Archives du mot-clé Macron

La Guinée équatoriale sanctionne la France?

La suspension des vols d’Air France par la République de Guinée équatoriale pour non-respect des normes de prévention contre la propagation du Covid-19, s’ajoute à une liste de désaccords existant entre Malabo et Paris. Retour sur ces différends.

Le Gouvernement de Guinée équatoriale, via le ministère de l’Aviation civile, a décidé de suspendre les vols de la compagnie aérienne française Air France, pour non-respect des normes de prévention adoptées contre la propagation du Covid-19 dans le pays. C’est ce qu’annonce le site officiel du gouvernement équato-guinéen.

A noter qu’au-delà de la compagnie française, parmi les compagnies étrangères qui desservent ce pays d’Afrique centrale on retrouve la Lufthansa, l’Ethiopian Airlines et la Royal Air Maroc. Cette suspension rajoute du contenu aux nombreux sujets de dissension entre la Guinée équatoriale et la France. S’il est difficile de dire pour le moment si cette décision des autorités équato-guinéennes est uniquement due à la raison invoquée de non-respect des normes sanitaires, ou si cela rentre dans le cadre d’une riposte à une série d’actions hostiles vis-à-vis de l’Etat équato-guinéen émanant de l’establishment français, le fait est que cette décision conforte une fois de plus l’approche souverainiste et panafricaine de Malabo.

Parmi les dossiers qui fâchent les deux capitales, on retrouve celui en lien avec la fameuse affaire des «biens mal acquis». Dans laquelle les autorités françaises avaient saisi une propriété appartenant à l’Etat équato-guinéen au motif, avancé par la justice hexagonale, que ce bien et d’autres avaient été achetés à travers le «vol dans les caisses de l’Etat équato-guinéen» – de la part de Teodoro Nguema Obiang Mangue, Vice-président de la Guinée équatoriale.

Une théorie plus que discutable, et ce pour plusieurs raisons. Sans même rentrer dans le débat de la légitimité de ces acquisitions, la France semble oublier certains aspects et se retrouve dans toute sa contradiction et le deux poids deux mesures de sa politique. Tout d’abord, il faudrait certainement rappeler aux autorités françaises que la Guinée équatoriale est classé première en Afrique continentale en termes de PIB par habitant à parité du pouvoir d’achat (estimations du FMI pour l’année 2020). En ce sens, devant même les principales puissances africaines.

Donc l’inquiétude de la France et de certains autres pays occidentaux quant au bien-être de la population équato-guinéenne est pour le moins… surprenante. Sinon, il serait certainement tentant de demander à ces mêmes autorités françaises de lutter pour le bien-être des populations d’Etats africains se trouvant toujours sous la mainmise élyséenne – et qui, tout en ayant eux-aussi des sous-sols fortement riches, ne peuvent malheureusement se vanter d’un niveau de vie moyen comparable aux citoyens équato-guinéens. D’ailleurs, la Guinée équatoriale reste une terre d’accueil pour de nombreux ressortissants d’Afrique francophone en quête de vie meilleure – et dont les Etats sont des alliés fidèles de Paris.

Comment se fait-il donc que les représentants de la justice française ne s’intéressent pas aux biens, souvent luxueux, acquis par divers responsables politiques de pays africains étant dans l’orbite géopolitique élyséenne? Et dont les populations vivent bien en dessous en matière de niveau de vie que les Equato-Guinéens. Contradiction évidente.

Mais le problème réside certainement sur d’autres directions. En effet, l’élite politique équato-guinéenne mène une politique pleinement souveraine, conformément à ses intérêts nationaux. Plus que cela, depuis la mort de Mouammar Kadhafi et la destruction par l’Otan de la Jamahiriya libyenne, le chef d’Etat équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, s’est positionné comme une sorte de porte-flambeau du panafricanisme, promu en son temps par le colonel Kadhafi. Et cette influence panafricaine ne cesse de prendre de l’ampleur non seulement sur la scène régionale, mais plus généralement au niveau de tout le continent africain. Fort souvent en opposition nette avec la vision des élites occidentales pour l’Afrique.

Là aussi ce n’est pas tout. Selon diverses sources politiques et sécuritaires, nombre de représentants de l’élite élyséenne auraient participé à des tentatives de coups d’Etat visant à faire tomber le pouvoir à Malabo. Bien que jusqu’à maintenant sans succès.

Désormais et quelle que soit la suite dans les relations entre l’Elysée et l’élite politique équato-guinéenne, ce pays d’Afrique centrale démontre sans ambiguïté qu’un Etat africain est amplement capable de mener une politique indépendante, souveraine, le tout dans un cadre panafricain. Et sans avoir à rendre de compte ni à l’ancien colon espagnol, ni à toute autre capitale occidentale. En y rajoutant l’aspect économique qui contribue à un niveau de vie décent pour la population locale, la Guinée équatoriale peut sans aucun doute continuer à se vanter d’être l’un des meilleurs modèles de développement en Afrique. Peu importe si cela déplait aux élites occidentales, nostalgiques de l’unipolarité.

Quant à la confiscation de biens, y compris ayant un statut diplomatique, devenue une pratique courante dans certains pays occidentaux, la meilleure réponse reste probablement la capacité de riposte visant les intérêts des instigateurs de telles confiscations.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/746

Le comportement israélien et le silence de l’Occident

L’assassinat du scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh a connu la condamnation dudit acte terroriste non seulement par les autorités iraniennes, mais également de nombre d’autres acteurs internationaux. Du côté occidental, le manque d’actions visant à sanctionner le commanditaire probable de l’assassinat confirme une approche tolérante vis-à-vis d’un comportement voyou, ne datant pas d’hier.

Si plusieurs pays ont déjà vivement condamné l’assassinat terroriste commis dans un pays souverain, l’establishment occidental, plus particulièrement européen, n’est pas à sa première contradiction. En effet, les condamnations qui émanaient de Bruxelles et de nombre d’autres capitales européennes se sont fait timides, ce que d’ailleurs n’ont pas manqué de faire remarquer les hauts responsables iraniens. 

Téhéran affirme avec certitude quant à l’implication israélienne dans ledit assassinat, en coordination probable avec Washington. Bien que l’enquête suive encore son cours, il n’empêche que l’implication de Tel-Aviv serait effectivement la plus plausible. Mais vraisemblablement pas une raison suffisante pour l’establishment européiste de parler de sanctions éventuelles visant l’Etat sioniste. A la grande différence de l’approche bruxelloise utilisant la notion du highly likely sur d’autres sujets, bien souvent sans preuves formelles.

Le cas du prétendu empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny, se trouvant actuellement en Allemagne, en représente d’ailleurs un exemple flagrant. Il serait bon de rappeler que depuis le malaise qu’il a subi alors qu’il se trouvait sur un vol intérieur russe, ce sont bien les médecins locaux qui lui ont procuré les premiers soins – lui permettant de partir par la suite en Allemagne pour poursuivre son traitement, avec l’accord des autorités de Russie. Depuis cette histoire, et alors que rien ne menace désormais sa vie, les élites occidentales-européistes, dont Merkel et Macron, ne cessent de pointer du doigt l’implication «probable» du gouvernement russe dans ce prétendu empoisonnement, sans aucune preuve formelle. Et par la même occasion en accentuant la rhétorique quant à de nouvelles sanctions occidentales devant viser la Russie.

Approche tout de même assez paradoxale, sachant qu’un pays comme Israël poursuive en coordination avec son allié washingtonien la réalisation d’assassinats ciblés, aux méthodes purement terroristes, dans des pays souverains, le tout en violation flagrante du droit international. Un comportement voyou que les élites occidentales non seulement ne sont vraisemblablement pas prêtes à sanctionner, mais même à condamner d’une façon digne de ce nom.

Evidemment, la géopolitique joue clairement un rôle majeur dans cette contradiction. Si des puissances non-occidentales sont régulièrement pointées du doigt par le camp atlantiste pour des comportements prétendument «anormaux», notamment la Chine, la Russie, l’Iran, le Venezuela, ou la Turquie, les représentants de ce même camp «moralisateur» préfèrent fermer les yeux, voire simplement approuver les violations commises par leurs alliés, qu’ils soient israéliens ou saoudiens.

Dans cette optique, les meilleures réponses aux comportements voyous et à l’hypocrisie qui couvre ces comportements, seraient probablement non seulement les condamnations politico-diplomatiques, mais des ripostes fermes – allant de la mise en place d’instruments de sanctions pouvant frapper sensiblement les intérêts des adversaires à la multipolarité, de structures d’enquêtes internationales indépendantes de centres occidentaux, ainsi que des capacités techniques et d’analyse d’interaction en vue de contrer les menaces visant les nations souveraines.

Ces mécanismes seraient d’autant plus nécessaires car les élites atlantistes continueront, pratiquement sans aucun doute, à faire les aveugles et les muets dans les dossiers impliquant leurs principaux partenaires, et à poursuivre la rhétorique accusatoire et moralisante vis-à-vis des adversaires géopolitiques, avec comme base bien souvent la notion du highly likely.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/658

Côte d’Ivoire, Guinée, RCA: le double standard de Paris

La réélection d’Alpha Condé à la tête de l’Etat guinéen a jeté un froid dans les relations entre Conakry et Paris. La différence d’approche de l’Elysée par rapport à d’autres pays africains, notamment la Côte d’Ivoire, démontre un positionnement orienté sur les intérêts géopolitiques français, dans ce qu’il continue à considérer comme étant son «pré-carré».

Nombre d’analystes africains n’ont pas manqué de remarquer une approche clairement différente dans le traitement des élections présidentielles de certains pays africains francophones, et des situations intérieures respectives. Si en Côte d’Ivoire, le gouvernement en place – allié de Paris mais contesté par nombre de citoyens ivoiriens, peut compter sur de chaleureuses félicitations émanant du leadership français, c’est bien loin d’être le cas en ce qui concerne les élections présidentielles récentes en République de Guinée, ou à venir – comme en République centrafricaine.

Comme le note le média Financial Afrik en lien avec les félicitations froides et tardives d’Emmanuel Macron destinées à Alpha Condé pour sa réélection en tant que président guinéen, «la déclaration du président Macron intervient dix jours après de vertes critiques envers Alpha Condé qu’il reprochait d’avoir modifié la constitution pour se représenter. Ces félicitations tardives et réservées ôtent en tout cas la France dans une intenable position contradictoire entre l’ivoirien Alassane Ouattara, chaleureusement félicité et son homologue guinéen réélu (…)».

Evidemment, Paris pourra toujours se référer au fait que les élections guinéennes ont eu lieu dans «un climat de contestations» et d’accusations de fraudes par l’opposition. Il n’empêche que lorsqu’on connait la contestation que connait le chef d’Etat ivoirien dans son pays, et les diverses manœuvres ayant écarté de la course à la présidentielle nombre de ses concurrents, dont l’ex-président Laurent Gbagbo, sans oublier les pressions exercées sur les activistes panafricains dans le pays, la position élyséenne en ressort non seulement contradictoire – mais surtout fortement hypocrite.

Ce qui est sûr – c’est qu’une telle différence d’approche est sans aucun doute géopolitique et géoéconomique. Dans une mentalité purement néocoloniale. En Guinée, la diversification des partenariats extérieurs, y compris dans le secteur économique, ne profite pas pleinement à Paris – à la grande différence de la Côte d’Ivoire. Plus que cela, le chef d’Etat guinéen n’a pas manqué de remettre les points sur les «i» face aux représentants des médias français, dans une interview de septembre 2018, ayant fait beaucoup de bruit à l’époque. Notamment en lien avec le comportement des journalistes français participant à ladite interview, coupant régulièrement la parole au chef d’Etat guinéen.

Avant cela, dans un autre entretien daté d’avril 2017, accordé à la chaine Euronews, Alpha Condé avait rappelé que la France doit considérer les pays africains comme souverains. Une prise de position que l’Elysée est loin d’apprécier dans sa relation avec les pays africains anciennement colonisés par l’Etat français.

Mais cette politique élyséenne du deux poids, deux mesures, en Afrique ne se limite pas à la Guinée. L’autre exemple actuel est évidemment la République centrafricaine – elle aussi une ancienne colonie française. Là aussi, Paris au lieu de vanter les mérites du président Faustin-Archange Touadéra, un intellectuel arrivé au pouvoir dans un cadre démocratique, ayant apporté une paix globale et bien plus de stabilité à un pays qui fut meurtri par un long cycle de violences internes, préfère critiquer les choix, notamment en termes de politique extérieure de Bangui.

Plus que cela, l’establishment français en a fait une affaire personnelle de première importance : par tous les moyens déstabiliser (ou peut-être redéstabiliser) la RCA. Le tout pour une raison simple et connue – la large diversification des relations extérieures du pays au cours de la présidence de M. Touadéra, notamment en direction de la Russie et de la Chine. D’ailleurs cela se traduit par d’innombrables campagnes de lobbying opérées par la diplomatie française. Notamment via son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Le souci dans tout cela pour l’élite politico-médiatique hexagonale, c’est qu’au final une telle approche n’augmente qu’un peu plus les sentiments de ras-le-bol observés pratiquement dans toute l’Afrique francophone vis-à-vis de la politique française sur le continent. Plus que cela, Paris semble ne pas se rendre compte, dans une arrogance néocoloniale extrême, que si un chef d’Etat africain s’intéresserait aux affaires intérieures françaises d’une façon ne serait-ce que semblable à celle que pratique depuis un long moment l’Elysée, il est bien peu probable que cela soit toléré par l’establishment français. Cela a d’ailleurs souvent été rappelé par les panélistes de la grande chaine de télévision panafricaine Afrique Média TV.

Mais étant dans l’incapacité réelle de pouvoir changer un comportement datant de dizaines d’années, si ce n’est pas dire plus, les élites françaises doivent tout simplement se rendre à l’évidence que leur perte d’influence en Afrique se poursuivra de façon claire, rapide et confirmée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/633

Russie-Turquie ou le cauchemar d’Emmanuel Macron

Les récentes accusations du président français à destination de Moscou et Ankara quant à leur prétendue campagne antifrançaise en Afrique ont non seulement clairement démontré la mentalité entretenue par l’establishment élyséen vis-à-vis du continent africain, mais confirment également la peur que suscite la montée en force des puissances non-occidentales sur l’arène internationale.

Si ces récentes déclarations d’Emmanuel Macron ont effectivement eu le mérite de remettre au grand jour les véritables intentions de Paris vis-à-vis de l’Afrique et plus particulièrement de ses anciennes colonies africaines, bien que maquillées en belles paroles d’intentions positives, beaucoup d’observateurs se sont posés la question pourquoi le chef d’Etat français ait particulièrement insisté dans ses accusations sur certains dirigeants africains, ainsi que sur la Russie et la Turquie.

En ce qui concerne les chefs d’Etat africains visés par les déclarations macroniennes, la réponse peut déjà être donnée. Il s’agit très vraisemblablement de tous les leaders africains ayant choisi la voie de la souveraineté et du panafricanisme – deux modèles de développement pour l’Afrique qui déplaisent fortement à Paris, comme d’ailleurs à nombre d’autres capitales occidentales.

Mais dans le cas du «tandem» russo-turc, il faut analyser les événements des dernières années, ainsi que les récents, pour comprendre cet acharnement macronien contre Moscou et Ankara. Un acharnement qui s’est également traduit par d’autres paroles récentes – également attribuées à Macron – à savoir «qu’il faut trouver des mécanismes de contournement pour encercler la Russie et la Turquie». 

La réalité, c’est qu’aux yeux de l’élite occidentale atlantiste, le problème vraisemblablement majeur – c’est la capacité des leaderships russe et turc de pouvoir trouver des compromis conjoints, y compris dans des dossiers qui les opposent, et ce sans y inclure les puissances occidentales. En effet et pour rappel – le processus d’Astana sur la Syrie a eu le mérite sur la plateforme de la puissance eurasienne kazakhe de réunir les représentants du gouvernement syrien et de l’opposition plus ou moins modérée ayant un poids sur le terrain, le tout grâce aux efforts de trois pays: la Russie, l’Iran et la Turquie. Ce format avait provoqué la colère des Occidentaux pour deux raisons principales: la première étant le fait que ladite plateforme s’est avérée être la plus efficace dans le dossier syrien, la deuxième étant celle que les élites occidentales n’y avaient aucun rôle à jouer, si ce n’est d’observateurs.

Mais ce qui a certainement dû faire grandir la colère des forces pro-unipolaires et atlantistes, c’est le dossier tout récent du Haut-Karabakh. Washington, comme Paris, souhaitaient vraisemblablement deux choses. La première – pouvoir s’impliquer directement dans ce dossier et y jouer un rôle de premier plan, sans pour autant avoir de liens historiques et civilisationnels avec cette région. Tout en réduisant évidemment l’influence de Moscou et Ankara. La deuxième – contribuer aux tensions supplémentaires entre la Russie et la Turquie, afin de stopper l’interaction existante entre les deux nations eurasiennes.

Au final – ni l’une, ni l’autre, n’a pu aboutir. Confirmant ainsi la thèse que dans le monde contemporain – l’Occident politique ne représente plus et aucunement l’hégémon et le porte-parole de la communauté internationale qu’il prétend encore être. Et que des puissances internationales ou régionales comme la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Algérie et d’autres – poursuivront une politique souveraine, conformément aux intérêts nationaux respectifs. Sans en demander l’avis aux capitales occidentales.

Mais ce qui est assez ridicule dans la rhétorique du président français, c’est qu’elle laisse à supposer qu’il puisse exister une coordination entre Moscou et Ankara dans la perte d’influence devenue évidente de la France en Afrique, plus particulièrement dans les pays francophones anciennement colonisés par Paris – au sein des autres l’influence est d’autant plus au point mort. Alors qu’en réalité, la Russie – comme la Turquie – mènent des politiques propres à eux-mêmes, conformément à leurs intérêts individuels et à ceux de leurs partenaires sur le continent africain. Par ailleurs, les désaccords russo-turcs sur nombre de dossiers n’ont pas disparu, mais la capacité réciproque à trouver des accords à mi-chemin des intérêts de chacun effectivement persiste, comme le rappelle d’ailleurs le quotidien allemand Der Tagesspiegel

Quant au fait même que Pékin, Moscou ou Ankara puissent avoir des intérêts en Afrique – à la grande colère des élites occidentales, dont élyséennes – il faudrait certainement leur rappeler que les relations internationales se basent sur un échange d’intérêts entre Etats souverains. Et que ces échanges, qu’ils soient d’ordre économique, sécuritaire ou politique – sont aussi ce que l’on appelle la concurrence, pure et simple. Après tout, Washington, Paris, Londres ou Berlin n’ont aucun mal à penser qu’ils ont leur mot à dire en direction de régions ne souhaitant par leur implication. Pourquoi se mettre donc en colère lorsque les puissances non-occidentales développent leur présence respective là où elle est désirée et accueillie positivement?

Quant à la prétendue interaction russo-turque en Afrique, il ne reste plus qu’à imaginer quel en serait le résultat si c’était effectivement le cas… A méditer. En ce qui concerne le cas du président français – après avoir récemment mis fortement en colère une très large partie du monde musulman, désormais il devra répondre aux innombrables questions d’Africains qui après ses récentes déclarations posent une question simple : quand est-ce que Paris commencera réellement par respecter l’Afrique et les Africains? Notamment leur souveraineté, leur capacité analytique et le choix de leurs partenaires internationaux.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/600

Non, l’Afrique n’a pas besoin de tutelle extérieure

La rhétorique qui émane de nombre de représentants de l’élite politique occidentale reste profondément ancrée dans une volonté de maintenir le continent africain, du moins une large partie, sous sa tutelle personnelle. En omettant bien souvent le fait que l’avenir de chaque nation se décide par le peuple souverain.

Les récentes accusations du président français Emmanuel Macron quant à la prétendue participation de la Russie et de la Turquie dans une campagne antifrançaise en Afrique ont eu au moins le mérite de remettre au grand jour cette vision propre aux élites élyséennes, et plus généralement occidentales, vis-à-vis de l’Afrique. A savoir une vision paternaliste, ni plus ni moins.

En effet, et au-delà d’émettre les dites accusations contre Moscou et Ankara, le dirigeant français s’en prend également à certains chefs d’Etat africains, qui selon lui participent à cette stratégie. Par cette seule déclaration, il devient assez clair que le «mal» selon Paris et donc beaucoup plus profond que les prétendues interférences russes et turques. Evidemment et en ce qui concerne les dirigeants africains visés par ces déclarations du chef d’Etat français, on peut certainement conclure qu’il s’agit de tous les leaders de pays africains menant une politique souveraine et indépendante – aussi bien vis-à-vis de Paris, que de façon générale. Ou en tout cas en cours de mener une telle politique – d’ailleurs tout à fait logique pour n’importe quel pays souverain.

Mais plus que cela encore, toute l’erreur du leadership élyséen et atlantiste de façon générale, c’est qu’ils prétendent ne pas voir et admettre que si aujourd’hui l’opinion publique africaine dans sa large partie est hostile à la politique extérieure française et occidentale, ce n’est certainement pas en raison de la montée en force des puissances non-occidentales sur le continent, comme c’est le cas pour la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie ou l’Iran, entres autres, mais bel et bien en raison d’un ras-le-bol devenu évident au sein des populations africaines vis-à-vis de la vision unipolaire de l’establishment occidental, y compris français.

D’ailleurs, c’est ce qui ressort massivement dans les commentaires de nombreux analystes africains, tout comme des populations concernées, à savoir jusqu’à quand Paris et d’autres capitales occidentales vont prétendre avoir un droit de tutelle sur certains pays africains? Les belles paroles sur les liens « privilégiés » avec l’Afrique n’y changent rien: les Africains sont aujourd’hui jaloux de leur souveraineté et de leur pleine capacité à forger des partenariats, voire des alliances, avec qui bon leur semble.

Pour le reste et au-delà de cette vision purement néocoloniale dont l’Occident politico-médiatique ne peut se défaire, ce dernier se contredit sur un autre point notable. N’est-ce pas ce même Occident qui durant l’ère unipolaire désormais révolue, prétendait que la libre concurrence dans le monde est un processus naturel et logique? Désormais ce ne serait donc plus le cas, puisque les puissances non-occidentales sont allées trop loin en osant démettre de son piédestal les principaux pays occidentaux – les principales ex-puissances coloniales par la même occasion?

Le constat est donc relativement simple. Les élites occidentales n’ont vraisemblablement aucune honte pour leur passé colonial qu’elles assument volontiers en voulant l’adapter à la réalité actuelle – en maintenant plus ou moins les mêmes mécanismes en termes des rapports avec les pays anciennement colonisés, mais cette fois-ci avec le sourire. Certes, un sourire un peu nerveux.

D’autre part, ces mêmes élites, et les récentes déclarations macroniennes ne font que le confirmer, refusent de reconnaitre le droit à la souveraineté des peuples africains. En maintenant la même approche: soit vous êtes dans notre camp et vous serez relativement «bien» traités. Si vous refusez ce schéma: vous allez subir toutes sortes de pressions, sanctions, déstabilisations, menaces et intimidations.

Enfin, toutes les actions récentes occidentales ont bel et bien confirmé que la notion de libre concurrence n’est valable que lorsque ce même Occident politique pouvait en garder les leviers, et en tirer le profit maximal. Mais depuis les succès sur les plans géopolitique, géoéconomique et sécuritaire des puissances non-occidentales – partisanes du concept multipolaire du monde devenu réalité, toutes les belles paroles sur cette fameuse liberté ne sont devenues que poussière.

Une chose reste néanmoins certaine – le temps de la tutelle sur l’Afrique approche sa fin. Cette notion, ouvertement raciste, n’a plus aucune place dans la réalité mondiale qui s’est formée. Et qui continuera à s’imposer.

Mikhail Gamandiy-Egorov

https://t.me/observateur_continental/594