accusant d’être un soutien du terrorisme et de participer à des déstabilisations diverses. Ainsi, le 5 juin dernier, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l’Egypte ont annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar. Ils seront rapidement rejoints par une partie de la Libye (gouvernement d’al-Beïda contrôlant l’est du pays) et une partie du Yémen (gouvernement de Hadi contrôlant une partie du centre et l’est du pays). Ce ne sera pas tout: les Maldives, la Mauritanie, les Comores ont eux aussi annoncédans la foulée la rupture de leurs relations avec Doha. Le Djibouti et la Jordanie ont abaissé le niveau des relations diplomatiques, tandis que le Sénégal, le Niger et le Tchad ont rappelé leurs ambassadeurs.

Ce faisant, on parle d’une des plus sérieuses crises dans le monde musulman sunnite. Tout en sachant qu’il est très difficile de considérer les Saoudiens comme membres du clergé sunnite, étant wahhabites. Mais ceci est une autre histoire. En outre, la crise entre le clan wahhabite (saoudien) et les Frères musulmans (qatari) est également mentionnée comme l’une des raisons à cette dispute. Parallèlement à ces événements, la Turquie, considérée à juste titre comme l’une des principales puissances du monde musulman sunnite, prend fait et cause pour le Qatar en critiquant ouvertement la ligne menée par les initiateurs de la crise à l’égard de Doha. En outre, la Turquie assure désormais d’importantes livraisons alimentaires à l’émirat qui fait face au blocus des livraisons décidé par Riyad et Abu Dhabi. L’Iran, grande puissance régionale et leader admis du monde musulman chiite, a profité lui aussi de la détérioration « fraternelle » saoudo-qatarie pour offrir son soutien au Qatar, à travers des livraisons alimentaires.

En parlant justement de l’Iran, considéré comme l’une des causes des manœuvres punitives des Saoudiens en direction des Qataris (ces derniers étant accusés de privilégier un rapprochement avec la République islamique), il en sort évidement gagnant et renforcé. Rappelons à ce titre toutes les tentatives, le plus souvent vaines, de Riyad d’isoler Téhéran au sein du monde musulman. Pour autant, non seulement ces tentatives n’ont pas apporté au leadership saoudien (et bien sûr américain) le résultat escompté, mais au contraire le rôle prédominant de l’Iran ne cesse d’augmenter dans les affaires régionales, que ce soit en Syrie, au Yémen ou dans le cadre du processus d’Astana (en coordination avec la Russie et la Turquie). De plus, cette main tendue de Téhéran envers Doha a sérieusement renforcé les sentiments pro-iraniens à l’intérieur même du Qatar.

Du côté de la Russie, la position est plus nuancée. Moscou n’ayant pas pris fait et cause pour l’un des deux groupes de belligérants, en appelant uniquement au dialogue et en maintenant le contact avec toutes les parties du « conflit ». En ce sens, le chef de la diplomatie qatarie s’est même rendu en visite à Moscou il y a quelques jours. La position russe diffère en ce sens considérablement des Etats-Unis, qui vraisemblablement ont donné le feu vert à Riyad pour ses actions anti-qataries, tout en se gardant de prendre des mesures radicales vis-à-vis de Doha — sachant que la plus grande base US du Moyen-Orient se trouve précisément au Qatar.

Dans ce casse-tête évident pour certains, le tableau est grosso modo le suivant. La Turquie confirme qu’elle souhaite jouer sa propre politique, tout en étant un membre clé de l’OTAN (et donc « allié » des USA). L’Iran renforce ses cartes sur la scène régionale en donnant un camouflet supplémentaire à l’Arabie saoudite, et en jouant sur les dissensions entre les alliés d’hier. Enfin, la Russie se positionne clairement comme un médiateur d’envergure globale, confortant ainsi sa position retrouvée en tant que l’une des principales puissances mondiales, dont la politique ne cesse de monter en popularité dans pratiquement tout le monde musulman. Le Moyen-Orient n’étant pas une exception, tout au contraire.

Quant aux accusations lancées par les pays arabes déjà cités en direction du Qatar, qu’y a-t-il de nouveau par rapport à ce que l’on disait déjà ces derniers mois et années? Rien. Oui, le Qatar faisait jusqu’à maintenant partie des principaux sponsors des terroristes à divers endroits, en premier lieu en Syrie. Nous l’avons dit et répété. Mais les Saoudiens sont-ils bien placés pour accuser leurs cousins de terrorisme, sachant qu’ils font clairement partie de la catégorie « supérieure » des sponsors du terrorisme, notamment sur le territoire syrien? C’est évidemment l’hôpital qui se fout de la charité. D’ailleurs, l’un des rares pays de cette « coalition » anti-qatarie qui a une réelle légitimité à accuser Doha de soutien au terrorisme, c’est bel et bien l’Egypte, clairement visé par le danger takfiriste, notamment sa minorité chrétienne. Et compte tenu des relations positives entre les leaderships russe et égyptien, et une approche beaucoup plus responsable envers le conflit syrien de la part du Caire, il est clair que la Russie n’a pas vraiment intérêt à prendre position en faveur du Qatar. Parallèlement à cela, il est également clair qu’il n’y a absolument aucune raison de prendre position en faveur de l’Etat wahhabite — l’un des principaux satellites étasuniens, l’un des principaux sponsors des groupes terroristes en Syrie, fermement opposé à Assad et à l’Iran (alliés de la Russie).

Ce qui signifie une chose relativement simple. La Russie va devoir poursuivre ses efforts diplomatiques et ses manœuvres afin de maintenir un équilibre dans cette équation (ce que la Russie sait bien faire), tout en pensant évidemment à ses intérêts nationaux, et à ceux de ses alliés. Tout dépendra maintenant aussi de la nouvelle approche qatarie (si elle a lieu). Notamment en direction de la Syrie. Si Doha cesse son soutien massif aux groupes djihadistes en Syrie, ce sera indéniablement un pas fortement positif, en premier lieu pour la Syrie elle-même. Et si cela devait arriver, on pourrait alors entrevoir un rapprochement. D’autre part, le fait que l’Iran renforce ses positions sur la scène régionale ne peut qu’être salué, y compris dans ce dossier. C’est d’ailleurs l’une des raisons de l’inquiétude qui règne à Riyad, Abu Dhabi et évidemment Washington. A ce titre, le leadership saoudien commence déjà à atténuer sa rhétorique anti-qatarie en parlant même de l’éventualité de lever le blocus. Les cousins feront-ils alors la « paix » sous la pression de Washington? Ou la crise montera-t-elle d’un cran? Il conviendra de suivre la situation. Une chose est néanmoins certaine: cette dissension saoudo-qatarie renforce l’axe de la résistance. Et last but not least, l’une des raisons principales de cette dispute Riyad-Doha est évidemment à rechercher dans les victoires de l’armée gouvernementale syrienne et de ses alliés sur le théâtre syrien. Et quand on a déversé des sommes colossales pour réaliser un scénario écrit (faire tomber Assad) et qu’il tombe à l’eau, il arrive souvent que des accusations réciproques entredéchirent une « famille ». Surtout que le grand maître, j’ai nommé les Etats-Unis, est loin d’être ravi de la situation lui aussi. A suivre donc…

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201706151031851854-qatar-crise-enjeux/

Mikhail Gamandiy-Egorov

Victimes du terrorisme : pour le mainstream toujours loin d’être égales

Hommage aux victimes d'un terrible attentat sanglant a frappé l’Irak

Malheureux de revoir une énième fois à quel point le degré d’attention peut-être différent envers les victimes du terrorisme, en fonction du pays auquel ils appartiennent.

Lorsqu’on avait assisté à l’attaque terroriste d’Orlando, le buzz du mainstream s’est poursuivi des jours durant. Elites politiques, médiatiques, « éminents » experts du monde occidental, tous ne cessaient de condamner de la plus vive des manières ladite attaque. Il faut tout de même rappeler que cette attaque qui a fait 49 morts et 53 blessés a touché une ville étasunienne, et en addition à cela un club de la communauté LGBT. Le buzz était donc assuré.

Puis nous avons eu droit à l’attaque djihadiste qui a visé un restaurant de la capitale du Bangladesh, Dacca: 20 tués, en majorité étrangers, principalement des Italiens et des Japonais. Une attaque également revendiquée par le groupe Etat islamique. Le buzz était déjà moins important. La question à se poser aussi y-aurait-il eu une attention quelconque si la majorité des victimes auraient été locales? Connaissant l’approche particulière des médias occidentaux en ce sens, il faut bien se poser cette question.

Et puis tout dernièrement, un terrible attentat sanglant a frappé l’Irak, toujours l’œuvre de Daech, avec plus de 200 morts. L’une des plus sanglantes attaques terroristes de la secte takfiriste, plus que jamais sous pression depuis les revers sur les fronts syrien et irakien. Ici, nous n’avons observé pratiquement aucune marque de solidarité sérieuse. Et après cela, on se demande juste comment cela est possible?

On avait parlé précédemment du degré fortement différent des approches médiatiques mainstrimoises selon l’appartenance ethnique des victimes. Les exemples n’ont jamais manqué: l’énorme buzz pour Charlie Hebdo et presque une banalité lorsque cela frappe la Syrie, l’Irak, la Libye, le Nigeria ou le Pakistan. Le temps passe mais vraisemblablement les approches ne comptent guère évoluer. L’exceptionnalisme occidental a la tête dure. Et bien que nombre de personnes en Occident s’indigent de plus en plus de telles approches, les élites elles poursuivent leur ligne sans aucune morale.

Il est vrai que depuis l’invasion US & consorts de 2003 en Irak, la violence y est devenue monnaie courante. Mais est-ce une raison valable pour ne pas accorder l’attention que cela mérite? Les plus de 200 victimes irakiennes valent-elles moins que la cinquantaine d’Orlando? A notre avis certainement pas. Il est à croire qu’il y a aussi une autre raison pour un tel manque d’attention. Les liens importants des autorités irakiennes avec celles d’Iran ne plaisent évidemment guère à l’administration de Washington, et donc du reste (des suiveurs).

Bref, le monde des élites occidentales n’est pas prêt à suivre les évolutions du monde contemporain. A savoir d’un monde multipolaire, où chacun a droit à sa dignité et où on ne fait pas de différence selon l’appartenance ethnique ou religieuse de la personne. C’est le monde que la grande majorité de l’humanité souhaite. Ce monde est déjà là. Bien que s’oppose ardemment à lui les restes de l’unipolarité, refusant de reconnaitre l’avènement du nouvel ordre.

Pour revenir aux victimes du terrorisme, puisque c’est d’elles qu’il s’agit en premier lieu, nous ne faisons pas de différence entre elles sur une base ethnique, confessionnelle ou raciale. Cela n’est pas humain. Et tant qu’il y aura ceux qui poursuivront leur lignée néocoloniale envers le reste du monde, il y aura toujours ceux qui répondront à ces défis.

https://fr.sputniknews.com/points_de_vue/201607061026444935-terrorisme-victimes-irak/

Mikhail Gamandiy-Egorov